The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 It feels like I'm flying, the feeling is lying { PV : Allegria

Goule ☠ Progéniture d'Eve
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It feels like I'm flying, the feeling is lying ft. Allegria


Avril 2044
Le ciel était couvert, le vent s’était levé. Il n’avait rien de rafraîchissant. Il était étouffant, comme la brise mortelle que l’on ressentait dans un désert après plusieurs jours d’errance. L’atmosphère était lourde, pesante. C’était à peine si l’on pouvait respirer. Comme une impression de crouler sous la pollution, les couleurs étaient ternes. Elles étaient dénuées de vie. Il semblait planer une fine brume grisâtre et pestilentielle.

Deux hommes sortirent de l’immense immeuble anthracite, tenant à bout de bras une créature qui ne tenait plus sur ses membres arrières. Il était difficile de discerner son visage sous une épaisse chevelure brune et grasse. Etait-ce un homme ou une femme ? Malgré la semi-nudité du corps, il n’était pas simple de le savoir avec certitude. Les deux hommes lancèrent le corps droit devant eux, au milieu des déchets et de cadavres d’animaux en décomposition. Un nuage de poussière se souleva sous le poids de la chose balancer sur le sol. Ils prononcèrent quelques paroles indiscernables et échappèrent un rire rauque qui fit frémir la prisonnière libérée.

La demoiselle prit une profonde inspiration et réunit des forces qu’elle ne pensait plus avoir pour se tourner et se mettre sur le dos. Les lèvres pincées pour contenir un cri de douleur, elle ne pouvait pourtant pas cacher les grimaces que cela provoqua. Elle peina à ouvrir les yeux tant la lumière était vive en comparaison à celle du cachot dans lequel elle avait été enfermée. Une cellule de quelques mètres carrés, sans fenêtres. Un lit dur comme de la pierre, une couverture usée, trouée et nauséabonde. Il fallait être particulièrement ingénieux pour effectuer un minimum d’hygiène. Un frisson la parcourut alors qu’elle pouvait enfin admirer la couleur du ciel. La mémoire lui faisait défaut. Elle ne savait plus ce qu’il était arrivé avant ses mois de captivité. Elle ne savait plus quel nom elle portait en arrivant ici. Elle ignorait jusqu’à l’apparence qu’elle avait empruntée. Elle ferma les yeux un instant, sentant quelques perles couler. Une nouvelle inspiration plus tard et elle faisait une tentative pour se lever. Ses membres la brûlaient, les exercices avaient été un luxe qu’elle n’avait pas pu s’offrir. Debout, sa tête se mit à tourner. Elle ne s’était pas nourrie correctement depuis plusieurs semaines. Ses plaies n’avaient pas été pansées. Sa fierté et ses idéaux avaient été mis à mal. Ses souvenirs en étaient la preuve aujourd’hui. Elle n’était plus sûre de grand chose actuellement.

Alors qu’elle avait fait quelques pas, elle se rendit compte que respirer était également un véritable calvaire. Ses tortionnaires avaient du lui casser plusieurs os, dont des côtes. Elle toussa. Un frisson parcourut de nouveau son corps meurtri et elle croisa les bras comme pour tenter de se réchauffer. Elle fut étonnée de ne pas directement sentir sa peau mais un tissu doux qui l’empêchait de mourir d’hypothermie. Elle marchait, sans s’arrêter. Elle était guidée par son instinct de survie et ne sut pas le moins du monde où elle allait. Comme un automate dépourvu d’âme, ses pas la portaient. Elle déambulait dans un endroit qui lui était totalement inconnu et pendant si longtemps qu’elle était persuadée de ne pas avoir fait que quelques pas. Son esprit continuait de lui jouer des tours, si bien qu’elle avait oublié ce qu’il s’était passé entre sa libération et l’instant présent. Sa vue se brouillait.

Arrivée à la frontière du Purgatoire - dont elle ignorait pourtant l’existence - elle finit par s’asseoir. Son corps commençait à lâcher et des larmes vinrent goutter sur ses cuisses croisées et nues. Couverte de saletés, l’on pourrait croire à une sdf qui avait perdu la tête. Dans l’immédiat, c’était exactement ce qu’elle était. Aucun sanglot pourtant n’agitait sa poitrine. Ce n’était que des larmes, vides de sens, vides de toutes émotions. Des larmes de colère. Des larmes pour évacuer tout ce qu’elle avait tu au cours de ces longues semaines. Des semaines interminables. Elle toussa de nouveau et non loin de là, elle perçut un mouvement rapide. Un animal qui lui aussi tentait de survivre. Et puis un homme apparut. Toujours assise en tailleur, elle ne daigna même pas lever ses yeux humides vers lui.

_ Tu sais jeune fille… Ce n’est pas très prudent de te promener par ici… Et encore moins dans cette tenue…

Il n’était pas difficile de percevoir le lourd sous-entendu dans ses mots. Elle prit tout de même le temps de poser un regard perplexe sur la tenue en question. Elle comprit beaucoup mieux pourquoi elle n’avait cessé de frissonner. Elle n’était vêtue que d’une culotte et d’une brassière blanche. Elle se mit à rire. Un rire franc, sorti pourtant de nulle part. Un rire qui lui échappait. Les nerfs lâchaient totalement.

_ Tu te moques de moi ? C’est ça ?

Elle leva un bras et dégagea la chevelure sombre qui cachait ses traits. Elle posa enfin les yeux sur l’homme qui craignait pour son égo et sa virilité. Le sourire était gravé sur ses lèvres comme un signe de provocation, en totale contradiction avec les pleurs qui commençaient déjà à sécher. Mais cela n’était rien pour elle, elle pouvait faire bien pire et généralement, il était inutile de l’y forcer. Elle le fixa un moment, percevant à son odeur, qu’il n’était pas de sa condition. Elle prit un long moment pour l’observer. Les cheveux étaient blonds, sales et tombaient sur sa figure. Celle-ci était tout aussi poisseux, à demi-couvert d’une longue barbe emmêlée. Il avait des airs de souillon et d’ivrogne. D’ailleurs, ses vêtements n’étaient pas de première jeunesse.

_ Tu as perdu ta langue ?

Il y avait quelques poils blonds qui dépassaient de son t-shirt troué. Ce dernier était gris, ou avait été blanc, dans une autre vie. Il portait une courte veste en jean, certainement dévorée par des termites. Ses yeux n’eurent pas le temps de continuer leur analyse. Pressée par l’homme qui perdait patience, elle finit par relever le bras, la main devant son visage. Le sourire s’élargit alors qu’un doigt injurieux se levait. Il ne lui fallut pas attendre longtemps pour que l’importun n’agisse. Il se précipita sur elle et l’attrapa par les cheveux. Le réflexe fut de porter ses deux mains sur celle qui la tenait fermement. Il l’obligea à se redresser et n’eut pas vraiment besoin d’user de toutes ses forces. Sachant qu’elle était libre, que rien ne la retenait de se défendre à présent, elle lança un genou désapprobateur dans ce qui faisait de lui un mâle. Il recula mais ne fut pas longuement ébranlé. Au regard noir qu’il lui lança, elle sut qu’elle ne pourrait s’en sortir toute seule. Pas dans son état du moins.
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Leviathan ☠ Progéniture d'Eve
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Le temps morose rendait la putain aigre. Plus encore qu'un vin qui aurait tourné au vinaigre de bas étage. La longue tignasse est ramenée dans une queue de cheval, il faut sortir de son refuge aujourd'hui pour essayer de trouver une victime, heureusement elle possède ces chaussures épaisses qui la protègent du froid, enfin heureusement où malheureusement, quand on sait que c'est les Tullamore, qui lui ont fourni après sa sortie de captivité comme le reste de sa tenue en réalité. Le saphir étincelant de folie se darde sévèrement sur le ciel grisâtre, comme si silencieusement, elle lançait l'injonction d'étinceler, mais non, sans succès. Les Léviathan n'ont pas le pouvoir de changer le ciel grisonnant en beauté ensoleillée. Quelle misère ! C'est donc dans une humeur massacrante, qu'elle sort aujourd'hui armée comme toujours pour se mettre en chasse.
Une fois dehors, elle se met à fureté dans les bois, se laissant guider par ses instincts avec le plus grand possible avant d'arriver vers les égouts, où les déchets remplaçaient lentement la végétation sauvage, où l'eau grisonnait et où l'odeur était si répugnante qu'elle semblait épaissir l'air et lui donner un goût horrible. Restant sur ses gardes, elle approche. Bien qu'elle craigne peu de gens ici elle se méfie des perfides humains qui l'ont déjà capturé une fois. Nombre de psychopathes laisse leurs victimes en semi-liberté pour les capturés à volonté et elle ne compte pas être une proie facile, si c'est le cas ici. Remontent un petit filet d'eau sale, des voix se font alors entendre.

Elle observe. Il y a un homme, juste là, qui s'adresse à une créature frêle. De là où elle se trouve, elle prendrait presque en pitié cette petite chose, mais son esprit préfère s'orienter vers la figure masculine. Les hommes, sont repas favori un sourire sadique trouve ses lèvres pleines et la langue se glisse sur celles-ci en dardant sur lui sa folie sanguinaire.
« - Et si tu t'attaquais a quelqu'un en forme, mon mignon ? »
Si le corps de la Créature est moulée dans le cuir et le coton il est visible, qu'elle n'est pas laide et que ses courbes sont capables d'affoler. Elle le sait et approche donc, sûr d'elle. Jusqu'à se retrouver entre la petite Créature, devenue insignifiante tant elle n'offre pas assez de nourriture et l'homme qui lui semble déjà un peu plus apte à la nourrir. Devant le sourire il semble comprendre, que s'il essaye de maltraité celle-ci, il risque de perdre un doigt, peut-être plus … enfin, c'est même certain et face au sourire qu'il voit sur les lippes, il n'ose pas approcher. Le contraire même se produit et il fait un pas en arrière, compléter par un en avant de la brune, pour glisser ses doigts sous le cou masculin et pencher la tête.



« - Tu ressemble à un clochard … tu ne manqueras a personne j'imagine. »

Et elle se dévoile alors, monstrueuse, ouvrant sa gueule béante garni de crocs pour aller glisser sa langue dans le cou et goûter un peu la peau, plus de frayeur que de mal pour l'homme, car la gueule ne fera que mordiller la peau aguicheuse, avant de lâcher.

« - Mouai … tu ne remporte pas la palme de l'humain le plus goûteux de l'année. »

Revenue à son apparence normale, elle se tourne vers l'autre Créature.

« - Vu ta tenue et où tu te trouve tu sors de chez les Tullamore. Qu'est-ce que t'y foutais ? T'es quoi ? »

Quant à l'autre, il peut fuir … si elle avait vraiment faim elle le retrouvera et en quelques bouchées il terminera dans la cavité sombre et béante de sa gueule affamée qui sans pitié le déchirera comme du beurre pour ensuite nourrir la belle et remplir son estomac de bête.
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Goule ☠ Progéniture d'Eve
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A cet instant précis. Elle se fichait pas mal de ce qu’il adviendrait d’elle. Elle n’était plus maitresse de son corps depuis si longtemps qu’elle n’était même pas certaine de pouvoir reprendre le contrôle un jour. Sa tête tournait sans cesse et sa vue se brouillait par moment. Elle manquait des vitamines nécessaires à sa survie. Aussi appétissant que l’homme puisse être, elle n’avait pas la force de s’en prendre à lui. Peut-être que si son inconscient reprenait le dessus totalement, elle pourrait se défendre, mais là, elle vacillait. Entre conscience et inconscience. Entre raison et folie. Entre peur et rage.

Alors qu’elle était prête à fermer les yeux et laisser l’homme faire tout ce que bon lui plairait, une voix féminine se fit entendre. Etait-ce là la voix de son salut ? Une infime partie d’elle l’espérait encore. Elle ne pouvait totalement se résoudre à mourir bêtement et encore moins de la main d’un mortel. Elle grimaça à cette pensée. Qu’avaient-ils fait d’elle ? En quoi ces hommes l’avaient-ils transformée ? Une jeune femme impuissante, vulnérable, à la merci du premier venu. Une petite créature si fragile qu’un coup de talon suffirait à l’achever. Elle serra les poings si fort qu’elle manqua de faire couler son propre sang.

L’homme fut lui aussi surpris de cette nouvelle arrivante et lâcha sa proie qui s’écroula au sol tant elle ne tenait plus sur ses membres inférieurs. Même produire un son de douleur lui était incapable. Elle inspira et expira lentement. Sa tête tournait un peu moins mais elle savait que pour que ça passe totalement, il lui faudrait de la nourriture. Un corps frais, pas encore en décomposition dont elle pourrait ensuite disposer. Elle s’approprierait ainsi une nouvelle identité, une nouvelle jeunesse, un nouveau visage. Mais partir à la chasse dans son état était à rayer de son esprit. Elle serra les dents et fit de son mieux pour se relever. Les secondes qu’elle prit lui parurent une éternité. Où était donc passé sa rapidité, sa grâce, sa force ? Un grondement sourd fit vibrer sa poitrine, ne s’attardant aucunement sur la scène qui se jouait à quelques pas d’elle. Elle avait assez à faire avec elle même pour le moment. Toutefois, elle fut bien obligée de poser les yeux sur eux.

Le sentiment qu’une bête était à l’oeuvre la força à regarder la femme. Cette dernière avait dévoiler une gueule terrifiante et qui ne laissait pas beaucoup d’espoir au mortel. Pourtant, elle ne planta pas ses crocs dans la chair et laissa l’homme s’enfuir pour se tourner vers la petite chose qui se tenait toujours derrière elle. Deux prunelles sombres et dénuées de toute émotion se mirent à la fixer. Il n’y avait aucune peur, aucune question, aucun contentement à se retrouver face à une possible cousine si elle pouvait penser ainsi. La voix de la femme lui paraissait si lointaine et si mélodieuse après des semaines à entendre des hommes lui aboyaient dessus sans retenue. Eprouvant presque une certaine gêne, elle referma le manteau qu’elle portait pour se cacher. Peut-être honteuse de ce qu’elle avait du vivre sans la possibilité de lutter.

« Goule, » parvint à prononcer avec beaucoup de difficultés.

Sa voix était rauque. Elle n’avait même pas la certitude qu’elle avait vraiment prononcé ces mots. Elle fronça les sourcils, horrifiée de ne pas parvenir à reprendre le contrôle. Elle se racla la gorge avec acharnement.

« Je sais pas ce qu’est Tullamore. J’étais enfermée. »

Elle détachait toutes les syllabes pour être sûre que l’autre créature la comprenait. La voix était plus grave que dans ses souvenirs. Bien moins mélodieuse. Comme ses prunelles, dénuée elle aussi de la moindre émotion. C’était à se demander si elle avait déjà ressenti quoi que ce soit auparavant. Dans une vie antérieure peut-être. Elle voulut faire une pas en avant et finit par se sentir encore plus désorientée. Sa tête se remit à lui jouer des tours.

« Faim…, » parvint-elle à prononcer avant de s’écrouler lamentablement au sol.

◊◊◊◊

Quand elle rouvrit les yeux, elle fut encore plus perdue. Malgré cela, elle se rappelait cette fois ce qu’il s’était passé. L’homme qui avait tenté de l’agresser. La créature étrange qui était venue à son secours. Sa perte de repère n’en était que plus totale puisqu’elle n’était maintenant plus au même endroit. Elle voulut se relever brusquement, s’assurer qu’elle n’était pas de nouveau emprisonnée. Cependant son corps la paralysait. Elle avait toujours fait. Elle jeta un coup d’oeil furtif autour d’elle et découvrit une jeune femme inconsciente à ses côtés. Celle-là, elle n’avait pas le souvenir de l’avoir déjà croisé. Elle regarda de nouveau autour d’elle et on lui fit comprendre que ça lui était destiné. Sa raison lui criait de se méfier, de toujours demeurer sur ses gardes, comme elle l’avait toujours fait jusqu’à présent. Malheureusement, la loi du plus fort était toujours vainqueur et le plus fort aujourd’hui était son instinct. Celui-ci ne lui laissa même pas le temps de peser le pour et le contre et la força sans mal à se jeter sur la mortelle qui n’avait aucune idée de ce qui lui arriverait.

Lénore ne se contenterait pas de se nourrir de son corps, ses organes, son essence vitale. Non. Elle s’approprierait son apparence, son style, ses souvenirs, ses biens matériels. Elle deviendrait cette personne. Elle l’améliorerait même. Elle ne serait plus qu’une simple mortelle limitée dans le temps et les mouvements. Elle ferait d’elle un être plus fort, plus résistant, plus intelligent, plus dangereux. Les ongles acérés trifouillaient dans les entrailles sans la moindre retenue. Les organes étaient rapidement ingérés. Il ne resterait plus grand chose de la malheureuse. Les souvenirs l’envahissaient au fur et à mesure. La biographie d’une humaine bien moins insignifiante qu’elle ne l’aurait pensée. Une humaine qui savait tout de même profiter de la vie malgré les événements qu’elle avait vécus. Une humaine qui n’avait pas froid aux yeux, qui ne craignait pas grand chose. Voilà des traits de caractères qui plaisaient à la Goule qui n’aurait pas grand chose à faire pour devenir elle totalement.

Quand enfin elle eut terminé, il ne restait rien de la jeune femme. Rien d’autre que ce que la Goule voudra bien garder. Elle prit le temps de lécher ses doigts qui avaient repris une couleur naturelle. Un long râle de plaisir lui échappa. Elle prit le temps de s’observer dans un narcissisme qui n’était pas réellement digne d’elle. Les courbes n’étaient pas généreuses mais tout de même plus que correctes. La peau était claire et douce, presque  satinée. Les cheveux étaient longs, fins, les pointes blondes et la racine d’un rouge flamboyante. Elle était toujours vêtue des sous-vêtements dont on l’avait affublés et du manteau dont elle ignorait la provenance. L’odeur qui s’en dégageait était masculine et presque rassurante. Ses sens étaient revenus, son corps était plus serein et son esprit enfin calmé.

« Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? » finit-elle par demander alors qu’elle se levait pour faire face à la femme qui l’avait sauvée.
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Leviathan ☠ Progéniture d'Eve
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Les prunelles qui accueillent son regard l'intrigue, voilà une créature qui n'a pas eu peur de ses dents, de sa gueule béante et terrifiante, telle qu'elle peut être décrite dans une vieille encyclopédie. C'est ce qui convainc la mauvaise herbe, que celle-ci n'est pas comme les autres, pas comme l'homme en tout cas, mais plutôt comme elle. Une soeur Léviathan, peut-être ? Non, ce n'est pas une soeur, mais une cousine, du moins si elle en crois le mot qui retentit faiblement, difficilement. Que lui ont dit les humains de Tullamore sur ces créatures ? Ah oui, qu'elle dévore une créature pour en prendre l'apparence. D'ailleurs, est-ce ainsi à chaque fois. En revanche, ce qui l'intrigue c'est la force et l'athlétisme, qui est censé distinguer ces êtres et dont la petite chose semble dépourvu, là sur le sol, elle est toute faiblarde et loin d'être supérieur aux humains comme toutes les créatures d'Eve. Une créature à peu près aussi compliqué à tuer que sa propre race, une cousine en somme, envers qui la putain tends la main métaphoriquement.
Ainsi, tu ne sais pas où tu étais, petite chose ? Ils ne t'ont donc rien dit ... Voilà qui tire un léger sourire à la Florentine qui en sait bien plus donc, que la petite créature ici. Ah, enfin, une demande qui lui semble raisonnable, enfin une parole pour laquelle elle peut faire quelque chose pour celle-ci.


« - Oui, tu as faim. Je vais te trouver quelque chose de frais.»

Et elle s'éloigne, laissant la frêle sur place, pour se glisser entre les arbres aux alentours et son instinct de chasseur de se réveiller. Le nez s'habitue aux odeurs, les yeux se plissent, jusqu'à trouver enfin sa proie, ici. Dans un premier temps surprise de trouver quelqu'un ici, elle chasse ces idées de son esprit et observe. Elle est flamboyante, magnifique même. La tignasse dégradé mettant en valeur une peau bien pâle et qui semble douce. La langue se passe sur ses lèvres pleines, elle se fait gourmande. Non, celle-ci elle ne la mangerait pas, mais elle l'attraperait pour glisser ses mains sous les vêtements, attirer le corps à elle, déguster sa peau avec douceur, alors que la pulpe des doigts se plairait à faire hérisser sur la peau des boules de chaire. Et qu'importe ce qu'elle aimait, elle la voulait et la violerait si seulement la Créature s'écoutait. Au lieu de ça, elle décide de s'en approcher en silence puis avec violence, après s'être saisi d'une branche épaisse, de l'assommer proprement. Récupérant la jeune femme entre ses bras, elle la pèse, dégage de son front une mèche, arrange la tignasse et la porte maintenant à l'autre frêle.
La voilà qui se réveille, alors qu'avec négligence, la chasseuse l'observe plutôt curieuse de la suite des événements. Les Sombres se posent sur elle et d'un hochement silencieux, elle l'invite à se nourrir. Oui mange cugina. Mange, je t'observe et l'homme de tout à l'heure ne t'importunera pas.

Et c'est avec une certaine fascination qui se lit par un sourire sur ses lèvres qu'elle regarde la femme inconsciente être déchirée par des ongles, pour que chaque organes soit savourés, que la chaire soit ingurgitée. La scène est sanglante, mais cette scène plaît à la brune, qui s'en délecte en silence, elle n'a jamais croisé pareille créature et c'est un véritable bonheur que d'en découvrir une ainsi. C'est avec intérêt, qu'elle profite du spectacle, découvrant la goule changer lentement d'apparence, chaque bouchée, chaque organes ou morceau de chaire manger, la rendant un peu plus comme cette créature ramenée. Ainsi, elle observe longuement ces deux apparences qui se mêlent, pour en créer un autre, avant que la première s'efface au bénéfice de la nouvelle, rendant à la Créature une nouvelle identité. Elle a fini enfin, dans son grand manteau et ces sous-vêtements sommaires. Et la Léviathan d'en profiter sans être gênée, de lorgner sur les courbes douces.


« - Bene, bene. »

Puis la question, Allegria se relève, se déplie et alors, annonce, pour expliquer enfin la situation à la bicolore.

« - Le Purgatoire. On est en Irlande, ils ont transformé toute l'île en prison, pour nous y mettre, nous y entassait et nous tuer, enfin je ne suis pas certaine pour ce dernier point. En somme voilà. La prison d'où tu sors est au centre de l'île, c'est la prison Tullamore et ceux qui travaillent à l'intérieur, on les appel de la même façon. »

S'approchant, elle glisse la main sur la joue de la nouvelle Créature, pas déçue de sa bonne action de la journée, en permettant à cette pauvre fille d'être une meilleure personne et à cette cousine de se nourrir.

« - Je n'avais jamais vu de personne comme toi, c'est fascinant. Tu es fascinante et cette apparence est magnifique. »

La main quitte la joue, maintenant, qu'elle a constaté la douceur de cette nouvelle peau, la vivacité qui semblait se dégager de la Créature lui plaît, en voilà une qui pourrait être une alliée, une amie ?

« - C'est toujours ainsi ? Lorsque tu manges, tu prends l'apparence de cette autre personne ? »

Et l'azur de se poser sur les restes de la jeune femme.

« - Prends ses vêtements, je pense que ça sera mieux. »
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Goule ☠ Progéniture d'Eve
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Lénore prenait un plaisir coupable à se sentir redevable à qui que ce soit. Elle était plus que reconnaissante de n’avoir pas été maltraitée par l’humain. Aussi reconnaissante que l’autre créature n’ait pas décidé de faire d’elle son diner. Elle qui avait toujours eu l'habitude de ne se reposer que sur elle, elle devait bien reconnaître qu’elle était rassurée de ne pas avoir eu à le faire cette fois-ci. Elle ignorait encore ce qu’était la femme, mais nul doute qu'elle n'était pas goule, ni vampire, ni louve. Elle ne tarderait pas à glaner les informations qui lui manquaient. Ce n’était qu’une question de temps. Mais sa priorité était toute autre pour le moment. Où était-elle et pourquoi ? Voilà ce qu’elle demanda en premier. Maintenant qu’elle avait repris pleinement possession de ses moyens, elle prit le temps d’observer ce bon samaritain aux dents acérées. Impossible pour la française de nier cette beauté qui lui faisait face. De grands yeux clairs la fixaient tout en lui expliquant où elle se trouvait.

Les informations s’insinuaient doucement dans son esprit, trouvant écho à ce qu’elle avait appris à travers la jeune humaine sacrifiée. L’Irlande. Une prison. Tuer toutes les créatures ou au moins les contenir. Lénore fronça les sourcils. Elle n'aimait pas ça. Par moment, des fragments de souvenirs s'imposaient à elle. Des hommes. Une forte douleur physique répétitive et virulente. Une autre, interne. Permanente. Le visage d’un homme si familier et pourtant qui lui était totalement étranger. C’était encore diffus et incompréhensible. Plus elle tentait de se concentrer pour comprendre, plus cela lui échappait. Elle finit par comprendre que la mémoire lui reviendrait petit à petit. Elle finirait par l’assaillir sans qu’elle ne puisse la contrôler et ce serait à ce moment que toutes les pièces du puzzle s’emboiteraient et que le tableau prendrait un sens clair à ses yeux.

Elle passa la main dans ses nouveaux cheveux. Une légère odeur fruitée émanait de sa chevelure. La jeune humaine aimait prendre soin d’elle. La Goule continuait de fixer la femme qui l’avait épargnée et nourrie, les traits de son visage incapables de montrer la moindre émotion.

« Et qu’es-tu ? Je n’ai jamais rencontré de créatures telle que toi. Tu es… fascinante. »

Elle avoua cela sans gêne, sans retenue. Son visage ne laissait toujours rien transparaître. Ni crainte. Ni doute. Aucune émotion. Elle avait retrouvé la froideur des débuts bien qu'elle n'avait aucune peine à se remémorer une goule bien moins froide et directe. Elle semblait être une personne plus réfléchie, moins impulsive bien que possiblement dangereuse. C’était ce qu’elle ressentait et elle savait que le naturel reviendrait au galop. Alors elle ne tentait même pas de se contenir et de lutter contre celle qu’elle était réellement. Le caractère était bien la seule chose qu’elle ne pouvait pas changer. Elle pouvait simplement - quand elle le souhaitait - se tempérer du mieux qu’elle le pouvait. Malgré cela, son esprit se perdait dans ses propres tréfonds abyssaux, à la recherche du moindre indice qui lui indiquerait comment elle avait atterri ici. Cependant, elle secoua doucement la tête. Pour l'heure, il fallait déjà se faire à ce nouveau corps, à cette nouvelle identité. Elle finit par jeter un regard sur les restes qu’elle avait laissé derrière elle, ne ressentant aucune tristesse pour cette âme perdue. Son sacrifice n’était pas vain et la goule l’en remerciait presque in petto. Nul doute qu’elle lui ferait honneur, arborant ses tenues vulgaires la tête haute. Une voix féminine la força à stopper sa contemplation. Un sourire lubrique glissa sur ses lèvres en réponse à la proposition de son interlocutrice.

« Pourquoi ? Je ne te plais pas comme ça ?  »

Elle ouvrit le manteau, découvrant ses nouvelles formes pour le bon plaisir - ou non - de l’autre enfant d’Eve. Elle fit un tour sur elle-même, échappant un petit rire taquin. Elle se montrait joueuse, sensuelle. Voilà la preuve que le naturel revenait toujours au galop. Elle avait certainement déjà joué de ses charmes par le passé. Elle les avait même vendus, ça, elle en mettrait sa main à couper. Elle finit par hausser les épaules et s’affaira à récupérer les vêtements de la morte. Elle les enfila rapidement et ne fut pas surprise qu'il lui aille comme un gant.

« Tu peux m’appeler Riley, »dit elle, officialisant ainsi sa nouvelle identité.

Elle s’accroupit ensuite pour fouiller la bourse de l’humaine, rentrant d’avantage dans son intimité. Un porte monnaie qui ne contenait pas beaucoup d'argent. Un lecteur mp3 qui avait bien vécu et un gros casque noir et rouge. Un vieux calepin gribouillé de pensées diverses et variées,  illisibles pour ceux qui n'étaient pas avertis. Les clés de son appartement avec un porte-clé qui représentait un démon fumant une cigarette. La nouvelle Riley était totalement fan du style de l’ancienne. Elle se l’approprierait sans la moindre difficulté. Il y avait aussi une petite trousse à maquillage bien fournie. Elle referma le sac qu’elle lança sur son épaule puis regarda de nouveau la femme.

« Vous êtes ici depuis longtemps ? » demanda-t-elle alors.

Ce n'était pas tant pour faire la conversation que pour avoir un avis de la vie entre les murs de cette prison. Lénore - ou plutôt Riley maintenant - n'était absolument pas à l'aise avec l'idée d'être enfermée. L'horrible idée que le moindre de ses mouvements, la moindre de ses paroles seraient épiés, disséqués, jugés... Elle en avait des frissons d'horreur et de colère.
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Leviathan ☠ Progéniture d'Eve
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"- Ce que je suis? La bête de l'apocalypse. Je suis ce serpent de mer, gigantesque à l'origine des vagues. Je suis une créature qui n'aurait même pas laissée les os de cette pauvre fille, qui ne craint pas soleil et qui peut vivre assez longtemps pour voir ces pauvres idiots d'humains mourir. Je suis ce qu'ils assimilent souvent, à la bête du diable."

C'est un sourire amusé qui plane sur ses lèvres pleines. Il faut dire qu'il y a de quoi. Cette description est aussi vague qu'explicite, aussi incroyable qu'improbable et surtout elle est juste. Et c'est bien pour cela, que ce sont les siens, qui doivent dominer toutes les espèces. Qu'importe si le territoire est petit, un seul, pourrait en terrasser des dizaines des leurs et même des centaines ou des milliers, alors pourquoi ne priver d'un festin ? Le monde n'attends que sa déferlante de sanguinaire monstres marin, qui ne nourrirait d'humains et élèverais les femelles en batterie pour déguster avec du caviar leurs nourrissons.

"- Tu es tout aussi fascinante, bella. Peut-être même bien plus, crois-moi. Qu'es-tu, toi ? "

Un pas est fait, elle s'approche, une fois la goule vêtue et lui prends le menton, sentant sur celle-ci, le relent de cette odeur bien particulière. Une fois que la prostitution vous trouve, elle ne vous quitte jamais et elle la renifle, sur la peau de la Créature.

"- Toi et moi, ont à plus en commun qu'on ne le croit, je pense. Riley. Riley ... c'est sympa, pour ma part, tu peux m'appeler Allegria. Évite de diminuer mon prénom par contre, comme le font ces petits cafards humanoïdes. "

Cafards humanoïdes ... Venant d'une créature elle-même humanoïde et surtout morte, elle en a de belles. Le saphir se pose sur les lieux. Ce n'est peut-être pas l'idéal, pour continuer à discutailler comme dans un salon de conversation du dix-huitième ou dix-neuvième siècle.

"- Je suis sortie de ma cage il y a quelques semaines. Ils m'ont maintenu pendant deux ans dans leurs saletés de cellules pour que j'y déballe toutes mes connaissances du monde. Ils ont été servis, j'ai pu leur offrir le plus sordide de ma vie, de leurs congénères, ce qu'eux-mêmes provoque ou souhaite. Le tréfonds même de leurs âmes dépravés. "

Et le sourire qui naît est bien moins enjôleur que ce qu'il pourrait être. Elle s'est fait la servante des désirs de vengeances, des ambitions, des désirs de puissance, elle a exploré et exploiter des siècles durant la noirceur humaine pour son profit, se vengeant ainsi de son propre passé de servitude des désirs humains. La putain, devenue gourou, c'est toute une histoire.

"- Tu vois Riley. Sur cette île, ils savent beaucoup de choses, tout, même. Ils peuvent nous surveiller, nous capturer, voir nous tuer je pense, mais ils ne peuvent pas nous contrôler, ils ne peuvent pas nous battre à la loyale, ou fuir leur prétendue humanité. Ils ne sont que de la chaire, des os, des veines, du sang, de l'eau ... j'ai étudiée pendant un demi-siècle la médecine sous toutes ses coutures et je peux t'assurer qu'aucuns de ces êtres n'arrive au quart de l'un de nous. Ils nous enferment, comme des monstres, mais nous ne sommes que le reflet d'eux-mêmes. Au final, nous aussi nous luttons pour notre survit. À un détail près, c'est que nous, nous n'hésitons pas à nous aider, alors qu'eux se déchirent depuis des siècles et même des millénaires. "

Philosophe, la putain, mais elle a eu le temps de réfléchir dans sa cage, pendant deux ans. Elle fait signe à la Délicieuse de la suivre, la guidant alors vers cette grande usine désaffectée, où l'humidité environnante, pourrait effrayer tout agent immobilier, mais pas un léviathan. Cette vieille usine est devenue sa maison, son foyer et en poussant la lourde porte avec facilité, elle dévoile un peu sa nature. L'intérieur est immense et bien moins triste que l'extérieur laisse paraître. La Créature d'Eve n'a pas oubliée son confort et c'est aménagé un véritable loft de récupération, en pratiquement cinq siècles d'existence, elle a bien appris quelques trucs au niveau bricolage, après tout. Transformant les anciens sanitaires en véritable salle de bain moderne à force de récupération et de reconstruction, usant de sa force sans ménage. La pièce unique, en revanche, ne comporte que des meubles de confort, des objets variés, mais sans aucune cuisine, à aucun moment. En y réfléchissant, puisque les produits frais sont à la mode et meilleurs pour la santé, pourquoi s'embêter avec une cuisine ? Sortir et trouver un humain à manger était bien plus intéressant. Elle désigna un coin, où le capharnaüm c'était installé. Un bazar de lits, canapés et autres c'était installé là ... au cas ou ... et bien au cas ou, la belle détruirait l'un de ceux de la pièce principale, qu'elle en avait encore.

« - Si tu veux, tu peux rester ici, y'a d'autres pièces tu n'auras qu'à prendre un lit et aménager le reste. La plupart des habitations sont laissées à l'abandon dans le coin ... il faut dire qu'avec des gens comme nous, le choix est vite fait, soit ils servent de repas, soit ils déguerpissent vers les territoires plus accueillants. En même temps ... notre territoire est surnommer le Purgatoire, on fait plus chaleureux, comme prénom, tu ne penses pas ? »

Peut-être est-ce moins anarchique par d'autres endroits, mais le calme environnant plaît à la mauvaise herbe, qui apprécie cet isolement et peut ainsi, choisir les moments où elle rencontre ses homologues léviathan. Ou ses pseudo alliés Tullamore.
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Goule ☠ Progéniture d'Eve
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La Goule à l’apparence nouvellement humaine s’enquit de connaitre la nature de cette femme qui lui faisait face. Une créature comme elle n’en avait jamais rencontré auparavant. Une pointe de déception à cette idée naquit en elle. C’était une créature qu’elle aurait pourtant appréciée d’examiner sous toutes les coutures. Elle aurait aimé avoir une personne telle qu’elle sur sa table d’autopsie. Elle aurait aimé y plonger ses mains, trifouiller à l’intérieur et en sortir de nouvelles connaissances à ajouter aux siennes. Sans bouger, elle écoutait religieusement la description de la dame. Une description des plus alléchantes. Les poils auraient pu se dresser sur ses avant-bras si elle l’avait craint. Mais il n’en était rien. Riley n’était pas femme à se mouvoir de quoi que ce soit. La question lui était évidemment retournée. Un sourire presque fier sur les lèvres, c’était à son tour de se dévoiler.

« Je suis de ceux qui se contentent des restes ou qui ne finissent jamais leur repas, » elle jeta un coup d’oeil au cadavre en piteux état derrière elle. « Je suis celle qui peux prendre l’apparence d’un proche et fait croire à l’apparition d’un fantôme. Je suis celle qui se fond habilement dans la masse, bien moins immortelle que toi, mais pas moins redoutable pour autant. »

Ne connaissant pas encore suffisamment celle qui lui avait sauvé d’un mauvais pas, elle ne fit aucun geste de recul lorsque celle-ci lui attrapa le menton du bout des doigts. Pourtant la Goule n’était pas créature à se laisser approcher docilement. Cette vérité était d’autant plus vérifiée avec les évènements des mois précédents. Elle fronça légèrement les sourcils. Elle ne se rappelait de rien. Elle avait simplement la profonde sensation qu’elle en avait bavé. Elle supposait alors qu’ils l’avaient torturée au point qu’elle perde ses souvenirs proches. Ils avaient du mettre des efforts surhumains pour la faire souffrir et elle comptait bien leur rendre la monnaie de leur pièce quand elle le pourrait. Il faudrait s’armer de patience, mais pour cela, Riley ne s’inquiétait pas le moins du monde. Elle serra les mâchoires nerveusement avant de se reconcentrer sur les prunelles azurées.

La Léviathan analysait la Goule sous toutes les coutures. Cette dernière ne faisait toujours aucun mouvement de recul. Elle craignait qu’il fut mal interprété et que sa survie ne devienne que temporaire. Bien qu’elle comprenait sans mal que c’était déjà le cas ici. Elle ignorait encore pour le moment ce qu’il se passait ici, mais son instinct ne la trompait pas. Elle était dans une merde noire.

« Si nous sommes amenées à nous revoir, je finirais par utiliser un diminutif, tu pourras me le faire payer si tu le souhaites…. Allegria, » conclut-elle d’un clin d’oeil aguicheur.

Bien qu’elle demeurait immobile, elle ne pouvait s’empêcher d’être taquine. C’était dans sa nature. Provoquer. Ses paroles dépassaient assez souvent sa pensée, bien qu’elle avait appris à se contrôler avec le temps. Elle avait appris à réfléchir avant d’agir et faisait de son mieux pour ne pas s’attirer d’ennuis inutilement. Ce n’était évidemment pas pour autant qu’elle se laissait marcher sur les pieds sans rien dire. Il était important pour elle de faire comprendre qu’elle était loin d’être une écervelée.

Allegria évoqua alors ce qu’il lui était arrivé, ce qu’il lui avaient fait subir. Elle n’entra pas dans les détails, ce qui déçut presque la créature qui n’en montra rien. Elle écoutait toujours sans rien dire. Elle affichait toujours un fin sourire qu’il était difficile de lire. Etait-elle amusée ? Nerveuse ? Prête à faire une bêtise dont elle se mordrait les doigts en attaquant la Léviathan ? Ce n’était rien de tout ça. Elle souriait, simplement. Il ne cachait rien d’autre que ce qu’elle montrait, une totale indifférence dissimulée derrière un semblant de sympathie. L’autre créature n’était pas visée, elle était simplement ainsi.

La légiste avait alors demandé à sa sauveuse où elle se trouvait. Elle ne pouvait demeurer dans l’ignorance éternellement. Il fallait qu’elle sache où elle était, pourquoi, si elle voulait avoir une chance de trouver un échappatoire. Plus la jeune femme lui expliquait, plus la rouquine perdait son sourire. Se sauver d’ici serait compliqué. Cependant, il était hors de question que la Goule baisse les bras aussi facilement.

« Je passe de l’Enfer au Purgatoire, moi je pense qu’il y a un certain progrès, » dit-elle plus froidement que prévu, trahissant ainsi le fond de sa pensée.

La femme l’invita tout de même à rester ici le temps. Elle balaya l’endroit rapidement. Bien qu’elle ne se souvenait pas des moindres détails de sa captivité, elle était persuadée qu’ici serait mieux que là bas. Elle aurait au moins la satisfaction de dormir avec un peu plus de vêtements. Elle jeta un coup d’oeil à ce qu’elle portait. Provoquant, mais pas vulgaire. L’humaine avait du style.

« Merci de ton accueil. Je vais rester un peu, le temps de prendre mes marques et de me faire à ma nouvelle apparence… Ensuite j’irais chez cette demoiselle qui a bien voulu me céder la place. »

Aucun remord, aucune pitié pour la pauvre humaine qui y avait laissé la vie. Jamais en plus de 300 ans Riley n’avait regretté d’avoir du sang sur les mains. Une bonne douche et le sang s’évacuait dans les égouts. Ca ne l’avait jamais empêché de fermer l’oeil la nuit. Ca ne l’avait jamais empêché de recommencer. Il n’y avait pas particulièrement de plaisir à tuer. Elle n’était pas non plus un robot dépourvu d’émotion. Elle tuait car son corps le réclamait, car c’état inscrit dans ses gênes, ça lui était vital. Elle était comme un animal qui chassait pour se nourrir. Personne ne le leur reprochait de faire ce pour quoi ils avaient été mis sur cette Terre. Pourquoi alors serait-ce différent pour elle et ses semblables ? Tout ça car les humains craignaient ce qu’ils ne pouvaient comprendre et contrôler.
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Leviathan ☠ Progéniture d'Eve
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Un mauvais sourire né, sur les lèvres de la Léviathan à l'énoncé du portrait d'elle-même que lui présente la goule. Créature tout à fait fascinante, puisqu'à ses dires, aussi dangereuse et même plus qu'elle. Celle-ci lui plaît décidément un peu trop. Elle voit en elle non pas une rivale, mais une complice de méfait, une âme qui pourrait partager sa cruauté et avec qui elles pourraient la nourrir ensemble.

« - Tant que tu ne me donnes pas de surnom idiot, cela ne me dérange pas que tu tronques mon prénom. »

Les us & coutumes des nouveaux siècles, la jolie catin les avaient sans mal, assimilées, passant aisément pour une fille de ce siècle, pleins de technologie, de logiciels et de médiatisation. Passer de l'enfer au Purgatoire, fit s'arrêter la Créature qui afficha un sourire satisfait devant l'intelligence de la Goule, bien plus au fait des choses qu'elle n'aurait pu sembler l'être, avec ce joli minois.

« - Il y a du progrès oui. Ta cage te permet de bouger, maintenant. »

Etait-elle, elle aussi dans le même genre de cage, que ce qu'elle avait eu ? Si petite, qu'elle pouvait tout juste s'allonger ? Si étroite, qu'elle aurait pu développer de la claustrophobie ? Si basse, que sa tête aurait pu presque toucher le haut ? Ce n'était pas une cage, mais une boîte, dans laquelle une Allegria à demi-nue avait vécue comme un animal fou, privé de sa liberté.

« - Je n'avais pas vu les choses ainsi. Changer d'apparence, te fais prendre l'identité tout entière de cette personne, jusqu'à son nichoir. »

Elle observa la Goule.

« - Tu ne t'oublies pas à force ? Je veux dire, tu n'oublies pas, tes propres goûts ? Ta propre maison, là où tu es née ? Non pas que cela doive être mieux que là où tu iras, mais à prendre sa place, sais-tu où est la tienne ? »

Curiosité de la part de la belle aux yeux d'azur, qui sait désormais installer sur un vieux sofa défoncé, dans le salon de fortune, qui lui fait office de pièce à vivre.

« - Je me souviens d'où je viens, où je suis née, où j'ai vécu, mais à la réflexion, c'est peut-être mieux d'oublier un peu. J'ai la même apparence depuis si longtemps … Toi, tu te redécouvres à chaque fois, j'imagine, tu as dû vivre nombre de choses … je me trompe ? »

La putain n'est jamais bien loin, en témoigne le regard sur les courbes, mais également cette lueur d'envie. Avec un tel pouvoir, elle aurait pu sortir, manger la première femme venue et prendre sa place, au lieu de rester cloisonnée dans son bordel Vénitien. Elle se lève et désigne une porte à la Goule.

« - Par là, il y a des pièces correctes, pour te faire une chambre et dans la mienne, mes vêtements, si tu veux en prendre en supplément de ceux que tu as prends, tu es ici chez toi, maintenant. »

Elle ajouta.

« - Nous sommes proches de Dublin, si tu te demandes. Chouette, nous sommes le coin le plus huppée de toute l'Irlande. »

Elle éclata de rire, d'un rire à demi fou et surtout empreint d'ironie. Elles étaient à côté d'une capitale, mais que restait-il de réellement humains, dans le Purgatoire ? Les Créatures étaient bien plus sauvages que les humains, bien plus remplit de haine et les pacifistes parmis elles, bien trop peu, pour espérer un endroit proprets et sages. Non, ici c'était le chaos, la débauche, la ruine. Ici c'était le territoire de ceux qui domineraient bien assez tôt les Tullammore, qui feraient mordre la poussière à ces misérables humains, tout juste bons à nourrir les êtres supérieurs qu'ils étaient et manger des pissenlits par la racine. Hors de question de se soumettre. Jamais, même après trois ans, enfermée, elle ne l'était pas.
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Goule ☠ Progéniture d'Eve
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Son interlocutrice lui fit plus ou moins promettre de ne pas lui donner de surnoms ridicules. Elle mima une moue déçue avant d'acquiescer à contre coeur. Ca pouvait être des plus amusants de la voir s'énerver en entendant la Goule lui donner des noms qu'elle ne supporterait pas. Elle gloussa à peine en y pensant.

« Ma cage », se répéta la française en faisant claquer sa langue contre son palais, signe distinctif de sa désapprobation. Allegria n’y pouvait rien, c’était une certitude, mais se retrouver enfermer ici sans possibilité de s’en échapper pouvait la faire suffoquer. Elle n'avait jamais apprécié d'être retenue contre sa volonté, muselée. Personne n'avait le droit de lui dire ce qu'elle devait faire et comment le faire. Tout de même, une part d’elle avouait volontiers que c’était toujours mieux que son logement de fortune précédent.

La question de la Léviathan la surprit. Se perdait-elle entre toutes les têtes qu'elle avait arboré ? Etait-elle toujours la même depuis 325 ans ? Non, bien sûr que non. Elle fronça légèrement les sourcils malgré un doux sourire sur les lèvres. Elle ne s’était jamais posée la question auparavant. Elle n’avait jamais eu l’occasion de se la poser. C’était si naturel pour elle, que ça n’avait pas été nécessaire. C'était intrinsèque à sa personnalité, à sa race, c'était ce qui la définissait. Elle coinça un ongle vernis de noir entre ses dents, affichant une mine faussement innocente.

« M’oublier, » elle secoua doucement la tête. « Ma place est là où je me trouve. C’est ainsi que je suis. Je ne peux pas m’oublier en devenant une autre puisque devenir quelqu’un d'autre fait aussi partie de ce que je suis. »

Ca pouvait paraitre compliquer, mais c’était plus que clair dans son esprit. Etre goule était se fondre dans la masse, voilà ce que son père lui avait expliqué. Pour lui, cela signifiait baisser la tête, ne pas se faire remarquer et faire comme tout le monde. C'était quelque chose qu'elle n'avait pu accepter au point de quitter l'homme qui l'avait aimé plus que tout au monde. Pour elle, cela voulait simplement dire que le loup devait se déguiser en agneau. Et quel meilleur moyen que de littéralement devenir cet agneau ? Un sourire carnassier apparut finalement sur ses lèvres rouges. La supposition de l’autre créature la ramenait à de lointains souvenirs.

« Je dirais que je me réinvente à chaque fois. J’ai appris d’une autre manière ce que j’aimais ou détestais réellement. J’ai appris de nouvelles choses en utilisant des méthodes que personne d’autres que nous utilisons, » elle tapota sa tempe du bout de l’index, « tout ce qu’elle sait est maintenant inscrit ici. »

Fière d’elle, elle passa une langue gourmande sur ses lèvres. Cette Riley lui ouvrait un nouveau champ des possibles. Elle lui permettrait de découvrir encore une nouvelle facette de sa propre personnalité. Les tenues vulgaires lui avaient toujours plu, quelle que fut l’époque. Les courbes généreuses qui appelaient à la volupté. Les attitudes de rebelles. Mais les physiques n’étaient jamais les mêmes. Il y avait eu des petits, des grands. Des hommes, des femmes. Blonds, bruns, roux. Ce n’était une question d’attirance ou quoi que ce soit. A bien y réfléchir, elle serait même incapable de dire précisément pourquoi elle choisissait un corps plutôt qu’un autre. C’était l’harmonie visuelle globale. C’était le ressenti. L’envie du moment. Le tout était d’espérer qu’elle ne se lasserait pas au bout de quelques jours. Changer d’apparence n’était pas non plus de tout repos. Après ce qu’elle avait vécu, elle aurait besoin de temps pour pleinement recharger ses batteries.

La rouquine fut rapidement guidée dans son nouveau logis. Entendant qu’elle aurait le droit d’emprunter les vêtements de son hôtesse, elle se permit de la détailler de la tête aux pieds. Prendre ses vêtements étaient une chose, mais encore fallait-il que ceux-ci lui plaisent. Elle la remercia d’un signe de tête, satisfaite de ce qu’elle voyait. Elle aurait de quoi être satisfaite. Allegria avait de très bons goûts et il serait impoli de sa part de refuser une telle proposition.

« Dublin, » murmura-t-elle en faisant un tour sur elle-même s'imprégnant de l'ambiance générale du lieu. « Je n’imaginais pas l’Irlande de cette façon, » ironisa-t-elle reposant ses yeux sur l’autre créature qui riait à plein poumon.

Elle fit de nouveau quelques pas en direction de la jeune femme, sans pour autant pénétrer son espace vital. Elle ressentait un besoin irrépressible et silencieux de ne plus être seule pendant quelques temps. C’était pour cette raison qu’elle resterait ici plutôt que d’aller chez l’humaine. Et elle était convaincue qu'elle ne passerait pas beaucoup de nuit sans chaleur humaine ou non. Un faible soupir s’échappa de ses lèvres alors qu’un frisson parcourait son échine. Un voile sombre se posa sur ses prunelles. Ce n’était ni de la tristesse ni de la colère. C’était un impossible mélange des deux. Pendant un moment, son esprit tentait de rattraper ses souvenirs perdus. Elle plissa les yeux. Plus elle essayait de s’en rappeler, plus ça lui échappait. Elle porta une main sur son front comme si un vertige l’assaillait. Elle serra et desserra les mâchoires. La colère reprenait le dessus. C'était si inconcevable pour elle de ne pas contrôler les choses.

« Je ferais mieux d’aller me reposer. Ce sera bien la première fois depuis des semaines. »

La rouquine releva les yeux vers la Léviathan, ne parvenant qu’à lui offrir un sourire quasi mélancolique. Elle n’avait pas la force de soigner les apparences. Pas après des mois de captivité et de tortures. Elle tourna les talons pour aller trouver un lit plus ou moins confortable. Mais tout serait mieux que ce qu’elle avait eu jusqu’à présent. Avant de quitter la pièce, elle s’arrêta, main sur le mur, la tête à moitié tourner vers la jolie jeune femme, elle se pinça les lèvres avant de prononcer.

« Merci, » souffla-t-elle, à peine audible.

Ce n’était pas dans ses habitudes de dire merci, de montrer une marque de faiblesse, quelle qu’elle soit. Mais là, ça lui semblait important, comme si ça avait été Allegria qui l’avait sorti de sa prison. Ce n’était pas le cas, mais elle serait certainement celle qui lui apprendrait ce qu’elle aurait à savoir sur cette île, celle qui l’aiderait à se remettre pleinement à flot.

L'heure était au repos. Cependant, cette nuit et les suivantes seraient remplies de cauchemars incontrôlable. Ses bourreaux continueraient de la poursuivre ici pendant quelques temps. Le visage de cet inconnu aux traits pourtant si familiers la hanterait jusqu'à ce qu'elle parvienne à mettre un nom dessus. Les réprimandes que son père pourrait lui faire si elle le retrouver faisait écho en elle. Ces sommeils sans repos confirmaient qu'elle ne pouvait pas les passer seule face à elle-même. Pas les premiers temps.
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