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 As I enter the city of the dead | Riley

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As I enter the city of the dead
Riley & Lahja

« A haunted, starless sky, fragile and oh so deep. The dying softly wakes and smiles in painless peace. »
La couleur des vertiges bariolait son encéphale. Viciée par les coups lancinants d'une nouvelle migraine, Lahja peinait à ouvrir les paupières. Cette nuit, comme tant d'autres nuits, avait été courte. Si courte que ses muscles lui semblaient peser trois tonnes ce matin. Sa bouche laissa échapper un premier soupir, émiettant sa lassitude dans le vaste silence dont débordait la pièce qu'elle occupait. Ce n'est qu'au bout de quelques longues minutes que la plante de ses pieds osa enfin s'électriser à la fraîcheur glaciale du marbre recouvrant le sol du château. Elle avait dormi à Belfast. Trop exténuée, la veille, pour prendre la route qui menait jusqu'à Cork de nuit. Le craquement sonore de ses os, alors qu'elle s'étirait, lui donna la désagréable sensation d'être rouillée par le temps. Ces quelques brèves heures de repos n'avaient pas suffit à lui insuffler l'énergie dont son corps humain avait pourtant bien besoin. Il est vrai que la finlandaise négligeait sa santé ces derniers jours. Complètement absorbée par ses responsabilités, elle en oubliait presque l'essentiel et les conséquences de cette inattention commençaient doucement à se faire ressentir. Étaient-ce ces repas sautés qui creusaient l'insipidité des cernes qui se dessinaient sous ses yeux ? Était-ce le manque de fer et de protéines qui lui crachait finalement à la figure ? Elle n'en savait rien et se plaisait particulièrement à ignorer cette faiblesse qui, à force d'être entourée de vampires, lui paraissait parfois trop injuste. Difficilement sortie du lit, l'opale bleutée de ses iris s'est furtivement accrochée à l'horloge suspendue au mur. Cette dernière indiquant déjà sept heures trente, la scandinave en quête de réconfort entreprit de se rendre à la salle d'eau. Face à son reflet et de manière instinctive, sa mine se renfrogna de voir l'étendue des dégâts. Sa pâleur naturelle accentuée par ce malaise fortuit lui donnait des airs de cadavre auxquels elle était peu habituée. Elle détourna le regard et fit glisser les quelques vêtements qui drapaient encore les courbes de sa silhouette afin d'être totalement nue. Après s'être faufilée à l'intérieur de la cabine de douche et avoir actionné l'eau, ses terminaisons nerveuses se détendaient calmement, les unes après les autres, lorsque la pluie artificielle s'abattit sur son corps. Et enfin la lacération de ses courbatures s'effaçait sous la tendre indolence d'une chaleur qui lui semblait presque protectrice.


Au contact de l'élément aquatique, sa peau s'éveillait, réagissant aux morsures doucereuses du voile transparent qui dévalait en cascade jusqu'au creux de ses reins. Dans les nuages de vapeur, son corps se mouvait avec lenteur, lavant soigneusement son être ainsi que la longueur de sa chevelure. Lahja prenait le temps. Elle profitait de l'instant, s'imbibant autant que cela fusse possible de l'apaisement que lui apportait cette simple douche. Par les temps qui courent, des moments comme celui-ci devait être apprécié à leur juste valeur car qui sait si demain sa vie ne serait plus qu'un futile souvenir ? Tant de gens mourraient. Tant de gens disparaissaient. Cette conscience des faits ne la quittait jamais réellement. Même pas là, alors que ses paupières étaient fermées, inspirant pourtant un soulagement sincère et paisible. Elle était restée ainsi longtemps. Suffisamment longtemps pour écouter les minutes se tisser sur l'immense constellation du temps. Suffisamment longtemps pour qu'elle s'engourdisse légèrement et que sa peau se froisse progressivement. Une part d'elle n'avait aucune envie de quitter ces lieux mais une autre lui disait de s'en aller, de changer d'air mais surtout d'idées. Elle a donc brisé l'harmonie pour réintégrer cette ombre de vie. Elle a séché sa peau, ses cheveux et puis ses rêves d'enfant. Quelques minutes plus tard, Lahja devint à nouveau cintre pour vêtements, dissimulant l'intimité féminine, les courbes un peu plus en chair de son corps frêle. Elle s'est ensuite préparée en vitesse, brossant ses dents, maquillant son regard d'un peu de noir, cachant ses cernes avec quelques gouttes de fond de teint et se peignant approximativement les cheveux. Après avoir enfilé son trench noir, elle rangea les tissus délaissés au fond de sa valise avant de la refermer puis quitta cette chambre aussi simplement qu'elle y était entrée.


Le son de ses talons et le roulement constant de la valise qu'elle traînait derrière elle furent les seuls bruits résonnant dans les grands couloirs du château. Le jour s'étant levé, beaucoup de vampires avaient succombé aux bras de Morphée. Tout était donc très calme comme à chaque fois qu'elle quittait l'ancienne bâtisse aussi tôt. Munie de sa carte d'accès, elle prit le temps de s'arrêter quelques minutes dans les locaux du personnel pour boire une tasse de thé, histoire de se tonifier un minimum. Trempant ses lèvres dans le liquide chaud, elle vida le contenu du récipient en quelques minutes. À l'extérieur, elle installa sa valise dans le coffre de sa voiture et prit place sur le siège conducteur avant de démarrer. Les faibles lueurs solaires transperçant ses rétines lui rappelaient la migraine qu'elle avait eu au réveil et d'un geste pratiquement automatique, elle poussa le pare soleil afin de s'en protéger. Belfast, à cette heure-ci, était complètement déserte. Sur la route, elle ne croisa pas l'ombre d'une silhouette. Rien. Si ce n'est que ce vide oppressant dont transpiraient les vieux murs de la ville. Et puis, en longeant les rues, elle tomba face à ce qui fut autrefois la bibliothèque centrale. Était-il avisé de s'arrêter, de répondre à l'appel de cette curiosité maladive qu'elle avait de découvrir ce qui se trouvait à l'intérieur de ce bâtiment ? Cela faisait plusieurs fois qu'elle y pensait et plusieurs fois qu'elle avait su résister à l'idée de s'y aventurer seule. Il s'agissait tout de même d'une ville infestée de vampires et c'était sans compter les autres créatures qui traînaient dans toute l'Irlande. Cependant cette fois, Lahja refusa d'écouter cette petite voix qui l'empêchait d'assouvir l'un des seuls désirs qu'elle parvenait encore à ressentir. Se garant non loin de l'entrée, la finlandaise sortit de son véhicule, portée par un mélange d'assurance imprudente et de curiosité malsaine. Bien sûr si elle espérait que l'endroit soit vide et être la seule à vouloir perdre son temps dans une bibliothèque à l'abandon, la réalité était souvent différente de ce à quoi l'on s'attendait.


Mais aucun bruit ne vint troubler le silence emplissant les lieux lorsqu'elle franchit enfin les grandes portes de bois cachant derrière eux ces centaines de livres. Lahja fut surprise par la manière dont tout était resté plus ou moins intact. Quelques meubles avaient été déplacés. Parfois quelques pages traînaient au sol,  certainement accompagnées des livres auxquelles elles appartenaient mais rien n'était gravement endommagé. À croire que les gens avaient oublié la sagesse que transmettaient les livres à travers les siècles. De sa vie d'avant, c'était très certainement l'une des choses qui lui manquaient le plus. L'apprentissage à portée de main. Certes, il était toujours là, notamment dans tout ce qui est manuel mais les sources d'intellectualité devenaient de plus en plus rares dans un monde au bord de l'implosion. Et la blonde ne pouvait que s'en sentir attristée. Sa collection personnelle lui manquait bien qu'elle se fiche éperdument de toutes attaches matérielles. À présent, comme pour reconstruire sa vie, elle tentait d'en créer une nouvelle, sauvant par la même occasion et à son échelle, un peu de Savoir au cœur de sa maison bien modeste. C'est sur cette pensée qu'elle osa s'égarer entre les diverses allées, s'arrêtant de temps à autre pour examiner un ouvrage d'un peu plus près. Elle en feuilleta quelques pages, s'enivrant avec mesure des phrases latines qui le parsemaient lorsqu'un bruit externe aux siens la sortit de ses réflexions. Les palpitations de son myocarde prirent une cadence plus rapide alors que ses souffles, eux, s’annihilaient dans la discrétion. Elle dut marcher sur quelques mètres pour finalement lui faire face, à cette fille aux cheveux de feu. Immobile, prise de court, Lahja était restée quelque peu interdite devant la jeune femme.


« Je pensais être seule. » Finit-elle par lâcher un peu maladroitement. La blonde ne savait pas vraiment à qui elle avait affaire et surtout depuis combien de temps cette jeune femme était là. Son regard la détaillait calmement alors que son visage était resté neutre. De cette première impression, elle ne savait pas vraiment quoi en tirer. L'inconnue n'avait pas l'air dangereuse mais Lahja n'était pas le genre de femme à s'attarder sur ces dernières car elles étaient bien trop souvent trompeuses. « Quel est votre nom ? » Intriguée, elle décida d'entamer la conversation, espérant que son interlocutrice ne soit pas bourrée de mauvaises intentions.
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Goule ☠ Administratrice
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As I enter the city of the dead ft. Lahja



Un long bâillement bruyant résonna dans la salle d’autopsie. Riley venait de terminer une nuit de garde, les mains à l'intérieur d'un jeune homme. Elle n’avait d'ailleurs pas manqué de souligner qu’elle le trouvait plutôt charmant et que c’était un véritable gâchis qu’il fut dans un tel état. Pendant les premiers mois où on lui avait confié des cadavres, ses collègues s’étaient montrés particulièrement soupçonneux. Ils craignaient - non sans raison - qu’elle ne se serve grassement. C’était sans connaitre la jeune femme et son incroyable patience. Elle avait passé des mois enfermée, avec si peu de viande qu’elle aurait pu clamser entre les doigts de ses bourreaux en un clin d’oeil. Mais elle avait tenu. Ce fut donc sans surprise qu’elle demeura aussi discrète et efficace que possible pour n’attirer aucun doute supplémentaire. Une fois que leur garde serait baissée, elle ne répondrait plus de rien…

Le jour pointait à peine le bout de son nez quand elle quitta enfin l’hôpital. Loin d’être fatiguée, elle ne voulait pas retourner dans le petit appartement dans lequel vivait l’humaine dont elle avait volé l’identité. Elle passa tout de même y faire un tour, le temps de prendre une bonne douche et de changer de vêtements. Dehors, elle ne savait pas où ses pas la mèneraient, mais elle leur faisait confiance. Ils avaient toujours su la guider. Elle croisait plus de monde qu’elle ne l’aurait cru à une heure si peu avancée du jour. S’amusant de ceux qui osaient attarder le regard sur elle, elle les graciait d’un clin d’oeil ou d’une langue sur ses lèvres colorées. Puis elle poussait un petit rire amusé, emprunt d'une certaine suffisance avant de se remettre à fixer la route qu’elle prenait. Après de longues minutes de marche, elle finit par se stopper net. Elle leva de grands yeux brillants sur l’immeuble qui lui faisait face.

Nul doute qu’elle fut plus que surprise de découvrir cette bâtisse. Une bibliothèque immense, vestige d’une volonté des humains d’ouvrir leurs esprits étroits aux autres. Mais tout comme cette brève envie, tout avait volé en éclats. La poussière s’était accumulée sur les hautes étagères. Des brindilles et autres saletés s'étaient glissées sous les immenses portes de bois, imprégnant le sol d’une crasse subtile. Les tables rectangulaires n’étaient plus aussi bien alignées qu’auparavant. Les chaises étaient renversées et éparpillées à travers l’immense salle de lecture. Malgré cela, la majorité des livres étaient encore à leur place, intacts, triés par ordre de genre et d’auteur sur les rayonnages. Il y avait pourtant quelques ouvrages éventrés au sol, leurs tripailles de papier répandues tout autour.

La goule prenait grand soin d’évoluer entre elles d’un pas léger. Cela la peinait de les voir dans un tel état, brunies par le temps. Elle parcourut les rayons fébrilement, un ongle long et noirci de vernis caressant les reliures variés qui s’offraient à elle. Bien qu’elle était emplie de joie à l’idée de se trouver dans un tel endroit, loin de tout et de tous, aucun sourire n’illuminait son visage. Elle ne recherchait rien en particulier. Peu importait l’aventure, la fiction ou l’Histoire qui retiendrait son attention. Après plus de cinq minutes de balade, elle finit par s'arrêter. Elle ne put se retenir d’écarquiller les yeux quand elle vit sur quoi elle était tombée. Dans la section des auteurs francophones, elle retira délicatement le trésor sur lequel elle venait de tomber. Huis clos de Sartre. Une pièce de théâtre comme elle n’en avait pas lu depuis des siècles. Littéralement. Des lunettes sur le bout de son nez, un chignon bien haut sur le sommet de son crâne, une petite robe brune sur le dos, l’on aurait pu facilement la prendre pour une jeune écolière inoffensive. Evidemment, c’était sans compter sur le maquillage presque outrancier, les bas résilles et les chaussures de dix centimètres. Sans s’attarder d’avantage, elle prit plusieurs ouvrages de cette section, mélangeant le théâtre à la philosophie et à la fiction. Assise à même le sol, son sac d’un côté, les livres d’un autre, elle ouvrit le premier et se plongea dedans sans peine.

Cela faisait un moment qu’elle ne s’était pas permise de s’évader ainsi. La réalité avait trop souvent eu raison d’elle si bien qu’elle avait délaissé les passions qui autrefois l’animait. Ainsi, elle ne pensait à rien. A personne surtout. C’était comme si les cauchemars ne pouvaient pas l’atteindre. Elle était dans un monde dont personne n’avait accès. Le monde de l’imaginaire avait parfois un pouvoir insoupçonné. Pour être sûre de n’être dérangée par aucun bruit indésirable, elle avait prit soin de dissimuler ses oreilles sous le casque qu’elle avait autour du cou et une musique harmonieuse et douce. Une symphonie inachevée quelconque était toujours appropriée pour ce type de lecture. Terminant rapidement le premier, elle le laissa tomber sur le carrelage dans un bruit sec qui résonna dans chaque recoin de l’immeuble abandonné. Pensant être totalement seule, elle ne s’attendit pas à entendre une voix humaine. Un court instant, elle crut l’imaginer, comme un murmure remonté du fin fond de son esprit voyageur. Il eut un instant de flottement durant lequel elle hésita. Mais doucement, elle releva les yeux et découvrit une adorable petite blonde qui la fixait avec curiosité.

Elle retira ses écouteurs. Lentement. Très lentement. Elle ne voulait pas que cet adorable papillon s’envole et fuit, par peur que la créature face à elle ne l’attaque. Pourtant, dans cette ville, l’on ne savait plus qui était la plus dangereuse des créatures. Keenan replaça correctement ses lunettes sur son nez, décroisa les jambes et se décida enfin à ouvrir la bouche.

« L’on est jamais totalement seule... » Un sourire apparut enfin sur les lèvres de la rouquine. « Dr Riley Keenan. »

Elle finit par déposer son attirail musical à ses côtés, sur son précieux butin et se leva. Elle épousseta sa robe et fit un pas en direction de la demoiselle. Son odeur lui parvint alors jusqu’aux narines. Il se dégageait d’elle quelque chose de doux, d’apaisant presque. Elle n'était ni vampire, ni loup.

« Et le vôtre ? »

Il n’était pas compliqué d’entendre la méfiance dans sa voix. La demoiselle n’avait pourtant rien qui inspirait à la violence mais l’on ne savait jamais sur qui l’on pouvait tomber. La française l’avait toujours su et c’était d’autant plus vrai maintenant qu’elle était cloîtrée sur l’ancien territoire irlandais. Elle demeurait à quelques pas de la blonde, prête à esquiver si cela était nécessaire. Le dos bien droit, la tête haute, elle se montrait plus suffisante qu’elle ne l’était réellement. C’était une façon comme une autre d’éviter à l’autre de se montrer un peu trop familier avec elle. Toutefois, une part de la Goule se disait qu’une rencontre dans un lieu telle qu’une bibliothèque - aussi abandonnée fut-elle - n’avait rien de néfaste ou de dangereux…
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Les synapses de son encéphale frémissaient. Illuminés par la richesse sublime et ancienne de mots oubliés,  devenus poussiéreux d'illustrer en calligraphie, depuis tant d'années à présent, une langue éteinte ; lui inspirant, par bien des points, à la fois l'allégorie et le sacré. En effet, l'esprit de la sorcière poétisait en latin, l'âme complètement conquise par l'ouvrage aux origines antédiluviennes qu'elle tenait entre les mains. Elle en oubliait presque la fatigue persistante qui engourdissait sa volonté, alourdissant pourtant conséquemment ses paupières fines. Happée par sa lecture, l'ancienne ballerine vagabondait sur quelques pas dans l'une des allées désertes et abîmées de cette église de connaissances. Mais cette douce escapade littéraire fut rapidement interrompue par les échos feutrés d'un bruit sourd, laissant ainsi filer les prémisses tendres de cette solitude apaisante. Lahja manquait malheureusement de temps. Constamment entourée de patients ou d'êtres à guider, la jeune femme n'avait guère foule d'opportunités de flâner dans les méandres de ses passions personnelles et cette présence, qui était jusqu'alors invisible, le lui confirmait involontairement. Cette dernière prit rapidement forme dans le regard azuré de la scandinave, levant ainsi le voile sur les questions qui l'assaillaient à mesure qu'elle avançait. Ce sont les contours gracieux d'une silhouette féminine qui se dessinèrent dans son champ de vision, lui permettant donc d'identifier clairement la source du bruit qui lui était parvenu quelques instants plus tôt. Cependant l'attitude discrète et sereine de l'inconnue qui se tenait à quelques mètres d'elle lui fit comprendre qu'elle n'avait rien d'une malade. Encore moins d'une âme égarée et pleine de confusion. Au contraire, sa contenance était flagrante et indiscutable. Ce qui n'était pas entièrement le cas de la finlandaise, qui malgré ses apparences de neutralité, n'était guère à l'aise face aux effets de surprise de ce type. Lahja n'avait plus l'habitude de faire des rencontres hors du contexte de son travail. En vérité, elle les évitait, toujours empreinte des restes de ce Pandémonium intime qui avait marqué son existence quelques mois plus tôt. Alors sans réellement savoir quoi faire, elle lâcha quelques mots. Insipides. D'une banalité morne et commune qui lui déplaisait grandement mais à laquelle elle n'avait pourtant pas su résister. L'inconnue s'était présentée à elle, délaissant son casque pour lui offrir l'esquisse d'un rictus vaporeux. L'énonciation de son titre aurait pu la rassurer mais dans une atmosphère aussi obscure et emplie de créatures dangereuses, ces mots en venaient de plus en plus à perdre de leur sens. Cet impeccable air humain, était-il vrai ? Les meurtrissures du pire sont toujours envisageables mais les caresses du meilleur ne sont jamais aussi loin qu'on ne le pense. Ce dualisme vulgaire martelait le cœur de l'humaine, nouant ses entrailles avec lenteur. Elle détestait prendre conscience aussi brutalement des cicatrices que l'organisation avait laissé sur son comportement. Et dans ces moments-là, elle enviait la sociabilité sans défaut de son petit frère. Lui ne se serait pas encombré de ce début de stress qui, au fond, n'avait pas lieu d'être.


Le médecin s'était finalement levé, époussetant brièvement cette ravissante robe qui habillait son être avant d'à peine s'approcher de la leader élémentaire. Naturellement, elle lui retournait sa question et préservait, avec une subtilité sibylline, cette distance de sécurité qui demeurait entre leur position respective. « Lahja Vehviläinen. » répondit-elle en refermant son livre avec plus de tranquillité qu'elle ne l'aurait cru. L'exotisme nordique débordant de ses lèvres rosées fut ponctué par cet accent lointain et trop peu connu de sa langue maternelle. Elle n'avait jamais réellement pu s'en défaire malgré sa maîtrise irréprochable de la langue de Shakespeare. C'était un vestige de sa vie passée qu'elle ne cultivait plus qu'avec Heikki, un élément immuable que rien ni personne ne pourrait lui arracher. Aussi, cela lui permettait de ne jamais oublier les siens, peuple païen embaumé de magie et de chants anciens. En ce sens, l'Irlande pouvait en posséder quelques similitudes. Tous deux détenant des dialectes recouverts d'allitérations qui caressaient l'ouïe de ceux qui étaient aptes à les entendre réellement et surtout, à les ressentir. Tout comme la Finlande, l'Histoire de l'île d'émeraude débordait de magie, de secrets occultes soulignés par la grandeur de contes épiques et d'une nature florissante, presque érigée au statut de religion. Si ce vague à l'âme patriotique a maintes fois labouré les ventricules de son muscle moteur, l'air irlandais enluminé d'alchimie a apaisé ses maux au fil des jours ; laissant courir sur sa peau les frissons vibratoires que cet art magique créait en elle à chaque fois qu'elle fréquentait des lieux qui en étaient terriblement imbibés. La magie, Lahja avait appris à la faire sienne, à l'absorber, à la sentir comme d'autres créatures plus obscures répondaient spontanément à l'appel du sang. Elle lui avait souvent permis de survivre. Depuis ces débuts sur l'île jusqu'à aujourd'hui, emplissant ses veines d'une énergie phosphorescente, chaude et pratiquement devenue vitale à son bien-être. Juste de quoi alimenter sa foi et élever le raffinement immémorial de ce que ses ancêtres lui ont légué. Les ténèbres s'étaient abattues sur ce territoire depuis quelques années à présent mais cet emprisonnement, soit-disant vêtu d'une fin mondiale, ne signait pas l'arrêt de l'évolution de la magie universelle. Puisque tout était puisé dans les astres et les méandres de ce qui façonnait cette globalité que tous connaissait, le cosmos grandissait encore. Bien au-delà de ce qu'il pouvait se passer sur ces terres saccagées. Et avec cette conscience et ce Savoir, la blonde rejetait toute forme d'abandon. L'espoir voltigeait dans l'atmosphère et le renouveau sommeillait dans les nuages de cendres qu'elle traversait. Alors oui, tout était encore jouable pour elle. Rien ne lui semblait définitif.


La scandinave aurait voulu que cette assurance inébranlable s'applique de la même manière à sa raison, effaçant ainsi ses déboires anxieux et ses craintes grotesques. En détaillant la jeune femme, elle ne put s'empêcher de remarquer le paradoxe cognitif entre son élégance et la provocation ajustée de sa tenue. Ces airs de femme libérée résonnaient dans l'esprit de la blonde qui aurait aimé être aussi à l'aise et confiante. La demoiselle à la chevelure cuivrée l'intriguait alors même qu'elles n'avaient échangé que quelques paroles classiques. Elle se demandait bien quelle était la nature de cette personne mais se retint, pour le moment, d'effleurer ce terrain, estimant que ce n'était guère approprié lors des prémisses d'une conversation. Après tout, elle en était encore à mémoriser la complexité des traits de son faciès. Au-delà de la beauté et de la provocation, le Docteur Keenan possédait des embruns d'âme cultivée. Sa présence en cette bibliothèque n'en était qu'une preuve de plus et en cela, la sorcière se rassurait car l'intelligence rimait généralement avec maîtrise de soi. « Je n'ai pas le souvenir de vous avoir croisé au château de Belfast mais peut-être que je me trompe. » reprit-elle avec un peu plus d'assurance. Son visage ne lui rappelait aucun souvenir et son nom n'évoquait rien de particulier en son esprit. « Quoi qu'il en soit, je suis désolée de vous avoir dérangé. » Elle s'excusait, oui, sans doute car elle savait que cet instant de tranquillité devait être précieux à la jeune femme autant qu'il l'était pour elle-même. Décidant de mettre sa méfiance légèrement de côté, elle s'avança à son tour vers la doctoresse avant de lui tendre l'une de ses mains, cherchant ainsi à officialiser leur rencontre. « Ravie de vous rencontrer. » À son tour, elle lui offrit la douceur d'un sourire libéré de toutes crispations. Elle ne risquait rien après tout, n'est-ce pas...?
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Goule ☠ Administratrice
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«  Vous ne criez plus ? (la foule se tait) Je sais : je vous fais peur. Il y a quinze ans, jour pour jour, un autre meurtrier s’est dressé devant vous il avait des gants rouges jusqu’au coude, des gants de sang, et vous n’avez pas eu peur de lui car vous avez lu dans ses yeux qu’il était des vôtres et qu’il n’avait pas eu le courage de ses actes. Un crime que son auteur ne peut supporter, ce n’est plus le crime de personne, n’est-ce pas ? C’est presque un accident. Vous avez accueilli le criminel comme votre roi, et le vieux crime s’est mis à rôder entre les murs de la ville, en gémissant doucement, comme un chien qui a perdu son maître. Vous me regardez, gens d’Argos, vous avez compris que mon crime est bien à moi; je le revendique à la face du soleil, il est ma raison de vivre et mon orgueil, vous ne pouvez ni me châtier ni me plaindre, et c’est pourquoi je vous fais peur. Et pourtant, ô mes hommes, je vous aime, et c’est pour vous que j’ai tué. Pour vous. J’étais venu réclamer mon royaume et vous m’avez repoussé parce que je n’étais pas des vôtres. A présent, je suis des vôtres, ô mes sujets, nous sommes liés par le sang, et je mérite d’être votre roi. Vos fautes et vos remords, vos angoisses nocturnes, le crime d’Egisthe, tout est à moi, je prends tout sur moi. Ne craignez plus vos morts, ce sont mes morts. Et voyez : vos mouches fières vous ont quittés pour moi. Mais n’ayez crainte, gens d’Argos : je ne m’assiérai pas, tout sanglant, sur le trône de ma victime : un Dieu me l’a offert et j’ai dit non. Je veux être un roi sans terre et sans sujets. Adieu, mes hommes, tentez de vivre : tout est neuf ici, tout est à commencer. Pour moi aussi la vie commence. Une étrange vie. […]»

    Rideau


Les mouches, Jean-Paul Sartre.
Les mots du livre précédent demeurèrent gravés en elle. Ils resteraient probablement gravés jusqu’à ses dernières heures. Ils seraient le discours de fin, le dernier monologue avant le tombé de rideau. Ils seraient le fer de lance d’une vengeance à accomplir. Au cours des siècles, il y avait eu bon nombre de monstres adulés. Ils n’avaient pas forcément l’apparence des créatures que l’on pouvait trouver dans les fictions. Non, ils étaient faits de chair et d’os. Ils avaient un coeur qui battaient à l’unisson avec les autres. Ils étaient souvent porteurs d’un message que l’on pensait juste. Finalement, ce dernier était admiré, adulé, transformé et détourné. Détourné par ces mêmes personnes qui l’avait énoncé en premier. Tyrans et autres dictateurs étaient les réels monstres. Ceux qui les suivaient à l’aveugle, obéissant au moindre de leur ordre l’étaient également. Riley l’avait toujours dit, les minorités seraient toujours traquées, méprisées, emprisonnées, torturées. Elles seraient toujours rabaissées au point d’elles-même douter. C’était pourquoi, dans l’enceinte de la prison qu’était l’Irlande, il fallait s’associer. C’était la raison pour laquelle, le Dr Keenan se méfiait plus des êtres humains que des créatures comme elle.

Toutefois, face à elle, elle était bien incapable de dire à quelle race appartenait la jolie blonde. La douceur qui émanait d’elle était aussi apaisante que dérangeante. Elle ne savait pas avec certitude ce à quoi elle devait s’attendre. Malgré tout, les regards étaient respectueux bien qu’une certaine curiosité se lisait sans mal dans les prunelles de la demoiselle. La curiosité de savoir ce qu’elle faisait ici et plus particulièrement, ce qu’elle était. Les présentations étaient tout aussi courtoises, incitant la rouquine à finalement sourire. Un sourire toutefois sur la réserve. L’accent de la jeune Lahja avait des sonorités scandinaves. Riley avait eu la chance d’apprendre avec un grand médecin finlandais et reconnaissait sans problème cette résonance dans sa voix. Un grand homme, pensa-t-elle.

La scandinave ne manqua de faire remarquer qu’elle n’avait jamais croisé le médecin légiste dans Belfast. Cette dernière se contenta d’un sourire courtois. Les excuses qui suivirent ne permirent pas à la Goule de contenir une petite remarque.

« L’Irlande me semble trop vaste pour que vous ayez eu la chance d’y croiser tous ses habitants. »

Le ton était toujours un peu sec mais jamais irrespectueux. Le manque de respect était une des choses que Riley avait peine à supporter. Peut-être était-ce du à son grand âge et sa traversée des différents siècles. Elle l’ignorait mais c’était une des rares choses qui pouvait la mettre hors d’elle. Pourtant, combien de fois avait-elle assisté à des enfants répondant à leurs parents sans piper mot. Ca lui avait coûté bien évidemment.

Perdue dans ses pensées, elle fut quelque peu surprise de voir la blondinette faire un pas dans sa direction. Ses pupilles sombres firent des aller-retour entre la main tendue devant elle et le visage d’innocence qu’on lui offrait. Elle poussa un léger soupir et finit par tendre la main à son tour. Délicatement, elle enroula ses doigts fins et colla sa paume chaude contre l’autre.

« Ravie également, Mademoiselle Vehviläinen. »

Elle accompagna cette poignée de main d’un sourire également. Plus chaleureux qu’elle ne l’aurait pensé. Un silence quelque peu gênant s’installa entre elles et Riley décida de ranger les livres qu’elle avait déjà terminés. Accroupie, elle commença à tout rassembler, entendant les talons de la blonde résonner sur le sol, signe qu’elle aussi retournait à ses lectures, elle décida pourtant de ne pas laisser cette rencontre s’achever ainsi.

« Quel est votre ouvrage préféré ? » demanda-t-elle sans crier gare.

Son père - ça remontait déjà à si longtemps - lui avait toujours dit que l’on pouvait apprendre beaucoup sur les passions qui animaient les autres. Evidemment, les déductions que l’on pouvait en faire, étaient souvent soumises à des préjugés. Mais, l’on associait rarement un amateur de foot à un grand intellectuel. On associait toujours un artiste à une certaine mélancolie. L’on pouvait ensuite entrer plus en détails dans ces passions. Pour les amateurs de lecture par exemple. Les liseurs de comics n’avaient pas réellement de grandes conversations en dehors des héros qu’ils vénéraient. Et l’on pouvait continuer ainsi pendant des heures.
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Riley & Lahja

« A haunted, starless sky, fragile and oh so deep. The dying softly wakes and smiles in painless peace. »
« Vous avez raison. » avoua-t-elle lorsqu'elle lui rappelait l'immensité de l'Irlande. Même si elle l'avait voulu, l'impossibilité de connaître toutes les personnes damnées vivant au sein de cette prison était indéniable. Pourtant qui sait combien de visages flottaient en sa mémoire. Patients, médecins, sorciers, infirmiers ou simples habitants – bien que survivants semble être l'adjectif le plus approprié. Lahja avait fini par cesser de tenir ces comptes sur les arrivants qui débarquaient du port. La liste devenant beaucoup trop longue, elle avait laissé un de ses collègues s'en charger. Elle était sûre, cela dit, de ne pas reconnaître cette voix. La jeune femme était clandestine à ses souvenirs, un point d'interrogation nouveau pour son esprit curieux. Ses pupilles avides la détaillaient, restant tout de même dans la décence d'une politesse mesurée. Malgré la douceur flagrante dont elle faisait preuve, la finlandaise ne put s'empêcher de remarquer la méfiance du Docteur Keenan. Comme elle, quelques minutes plus tôt, la rousse était sur ses gardes. Attentive au moindre de ses gestes et hésitante face à cette main proposée. Deux femmes respiraient là. Deux êtres dont les cœurs murmuraient toujours la versification de l'existence même. Deux âmes s'effleurant à peine tant l'espace autour d'elles imposait sa grandeur. Contre toute attente, Lahja fut la première à s'approcher de la belle créature. La main tendue, prête à concrétiser leur premier contact. Lorsque le médecin s'était finalement saisie de celle-ci, le regard translucide de la blonde a pu apercevoir les lueurs d'une éloquence élégante. Sans oublier le fait que le sourire qui habillait ses lèvres colorées n'avait pas manqué de l'attendrir. Naturellement Keenan lui rendit la formule d'usage avant que l'absence de mots ne viennent s'interposer entre elles. L'inconnue s'éloignait, lui suggérant alors d'en faire de même. Rouvrant le livre reposant entre ses mains, elle s'était avancée de quelques mètres avant que la voix claire de son interlocutrice ne papillonne à nouveau jusqu'à son oreille, la retenant alors assez soudainement.


La question qu'elle lui posa la laissa en suspens durant quelques minutes. La vieille âme de la scandinave ne vibrait véritablement qu'à l'impétuosité de poésies décharnées. Son premier amour ne sommeille qu'en les fleurs maladives de Baudelaire, qui, de par ses mots lui a fait comprendre la signification des larmes et des sentiments. Il fut longtemps le chef d'orchestre des poisons insoupçonnés de ses pensées les plus dissimulées, éveillant sans aucune censure, les premières flammes de ce qui deviendra plus tard ses fantasmes. Il restait, en son sens, l'un des meilleurs poètes qui aient pu exister et aujourd'hui, en deux mille quarante cinq, c'était toujours le cas en son humble opinion. En grandissant, sa curiosité l'avait bien sûr amenée à collectionner bon nombre d'ouvrages complètement différents les uns des autres puisque sa personnalité intellectuelle faisait d'elle une sorte de collectionneuse littéraire affamée mais cet amour pour le désespoir mêlé à la beauté ne l'avait jamais réellement quitté. En cela, ses préférences sont devenues plus intelligibles et de toute manière, la blonde n'a jamais pu lire un bouquin sans que ce dernier ne soit véritablement désiré.


« J'ai un faible pour les âmes tourmentées. Baudelaire étant le premier homme a réellement m'avoir touché de par ses écrits. » commença-t-elle après s'être retournée pour fixer la jeune femme. Sa mine était devenue pensive, un peu vagabonde. « Je n'ai pas vraiment de livres favoris pour tout vous avouer. Plutôt des auteurs. Bukowski, par exemple. Simone de Beauvoir, Susan Sontag, Virginia Woolf, Sylvia Plath, Franz Kafka... Après, j'ai parfois été attirée par des écrivains plus spirituels tels que Alan Watts ou Osho. » Pour n'en citer que quelques uns, probablement les principaux, ceux qui l'avaient particulièrement marquée. Tous morts depuis bien des années à présent et pourtant vivants encore dans certaines pensées connaisseuses. Lahja était fière de les transporter dans l'épicentre de son muscle moteur. Elle s'estimait chanceuse d'avoir pu lire quelques unes de leurs œuvres, de s'en nourrir et parfois même de grandir à travers leur lecture. La finlandaise jugeait qu'elle avait certainement un peu trop parlé. Elle qui, d'habitude, ne s'osait pratiquement pas à exprimer des choses aussi personnelles, elle s'était surprise à s'étendre en longueur.


Passant au-dessus de sa litanie inopinée, la blonde prit l'initiative de s'installer sur l'une des chaises qui étaient dans un périmètre plutôt rapproché de sa compagne de conversation. Elle décala celle qui était à sa gauche pour l'inviter à s'asseoir à son tour, pensant qu'ainsi elles seraient peut-être un peu plus à l'aise pour s'ouvrir à une réelle conversation. « Ce n'est pas très précis comme réponse, j'imagine. » Lahja faisait malheureusement partie de ces personnes sujettes à l'indécision, d'autant plus lorsqu'il était question de définir ce qui lui tenait le plus à cœur. « Du coup, c'est à votre tour. Dites-moi ce que vous préférez. » demanda-t-elle, soudainement plus intéressée qu'elle ne semblait l'être au début de leur échange. Les livres aidaient souvent à comprendre la personnalité de ceux qui nous entouraient et elle se disait que c'était un très joli moyen d'apprendre à connaître la jeune femme, même si cette entrevue allait peut-être rester unique. Durant l'espace d'un instant, la finlandaise souhaitait mettre son quotidien sur pause et si cette inconnue désirait la rejoindre, le chemin n'en serait que plus agréable. Au risque de ne plus jamais la revoir, autant profiter de l'occasion pour partager quelques bouts infimes de leur âme.
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As I enter the city of the dead ft. Lahja



Riley avait bien conscience que son apparence presque frêle et son look de dévergondée juraient totalement avec ce qu’elle était réellement. La Goule était une femme cultivée, toujours en recherche de nouvelles informations à ajouter à ses propres connaissances. Elle s’exprimait convenablement, n’usant que peu de la vulgarité. Ses mouvements étaient toujours d’une douceur sans faille et d’une gracieuse lenteur. Elle aurait certainement pu être danseuse si elle l’avait souhaité. Mais elle n’avait jamais cru aux arts comme réelle vocation. Du moins pour elle. Elle ne jugeait aucunement ceux qui en avaient fait un métier. Car après tout, sans eux, elle ne serait pas là à discuter littérature avec une parfaite inconnue. Elle n’aurait pas de douces musiques à chanter à tue-tête. Un fin sourire s’afficha sur ses lèvres à cette pensée. Les artistes changeaient la face du monde. Ca ne faisait aucun doute. Ils nous faisaient rêver. Ils nous aidaient à ouvrir les yeux sur les injustices. Ils nous donnaient les mots pour déclarer notre flamme ou au contraire pour cracher notre venin.

Se forçant à ne pas se perdre dans des rêveries inutiles et à continuer à converser avec la blondinette, elle avait lancé la première question qui lui était passée par la tête. C’était pourtant loin d’être une question inutile. L’on pouvait vraiment en apprendre beaucoup. L’on apprenait d’abord sur la personne elle-même. On découvrait des goûts que l’on aurait jamais soupçonné. On décelait peut-être même une passion inattendue. L’on pouvait également découvrir des auteurs que l’on n’avait pas encore eu la chance de connaitre. Ce fut sans surprise qu’elle écouta les personnes que la scandinave citait. La question l’avait prise de court, Riley pouvait le lire dans son regard. Mais peu à peu, celui-ci se coupa de la réalité pour s’évader ailleurs, dans un lieu reclu et perdu dont lui seul avait l’accès. Penchant légèrement la tête sur le côté, la rousse ne perdait rien de ce qu’elle voyait et entendait. La mine contemplative de l’adorable jeune femme fascinait son interlocutrice. Bien plus encore que les artistes auxquels elle faisait allusion. Cela ne l’empêchait pourtant pas de tendre une oreille attentive à ceux qu’elle évoquait. Les âmes torturées, elle ne les connaissait que trop bien. Elle-même ne l’avait jamais autant été que ces dernières années sur le territoire irlandais. Non, en réalité, elle ne l’avait jamais été tout court. La demoiselle était une cartésienne inconditionnelle. Elle était une grande adepte du « vis ce jour comme s’il était le dernier ». Jamais elle ne s’était posée de question sur ce que les lendemains pouvaient lui réserver. Jamais elle n’avait souffert de vouloir ne serait-ce que s'informer sur la météo du jour suivant. Non, elle s’était toujours levée du bon pied, laissant ses pas la guider. Malheureusement, depuis qu’elle foulait l’Irlande, des angoisses lui prenaient les tripes. Elles la faisaient frissonner au moindre bruissement des feuilles, au moindre pas suspect derrière elle. Elle ne montrait évidemment rien de la peur qui pouvait l’animer, mais son palpitant n’en était pas moins serein. La nuit, ses rêves finissaient par se transformer en cauchemars. Et elle ne rêvait pas de monstres. Non, elle rêvait des êtres qui l’avaient privée de son bonheur et de sa liberté. Elle songeait à ceux qu’elle avait perdus et qu’elle ne retrouverait jamais. Et lorsqu’elle rouvrait les yeux, le souffle lui manquait, les images demeuraient ancrées sur chaque cellule de son être. Au travail, elle imaginait parfois que le cadavre qu’elle ouvrait de part en part n’était autre que son défunt compagnon ou son père disparu. Un haut le coeur l’avait secoué la première fois.
Repensant à tout cela, elle réprima une nausée et détourna une fraction de seconde les yeux. Elle ne souhaitait pas que cette nouvelle accointance perçoive si aisément sa plus grande faiblesse. Elle serra doucement les mâchoires, expira longuement avant de suivre la blondinette des yeux. Celle-ci venait de prendre place sur une des chaises qui gisaient non loin de là. Lahja en tira une à ses côtés, invitant ainsi la rousse à l'imiter. Cette dernière hésita un court instant et finit par céder à la proposition. Toujours avec beaucoup de grâce, elle vint s’asseoir à côté de la demoiselle.

« Non, on ne peut pas qualifier votre réponse de précise en effet, » elle croisa une jambe sur l’autre. « Mais elle reflète bien votre éclectisme. »

Le sourire du Dr Keenan se fit doux, compréhensif. Il était même emprunt d’une certaine mélancolie. Elle baissa la tête et la garde vraisemblablement. S’en rendant compte, elle retrouva une certaine composition et ne broncha pas que la question lui fusse retournée. C’était plus que logique dans une conversation entre deux êtres civilisés. Elle fit mine d’épousseter les plis de sa robe pendant que la réponse se formait dans son esprit.

« Sans la moindre hésitation : Frankenstein, de Mary Shelley. Cette oeuvre est selon moi une pièce de maitre. Mais plus par l’analyse que par l’écriture en elle-même. Selon moi, elle illustre que trop bien le jeune âge de Shelley lorsqu’elle l’a écrit…  »

Le médecin se retint d’en dire d’avantage. Elle pourrait pourtant converser des heures durant sur cet ouvrage tant elle en était fanatique. Comme elle le disait, la plume était approximative et les descriptions tiraient parfois en longueur. Mais l’on passait aisément outre lorsque l’on connaissait l’envers du décor. Quand on comprenait enfin que le Dr Frankenstein n’était rien d’autre qu’un scientifique incompris et perdu, un artiste même. Quand on comprenait que sa créature n’était que son cadeau fait aux Hommes. Un cadeau qui leur donnerait la chaleur, l’électricité, la vie. Le Dr Victor Frankenstein était le jeune Prométhée qui voulait donnait le pouvoir de Vie aux Hommes. Ainsi étaient les Hommes. Ils créaient des monstres pour devenir des héros. Ils frôlaient, jouaient même avec les limites de la moralité et de la justice pour qu’on reconnaisse leur talent mêlé de folie. N’était-ce pas ainsi qu’Icare s’était brûlé les ailes ?! Là était tout l’antagonisme qui troublait les Hommes. En sachant cela, il était inutile de s’interroger quant à ce qui les poussait à tant de monstruosités.

« Je dois tout même reconnaitre que comme vous, les âmes tourmentées me touchent. Mais je pense que c’est parce qu’à un certain point, nous nous reconnaissons toujours en elles… »

Un brin de nostalgie pouvaient s’entendre dans sa voix. Toute sécheresse précédente avait disparu. Elle était presque trop douce pour qu’on l’eut reconnue. Mais qui pouvait bien la pointer du doigt dans cet endroit reculé. Nul n’était là pour la juger. Seule la blonde le pouvait mais sans la connaitre, cela lui serait difficile. Là était l’occasion de jouer à être quelqu’un d’autre. Là était l’occasion d’être une personne totalement différente. Elle pouvait être qui elle voulait. Déjà son nom n’était pas le sien. Elle sourit à cette idée et finit par décroiser les jambes. Elle se pencha doucement en avant, réduisant ainsi l’espace qui les séparait.

« Dites-moi... Ne rêviez-vous pas de ces univers quand vous étiez enfant ? Rêver que vous étiez vous-même l’un des personnages, voire le personnage principal de l’histoire. Vous fermiez les yeux et vous étiez happée dans un décor totalement différent de celui dans lequel vous évoluiez réellement ? Comme si ouvrir un livre ouvrait une porte sur un nouveau monde. Un monde que personne d’autre n’avait exploré. Un monde qui n’attendait que vous pour exister. Un monde qui disparaissait, mourrait chaque fois que vous fermiez le roman ? »

Plus la Goule décrivait cette sensation, plus elle-même la revivait. Si elle fermait les yeux, elle se voyait partir à la poursuite de Moby Dick. Elle pouvait entendre le chant des sirènes d’Homère. Elle arrivait à percevoir l’odeur des cochons qui étaient entrainés à déchiqueter Hannibal Lecter. Un rictus à la fois mélancolique et joyeux pouvait se lire au coin de sa bouche rougie.
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Il était facile pour elle de s'envoler, de quitter par l'esprit ces terres ensanglantées qu'on lui avait imposé. Dans le peu de temps qu'elle avait pour elle-même, les livres agissaient comme un baume sur son cœur. Les troubles vertigineux de sa mémoire s'éclipsaient lorsque son regard dévalait, l'une après l'autre, les pages d'un livre salvateur. Pourtant ce fut l'une de ces choses simples qu'elle avait eu l'audace de prendre pour acquise, pensant qu'ils seraient toujours à l'abri d'une pareille horreur. La fin du monde, avec le temps, n'était devenue qu'une sorte de grande farce dont le monde ne cessait de s'amuser jusqu'au jour, où finalement, tout bascula pour nous confronter à l'inenvisageable. La coupure sociale que Lahja avait provoqué en se rendant en Laponie l'avait tout aussi bien perturbée que renforcée. Il fut difficile pour elle de revenir dans un monde en plein déchirement. Les fondations mêmes de ce qui lui assurait une existence convenable étaient devenues branlantes, au point même de lentement se fracasser. Lorsque ses parents ont été assassiné, il s'agissait de sa stabilité mentale qui frémissait, se craquelant sous le poids d'une douleur qu'elle n'avait jamais pensé ressentir un jour... Pour toutes ces raisons occultes, cette bibliothèque à l'abandon illuminait la fadeur qu'emplissait à présent son quotidien. Ici, personne ne viendrait la chercher car au fond, personne ne se souciait réellement de ce qu'elle pouvait faire. Lahja jouissait d'une invisibilité spectrale, déposant des petits amas de lumière aux portes souvent closes et pernicieuses de ceux qui avaient peur, de ceux qui n'avaient plus le courage de croire en la simple bonté de cœur. La grandeur ne sommeillait que dans les choix d'un individu, ce libre-arbitre inconditionnel était la seule chose qui nous différenciait de vulgaires charognes et en cela, la blonde espérait que les hommes réapprennent à faire les bons choix. À nouveau, ce sont les livres qui lui ont confié cette sagesse. Pour toujours, elle en resterait étudiante. Jamais supérieure à qui que ce soit. La finlandaise n'avait pas la science infuse mais elle estimait avoir une morale solide et chérissait les valeurs qui parsemaient sa personnalité vaporeuse. Sans son intérêt authentique pour la littérature, cette corde sensible pour l'Art, elle n'aurait certainement été aussi empathique à comprendre ceux qui l'entouraient. Aujourd'hui plus que jamais, certains mots la rassuraient et lui donnaient parfois même un peu de courage inopiné.

Ces mots étaient si nombreux d'ailleurs qu'elle peinait à faire son choix. Dans cet océan de lettres qui s'entrechoquent, s'assassinent ou s'aiment parfois, elle perdait réellement le fil de ses préférences. Des esprits éclairés, il en avait tant existé que ne citer qu'un seul nom pour elle relevait presque de l'impossible. Pourtant elle fit l'effort minime d'en évoquer quelques uns, ne sachant pas réellement lequel l'emportait le plus sur l'autre. Cependant elle doutait que cela ait une importance quelconque. L'essentiel étant ici le partage, la découverte extatique de quelqu'un d'autre. La scandinave observait avec attention l'énigmatique jeune femme, ne se lassant pas de la détailler, qu'il s'agisse de son allure ou de ses mimiques, Lahja absorbait autant que la belle voulait bien lui donner. Le Dr Keenan et sa méfiance embaumaient les lieux avec douceur et comme pour ne pas la faire fuir, l'élémentaire s'appliquait à faire preuve de tact. Si la jeune femme ne paraissait absolument pas apeurée par la présence de la sorcière, elle ne pouvait cependant nier qu'elle ressentait une certain malaise, presque imperceptible tant ses sinuosités étaient subtiles. La gracieuse finit tout de même par s'asseoir à son tour, croisant les jambes avec élégance pour finalement lui faire profiter du son agréable d'une voix concernée par la conversation qu'elles échangeaient à l'instant même. « Oui, en effet. Éclectisme est le mot approprié. » Les notes d'un rire discret s'élevèrent de sa bouche jusqu'aux hauts plafonds qui les surplombaient. Évidemment, la sorcière blanche lui retourna la question, cherchant à lever voile et à comprendre l'essence originelle qui était propre à cette étrange femme. La réponse qu'elle lui donna ne la surprit guère. Lahja trouvait que ça correspondait plutôt bien au domaine dans lequel la belle exerçait. Mêlée la science à quelque chose d'aussi vague que l'Art pouvait s'avérer être complexe. Pourtant, la finlandaise a toujours trouvé en ces deux branches, souvent jugées comme étant opposées l'une à l'autre, de nombreuses similitudes. « C'est un récit particulièrement prenant, en effet. » dit-elle, toujours pensive, complètement ensevelie sous cette conversation qui, pour le coup, tombait réellement du ciel. « En ce qui me concerne, il m'a particulièrement marqué de par la cruauté des hommes qui s'y reflètent. J'ai aimé voir les rôles s'inverser. M'attacher à ce que tout désignait comme étant le monstre et mépriser l'insensibilité injuste des hommes. » Elle ne pouvait s'empêcher de penser à eux en discutant de ce livre, tous prisonniers, complètement sous le joug de la simple peur des hommes et de leur refus à accepter autre chose que ce qu'ils ont toujours connu. C'en était presque ironique de voir à quel point la vie imitait parfois l'Art.  

Son interlocutrice poursuivait, l'accompagnant doucereusement dans ses préférences envers les brisés, les blessés. Toutes ces âmes romanesques qui, de par leurs maux, exploraient les horizons infinis de la psyché. Tout était bon à prendre pour Lahja tant que la profondeur existait. Elle avait besoin de consistance, de matière immatérielle... Ce genre de paradoxes bien plus idéalisés, au fond, qu'ils n'étaient réels mais elle était persuadée de ne pas être la seule à penser de cette manière. D'autres esprits devaient ressentir le besoin de s'échapper, défiant les frontières et les limites de la politesse bienséante des gens civilisés. Au-delà de tout cela, des artifices qui n'en finissaient plus de se multiplier, il y avait l'âme. Sans laquelle même le plus cartésien des hommes ne pouvait vivre comme il se doit. Sans l'âme, oui, nous n'étions rien d'autres que des carcasses creuses et livides. « Oui, totalement. La douleur fait partie intégrante de la vie de chacun, d'une manière ou d'une autre. Ça nous arrive tous au moins une fois. » répondit-elle, hochant légèrement la tête en guise d'approbation, l'esprit toujours électrisée par cette discussion. Elles la débutaient à peine mais déjà la blonde était happée par ce qu'elles se disaient dans l'intimité de cette salle qui, pour aujourd'hui, était entièrement la leur. Lorsque la jeune femme s'était penchée vers elle, brisant un peu plus la distance qui demeurait entre elles, la finlandaise ne bougea pas, se contentant simplement de plonger ses deux prunelles particulièrement intéressées dans celles de la scientifique. Ensuite les fantasmes des mots qui s'échappaient d'entre ses lèvres emmenèrent Lahja au cœur de sa propre imagination, se souvenant par la même occasion, d'anciens vestiges datant de ses plus tendres années. Elle découvrait en l'inconnue une source de passion qu'elle n'aurait pu déceler si elles n'en étaient venues à ces quelques paroles échangées et cela aurait été un mensonge de prétendre que la chose ne lui plaisait pas. Au contraire, elle faisait chanter en elle des crépitements qui ne s'étaient pas enflammés depuis un bout de temps.

« Au moins chaque nuit... Je me sentais plus proche des contes et histoires que l'on me faisait découvrir que des enfants bien installés dans la réalité humaine. Il m'est même arrivé de ressentir les émotions de ses personnages, de me croire plus forte que je ne l'étais, plus courageuse aussi. Parfois plus belle même. » Mais n'était-ce pas normal ? De s'imaginer meilleur qu'on ne l'est réellement, de mettre parfois tous nos désirs les plus enfouis sur un piédestal ? L'évasion était si délicieuse sur le moment que la lourdeur affreuse de ce qui est réel ne semblait guère importante. Les choses étaient plus douces alors, plus vivables. La blonde s'en souvenait presque comme si c'était hier et soudainement, elle se demandait quel genre d'enfant avait pu être la jeune femme avec qui elle conversait tranquillement. « Étiez-vous aussi passionnée à l'époque que vous me semblez l'être à présent ? » demanda-t-elle avec une mine plus taquine et certainement plus à l'aise qu'à leurs premiers mots.
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As I enter the city of the dead ft. Lahja



Elle échappa un rire des plus chantant pour approuver son éclectisme. Un rire léger et presque communicatif. En tous cas, il poussa la goule à sourire. Quoi qu’elle put en dire, elle trouvait la blondinette des plus sympathiques. Elle avait cet air d’innocence, rafraichissant et presque contagieux. Le temps de la conversation, Riley pourrait elle aussi croire en un monde meilleur. Mais il suffisait de balayer l’ancienne bibliothèque des yeux pour faire disparaitre cette éventualité. Si l’Homme était capable de détruire la source de son inspiration, de quoi d’autre était-il capable ? Non, la rouquine ne pouvait pas croire en une telle chose. Ou plutôt, elle se refusait à le croire après ce dont elle avait été témoin et ce qu'elle avait vécu.

Le médecin légiste tendit une oreille plus qu’attentive à ce qu’elle entendait concernant « Frankenstein ». Elle était toujours exaltée lorsqu’elle pouvait échanger à propos de cette oeuvre. Ca avait d’ailleurs été l’une de ses premières longues discussion avec Edwin. Aussi passionné qu’elle, ils avaient échangé leurs avis, leur ressenti, leurs analyses. Ils avaient également lu quelques passages ensemble. Ca avait certainement été l’élément déclencheur des sentiments de la goule à son sujet. Les personnes passionnés l’enivraient. Elles étaient expansives, démonstratives, inarrêtables. Elles étaient plus intéressantes que les autres. Peut-être était-ce parce qu’elle se reconnaissait en elles. C'était l'effet miroir. L'on dialoguait toujours mieux avec nos semblables, au sens propres. Entendant parler de la cruauté des hommes, Riley ne pouvait qu’approuver. Elle acquiesça en silence.

« N’est-ce pas ainsi dans la vie ? Ceux que nous prenons pour des monstres ne le sont pas tant finalement, » conclut-elle d'un regard qui en disait peut-être un peu trop long.

C’était aussi pour cela que Keenan appréciait tant cet ouvrage. Elle était le monstre. Aujourd’hui, elle était méprisée, surveillée et traquée pour ce qu’elle était. Elle avait été enfermée, torturée, affamée car elle n’était pas humaine selon leurs critères. Qu’est-ce qui faisait d'une personne un être humain selon eux ? Sa propension à ressentir des émotions ? Aimer ? Si l’on se basait sur ces simples faits, cela faisait de Riley une humaine également. N’avait-elle pas aimé au point de vouloir mourir ? Ne ressentait-elle pas colère et tristesse ? La mélancolie ne l’avait-elle pas gagnée depuis la perte de son amant ? Elle serra doucement les mâchoires en y repensant. Elle était certainement plus humaine que certains d’entre eux. Elle ne torturait personne pour le plaisir. Elle ne tuait pas pour défendre des idéaux personnels et absurdes. Elle ferma un court instant les yeux, chassant ces ténébreuses pensées de son esprit. Il fallait passer au dessus de cela pour ne pas gâcher ce moment d’échange salutaire.

Etait ensuite évoqué ceux qui se nourrissait de leurs moments douloureux pour créer. Que cela pouvait être romanesque. Un rictus amusé apparut sur les lèvres de la rouquine. Elle ne pouvait qu’approuver les propos de la finlandaise. Pour éviter de s’attarder sur ce sujet, Riley se laissa emporter par son imagination comme elle avait pu le faire en lisant la pièce de théâtre de Sartre. Elle décrivait une situation que beaucoup d’amateurs de lecture avait du expérimenter. Une routine par laquelle on était obligé de passer lorsque l’on aimait tourner les pages d’un livre. Quel qu’il fut. Elle se reconnaissait dans la réponse de Lahja. L’on était plus soi-même en lisant. Nous devenait acteur de ces histoires. Nous étions les personnages. Qu’ils fussent homme ou femme n’avait pas d’importance. Peu importait leur âge, leur profession, leur pays. Nous finissions toujours par nous mettre à leur place. A cause d’un sentiment, d’un évènement, d’une situation. C’était d’ailleurs pour cette raison que Keenan ne lisait que très peu de science fiction. Sa vie en était une et elle ne ressentait donc pas le besoin de s’évader dans un monde bien trop similaire au sien. Elle préférait de loin la simplicité. Les pensées secrètes d’un auteur. La biographie ou l’autobiographie d’un personnage célèbre. Des lettres enflammées entre deux amants qui ne devraient pas l’être.  Même les mémoires et élucubrations d’un philosophe lui paraissait captivantes.

La question suivante surprit quelque peu la créature. Elle colla son dos contre le dossier de la chaise, déposant ses mains ses genoux. Son attitude était toujours opposé aux looks qu’elle adoptait. Elle était une femme digne, fière, emplie de valeurs morales auxquelles on ne croyait plus. Ses vêtements eux, disaient totalement autre chose. On lui prêtait des amants qu’elle n’avait jamais eu. Des propos qu’elle n’oserait jamais tenir et par dessus tout, des actes qu’elle n’envisageait que très peu. Tels que les meurtres gratuits. Avec le temps, ça l’amusait plus que ça ne l’ennuyait. Elle profitait des circonstances et jouait de ces préjugés et autre a priori.
Elle plissa les lèvres, tentant de trouver une réponse satisfaisante qui n’en dirait pourtant pas trop sur elle. Ce n’était pas chose aisée. Mais elle était suffisamment habile avec les mots pour demeurer évasive tout en répondant à la curiosité de sa vis-à-vis.

« Lire n’était malheureusement pas une habitude dans ma jeunesse. Toutefois, en ouvrant mon premier ouvrage, j’avoue m’y être noyée et avoir dévorée les suivants avec ferveur. Mais ce fut à force de lire que l’engouement est venu. Plus je lisais, plus j’en voulais d’avantage. Une drogue douce qui nourrissait autant mon esprit que mes sens. »

Elle sourit doucement à cette pensée. Elle n’avait jamais possédé de romans autre que quelques oeuvres philosophiques. Kant, Rousseau et autre Voltaire avaient toujours toute place trouvée chez elle. Elle n’avait jamais rien acheté d’autres, préférant loué, emprunté. Premièrement car elle bougeait énormément et les livres étaient lourds à transporter. Ensuite car c’était assez représentatif de sa façon de vivre. Ne rien posséder. Ne rien garder avec soi qui forcerait à demeurer à un seul endroit. Pas de mission de travail excédent un an. Pas d’achat de maisons et des appartements payés d’une semaine à une autre, en cash. Pas de voiture. Ainsi, elle ne donnait son nom nul part. C’était finalement comme si elle n’existait pas. Elle n’était qu’une figure fantomatique. Une apparence que l’on finissait par oublier, que l’on doutait d’avoir même croisée. Et la goule n’était finalement plus qu’un vague souvenir, un rêve.

« J'ai plutôt baignée dans la musique classique et ai toujours été plus aisément transportée par elle, » finit-elle par avouer.

Elle déposa un bras sur le dossier de la chaise, gardant les jambes croisées. Elle leva doucement la tête, cherchant l’une des alcôves. Celles-ci contenaient une fenêtre qui donnait une vue obscurcie sur le monde. Les nuages assombrissaient le ciel et l’on peinait à savoir s’il faisait jour ou nuit. Il était quand même possible de distinguer quelques branches d’arbre qu’une faible brise agitait. Perdue dans cette contemplation emprunt de poésie et de douceur, le médecin laissa les mots lui échapper.

« La musique a cette faculté à vous rendre triste ou joyeuse. Elle peut vous convaincre d’aimer ou de haïr quelqu’un ou quelque chose. Elle vous fait aussi rêver, d’une autre manière, mais développe tout autant votre imagination, » un sourire doucereux grandissait sur ses lèvres. « Les mélodies nous inspirent des sentiments… »

Ce dernier mot prit presque peine à passer les portes de chair. Il prit un sens plus fort dès qu'il fut prononcé, comme si elle en comprenait enfin le sens après toutes ces années. La rouquine posa de nouveau le regard sur la blondinette. Elle semblait toute ouïe aux paroles de la médecin. Cette dernière continuait de sourire largement, ravie d’avoir une auditrice si disciplinée.

« Lacrimosa de Mozart m’a toujours bouleversée, » elle ferma les yeux, le violon du requiem s’imposant à elle comme pour accompagner ses dires bien que la demoiselle ne pouvait pas réellement l’entendre. « Je vois de la souffrance. Je vois une mère qui se doit d’abandonner ses enfants. Elle sait qu’elle est capable de les élever. Pour les protéger, elle préfère s’en aller et leur permet de vivre sans la connaitre. Elle sait que ce manque leur pèsera au début, mais elle croit qu’ils comprendront. Je vois qu’elle lutte pour ne souffrir de cet abandon. Pourtant, chaque mois qui passe afflige son âme, son coeur se déchire et c’est une part d’elle dont elle se voit déposséder un peu plus avec le Temps, » tout en racontant cela, ses doigts se mouvaient au rythme de ce qu’elle semblait entendre. « Je vois le ciel se déchirer. Il traduit la douleur de cette mère. Il retranscrit les pleurs et les cris des enfants. Puis peu à peu, les gouttes s’affinent jusqu'à se dissiper totalement. Les nuages se dispersent et la mère reprend confiance en elle, en ce qu’elle est, en ce qu’elle a du faire. Elle a confiance en ses enfants et ce qu'ils ont du faire pour l'oublier. Ils sont forts. Puis elle finit par reprendre sa vie. Une vie normale, heureuse, bien qu’elle sait que cette expérience la marquera à vie…  »

Doucement, elle rouvrit les yeux. Son souffle s’était accéléré malgré elle. Elle avait pourtant un fin sourire sur les lèvres bien que cette histoire était loin d’en être une, narrée de façon aléatoire. Ce qu’elle dépeignait, elle l’avait vécu. Non, elle n’était pas l’enfant abandonnée mais bien la mère. Elle avait sacrifié sa vie avec son enfant pour le bien-être de ce dernier. Il n'avait jamais du comprendre, ça, elle en était convaincue. A aucun moment elle ne regrettait ce geste désespéré. Elle l’avait fait en pleine connaissance de cause. Si elle devait le refaire, ce serait sans hésiter et sans une once de scrupules. On ne pouvait pas mettre cette décision sur le compte de la jeunesse et du manque d’expérience ou de sagesse. Bien au contraire, elle avait agi ainsi car elle avait traversé les siècles et savait parfaitement ce qui attendrait l’enfant si elle le gardait.

« Pardonnez-moi, je me suis laissée emporter, » se reprit-elle, toujours souriante.

Elle aurait parfaitement répondu aux fameux critères humains, elle aurait certainement fondu en larmes à se remémorer pareil sacrifice. Mais il n’en était rien. Elle avait fait son deuil. Elle l’avait fait le jour même où elle sut qu’elle était enceinte. L’enfant était condamné avant même de naitre. Il avait eu une chance sur deux d’être goule. Et ce fut la mortalité qui l'emporta.
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Riley & Lahja

« A haunted, starless sky, fragile and oh so deep. The dying softly wakes and smiles in painless peace. »
La cruauté humaine était un de ces refrains lancinants qui n'en finissait jamais de traverser les âges, ravageant peuples et générations jusqu'à ce point de non-retour, jusqu'au cataclysme de toute espérance. Dans ces déchirements répétitifs, au sein de ce schéma récurrent, les hommes rêvant pourtant d'évolution, restaient figés dans l'horreur même de leur essence ; toujours insatisfaits de la beauté que possède pourtant naturellement la Terre qu'ils saccagent inlassablement. L'Histoire, Lahja l'avait apprise grâce à la littérature, s'alliant passionnément avec les dédales de son imagination et ces lueurs qui illuminaient sa curiosité enfantine. Sa mémoire ne pouvait qu'imaginer le parfum sanglant des croisades, les couleurs suaves de l'époque victorienne ainsi que la brillance solaire de son or, le langage difforme et pourtant sans cesse en mouvement des gens de ce qui fut autrefois le bas peuple, pourtant toujours plein de surprises et qui la remplirent bien souvent d'étonnement que ce soit par leur force ou leur courage indéniable. La blonde avait eu la chance de connaître le confort d'un siècle où il ne se passait rien, où la masse attendait un changement radical qui ne semblait malheureusement pas arrivé. Elle était coincée dans les récits qu'elle pouvait lire, retraçant des aventures qui avaient battu leur plein, bien avant que ses deux pieds ne foulent le sol bafoué de cette triste planète, à coup de fantaisies évadées. Lahja n'avait rien connu de tragique avant l'année deux mille quarante deux et elle n'aurait jamais pu imaginer qu'un jour l'humanité prenne un tournant aussi dévastateur, qu'elle devienne un jour prisonnière  pour cause de simplement être authentique et fidèle à ses origines, que cet univers soit bouleversé par une réalité qu'elle n'avait jamais connue autrement que sous forme de cauchemars visuels. Qu'il s'agisse de livres, d'anciennes photographies, de reliques préservées dans les musées ou de simples documentaires historiques. À présent, elle comprenait toutes les horreurs de ces mots qu'elle avait lu. Elle saisissait l'affreuse ignominie des hommes face à l'inconnu, leur cruel manque de réflexion et leur insatiable désir de domination.

Car tout cela s'était imposé à elle sans préavis. Ainsi, elle avait perdu ses parents, observait à présent l'horrible s'épancher dans l'Irlande toute entière. Le sang de la vengeance pulsant de plus en plus fort dans les veines de ceux que l'organisation pensait, à tort, maîtriser. Face à tout cela, la finlandaise frissonnait de mauvais pressentiments, laissant l'ombre de l'angoisse s'infiltrer en elle comme de sombres nimbus ; prêts à exploser d'une minute à l'autre afin de déverser sur ce nouveau monde en ruines un déluge torrentiel, digne de ce fameux Ancien Testament en lequel elle n'avait pourtant jamais cru et qu'elle trouvait presque vulgaire aujourd'hui. Elle se surprenait presque de la profondeur de cette conversation, passant de l'Art à une réalité à laquelle elles devaient faire face toutes les deux. C'en était quelque peu déroutant pour la blonde qui n'avait plus l'habitude de s'exprimer avec autant d'intensité. Elle était bien trop habituée au silence des siens, de sa Finlande glacée qui préférait bien souvent les actions aux longues conversations. Pourtant, elle se ravissait d'échanger de la sorte avec une Âme qu'elle désignait maintenant comme semblable à la sienne. Lahja avait l'impression que le Dr. Keenan était apte à la comprendre, qu'elle aussi était passée par bien des souffrances pour parler avec autant d'esprit et surtout de cœur car il fallait beaucoup de compréhension pour saisir les souffrances de ceux qu'on lapidait autant de pierres que d'insultes. La femme du nord l'avait compris dans les fissures qu'elle pensait entrevoir dans les gestes élégants de son interlocutrice. Elle ne soulignerait pas ses faiblesses car elle ne voulait pas la froisser, s'immiscer dans les aléas de son existence et des possibles meurtrissures qui avaient pu la forger depuis qu'elle était sur ses terres de perdition. Non, elle ne se jouerait pas de sa douleur mais s'imaginer qu'une femme aussi belle et intelligente ait pu écoper d'atrocités lui étreignait le cœur. L'élémentaire avait du mal à supporter les maux qu'elle devinait mais en des temps aussi obscurs, n'était-ce pas devenu presque normal de fusionner avec la douleur ? Personne n'avait le choix après tout.

Elle en était venue à douter parfois, à remettre en cause ce qu'elle était, ce que les autres aussi incarnaient pour les hommes. Les vampires devaient impérativement se nourrir de leur sang, les loups étaient dangereux malgré leur instinct de protection et l'obscurité des autres peuples inspiraient principalement la terreur. Parmi les siens, le Mal œuvrait aussi en silence. Certains mages se jouant de la Mort, lui riant au nez avec vulgarité, allant même jusqu'à titiller les cadavres et les spectres n'ayant pas trouvé le repos. Lahja se demandait souvent si tout cela avait un sens quelconque. N'était-ce pas légitime de préserver femmes et enfants d'obscurs desseins imprévisibles ? La justice ne résonnait pourtant pas dans la torture et la violence. De cela, elle en était bien plus que persuadée mais qu'aurait-elle fait, elle, si elle avait eu un enfant ? Se serait-elle allier aux vampires ? Aurait-elle pris ce risque ? Son camp n'était plus à choisir, certes mais pour comprendre l'ennemi, il fallait parfois se mettre à sa place mais dans tout cela, la blonde ne percevait qu'une peur irrationnelle.« Ou peut-être que l'on a tous une certaine dose de monstruosité cachée en nous. L'assumer par contre, c'est une autre histoire... » répondit-elle, pensive. Les hommes se servaient souvent d'intentions honorables pour dissimuler leurs imperfections intérieures aux autres. Ils utilisaient de grands mots, de grandes phrases pour finalement mettre sous le tapis, un amas dépravé de cadavres. Pouvait-on réellement blâmer les créatures de se nourrir pour survivre ? Pouvait-on maudire les hommes de vouloir effacer la moindre possibilité de danger ? À tout cela, Lahja ne pensait qu'à rétablir l'équilibre. C'était, selon elle, la clé de toutes choses. De là, les artistes arrivaient, faisant fleurir sur les branches de leur conversation, d'autres sujets. Moins lugubres. Teintés de beauté plus douce que celle du rude courage face à l'injustice.

Il fallait conserver cette douceur qui émanait de leurs mots échangés, cette évasion clandestine qui semblait les relier dans un accord tacite dont la blonde se sentait reconnaissante. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas perdue dans une conversation pleine de sens ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas converser de la sorte sans qu'il soit question de son travail ou simplement des autres dont elle ne cessait jamais de s'occuper ? Prise dans les flots de ce qu'elle apprenait, petit à petit, sur cette femme étrange qu'elle avait croisé par hasard en plein cœur d'une bibliothèque devenue funéraire des désastres qu'elle avait subi, elle espérait la découvrir un peu plus. Connaître ses préférences, sa manière d'être, de simplement exister dans le brouhaha de ce monde qui saignait davantage que le temps passait. Lorsque la femme aux cheveux enflammés lui répondit sur cette passion qui semblait l'animer, la blonde l'avait écouté presque religieusement, grappillant quelques détails qui étaient tout sauf futiles pour la finlandaise. Elle apprenait que la littérature arriva dans sa vie un peu plus tard mais que sa morsure en fut addictive et qu'elle s'était ensuite naturellement plongé dans cet art. Son amour premier semblait s'être dirigé vers la musique classique, univers dans lequel Lahja elle-même s'était longuement égarée en raison de ses nombreuses années de ballet. Cette symbiose lui manquait, celle de ses mouvements parfaitement fondus dans les notes frivoles d'un aria lointain, transpirant d'un autre temps. D'un temps qu'elle n'avait pas connu mais qui pourtant brodait sur son cœur des effusions d'émotions singulières. De la colère jusqu'à la tristesse sourde, des piqûres mélancoliques de la déception amoureuse jusqu'aux confins de l'émerveillement, la danse l'avait transporté et ce fond sonore archangélique lui donnait les clés d'une liberté insoupçonnée. Elle métamorphosait ses peines en sauts et autres cabrioles, délivrant son soulagement en s'élevant de ses pointes dans l'espace infini que lui semblait être la scène. Toujours la musique classique sillonnait son air de grandeurs passées, lui donnait la sensation que son âme avait vécu mille vies et qu'en elle, chuchotaient les secrets d'autres personnes, d'une autre époque, d'un autre cœur. De Purcell jusqu'à Beethoven, de Chopin jusqu'à Vivaldi, elle n'était jamais la même personne et pourtant, ses sentiments restaient intimes, personnels et passionnément siens. Mais cette vie ne lui appartenait et du ballet et de son univers ordonné et merveilleux, elle n'en restait plus rien que des souvenirs.    

Se délectant de ses mots, Lahja abreuvait son esprit de cette rencontre, de cette femme qui ne faisait que rester en surface mais qui déjà la touchait bien plus profondément qu'elle ne pourrait se l'imaginer. Au sujet de la musique que pourrait-on réellement en dire ? Le tout était surtout de le vivre, de le ressentir au plus profond de soi. Les visions différaient à la manière de penser, à la manière d'imaginer ou d'endurer. « Totalement. Elle a ce côté immatériel qui ne peut être décrit avec les mots. Elle incite à vivre, à explorer les sentiments plus qu'à les définir. J'aime le fait qu'elle soit insaisissable, que sans pouvoir la tenir entre nos mains, elle arrive tout de même à s'accaparer de l'esprit. » C'était une forme de magie. Pour Lahja, tout n'était que ça : magie et insaisissables déguisés en objets concrets mais pourtant furieusement futiles. Lacrimosa glissait sur les courbes de ses charnues, rougies par un rouge de sang qui, sur l'instant, semblait parfaitement approprié aux nuances de leur dialogue. La blonde écoutait l'autre déverser une histoire, un bout d'épopée personnelle qu'elle ne pensait être que le passage d'un vieux livre abandonné par les sentimentaux. Elle tentait simultanément de récupérer la mélodie mortuaire que Mozart avait composé au XVIIIème siècle et elle pourrait presque en sentir la puissance transpercer l'espace qu'elle occupait, laissant les battements de son cœur trembler aux mots circonspects et pourtant si réalistes de la jeune femme, à présent évadée vers quelque chose auquel Lahja n'avait pas accès. L'histoire d'une femme qui a dû faire un choix, qui l'assume envers et contre tout. En Keenan, quelque chose tremblait, froissant légèrement les apparences solennelles dont elle avait preuve jusqu'ici. Son sourire pourtant semblait incassable et brillait d'une sincérité étonnante. L'espace d'un instant, le regard bleuté de la scandinave ne pouvait qu'admirer l'intensité qui émanait d'elle. Elle succombait à ce charme étrange qu'elle possédait, son esprit conquis par le sublime d'une personnalité à peine dévoilée. Les paupières de la jeune femme étaient à nouveau ouvertes. Lahja quant à elle était restée immobile, absorbée par ce qu'elle entendait, par ce qu'elle observait mais aussi par les émotions que cette inconnue lui offrait alors qu'elles n'évoquaient pourtant que l'art et la musique, les reliant subtilement à leur vie.

En somme, elles ne faisaient que s'effleurer spirituellement, ne franchissant pas encore les frontières de leur vie privée. La belle créature s'excusait de s'être laissée emportée. Elle semblait peu habituée à ce genre d'expansion. Pourtant cela lui allait bien, la preuve étant dans l'étincellement du regard de la finlandaise. « Il n'est pas nécessaire de vous excuser, au contraire... Cela fait trop longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de ressentir autant d'émotions différentes lors d'une discussion. » C'était surprenant pour elle, bien loin d'être régulier. Elle avait tendance à s'enfermer dans un silence de cathédral. Parfois, elle craignait que ce monde la rende insensible, la refroidisse à tel point que l'électricité des émotions qui la parcouraient ne la ferait plus jamais frisonner. Alors pour cette conversation, pour cette inconnue débordante d'énergies et de vibrations puissantes, elle ne pouvait que se sentir reconnaissante. « Est-ce que vous jouez d'un quelconque instrument ? Si non, quel est celui qui vous inspire le plus ? » Elle espérait faire traîner en longueur, attraper à la volée quelques morceaux de cette âme qui lui paraissait si secrète, presque verrouillée sous la bienséance et les demi-mots.
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As I enter the city of the dead ft. Lahja



Entendant que l’on avait tous une dose de monstruosité, un rictus presque bestial apparut un instant sur ses lèvres. Riley n’avait aucunement honte de sa propre monstruosité et ne la dissimulait donc pas. Evidemment, au vue de sa conversation avec la jeune femme, cette dernière ne pouvait pas s’en douter. Peut-être en avait-elle une faible idée. Après tout, l’île des damnés existait pour une raison simple : y enfermer le plus d’abomination possible. Que pouvait bien être cette femme à l’apparence si fragile, si enfantine. Si humaine… Mais à son odeur, la Goule savait pertinemment que la blonde n’était pas de ce bord-là. Non, elle n’était pas entièrement humaine, la française aurait pu en mettre sa main à couper. Il y avait quelque chose en plus chez elle. Elle finirait bien par le découvrir.

« Je ne saurais mieux le décrire. »

La créature se contenta de répondre cela avant de se laisser emporter dans une description qu’elle ne contrôlait pas. Les mots lui échappaient, coulaient entre ses lèvres, inondant son esprit et son âme. C’était à peine si elle prenait le temps de reprendre son souffle. Ce dernier se faisait court alors que ses pupilles s’agitaient derrière ses paupières closes.
Puis elle s’était excusée de cet épanchement soudain. Presque rouge de l’effort fourni, elle reposa un regard fébrile sur la blondinette. Celle-ci avait écouté, sans dire un mot. Pas un seul. La bibliothèque avait été envahie par la voix mélodieuse de la Goule. Reprenant contact avec la réalité, elle s’était rendue compte qu’un léger accent français avait refait surface après des années, des siècles, à user d’un américain presque parfait. Elle replaça une mèche derrière son oreille alors que Lahja avoua une sensation que la rouquine partageait. La dernière fois, ça avait été avec Edwin. Des heures et des heures de discussion autour de tout et n’importe quoi. Il y avait eu des rires, des échanges, des engueulades à cause de plusieurs désaccords sur des sujets si futiles. Elle ne pouvait pas réellement dire que ça lui avait manqué, n’ayant partagé cela qu’avec lui et n’ayant voulu ne le partager qu’avec lui.

« Avez-vous une chanson, un air ou un artiste qui vous mette dans un tel état ? Que je ne sois pas la seule à me dévoiler ainsi, » demanda-t-elle avec un clin d’oeil significatif.

Elle ne pouvait concevoir de donner sans recevoir. Elle était partisante du donnant-donnant. Ce n’était pas normal pour elle de se contenter de prendre sans donner et inversement. C’était une généralité. Que ce soit lors d’une simple discussion comme celle-ci, ou lors d’un échange corporel passionné. C’était autant dans le positif que dans le négatif. Rancunière comme elle l’était, il était simplement hors de question pour elle de ne pas rendre ce qu’on lui prenait.

La question qui suivit la prit de court. Pourtant c’était une suite logique à leur conversation. Elle se leva et retourna dans l’allée qu’elle occupait précédemment pour récupérer son sac. Elle revint ensuite face à la finlandaise, fouillant dans son ballot à la recherche d’une cigarette. L’interdiction de fumer dans les lieux publics n’avaient plus lieu d’être à présent. Elle ne s’enquit même pas de savoir si cela dérangerait sa nouvelle connaissance. Elle était ainsi et si elles étaient amenées à se revoir, la jeune femme finirait bien par s’en rendre compte. Aussi amicale et avenante qu’elle puisse paraitre maintenant, elle n’en demeurait pas moins une Goule. Une créature qui n’inspirait que peu confiance que l’on aimerait voir éradiquer de cette planète. Elle reposa le sac à terre à ses côtés.

« Je n’en ai jamais eu l’occasion, ni même l’envie. Je préfère être spectatrice de cet art, » avoua-t-elle en allumant sa cigarette. « Si j’avais eu le choix, j’aurais certainement fait du piano, en hommage à Mozart. » Un fin nuage grisâtre s’échappait de ses lèvres. « Qu’en est-il de vous ? »

La rouquine sourit. Elle était toujours si paradoxale. A la fois froide et inaccessible bien que souriante presque jusqu’aux oreilles. Passionnée de musique mais ne voulant absolument pas toucher un instrument. Adorant lire et ne possédant que si peu d’ouvrages. Arborant une tenue à la limite de la vulgarité mais d’une politesse et d’une posture presque princière. Elle sourit doucement à cette paradoxalité, expirant doucement la fumée de sa sucette à cancer. Elle leva la tête pour le faire, évitant tout de même de recracher la fumée au visage de la blondinette. Toujours une jambe croisée l’une sur l’autre, elle fixait le plafond d’un air distrait. Elle écoutait pourtant ce que la jolie demoiselle avait à lui dire. Plus la conversation avançait, plus la rouquine n’avait de se cesse de se questionner sur la réelle nature la jeune femme. Ses origines, son histoire, elle s’en fichait. Mais savoir quel type de créature elle pouvait bien être commençait à l’intriguer au plus au point. Elle ne cessait de tirer sur sa cigarette de façon presque compulsive. La nicotine n’ayant aucun effet sur elle, c’était plus une habitude qu’autre chose. Une habitude qui était loin d’être saine.

Elle écoutait presque religieusement, expirant le nuage grisâtre le plus loin possible du minois de porcelaine. La cigarette terminée, elle l’écrasa soigneusement au sol, ne pouvant décemment pas la lancer au hasard. Elle risquerait de déclencher un incendie que cette bibliothèque n’avait pas méritée. Elle avait déjà bien assez souffert comme ça. Ca ne surprendrait pas la légiste de retrouver dans un coin reclus, des restes humains. Une personne qui se serait trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. Les ossements figés dans une position de terreur où l’on pourrait presque lire l’expression de terreur qui avait déformé les traits que l’on ne pouvait plus distinguer aujourd’hui.

Elle ne réalisa pas immédiatement qu’elle divaguait, décrochant sans le vouloir de la conversation qu’elle trouvait pourtant intéressante. Un court silence s’était installé, ce qui força la créature à enfin reprendre contact avec la réalité. Elle inspira doucement et ancra ses prunelles sombres dans celle de son interlocutrice. Elle la fixa longuement ainsi, sans dire un seul mot, sans rien laisser transparaitre de ce à quoi elle songeait. Elle tentait de percevoir un semblant d’indice qui lui permettrait de déterminer  ce qu’elle était… Il n’en était rien. Elle n’appartenait pas à une race qu’elle avait côtoyée et elle était bien incapable de savoir ce qu’elle était. Elle soupira en fermant les yeux.

« Qu’êtes-vous au juste ? » lança-t-elle alors sans crier garde. Elle demeura immobile quelques secondes, le regard brillant de curiosité. « Pardonnez la brutalité de la question, mais je devais vous la poser. »

L’une comme l’autre devait se douter que le sujet finirait par être évoqué. Elles auraient certes pu continuer à discuter pendant des heures en tournant autour de la question sans jamais la poser. Toutefois la curiosité de la Goule était plus forte qu’elle sur ce sujet. Depuis qu’elle avait découvert qu’elle était enfermée dans cet endroit à cause de ce qu’elle était, elle se demandait ce qu’il en était pour les autres créatures. Avaient-elles fait preuve de cruauté, ce qui les avait conduit ici, en toute légitimité ? Ou bien avaient-elles été traquées pour n’être pas mortelles et impuissantes ? Jetées au milieu des fauves et des êtres les plus méprisants et méprisables que l’on pouvait trouver sur Terre ? Riley ne se classait certes pas parmi les impuissants, mais elle n’en était pas pour autant méprisable. Tout le monde avait selon elle son lot de défauts et de qualités. Nul être ne pouvait être parfait mais la différence ne justifiait aucunement qu’on les extermine. Keenan n’avait de cesse de se répéter cela, comme si elle tentait de se convaincre elle-même. Pourtant, c’était les humains qui commettaient sans cesse les mêmes erreurs, les répétaient sans cesse, comme si le passé ne leur avait rien appris. La seule chose qui enchantait la rouquine était que lorsqu’enfin une révolte prendrait forme, elle ferait partie des premiers à se venger dans un véritable bain de sang. Elle pouvait s’en lécher les babines rien que d’y penser.
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Les notes de leurs mots échangés étaient douces et civilisées, presque réconfortantes lorsque l'on savait dans quel genre de monde elles étaient toutes les deux tombées. Lahja s'exprimait en laissant les flots de son imagination faire divaguer sa raison. Elle abandonnait, pour quelques instants, la rugosité de son quotidien et s'évanouissait dans ces contemplations philosophiques dans lesquelles il lui arrivait de s'enliser lorsqu'elle était à l'extérieur et que le concept d'emprisonnement lui était encore étranger. Elle aurait sans doute dû se montrer plus fermée et moins éloquente mais les délices qu'elle devinait en l'âme de la rousse la rendait plus ouverte aux possibilités que cette rencontre leur offrait. Elle passait outre cette fameuse monstruosité dont chaque être qu'elle croisait pouvait détenir pour ne se focaliser que sur l'essence même de ce qui les faisait. Sa désinvolture face au danger n'était que le fruit d'un humanisme trop ancré en elle pour succomber aux ombres de chacun. Elle avait les siennes en vitrine. Déguisées par la pudeur et la contenance. Imperfections fébriles sous le linceul de glace qui la recouvrait toute entière. Il était pourtant si beau de s'envoler un peu, de retirer le costume de sérieux qui l'empêchait de vivre, le temps d'une conversation enivrée de passion, d'art et d'opinions nouvelles. Ainsi cette jeune femme était pour la finlandaise comme une bouffée d'air, un moment en suspens qu'elle avait choisi de saisir plutôt que de le laisser filer dans les méandres de l'oubli. L'idée que cette femme, intelligente et ravissante ne soit qu'un monstre n'était pas admissible en l'esprit de la blonde. Le Dr Keenan pouvait incarner la descendance de n'importe quelle race, Lahja semblait convaincue. Après tout, qui était-elle pour juger une étrangère ? L'intensité de leur dialogue était prenante et vivifiante mais aucune douceur partagée ne lui donnait le droit catégoriser un être, quel qu'il soit. S'attribuer ce comportement irréfléchi aurait été s'abaisser à la dictature ignoble que les hommes de l'organisation leur faisait endurer et elle ne voulait aucunement leur ressembler. C'est donc avec une certaine inconscience qu'elle observe le sourire félin qui fait étinceler les lèvres de la femme lui faisant face. Elle ne se préoccupe pas vraiment du danger que la scientifique pourrait représenter pour elle puis que c'est à l'âme qu'elle parle depuis le début de leur rencontre.

Ces envies de croire en l'autre, peu importe la situation, se sont accentuées après qu'elle ait écouté la voix chaude de son interlocutrice lui contait une histoire, inspiré de cette composition intemporelle qu'est Lacrimosa. L'élémentaire ne pouvait croire qu'un être doté d'une telle sensibilité ne pouvait être défini que comme étant un monstre. Riley aurait sans doute pu la tuer sans se demander autre chose que la saveur qu'avait sa peau sous ses papilles. Lahja n'aurait pas su la définir et en un sens, peut-être qu'elle ne le désirait pas. Ce voile entre elles leur donnait l'occasion de se frôler du regard tout en préservant une certaine incertitude quant à leur vie respective. Pour la finlandaise, ce fut plaisant... Elle aurait tant voulu s'égarer encore, effacer les affres du château dans lesquelles elle se plongeait chaque jour depuis la coalition. Cela lui faisait du bien d'ouvrir son esprit pour en admirer un autre, d'éloigner l'agonie pour embrasser un peu les beautés discrètes que possèdent la vie. Elle s'étalait si peu, préférant se terrer dans la froideur qu'imposait son aura craintive depuis Viggo, depuis le décès d'êtres chers. L'air était devenu maussade et les nuances chimériques de belles conversations se sont fanées dans l'urgence et la terreur. Lahja se sentait proche de cette femme sans la connaître. Sa sensibilité particulière l'avait heurté de plein fouet, gravant en elle un souvenir qu'elle espérait pouvoir préserver de ses inquiétudes meurtrières. Ce moment avait sa valeur dans le cœur de la scandinave et bientôt sa mémoire se chargerait d'en faire quelques grammes d'or.

« J'en ai certainement plusieurs mais la première chanson à laquelle je pense lorsqu'on me pose cette question est Untitled number three d'un groupe islandais, Sigur Rós. Elle ne possède aucune parole. Ce n'est juste qu'un amas de sons qui m'emporte toujours au-delà de la vie terrestre. Elle affole toujours mon cœur et je n'ai jamais réellement su pourquoi. »

Lahja lui avait répondu simplement, trouvant cela normal qu'elle lui livre l'une de ses fragilités, une simple chanson, déjà recouverte par la poussière impassible du temps effréné. Cette mélodie avait accompagné son existence et si aujourd'hui, elle ne pouvait s'en rappeler que de mémoire, elle ne pourrait jamais oublier toutes ces larmes salvatrices qu'elle lui avait fait versé. Elle lui inspirait le genre de mal qui fait du bien, un arrachement nécessaire, un abandon de forces nécessaire au bon fonctionnement de ses poumons. L'enclume de sa douleur sombrait sous ces notes et ainsi, Lahja s'était souvent relevée après certaines déceptions, quelques coups durs qu'avait porté sa vie de liberté. Cette vie-là qui, ici, ne semblait plus avoir la moindre importance mais qui au fil de cette conversation inattendue semblait reprendre consistance. La musique était le sujet vers lequel elles s'étaient toutes les deux tourner, Lahja se demandait si la charmante jeune femme était musicienne. Cependant, avant de lui répondre, la jeune femme se leva afin de récupérer son sac et de s'allumer une cigarette à son retour auprès de la finlandaise.

« J'ai fait quelques années de piano mais pour être honnête, je ne pense pas que je pourrais me rappeler du moindre morceau. » répondit-elle alors qu'un de ses rires secouaient le silence de la bibliothèque durant quelques brèves secondes.

La fumée qui traçait ses ondulations dans l'invisibilité de l'atmosphère s'était accaparée de son regard un bref moment. Elle avait toujours aimé observer les mouvements insaisissables des vapeurs, émerveillée par leur danse indomptable et leur manière de mourir si rapidement une fois lassées. Prise dans cette contemplation, ses deux prunelles avides de découvertes revinrent se poser sur l'élégant visage de son interlocutrice. Elle semblait égarée dans les voûtes inaccessibles de ses pensées, laissant à force la caresse d'un nouveau apparaître entre elles. Lorsque son attentive s'éteignit à nouveau sur la blonde, ce n'était que pour la fixer, sondant son regard du sien comme si elle cherchait à fouiller les tréfonds de son corps tout entier pouvait dissimuler. La finlandaise soutint son regard, intriguée par cet insistance discrète dont son interlocutrice faisait preuve soudainement. Elle lui paraissait si désinvolte, presque indifférente par moment que ce retournement de situation lui indiquait sans le vouloir des contradictions qu'elle ne pouvait pas encore envisager en la personnalité de Keenan. La question propulsée d'entre ses lèvres fut quelque peu brutale et ramena Lahja a une réalité à laquelle elle ne pouvait échapper. Peut-être aurait-elle dû en être agacée mais ce n'était pas le cas puisqu'elle pouvait sentir sa conscience s'agiter lorsque la fameuse question apparaissait en son esprit. Qu'était-elle, cette femme qui la charmait d'intéressantes conversations ? Que se cachait-il sous les apparences diplomates et agréables qu'elle lui présentait ? Lahja se mordit l'intérieur de la joue, hésitant quelques instants à briser le confort qu'engendrait l'ignorance. Était-il sage de révéler une information aussi importante à une inconnue ? Contre toute attente, la finlandaise prit une décision qui ne lui ressemblait pas. C'est la vérité qu'elle allait lui donner, consciente du risque que ça pourrait engendrer par la suite.

« Je suis une sorcière. » commença-t-elle en croisant ses bras sous sa poitrine, posture de protection involontaire qui dépassait de loin son bon vouloir. « Dotée de magie élémentaire. C'est l'eau que je maîtrise. » Et elle n'avait jamais fait de mal à qui que ce soit puisque sa magie ne l'autorisait pas et qu'au-delà de ce fait indiscutable, elle n'en avait jamais ressenti l'envie ni même le besoin. Sa présence ici était une injustice. Comme c'était le cas de beaucoup de monde sur ses terres. Elle pencha la tête à nouveau, peu à l'aise d'avoir dévoilée au Dr Keenan cette nature qui la faisait et décida ensuite de lui retourner la question puisque tel était leur fonctionnement. Donnant-donnant. « Puisque je me dévoile grandement à vous avec cette annonce et que vous semblez fairplay, je m'ose à vous retourner la question à mon tour. » Elle sourit faiblement malgré l'impatience évidente qui s'est violemment insinuée en elle. Est-ce que le Dr Keenan était aussi douce et délicieuse que ce que ses apparences démontraient ?
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As I enter the city of the dead ft. Lahja



Qui aurait cru qu’une rencontre hasardeuse dans un lieu abandonné finirait par une conversation si passionnante. Une discussion enflammée autour de sujet divers et variés. Un dialogue qui réveillerait chez l’une des participantes, des émotions qu’elle n’avait pas ressenti depuis si longtemps. Elle aurait pu penser une éternité, mais ça lui semblait si encore et pourtant si proche. 3 ans. Trois années qui avaient été effacées avant de revenir brutalement au milieu de la nuit. Elles avaient ramené avec elles une soif de sang et de vengeance comme elle n’en avait jamais ressenti auparavant. Une chose était certaine, lorsque la Bête se déchainerait, il vaudrait mieux qu’ils soient déjà morts, car ils ne trouveraient jamais le repos entre ses doigts experts.

Mais là n’était pas le sujet.  L’échange s’était tourné vers la musique, une autre passion commune aux deux femmes. Riley s’était ouverte comme jamais, bien que la finlandaise n’en avait qu’une vague idée. On soupçonnait une certaine douceur sous un masque d’une froideur à vous couper le souffle. Dès que l’on parlait musique, Riley se transformait presque. Il n’était plus question de vampire, de loup-garou, de créature. Il n’y avait plus que des rondes, des blanches et des noires. Des mélodies douces ou bien entrainantes. Des airs qui inspiraient la joie ou bien la mélancolie. C’était ainsi qu’elle s’était laissée emporter par le Requiem. Cette musique l’avait toujours inspirée, même avant l’histoire qu’elle avait raconté de façon si détachée à sa vis-à-vis. Quelle que fut son humeur, elle se laissait transporter. Plus jeune, la première fois qu’elle l’avait écouté, elle avait même versé sa petite larme. Une perle saline qui avait glissé sur sa joue, en silence. Une véritable larme d’émotion à l’état pur.

« Je n’ai pas la chance de connaitre ce groupe, mais je remédierais à cela dès que je rentrerais. »

Le Dr Keenan n’était pas contre découvrir de nouvelles choses. Quel que fut le contexte. Qu’il fut culturel ou sensoriel. Elle ne se mettrait pas dans une situation embarrassante pour autant bien évidemment. Mais lorsqu’il s’agissait de lire un bon livre, écouter une nouvelle musique, elle était prenante. Si ça ne lui plaisait pas, elle avait le mérite de dire qu’elle avait au moins essayé. Si ça lui plaisait, c’était un titre de plus à ajouter à sa playlist déjà bien fournie. Une chanson qui venait gonfler son répertoire et lui permettre ainsi d’élargir son champ musical.

La blondinette lui confia avoir fait du piano mais qu’elle ne pourrait se rappeler ce qu’elle avait appris. La rouquine sourit. Un sentiment qu’elle pouvait comprendre. Bien qu’elle n’avait jamais joué d’un instrument de musique, elle pouvait l’associer à n’importe laquelle activité qui demandait un minimum de pratique.
Tout cela pour finalement s’attaquer à un sujet qui les titillait toutes les deux. Bien que le monde semblait s’être arrêté autour d’elles, la réalité finirait tôt ou tard par les rattraper. Avec toute sa violence, elle ne leur laisserait aucun répit en dehors de cet instant précis. La légiste aurait pu laisser les choses continuer ainsi, sans jamais rien savoir. Ni son nom, ni d’où elle venait, ni même sa nature. Elle aurait pu laisser cette conversation s’inscrire dans un recoin de son esprit et le laisser devenir avec le temps un souvenir dont on ignorait s’il avait été réel ou le fruit de son imagination. Mais sa curiosité avait eu raison d’elle. Peut-être même qu’une infime partie de son être souhaitait recroiser la jeune femme plus tard dans un autre contexte. La voir elle et sa grâce évoluait dans ce monde de brute. Ca ne lui apporterait certainement rien, elles ne deviendront probablement jamais amies - ou ce qui s’en approchait - mais elle était intriguée ne serait-ce que de l’observer au milieu de tout cela. C’était ainsi qu’elle vint à demander ce qu’elle était. Une simple humaine n’aurait pas tenue aussi longtemps sans avoir de traces en guise de preuves de sa faiblesse. Alors il fallait lever le voile sur ce mystère.

Et la sentence était tombée. C’était une sorcière. Une des créatures dont Riley avait le plus à craindre. Les sorciers étaient dotés de grands pouvoirs et pouvaient se montrer des plus dangereux. Leur self-control était à leur honneur à tel point que Riley se demandait comment ils y parvenaient. La rouquine avait donc levé un sourcil intéressé à cette révélation. Bien qu’elle se méfiait d’eux comme de la peste, elle ne pouvait se permettre de le montrer. Ses faiblesses étaient bien enfouies et ne referaient pas surface à moins de creuser à s’en faire saigner les paumes. En signe de paix, la Goule imita la sorcière en croisant ses bras sous sa poitrine.

« Votre élément se lit en vous. Pas seulement dans la couleur de vos yeux, » elle décroisa les bras et déposa ses mains sur ses genoux, « vous avez ce contraste prenant de douceur et de force. Après tout, ne dit-on pas qu’il faut se méfier de l’eau qui dort. »

Un rictus s’était accroché à ses lèvres. Elle pensait le moindre mot. Une chose qu’elle avait bien appris de sa propre expérience, toujours se méfier des apparences et de l’eau qui dort. Toute calme, cultivée et douce qu’elle puisse paraitre à l’instant, Riley n’en demeurait pas moins une créature capable de cruauté et ne s’en cacherait jamais. Elle demeurait silencieuse bien que la question lui était alors retournée. Le sourire s’élargit, donnant à son visage un air que peu rassurant. Ses prunelles brillèrent de malice.

« Je suis…. joueuse Mlle Vehviläinen, » elle secoua doucement la tête, « Vous ne pensiez pas que je vous répondrais aussi facilement. »

Elle pouffa doucement. La différence entre une personne noble et une autre de bien moindre moralité certainement était perceptible. Le médecin s’en amusait. Elle s’en amusait même beaucoup. Les préjugés étaient souvent ses meilleurs amis. Les « parce que tu es ceci, tu fais forcément cela ». Elle sourit d’avantage en y pensant. La française avait pourtant déjà joué ce tour à un petit humain qui n’avait pas froid aux yeux. Elle croyait toutefois que Lahja était bien plus maligne que lui et ne tenterait pas le deviner de la même façon.

« Que voudriez-vous que je sois ? »

Difficile de nier qu’elle appréciait la finnoise. Elle dégageait un charisme, une classe tel que la rouquine ne souhaitait pas mettre un terme à cette conversation. Le temps s’était arrêté autour d’elle. Les portes de l’ancienne bibliothèque s’étaient ouvertes sur un monde parallèle et s’étaient refermées derrière elles, leur accordant un moment de répit loin d’une réalité mouvementée. C’était ainsi qu’elle se montrait moins joueuse qu’elle ne l’était en réalité. Elle aurait pu se lever, tourner autour de son interlocutrice comme si elle était un vautour prêt à fondre sur sa proie. Cependant à ce jeu-là, elle risquait de s’y brûler les ailes. La créature n’était pas une impulsive, préférant réfléchir avant d’agir. Semblant percevoir le doute et la crainte de le regard de la blondinette, la française se départit de son sourire carnassier.

« N’ayez crainte, quoi que vous répondiez, je ne ferais absolument rien que vous ne souhaiteriez. Les livres m’en sont témoins. »

Sa parole n’avaient peut-être pas grande valeur à ses yeux mais c’était un engagement qu’elle tiendrait. Riley n’était pas le genre de femme à faire des promesses qu’elle ne tiendrait pas. Elle s’était rappuyée contre le dossier de la chaise, posant son coude nonchalamment sur l’arête. Elle donnait un pouvoir à la sorcière qu’elle ne donnerait pas à n’importe qui. Elle lui laissait le choix. Elle avait le contrôle de la situation. Elle déciderait de quand et comment partir si elle choisissait de le faire maintenant. Dans le contrôle comme elle l’était, Riley ne laissait cette opportunité à personne. Lahja n’aurait probablement jamais l’occasion de s’en rendre compte, mais Riley n’oublierait pas cette rencontre.
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As I enter the city of the dead | Riley
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