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De la main de Killian K. McGrath signé le Dim 12 Nov - 22:35

The World will Not

J’ai demandé à Wellan où précisément je pourrais te trouver. Tu es parti, avant les bombardements, et je ne t’ai jamais revu. Si, je t’ai aperçu, de loin, lors de la Coalition, mais je n’en ai pas fait partie alors nous n’avons même pas échangé. Je ne sais même pas si tu as su que j’étais dans les parages. Tu étais notre superviseur, pour ne pas dire notre chef, et tu es parti du jour au lendemain, à l’instar de la Fondation qui s’est désagrégée en moins de temps qu’il ne faut pour le prononcer. Voilà un an que la coalition a été signée par la majorité des peuples habitant sur cette île, et voilà un an que pratiquement aucun d’entre nous ne t’a revu. Tu te perds sur tes terres, avec ton nouveau peuple, tes nouvelles responsabilités… Mais est-ce si compliqué que cela de nous rendre visite, ne serait-ce qu’une journée, pour prouver que tu n’as pas mis une croix sur ton passé, que tu ne nous as pas oubliés. Si ce n’est pas pour moi, au moins pour Scott ? Tu ne t’en rends peut-être pas – encore – compte, mais tes actes ont été blessants, As’. Tu es parti sans même te retourner, comme si nous ne signifions rien pour toi. Toutes ces années que j’ai passé à la Fondation – et tu sais que c’est la majeure partie de ma vie –, ces années où j’ai nourri une grande admiration à ton égard, et même plus que cela, une confiance aveugle, une amitié solide… Tout ça, tu l’as gâché. Abandonner des charges, ce n’est pas le pire ; le pire, c’est que tu as abandonné des proches. Des alliés… même de la famille ! Mais qui sommes-nous donc à tes yeux ? Je me le demande. Et pourtant, je refuse de croire que tu nous as simplement tourné le dos, lâchement, égoïstement. J’espère pour toi que tu as de bonnes excuses.

Avec Jayden, on a émis l’hypothèse que le sang des lycanthropes pourrait avoir des propriétés curatives face au virus qui ronge les vampires de l’intérieur. Vu que les cellules des vampires ne se régénèrent plus à cause de K-089, et que vous, vous disposez d’une régénération cellulaire tout à fait phénoménale, il en va de soi qu’étudier votre sang pourrait aboutir à des découvertes exceptionnelles, même s’il ne s’agit pas du virus. À mon avis, votre sang ne sera pas capable de soigner un vampire. Non, car la dégénérescence cellulaire des vampires n’est qu’un symptôme du virus. Mais il pourrait très bien ralentir les effets dévastateurs de cette vermine d’être acellulaire, ce qui serait déjà une avancée considérable puisque pour l’instant, nos recherches n’ont rien donné de véritablement concret. Oui, vos dons de régénération accélérée pourraient vraiment nous aider… Enfin, aider les vampires, dans ce cas précis. Et aider les êtres humains par la suite, probablement. En ce qui concerne le virus… Il faudrait parvenir à identifier ce qui pourrait le détruire directement à la racine. Comme un désherbant.

D’ailleurs, en parlant d’herbes, la nature, ici, à Moycullen Bogs, est dense et sauvage. Le chemin que j’ai emprunté et sinueux et humide, au point que j’ai peur que ma Land Rover Defender Beast de type militaire s’enfonce si profondément dans le sol qu’elle y reste coincée. Mais ce n’est pas un véhicule tout terrain pour rien, non ? Au moins, vu la vitesse à laquelle je suis obligé de rouler, les petits oiseaux blancs qui s’abreuvent dans les nombreuses flaques sur le chemin boueux ont le temps de m’entendre arriver et de s’envoler rapidement en sifflotant, annonçant ma présence à tout être vivant dans le périmètre.

Je m’arrête à l’orée d’un petit bois. J’ignore l’emplacement exact de tes quartiers, alors au lieu de venir moi-même défoncer ta porte d’entrée, je vais te laisser venir jusqu’à moi. Ce sera bien plus simple, non ? Alors je sors de mon énorme véhicule et je grimpe sur son toit, déployant mon fusil de précision avec une lunette démesurée pour me permettre de, peut-être, te voir arriver. Oui, en effet, tu vas venir jusqu’à moi. Ma présence n’est assurément pas passées inaperçue, et je me suis même appliqué à faire le plus de bruit possible, d’abord en choisissant un véhicule de grande envergure avec des haut-parleurs surdimensionnés, qui ont diffusés tout le long de mon trajet une douce mélodie comme nous les aimons.

Je m’allonge, sur le ventre, au sommet de mon véhicule, après y avoir déposé un pack de bières tièdes, je retourne ma casquette et je glisse mon œil dans la lunette, fixant le vaste horizon. Il fait encore clair, même si d’épais nuages couvrent le ciel. Ce doit être la fin de matinée… L’air est encore humide mais commence à gentiment se réchauffer. Peut-être aurons-nous le droit à quelques rayons de soleil… Ou à quelques gouttes torrentielles de pluie.

Allez, viens, As’… Je sais que tu n’es pas très loin.

ΩLΞΛΝDRΞ



Hypocritical, egotistical, I don't wanna be the parenthetical, hypothetical, working onto something that I'm proud of, out of the box, an epoxy to the world and the vision we've lost. I'm an apostrophe, I'm just a symbol to remind you that there's more to see, I'm just a product of the system, a catastrophe, and yet a masterpiece, and yet I'm half-diseased, and when I am deceased, at least I go down to the grave and die happily, leave the body of my soul to be a part of me. I do what it takes…
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De la main de Aindreas An'Sionnach signé le Dim 3 Déc - 8:25
Never Forget what you are
- Aindreas An'Sionnach & Killian McGrath -





J’étais partie. Non pas comme un lâche, non pas comme un faible. J’avais pris le choix de partir, de m’enfuir sans même dire au revoir. C’était fait. Un pansement arraché d’un coup sec, sans regret, sans se poser de questions, sans réagir aux conséquences d’une éventuelle infection. Toute ma vie je me suis senti incomplet. Toute ma vie je l’ai passé à chercher cette petite chose qui me manquait. Et maintenant, désormais, je sais pourquoi. Je suis devenu l’homme que je suis. Prenant le choix d’oublier mon passé, un passé remplis de torture, remplis d’horreur. Un passé qui fait mal. Ca avait eu un prix. Oui. Le prix de vous voir me haïr. Le prix de vous sentir trahis. Oui, j’ai laissé brûler River Crow. Par égoïsme. Pour avoir le plaisir d’observer cet enfer partir en fumée. Si j’avais su ce qui nous attendait, peut-être que je n’aurais pas été aussi con, peut-être que mes choix auraient été différents, peut-être que j’aurais pris les armes, pour la énième fois à vos côtés. Mais je n’ai rien fait. Non. J’ai simplement… Regardé cette ville de merde se faire absorber par les flammes. Par des êtres bien plus forts qu’elle. J’ai jouis de la chute de Léandre sans même me souciais de ce qui adviendrait de nous, de vous tous. River Crow m’avait formé. Mais River Crow m’avait tout pris. Et connaitre la vérité m’avait rendu haineux, rageur, en colère. Tout un mélange de sentiments négatifs qui s’étaient décuplés avec la transformation. Vous ne pouvez pas comprendre. Non. Toi, Scott, Amarok, peu importe qui vous êtes, vous ne pouvez pas comprendre. Et c’est plus facile. Plus facile de vous voir me haïr, tout simplement.

Qu’est-ce que je devrais te dire ? Que je suis désolé alors que je ne le suis pas ? Que je m’en veux alors que ce n’est pas le cas ? Réfléchis bien Killy. Réfléchis à ce que tu as pu ressentir quand tu as découvert l’existence de ton frère. Une existence qui t’avais été caché, volé par McGuinness. Souviens-toi de cette haine, de cette rage, de cette colère. Celle qui t’as fait faire n’importe quoi, même risquer ta vie, pour aller le sauver. Toi aussi tu nous avais tous mis en péril en nous cachant ce que tu allais faire pour le sortir de là ! Toi aussi t’as pris des risques. Mais jamais, non jamais qui que ce soit ne te l’avais reproché. Parce que c’était ta famille. Ton sang. Alors si, peut-être bien que sur l’ensemble tu peux être le seul à hypothétiquement me comprendre. Mais à quoi ça servirait ? Absolument à rien et tu le sais. Scott m’en veut, c’est légitime. Vous m’en voulez, comment vous le reprocher ? Mais maintenant faut avancer. On ne vit plus sur les mêmes terres, on ne vit plus au sein d’un même peuple, on n’appartient même plus à la même race. Je suis enfin celui que je suis sensé être. Alors tu crois vraiment que j’ai envie de me souvenir ? Que j’ai envie de revenir celui que j’étais ? Tu te trompes Killian. Si je pense à vous ? Tous les jours à vrai dire. J’ai gardé cette photo de groupe que nous avions pris avant l’assaut chez McGuinness. Cette fameuse nuit ou j’ai perdu la femme que j’aimais, cette fameuse nuit où j’ai littéralement perdu le contrôle. Oui je l’ai encore.

Je l’ai encore parce que non, je n’ai pas envie d’oublier. Non, je ne veux pas tirer un trait sur tout ce que nous avons vécu. Ca fait partie de ma vie, de mon ADN, de ce que je suis. Mais ça fait mal putain ! Ca fait mal de comprendre que j’ai passé ma vie entière à vivre en me pensant seul alors que ma famille était juste là, dehors, à l’extérieur des murailles de la ville, à m’attendre. A attendre que quelqu’un m’explique enfin. Mais c’est pas à vous que j’en veux. Non. C’est pas à vous. J’en veux à celui qui a été notre meneur. A celui qui nous a tous sauvé étant gosse. Wellan. J’ignore pourquoi, mais je sais, je sens, qu’il était au courant. Et il ne m’a rien dit. McGuinness savait. Et si McGuinness savait, son frère aussi. C’est une suite logique. Alors j’ai peut-être tort, j’en sais rien, mais tu sais combien je suis con et borné quand je veux. Et le seul qui pourrait m’expliquer, qui pourrait me dire les choses c’est lui. Mais non, je n’ai pas envie de l’affronter. Tu étais là le jour de la coalition. Je n’ai pas eu le cran de venir te voir. Encore moins après avoir reçue le poing de Scott dans la gueule. Encore moins après avoir lu la déception sur son visage. Une déception qui devait être la tienne. Mais tu as vu. Tu as vu que pas une seule fois je ne l’ai regardé. Que pas une seule fois je ne l’ai affronté. J’ai prononcé mon choix, mon verdict en ne regardant que ces gens que je ne connaissais pas. Les sorciers. Tu peux me penser lâche. Mais non, ce n’est pas la lâcheté. Ca faisait mal putain. Mal de vous voir là, avec toute cette colère dans vos yeux. Et j’ai compris. J’ai compris que je vous avais perdu. Que j’avais grave merdé sur ce coup. Mais je n’assumais pas. Non. Je n’assumais pas. Que dalle.

Je sais que je te dois des explications. Je sais que je te dois des excuses. Mais tu sais comment je suis. Tu sais comment je fonctionne. Alors je suis resté là comme un con, te regardant, toi, allongé sur le ventre sur le toit de ta caisse, me cherchant sans doute. Silencieusement j’avais donné l’ordre à tous de nos pas bouger. Si ca n’avait pas été toi tu serais déjà mort. C’était pas très malin de dégainer en plein territoire lycans tu sais. Encore plus la veille de pleine lune. Mais je te connaissais Killian. Je te connaissais et je savais que tu n’étais pas là pour nous faire du mal. Sans bruit, dans une souplesse presque féline, j’ai grimpé sur ce toit, restant là, au-dessus de toi, dégainant mon propre flingue pour te le planter en direction de ta tête. Si je te menaçais ? Non, loin de là, ne te méprends pas. L’eau avait coulé sous les ponts depuis ce soir de la coalition. Je n’étais pas venu vous voir. Pas une seule fois. Pourtant c’est pas faute d’avoir essayé. Eireen m’a souvent dit que j’étais trop con de ne rien faire. Vous étiez mes potes, ma famille, mes alliés, et oui, je vous ai laissé tomber. C’était une erreur. Mais franchement, même avec l’aide des loups River Crow ne s’en serait pas sortie. Les pertes auraient été plus conséquentes. J’ai dû faire un choix, et aussi dure soit-il, je l’ai fait. C’est tout. Tu es intelligent Killian, je sais que tu peux comprendre ça.

« Tu comptes faire quoi avec ça McGrath ? T’as jamais été un très bon tireur si mes souvenirs sont bons. Y’a des enfants ici, à ta place je ne prendrais pas ce risque. »

En te parlant j’ai désamorcé la sécurité de mon flingue, plus pour m’amuser que pour te faire peur. Attrapant une bière dans le pack qui se trouvait à côté de toi, la décapsulant avec mes dents pour en boire une bonne gorgée. C’était tiède. Mais ça ne m’étonnait pas de toi. Malgré ton cerveau t’avais toujours été un homme a l’arrache, et j’en sais rien, t’avais une salle gueule Killian. Encore pire qu’à cette époque om tu t’enfermais des jours entiers dans ton antre. T’avais la gueule d’un junky qui ne dormais jamais et qui picolait trop. Qu’est-ce que t’étais arrivé sérieux ? Je pourrais très bien te poser la question, mais je savais que c’était pas bien venu. Pas après ce que j’avais fait. Non. Je crois que je n’avais pas le droit de m’intéresser à toi en fait. Alors j’ai rengainé mon arme, tout simplement, venant m’assoir sur le toit de ta caisse, faisant comprendre à mes gars que je gérais la situation et qu’il n’y avait aucun risque.

« Qu’est-ce que tu viens foutre ici Killian ? Armé en plus. T’aurais simplement pus frapper t’sais. Ma maison c’est celle qui est juste en face, là-bas. T’as vu le grand luxe, je passe d’un 9m² à un 36. Qu’est-ce que t’amène ? Je suppose que t’es pas là pour une visite de courtoisie ? »

Je suppose, après tout j’en sais rien. Mais après toutes ces années sans se parler oui, j’imagine que tu ne t’ai pas levé ce matin en te disant « tiens et si j’allais partager une bière avec mon vieux pote As l’enculé qui nous a planté. » Scott m’en voulait à mort et je n’avais même pas le cran de venir l’affronter. Alors je sais, je sentais que toi aussi tu m’en voulais. Et après tout, comment te le reprocher ? J’avais merdé avec vous, c’était comme ça. Mais je ne pouvais plus revenir en arrière. Non, ça ne je pouvais plus. Et crois-moi mon pote, ça me faisait chier. Cette situation me faisait chier. Mais tu vois, j’avais toujours été mauvais pour les rapports humains. Et je crois pas que les choses se soit arrangé avec le temps.  Point barre.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach



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De la main de Killian K. McGrath signé le Sam 13 Jan - 16:54

The World will Not

Je crois que je suis prêt à franchir ce petit pas, non pas le moindre, qui me permettrait de me libérer de cette rancœur, de cette colère, que je nourris à ton égard. Le temps a fait son travail, lentement certes, mais maintenant que je t’ai sous les yeux, je me rends compte que ces petits conflits puérils ne nous mèneraient nulle part. Peu importe les choix que tu as fait, qu’ils soient bons ou mauvais, ils appartiennent au passé et ce ne serait qu’une immense perte de temps que d’y chercher la petite bête alors que d’autres problèmes de loin plus importants et plus inquiétants nous ont envahis. Tullamore. L’anarchie. Le virus. Les nouveaux piliers de nos vies, qu’on s’acharne à vouloir briser. Et je n’en ai que faire, de ton désire de vouloir te terrer au milieu de la flore irlandaise avec tes nouveaux potes les canidés, on a besoin de toi pour nous battre contre ce nouveau fléau qui nous submerge… et l’As que je connais s’est toujours battu pour ses convictions, pour protéger son peuple… et quel que soit ce peuple que tu prends pour le tien, aujourd’hui, je veux que tu te battes pour lui.

Je me retourne pour te faire face, le dos à présent collé contre le toit de mon véhicule. L’ombre malicieuse d’un sourire plane sur mes lèvres. Je ne le nie pas, revoir ta tête de con me fait plaisir. J’attrape mon fusil de précision et le fait tourner entre mes mains pour le pointer en plein sur ton front.

« Ravi de revoir ta sale gueule aussi, vieux fou. » Tu pointes un flingue contre moi, toi aussi, mais bam, je suis le premier à appuyer sur la détente. Le seul bruit, cependant, qui fait vibrer l’air est celui du petit cliquetis creux indiquant l’absence de munition dans mon chargeur. T’as eu peur, hein ? Avoue, As’, t’as eu les chocottes. « C’est pas mon genre de prendre le risque de blesser des gens, As. Tu me connais. Même si je dois t’avouer que depuis le temps, j’ai fait des progrès en tir… sans atteindre ton niveau, t’inquiète. » J’enlève le chargeur de mon arme, attrape une bière et en fais sauter la capsule avec ledit chargeur tout en me redressant. « J’avais juste besoin de la lunette. », je fais, en te balançant le chargeur vide. « Ma vue est bonne, mais probablement pas aussi fine que l’est la tienne. »

Bon tireur, non, tu as raison, je ne l’ai jamais réellement été, quoiqu’avec un flingue de précision je ne me débrouille pas trop mal. Tu devrais voir également les progrès que j’ai fait au combat corps à corps grâce à Scott… Mais bref, nous ne sommes pas vraiment là pour nous battre ou nous tirer dessus jusqu’à ce que le corps de l’un de nous deux s’écrase sur le sol. Non ? Même si l’envie de t’en coller une bien placée me démange, j’essaie de me concentrer sur l’effet que ma bière tiède me fait en serpentant sur les parois de mon œsophage. Pourquoi je viens ici armé ? As, cette question m’étonne de toi. Même à Riverdall, même ici avec tes toutous de garde, même chez les vampires, personne n’est jamais en sécurité. Et moi encore moins puisque je m’attaque directement à Tullamore en essayant d’infiltrer leur système informatique. Même si j’en ai ras le bol d’essayer de démanteler cette guerre silencieuse qui nous entoure, j’y arriverais, un jour. J’ai abattu l’un de leur drone et je l’étudie en espérant pouvoir enfin leur rendre la tâche plus difficile en faisant griller leur système. J’en suis encore loin, vraiment loin… Mais ce genre d’activités, j’en suis conscient, me met en danger, où que j’aille. Je prends le risque de devenir l’arroseur arrosé. Peut-être que Tullamore sait qui je suis, peut-être qu’ils ont déjà lancé l’ordre de me tuer, ou de me capturer. Qui sait ? Vu mon état psychologique, je ne suis pas à l’abri de faire une erreur qui me coûterait la vie.

« Je doute que ta garde personnelle m’aurait laissé approcher ta porte d’entrée, As. » Je balaie l’horizon herbacé du regard. Je ne les vois pas, mais je sais qu’ils sont là, dissimulés quelque part derrière les graminées flavescentes. « Ce serait si étonnant de ma part que je vienne simplement pour voir ta belle bouille et siroter cette pisse de bière comme au bon vieux temps ? » Allez, As’, même venant de ma part ? Tu sais que je ne suis pas aussi rancunier que Scott et tu sais que je n’ai pas son sang-chaud. Mais même, ça te serait très étonnant tout de même, n’est-ce pas ? Et tu as complètement raison de le penser.

Tu me montres cette cabane que tu appelles maison. Le grand luxe ? Ironique. Tous les deux, nous n’avons jamais vraiment vécu dans des grands espaces, à la Fondation. Entre ta micro-chambre et l’antre qu’était le bureau dans lequel je passais mes journées entières. « Et toutes cette verdure, autour, c’est pas ta maison, aussi ? Monsieur l’Alpha en chef. » J’arque un sourcil en te taquinant. Tu vois, As, je suis prêt à ne plus t’en vouloir et même à faire ressortir mon humour douteux.

« Une visite de courtoisie… T’as raison, As’, ma visite n’est probablement pas très courtoise… quoique, tu en serais peut-être étonné. » Elle l’est à moitié, à vrai dire. J’aurais pu laisser Wellan venir lui-même ou envoyer quelqu’un pour venir te parler à ma place… Mais quand j’ai entendu qu’il voulait te demander de venir à Belfast, j’ai trouvé là la bonne occasion qui me ferait venir à toi, étant donné que je ressentais tout de même l’envie de te revoir. « Je dois l’avouer, j’avais envie de te revoir, c’est aussi pour ça que je suis venu, puisque mes espoirs que ce soit toi qui viennes vers nous semblent être complètement absurdes. » C’est vrai. Tu ne serais jamais venu nous voir, Scott, Amarok, moi, et les autres, je me trompe ? « Ce qui m’a donné la bonne raison de venir aujourd’hui, c’est le virus, dont tu connais sûrement l’existence. Wellan voulait te contacter pour que tu viennes à Belfast. »

Quand Wellan veut quelque chose, d’une part il l’obtient en général, mais de l’autre, surtout, c’est qu’une véritable bonne raison se cache derrière. C’est pourquoi le fait que j’implique Wellan devrait te faire comprendre que je ne suis pas venu pour rien et que si tu acceptes de revenir avec moi jusqu’à Belfast, ce n’est pas sans raison. Je m’assieds correctement en face de toi et plante mon regard en mydriase mais perçant dans tes globes lupins.

« Je travaille à Belfast avec les vampires pour trouver un remède à ce putain de virus. » Il ne m’arrive pas souvent de jurer, mais ce virus plante des millions d’aiguilles dans mon crâne, si bien que j’en viens parfois à le mépriser comme un ennemi. J’essaie d’être sérieux, en parlant, mais je sens déjà ta dubitation quant au fait que je travaille avec les vampires pour sauver les vampires. Et parmi eux, le vampire qu’on adore, tous les deux. Et ça me fait rire jaune. « As’… tu dois comprendre que je ne le fais pas pour sauver McGuinness ; au contraire, le jour où il cessera de vivre marquera le début d’une nouvelle vie pour nous. Mais Wellan me l’a demandé – T’imagines si lui crève ? On sera dans une de ces merdes… » Je ne sais pas ce qu’il fout, je ne sais pas où il est passé depuis qu’il m’a demandé de venir ici, mais je sais qu’on est foutu sans lui, qu’on le veuille ou non. « Et d’autres vampires souffrent… ils ne sont pas tous comme lui. Et je n’ai juste pas envie de laisser Tullamore nous atteindre aussi facilement et aussi gratuitement. » Nous, les prisonniers de l’Irlande. C’est vraiment injuste. Et l’injustice, je ne la supporte pas. Mais je m’égare.

« On a de très bonnes raisons de penser que vous, les lycanthropes, pourriez jouer un rôle important pour contrer le virus. Votre mécanisme de régénération cellulaire est bien plus développé que celui des humains et pourrait constituer une aide précieuse pour les vampires… » Une lueur s’illumine dans mon regard chaque fois que mon cerveau replonge dans des pensées scientifiques et se concentre sur les recherches. C’est peut-être ce à quoi il aspire, tout simplement, ou alors un moyen de faire taire tout le reste. « J’aurais besoin de toi, As’… Pour m’aider, nous aider à confirmer nos hypothèses… nous aider à trouver un remède et avoir une chance de riposter contre Tullamore… ». Mon visage s’éveille et s’extirpe du brouillard qui l’habite constamment, et je te regarde. « Viens à Belfast avec moi, As’. »

Ta réponse me fait craindre le pire. Mais il fallait bien que je commence quelque part.


NERION



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