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 I wanna know what's inside you (Feat Gragra)

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Emilien Barbier est un scientifique. Talentueux et sans scrupule quand il s’agit de faire avancer ses projets. Employé de Tullamore, il s’épanouit dans son environnement professionnel. Là-bas, les Créatures y sont à leur place. Des cobayes, des expériences, leurs existences n’a pour but que de servir celle de l’Humanité. Combien de maladies pourraient-ils guérir en dépouillant les secrets de leur Adn ? Combien de guerres seraient remportées ? Combien de soldats d’élite verraient le jour ? La Science n’attend pas, et la promesse d’un bond de quelques siècles en l’espace de quelques années est trop alléchante pour s’alourdir de scrupules. Ambition, vanité et culpabilité étouffée. L’esprit d’Emilien est le terreau parfait pour faire germer les graines de la folie. Ce matin-là, il se préparait comme à son habitude. Musique classique en fond sonore, il se rasait les prémices d’une barbe naissante avec application. Éradiquant ses premiers poils blancs qui trahissaient son âge, plus proche de la moitié de siècle que du quart. Qu’il aimerait en inverser le court. Repousser la vieillesse et l’ombre de la mort, vivre, éternellement ou presque. Jeune et beau. La lame dérape alors qu’il se perd dans ses projets de la journée… Quelques gouttes rubis perle sur la peau  lâche. Il gronde, maudissant sa maladresse. Et si c’était ça, le secret ? Le sang. S’il suffisait de s’en nourrir ? L’image d’un corps, la carotide tranchée s’impose alors dans son esprit. Un frisson alors qu’il secoue la tête pour chasser ses pensées. Des réminiscences de ses cauchemars qui le réveil en milieu de nuit. Il fréquente trop les Monstres et visiblement leur Vice est contagieux. Il soupire et attrape un coton pour taponner la petite plaie après s’être rincé le visage. Voilà qui est mieux. Il dénoue la serviette autour de sa taille en rejoignant sa chambre et attrape son sous vêtement. Il enfile son pantalon, puis sa chemise parfaitement ajusté sur ses épaules carré. Il n’a pas à se plaindre des années qui défilent. Il est comme un bon Vin. Il se bonifie avec le temps. Mais combien de mois avant que les rides ne se creusent ? Que mes cheveux grisonnant tombent ? Que je me défigure ? Il roule des yeux, préférant aller choisir une cravate. Tissu bleu azur, qu’il passe autour du col avant de le nouer. Il se tourne vers le miroir et sourit. Ses doigts se posent sur le nœud pour le réajuster. Il le rapproche de son cou. Avant de brutalement serrer. L’air se coupe aussitôt, il ouvre la bouche pour tenter d’en aspirer d’avantage. Tire sur le bout de l’étoffe pour s’en dégager mais son autre main continue de serrer avec force. Il hoquète alors que son cœur s’affole. Il peut l’entendre tambouriner avec force dans son crâne. Un bourdonnement sourd. Il titube, des étoiles sombres dansant devant ses yeux. Et puis il rit. Sans raison. Sans logique. Allez mon grand, coucouche panier, on a assez joué. Emilien cri, mais personne ne l’entend, dans son esprit il est seul. Ou pas. Une douleur vive, mais qui n’a rien de physique. Un coup de marteau à l’intérieur de son crâne. Un souvenir qui se brise définitivement. Il cherche inconsciemment ce qu’il vient de perdre, mais tout se brouille. Il se focalise sur des pensées qui disparaissent dès qui les saisit. Il ne comprend plus. Il se perd dans un déferlement d’oubli. Un labyrinthe d’horreur et de démence.

La cravate se desserre avant de se dénouer. Il la laisse tomber au sol. – T’as vraiment des goûts de merde. Il retourne vers l’armoire et ouvre le tiroir… - Hmm…. Un sourire satisfait alors qu’il s’en saisit d’une plus sombre qui s’accorde à merveille avec son regard d’un vert émeraude. – Voilà qui est mieux. Il passe sa main dans ses cheveux, revenant vers la glace. Il s’observe un instant. Pas mal. L’homme mûr lui va plutôt bien. – Bon, c’est bien tout ça, mais on va finir par se mettre en retard et tu es plutôt connu pour ta ponctualité. Emilien s’observe agir, paralysé. Il devient spectateur sans savoir qui joue. Il aimerait se gifler, ouvrir les yeux et se retrouver dans son lit. En sueur, réalisant avec soulagement que ce n’était encore qu’un sombre rêve. Et non. Pas cette fois mon vieux. Je te l’ai dit, on a assez joués. Laisses-moi faire. Et pour éviter de futures indiscrétions de la part de son hôte, Jonah le repousse dans l’obscurité de l’inconscience, grignotant au passage quelques bouts de son âme. Faudrait pas que tu viennes tout gâcher.De bonne humeur, l’entité sourit. Attrape blouson et le précieux laisser passer pour la prison. Il lui en faut souvent, de la patience. De la maîtrise. Emilien est son deuxième essai. Il est allé trop vite et trop loin avec le premier. Gourmand, il a franchi les limites de la décence. Jonah a besoin d’un esprit autonome, d’un esprit qui vit sa vie quand il n’est pas là mais qu’il peut posséder à loisir, sans y gaspiller trop d’énergie. L’équilibre est dur à trouver. Il doit rester les prémices d’une folie, quelque chose que l’homme cachera de peur d’être rejeté par les siens. Quelque chose qui semble naturel, alors qu’il est l’incarnation de l’anormal. Mais il a fini par y arriver. Et c’est non sans fierté qu’il franchit le seuil de sa porte. Emilien doit prouver qu’il peut lui être utile. S’il veut rester en vie. Jonah veut un pied à terre à Tullamore, cela ne peut que servir sa cause. Il ignore ce qu’il en fera, mais il connait quelques personnes qui sauront utilisé ce pion à bonne escient. Aujourd’hui est un test. Un repérage. Une première escapade dans les lignes ennemies. Qu’il a hâte. Il veut voir de ses yeux ce qui s’y passe. L’humanité va-t-il le surprendre avec sa décadence ? Va-t-il y voir de bonnes idées ? Des jeux amusants ? Il s’imagine un instant tout ravagé. Se refaire gangrène des âmes et pourrir une à une toute celle qu’il croisera… Un buffet de choix où il n’y aura pas de discrimination. Hommes et Femmes… Il soupire dans un sourire. Non, il a déjà testé et il vaut bien plus que ça. – Emilien ! Comment tu vas ? Un collègue le rejoint. Jonah endosse le masque. Il connait chaque mimique, chaque attitude, chaque tique de son convive involontaire. Ça demande un sacré travail de devenir ce qu’il ronge, mais c’est tellement amusant. Il en a pillé des souvenirs, il en a observé des conversations, tout ça pour être crédible dans son rôle. – Comme un vendredi matin, Simon… on se fait toujours un poker ce soir ? Discussions futiles, Jonah s’y plie mais il n’en oublie pas d’observer. Ces lieux il les a déjà vus. Dans l’esprit du premier, dans celui-ci. Il s'en fait une carte mentale. Il se doit d’être à l’aise. D’assurer chacun de ses pas comme si il était familier de l’endroit. Comme si il y déambulait depuis des années alors que c’est bien la première fois qu’il y fou concrètement les pieds. Le défi lui plait. Il est à sa hauteur. – On se voit ce midi ! Il conclut d’un geste de la main et rejoint son bureau. Jonah le suit un instant du regard, réprimant son envie d’aller faire un petit saut chez ce collègue. On se contrôle, on se maîtrise et surtout on reste focalisé. Sur le petit plus de sa visite. Ce n’est pas pour rien qu’il a saccagé l’esprit de son premier choix. Un nom. Récurrent. Des souvenirs à la pelle. Un fantôme du passé. Graydon. Dès qu’il l’a pisté dans la conscience de sa proie, s’en était finit elle. Il l’a dépouillé de tout ce qu’il pouvait, pour en apprendre toujours plus.

Tu t’es foutu dans un sacré merde. Le manoir, quelques années auparavant. Et dire qu’il avait failli tuer sa jumelle. Lucidité de celle-ci qui le réprimande comme un enfant. Trop surprise sans doute, pour avoir peur ou trop habitué pour en être encore affolé. Une ombre du passé, la première qu’il va revoir. Par intérêt, parce qu’il le sait Chien d’un homme important, d’un homme de pouvoir… D’un humain qu’il pourrait aller ronger. Jonah est persuadé que son essence serait un régale, que sa démence serait belle quand elle le consumerait. Jolie brasier dont il attiserait chaque foyer. Mais pas que… Graydon est l’un des rares qui trouve un semblant de grâce à ses yeux. Il est une ébauche. Le croquis de quelque chose qui pourrait être grandiose et savoir que ce potentiel malléable est à la merci des mains pathétiques d’un Mortel, ça l’agace. Pourquoi ? C’est un gigantesque gâchis. Ne pourrait-il pas briser ses chaînes ? La souffrance a-t-elle autant d’emprise que ça ? Que subit-il pour ne pouvoir s’échapper ? Jonah est heureux de pouvoir se prévenir de tout ça. Ne pas avoir son propre corps à des avantages certains. Allez, au travail. Des semaines de préparation pour cet instant. L’entité sait que cela va lui coûter beaucoup et qu’il devra se retirer dans un autre corps, pour s’y repaitre avant d’aller se reposer dans un autre. Le sien, enfin celui qui s’en rapproche le plus. Graydon. Il connait le vampire, le chemin de sa conscience. Il faut juste que parmi tous ceux à suivre, il repère le bon. Graydon. Qu’il peut aimer cette sensation qui le saisit alors qu’il suit la piste. Graydon. Et il y est. Face à un mur devant lequel il peut juste crier pour se faire entendre. Il n’ira pas plus loin, il ne peut pas. C’est ennuyant de ne pouvoir squatter la tête des Vampires. Il pourrait tant faire. Graydon. Te souviens-tu ? En es-tu capable ? Un rire. Evidemment seul le silence fait écho à ses dires mentaux. Sais-tu qui je suis ? Non ? Oui ? Trouves-moi. Si t’es encore capable de faire quelque chose par toi-même. Il prend un risque. Mais minime. Si les choses dérapent, il aura tôt fait de libérer le corps d’Emilien pour retenter sa chance plus tard. Il a déjà réussi à entrer ici, à y évoluer sans attirer l’attention. C’était son but. Graydon c’est… Un plus. Une provocation. Une chance. Quelque chose à tenter. Il lui laisse des petits cailloux à suivre. Quand bien même il se souviendrait de lui, il saurait qui il est, ce n’est ni par l’odeur, ni par la vue, ni en suivant ses sens qu’il pourrait le rejoindre. Il n’est plus dans l’esprit de sa jumelle. Il n’a plus son apparence. Son parfum. Souviens-toi du manoir. Souviens-toi du violon. Il monte les décibels psychiques dans la caboche d’Emilien. La mélodie qu’il jouait le jour de leur rencontre. Duo avec sa sœur. Un corps, deux esprits, une musique unique. Un show qui devait se jouer à guichet fermé.
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what's inside

Une petite pièce, sans fenêtre, sans porte apparente. Seule un néon blafard agrippé au plafond crache ses rayons candides sur les murs. Tout semble propre, immaculé, désinfecté à coup d'eau de Javel ; on a récuré les moindres recoins, purifié et blanchi même les plus petites macules du sang qui, encore quelques jours auparavant, souillait les dalles de la pièce. Et c'est là qu'il s'assoit, le petit vampire au cœur mâchuré. Il est calme, les jambes croisées en tailleur, le regard presque nostalgique, perdu dans la candeur des murs qui l'enceignaient autrefois. En vérité, il est harassé ; son regard semble pénible, ses cernes, habituellement déjà bien apparentes, sont maintenant rubescentes et tombantes, ses joues se creusent et son teint se confondra bientôt avec la pureté des murs. Petit Vampire n'est plus le même.

La porte s'ouvre et, péniblement, sa tête se penche pour les dévisager. Un homme et une femme entre dans la petite pièce blanche, tirant derrière eux tout un attirail de matériel stérilisé et de produits mystérieux, aux effets abstrus. Les sourcils du jeune caïnite se froncent et ses poumons soupirent de l'air futile. Pas encore. Leur sourire fier et satisfait l'exaspère. Il voudrait les vider de leur sang, s'en repaître et refaire la décoration de la pièce, trop fade à son goût. Mais à quoi bon ? C'est l'heure de ta piqure, suceur de sang. Comme si c'était une bonne nouvelle. Quelle bande d'hypocrites. Ils ont simplement peur, n'est-ce pas ? Gray les terrorise. Surtout dans cet état-là. Tu croyais vraiment pouvoir te cacher encore longtemps ? Oui, il le pensait. Le doux déni, surtout quand on se sait implanté d'une puce à l'avant-bras et qu'on porte en plus de cela un véritable collier de chien pour témoigner d'une certaine soumission et prévenir les instabilités… Pff. Comme si ça allait changer quelque chose. Le collier, c'était l'idée de Théo. Gray était bien le seul petit toutou à déambuler dans les couloirs de Tullamore, et évidemment, tout le monde semblait au courant de l'existence du joujou du chef. Et il s'en amusait. Comme les scientifiques pouvaient être cruels, parfois…

La seringue s'immisce dans la peau blafarde du prince déchu et son esprit déjà nébuleux s'embrume davantage. Doucement, son corps semble se mettre à léviter, plus léger que l'air. Agréable, dites-vous ? Pour Gray, cette sensation est une sainte horreur. Heureusement, ces petites visites de courtoisie se répétant quotidiennement, Graydon avait pu trouver une stratégie pour se sortir de cet enfer caligineux. Il s'était fait un malin plaisir de soustraire quelques grammes de poudre blanchâtre à son propriétaire, dont il s'empresse de sniffer un long rail à même le sol. Effet défibrillateur sur son pauvre cerveau desséché par ces substances barbituriques. Graydon. Hein ? Merde, il commence à entendre des voix. Est-ce le Tox qui lui parle à travers les haut-parleurs de la pièce ? Petit-Vampire lève lourdement les yeux vers le plafond, mais voilà bien longtemps que les caméras et les parleurs de cette cellule son hors-service. Graydon. L'oreille collée contre le mur, il écoute l'éventuel discours d'un voisin de cellule. Mais rien. Les voix viennent de sa tête, et ne résonnent que dans sa tête. Ça ne peut être que ça. Léandre ? Non, ce n'était pas son Sire. Mais alors qui ? Gray devenait fou. Les mains glissant sur son visage, le long de ses joues, il affiche une mine déconfite. Les Tullamoriens étaient-ils parvenus à lui faire complètement perdre la boule ? Un nouveau rail de coke envenime son cerveau et pourra, il l'espère, faire taire cette voix qui squatte son esprit. Mais bientôt, un air lui vient en tête, un air connu… Non que la jeune sangsue s'y connaisse vraiment en duo violon-chant, mais cette mélodie l'avait considérablement marqué. Eden ? La petite rouquine, au Manoir… Cette drôle de jeune femme qu'il avait failli croquer pour de bon si elle n'avait pas montré un semblant de remontrance. Gray était jeune à l'époque… Un oisillon tombé trop tôt de son nid. Il essaie de suivre les pistes laissées par la mystérieuse voix. Eden. Était-ce vraiment elle ? Ou était-ce cette drôle d'entité qu'il avait cru sentir en elle lors de leur rencontre ? Trouve-moi toi-même, flemmard. L'arrogant se sentait si bien dans son ancienne cellule, où il avait eu la chance de subir les pires horreurs de sa vie, pour le plus grand bonheur des scientifiques, et du Tox en particulier.

Graydon sent la mélodie s'amplifier dans sa tête. La personne se rapproche. Les bras croisés, il se tient debout dans le coin de la pièce. Au dernier moment il pousse la porte et fait face à la source de cette voix insolente. Emilien ? Qu'est-ce que le garde fout ici ? Qu'est-ce que… Avant que le jeune vampire ait pu finir de se poser des questions, son instinct prend le dessus et agrippe le col du scientifique et l'entraîne dans la pièce immaculée. Le plaquant contre le mur, Gray le dévisage et fronce les sourcils devant le visage d'Emilien, scientifique sous le bistouri duquel le caïnite était passé déjà plusieurs fois. Il penche la tête sur le côté, ne comprenant pas vraiment pourquoi il est persuadé que les appels mentaux viennent de la tête de cet imbécile. Tout croc dehors, Graydon le renifle, de la base du coup aux cheveux, pour trouver le moindre indice, tout en se léchant les lèvres de faim sous l'effet de leur proximité. Mais en vain. Il plante son regard dans celui du savant et y décèle une étrange lueur. Emilien n'est pas là. Ce n'est pas lui qui gère le circuit des pensées qui apparaissent au vampire. Passant sa langue sur ses crocs affamés, il comprend enfin. Il sent bien ce qu'il se passe dans la caboche d'Emilien. Ses muscles se décrispent et il relâche son emprise sur le scientifique possédé, tout en gardant une proximité provocante… Peut-il lui faire confiance ? Comme un jeune animal, Graydon garde sa tête penchée sur le côté, témoignant des nombreuses questions qui se posent dans son esprit. Mais son regard indifférent reste instable… Va-t-il lui sauter dessus et le vider de son sang, comme le suggèrent ses crocs ?

« Eden, le chant… et le violon, c'est toi… » Cette jeune rousse, une esclave que Gray avait rencontrée peu après s'être fait transformée… Et pour le coup, il avait failli la bouffer toute crue. Était-ce l'heure de la revanche ? Le vampire néonate avait cru comprendre que la jolie rousse n'était pas toute seule dans son esprit… et maintenant, il avait l'impression d'avoir en face de lui une partie de la jeune femme, et pourtant, l'entité qui tirait les ficelles dans la tête d'Émilien semblait bel et bien totalement indépendante. Mais bon, ce qui fascine vraiment Graydon en ce moment même, c'est qu'une personne externe ait pu prendre possession de l'esprit d'un membre du personnel de Tullamore. « Comment t'as pu… c'est de la sorcellerie ? »

Le vampire grand comme une asperge ne connait pas vraiment les créatures qui peuplent aujourd'hui l'Irlande… Jamais il n'a croisé de sorcier, de lycans ou que sais-je. Il ne serait peut-être pas aussi ignorant s'il ne s'était pas fait lamentablement emprisonner à Tullamore… Mais bon, pour cela, il ne peut en vouloir qu'à lui-même.

« T'es là pour me sortir d'ici ? Dis-moi que c'est ça… est-ce que c'est Léandre qui t'envoie ? » À nouveau, dans la ferveur de la situation, Graydon se rapproche un peu plus de l'homme qui lui fait face. Si seulement Léandre avait trouvé un moyen de le faire sortir de là… Gray avait tellement de chose à lui dire, concernant le remède, le virus, leur futur… Et il avait aussi très faim. Oui, bébé était affamé. « Cette fois-ci, est-ce que tu me laisseras me nourrir un peu ? Ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas nourri à la source… », fait-il comme si la réponse était indubitablement positive et qu'il pouvait se servir comme dans le distributeur d'une gare douteuse.

Comme autrefois avec Eden, Graydon, le sourire aux lèvres dévoilant ses canines pointues et parfaitement alignées, s'approche outrageusement du sorcier. La soif et l'instinct de chasse enivre son esprit rendu fou par l'isolement prolongé dont il est victime. Un petit peu de sang… juste un petit peu. Le jeune prince vampirique sait se contrôler, maintenant, tu sais ? Laisse-le juste boire un petit peu…


NΞRIOИ



SYSTEM OVERRIDE
Maybe I'm sick inside, I'm definitely out of my mind. I know there's something not quite right. Disconnect. System override. You're so brave from your side of the glass, and you can't compute, you can't do the math, and you're playing god with your remote control, but I already know that there's a flaw in my code. And the truth is you silently study me and there are consequences that you cannot see and you ask yourself how did I unplug but the simple truth is that I just don't give a fuck
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Il l’entend. Jonah en est sûr. Gray entend sa voix, mais reste sourd à ses appels. Il n’a aucun moyen de s’assurer qu’il parvient bien à l’esprit du vampire, mais il le sent. Dans ce qui le constitue. Et fort de cette conviction, il sourit. Tu crois que c’est le moment de jouer à cache-cache ? Il s’avance dans les couloirs avec une certaine nonchalance, sans se presser, saluant les collègues qui se doivent d’être salués. Puisque Graydon ne semblait pas vouloir venir à lui, c’est lui qui s’en chargerait… ça avait moins de gueule comme entrée, mais il se rattraperait sur sa sortie. Il cherche, non plus avec ses yeux mais avec son don, une trace même infime de sa cible. Ça aurait été plus rapide avec un mortel. Une intrusion dans sa conscience et il saurait où aller. Là, il tâtonne, plongé dans une obscurité où les âmes brillent juste pour ses yeux. Un ciel nocturne illuminé par des centaines de vie. Chacune d’elle est un choix potentiel. Une future proie à traquer, une nouvelle marionnette à façonner, un être inconnu à piller pour satisfaire sa faim infini. Tellement de possibilité. Pourtant, sans la moindre hésitation, il les balaie toutes. Ce n’est pas ce qu’il cherche à cet instant. Ce n’est pas ce qu’il veut. Il se focalise sur ce chemin que suivent ses mots et emprunte-le même. Il est sûr qu’ils parviennent tous à leur destinataire. Sérieusement, Graydon… L’entité est amusé et en teinte sa voix audible que pour le prisonnier. Tu crois qu’on a le temps de jouer ? Évidemment qu’ils l’ont. Chaque instant est un jeu. Les règles changent, les protagonistes aussi, mais le but reste le même. Gagner… Et à défaut, repartir tout de même avec un bout de la mise.

Et bien voilà. Il le savait bien qu’il était écouté, il vient de trouver sa cerise sur le gâteau. En l’occurrence, c’est plutôt la cerise qui lui tombe littéralement dessus pour l’inviter, avec une convivialité certaine, dans une cellule. Il le hume. Avec un désarroi qui fait sourire l’entité. Enfin Emilien. Troublant, n’est ce pas ? C’est lui, sans être lui. C’est son corps, sa conscience, son odeur. Même les gestes et la voix sont identiques. Mais ce n’est pas lui. Jonah ne cherche pas à se cacher dans les néants de l’esprit, il se fait bien visible pour le jeune vampire, tenant à ce qu’il devine qui il est. Pas un instant, la peur ne vient faire vaciller son cœur. Il ne craint pas la Mort. Celle du scientifique l’obligera à tout recommencer mais il ne resterait qu’un dégât collatéral. Puis, peut-il vraiment lui reprocher sa méfiance ? Ou même son incompréhension ? Qu’il a dut morfler, le petit. Qu’il porte les marques de sa captivité. Un être tel que lui n’est pas fait pour les barreaux d’une prison. Il a des violences à exprimer, de grandes choses fracassantes à accomplir. Jonah le devine sans peine, la créature qu’il contemple, qui inspirerait la compassion à n’importe quel cœur putride de bonnes intentions, a une Essence brûlante. De celle qui marque l’Histoire de vermeil. De celle qui inspire. Le voir ainsi réduit à l’état de propriété. De pantin pathétique, lui tire quelques élans de rage en son âme. Il s’y complaît un instant avant de reporter son attention sur l’objet de sa présence entre ses quatre murs. La souffrance est prisonnière de l’endroit. La peinture la transpire, enivrant d’une liesse certaine la magie de l’entité. Sans vraiment en être conscient, il s’en régale à outrance et contre toute raison. Il tend la main pour la poser lentement sur le crâne du vampire, se saisissant d’une mèche de cheveux. – Le violon, c’est moi. Graydon se souvient. Et avec une justesse que l’entité ne lui présumait pas. Il n’est donc pas aussi abrutie par les drogues qu’il le pensait. Quoique… En regardant ses iris incertaines, Jonah en doute.

Mais décidément, ce petit est un génie… De la sorcellerie. Son art à peut-être bien quelque chose de magique après tout ? – Peut être bien. Je travaille encore sur la question. Ce qui ferait de lui un sorcier… Mais il n’est qu’une Âme, sans corps et donc sans réceptacle pour accueillir ou exprimer la magie. Alors ? Peut-être n’est-il rien d’encore connu. L’idée lui plait bien d’ailleurs. L’unicité de son existence. – Me voilà rassuré… Moi qui craignais que ton séjour ici ne t’ai définitivement grillé les neurones. Il sourit, d’avantage quand le nom de Léandre tombe. Pourquoi le grand manitou aurait tellement à cœur, la libération du petit ? Alors qu’il est lui-même à l’article d’une notion de mort plus concrète ? Intéressant. Il n’en dit rien cependant. Il garde l’info bien au chaud sous son chapeau, il ressortira la carte de sa manche au moment opportun. – Disons que je suis plus là en… reconnaissance. Il fait quelques pas, d’un calme olympien, insensible aux Horreurs que suinte l’endroit. Il est observateur pourtant, il a noté et apprécié que rien ne puisse surprendre leurs échanges. Des oreilles qui traînent seraient fâcheux.

Reflet du passé. La faim dans le regard. L’intention dans le sourire carnassier. L’étincelle qui s’embrase et se consume. Un régal. Jonah pourrait avoir la même attitude. Prédateur, il se reconnait dans tous ceux qui en ont fait leur nature. – Je m’en doute. C’est à son tour de pencher la tête sur le côté, une moue hésitante sur les lèvres. – Hmmm… Je vais y réfléchir. Peut-être avant que je ne parte… Je pourrai te laisser ce Brave Emilien… Il en parcourt d’ailleurs les souvenirs jusqu’à tomber sur celui recherché. Le scalpel en main. La chair du prisonnier sous ses doigts. La lame qui incise. La satisfaction de son hôte. – Tu as quelques comptes à régler avec lui, il me semble… Il se soustraie à la proximité du vampire avec une désinvolture déconcertante. Mais je crains que tu me le rendes inutilisable, alors… nous verrons bien. Il passe dans son dos avant d’aller s’adosser à un mur. Emilien a beau être grand, il doit quand même lever les yeux pour regarder l’enfant de Caïn. – En attendant Graydon qu’est-ce que tu fous là ? Ce que j’ai pu voir dans la tête d’un collègue à Emilien n’était pas jolie, jolie… T’avais pas autre chose à foutre que de devenir le petit Toutou du Big Boss du coin ? Il attend une explication, quelque chose qui justifie un gâchis pareil. Que ce soit un mauvais hasard ou faute à pas de chance, Jonah tenait à savoir. A comprendre. Et peut-être qu’il réfléchirait vraiment à un moyen de le sortir d’ici… Oh évidemment pas tout seul, mais il semble que justement, il ne soit pas le seul à y penser.

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