The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 Remember: Let the skyfall... ◘ Feat. Amarok

Vampire
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Remember...
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Tu me manquais. Parfois seulement, pour ne pas dire très souvent en fait. Voir même sans arrêt. Je l'avouais. Intrinsèque et un peu comme si depuis que l'on s'était aimé, la force du loup ne m'avait plus jamais quitté. Sensation étrange. Oui. Je crois que tu l'admettras assez facilement. Ou pas. Étrange pour moi en tout cas.

Et pour te sentir bouger, respirer, il me suffisait de fermer les yeux. Dans ces moments si particuliers où la chaleur de ton corps recouvrant le mien continuait au travers de ton absence à m'irradier. Tu sais. Avec cette patience et cette tranquillité venues à bout de toutes mes réticences. Un état de grâce dont tu avais été le seul à me gratifier. M'emmenant et m'entraînant à ta suite vers des terres de plénitude que je me remettais à fouler dès lors que tu traînais dans les parages. C'était con. Sans doute un peu naïf et excessif aussi. Mais qu'est-ce que j'y pouvais si tu me faisais cet effet ?

Tu nous avais compris. Sans faillir, ni nous trahir. Du départ jusqu'à ce qu'on franchisse ensemble la ligne d'arrivée. Main dans la main. Comme des amis, comme des hommes que la vie avait finalement réussi à éloigner. Sans heurts, sans cris, sans pleurs. Pour ça, je te serais éternellement reconnaissant. Avec toi, j'avais tout appris. Tout réappris. L'abandon, la confiance, la volupté et tout ce que pouvait comporter de plaisir l'intimité d'une relation exclusive. Sous ta direction, le cheminement n'en avait été que plus simple. Plus facile d'accès. Et ce, bien avant le commencement : lorsqu'on était encore que des amants sans attaches ni réels sentiments. Quand déjà tu me mettais au pli, en me disant que si je te voulais ce serait à ta façon et pas autrement. Tu dominais. À moi de l'accepter. Chose bénéfique, qui ne m'avait pas demandé autant d'efforts que ce que j'avais d'abord pu penser de prime abord. Au contraire. Ça s'était fait naturellement. Librement, sans contrainte. Puis ensuite aussi : tout au long de ces mois durant lesquels tu m'avais permis de partager ton lit. De dormir et de m'endormir contre toi. Chaque matin et à chaque nouveau jour que Dieu nous accordait. Toi, dirigeant notre relation privée. Moi, te pilotant sur le terrain. Il n'y a rien à redire. Tous les deux on avait formé une super équipe. Complice et efficace. Pour au bout du compte nous séparer, une fois que tout avait été terminé. Différence de génération. Bref. Le temps que cela avait duré, j'avais eu le privilège enviable de ne plus être qu'un homme semblable aux autres. En équilibre. Bien, tellement bien dans ses pompes. Phénomène jusqu'alors inconnu. Enfin. Pas exactement. Phénomène oublié serait plus approprié, tout du moins jusqu'à toi. Jusqu'à ce que tu viennes me rappeler combien il faisait bon vivre. Toi qui aujourd'hui n'existait plus sans lui. Lui, devenu par la force des choses cette ombre menaçante qui planait au-dessus de nos têtes et voilait les rayons de ce soleil déchirant le bleu de ton ciel. Au point que tout ça, notre histoire à tous les trois, ne m'en paraissait que d'autant plus surréaliste.

Alors vraiment, tu me manquais...

Mais voilà. Est-ce que la réciproque était vraie ? Je me demandais. Aussi, donne-toi le temps de la réflexion et dis-moi. Dis-moi comment toi tu nous vois. Ici et maintenant. Deux ans plus tard. Parce-qu'il se peut qu'à notre prochaine entrevue, j'aborde le sujet. Puis bon, au cas échéant, je n'insisterais pas. Du coup, tu n'auras qu'à me répondre que même si la page est tournée, et que tu es définitivement passé à autre chose, toi non plus tu n'as pas oublié.

Oublié cette nuit là. La nuit de notre rencontre. Rappelle-toi. Réfléchis encore un peu. Cette fameuse nuit où on s'était trouvé. La plus importante de toutes. Celle où en voulant t'aider, j'avais tout bêtement réussi à faire d'une pierre deux coups. Malgré moi. Sans le faire exprès. Puisque te porter secours m'avait sauvé. Moi, et personne d'autre. Moi, rien que moi et surtout pas toi. Contrairement à ce que j'avais voulu croire pendant les cinq premières minutes. Pas plus. Juste le temps de comprendre qu'avec toi je ne garderais pas longtemps le contrôle. De sorte que je me refusais à laisser s'envoler les papillons qui s'agitaient dans mon ventre à chaque fois que je te voyais. Tu vois Amarok, toujours aussi paradoxal le bonhomme.

Qu'importe. De mon côté, je me souvenais. Dans ma mémoire, tout est aussi clair que s'il s'agissait d'hier. Sauf qu'à ma plus grande surprise, je ne m'attendais pas à te voir débarquer au château. Qu'est ce que tu foutais là…

- Ama… qu'est-ce que tu viens faire ici ?

C'est mot pour mot la première chose que je t'ai dite en relevant la tête. Les mains autour de ma tasse de sang chaud. Pleine. Assis sur une chaise, les pieds nus et les jambes étendues. Ma tenue de malade pour seuls vêtements sur le dos. Un pauvre sourire sur les lèvres. Sérieusement, pourquoi fallait-il que tu te pointes quand moi je me retrouvais hospitalisé. Retenu contre ma volonté. Gardé en observation pour les prochaines 48 heures. Heureusement qu'Ezechiel (lui) avait consenti à me retirer ma sonde gastrique. Pour sûr, j'aurais détesté que tu me vois dans cet état.

L'état dans lequel j'étais arrivé. La veille ou quelques heures plus tôt à peine. J'en savais trop rien. La notion même du temps m'échappait. Puis on s'en tapait. Alors, réponds. Qu'est-ce que tu faisais dans cet endroit ? Le self. Je supposais. Tu as vu, ils ne manquaient de rien eux. Les autres. Tous ces nouveaux héros qui avaient remplacé les anciens.

Si je le vivais mal ? Sûrement plus que je ne voulais bien l'admettre...

@Lyr


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Remember : Let the Skyfall
Amarok & Elijiah
 
« C’est hors de question qu’ils aillent tous se faire foutre ! » C’est la dernière chose que j’ai dite avant de claquer la porte des appartements de Scott. Les réunions de crises comme on les appelait, ne se passait rarement bien. Sujet du jour, aller à Belfast pour donner de notre sang aux vampires qui souffraient clairement de la famine. Notre sang, notre vitae, pour les sauver eux, après tous ce qu’ils avaient fait. La coalition avait été signée, de ma propre main, par mon propre sang, pour espérer une paix entre nos différents peuples. Je l’avais fait, par principe, mais si j’avais confiance ? Je n’étais pas stupide. J’avais vu tous ce don était capable la race Caïnite, et tout franchement, ma confiance avait des limites. Mais cette fois, ça devait être mon tour de monter dans la capitale vampirique pour me saigner, pour leur donner quelques centilitres, voir un litre, devant passer une nuit ou deux là-bas pour me requinquer un peu avant de rentrer. Mon tour et celui de quelques autres noms tirés au sort. C’est ce qu’on faisait. On tirait des noms au hasard. Parce que c’était ça notre accord. Donner volontairement de notre sang contre la vie, contre la sécurité. Aider nos anciens ennemis et pouvoir avancer. C’était ça notre nouvelle vie. C’était comme ça que l’on vivait désormais.

Un leader, c’est comme ça que l’on m’avait désormais nommé. Un leader pour avoir conduit les innocents loin de River Crow. Loin de la guerre, loin de l’enfer, et pour avoir aidé à la construction de Riverdall. Pour avoir imaginé les plans de cette nouvelle forteresse qui était devenue notre Eldorado. Un leader pour prendre des décisions, celles qui me semblaient le plus juste, celles qui me paraissaient les plus saines pour survivre. Mais je savais que cette terre m’avait changé. La confiance que j’avais jadis envers certain n’était plus. Les hommes me répugnaient, eux et leur volonté de tout gouverner. Les vampires, pour ce qu’ils avaient fait, les autres créatures aussi. Le monde ne tournait pas rond et nous vivions dans la loi du chacun pour soi. Et c’est ce que je faisais. Protéger les miens en sacrifiant les autres. Alors non, je n’avais pas envie de monter à Belfast, je n’avais pas envie de me vider pour eux, de me saigner pour aider ceux qui avaient détruit tout ce que j’avais eu. Le temps passait, s’écoulait, mais certaines cicatrices ne se referment pas. Eux, ils imploraient notre pardon pour un repas, mais eux, avaient-ils écouté nos suppliques à une certaine époque ? Mon cul.

« Donoma t’as pas le choix ! » Scott fait éruption chez moi, sans sonner, sans s’annoncer, alors que je me servais un verre de Rhum, lui en tendant un second pour le calmer.
« On a toujours le choix Scott et tu le sais. Qu’ils aillent tous crever. » J’ai vidé mon verre, avouant que j’étais devenu un expert dans le domaine du levé de coude c’est dernier temps.
« Plus maintenant Amarok. T’étais là ce jour-là, tu as signé ce putain de traité, tu l’a approuvé, si tu ne le respecte pas attends-toi a des représailles. Crois-moi, c’est pas le moment de lancer une guerre des peuples. Pas maintenant. » Scott s’allume une clope et je grogne contre lui en me laissant tomber sur le canapé, me frottant les tempes, nerveux. « Et puis, tu le faisais bien pour Jazeem a une époque. J’en sais rien dis-toi que c’est pareille. » J’ai relevé les yeux, le fusillant de mes pupilles noires. Jazeem. Ca faisait des lustres que je n’avais pas vu mon ancien amant.
« Ca c’était gratuit et complétement pas tes oignions mon pote. Mais ok t’as gagné. Mais je pars 48h, pas une minute de plus. Et je prends ton pick-up. » que je réponds, un peu calmé. Mon allié tire sur sa cigarette en souriant après m’avoir lancé les clés de sa caisse. Direction Belfast, l’enfer.

C’était ce que j’aurais dû lui raconter face à sa question. Qu’est-ce que je faisais là ? En quoi ça le regardait ? J’étais libre il me semblait. On venait de me pomper un litre de sang, exactement, bien trop pour que je reparte pépouze direction Riverdall. J’avais besoin de manger, de me reposer aussi. 48h, c’était le temps qu’on m’avait donné, ni plus, ni moins. 48h enfermé ici dans ce château qui rappelait furtivement celui de River Crow, bien qu’un peu moins lugubre malgré la situation. « Je suis venu aider les tiens. » Tout simplement. J’ai répondu en ouvrant le frigo, attrapant une bière et une pomme, sans doute bien trop blanc pour le type bronzé que j’étais. Décapsulant ma bouteille je me suis assis sur une chaise, sans rien dire. Le regardant. J’aurais pu lui retourner la question, mais sa tenue, et tout le reste, me faisait savoir qu’on avait dû le trouver dans un drôle d’état. Furtivement je repensais à ce temps où il m’avait sauvé, et où ensuite, c’était moi qui l’avait tiré des ennuis en lui donnant un peu de mon sang, de temps à autre. Ce temps où, seul et complétement perdu je m’étais abandonné complétement. Si je regrettais ? Non. Si je recommencerais ? J’en sais rien. Ma priorité était Riverdall, les miens, pour le reste ? Ce n’était plus grand-chose à mes yeux pour tout avouer.

« T’as une sale tête. Qu’est-ce qu’il t’arrive ? » J’avais posé la question, machinalement. Sans doute peut-être un peu froidement. Ca faisait des mois que je n’avais pas vu Elijiah, des mois que je ne vivais que dans la prérogative de cette foutue situation. Protéger ma ville, protéger la race humaine, en mettant inconsciemment tous les autres dans le même sac. Vampires, sorciers, Lycans. Peut-être qu’une part de moi en avait peur, je ne sais pas. Mais je n’arrivais pas à oublier le passer, à oublier toutes ces choses bien moches que j’avais vécu. La vie dans la réserve, la cruauté face à la mort de Tao, l’espoir d’une vie meilleur pour en réalité connaitre le véritable sens du mot « horreur ». Toute cette succession d’évènements. C’était trop pour moi. Trop pour le type encore bien jeune que j’étais. Trop de responsabilités, trop de sang sur mes mains aussi. J’aurais dû aller à la fac, j’aurais dû finir prof’ d’histoire, et au lieu de ça, je me retrouvais là, armé jusqu’au dent, ne sortant jamais sans mon flingue, marqué par le manque de sommeil et les rondes interminables que je faisais. L’amertume en bouche reste un peu coriace quand on sait tout ça.

J’ai croqué dans ma pomme, jouant nerveusement à arracher l’étiquette de ma bouteille de bière. Je crois qu’on était tous un peu brisé. Je crois qu’on avait tous ce goût âcre en bouche. Qu’on s’en voulait tous même si c’était pour des stupidité ou des choses sans importances. La guerre au final, ça ne forge pas les hommes, ça les anéantis.  « J’ai aperçu Ezech au loin. Je suppose qu’il sait que tu es là. J’ose même pas aller lui parler, qu’est-ce que je pourrais lui dire ? Que je suis désolé ? On a été con bordel. J’ai trahis mon pote et toi t’y a laissé des plumes. Pour quoi au final ? Regarde ce qu’on est devenu sérieux. Toi t’as le regard complètement vide et moi… Je suis devenu ce type qui dégaine à la moindre brindille qui craque. Tu parles d’une vie. » Une vie, la nôtre, celle qu’on nous avait imposé, celle que l’on n’avait jamais demandé à vivre. J’ai bu une gorgée de bière, m’enfonçant davantage dans ma chaise. Toi qui m’avais connu au tout début, regarde-moi et oses me dire que je n’ai pas changé. Même moi je n’arrivais plus à reconnaître cette image qui se reflétait dans le miroir quand je me plaçais devant. Depuis quand j’étais devenu froid ? Depuis quand j’étais devenu distant avec le monde ? Depuis quand je n’étais plus rien d’autre que ce type armé ? Sans doute un peu depuis toujours. Sans doute que je ne faisais que de me découvrir. Sincèrement ? Je l’ignore.





You better lose yourself in the music, the moment. You own it, you better never let it go. You only get one shot, do not miss your chance to blow. This opportunity comes once in a lifetime yo. The soul's escaping, through this hole that is gaping. This world is mine for the taking. Make me king, as we move toward a new world order.
     
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J'en avais assez. Alors surtout, ne m'en veux pas pour se léger mouvement d'humeur. Je ne me contrôlais pas toujours. Et crois bien que je le regrettais. Pourtant j'essayais. Chaque jour un peu plus fort. Tu savais bien toi tous les efforts que cela me demandait de lutter au quotidien contre ma nature profonde. Mes tours, mes détours, mes travers et toutes mes impasses, tu les connaissais sans doute mieux que personne. Ensemble, on ne s'y était que trop souvent attardé. Mais sans jamais prendre le risque de nous y égarer. Les explorant sous tous les angles possibles et imaginables. Donc voilà. En l'état des choses et même si j'avais conscience que la froideur venant te recouvrir tel un linceul mortuaire ne m'atteignait que par simple effet de ricochet, cette distance que tu mettais sciemment entre-nous ne m'en irritait pas moins.

De sorte que je vous le demandais. À tous les deux. Toi, comme lui d'ailleurs. Ezechiel. Maintenant, vous deviez arrêter. Arrêter de me transformer en catalyseur. Celui de vos colères, vos douleurs, de vos peurs. Qu'on se le dise. Avec franchise et en toute sincérité. Ce petit air d'animosité que vous aimiez tant me jouer finissait par m'insupporter.

Regarde. Tu ne vois pas que la carapace se fissurait. De mal en pis. Un peu comme lorsque le plus grand de vos guerriers abdiquait. Moi, j'en avais assez. Assez. Assez. De lutter contre l'impossible. De ne pas savoir vous rassurer, de me sentir inutile. Le charpentier. L'homme sans prénom se fondant dans l'ombre. Le vampire. L'ennemi de ton peuple. Seulement, admets que désormais la donne n'était plus aussi claire et limpide qu'à l'époque de River Crow. Niveau cruauté, il était à craindre que l'humanité n'ait plus rien à envier à ceux de ma race. Ne fais pas d'amalgame. Je ne suis pas ton ennemi. Ok. Qu'à cela ne tienne. Puisqu'en une fraction de seconde à peine, mes doigts se crispaient sur la tasse toujours prise entre mes mains avant de relâcher la pression. Paupières closes. Bouche ronde et lèvres entrouvertes. Gonflant les joues et en prenant une de ces inspirations tellement inutiles, mais des plus familières. Tu sais, j'ignorais encore s'il me serait un jour possible d'atteindre un quart de la sagesse de vos anciens, mais au cours de ces derniers mois sache que j'avais réussi à me détacher. Du matériel, de l'artificiel, de tout ce qui n'avait plus vraiment d'importance à mes yeux.

Tu sais, tu sais, tu sais. Tout arrive toujours pour une bonne raison. Même lorsqu'on imagine que ça n'aurait jamais dû avoir lieu. Mais c'est uniquement quelque chose sur quoi nous n'avons aucun pouvoir de décision et c'est juste ce à quoi ressemble le destin. Aussi, n'aies plus d'inquiétudes. Repose ta tête sur mon épaule et va dormir. Peut-être qu'un jour on se réveillera et que cela n'aura simplement été qu'un mauvais rêve.

Là-dessus, je rouvrais les yeux. Pour découvrir que toi, tu y gardais toute l'importance du monde. Tandis que je te laissais ouvrir le frigo. Songeant que les miens auraient tout intérêt à apprendre à se débrouiller par leurs propres moyens. Sans pomper ton sang. Remuant la tête, c'est désabusé que je vidais ma tasse. Quand toi, tu prenais une pomme et une bière. Ne te méprends pas. Ça me tuait de te voir aussi pâle, aussi fatigué, aussi désabusé. Putain de sentiment de culpabilité qui me rattrapait. Je te jure. Tu le choisissais bien ton moment pour me balancer que j'avais une sale gueule.

- Merci…

Te souriant, mes yeux venaient alors s'ancrer à ton regard. Comme j'aurais voulu être un nuage pour me fondre dans la tourmente agitant tes soirs d'orage. Puis j'ajoutais : « Rien de très original. J'ai fait une mauvaise rencontre.» Ouais. C'est ça. Une mauvaise rencontre qui s'appelait Tullamore. Mais je t'épargnais les détails sordides. Par chance, ou pas, j'hésitais, le nouveau mec d'Ezechiel et ses potes étaient passés dans le coin. Le reste, pas sûr que tu aies envie de le savoir vu le ton sur lequel tu me posais la question. Détaché. En mode défensif. Hors d'atteinte.

Tant pis. Ou tant mieux. De toute façon, Je n'étais pas très bavard ces temps-ci. Est-ce que du coup, je ne pouvais pas me contenter de profiter de ta présence en silence ? Et pinçant les lèvres, je baissais les yeux. Tournant et retournant ma tasse dans tous les sens. Pas tranquille de te retrouver aussi…

Aussi quoi ? Trois points de suspension. Je ne préférais pas approfondir la réflexion. Rien qu'à te savoir là, assis sur une chaise, trop près, trop proche, pourtant trop en retrait pour espérer renouer un quelconque contact, tous mes vieux démons ressurgissaient. Laisse-moi t'aider. Permets-nous de nous entraider. Au nom de l'amour, de l'amitié, de la guerre, du manque, de l'absence, de la mort de ceux qu'on aimait, ce sera comme tu veux. Tout ce que je te demande, c'est de ne pas commettre les mêmes erreurs que moi. Ne te replie pas. Ne t'enferme pas, et brise le miroir. Brise-le, avant que ton reflet ne devienne celui d'un parfait étranger. Et si tu avais besoin d'un garde-fou, je serais celui-là.

Toujours là pour toi. Avec toi. Si tant est que tu acceptes la main que je te tendais…

Amarok.

Bien. Préférant les actes aux mots, je me levais. Contournant la table pour venir me rasseoir à côté de toi. Tirant une chaise, quand toi tu t'enfonçais dans la tienne. Fais-moi confiance. Pour sûr, je ne ressemblais plus tout à fait à l'homme que tu avais connu. Toutefois, le changement se voulait être bénéfique.

- Oui, Ezechiel sait que je suis ici. L'ironie a voulu que ce soit lui qui me prenne en charge à mon arrivé au château. Il est infirmier. Tu vois, rien n'est jamais perdu. Même quand on croit que tout est terminé, il y a toujours cette autre vie qui nous attend. Alors pour commencer, pourquoi est-ce que tu ne lui dirait pas simplement bonjour. Ça lui ferait du bien de te voir. Le reste, notre mensonge…

Notre mensonge. Parce-que si je comprenais bien, c'est à ça que tu faisais référence. Tu parles. Je devrais plutôt dire ce mensonge que tu avais accepté de cautionner pour moi, à cause de moi. Ce mensonge qui de toute évidence te rongeait. T'empêchant d'aller le trouver. Pas de quoi être fier. Encore une fois.

- Laisse, c'est à moi de lui expliquer.

Toi tu n'y étais pour rien. Rien du tout. Tu avais juste fait ce que je te demandais. Il n'y avais donc pas de raison que tu essuies les plâtres. Un ami avait plus de valeur qu'un ancien amant, tu ne crois pas ? Je t'assure que tu n'avais rien à te reprocher. On avait rien fait de mal. Et venant de moi, ça ne le surprendrait pas. Après tout et à l'écouter, j'étais l'homme qui l'avait brisé. Le sale type qui avait ruiné son existence et pour lequel il avait voulu mourir. Il ne tenait qu'à moi de vivre avec ce poids. Tout le contraire du gamin qui m'avait remplacé. Dans son lit, dans son cœur, dans sa vie.

Ceci étant dit, je ne regrettais rien. Quitte à me répéter, pour chaque instant passé à tes côtés je remerciais le ciel. De fait, je glissais une main derrière ta nuque. Doucement. Avec cette tendresse que je te vouais. Triturant tes cheveux, le bout de mes doigts effleurant ta peau. Mon autre main venant prendre la tienne.

- Arrête de torturer cette pauvre étiquette, elle ne t'a rien fait.

Sans te brusquer, je ramenais ta main sur la table. Lâche cette bouteille, depuis quand tu buvais pour oublier d'abord ? Ce n'est pas ce qui ferait avancer les choses. Puis fallait-il que tu sois aveugle. Aveugle pour ne pas voir que ce regard vide que tu me prêtais, s'illuminait dès lors qu'il se posait sur toi.

- Tu es désolé de quoi au juste ? De lui avoir menti, ou… écoute, on ne peut pas changer le passé. Mais on peut essayer de le réparer. Il comprendra. Ezechiel est comme ça, généreux et profondément bon. Il saura faire la part des choses.

De mon pouce, voilà qu'à présent je caressais le dos de ta main. Les réponses à toutes ces questions que tu te posais, je ne les avais pas. Par contre, tu n'étais pas seul. Non. Tu ne l'étais plus depuis cette nuit où j'avais découvert les cadavres de tes parents. Et toi, recouvert de leur sang. Mon cœur atrophié battait à l'unisson avec le tien.

Respire. Pose-toi. Arrête de penser, de ruminer et de ressasser. Accepte tes faiblesses, et de dégainer à la moindre brindille qui craquait comme tu le disais. C'est humain. Humain et sain.

Quand tout vrille. Quand tout tourbillonne. Quand tout tournoie et que tout devient flou, souviens-toi que je suis là. Et si tu me le demandes, j'anéantirais le monde. Prêt à tout pour te revoir sourire. Je te l'ai dit, je suis là.

Là pour te porter à travers la nuit
...

@Lyr


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Quand on est petit on nous pose sans cesse la même question. Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Et en tout innocence on répond ce qui nous semble être le plus logique. Astronaute, vétérinaire, footballeur, et le pire, c’est qu’on y croit dure comme fer. On y croit comme si c’était une évidence. Et on finit par grandir, par avoir des souhaits bien plus réalistes. On entre au collège, puis au lycée, et quand on nous pose cette question, souvent, on répond que l’on ne sait pas. On ne sait pas, parce qu’on a grandi, et qu’on sait désormais que ce choix sera sans doute irrévocable. On nous pousse à aller à la fac, à faire des études, à prendre des responsabilités dont on ne veut pas entendre parler. Moi ce choix je l’avais fait. Et je l’avais assumé. Choisissant la voie de l’enseignement. Transmettre un savoir, essayer de passionner des jeunes qui n’en n’ont rien à cirer de tout ce que j’aurais pu leur raconter. J’avais répondu, comme si c’était une évidence. Une évidence qui avait bien fait rire Tao à l’époque. Mais jamais je n’avais imaginé finir ici. Me battre pour survivre. Combattre pour protéger. Enseigner, mais non pas l’histoire, l’art de la guerre, comment tirer avec une arme, comment se défendre à main nues, comment faire du feu, ou encore comment chasser. Cette vie, je n’en voulais pas. Je ne l’avais pas choisie, elle m’avait été imposée. Quittant l’enfer de la réserve pour un monde non pas meilleur mais limite pire. Si River Crow avait commencé de m’éteindre, Tullamore avait terminé le boulot.

C’était comme ça, et il ne fallait pas s’étonner du résultat. J’essayais de rester fort, sans doute rongé par l’égo, cachant mes peurs, mes craintes, mes sentiments, les enterrant dans les profondeurs de mon âme pour ne plus rien ressentir. Oublier que j’avais eu mal, oublier que j’avais pu aimer, ne laissant place qu’à cet homme froid, détaché, incassable, une armure que l’on ne peut briser. Il est venu s’assoir près de moi, posant sa main dans ma nuque, tentant de me rassurer comme il le faisait si bien à une époque qui me paraissait tellement lointaine. A cette époque, je me serais sans doute laissé bercer par le son de sa voix, je me serais effondré dans ses bras, de façon presque machinale. Sans violence, juste pour me laisser aller. Mais c’était terminé de ce temps. Terminé de ce garçon qui pleurait seul dans sa chambre. Maintenant je ne pleurais plus. Je ne ressentais plus. J’étais simplement fait de marbre. Et aucune parole ne pourrait me ramener à la raison. Rendant le monde responsable de la situation. Elijiah, oui je l’avais aidé à une époque. Oui, je l’avais aimé, sans doute de trop. Egoïstement, sans penser aux conséquences, sans penser aux autres. Mais c’était fini de tout ça. Il avait beau essayer de me réchauffer, rien n’y faisait. Tout ce que je voulais, c’était rentrer. M’enfermer dans mon mutisme et ne plus en sortir. Il parlait, tentait une approche. Et moi ? Je ne réagissais pas.

« Arrêtes. » que je lui ai répondu, simplement. Ma voix restant posée, douce, presque raillée à cause de la fatigue. Je voulais qu’il arrête de croire que tout était réparable. Que nos erreurs pouvaient s’effacer du dos de la main. Que tout était changeable, alors que je ne croyais plus en rien. J’ai repris possession de ma main, les enfouissant dans les poches du jogging que je portais. Ces barrières, cette barricade, elle était solide. Si Elijiah avait été l’unique en qui j’avais accordé le peu de confiance qu’il me restait, ça faisait tout de même des mois que je ne l’avais pas vu. Des mois à me concentrer sur une seule chose. Cette mission. J’avais envie de me sentir mieux, d’arrêter de me sentir vide, d’être sur la défensive, mais je savais que pour y parvenir le chemin serait long. Soupirant, je fixais le goulot de ma bouteille de bière. Je ne lui en voulais pas à lui, je crois que je n’en voulais à personne que j’avais pu connaitre à River Crow. Mais j’en avais marre de perdre des gens, marre de sentir la présence de la mort à tous les coins de rue, marre de sentir l’odeur amer du danger.  Marre de la cupidité de la race humaine. Marre de me voir vivre dans la déception, dans l’horreur, dans la violence. Tout ce que je voulais c’était pouvoir dormir et me réveiller dans un monde meilleur. Dans un monde ou Tao ne serait jamais mort. Dans un monde où tout serait simplement équilibré. Mais ça, je crois que c’était trop demandé.

C’était tout simplement une utopie. La mienne. J’ai relevé les yeux pour le regarder, lui lançant un regard qui lui faisait comprendre que je ne lui en voulais pas à lui. Que j’en voulais au monde entier. A moi aussi. Ce n’était pas qu’une question de remord vis-à-vis d’Ezeckiel. C’était plus compliqué que ça. « Qu’est-ce qu’on a fait sérieux ? Je suis désolé de tout. De ce qui s’est passé entre nous, de l’avoir trahi, de lui avoir menti. Qu’est-ce que je suis en train de devenir Eli ? Ce n’est tellement pas moi de réagir comme ça. J’ai toujours été sincère avec tout le monde et là depuis deux ans je fais n’importe quoi. » Je répondais simplement à sa question. A ses interrogations. Qu’est-ce que j’avais fait si ce n’est que trahir un ami ? Ce n’était pas mes valeurs, ce n’était pas comme ça que j’avais été éduqué. Si je regrettais mes actes je savais que je ne pourrais jamais les effacer, et c’était ça le plus douloureux. Je savais que jamais rien n’effacerait le mal que j’avais pu faire et je le vivais vraiment pas bien. Je n’assumais pas, je n’y arrivais pas, j’avais honte aussi. Tao était mort, mes parents aussi, j’étais seul, et il avait été là, me tendant la main, et j’ai tout mélangé. M’accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage, refusant de la lâcher pour ne pas me noyer. On avait mal agi, on avait tout mélangé. Et des gens avaient été blessés à cause de nos actes. Sortant une main de ma poche j’ai attrapé ma bière, buvant plus pour me détendre que par soif. Les choses avaient tellement changé en deux ans. Les choses, mais pas seulement.

Les gens aussi. Nous aussi on avait changé, moi en tout cas, je pouvais le sentir, au plus profond de mon être. Tout ce que j’avais envie, c’était de me retrouver, d’arrêter de faire des erreurs, d’arrêter de faire des conneries, d’arrêter d’être froid avec tout le monde. Mais pour ça je devais commencer par arrêter de m’en vouloir. Je devais me pardonner, mais c’était ça le plus compliqué. « Qu’est-ce que tu deviens Elijiah ? On n’a jamais vraiment reparlé depuis… » Depuis quoi ? Depuis que nous ne sommes plus ensemble ? Depuis notre séparation ? Depuis que le monde part en live totale à tel point que l’humanité a fini par faire vraiment n’importe quoi ? Je pense que j’avais besoin de parler, de me confier, sans véritablement le faire. Me sachant largué, complétement, encore sans doute choqué par la tournure des évènements. C’est vrai, à bien y repenser, on ne c’était pas contenté de nous enfermer ici. On avait fait bien pire. On nous réduisait à néant, au stade de rien. On nous avait condamné pour un crime que nous n’avions pas commis. Je pensais au final, que nous étions les véritables victimes de cette situation. On aurait pu nous donner une chance de sortir. Mais non, faute de moyen, on avait préféré nous condamner ici, entouré de créatures dangereuses. Normal du déséquilibre mental en sachant ça.





You better lose yourself in the music, the moment. You own it, you better never let it go. You only get one shot, do not miss your chance to blow. This opportunity comes once in a lifetime yo. The soul's escaping, through this hole that is gaping. This world is mine for the taking. Make me king, as we move toward a new world order.
     
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