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Quand le soleil rencontre la tempête [Feat Lahja]

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De la main de Tamara Bergson signé le Dim 3 Déc - 18:02
C'était encore une de ces nuits de service, où Tamara prenait son poste au château de Belfast. Elle n'était pas dans le bâtiment depuis bien longtemps, venant tout juste d'arriver en compagnie de Marvin, Warren et Harold. Romio, le chien de Tamara, faisait également partit du voyage, sa maîtresse ne le laissant jamais seul dans l'habitation où ils avaient tous prit place, de peur que l'animal ne s'ennuie, ou pire, qu'il prenne la poudre d'escampette pendant que tout le monde bossait.

Ça n'avait été qu'après quelques ronchonnements de Warren que Tamara et ses acolytes avaient pu décoller pour partir en direction du château de Belfast. Ce n'était pas très loin à pied, à peine quelques rues à traverser. Une sacrée chance en soi, tout le monde n'avait pas l'opportunité de pouvoir accéder à ce genre d'endroit à peine sorti de chez lui. La petite famille (parce que Marvin était comme un membre de la famille) était donc bien vite arrivée à destination, passant les grandes portes du château de Belfast. Leur lieu de travail depuis qu'ils étaient arrivés ici, et si on leur avait dit ça un jour, ils n'y auraient peut-être pas cru. Et pourtant, voilà deux ans que chacun exerçait entre ses murs, qui, autrefois, devaient avoir une toute autre fonction que celle qu'on lui prêtait aujourd'hui. Un hôpital, peut être le seul encore en état à des kilomètres à la ronde. Enfin, du moins, c'est ce qu'ils avaient entendu dire.

Le premier à prendre son poste avait été Harold, qui travaillait en temps que réceptionniste de l’hôpital. Warren avait monté l'escalier quelques instants avec les deux autres avant de prendre un couloir adjacent pour rejoindre ses collègues brancardiers. Tamara et Marvin s'étaient, quant à eux, rendus à leur poste respectif, enfilant leurs blouses d'infirmiers avant de reprendre les dossiers dont ils étaient en charge. Claquant une bise rapide sur la joue de son Sire, la brune s'était rendue dans la chambre de son premier patient de la nuit : un jeune vampire qui avait eu le malheur de se battre la veille avec une goule, pour en ressortir plus blessé qu'autre chose. 

« Hello l'ami, comment tu vas aujourd'hui ? »

Posant sa question, la demoiselle était entrée dans la chambre en regardant les dernières notes du dossier. Puis, relevant la tête, force fut pour elle de constater que son patient avait changé de tête, la faisant se stopper dans son élan. Alors, à moins que le jeune homme de la veille ne soit finalement un polymorphe, quelque chose clochait. Une minute d'immobilisation plus tard, et la brune avait repris la parole, un air d'incompréhension dans la voix :

« Toi, t'est pas mon patient. À tout hasard, tu ne saurais pas où on a mis le gars qui était dans cette chambre avant toi ? »

La jeune femme présente dans la chambre, une rousse aux yeux noirs qui ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans, avait réfléchit quelques instants, avant de répondre de sa voix fluette :

« Je crois qu'ils l'ont déplacé dans la chambre au bout du couloir, en face de la buanderie. Je suis désolé, je viens d'arriver cet après-midi. »

« Merci bien ma p'tite dame. » Avait alors répondu la vampire en fermant la porte derrière elle.

Soufflant d’exaspération en lâchant un « Et merde » d'ennui, Tamara n'avait donc d'autre choix que de se rendre dans la nouvelle chambre de son premier patient de la nuit. Son molosse, qui était à ses côtés depuis le début, la suivait sans la quitter une seconde, sans même que sa maîtresse n'ait besoin de le tenir en laisse. Cela amusait la brune qui eut un sourire vers l'animal, s'adressant à lui pour s'occuper un peu le temps du trajet.

« Tu vas trouver ça délirant Romio, mais il y a des nuits, comme maintenant, où je hais les changements de dernières minutes. Oui, je sais, je suis paradoxale. »

L'Anglaise n'avait reçu qu'un aboiement pour toute réponse, son regard se posant sur son animal de compagnie. Ne regardant donc pas où elle marchait, elle percuta quelqu'un qui allait en sens inverse. Ne s'attendant pas vraiment à rentrer en collision avec quelqu'un, la demoiselle se retrouvait les fesses par terre, cassant au passage un vase en tentant de se rattraper. Se permettant quelques secondes pour réaliser ce qui venait de se passer, elle s'était finalement relevée à toute vitesse, avant de s'adresser à sa nouvelle interlocutrice.

« S'cuse moi, je t'ai pas fait trop mal ? »

Avec sa force vampirique, on était jamais sûr de rien, surtout que la blonde ne devais pas s'attendre non plus à cette rencontre pour le moins fracassante. Son patient pouvait bien attendre, il n'était pas en danger de mort. Remarquant les dégâts qu'elle venait de causer, alors que son chien reniflait les morceaux de verre brisés, la vampire écarta l'animal pour ne pas qu'il se fasse mal.

« Fais chier. T'approches pas Romio, tu vas te couper et j'aimerai t'éviter une blessure inutile. »

Et alors que la brune commençait à ramasser les morceaux de vase, le Dogue des Canaries s'était approché de la blonde qu'il reniflait en guise de salutation. Remarquant du coin de l'oeil ce que faisait l'animal, Tamara s'adressa à la jeune femme.

« S'il t'embête, tu peux l'écarter un peu, il est pas méchant. »





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De la main de Lahja Vehviläinen signé le Mer 20 Déc - 18:48

Le soleil et la tempête
Tamara & Lahja

«When so many are lonely as seem to be lonely, it would be inexcusably selfish to be lonely alone. »
La nuit était devenue le moment de la journée où son activité était amplifiée. Vivant à l'envers, à la cadence des créatures obscures qui peuplaient le nord de l'Irlande, Lahja s'était fondue dans le tempo régissant leur existence. Cela ne la dérangeait pas réellement. En tant que scandinave, la blonde était habituée à la pénombre dû aux longues nuits d'hiver qui envahissaient sa Finlande natale. L'absence de clarté, elle la connaissait sur le bout du cœur et on pourrait presque croire que ça lui convenait parfaitement. Cependant, le calme manquait au château puisque minuit sonnait le point culminant de ses heures de travail. Lahja vagabondait, la plupart du temps, comme un coup de vent dans ces interminables couloirs que la vieille bâtisse possédait. Telle une abeille dans sa ruche, elle vérifiait le moindre détail, s'occupait de ceux qui avaient besoin de ses soins et aidait au besoin certains de ses collègues. Aujourd'hui n'était pas bien différent de la veille. De nouveaux arrivants affluaient, d'anciens chanceux partaient et d'autres attendaient simplement un miracle. Autant dire qu'il lui était presque impossible de s'ennuyer. Elle était sans doute un peu trop dévouée à son poste d'ailleurs. Lahja n'avait, pour ainsi dire, aucune vie sociale. Elle passait son existence à travailler et imbibée d'une inconscience étrange à ce sujet, elle ne semblait pas voir de problème à cela. Les dommages ne se ressentaient qu'à travers son corps humain. Parfois la fatigue ne cessait de lui courir après, faisant d'elle sa cible fétiche mais le surmenage n'effleurait même pas son esprit borné. Avec ses compères, elle cherchait inlassablement une solution au virus à tel point que c'en était pratiquement devenue une obsession. Lahja avait compté trop de morts depuis que l'épidémie était apparue. Son quotidien était peint de visages aujourd'hui absents. Elle se souvenait de ces patients. Impuissante, elle avait dû faire face à leur décès. L'empathie qui enrobait son muscle moteur l'étouffait par moment. Éponge à sentiments, Lahja avait la mauvaise habitude d'absorber la douleur de ceux qui l'entourent, les soulageant alors temporairement d'un poids spirituel destructeur. Pourtant elle n'était pas à plaindre et elle se refusait catégoriquement de le faire. Ce n'était pas elle qui était livrée à l'agonie. Ce n'était pas elle qui sentait son corps s'évanouir dans la douleur et l'inconfort. La sorcière était en santé. Même si elle ne faisait qu'exister, frôlant la véritable vie timidement, son énergie vitale brûlait encore avec passion au creux de sa cage thoracique.

Elle était là, debout, alors que certains de ses proches avaient sombré dans la rivière du Styx. Si c'était de la chance, elle la trouvait bien sarcastique en dépit de la clémence qui en ressortait. Lahja se demandait souvent ce qu'elle avait bien pu avoir de plus pour mériter la vie, pour mériter ces souffles pourtant si imperceptibles face à l'immensité de l'univers. C'était son énigme personnelle, la question sans réponse qui hantait les chimères dansant avec son âme. Lahja aimait croire qu'il s'agissait du destin. Si la subtilité de ses respirations faisait encore écho au néant, c'était peut-être car il lui restait des choses à accomplir en ce monde. Du moins, elle se rassurait ainsi. Elle se motivait à persister grâce au parfum de cette fébrile idée. L'usure la séduisait parfois avec insistance mais toujours brillait en elle ce besoin de surmonter le chaos environnant. Ainsi elle protégeait son humanité et n'oubliait pas les valeurs qu'on lui avait inculqué. Il était donc plus aisé pour elle de s'égarer dans l'acharnement ; toujours en quête de nouvelles formules, toujours en train de perfectionner les potions qu'elle ordonnait à ses patients. La finlandaise s'obligeait à être débordée. Vaquer à l'inutile était presque insultant pour elle. Ce soir donc, après avoir fait le tour de quelques chambres, elle avait prévu de faire quelques expériences pour élaborer des potions plus efficaces. Cela prenait beaucoup de temps et de recherches mais c'était tout ce à quoi rimait sa vie à présent. Tellement qu'elle s'en oubliait complètement, ne parlant aux autres que par nécessité, la solitude pesant de plus en plus sur ses frêles épaules. Il suffisait de voir à quel point elle était peu à l'aise lors de nouvelles rencontres, même si elle parvenait plus ou moins bien à dissimuler son trouble avec la politesse, Lahja n'en restait pas moins troublée. Elle avait perdu l'habitude de la sociabilité... Alors est-ce que s'enfermer dans l'élaboration de soins magiques était une solution à ce problème... ? Non, vraiment, ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait se pencher sur une quelconque amélioration par rapport à sa vie sociale. C'était du moins ce que son esprit continuait à lui imposer inconsciemment alors qu'elle relisait l'une de ses nombreuses listes vérifiant de la sorte qu'elle avait bien tout ce dont elle avait besoin pour sa prochaine mixture ensorcelée. Prêtant peu attention à ce qui se trouvait devant elle, la collision entre son corps et celui d'un autre la ramena brutalement à la réalité. Le choc fit qu'elle s'était retrouvée à terre, tout comme la jeune femme face à elle. Les éclats d'un vase résonnèrent jusqu'à ses tympans alors que les feuilles de son dossier s'étaient quelque peu éparpillées au sol en raison de leur chute.

Dans un premier temps, la blonde s'était redressée pour récolter sa paperasse et la remettre à sa place. L'inconnue s'était déjà relevée, se confondant alors en excuses. Lahja n'a pas tardé à l'imiter, son dossier à nouveau entre les bras. « Non, c'est de ma faute. J'aurais dû regarder devant moi. » dit-elle, avec un sourire gêné. Ensuite, la brune s'était mise à ramasser les morceaux de porcelaine, repoussant légèrement le chien qui l'accompagnait pour ne pas qu'il se blesse. Romio, c'était le prénom que la jeune femme lui avait donné. L'animal s'était approché, la reniflant un peu, comme pour l'identifier. D'une voix calme, sa maîtresse indiqua à la blonde que la bête n'était pas méchante et qu'elle pouvait le repousser si elle en ressentait le besoin mais en vérité, la sorcière appréciait énormément les animaux et de ce fait, elle ne s'est pas privée pour le gratifier de caresses, tentant ainsi de le distraire alors que sa détentrice éloignait les objets coupants. « Romio, c'est pas mal comme nom. » lança-t-elle, observant le chien avec tendresse. Elle en oubliait presque le bleu qui était sans doute en train de se former sur la chair recouvrant son épaule. De par cette force, la blonde en avait déduit que la jeune femme appartenait certainement à la race vampirique. « Je crois qu'on ne s'est pas encore rencontrées toutes les deux. Je suis Lahja et toi, quel est ton prénom ? » osa-t-elle lui demander lorsque l'inconnue revint auprès d'eux.
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De la main de Tamara Bergson signé le Sam 23 Déc - 11:54
Il restait encore quelques feuilles à terres, éparpillées sur le sol dans le fracas de la chute. Les dossiers que Tamara tenait dans ses bras lui avaient échappé sans qu'elle n'y fasse attention, ne s'étant miraculeusement pas mélangés avec ceux que tenait son interlocutrice. Une chance inouïe. Paperasse que la blonde avait déjà ramassée pour sa part, alors que la vampire finissait de ramasser les morceaux de verre brisés au sol.

"Je ne regardais pas vraiment mon chemin non plus. J'aurais pourtant dû pouvoir faire plus attention. À cette heure, il y a encore peu de monde habituellement, et il faut croire que je me suis senti trop en sécurité pour penser que je rentrerais dans quelqu'un. J'ai eu tord."

S'assurant d'avoir pris tous les morceaux de vase qui traînaient par terre, elle s'était relevé pour les poser sur le socle où le vase reposait il y a encore quelques instants. Une sculpture de porcelaine qui devait sans doute être magnifique, avec ses gravures aux courbes fines et ses couleurs aux tons apaisants. Une sculpture maintenant brisée en mille morceaux, tout comme l’âme de la jeune femme qui en avait causé la chute. Et pourtant, peu importe le prix qu'il pouvait coûter, peut importe la valeur à laquelle on l'estimait, Tamara ne ressentait absolument aucun scrupule à son état actuel. Rien, aucune honte à avoir provoqué la fêlure de l'objet, aucun remord à l'idée de se faire engueuler pour cela. C'étaient des choses qui arrivaient. Puis, concrètement, qui aurait intérêt à porter attention à une chose aussi futile dans un contexte aussi chaotique ?

La remarque de la blonde sur le prénom de son chien la fit sourire, dévoilant légèrement ses jolies canines blanches et acérée, alors que l'animal aboyait en signe d'approbation. Il se laissait caresser par la douce main qui trônait au-dessus de sa tête, avant de s'asseoir aux pieds de la jeune sorcière en observant les faits et gestes de sa propriétaire.

« Merci. Je voulais l'appeler Roméo, mais je trouvais ça trop classique, alors j'ai changé une lettre. »

Elle avait voulu un prénom original pour le molosse. Elle se souvenait du jour où elle l'avait trouvé, quelque temps après être arrivé à Belfast. Le pauvre était coincé sous les décombres d'une habitation abandonnée, et avait survécu avec beaucoup de courage. Il était complètement déshydraté, affamé, avec la peau sur les os, son squelette presque entièrement apparent sous sa courte fourrure brune. L'une de ses pattes avait été blessée, et la plaie s'était infectée, dans un mélange de sang, de poussière et de liquide jaunâtre transparent que l'on appelle du pus. Adorant les animaux, et ayant fait des études pour devenir vétérinaire quand elle était plus jeune, Tamara n'avait pas pu se résoudre à laisser l'animal comme ça, livré à lui-même. Alors, elle l'avait sorti des décombres avec l'aide de son frère, et l'avait porté jusqu'à l’hôpital où elle avait pris soin de lui, le nourrissant, lui donnant à boire, soignant sa blessure et lui apportant beaucoup d'attention et de tendresse. Depuis ce jour, Romio ne l'avait plus jamais quitté, protégeant et accompagnant sa maîtresse où qu'elle aille. Il lui arrivait quelques fois d'être un peu taquin avec elle et de la faire courir, mais généralement, il revenant toujours auprès d'elle.

Se baissant pour ramasser ses dossiers en vrac au sol, elle n'eut pas le courage d'y passer trois mille ans, et ne se priva donc pas pour user de sa vitesse vampirique, confirmant sans doute un peu plus l'impression de la jeune femme. De toute façon, elle devait bien se douter que, vu la zone dans laquelle elle se trouvait, il ne lui serait pas rare de croiser des gens de son espèce. Tamara n'avait jamais eu vraiment peur d'avouer ce qu'elle était, elle assumait parfaitement sa condition de créature surnaturelle. Il s'agissait même de la plus belle chose qui lui soit arrivée. Ses dossiers maintenant remis en place, elle les posa sur le premier meuble venu avant d'aller jeté les morceaux de vase dans la poubelle la plus proche. Et alors qu'elle revenait vers son interlocutrice, aux pieds de laquelle se tenait toujours Romio, elle écouta la question de la jeune femme avant d'y répondre. Lahja donc.

« Très joli prénom. » Avait elle d'abord répondu avec un grand sourire, découvrant bien plus ses canines que précédemment. « En effet, je ne me souviens pas que l'on se soit croisé avant. Je m'appelle Tamara. Tu es nouvelle dans le coin ? »

N'ayant jamais croisé le trajet de la blonde, il pouvant sembler normale que la demoiselle s’interroge. Observant plus attentivement la jeune femme en face d'elle, l'Anglaise s'était d'un coup arrêté sur les beaux yeux bleus de Lahja, les contemplant quelques instants avant de lâcher :

« Tu as des yeux sublimes, on te l'a déjà dit ? »

La brune avait posé sa question le plus naturellement du monde, sans même se soucier de savoir si cela allait ou non embarrasser son interlocutrice. Il en avait toujours été ainsi, si elle voulait dire quelque chose, ça sortait, point. Et elle ne voyait pas pourquoi elle se priverait de dire ce qu'elle pensait, trouvant absurde de ne pas oser exprimer librement ce que l'on pensait. Elle ne connaissait ni remords, ni regrets, ce qui devait pas mal aider. Son sourire semblait s'être fait plus carnassier, alors qu'elle restait parfaitement immobile devant la jeune femme aux cheveux d'or. Elle ne ferait rien, admirant juste la demoiselle face à elle. En bonne adepte de la beauté, elle avait simplement jugée utile de donner son avis.





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De la main de Lahja Vehviläinen signé le Mar 16 Jan - 0:10

Le soleil et la tempête
Tamara & Lahja

«When so many are lonely as seem to be lonely, it would be inexcusably selfish to be lonely alone. »
Lahja adorait les animaux, bien plus que les hommes et leur ego impossible. Ils avaient une pureté que tous avaient perdu en apprenant les mœurs d'une société qui ne cessait jamais d'évoluer. Leurs principes n'étaient jamais constants. Versatiles tout comme leurs humeurs et leurs désirs, elle trouvait que les hommes n'étaient pas des créatures fiables. Femme de la nature, elle favorisait l'intérêt authentique de ces êtres qui ne possédaient pas la parole, cherchant davantage leur compagnie plutôt que celles de sa propre race. La finlandaise n'était guère douée pour les échanges verbaux. Pourtant loin d'être maladroite, ils avaient simplement tendance à la rendre mal à l'aise. Il était rare qu'on vienne lui parler sans avoir quelque chose derrière la tête et bien que par la force des choses, elle avait dû apprendre à faire avec, elle mentirait si elle disait qu'elle trouvait le phénomène plaisant. Pourtant cette collision soudaine la sortait sans prévenir de sa zone de confort. La jeune femme était quelque peu embarrassée par ce qu'il venait de se passer. Premièrement, elle avait fait tomber une parfaite inconnue et deuxièmement, cela avait eu comme conséquence de briser un vase en porcelaine qui coûtait certainement bien plus cher que la tenue qu'elle portait actuellement. Si elle se sentait concernée par leur petit accident, ça ne semblait pas être le cas de la belle brune qui se tenait devant elle. Sa nonchalance lui donnait presque envie d'être aussi libérée que son interlocutrice l'était mais la réalité était toujours bien différente de ce que l'on désirait silencieusement. Malgré cette indifférence flagrante portée au vase fracassé, elle semblait plus attentive à ce qu'il était advenu de la blonde car elle persistait à expliquer la mégarde dont elles avaient toutes les deux fait preuve au final. Ses papiers une fois récupérés, l'attention de la grande scandinave s'est naturellement dirigée vers le bel animal qui accompagnait l'inconnue. C'était un chien imposant que beaucoup auraient craint sans doute mais pas Lahja, probablement car elle avait toujours eu un bon feeling avec ces derniers. Et puis elle n'avait aucune raison de s'inquiéter, sa propriétaire venant de l'informer qu'il n'était pas méchant. Lahja prit donc la décision de lui faire confiance et se mit à caresser l'animal avec affection et un peu d'émerveillement. Son nouvel ami inopiné se prénommait Romio et elle ne put s'empêcher de complimenter la belle brune sur le prénom qu'elle avait décidé de lui donner car elle ne l'avait jamais entendu jusqu'à cette rencontre imprévue.

« Tu as bien fait, ça souligne sa propre singularité et il le mérite bien. » dit-elle observant la jeune femme ramasser à une vitesse fulgurante les quelques feuilles éparpillées qui étaient tombées au sol. Parfois elle enviait les vampires de ces facultés si pratiques qu'ils possédaient mais cette envie disparaissait vite lorsqu'elle se rappelait qu'ils ne pouvaient se passer de sang humain pour vivre pleinement et convenablement. En d'autres termes, pour Lahja qui était végétalienne, ça aurait été un drame monstrueux. Cela n'empêchait pas qu'elle apprenait à connaître les créatures particulières de ce peuple si sombre. Dire qu'elle n'était pas intriguée par eux et ce qu'ils dégageaient naturellement aurait été un euphémisme. Elle s'était même surprise à aimer la compagnie de certains d'entre eux et qui sait, peut-être que ce sera aussi le cas de Tamara. Elle venait tout juste d'apprendre le prénom de son interlocutrice après lui avoir posé la question, souriant un peu timidement lorsque la jeune femme la complimentait sur le sien. Les compliments étaient bien une chose qu'elle ne connaissait que très peu, d'autant plus dans un environnement aussi électrique que celui dans lequel elle évoluait depuis ces deux dernières années. Elle était passée par bien des phases mais on ne peut pas dire que l'attention ou la douceur en faisaient partie. C'était rare et la méfiance qu'elle avait naturellement développé après ce qu'elle avait subi aux côtés du chef-surveillant des gardes de Tullamore, elle peinait à diminuer la méfiance qui la gangrenait toute entière. Pourtant la jolie brune n'avait pas l'air foncièrement mauvaise, à première vue mais les apparences étaient parfois trompeuses, n'est-ce pas ? Elle lui demandait ensuite si cela faisait longtemps qu'elle était dans le coin et c'était une très bonne question car elle avait perdu le fil depuis quelques temps déjà.

« Merci, c'est gentil. » commença-t-elle avant de prendre une mine plus pensive. « Et puis pour te répondre, non, je ne suis pas vraiment ce qu'on pourrait appeler nouvelle. » Même si c'était absolument relatif d'un point de vue à l'autre. Qu'est-ce que « nouvelle » pouvait bien vouloir dire lorsqu'on vit dans cet enfer depuis deux ans ? « Je suis l'infirmière de Léandre McGuinness depuis le début. Ça fait deux ans que j'ai débarqué en Irlande. Et toi alors ? » Soudainement intéressée par l'histoire de la brune, elle se posait plusieurs questions à son sujet mais décidait de ne pas brûler les étapes, préférant largement prendre le temps de la découvrir comme il se doit. Mais la déclaration de Tamara la prit de court. Le regard un peu plus ouvert sur sa personne, l'étonnement pouvait sans doute se lire sur les traits délicats de la finlandaise à ce que la jolie vampire venait de lui révéler. Les deux iris céruléens de la belle fixement posés sur elle ne la dérangeaient pas mais l'intimidaient quelque peu. À nouveau, Lahja fut confrontée à des interactions qu'elle avait oublié de vivre depuis qu'elle s'activait au sein de sa communauté et celle des vampires malades et affaiblis par le virus.

« Peut-être mais pour être tout à fait franche, cela fait tellement longtemps que je ne me rappelle plus de la dernière fois qu'on me l'a dit. »  Elle passa une main nerveuse dans la longueur de ses cheveux clairs et souriait d'un rictus bien moins assuré que celui de la femme qui lui faisait face. C'était certainement propre aux vampires lorsqu'ils discutaient avec des humains, quoi qu'elle n'était pas réellement humaine, elle. Elle était un peu plus que ça. « Mais tu n'as rien à leur envier, les tiens sont tout aussi agréables à regarder. »  C'était un fait qu'elle n'avait pas de mal à assumer. Tamara avait un charme particulier et elle était presque certaine qu'elle devait faire tourner la tête à plus d'une personne.
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