The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 Heavy-hearted | Léandre

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Heavy-hearted
Léandre & Lahja

« Heavy hearts fall faster. Every hurt last longer. Every fall hits harder. »
Il était le dernier patient. Comme toujours. La dernière chambre à visiter. Étrangement, parmi toutes celles que possédait l'ancienne relique architecturale qu'était le château de Belfast, c'était dans la sienne qu'elle passait le plus de temps. À tort ou à raison. En sa compagnie, cela n'avait plus rien d'important. Lahja devait voir au-delà de tout ce qu'on avait pu lui confier à son sujet. Elle se désintéressait des rumeurs, ignorait les jugements. Elle faisait disparaître les mises en garde, fermait les yeux sur les faits et les conséquences qui en avaient découlé. Sur tout cela, elle soufflait, éteignant la flamme qui avait provoqué tant d'incendies autrefois pour ne garder ainsi que l'homme originel. L'homme dissimulé. Presque oublié derrière cette dure épaisseur d'obscurité. Il était essentiel que son regard explore le sien sans aucune arrière-pensée, primordial qu'elle ne retienne que l'essence de cet être qu'elle cherchait à apaiser envers et contre tout. Malgré les va-et-vient persistants de la douleur qui s'était éprise de son corps. Malgré toutes ces ombres qu'elle avait parfois l'impression d'apercevoir dans l'abîme de ses prunelles délavées par le temps. De cette éternelle existence qu'il menait, la finlandaise n’en connaissait que des bribes volatiles. Floutées par le trop grand nombre d'années qui se sont écoulées, déformées par le poison d'un amas cacophonique de langues venimeuses. De ce passé obstrué de vices, elle n'avait récolté que des poussières passives de peut-être. Que des lambeaux sanglants de pourquoi. Lahja, avec ses trente petites années, ne pouvait entièrement saisir les maux ressentis et causés, gravitant cruellement et constamment, autour de son patient particulier. En vérité, elle ne se préoccupait guère des terreurs dont il a peut-être été le créateur, de ce déchirement entre les races qui semblait ne plus en finir, de toutes les différences qui devraient l'inciter à s'éloigner de cet homme. Au contraire, elle continuait à emplir le silence pesant de ces appartements privés avec toute la patience et l'attention dont elle était capable de faire preuve, cherchant à combler ne fusse que légèrement les vides qui trouaient la vieille âme de ce vampire autrefois si redouté. Lahja vivait au présent, bien que ses pensées se conjuguaient encore trop souvent à l'imparfait. Elle n'avait retenu que la bonté dont il avait fait preuve avec cet hôpital improvisé mais surtout avec la signature de ce traité. Pour elle, cela avait bien plus de valeur que ces jours d'atrocité éteints, ne faisant parler d'eux qu'à la force de souvenirs morts.


Au fil des heures et des nuits, les filaments indéchiffrables de son empathie se sont tissés à l'affligeante vulnérabilité dont il souffrait. Ce foutu virus pompait ses espoirs autant que les illusions de vie qui étaient censées l'animer. De ne l'avoir connu que malade avait fini par cadencer ses dernières semaines avec un profond désir de le voir guérir, métamorphosant alors cet idéal – lui semblant parfois utopiste – en délicate obsession. Mais pour l'instant, Lahja ne pouvait que contempler sa force de survivre. Elle collectionnait donc à contre-cœur ses heures brûlées à la douleur et s'évertuait à rallumer les chandelles lorsqu'il était trop faible pour encore pouvoir comprendre leur lueur. Il fallait continuer à alimenter cette infime espérance que l'antidote finirait tôt ou tard entre leurs mains. Afin qu'il reprenne le cours de cette histoire qu'elle refusait de le voir finir. Afin qu'il puisse éponger toute la douleur des siens. La blonde refusait d'entendre les échos de son inhumanité. Elle ne voulait que faire la connaissance de l'autre, de l'homme derrière la bête. Des restes de l'innocent que tous semblaient avoir oublié. Sur la courbure de ses cils, Lahja aimait projeter le meilleur en refusant de nourrir le pire. Quitte à ce que les ronces de la fatalité s'enroulent autour de son âme. Quitte à ce que les éclats de la réalité se tracent un chemin à l'intérieur de son cœur, à l'image d'un bout de verre transperçant la tendresse de sa chair. Était-elle stupide de penser de la sorte ? Beaucoup de personnes la traiteraient d'idiote. Beaucoup de personnes la jugeraient faible d'oser croire qu'un homme comme lui méritait d'être sauvé. Pourtant la couleur vermeille du sang qu'il avait pu faire couler ne la rendait pas aveugle sur la nature profonde qui l'habitait. Sourde. Elle était restée sourde aux accusations de certains membres de son peuple d'aider ainsi un meurtrier. Et elle restera sourde à tous ceux qui se noient dans les profondeurs nébuleuses de la rancœur, au point d'en oublier la grandeur de leur altruisme. Léandre McGuinness était devenu pour elle un point de repère dans cette Irlande mise à feu et à sang, une présence certes bafouée par les monstruosités que l'organisation lui avait fait subir mais un être dont elle ne cessait d'admirer la ténacité. Il était cet inconnu au charisme aussi irascible qu'ombrageux qu'elle ne parvenait pas à abandonner. Cette ombre de silhouette humaine dont elle continuait à apprendre les contours et dont les secrets lui échappaient encore. La sorcière savait si peu de choses sur le vampire et pourtant, elle ne pouvait nier qu'il peignait son esprit d'inquiétude plus que quiconque ces derniers temps, que cette maladie qu'il portait en son exosquelette la terrifiait davantage à mesure que les mois passaient sans qu'ils ne parviennent à trouver de remède.


Ce n'était pourtant pas faute de tenter l'impossible, de parfois défier la magie ou la science. Ils persévéraient tous à comprendre la complexité de cet horrible virus. De le démonter à coups de sortilèges, de potions et de médecine à outrance mais rien ne semblait vaincre la perfidie de ces bactéries. Elles persistaient comme des cellules cancéreuses, entièrement façonnées pour anéantir l'anatomie vampirique. Missiles microscopiques programmés à persécuter un peuple d'âmes, déjà damné par leur propre nature. Dans ces conditions, Lahja n'avait pas entendu les pas feutrés de l'angoisse derrière elle. Elle ne l'avait pas sentie se faufiler dans les méandres de ses pensées jusqu'à finalement s’agripper aux ventricules de son cœur humain. Cette peur s'était simplement imposée d'elle-même, ne lui donnant aucun autre choix que celui de subir les conséquences de cet attachement soudain. De ce fait, apprendre que son patient avait quitté le château sans prévenir qui que ce soit pour risquer sa vie entre les murs de Tullamore était loin d'être une nouvelle rassurante. Cette angoisse irrationnelle mêlée à ces brins de colère refoulée la crispaient plus qu'elle ne l'aurait voulu. Cela la trahissait, effaçant quelque peu sa douceur pour laisser place à un visage inquiet et tiré par la contrariété. Heikki l'avait informée, soulignant le fait que son état ne s'était pas amélioré. Au contraire. Il lui fallait du repos, qu'il disait, du repos et des médicaments. Toujours des tonnes de médicaments. Lahja, avec le temps, avait perdu le compte de toutes les pilules qu'il devait ingérer par jour et pourtant, elle n'était jamais en retard. Pratiquement réglée comme une horloge. Comme si chaque prise médicamenteuse avait une importance colossale et qu'en manquer une ne se résumait qu'à un drame irrécupérable. Ce soir encore, sa ponctualité ne manquait pas à l'appel. Ce n'était que sa délicatesse, légèrement froissée par l'appréhension, qui s'était résignée à laisser place à une froideur qui ne semblait pas lui correspondre.  


Carte d'accès glissée dans le boîtier magnétique, elle fit son chemin jusqu'à la chambre de l'ancien dirigeant de River Crow, équipée de tout ce dont il avait besoin. Pour tenir bon. Pour repousser un peu plus ces dernières minutes qui semblaient bien plus se réduire que s'étendre. Dans quel état allait-elle le trouver ? Que s'était-il passé là-bas ? Pourquoi s'était-il risqué à y aller seul ? Les questions s'accumulaient dans sa boîte crânienne, restant pour le moment en suspens, alors que ses pupilles se posèrent finalement sur lui. Fragile et mourant. Oui, si fragile. Se rendait-il seulement compte de ce qui aurait pu lui arriver là-bas ? Lahja refusait de penser qu'il était aussi inconscient. Son emprisonnement lui avait donné un aperçu, elle le savait. Elle détourna les yeux, cherchant à contrôler cette colère qui, au fond, n'était qu'un reflet de sa peur de perdre les gens auxquels elle tenait.


« Je t'apporte tes médicaments. » lança-t-elle, toujours poursuivie par ce questionnement insistant. Sa voix s'était faite plus aiguisée qu'habituellement sans qu'elle ne puisse réellement le contrôler, teintée peut-être d'un certain reproche d'avoir agi comme il a pu le faire en s'aventurant seul dans cet enfer. Elle s'appliquait ensuite à mesurer les dosages indiqués par l'infirmier sur cette feuille qu'on lui avait laissée. Mais bien sûr, cela ne suffisait pas à calmer ses ressentiments. Non, il fallait qu'elle les déballe. Il fallait qu'il sache qu'il n'avait pas le droit d'être aussi inconscient, qu'il comprenne qu'ils pouvaient l'aider, qu'il n'était pas seul. « Pourquoi es-tu parti sans prévenir personne, Léandre ? » Pourquoi se mettre en danger de la sorte. Pourquoi jouer au funambule suicidaire alors que la mort était à deux doigts de le faire sien. Ses gestes s'arrêtèrent un instant pour laisser son attention se tourner vers lui à nouveau et le regarder; la poitrine écrasée d'enfouir tant bien que mal ce refus sûrement trop autoritaire de le voir mourir lui aussi.
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Heavy Hearted
- Léandre McGuinness & Lahja Vehviläinen -




Ca avait été une connerie monumentale. Retourner à Tullamore, affronter Théodore, revoir Graydon, espérer pouvoir le sauver pour au final le condamner. J’avais fait une erreur, Théodore m’avait manipulé, encore, comme un pantin, et j’étais tombé dans le piège. Revenant avec pour seul présent les échantillons que mon Infant avait trouvés dans l’espoir de nous aider un peu. On y était presque, je le savais, on touchait notre but du bout des doigts. Mais ensuite ? Je savais qu’il n’avait pas ma force. Il était si jeune. Si fragile. Est-ce qu’il s’en sortirait ? Je n’en savais trop rien. Et c’était de ma faute. Je l’avais contaminé, je le savais. Je l’avais blessé. Il était condamné à cause de moi. J’ignore comment j’ai fait pour retrouver mon chemin jusqu’au château. J’ignore comment j’ai fait pour rentrer jusqu’à Balfast. J’étais tellement faible. Tellement mal. Tout ce que je voulais c’était m’arrêter. Arrêter cette voiture, arrêter d’avancer, fermer les yeux et m’endormir. Laisser les rayons du soleil me prendre enfin et en terminer avec tout ça. Tout serait plus simple. Plus de souffrance. Plus de douleur. Plus de maladie. Le calme. La paix. Mais je savais que je laisserais trop de monde derrière moi. Wellan avait besoin de moi. Graydon, mon peuple aussi. Alors j’ai roulé. Sans m’arrêter. Sans prendre le temps de faire une pause jusqu’à arriver enfin à destination, plus exténué que jamais. Plus affaiblis encore. Tout ce dont je me souviens ? Ce sont ces hommes qui sont venus jusqu’à moi. Me sortant du véhicule à peine garé. M’aidant à me relever jusqu’à ce que je m’effondre. Trou noir. Black out total. Peut-être, très certainement, que c’était mieux comme ça. Que je sombre. Enfin. Pour ne me réveiller que quelques heures plus tard. Peut-être. Sans doute. Très certainement. J’étais tout simplement… Largué.

J’ignore depuis combien de temps j’étais allongé là, dans mon propre lit. Bien trop grand pour l’homme seul que j’étais désormais. Enfermé dans le noir, ce noir qui était devenu pratiquement mon quotidien. Eclairé par de faibles chandelles. Seulement quelques-unes, ne supportant que trop peu la lumière. Une perfusion enfoncée dans le bras, une poche de sang encore chaude reposant sur la table de chevet. J’ai rouvert les yeux, j’étais chez moi, réalisant et prenant conscience de ce qui venait de se passer la veille. Graydon… Me redressant j’ai arraché cette putain d’aiguille, m’asseyant faiblement sur le rebord du lit, préférant m’allumer une cigarette, la préférant à cette poche de sang qui ne me donnait pas envie. Petit à petit, je prenais conscience des choses. De la situation. Du fait qu’il m’avait touché, qu’il s’était contaminé, par ma faute. Sans doute dans l’espoir naïf que Théodore lui donne enfin le remède contre ce putain de fléau. Tu parles ! Esquissant un geste j’en ai renversé la bougie qui reposait sur ma table de chevet, sentant la colère prendre le dessus. Mais j’étais bien trop affaiblis pour tout exploser de toute manière. Ne tenant à peine debout, j’ignore comment j’ai pu atteindre mon téléphone pour composer le numéro de Jayden. Lui ordonnant presque de se magner de trouver la solution. Il fallait qu’il le sauve, il fallait oui, qu’il le trouve ce putain de remède. Appeler Jayden, pour me rassurer, voilà la seule chose que j’ai eu la force de faire avant de me laisser retomber dans mon fauteuil. La maladie me tuait à petit feu, je le savais. Je le sentais que mes jours étaient comptés. Mais je m’en foutais. Tout ce que je voulais c’était le sauver lui, bien plus que moi. Sauver mon peuple, préserver ceux que j’aimais. C’était tout.

J’avais fait trop de mal, je le savais, j’en prenais conscience. Mais eux, eux n’avaient rien fait. Eux n’avaient rien demandé. Pourquoi nous ? Je n’en savais rien. Mais je ne comprenais pas. Théodore était un malade, un être perfide, encore plus perfide que moi. Mais quel était son but ? Trouver la solution à l’immortalité ? Trouvé la fontaine de jouvence ? Mais elle n’existait pas sa putain de fontaine de jouvence ! L’immortalité était un fléau, une malédiction, on ne pouvait échapper à la mort et l’unique façon de la dévier était de devenir ce que nous étions. Ce qu’il jugeait être des monstres, des abominations. Une aberration. Tout ce que j’espérais c’était le voir se faire transformer. C’était sa plus grande peur, je le savais. J’espérais silencieusement que Graydon le fasse. Le vampiriser, et le contaminer pour le contraindre à lui donner l’antidote. C’était l’unique façon de nous sauver. J’en étais convaincu. Il était intelligent. Et son virus était ingénieux. Trop ingénieux. Et trouver la solution me semblait de plus en plus compliqué. Tellement. J’ignorais si c’était la maladie qui parlait, mais j’étais devenu défaitiste. Négatif. Je ne croyais plus en rien, plus même en un potentiel avenir. On était foutu. On allait tous crever. Là. Ici, enfermé comme des animaux. On était foutus. C’était une certitude. J’en n’avais plus rien à foutre de toute manière. Je savais que tout n’était plus qu’une question de temps. De temps. Combien il m’en restait ? Quelques jours ? Quelques semaines ? Quelques mois ? Je n’en savais rien. Tout ce que je savais c’était que ça faisait plus d’un an que je vivais avec cette maladie et qu’elle n’arrivait pas à me tuer. Que j’étais non seulement le premier, mais également, pratiquement le seul survivant. Pourquoi ? Mon sang ? Mon âge ? Si seulement je savais.

Je suis resté assis là sur ce fauteuil, fumant et sirotant du whisky durant des heures. Je n’avais pas bougé d’un pouce quand je t’ai entendu franchir la porte de mes appartements. Nul besoin d’entendre le son de ta voix pour te reconnaitre. L’odeur de ton parfum m’avait suffi. Tirant sur ma cigarette, tu as ouvert la bouche la première. Relevant les yeux vers toi pour te regarder. Mes médicaments. Ca m’a fait sourire. Faiblement. Ironiquement. Comme si ces trucs allaient m’aider. Mais soit, si ça pouvait te rassurer. De toute manière je te savais bornée, et je savais que tu ne partirais pas tant que je ne les avais pas pris là, devant toi. Tu semblais inquiète. Tu avais sans doute été mise au courant. Comme tout le monde. Ce n’était qu’une question de seconde pour que je vois Wellan débarquer en trombe dans ma chambre pour me faire la morale. Je le savais. La soirée allait sans doute être longue. Remplis de reproche et de tout un tas de sermons. A quoi bon ? Je n’étais plus un enfant depuis bien longtemps. J’étais assez grand pour faire mes propres choix tu ne crois pas ? 953 ans d’existence. Crois-moi, j’étais assez mature pour assumer mes décisions je crois. Mais tu as continué. Me posant la question. Pourquoi ? Parce qu’on m’en aurait empêché tout simplement. Regarde autour de toi Lahja. On m’enferme ici, on me protège comme le Saint Graal. Tu crois vraiment qu’on aurait accepté l’idée que je retourne sur les lieux de ma perdition ? Sincèrement ? Je crois plutôt qu’on m’aurait enchainé à mon lit plutôt que de m’autorisé à retourner là-bas. C’était une erreur. Je le savais. Mais j’avais besoin de le voir. J’avais besoin de savoir qu’il allait bien… Mais bien… Il ne l’est désormais plus. Et c’est de ma faute putain.

« Parce qu’on ne m’aurait pas laissé partir, tout simplement. J’ai merdé. Je le sais. Et alors ? Mais il est mon fils. J’avais besoin de le voir. J’avais besoin de le savoir en sécurité… J’avais besoin de… J’en sais rien putain. »

Pourquoi ? Si seulement je savais. J’avais été égoïste je le sais. Stupide. Naïf. Et alors ? C’était trop tard maintenant. Bien trop tard pour revenir en arrière. Tirant sur ma cigarette je me suis relevé, faiblement, attrapant ma cane pour venir à ta hauteur. Regardes-moi Lahja, regardes-moi bien et dis-moi que tout va bien se passer. Dis-moi que toi tu y crois encore parce que ce n’est pas mon cas. J’ai le sentiment que la mort se fout de ma gueule depuis toujours. Depuis ma naissance. Combien de fois on a déjà essayé de me tuer. Sans succès. Quatre fois pour tout avouer. Quand j’étais mômes, quand j’étais adulte, et puis, il y a eu cette fois-là à Souvigny. Et maintenant ça. Tout le monde crève autour de moi. Mais moi. Moi j’ai l’impression que je n’ai pas l’autorisation de mourir.

« Je… Je crois que je l’ai contaminé. J’en suis pas sûre mais… Il m’a touché et… On sait tous comment ça se passe. Je sais que j’ai merdé mais c’était plus fort que moi tu comprends ? Si ça avait été ton frère tu n’aurais pas hésité une seule seconde et tu le sais. »

Oui, si ça avait été ton frère tu aurais fait comme moi. Tu aurais réagi sans te poser les bonnes questions. Tout comme moi je l’ai fait. Alors ne me juges pas. J’ai simplement agis de façon… Légitime. Et maintenant ? Maintenant je n’avais plus qu’une chose à faire. Regretter, et encaisser. Comme toujours… Comme souvent. C’était comme ça, tout simplement.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach



March of Mephisto
I am the thorn in your side that seeks accomplishment reminding the mortal of death. I am the spore of your pride, an angel heaven sent. The master of all. You know just who I am. Don't be so distant, cause when you're lost, I am solely there to share your grief. Wailing for your sorrow is only my way to comfort you. Reminders of innocent youth, waiting for morrow. You're lonely. I name your solitude, I speak the truth.
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Heavy-hearted
Léandre & Lahja

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Concernée, attentive. Quitte à observer sa raison partir à la dérive. Elle était ainsi, Lahja. Aimante. Inondée d'une tendresse qui, parfois, n'avait pas de sens. Sa sensibilité ne possédait que les frontières de l'irréel et ne laissait souvent derrière elle que le fardeau d'une tristesse aujourd'hui devenue bien commune. L'incandescence du cœur siégeant au creux de sa poitrine crépitait, chuchotant des ribambelles d'espoirs que pourtant personne ne pouvait entendre. Malgré l'impuissance flagrante qui enveloppait l’entièreté de son être lorsqu'elle pensait à la maladie qui terrassait les Fils de Caïn, elle ne pouvait se résoudre à abandonner tout espoir. Sa foi était peut-être idiote. Ses attachements, naïfs. Mais la pureté qui sommeillait en ces émotions était bel et bien réelle. Elle fleurissait sous le goudron des déchirements, croissait au sein d'un univers qui ne voulait pas d'eux, monstres infâmes. Eux, les bannis, ceux qui n'avaient plus le droit à rien. C'était ce qu'elle avait craint toute sa vie : le rejet, les réactions disproportionnées et terrifiantes du genre humain. Il avait toujours fallu qu'ils s'en protègent. Depuis le début. Et aujourd'hui, le cauchemar s'était finalement produit. Alors, inévitablement, il lui arrivait de douter. De sombrer faiblement dans les furies coléreuses de ce que semait l'injustice à son passage. Pieds et poings liés, que pouvait-elle faire si ce n'est que de croire en cet espoir que tout le monde pensait vain ? Que de nourrir le courage envers et contre tout car c'est bien la seule chose qui leur restait à présent ? La nordique ne vibrait qu'à l'union des peuples. Elle ne savait pas quand ni comment mais la certitude que leurs forces alliées surmonteraient l'impossible ne quittait jamais réellement son esprit. À toute la haine que l'organisation leur vomissait à la figure, c'est ce sentiment de pitié qui persistait en elle. La pitié de comprendre qu'ils étaient ignorants jusqu'au point de non retour et son refus catégorique à la soumission qu'ils leur infligeaient au quotidien. Si l'extérieur leur était interdit alors ils s'élèveront de l'intérieur. S'armeront de patience et persisteront à trouver des solutions mais pour cela, ils avaient besoin de Léandre. Cet acharnement particulier qu'elle avait de le maintenir en vie coûte que coûte était devenu une priorité. Et entre temps, le français devait comprendre que tout n'était pas encore terminé et que la volonté était parfois plus forte que le nihilisme. Ce n'était qu'une question d'équilibre au fond. Au-delà de leurs sentiments, demeuraient impassibles les champs du possible.


Elle était jeune face à lui, bien sûr. Ignorante et peu consciente de tout ce qu'impliquait les arts de la guerre et les méandres de la destruction. Combien d'océans de sang avait-il traversé depuis le jour de sa naissance ? Par combien de massacre était-il passé ? La blonde ne pouvait en être sûre. Ce soir, il ne restait qu'un homme dans un fauteuil. Fumée de nicotine perdue en écume à la lisière de ses lèvres, asséchées par la fièvre. Elle ne pouvait pas le blâmer d'avoir fait des erreurs. De s'être perdu dans la damnation qu'on lui avait infligé. En chaque homme, elle parvenait à voir l'innocence et cela ne semblait pas vouloir changer. Y compris pour ces personnes qui dirigeaient Tullamore. Oui car la survie du français était plus important pour elle aujourd'hui que ses luttes épuisantes de pouvoir. Chacun possédait son histoire. Ses failles. Et l'effet papillon était plus dévastateur que n'importe quelle bombe existante en ce monde. Si les effluves sulfureuses de la colère lacéraient l'intérieur de son ventre, elles n'étaient propulsées que par l'inquiétude de voir Léandre baisser les bras, de le voir s'éteindre sous le poids de ces hommes qui étaient bien loin de posséder sa grandeur. Lahja n'acceptait pas de le voir comme une cause perdue. Ce n'était pas concevable pour elle d'imaginer ses funérailles car oui, elle s'était attachée à cette vieille âme. À cet homme qu'elle savait bien plus fort que n'importe qui en Irlande. Cela même à l'heure actuelle alors qu'il agonisait sous ses prunelles. Et contrairement à beaucoup, elle vouait une confiance aveugle à cette force. Pourtant elle ne pouvait supporter l'idée qu'il prenne des risques aussi grands sans l'aide de qui que ce soit. Retourner dans les Limbes de ses propres moyens et dans son état, c'était comme faire des avances à la faucheuse. Et il le savait parfaitement. Sa question était simple et pourtant lourde d'angoisse. Elle savait que Graydon était là-bas. Elle savait à quel point l'absence du garçon pouvait l'affecter et le tourmenter mais elle lui en voulait de croire que personne, ici, ne l'aurait compris. Elle lui en voulait de ne pas prendre en compte sa propre sécurité. Et Léandre semblait percevoir cette déception. Il semblait conscient du fait que c'était loin d'être l'idée du siècle et dans sa réponse, la blonde sentit tout le désarroi qui l'habitait à présent. Il avait besoin de voir son fils. De s'assurer de son état. Et elle comprenait forcément, incapable d'oublier toutes les heures d'incertitude qu'elle avait subi à se demander si son frère était encore vivant.


« J'aurais pu t'aider si tu m'en avais parlé. » commença-t-elle. « Tu aurais même pu en parler à Wellan si tu préfères. Il aurait compris. Il aurait pu veiller sur toi, t'emmener et te ramener sans dommages. » Oui, elle en était pratiquement certaine. L'allemand pouvait comprendre cela et la question d'accompagner Léandre dans un endroit aussi hostile ne se posait même pas. Lahja n'était pas là pour lui dire quoi faire. Elle souhaitait seulement qu'il sache qu'ils étaient là pour lui, qu'il n'avait pas besoin de tout affronter seul. Son état ne lui permettait pas d'agir comme autrefois. La sorcière ne le savait que trop bien et c'était sans compter le fait que le virus prenait de plus en plus d'ampleur en lui... Léandre s'était levé, la rejoignant à pas fragiles, aidé de sa cane qui ne le quittait plus ces derniers jours. Il la fixa, d'abord sans rien dire, avant de finalement lui révéler ce qu'il s'était véritablement passé à la prison. Il évoqua la possible contamination de son infant. À cette annonce, son cœur se pinça. Graydon était encore jeune. Elle l'avait appris en s'informant à son sujet. Et sur le moment, elle ne sut que dire, ne parvenant même pas à imaginer la peur dans laquelle le Roi des vampires devait vivre à présent. Il avait souligné qu'elle en aurait fait de même à sa place et la finlandaise ne pouvait pas nier cette vérité. Il disait vrai. Mais elle, elle n'était pas mourante.


« Léandre... Tu n'es pas responsable de ça. Il est ton infant et de ce fait, il ne peut qu'être intelligent. Là-bas, ils ont l'antidote. » Elle tentait de voir le côté positif de la situation malgré le chaos que cela présageait. Elle tentait de ne pas succomber à ces ressentiments noirs qui la malmenaient. Il fallait qu'elle pense clairement et surtout, il fallait qu'elle rassure son patient, qu'elle ne perde pas de vue cet espoir incertain mais pourtant possible qu'ils parviennent à s'en sortir. « Il faut qu'on lui fasse confiance. Espérer qu'il sache ce qu'il fait. Il ne peut pas se résoudre à te laisser mourir et je pense qu'en vue de ce lien qui vous unit tous les deux, il irait jusqu'à risquer sa vie pour toi. Tu vois maintenant à quel point tu comptes ? » continua-t-elle calmement. « J'aurais agi de la même manière, oui, mais je ne me serais pas jeter dans la gueule du loup seule si j'avais été dans ton état. » Elle était catégorique sur ce point. Lahja était bien consciente du tempérament impulsif de l'ancien roi mais il avait dépassé les limites. Les siennes du moins. Elle n'était personne pour le blâmer. Pour lui faire un sermon. Elle n'était qu'une femme de passage mais elle aurait aimé qu'il l'entende clairement, qu'il la croit lorsqu'elle affirmait qu'ils étaient tous là. À ses yeux, ce traité n'était pas qu'un papier sur lequel reposaient les signatures de grands noms. Il s'agissait avant tout d'une promesse de soutien et son éducation voulait qu'elle respecte sa parole alors elle le ferait, quoi qu'il en coûte. De ce fait, elle s'est simplement rapprochée de lui afin de le serrer dans ses bras. Sans empressement aucun. Parfois la finlandaise ne savait plus comment lui donner la force de continuer et souvent elle craignait qu'il décide de s'éteindre plus tôt que prévu. Mais toujours, elle tentait de faire preuve de compassion, de douceur et surtout de patience. Parce que Léandre était seul ici. Dans cette chambre. Il était seul contre la souffrance de cette maladie et maintenant, contre l'absence de son propre fils. Comme elle, quelques mois auparavant, avait été seule avant que Heikki n'abandonne sa liberté pour la retrouver.


« Graydon te reviendra un jour. Et on vaincra ce virus. Je te le promets. Mais s'il te plaît, n'oublie pas que ta vie est précieuse. Wellan a besoin de toi. Graydon a besoin de son père. Et moi j'ai besoin que tu restes en vie. Je n'ai pas envie de te voir mourir par leur faute. Je ne le supporterais pas. Je te demande de tenir bon pour toutes ses raisons. » Elle repassait les images du meurtre de ses parents dans son esprit. Le visage de ceux qui avaient succombé à la maladie. Et cela lui donnait presque l'envie de pleurer car aucun de ces êtres ne méritaient une fin aussi abominable. Ce n'était que peu de chose dans l'univers tout entier mais elle avait confiance en ces quelques morceaux de cœur aimant qui lui restaient. « Tu vas surmonter ça parce que c'est ce que tu as toujours fait, Léandre et tu n'es pas seul pour le faire, d'accord ? » Elle desserra son étreinte, plongeant son regard dans le sien alors que ses lèvres esquissaient un sourire fébrile comme pour le rassurer, lui dire qu'elle n'irait nulle part tant qu'il ne serait pas remis sur pieds. Elle l'emmenait vers le lit, lui suggérant d'un geste de s'allonger car elle savait que le moindre effort le fatiguait et son esprit devait l'exténuer déjà bien assez pour en rajouter une couche. « Qu'est-ce qu'il t'a dit lorsque tu l'as vu ? » s'enquit-elle. En parler à voix haute au lieu de s'enfermer seul dans des pensées paranoïaques apaiserait peut-être son angoisse. Du moins, c'est ce qu'elle espérait de tout son être.
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Demander à Wellan de m’accompagner. Oui, j’aurais très bien pu le faire. Mais es-tu si naïve que ça petite sorcière ? Tu crois vraiment que mon frère m’aurait permis de retourner sur le lieu de ma destruction ? Personne, non, personne hormis lui ne sait réellement ce qui s’est passé là-bas. On n’en parle pas, gardant tout ça pour nous. L’agonie, la torture, la soumission total. Chaque jour. Constamment. Sans repos, sans relâche. Torture physique, psychologique. Remontant à la source de ce qui nous ferait le plus mal. Notre destruction mutuelle. Ils ont trouvé, et ils ont gagné cette première batail. Sans grande peine. Sincèrement. Oui j’ai traversé les âges, oui, j’en ai vu des atrocités. J’en ai commis aussi, beaucoup. Mais des comme ça ? Théodore n’a pas de conscience, Théodore prend ce qu’il veut. Et ce qu’il voulait, c’était lui. Mon fils. Me remplacer pour garder cet objet de contemplation que j’étais devenu pour lui. Il a eu beau me dire le contraire, il a eu beau me prétendre l’inverse, le déteste-t-il autant que moi ? J’en doute. Je n’en suis plus sûre. Graydon est jeune, fougueux. Lui aussi du temps de son vivant possédait bien tout ce qu’il désirait. Il ressemble bien plus à Théodore qu’à moi sur ce point. Et s’il se revoyait un peu en lui ? Et si ? Et si je devais arrêter de me poser des questions et de voir le bon côté des choses ? L’antidote. Oui. L’antidote n’est pas loin et il le savait. Il le savait car il m’en a donné des brides. Des informations. Me sauver moi pour le sauver lui. Je suis le patient zéro, je serais le cobaye numéro un. Celui sur qui on teste tout un tas de truc. La blague. Qui le permettrait ?

Qui ? Oui, tu viens de soulever un point important. Malgré l’époque de River Crow, malgré tout ce que j’étais, on tient à moi. Pourquoi ? Je ne veux pas du pardon, je ne veux pas de leur pitié, je veux juste, que tout redevienne comme avant. Avant cette guerre, avant River Crow, avant toutes ces choses que j’ai pu faire. Non. Vampire je n’avais plus foi en rien. Théodène pensait, à tort, que je serais comme lui, que je resterais comme Wellan, mais il a eu tort. J’étais brisé, bien de trop, haineux, bien plus que je ne voulais l’entendre. Et j’ai fait des choses, des actes, indigne de mon défunt sire, indigne de mon frère, indigne de toutes ces valeurs qu’on a tenté de m’inculquer. Sans sourciller, sans culpabilité. Repenser à ça me fait mal. Mal, en repensant à qui m’accompagnait. Callan. Mon fils. L’indétrônable. Si seulement je savais où il était. Cela fait des années que je ne l’ai pas revu. Après cette tentative veine de me faire chuter par Wellan, après cette batail au manoir, il a simplement… Disparu. Sans laissé de traces. Après cette erreur, encore, que j’avais fait en voulant nommer Saor comme étant mon fils légitime, ma succession. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il toujours que je trahisse les gens qui comptaient le plus à mes yeux ? Wellan, Callan, et maintenant… Graydon ? Je détruisais tout ce que je touchais, elle était là la triste vérité. J’avais beau essayé de m’en défendre, j’avais tort, je me trompais sur toute la ligne. J’admirais ton optimisme, vraiment, mais tu étais si jeune, si ignorante de tout un tas de trucs. J’allais surmonter ça… Oui, sans doute, comme j’avais surmonté les âges, mais à quel prix ?

Je t’ai laissé m’étreindre, sans rien dire, sans rien faire. Je côtoyais trop de vampire, et rare était les fois où on se permettait ce genre de geste. Un geste rassurant, agréable, un geste qui au fond me faisait du bien. J’ignorais si tu avais raison, j’ignorais si cette histoire allait au final bien se terminer. Peut-être que 2045 serait ma dernière ? Peut-être que la mort allait enfin frapper après toutes ces années. Je me pensais immortel, et aujourd’hui, aujourd’hui je me sens malade, mourant, comme un juif qui montait dans ce train qui le conduisait tout droit à la mort. Il le savait, le sentait, que ce serait son dernier voyage. Je me sentais faible, pour la première fois depuis bien longtemps. Perdu, impuissant. Et crois-moi petite sorcière, impuissants nous l’étions tous. J’avais été ivre de mon désire et désormais, regardes ce qu’il reste de moi. J’aurais pu me défendre, j’aurais pu essayer de les combattre. Mais je n’ai rien fait. River Crow partait en fumée devant mes yeux, devenant un véritable champ de ruines, et je n’ai rien tenté. Je les ai simplement laisser m’embarquer en me disant que ce serait plus simple. Plus simple pour tout le monde. Et regarde le résultat. On est enfermés ici comme du bétail, et personne n’essaye de lutter contre ça. Complétement apeuré, démuni, sans ne rien comprendre. Nous sommes les êtres les plus vieux de ce monde et pourtant nous nous soumettons à leur volonté. Alors oui, oui si ça ne tenait qu’à moi je serais d’avis de penser qu’on allait tous crever ici. Parce que la seule façon de s’en sortir serait de luter, de nous unir, tous ensemble et de nous battre. Mais personne ne bougeait. J’étais le clou du spectacle. Sauvons Léandre ! Mais arrêtez de vouloir me sauver moi et sauvez-vous !

Impuissant, c’était bien le mot. C’était ce que nous étions devenu. Je t’ai simplement écouté, sans ne rien dire. Te laissant relâcher ton étreinte avant de m’entrainer dans ma chambre. Cette chambre qui puait la mort. Je n’en pouvais plus d’être enfermé ici, je n’en pouvais plus de voir les mêmes visages, de rester là, attendant sagement que le temps passe. Je voulais simplement agir, me rendre utile, mais vu mon état c’était presque impossible. Sans essayer de te contrarier je me suis simplement assis sur le lit, restant là, les pieds dans le vide, m’allumant une clope avant de venir prendre appuis, dos contre la tête de lit, position semi couché. Tu sais, franchement, ce n’était pas la maladie le plus dure, c’était ce sentiment de vulnérabilité, d’impuissance. C’était ça que je vivais le plus mal, sincèrement. Ce qu’il m’a dit ? Tout et rien à la fois. Jouant un jeu dangereux avec Théodore pour rester dans ses bonnes grâce. Théodore, rien que de penser à lui j’avais qu’une envie. Celle de lui arracher sa gueule d’ange de psychopathe dégénéré mental qu’il était. Mais Gray était plus intelligent qu’il ne prétendait l’être, tu avais raison sur ce point. Et il serait prêt à tout pour me sauver. Je ne sais pas ce qu’il espérait. Je ne sais pas ce qu’il attendait de tout ça, mais je savais, je sentais tout du moins qu’il avait une idée derrière la tête. D’un geste de la main je t’ai montré la direction de mon bureau après avoir tiré une taffe sur ma cigarette. Je crois pas que ça me faisait vraiment du bien, mais au moins, ça me soulageait clairement. Grandement même.

« Il m’a donné des preuves flagrantes que ce fils de pute est en possession de ce putain d’antidote. Fell’s et McGrath sont sur le coup. Ils mettent les bouchées doubles mais c’est pas gagné. T’as le sang du loup ? An’Sionnach a dû être ravis à l’idée de devoir m’aider moi. Après tout je peux pas lui en vouloir s’il a refusé, après tout ce que j’ai fait, se serait de bonne guerre. »

Le sang du loup. La dernière hypothèse de Fell’s et McGrath. Idée murmuré de la part même d’Aodh An’Sionnach, le cousin de l’homme qui me haïssait le plus sur cette putain de planète. J’étais mal barré. J’ignorais si Aindreas permettrait à sa meute de nous aider. Sa meute, son clan, ce clan que j’avais détruit sans le moindre scrupule un peu plus de cent an en arrière après découvert leur secret. Secret que je me suis permis de garder et de détruire petit à petit par peur de perdre un combat que je refusais de perdre. Ce que je pouvais être con à cette époque-là. A bien y repenser, River Crow n’était rien d’autre qu’une véritable mascarade. Pour vivre ce que je leur ai fait vivre, je ne peux que les comprendre davantage. La haine, la colère, ça nous fait faire de drôle de choses parfois. Mais j’espérais que tu m’apporte enfin une bonne nouvelle pour changer. Essayer le sang des loups, voir si les choses s’arrangent. Je refusais de me servir d’un autre vampire, je voulais le tester moi. Je savais qu’en cas d’échec j’y survivrais sans doute là où d’autres non. En tant qu’homme presque désespéré j’étais prêt à faire des actes complètement désespérés. Mais on n’avait plus le choix, fallait tenter le tout pour le tout. Le temps passait et les jours commençaient à se compter. Et on le savait très bien tous les deux, on le sentait.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach



March of Mephisto
I am the thorn in your side that seeks accomplishment reminding the mortal of death. I am the spore of your pride, an angel heaven sent. The master of all. You know just who I am. Don't be so distant, cause when you're lost, I am solely there to share your grief. Wailing for your sorrow is only my way to comfort you. Reminders of innocent youth, waiting for morrow. You're lonely. I name your solitude, I speak the truth.
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Léandre & Lahja

« Heavy hearts fall faster. Every hurt last longer. Every fall hits harder. »
L'épuisement était tel que parfois la défaite semblait victoire au creux de ces espoirs inconscients qu'elle continuait malgré tout à nourrir. Lahja pouvait compter sur le mental d'acier de son frère. Il était sa boussole, son étoile du nord et sans lui, elle n'était pas certaine de pouvoir continuer, tenir la distance. Que ce soit dans cette horrible prison dans laquelle ils étaient tous parqués ou dans l'existence, elle-même, qu'autrefois elle pensait éternelle. Tout avait basculé à la révélation. La terre sous ses pieds s'était fissurée de la peur irrationnelle qu'avaient les hommes envers l'existence indésirable d'autres races, plus anciennes pourtant que la leur. La scandinave peinait à comprendre les contours violents de la haine, elle ne savait conjuguer avec les furies et ne percevait en elles qu'un suicide lent et grossier. Comment pouvait-on vivre réellement dans le soufre brûlant de la rage ? Comment pouvait-on supporter constamment des pensées aussi stridentes que celles de la destruction et la perversion ? Lahja en était écœurée. La nausée au bord des lèvres, elle avait parfois envie de vomir toute cette horreur à la figure de ceux qui se pensaient au-delà de tous, de la vie elle-même, au point d'en embrasser la mort et toutes les meurtrissures vicieuses qui étaient capables d'en découler. C'était un univers solidifié par la rancœur et cette maladie ne cessait de courir à toute allure pour dévorer des cœurs, certes éteints, mais qui possédaient encore malgré tout quelques grammes de conscience humaine. Suffisamment en tous cas pour déjouer le sommeil éternel au prix d'une damnation sans issue. Les vampires n'étaient pas tous des êtres infâmes. Léandre avait beau porté le poids d'une réputation scandaleuse, il n'en restait pas moins profondément humain dans sa manière de ressentir, d'être tourmenté par les houles tumultueuses qui soulevaient son âme lorsqu'il était question des êtres qu'il aimait. L'élémentaire avait vu cela en lui, dans le froid d'éther qui inondait ses iris anciens. Le français avait vu tant de choses. Beaucoup de douleur transpirait de son regard pour ceux qui savaient voir. Elle n'avait pas la prétention de connaître les méandres de sa vie personnelle mais cette peine immense, elle l'observait étrangler l'aura énigmatique de l'antique vampire. La jeune femme n'avait pas forcément les mots appropriés ni la force dont il avait besoin pour croire en d'autres lendemains mais cela ne lui importait que très peu. Au moins, elle était là, à ses côtés. Et cela valait ce que ça valait. Inquiète, elle sentait son souffle s'évanouir avec lenteur, ne pouvant s'empêcher d'évaluer avec horreur les risques que prenait Graydon pour sauver son père. Il était malade et si Théodore décidait de le laisser mourir alors elle n'était pas certaine de pouvoir compter sur la patience de Léandre qui grésillait déjà de ne savoir rien faire vu son état de santé déplorable.

Elle l'avait pris dans ses bras, se fichant bien de savoir si cela lui plairait ou non. Les chances étaient qu'il trouverait ça très étrange car il ne connaissait plus que les humains bariolés de monstruosités. C'était la raison même de sa rage légendaire envers eux, n'est-ce pas ? Pourtant Lahja n'était pas ainsi. Elle n'avait pas le cran d'assassiner, de blesser ou même de se jouer de quelqu'un pour son propre plaisir. Elle percevait en ces jeux sordides, une bassesse innommable, un manque d'intelligence effarant et plus encore. Mépriser n'était pas dans ses habitudes. Elle n'était que tendresse et compréhension, là où la guerre battait son plein. Là où les hommes se pensaient invincibles alors qu'ils ne faisaient que constamment détruire ce qu'on avait déposé entre leurs mains. La sorcière blanche était usée et si cela pouvait se sentir, parfois se voir, elle n'en restait pas moins fidèle à elle-même, fidèle à ce besoin d'aider son prochain, même lorsque celui-ci s'avérait être un des plus meurtriers de tous les temps. Dans d'autres circonstances, Léandre n'aurait même pas eu une once de son attention. De par ce mal qu'il a causé, de par toutes les obscénités qu'il avait engendré, elle n'aurait même pas voulu le rencontrer, lui faire face, entendre le son profondément grave de sa voix blasée. De cette existence fébrile qu'il s'acharnait à conserver miraculeusement, elle n'aurait pas voulu faire partie mais le destin était farceur et réservait bien plus de surprises qu'on ne pouvait se l'imaginer. Elle était là dans cette chambre et en apprenant à connaître le tyran, comme beaucoup l'appelaient, Lahja avait compris que cette cruauté n'était pas le vrai fond du problème. Ce dernier étant plus ancien, plus profondément enfoui dans les tréfonds de l'âme immortelle qui veillait dans l'enveloppe charnelle du Roi vampirique. Elle n'avait pas eu besoin de longues conversations, juste d'une profonde observation, de quelques notes de logique et de bon sens. Ce monde pouvait bien fracturer son myocarde, elle refusait cependant de condamner un homme à l'obscurité la plus totale. Chacun avait le droit de recommencer. Chacun avait le droit d'évoluer. En ce sens, Lahja ne pouvait espérer que le meilleur pour son patient. Après tout, on l'avait chargé de l'apaiser, de le guérir. Pas de transcender ses maux et le punir d'une vie à laquelle elle n'appartiendrait jamais. River Crow était morte. Et lorsqu'il ne reste plus rien, tout est possible, tout est à reconstruire.

En desserrant son étreinte, elle lui conseilla de regagner sa couche. Lahja n'appréciant pas vraiment l'idée qu'il chute sous le manque de force. Naturellement, elle s'était intéressée ensuite à ce que le jeune vampire avait pu lui dire lors de leur rencontre. Léandre lui indiqua son bureau, lui faisant ensuite savoir qu'il possédait les preuves de l'existence d'un antidote au virus K-089. La scandinave savait que les scientifiques s'efforçaient de trouver la solution mais elle ne saurait dire s'ils en étaient proches ou non. Il évoquait ensuite le loup irlandais et la rancœur que ce dernier avait envers lui. « J'ai son sang. » dit-elle avec une assurance dont elle n'a pas eu de mal à faire preuve. « Ce n'était pas facile, je te l'avoue. » dit-elle en fixant l'homme fumant sa satané cigarette. « Mais je crois que c'est un homme de parole malgré tout ce qu'il peut ressentir. » dit-elle, pensive. Elle n'en savait rien mais en lui, elle n'avait pas vu de réelle méchanceté, juste les brisures d'un homme abîmé. Il l'avait marqué d'une manière bien particulière mais une récente rencontre ne valait pas des années d'amitié. Lahja s'en était rapprochée mais il lui restait énormément de choses à découvrir à son sujet. « À la place de l'ingérer, on devrait te le donner en perfusion. L'effet serait sans doute plus direct. » Elle avait reporté son regard sur son interlocuteur, cherchant quelque part son approbation. Il était en droit de refuser s'il le désirait, être malade ne voulait pas dire être dépourvu de décisions.

Souvent, elle se demandait comment les choses se passeraient si Léandre guérissait. Quelles seraient ses réactions ? Pouvait-elle réellement lui faire confiance ? Était-ce stupide d'en douter, de penser qu'il puisse tout foutre en l'air à nouveau ? Rien n'était sûr et après tant de douleur, les esprits pouvaient vite se perdre dans la démesure. « Qu'est-ce qu'il se passera si un jour tu redeviens le vampire que tu étais, Léandre ? » Elle se surprenait un peu d'oser lui poser la question. Jusqu'ici, elle ne l'avait jamais fait et n'avait même pas laissé l'ombre d'un doute la remettre en question mais quelque part, elle avait besoin de l'entendre de sa bouche à lui. « Est-ce que tes habitudes passées te rattraperont ? » La voix de Lahja était douce, toujours. Elle s'égarait un peu dans ses pensées, dans l'amas trouble des possibilités qui pourraient s'offrir à eux.
(c) DΛNDELION


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Le passé, toutes ces choses vécus, c’est ce qui fait ce que nous devenons. Cette histoire qui est la nôtre et nous conduit à agir de différente manière. C’est ce qui nous rend unique. C’est ce qui construit des convictions, des intentions, un comportement, une façon de penser et de percevoir le monde. Mon passé t’inquiète, et cela se comprend. Bien plus que tu ne peux te l’imaginer. A mes yeux tu n’es qu’une enfant, une fleur qui finira par passer, une âme éphémère qui foule ces terres. Ton passé à toi t’a appris certaines choses mais tu en ignore tant d’autre. Je suis un homme qui a traversé les âges, qui a évoluer à travers le temps. Qui a vu les hommes changer, physiquement, mentalement. J’ai vu l’évolution du monde, l’ère moderne. Tellement de chose. Mais dans le fond, je sais pertinemment que je reste cet homme du XIem siècle. Cet homme qui est né dans cette année où les choses et les mœurs étaient tout autre. Je ne suis pas choqué par la torture, la peine de mort de me surprend pas, et je sais que les hommes, peu importe leur rang, peu importe leur nom, tous, sont attirés par des choses futiles. Le pouvoir, l’argent, la santé, l’amour. Peu importe ce que c’est l’homme est perfide. Regardes où ça nous a conduit. La différence l’effraye, la faiblesse aussi. Savoir qu’au bout du compte, il ne se trouve pas au sommet de la chaine alimentaire le terrorise. Cette peur d’autrui, cette terreur qu’il ressent face à son prédateur. L’homme a construit une prison à ciel ouvert, une prison de la taille improbable d’un pays, qu’elle fou a pu imaginer ça ? Quel fou, pire, à pu mettre tout ça en œuvre ? Tu peux bien t’inquiéter de ce que je ferais une fois guérie, mais crois-moi Princesse, tu trouveras toujours pire que moi. Parce qu’à mon époque, on faisait certes des choses horribles, mais rien ne nous faisait peur. Pas même la mort, parce qu’elle était tout simplement… Omniprésente.

J’ai simplement fermer les yeux, me laissant bercer par le son délicat de ta voix. Tout en toi respirait l’innocence et la naïveté Lahja. Tu étais tout simplement un ange, comme l’humanité se le représentait. Un être doux et débordant de bon sentiment. Mais ce n’est pas ça qui nous sauvera malheureusement. Je t’ai tendu mon bras, machinalement. Au point où j’en étais autant tout tenter tu ne crois pas. Ce qui répondait à ta question, de manière silencieuse. Aindreas An’sionnach, un homme de parole. Tu ne pensais pas si bien dire. C’était sans doute l’homme le plus droit que je pouvais connaitre. Encore bien plus droit que Wellan en personne. An’Sionnach avait beau être un petit con, c’était un homme qui allait toujours au bout de ses pensées. Protecteur, déterminé, une véritable force de la nature. Je l’avais combattu durant des années, j’avais détruit sa famille, son clan, tout ce qui faisait son histoire. Mais malgré tout, je le respectais. Il était sans doute bien meilleur que beaucoup ici. Si on pouvait faire confiance en une personne, c’était bien en cet homme-là. J’étais cela dit surpris de savoir qu’il t’avait donné de son sang sans broncher. Surpris de constater qu’il était d’accord pour non seulement nous aider, mais surtout, m’aider moi. Ce n’était sans doute pas anodin, non, je le pensais. Parce que je savais qu’un jour arriverait où on devrait sans doute régler nos différents. Je savais, j’avais conscience, que si moi je finissais par oublier River Crow, lui, ne passerait sans doute jamais au-dessus. Son âme était brisée et sa vengeance, il la désirait sans doute plus que tout autre chose en ce monde. C’était comme ça. C’était tout simplement, de bonne guerre. Et je n’aurais pas d’autre choix que de la lui donner cette vengeance. Ce combat final qui signerait la fin de tout un tas de chose. Il voulait me tuer de ses propres mains c’était une évidence.

« Aindreas est un homme bon tu sais. Brut de décoffrage certes, sans doute un peu grande gueule, mais crois-moi, cet homme c’est la bonté incarnée. »

J’ignore pourquoi je te disais ça. Pourquoi je te parlais de lui comme ça, mais je le faisais. Sans doute pour te rassurer un peu. Sans doute pour te dire que tout se passerait bien. Qu’il n’y avait aucun souci. Je ne sais pas. On avait tous signée cette coalition que j’avais demandé avec Wellan. On s’était tous promis de s’entre aider tant qu’on serait là. Et jusqu’à preuve du contraire, on s’y tenait tous. Autant en profiter, autant savourer cette première victoire sur les Tullamore. Parce que j’en reste persuader. Ils espéraient nous voir tous nous entretuer et non pas nous allier. Chose que l’on avait fait la première année, mais qui au final, n’avait pas durer. On était plus malin, on était plus observateur qu’eux, et leur assurance finirait par les conduit à leur propre perte, ce n’était qu’une évidence. Une question de temps aussi. Il fallait tous simplement se montrer patient et attendre le bon moment pour frapper. Parce que je pense que malgré tout, tu avais conscience qu’un combat serait un jour mené. Pour notre liberté. Nous aussi on avait le droit d’exister, et on n’allait pas rester là, les bras croiser, sans rien faire. Attendant simplement de tous crever de faim ou de bien d’autres choses. Tullamore prenait des risques en enfermant dans un lieu confiné les créatures les plus puissantes qui soit, et sérieux, on serait complétement stupide si on ne profitait pas de cet avantage-là. Ils avaient beau être armés jusqu’aux dents, nous restions plus fort que tous ces humains, que tous ces hommes qui au final, étaient faciles à briser. Peu importait nos convictions, ce en quoi nous croyons. Le combat devrait être conduit, et il le serait. Peu importait le pris à payer, peu importait les conséquences. On ne se laisserait pas faire, c’était une évidence. Mais tes dernières questions me faisaient comprendre que tu espérais sans doute une fin pacifiste à toute cette histoire. Voyons Lahja, tu ne pouvais pas être aussi naïve que ça. Les fins heureuses, ça n’existent que dans les comptes de fées et rien de plus, c’était comme ça, pas autrement. Et au fond de toi, tu savais que les choses allaient mal finir.

« Le vampire que j’étais ? Tullamore l’a tué Lahja. Mais si je m’en sors vivant, et j’y compte bien, il y aura un soulèvement. Peu importe qui nous sommes, on devra se souder les coudes, tous ensemble. Et combattre si on veut retrouver notre liberté ainsi que notre dignité. Ne me dis pas que tu espères crever ici, enfermée, alors que toi, dehors, tu n’as jamais causé du tort à qui que ce soit. Je sais des choses que tellement de gens ignorent. Dis-moi, crois-tu en Dieux Lahja ? »

Dieu, toute cette histoire, des hypothèses basées sur des si, des croyances, des légendes, peut-être même des fabulations. Mais moi je sais. Moi j’ai appris. Je n’ai pas vu, non, mais je sais d’où on vient, je sais qui nous a créé, je sais ce pourquoi nous sommes faits. Lentement, je me suis redressé, allant chercher un vieux volume dans la bibliothèque. Un volume à la couverture en cuir et aux pages faite de peau, parsemé de mots écrits à l’encre de sang. Délicatement, je t’ai tendu l’unique vestige que je conservais encore de Tybalt. La bible « des monstres ». Notre histoire, à nous. Et toutes ces explications que l’on rêve tous un jour de connaitre. Je me suis allumé une clope avant de me rassoir sur mon lit, verre de whisky en main, je t’en avais également servi un. Je te laissais regarder le livre, feuilleter ses pages, un secret que je m’étais tenu de garder. Jamais je n’avais partagé ça avec qui que ce soit. Pourquoi ? Je n’en savais rien. Peut-être parce que Tybalt l’avait lui-même partagé uniquement avec moi-même, peut-être que j’avais envie de garder cet avantage. J’en sais trop rien. C’était stupide. Je me doutais bien que Darren Lassiter connaissait également cette histoire lui aussi. Mais les hommes de Tullamore l’’ignoraient eux. Les hommes de Tullamore ignoraient tellement de choses au bout du compte. J’ai tiré sur ma clope, recrachant la fumée en l’air, ne te lâchant pas du regard. J’avais confiance en toi Lahja. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était le cas. Tu respirais la bonté et je savais que toi, tu savais ce qui était juste et ce qui ne l’était pas. J’avais l’intime conviction que tu prendrais les bonnes décisions en temps voulu. Que tu saurais faire le bon choix. Toi, ainsi que ton frère.

« Dieu est la base de tout, mais Dieu était trop lâche pour assumer ses créations. Il créa Caïn et Abel. Quand Caïn a tué son frère, Dieu le puni en faisant de lui le tout premier vampire. Il fut alors considéré comme le tout premier assassin de l’histoire. Abel fut ressuscité et devient le premier loup. Quant à ses autres enfants, Adam et Eve, l’histoire est tout autre. Par amour ils furent séparé. Eve, absorbée par cette volonté de devenir mère créa ses propres créatures. Darren Lassiter en fut le premier. Quant à Adam, lui, voulu conserver l’humanité et croire en l’homme. Mais il avait conscience qu’il devait préserver ses propres fils de tous les reste. Alors il vous créa vous, les sorciers. Notre existence n’est pas une aberration Lahja. Nous sommes ce que nous sommes parce que il en a été décidé ainsi. Et ça, c’était une idée de là-haut. Tybalt fut le premier infant de Caïn, et en tant qu’infant de Tybalt je suis la descendance même de notre créateur à tous. Conclusion, Tullamore n’a aucune chance si nous autre on salit pour se soulever contre leur dictature de merde. Cela dit je compte sur toi pour ne parler à personne de cette… Bible. J’aimerais en conserver le secret encore un instant si tu le veux bien. »

Je t’ai adressé un clin d’œil avant de vider mon verre cul sec. Laissant l’alcool me faire du bien et me réchauffer de l’intérieur. Je ne sais pas pourquoi je te parlais de ça, mais j’avais conscience que si j’étais encore en vie c’était grâce au sang de mon sire, c’était grâce à mes origines. A qui j’étais également. Et sincèrement, pour la première fois de mon existence, je remerciais Tybalt d’avoir fait de moi ce que j’étais. Parce que sans lui, je savais que je ne serais plus de ce monde. C’était indéniable.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach



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Léandre & Lahja

« Heavy hearts fall faster. Every hurt last longer. Every fall hits harder. »
Elle n'était pas toujours sûre de vouloir appartenir à cette guerre qui se préparait, aux torrents de violence qui allaient bientôt se déchaîner. Pourtant, elle les sentait venir, écoutait attentivement le crépitement des fureurs qui s'alimentaient en chacun à force de trop souffrir. Non, elle ne pouvait pas nier que le combat serait nécessaire, qu'il lui faudrait un jour agir en conséquence en franchissant cette limite qu'elle n'avait jamais osé franchir jusqu'ici : tuer pour survivre. Cette idée la terrifiait sans remords, faisant transpirer ses nuits de fièvres cauchemardesques. Était-elle réellement obliger de se transformer en monstre ? Ne pouvaient-ils pas négocier avec diplomatie et mettre un terme aux hostilités sans causer de nouvelles morts ? C'était son désir le plus cher, une rêverie naïve pour la majorité des gens mais elle ne pouvait s'empêcher d'espérer une autre fin que tout ce à quoi les soldats, les survivants et même les victimes s'attendaient. Lahja n'avait pas cette bestialité en elle. Si elle avait tout l'amour du monde au creux de sa poitrine, elle n'était pourtant pas apte à avoir cette lueur brûlante et destructrice que de grands empereurs tels que Léandre avaient en eux naturellement. C'est pour cela qu'elle l'admirait secrètement, pour cette étincelle qu'elle ne possédait pas, ce courage qu'il avait de détruire ce qui blesse pour se préserver, se protéger et même s'élever. Elle ne lui enviait pourtant pas ses excès et la démesure de sa colère empirique. De cela, l'élémentaire aurait voulu pouvoir le guérir. Elle aurait voulu le défaire à jamais de ce venin lui obstruant le cœur et l'âme, à tel point qu'il en confondait les traits de son visage avec celui de la monstruosité. Comment savoir s'il avait véritablement raison ? Qui était à même de différencier le Bien du Mal ? De plus en plus, Lahja n'en percevait qu'une perdition certaine. Elle refusait de voir Léandre mourir, entaillée à l'idée de perdre cet esprit si particulier auquel elle s'était attachée et pourtant, il avait crever des millions de cœurs, s'était repu de tant de vies que la finlandaise n'avait qu'à peine le courage de l'accepter. Il lui inspirait une profonde faiblesse sans qu'elle ne comprenne réellement d'où lui venait cette nécessité de lui venir en aide, de panser ses douleurs jusqu'à y vouer sa vie entière. Ce n'était ni par intérêt ni par besoin d'occuper son temps. C'était... Indescriptible et lancinant, une forme de pureté en laquelle le prénom de Léandre s'imposait envers tout ce qui pouvait se murmurer.

Peu de personnes possédaient cette capacité à la remettre en question, à la faire grandir à l'énonciation discrète de quelques mots. Le français accomplissait pourtant tout ceci avec une aisance singulière. Et l'enfant qu'elle était pour lui ne pouvait qu'écouter, épongeant directement les histoires qui parsemaient l'éternité de l'ancien vampire qu'il incarnait. Il savait le coût de la mort, connaissait par cœur l'horreur des hommes et plus encore. Il avait presque tout vu et tout ressenti alors pourquoi n'arrivait-elle pas à l'écouter lorsqu'il la prévenait d'un combat auquel ils ne pourraient pas échapper ? Parfois, Lahja aurait aimé être différente. Elle aurait voulu ne rien ressentir, être hermétique à toute la douleur du monde, l'ignorer et ne s'appliquer égoïstement qu'à sauver sa propre existence mais elle n'était jamais parvenue à échapper à cette véritable nature qui la soumettait à la bonté de cœur, à la bienveillance ainsi qu'à ce rêve d'harmonie universelle qui la berçait à chaque fois que les bras du sommeil l'enserraient. L'épuisement d'ailleurs la narguait de tant s'acharner à disperser des traînées de paix que l'on bafouait à la minute où elle les avait déversé. C'était éreintant de vouloir faire entendre la douceur alors qu'un mur de vingt-cinq mètres de haut ne faisait que hurler la haine et la destruction irrévocable. Fallait-elle qu'elle perde son cœur pour espérer devenir autre chose qu'une survivante en ces terres ? Fallait-elle qu'elle salisse son âme pour protéger les siens ? Ces questions ne pouvaient que s'intensifier dans son esprit qui n'était que trop peu habitué aux conflits. De par cet amour qui suintait de tous ses pores, elle savait qu'elle était faible et vulnérable. Proie facile et sans doute plus malléable qu'elle ne voulait bien se l'admettre. Pourtant, ce sentiment brillait si fort en elle. C'était celui-là même qui l'avait poussé à soigner l'homme à qui elle faisait face à présent, celui-là qui fumait, pensif et tiraillé, autant par la mort que par ce besoin de vivre qui ne le quittait pas. Il lui tendait d'ailleurs son bras, déjà prêt à tenter le tout pour le tout lorsqu'elle lui proposait un transfert de sang par voie veineuse. Il lui avait bien sûr fallu l'approbation des scientifiques. Lahja avait attendu qu'on lui prépare la poche de sang lupin qu'elle avait su obtenir de l'alpha irlandais. Des vérifications de compatibilité furent nécessaires et au final, il ne lui restait plus qu'à lui faire la proposition à lui, le Roi malade.

Le matériel étant déjà à sa disposition, elle n'avait plus qu'à se laver les mains pour les désinfecter et les vêtir de gants en latex ensuite. La poche les attendant déjà. Elle écoutait d'abord la voix cassée de son patient la rassurer sur la personne qu'était Aindreas An'Sionnach. Elle espérait qu'il avait raison mais la vengeance était un vice bien particulier et malheureusement, Lahja avait énormément de mal à le cautionner. « Peut-être mais la bonté est dure à percevoir lorsqu'on sait à quel point il peut te haïr. J'espère seulement qu'il pourra passer au-dessus de vos différents. » dit-elle en croisant les bras sous sa poitrine. La curiosité dont la blonde a fait preuve ensuite a sans doute mis Léandre sur la voie des troubles qui la faisait vaciller. Ce soulèvement... Où les mèneraient-ils si ce n'est qu'à de nouvelles représailles ? Ils frôlaient déjà avec tant d'inconscience la fin de ce monde, essuyant plus de pertes qu'aucun d'eux ne pouvaient s'imaginer. Les mots qu'il employait résonnaient profondément en elle, se répercutant avec violence contre la solidité de ses convictions. S'il avait raison, elle n'aurait pas d'autre choix que de se fondre dans l'amalgame noirâtre de ce qu'elle avait toujours tenté d'éviter. « J'ai du mal à croire que c'est la seule véritable solution. J'aime à penser que les humains pourraient comprendre et s'adapter, tout comme nous nous sommes toujours adaptés à eux. » Cette Coalition n'était qu'un début, les prémices d'une union plus globale. Du moins, c'est ce qu'elle aimait croire et entrevoir pour le futur. Il est vrai qu'elle n'avait jamais fait de mal à personne et que tout ceci lui était tombé dessus au même titre que chaque représentant de la Coalition. Chacun d'entre eux cherchant à présent à protéger les peuples, à les fortifier. « C'est juste que la violence ne fait que s'engendrer elle-même, comme un serpent qui ne cessera jamais de se mordre la queue. » Et qui d'autre que Léandre était mieux placé pour être conscient de cela ? Il ne pouvait pas avoir de fin à leurs déchirements s'ils ne trouvaient pas un compromis, un terrain d'entente. De quoi calmer tous les esprits et contenter tous les besoins. Et puis la puissance invisible de Dieu s'imposait dans leur conversation. Cette question la saisit de stupeur, agrandissant un peu plus son regard cloué sur Léandre qui lui avouait savoir bien plus de choses que la plupart d'entre eux. C'était un fait mais à quel point ? La finlandaise ne saurait le dire.

Dieu n'était pour elle qu'une idée, quelque chose en quoi les gens avaient besoin de croire pour continuer à exister et donner un sens aux jours monotones et répétitifs de leur quotidien. Elle n'était pas ce qu'on pouvait appeler une femme de foi mais plutôt de nature. En elle, résidait son essence. Rien ne lui avait jamais semblé plus concret que Gaïa. Elle ne s'était jamais trop aventurée sur l'origine première de tout ce qui faisait qu'ils étaient là. Mais Léandre s'était levé pour s'emparer d'un livre prenant poussière dans sa bibliothèque afin de le lui tendre à elle. L'ouvrage était abîmé par le temps et la texture des pages était rugueuse et étrange. La calligraphie appartenait à des temps reculés qu'elle était bien incapable de situer et s'imposait de la couleur organique de ce qui s'apparentait le plus à l’élixir de vie. Ses deux pupilles parcouraient ses lignes alors que son interlocuteur lui en résumait le contenu brièvement. Si il existait bien un Dieu là-haut, pourquoi les observait-il s'entre-tuer de la sorte ? Pourtant, l'authenticité de ce manuscrit semblait légitime et Léandre n'avait aucune raison de la mener en bateau. Elle avait donc décidé de le croire et de lui faire confiance... Il semblait si certain de tout cela et sa demande de n'en parler à personne ne faisait qu'accentuer la réalité de ses mots. « Si c'est que tu souhaites, d'accord, mais pourquoi ne pas en parler au moins aux autres représentants ? » La vérité avait toujours quelque chose d'apaisant et les preuves écrites des liens de parenté connectant les différents peuples entre eux ne pourraient que les aider, non ? Quelque peu perturbée par cette révélation, Lahja prit le verre de whisky qu'il venait de lui servir pour en boire une longue gorgée. Le liquide ambré lui brûlant la trachée avec virulence la fit quelque peu grimacer. Manque d'habitude qu'elle ne pouvait définitivement pas dissimuler. Pourtant, une part d'elle-même avait besoin de lâcher prise, de mettre tout ce qu'elle pouvait être ou inspirer aux autres sur pause. Accepter la guerre, c'était tirer une croix sur ce qui avait fait d'elle la femme qu'elle est aujourd'hui. C'était tourner le dos à ce qu'on avait pu lui enseigner mais avait-elle réellement le choix ? Il paraît qu'on a toujours le choix.

Comme beaucoup, elle avait peur. De perdre son humanité, de succomber à cette rancœur amère que Viggo avait introduit en elle. Il l'avait tant blessée, semant en elle les charmes monstrueux de la vengeance mais jusqu'ici, elle s'était tenue à respecter ce qu'elle était réellement, à ce qu'elle était avant l'arrivée intrusive  du chef-surveillant dans sa vie. En se rappelant de tout cela, elle but une seconde gorgée de l'alcool brûlant, le supportant cette fois un peu mieux. Elle se demandait comment Léandre était devenu ce qu'il était, comment avait-il accepter cette part meurtrière en lui et comment avait-il pu vivre ensuite avec tout cela. Elle voulait comprendre ce qui faisait sa force et peut-être s'en inspirer, elle aussi, pour être moins fragile, moins... Elle. « Comment es-tu devenu ainsi, Léandre ? Je veux dire, comment as-tu fait pour accepter ce qu'on te reproche et passer au-dessus autant d'années ? » Elle savait que les vampires étaient conditionnés à l'horreur par nature mais pas à ce point. « Ta nature joue beaucoup, j'imagine. Mais j'ose espérer que l'humain en toi n'est pas encore mort malgré tout ce qui a pu se passer. Je sais qu'il me parle parfois. » Lahja voulait comprendre ces choses car si elle ne comprenait pas, comment pourrait-elle accepter de faire subir à son peuple la voracité de la guerre ? À un moment donné, elle sera bien obligée de devenir une autre. Elle le savait. L'acceptation était simplement plus amère qu'elle ne le pensait.      
(c) DΛNDELION


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Heavy Hearted
- Léandre McGuinness & Lahja Vehviläinen -




Maintenant tu savais. J’ignore pourquoi, mais je venais de te raconter un secret dont j’étais l’unique détenteur depuis des décennies. Des siècles même. Tybalt avait dû obtenir ce manuscrit de Caïn, et me l’avait légué pour que je possède à mon tour le savoir de rares exceptions. Darren Lassiter possédait le manuscrit des créatures d’Eve. Quant au Lycans et aux sorcier, j’ignorais qui avait le savoir, mais ça devait très certainement être quelqu’un d’important. Peut-être même qu’Aindreas était au courant, j’en sais rien, puis après tout, je m’en foutais. Je t’ai laissé regarder, apprendre, te faire une raison sur les origines du mal qui nous avait créé. Pourquoi ne pas en parler aux représentants ? La réponse était plus que logique. Parce que ça nous conduirait à notre perte, tout simplement. C’est tout bonnement dans notre sang. Les créatures ont été séparées, condamnée à l’ignorance pour ne pas s’entre tuer. Le pouvoir, c’était la source de tout. Et il était hors de question que l’on mette les pieds dans le plat. Nous n’avions pas été créé pour nous aider, encore moins pour nous aimer. Non. Nous avions été créer pour conserver un certain équilibre entre chaque race. Les sorciers pour protéger les hommes, les vampires pour les manger, les Léviathans pour manger tout le monde, les Lycans pour apportait une certaine paix. Tout dans la création de l’univers n’était question de balance parfaite. Notre paix ne tenait qu’à un fil. La coalition était quelques choses de fragile. On la respectait parce que nous n’avions pas le choix, mais à la moindre occasion, n’importe qui pouvait la briser. C’était dans notre nature et on ne pouvait la refouler. Je te trouvais parfois tellement naïve Lahja. Faire la paix, croire en la paix, c’était un sujet tellement abstrait. J’avais traversé les âges, et rien que pour ça, je savais que c’était impossible. Parce que la paix, pas un instant elle n’avait été là.

Le monde est vaste, bien trop grand, et peu importe, il y aura toujours un endroit qui sera en guerre. Il y a eu les guerres Serviles à l’Antiquité, et puis les croisades, la révolutions, la destructions du peuple Amérindiens, la première, et la seconde guerre mondiale. Hiroshima, Nagasaki, Pearl Arbore, la guerre de Corée, celle d’Algérie, DEACH, et j’en oublies tellement. Tellement, notre monde est construit sur ça, sur une succession de guerre. De victoire et de perte. C’était simplement incrusté dans notre carte génétique. C’était là, encré en nous. Tout simplement. Je me suis laissé tomber sur mon fauteuil, fumant tranquillement, écoutant toutes ces questions qui te venaient en tête. Comment j’avais fait pour devenir ce monstre que beaucoup haïssait. La question était simple. Tout comme la réponse. L’homme en est simplement la cause. Parce que l’homme est sans doute l’être le plus abjecte qui puisse exister. On nous juge parce qu’à leurs yeux nous sommes des aberrations. Mais la vérité est que se sont eux les pires. Ce sont eux les plus perfides, les plus violents, les plus malsains. Parce que nous, nous avons été créé pour être des prédateurs à l’origine. Mais non pas eux. Tu crois que c’est pourquoi que Dieu, si tant est qu’il existe encore, ne réagis pas ? Il a créé l’univers, l’a vu se déchirer pour un rien. Alors l’origine de tout ça me semble tellement… Logique si tu savais. C’était simplement la base de tout le reste. Ne vas pas croire que c’est ma nature vampirique. Wellan est la preuve que nous ne sommes pas tous pareilles. Welan, Ezechiel, Nick, les frères McIntyre. Ils sont nombreux à être bien plus humain que l’humain en personne. Non, ça n’a rien à voir. Et très franchement, quand on connait mon histoire dans son intégralité, la question, on ne se la pose même pas. Je hais la race humaine et elle en est l’unique responsable. C’est aussi simple que ça.

Non, il n’y avait rien de compliqué là-dedans. L’homme a voulu me tuer alors que je n’avais que treize ans. Et qui m’a sauvé ? Théo. Un vampire. Les premières années j’étais comme lui. Je croyais en l’homme, je croyais en sa bonté. J’avais envie de me dire que ce n’était qu’une erreur. Que si l’homme réagissait comme il le faisait c’était parce qu’il n’avait pas le choix. Tout simplement. Mais il y a eu Burgstag. Le meurtre de Wellan par Callan. Callan. On peut le juger, mais au final mon fils est bien moins hypocrite que tout le reste. Il merde souvent, il est fougueux, ne réfléchis pas, mais depuis toujours il a compris que l’homme ne valait rien. Et c’est lui qui m’a ouvert les yeux sur tout le reste. C’est lui qui m’a aidé à me faire à cette raison. J’ai été bannit à cause de ça, mais pourtant, ce n’était pas moi qui était en tort. C’est une certitude. Des années à me battre, des années à ne pas comprendre, des siècles à essayer de me trouver. Revenant et repartant sans cesse vers mon Sire. Déchiré entre l’humaniste qu’était Théo et le réaliste qu’était Tybalt. Ne sachant jamais vraiment vers qui se trouvait réellement ma place. Et puis, au final. Il y a eu Turkää. La guerre. La bataille de Théo. Lui qui tentait de sauver les hommes, mais les hommes n’ont rien vu. Ils ont tué leur propre protecteur. Le mettant dans le même sac que tous les autres. Je crois qu’à partir de ce moment la haine était déjà bien trop présente pour que je ne change d’avis. Pour que je passe à autre chose. Pour que je sois sauvé. C’était comme ça. Pourtant j’ai tenté, une dernière fois. Dans les années 1700 avec la rencontre de Valentin. La, en Auvergne, revenant sur les terres où j’étais né. Ou j’ai vu le jour. Mais là encore, rien ne s’est passé comme je l’entendais. Et l’homme a voulu me détruire. J’étais amoureux. Amoureux de cet homme. Et je l’ai infanté pour le sauver. C’était égoïste. Pourtant la haine dans son regard je ne l’oublierais jamais. On m’a condamné pour ça. Et là encore, c’est Callan qui est venu me sauver. Alors oui Lahja, aussi incompréhensible que ça l’est… J’assume ma nature. J’assume ce que je suis. Et je crois, que je ne changerais jamais. Parce que je sais que ce n’est pas moi le monstre. Tout simplement.

« Pour être honnête ce n’est pas nature qui joue sur la chose. Ca n’a même rien à voir. Si je regrette ? Non, je ne regrette rien. Regardes le monde autour de toi Lahja et dis-moi qui est le plus perfide de tous ici. L’homme est loin d’être aussi bon que tu ne le crois. Crois-moi, j’ai suffisamment traversé les âges pour savoir de quoi je parle. La seule chose que je regrette c’est… »

Je me suis arrêté, venant me frotter les yeux comme pour me remettre les idées en place. Les seuls regrets que j’avais vraiment restait la mort de Théo. Parfois mon Sire me manquait encore. Théo, et la perte de Wellan. Cette sensation constante de n’avoir jamais cessé de le trahir. Si je venais à le perdre, je crois que je ne m’en remettrais pas. Je crois même que ça causerait ma propre perte. River Crow n’était pas une erreur, pas à mes yeux. La seule erreur que j’ai commise fut la façon dont j’ai pu la gouverner. Aveuglé par la haine que je ressentais pour le genre humain. Complétement absorbé par cette volonté de tout détruire, d’anéantir tous ces primates qui ont pu me faire du mal à travers les siècles. Aidé de Balian, je me suis positionné sur ses méthodes à lui. Des méthodes radicales, des méthodes complétement moyenâgeuses. J’ai sans doute eu tort oui, d’écouter mon ami, d’écouter cette haine qui n’a fait que me consumer encore et encore, d’avantage alors que les années s’écoulaient devant moi. Il y a eu des trahisons qui ont pu me laisser enfermé dans cet engrenage. Celle de Saor en particulier, qui a causé le départ de Callan. Callan, un regret de plus. J’aimerais retrouver mon infant, lui dire que je suis désolé, mais le pensé hors de ces murs c’est bien tout ce que je lui souhaite et ne pas le revoir me fait penser que c’est le cas. Mon état s’aggrave de nuit en nuit, et j’espère que s’il était vraiment ici il serait venu me voir. Ou pas. Je sais qu’il m’en veut terriblement pour cette histoire. Les gens me craignaient, sans doute de trop, mais pourtant, ça n’a pas empêché les coups de poignards que l’on a pu me donner. Juste là, dans le dos, histoire que je ne puisse avoir aucune chance de riposter. Ca fait mal d’y repenser. Et au final, les seuls regrets que je peux avoir sont bien minces.

« Peu importe. Je suis ce que je suis c’est tout. Et crois-moi, si tu avais traversé tout ce que moi j’ai traversé ta vision des choses ne serait sans doute pas la même. Je viens d’un temps ancien, là où ma mentalité était tellement… Différente. Je suis ce que je suis, j’ai fait des erreurs, mais pas que. Enfin bref. Tu remercieras Aindreas pour moi quand tu le reverras. Il ne passera jamais au-dessus nos différents non. Et tu sais quoi, j’ai toujours dit que si un jour je devais mourir ça serait très certainement de sa main à lui. Mais on ne peut pas lui en vouloir. Ce n’est pas lui le méchant de l’histoire, et pour être tout à fait honnête avec toi, je l’admire. Ca a toujours été le cas, même à l’époque ou River Crow tenait encore debout. »

Aindreas, si je faisais l’éloge de cet homme, c’était très certainement le cas. Mais je connaissais sa valeur, et je sais, que jamais cet homme ne sera un homme mauvais. C’était moi le méchant de l’histoire, et non pas l’inverse. Ne te laisses pas submergée par tes émotions Lahja. Jamais.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach



March of Mephisto
I am the thorn in your side that seeks accomplishment reminding the mortal of death. I am the spore of your pride, an angel heaven sent. The master of all. You know just who I am. Don't be so distant, cause when you're lost, I am solely there to share your grief. Wailing for your sorrow is only my way to comfort you. Reminders of innocent youth, waiting for morrow. You're lonely. I name your solitude, I speak the truth.
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