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 Small deaths | Jonah (sujet terminé)

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Small deaths
Jonah & Lahja

« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
Parmi tous les visages particuliers peuplant la mémoire éveillée de Lahja, la douceur frivole et candide de celui de son amie Eden s'imposait parfois plus que de raison. Comment aurait-elle pu l'oublier, cette fille si distinctive des autres ? Les reflets écarlates de sa chevelure enflammée vibraient inlassablement au sein de ses rêveries nostalgiques qui, aujourd'hui, n'appartenaient plus qu'aux vestiges d'un monde déchu. Leur rencontre datait du temps où aucun mur ne séparait l'Irlande des autres patries. Elle datait du temps où l'affreuse idée de parquer des milliers d'êtres sur une île n'était pas quelque chose d'envisageable. Ce temps était celui du secret, celui grâce auxquels ils étaient tous préservés. Encore à l'abri de la folie des hommes et de leur immense stupidité. Tout cela était à présent révolu. Les espoirs de beaucoup s'étaient oubliés dans les cendres laissées par les bombardements. La liberté quant à elle avait des parfums d'intouchable. Elle ne stagnait dans les pensées que sous l'allure d'un idéal épineux ou d'un Saint Graal nébuleux. Avant qu'elles ne se séparent, l'ingénue lui avait parlé de cette ville, fameuse cité qui ne cessait d'alimenter une multitude d'interrogations dans l'esprit de la fille du nord : River Crow. Deux simples mots revenant sans cesse se fondre au creux de son quotidien. Deux mots qui titillaient cette curiosité parfois malsaine qui vivait en elle. De ce dôme sanguinaire, elle n'en connaissait que son ancien dirigeant. Et si des rumeurs effleuraient son attention, ces dernières ne restaient qu'au rang de murmures indéchiffrables. D'abord, par instinct, l'élémentaire s'était demandée ce que cet Eden incarné était devenu. Avait-elle survécu ? Allait-elle bien ? Au plus profond d'elle, Lahja espérait. Avec naïveté, elle envisageait d'un jour retrouver sa jeune amie. Damnée par une sensibilité exacerbée, elle ne pouvait se résoudre à laisser la mort se calquer sur l'aura angélique que l'innocente dégageait. Elle refusait catégoriquement d'anéantir la remembrance de ses lèvres en demi-lune et surtout des possibilités immenses et lumineuses qu'elle avait perçu en elle. Lahja voulait croire en sa force. Elle aurait aimé présager son dessein ponctué d'une fin heureuse et sereine. Pourtant d'étranges ombres avaient toujours flotté autour de la belle Eden. La finlandaise ne se souvenait que trop bien des puissantes lueurs insanes qui dansaient parfois dans les prunelles de son amie. Et c'était comme si... Comme si un autre ravageait de flammes l'étendue céleste que représentait l'âme de la nymphe.  


Elle n'avait jamais pu ignorer les contradictions capiteuses dont faisait preuve sa jeune amie, ni même ces intonations de voix devenant plus cassantes sans raison apparente ou l'impériosité de certaines attitudes qui ne correspondait pas à la souplesse à laquelle elle l'avait si bien  habitué. Lahja s'était questionnée. Entre deux regards confus et alarmés, elle avait quelquefois cru apercevoir des appels à l'aide. N'était-ce là que le fruit de son imagination ? Dans le brouillard de ces jeux d'ombres et de lumières, s'était-elle trompée ? Encore aujourd'hui, le manque de réponses use son inconscience et souligne son inquiétude. Incapble. Lahja était incapable d'oublier un visage troublé. Il lui était impossible d'effacer une âme tourmentée. Et à nouveau, c'était son cœur qui l'avait incité à suivre les traces de la disparue car dans sa vie, au moins, elle était devenue pièce manquante. Et de cette présence douce et apaisante que lui offrait Eden sans le savoir, Lahja en manquait. Malgré son besoin d'aider ceux qui l'entourent, la sorcière scandinave n'avait que peu d'attaches mais cette fée aux cheveux de feu avait franchi les quelques frontières glacées qui la séparent habituellement du monde. Elle était devenue son amie et ce fut largement suffisant pour qu'elle s'égare dans les ruines de l'ancienne cité des horreurs. Elle y était enfin. Elle avait franchi les grandes portes de River Crow. Sur sa route, quelques êtres errants l'avaient presque déchiré du regard. D'autres, quant à eux, semblaient chercher une issue à l'enfer. Lahja avait cette sensation impropre de pénétrer dans un cimetière urbain, jardin mortuaire aux relents pestilentiels de sang. La peur sillonnant vicieusement le circuit de ses veines glacées, elle avait trébuché sur des âmes décharnées, dotées  de regards fous et blessés... Dans ces interactions sociales saccagées, la sorcière tentait d'entrevoir quelque part la lueur de celle qu'elle était venue chercher. À répétition, le prénom biblique avait quitté l'orée de ses lèvres curieuses. Eden. Eden. Eden. Eden. Où était-elle, où se cachait-elle ? De nombreuses heures avaient capitulé avant qu'un homme ne lui révèle un endroit dans lequel il disait avoir aperçu une fille répondant aux caractéristiques dont Lahja lui avait fait part.


Peut-être, disait-il.
Ils sont tous partis, disait-il.
Il ne reste plus rien, disait-il.
Ils sont tous morts pour de bon, disait-il.


De cet échange, elle n'avait retenu que le « peut-être » ; de la misère, elle ne retenait que la possibilité. Eden, pour le moment, n'avait fait que s'évaporer. Et la sorcière, quant à elle, n'admettra sa mort que lorsqu'elle aura reconnu son corps. Elle quitta cette rue délabrée, jonchée par les débris de bâtiments abandonnés pour en rejoindre une autre, toute aussi similaire à celle qu'elle venait de quitter. Pour trouver quoi ? Elle n'en savait rien mais elle voulait au moins essayer, persister alors que tout lui suggérait de baisser les bras. Dans ce qui paraissait être les restes d'une maison, la blonde était entrée. La poussière habillait chaque chose, imposant la fadeur éternelle de ce qu'exigeaient les temps anciens. Les objets pourtant inanimés avaient l'air mourants. Tout en ces lieux s'évanouissait dans l'indifférence de l'univers. Et c'est pourtant en ces pièces ivres d'agonie qu'elle aspirait à croiser son amie. Mais elle ne trouva rien d'autre que la pâleur livide du néant et le silence seul régnait en maître au sein de cette ambiance lugubre. Ce sombre inconnu avait certainement raison. Ici, la mort était impératrice et tous s'étaient éteints ou dissipés. Pourtant ce n'était pas le cas ici, dans cette bâtisse à l'odeur cadavérique. L'instant sourd avant l'ébranlement de l'aphasie. Le bruit étouffé d'un objet qui tombe au sol l'avait interpellé, elle l'incorrigible optimiste. L'inconsciente avait alors levé son regard givré vers le plafond menaçant presque de s'effondrer et doucement, elle commença à monter l'escalier qui menait à l'étage. « Eden ? » Fortement, sa voix avait cisaillé l'implacable mutisme qui enveloppait cette demeure. Comme un éclair fissurant l'immensité du ciel. Indésirable mais pourtant impassible. « Eden, est-ce que c'est toi ? » Dans l'espoir fragile, le doute restait dominant. Aucune réponse ne lui vint alors elle poursuivit son ascension et atteignit finalement l'étage. Pourtant dans son regard, le noirceur était la seule à se verser. Lahja entreprit d'ouvrir une porte, le bois abîmé par l'humidité était grinçant. Et face à elle, ce n'était ni la silhouette gracile de son amie ni la couleur opaline de sa peau. Ce corps n'avait pas sa crinière volcanique. Ces iris n'avaient pas la clarté des siens. Ce n'était pas Eden. C'était un homme. Sur le moment, la catalepsie s'était emparée de ses muscles et les questions s'arrêtèrent dans leur élan. Ses prunelles pourtant détaillaient avec précision les traits intriguants de ce nouveau visage.  
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Lahja
VEHVILÄINEN
Jonan
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Qui l’appelle ? Qui la cherche avec autant d’ardeur ? Qui pense à elle au point de l’encrer dans son âme ? Jonah passe de corps en corps, n’ayant aucun mal à se glisser dans les ombres des êtres délabrés. Ceux qui sont restés à River Crow, n’ont pour la plupart plus de raison, plus rien pour s’opposer à la volonté du Sorcier. Ils sont en ruine, comme la ville. Et lui est puissant dans la souffrance. Omniprésent dans leur démence. Il suit le fil, remonte la piste laissé par l’écho du nom de sa sœur. Eden. Eden. Eden. Il devine le trouble. L’inquiétude. La crainte de voir son corps pâle, vide de vie, ses cheveux flamboyants en couronne mortuaire. Il gronde. Il maudit. Sans pourtant en partager la peur. Il sait que sa jumelle est en vie. Il sait qu’elle va bien. Il sait même où elle est. A chaque instant. Leur magie se mêle et s’entremêle. Ils sont liés, hors du temps et l’espace. Ses ignorances sont autres. Il ne connait pas ses pensées, ses projets, ses rêves ou ses envies. Leur conscience se frôle mais ne se fonde plus l’une en l’autre. Trouvé. Caché dans une inconscience étrangère, Jonah est totalement désintéressé par son hôte temporaire. Il use juste de ses yeux, observant celle qui fouille les cendres. Lahja. Presque une dizaine d’année passée, toute un pan Historique depuis leur dernière rencontre. A l’époque il n’était rien. Une voix agaçante qui parfois faisait de sa jumelle une marionnette. C’était épuisant. Il était jeune, maladroit, manquant de pratique. Il ne parvenait pas à cloitrer entièrement sa sœur dans un recoin de l’esprit. Elle parasitait ses gestes et son regard. Illusion imparfaite, il avait pourtant réussi à éloigner cette présence qu’il jugeait néfaste. Et la revoilà. N’avait-elle pas mieux à faire en cette fin de monde ? Aujourd’hui comme hier, il ne la laisserait pas exercer une quelconque influence sur Eden.

Il observe ce que les autres ne voient pas, ne devinent pas. Il la sent particulière. Son Âme exulte quelque chose de plus. Une attraction nouvelle. Il la juge alors intéressante et change ses plans initiaux. Il ne l’égarera pas dans la ville, il ne lui fera pas perdre son temps dans les décombres, à observer les morts et les fous. Un souvenir trompeur dans une mémoire faible. Un ange de douceur, aux pommettes rondes et constellés d’étoiles rousses. Un endroit. Celui où est le corps de Timothée et les brides de l’essence du Sorcier. Une issue de secours, une trace de sa raison pour que ne plus jamais disparaître dans la Faim. C’est d’ailleurs ce qu’il le rappelle. Il a fait ce qu’il avait à faire. Plus serait trop. Un instant il disparait. Délivré de toute substance ou d’existence. Puis il réintègre ce corps qu’il proclame sien. Un instant pour s’initier dans toutes les fibres de son être. Et il ouvre les yeux, son regard sombre se fixant sur la porte. De la patience maintenant. Il s’étire longuement, penche sa tête d’un côté puis de l’autre pour faire craquer les articulations et sourit. Rien de tout ça n’était prévu mais la suite s’annonce… Distrayante. Lui qui a pour l’ennui en horreur, à de quoi occuper les prochaines heures. Le détournant de son activité sous-jacente, pister sa jumelle. Après son égarement dans la Faim, il s’est retrouvé ici. Timothée semblait vivre dans les ruines de la cité déchue. Ancienne esclave séparé de son Maître, il était déjà perdu et condamné quand Jonah l’a enchaîné. A coup sur le Manoir possédait le même don que lui. Ravagé l’âme des Mortels. D’instinct il avait su qu’Eden était proche. Tellement qu’il avait craint un instant de rejoindre son esprit, de nouveau piégé par sa force. Il s’en était éloigné physiquement, pour s’en soustraire psychiquement. Mais pas trop non plus, puisqu’il l’a suivi. Près de Tullamore. Que venait-elle y faire ? Lui y avait trouvé son compte et un à côté assez intéressant. Et elle était repartit. Non loin d’ici. Encore une fois pourquoi ? Il rentabilisait ses déplacements à ses fins mais ignorer les siennes le frustrait grandement.

Il s’égare mais n’en oublie pas son nouveau jeu. Il prend un vieux livre qu’il lâche machinalement au sol. En haut, petite souris. Il s’adosse au mur, croisant les bras. Il écoute les marches se plaindre des pas pourtant feutrés. Le parquet usé grincer et finalement la porte hurler d’être encore debout. – Mauvaise pioche. Il sourit alors, se tapant le vice de voler à Eden ses mimiques et ses traits. Il pare ce visage qui n’est pourtant pas le sien, de son innocence, allant jusqu’à usurper une malice révolu dans le regard de Timothée. Mensonge à présent parfait qu’il plonge dans les prunelles de la demoiselle, qu'il prend soin de détailler. –Elle n’est pas ici, Lahja. Il tient à attiser ses troubles. A la déstabiliser. Créer une brèche dans son esprit affûté pour ensuite s’y faufiler. Comprendre ce que son Âme a de plus que les autres, d’où vient cette lumière qu’il rêve déjà d’obscurcir. – Peut-être même qu’elle n’est plus là du tout.

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Elle ne connaît pas ce visage ni même cette voix étrangère qui s'élève dans l'espace délabré qu'ils occupent tous les deux à cet instant. Sur ses traits inconnus, Lahja devine l'Asie, continent lointain ; bout du monde à présent inaccessible qui est bien à des années-lumières de l'ethnie occidentale de la disparue. Le garçon l'appelle par son prénom. Comme s'il la connaissait. Comme s'ils s'étaient déjà rencontrés auparavant. Pourtant la scandinave a beau fouillé dans les vestiges les plus minimes de sa mémoire assidue, elle ne parvient pas à retrouver de zygomatiques similaires à celui qui lui fait face actuellement. L'aurait-elle oublié ? Elle qui pourtant peine à effacer les images que son regard translucide attrape à la volée. Qui était-il et d'où la connaissait-il ? Avait-il croisé Eden ? Savait-il seulement qui elle était ? Tant de questions qui s'essoufflaient déjà de trop tourner en rond au sein de son esprit soudainement en alerte. Régie par une curiosité brûlante, les prunelles acérées de la finlandaise cherche des détails, des indices, qui pourraient lui rappeler cet homme paraissant si jeune dont il ne lui reste nul grain de poussière. Aucun souvenir de cette peau laiteuse, aux reflets de porcelaine. Aucune trace de cette nuit sans fin qui enveloppait son regard pénétrant. La frustration était telle qu'elle commençait doucereusement à en pointer le bout de son nez. Lahja n'aimait pas être dans l'ignorance et n'était que trop peu habituée aux surprises. Cartésienne, elle aimait être préparée, bercée par le confort des informations qu'elle avait enregistré au préalable mais là... Là, elle ne possédait qu'un énorme point d'interrogation. Autour de cet être énigmatique flottaient d'étranges énergies, spectres noirs ponctués de paradoxes qu'elle avait du mal à déchiffrer. Mauvaise pioche. avait-il dit, comme pour annoncer la couleur. La sorcière était encore loin de savoir à quel point il avait raison. Son intérêt ne volait pour l'instant que vers son amie, Belle Eden, qu'elle se sentait presque dans le devoir de retrouver et de protéger. Ce rictus qu'il avait affiché transpirait d'une complexité glaciale qui aurait dû lui indiquer les dangers vers lesquels elle courait inconsciemment. Quelque peu aveuglée par ce besoin authentique de concrétiser ces retrouvailles, elle en oubliait de grimper les échelons de sa méfiance légendaire. « Pardonnez-moi mais je ne me rappelle pas vous avoir déjà croiser un jour. » commença-t-elle, bien droite et attentive aux moindres faits et gestes de son mystérieux interlocuteur.

« Comment connaissez-vous mon prénom ? Et surtout quel est le vôtre ? » Première réelle question. La plus évidente, d'ailleurs. Perplexe, Lahja se demandait ce qu'il avait voulu lui faire comprendre en lui suggérant la disparition complète de celle qu'elle s'acharnait d'atteindre. Si elle était partie pour ne pas relever ce noir dessein, elle ne put pourtant s'empêcher de froncer les sourcils avec mécontentement. De quel droit se permettait-il de faire allusion à de pareilles choses ? « Est-ce que vous savez de qui je parle ? » Peut-être qu'il avait des informations au sujet de son amie, peut-être même qu'il savait où elle était actuellement. La sorcière blanche niait cette idée funéraire de tomber nez à nez avec la dépouille de la jeune femme. En son cœur, quelque chose lui disait qu'elle était encore là, quelque part et que bientôt, cette distance entre elles disparaîtrait. L'espérance en elle était comme un océan sauvage dont les vagues n'écoutaient rien si ce n'est que le vent des essences originelles. Impassible, sa bienveillance persistait au-delà de son angoisse à affronter de nouvelles pertes. Frasques fiévreuses et diaphanes de la chaleur métaphysique de ce sentiment oublié qu'est l'amour. Comme des forces contraires qui s'attisent, la silhouette ténébreuse qui se tenait devant elle grouillait de nouveautés et de clandestinités à élucider. Le feu opalescent de sa magie naturelle grésillait au son des intonations pour le moment discrètes de cet autre qu'elle cherchait à démasquer. Il l'intriguait. Il la perturbait. De par cette aura noirâtre qui léchait son corps et ses impulsions musculaires. Quelque chose clochait, quelque chose sonnait terriblement faux mais pour le moment, elle était incapable de lever le voile sur ce malaise lancinant.

Lui ne semblait pas le moins du monde déranger par leur rencontre. En ce terrible lieu, il paraissait même à l'aise. Comme un poisson dans l'eau. Et cela n'arrangeait pas les impressions nébuleuses que la blonde commençait lentement à se faire à son sujet. Dans un accord tacite, l'homme avait tracé une nette frontière entre leurs deux âmes. Pressentiment fugace et circonspect, de cet esprit qu'elle avait trouvé par mégarde, suintait des douleurs sans nom, des peines anciennes. Toutes différentes. Toutes particulières. Et elle, la douce élémentaire, se demandait bien à qui elle avait affaire. Que risquait-elle réellement ? En franchissant les portes de River Crow, elle avait prit en compte certains risques auxquels elle allait s'exposer mais les forces qu'elle décelait en examinant la source de tous ces doutes étaient loin d'être déchiffrées comme bienfaitrices. Naïvement, elle espérait qu'elle se trompait, que tout cela n'était dû qu'à l'ambiance chaotique dans laquelle ils débutaient à peine leur conversation. C'était sa compassion qui parlait, sa bonté d'âme increvable qui la forçait à entrevoir quelque chose de bon alors qu'ici, seul le Mal élevait ses progénitures. Eden, pourtant, chantait encore dans sa boîte crânienne, transperçant l'épais manteau de suie qui recouvrait cette demeure perfide et l'être qu'elle venait de découvrir inopinément. Elle ne se fiait qu'à ces murmures rassurants, maintenus par une amitié qu'elle refusait d'abandonner de si tôt.
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Dans ses prunelles azurs, il pose les siennes, aussi noir que l’obscurité, pour entrapercevoir les questionnements de son Âme. Amusé, Jonah observe les rouages tourner dans l’esprit de son invitée. Il est celui qui souffle, qui attise la tempête. Habile dépression onirique. Il flirte avec ses pensées, sans pour autant s’y infiltrer. Pas encore. Trop tôt. Trop risqué. Elle respire l’espoir. Et il n’a pas besoin de ronger sa conscience pour savoir que c’est celui d’Eden en vie qui est le plus étincelant à cet instant. Lumière qui l’aveugle. Astre qu’il doit écraser et rendre au Néant. Ironie du sort, sa jumelle protège les proies qu’il se choisit, sans même le vouloir. De son simple souvenir. Il manque de s’agacer. Fût un temps où sa colère serait déjà grande. Qu’il aurait détruire sans y réfléchir. Mais il a appris de ses excès, évoluant pour toujours mieux s’adapter. Survivre. Alors il se contente d’un sourire à ses premiers mots, lui accordant un regard malicieux. – C’est parce que tu m’as vu sans me voir. Que tu m’as connu sans me connaître. Mais soit en sûr, nos routes se sont déjà croisées. Il rit. – Je te laisse y réfléchir. Il souffle sur les braises de ses doutes, nourrit son incompréhension d’informations vraies, mais insaisissables. C’est un brasier de confusions qu’il veut allumer. Que ses réflexions se tournent vers des questions épineuses. Que son esprit s’y blesse et s’y affaiblisse. Il l’aura sa brèche béante et il s’y engouffrera sans bruit. Il vient s’asseoir sur le rebord de la fenêtre, observant un instant la rue déserte. Pas un brave pour affronter les dangers de la nuit. Il agit en maître des liens, suffisamment à l’aise pour la délaisser un instant. Avec pour compagnie, les suppositions et leur incertitude. Lui a aussi les siennes, mais il calme leurs appétits en les nourrissant de bientôt. Il veut connaitre la nature de la jeune femme. Comprendre ce qu’il sent de différent chez elle et qui trouve un écho déformé chez lui. Savoir ce que qu’elle est, pour mieux saisir ce qu’il est lui-même.

- C’est toi qui me l’as donné.
Elle a de nouveau son attention. Il est temps de semer maintenant. – Mais il est vrai que tu n’as jamais connu le mien. Il pourrait presque se faire nostalgique. Quelques années en arrière et pourtant l’allure d’une ère révolue depuis bien des millénaires. – J’étais plus… Discret à l’époque. Une voix dans une tête. Une volonté qui peinait à avoir une emprise sur la réalité. Une folie qui avait la rage d’exister. Mais un nom que peu de lèvres prononçait. Il passe sa main dans ses cheveux sombres pour les dégager de son front. – Jonah. Je suppose que le savoir ne t’aide pas beaucoup. Un nouveau rire enfantin. Vois comme il retentit dans ton crâne. Comment il ébranle tes souvenirs. Il t’est familier n’est-ce pas ? C’est sans remord qu’il vole la candeur de sa sœur. Il l’a tant de fois imité qu’il résonne d’authenticité. – Evidemment. C’est pour Eden que tu es venu ici. La douce et belle Eden. C’est elle que tu cherches en vain. Et son omniprésence dans ses pensées lui causent quelques désagréments. Une empreinte de sa jumelle qui l’empêche de bien faire son travail. Il se heurte à ses convictions. – Pourquoi ? Finit-il par demander après quelques secondes de silence. – Tu l’as laissé il y a bien des années… Des occasions de la revoir… de la protéger, il y en avait plein. Oh oui, il devine cet instinct qu’éveille la rousse. Protéger ou détruire. Elle ne laisse jamais indifférent. Il continue sa perfidie, excellant quand il s’agit de déstabiliser une conscience. – Mais tu attends la fin du Monde pour t’inquiéter de ce qu’elle devient. Il pose ses pieds sur le sol et fait quelques pas dans la chambre, s’étirant. Comme si la conversation était anodine, comme si l’instant n’avait rien de… particulier. Deux connaissances qui se retrouvent et qui discutent du temps passés et des souvenirs heureux. – Et puis que fais-tu là d’ailleurs… Ta patrie n’est pas ici… Et venir de ton plein grès en de pareils circonstances, juste pour les beaux yeux d’Eden…Il fait une légère moue - J’en doute… Il secoue la tête, pensant à voix haute, au fur et à mesure qu’il remonte le fil. Il triche, lui a toutes les cartes en main pour comprendre. Si elle est là… C’est sans doute qu’elle n’a pas eu le choix… Et si elle n’a pas eu le choix… Il sourit. Un sourire qui pour la première fois n’a plus rien de chaleureux. Que tout cela le met de bonne humeur.

Une mine contrite à présent. Un soupir lourd de sous-entendus. – L’intention est bonne Lahja, profiter d’être enfermer ici pour lui porter secours… Mais n’est-il pas trop tard ?Eden n’a pas attendu la Guerre pour souffrir. La vérité est une arme redoutable. Jonah en a fait son instrument de torture favorite. Il maîtrise la finesse de son tranchant pour entailler les Consciences. Et elle en a une. Elle s’embarrasse de la bonté, de la bienveillance. Elle s’attache, distribuant ainsi ses faiblesses à chaque personne qui gagne son affection. Détruire l’espoir. Piétiner la foi. Entaché la pureté du souvenir de sa jumelle. Ne pas perdre de vue l’objectif. Il s’adosse au mur et croise les bras contre son torse. Es-tu prête à entendre ce que j’ai à dire ? Veux-tu réellement savoir ce qui est arrivée ? Penses bien à tes prochaines paroles, pèses bien tes mots. Pose tes questions. Mais ne te plaint pas des réponses. Jonah n’est pour une fois pas responsable de l’agonie qu’a pu connaître Eden. S’il est vrai qu’elle se retrouvait dans des situations peu enviables au manoir, souvent par sa faute, ce n’est pas lui qui l’y avait fait venir. Et il a toujours œuvré pour les en sortir. Il a bien des moyens de faire mal à la Sorcière. Il n’a qu’à piocher dans les horreurs que les Immortels lui ont infligées. Percutant de véracité. Le bon ton. Choisir le moment. Il avance ses pions. Il n’est plus dans la préparation. Il est dans l’Action. Les secrets de Lahja ne le seront plus longtemps. Il les dépouillera un à un… reste à savoir ce qu’il fera ensuite. Hors de question de la laisser retrouver sa sœur. Hors de question qu’elle est une emprise sur elle. Il la sent… Puissante. Et ce n’est pas Humain. C’est beaucoup plus appétissant.


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« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
Le tutoiement suggérait les retrouvailles imprévues de vieilles connaissances mais la finlandaise était comme prise d'amnésie fugace, d'oubli intempestif à l'égard de cet homme qui semblait s'amuser du questionnement virulent qui s'était saisi de son esprit, se traduisant alors par la confusion de son regard perdu dans le sien et ses expressions faciales bancales. Elle ne savait pas. Ne comprenait pas où l'individu espérait la mener avec le brouillard opaque des réponses qu'il lui offrait. Les allusions s'enchaînaient, inlassablement suivies par de nouvelles interrogations intérieures. Lahja tentait de mettre le doigt sur le point de départ, la brise légère qui fut à l'origine de la tempête dissimulée qui vivait en l'Âme calcinée de celui avec qui elle partageait l'oxygène de cette pièce fracassée. Il affirmait avec confiance qu'ils s'étaient déjà croisés, lui laissant l'option clémente de la laisser réfléchir. Mais réfléchir à quoi ? À travers l'obscurité brute qui enveloppait son être tout entier, elle cherchait la franchise claire et translucide de ce qu'il osait prétendre. Cependant la vérité en lui ne semblait être qu'un fardeau, un poids avec lequel il semblait refuser de s'encombrer, préférant les subtilités sinueuses et probablement mensongères à la vérité pure et authentique des mots sans détours. Il n'était pas coutume pour le femme du nord de tergiverser de la sorte. Sa voix cristalline était sans ombres ni masques. Des flots sincères s'en libéraient, elle n'envisageaient que rarement le goudron des artifices, sachant pertinemment qu'ils n'étaient ni fiables ni assez forts pour résister aux parfums capiteux de la réalité. Si son esprit était libre de s'envoler au-delà de ce que la douleur et la souffrance lui imposait, sa raison elle restait bien enfoncée sur le sol que ses pas foulaient. Lahja ne pouvait pas s'autoriser de se perdre dans les illusions mordorées d'un univers plus chaleureux et sûr que celui dans lequel elle vivait. Sur ses épaules, pesait le poids de l'avenir de son peuple et sa méfiance était devenue quasiment automatique car nécessaire pour survivre, continuer à se battre pour enfin s'élever. Elle ne flancherait pas de trop se perdre dans des questionnements brûlants. Elle n'allait pas s'arrêter de chercher son amie et s'était même promis de la retrouver. La finlandaise avait la volonté des gens de son royaume. Pour surmonter les températures polaires, il fallait savoir endurer ses morsures et les douleurs que le noir apportait avec lui. Malgré cette lumière qui inondait ses poumons et les ventricules de son cœur abîmé, elle était familière avec les monstres et les peurs. La noirceur et les aléas de la morosité.

En silence, elle avait laissé l'homme s'échapper quelques instants, passant en revue les images floues de son amie, Eden. De ce qu'elle se rappelait d'elle et de son être. De cette Âme étincelante qui brûlait en elle. Pourtant perturbée par les échos étranges du rire de ce trouble-fête qui empiétait sur les sentiers de sa mémoire. Les fêlures de son amie lui étaient restées étrangères, bien que pourtant évidentes. Lahja s'était montrée concernée, comme toujours. Elle avait ressenti le désir de comprendre les affres nébuleuses qui la rendaient parfois si fermée. Paradoxe étonnant qui n'était pas en harmonie avec les facettes réelles qu'Eden lui avait démontré. En suivant le fil de ses idées nombreuses, Lahja se demandait si lui n'était pas la source de toute cette perdition, de ce malaise évident qu'elle ressentait parfois lorsqu'elle était aux côtés de la belle rousse. Elle ne lui laissa pas vraiment le temps de couper cet instant, récupérant son attention en s'informant sur son identité, espérant simultanément qu'il cesserait de jouer aux devinettes afin de s'exprimer avec sincérité. Lorsqu'il parlait, l'élémentaire l'écoutait, absorbant ses mots comme s'il s'agissait d'un élixir précieux. Il ne fallait pas en perdre une miette car cela aurait sûrement été comme prendre le risque de perdre définitivement la seule trace tangible qu'elle avait trouvé à propos d'Eden. Mais même lorsqu'il dévoile les deux syllabes de son prénom, elle ne parvient pas à le situer. Nulle part. Jonah. Prénom qui semble commun mais qui pourtant, sur l'instant, résonne comme l'une des plus grosses énigmes qu'elle se doit d'élucider. Et puis ce rire qui s'élève, qui bafoue le compréhensible, parfaite réplique de celui qu'elle assimilait comme appartenant à son amie. Eden qu'il connaissait de par sa manière d'en parler, de la décrire aussi. Qui était-il pour elle donc ? Comment arrivait-il à s'approprier aussi parfaitement la malice et la douceur innocente de son rire ? S'il parvenait à effleurer un tel exploit, c'était qu'il devait être un de ses proches, qu'il avait dû vivre avec elle un très long moment. Les déductions valsaient dans son encéphale comme un refrain impossible à faire disparaître. Elle suintait littéralement d'incompréhension, osant même aborder les frontières du réalisme pour vagabonder dans les frénésies particulières des êtres différents qu'ils étaient tous deux.

Lui brisa le silence qui s'était glissé entre eux, lascif et oppressant, Lahja refusant de perdre pour autant le fil de ses convictions. Pourquoi était-elle là ? Pourquoi courait-elle après les souvenirs vagues d'une âme qu'elle ne connaissait pas vraiment ? La vérité était qu'elle n'avait pas besoin de raison car elle avait appris que chaque vie était précieuse et qu'aucune ne méritait l'abandon. Il poursuivait, réfléchissant à voix haute, faisant trembler sa culpabilité, alourdie d'une conscience éveillée et humaniste. Si elle regrettait de ne pas avoir agi avant ? Bien sûr. Si elle condamnait pour autant la possibilité qu'elle ait survécu ? Pas du tout. « Je l'ai laissée car elle prétendait pouvoir s'en sortir. À vrai dire, elle en était convaincue. » Chose qu'elle avait d'ailleurs trouvé étrange puisque la veille, ses troubles semblaient diluer en elle une terreur habituée, un sentiment d'étouffement familier. Jonah revint vers elle alors que son esprit analytique décortiquait peu à peu les ressemblances, fouillant dans les poussières de cette identité dédoublée. Le voilà qu'il doutait de ses intentions, accusations qui tiraillaient les traits habituellement tranquilles de la sorcière blanche. Il la poussait à s'interroger constamment, à remettre en questions les raisons qui l'ont poussé à traîner dans cette ville cadavérique. Les propos du jeune homme l'inquiétaient davantage lorsqu'il parlait de la souffrance de son amie. Qu'était-il arrivé ici ? Lahja était si loin de l'Irlande lorsque l'empire de Léandre crissait d'horreurs. Elle était si loin des morbidités qu'il avait pu infliger aux âmes perdues, prisonnières de ces lieux. « Le fait est que je ne suis pas du genre à abandonner. Qui que vous puissiez être, vous ne me ferez pas changer d'avis sur ce que je suis venue faire à River Crow. Si vous la connaissez et si vous l'avez vu souffrir, pourquoi n'êtes vous pas intervenu pour empêcher cela ? » Cela lui semblait impossible qu'on assiste à la douleur et qu'on regarde la souffrance d'autrui droit dans les yeux comme si cela n'avait aucune importance.

Cela la menait à se demander à quel genre d'être cet homme appartenait. Qu'était-il exactement ? La solution sommeillait peut-être dans l'identification de sa race et de ce dont elle était capable. « Vous n'êtes pas humain, n'est-ce pas ? » dit-elle, le regard empreint d'un peu plus de jugement que ce qu'elle n'aurait voulu. « Vous dégagez ce quelque chose d'inhumain que je croise, malheureusement, trop régulièrement ces derniers temps. Alors dites-moi, épargnez-moi les faux semblants. » Elle en fut presque agacée de chercher sans trouver, d'imaginer sans être sûre. « De quoi êtes vous capable, Jonah ? » Elle ne craignait pas d'affronter les terreurs nocturnes qui peuplaient l'océan de son regard noir. La question essentielle, à présent, résidait en ce qu'il avait pu faire à la Belle Eden.
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Ne lutte pas, petite fille. Ne résiste pas. Tu ne peux saisir l’insaisissable. Je suis déjà l’ombre de tes doutes. J’en ferai des peurs qui te réveilleront au milieu de la nuit, en sueur et en pleur. Je diluerai ta raison dans ma folie. Je la ferai tienne. Tu te regarderas dans le miroir sans parvenir à te reconnaitre. Les autres se détourneront de toi. Un à un. Personne n’aime à regarder le reflet de sa démence. Tu seras seule, perdue et tu te tourneras vers le seul guide qui te reste. Cette voix dans ta tête. Cette voix que tu t’étais juré de ne jamais écouter. Tu la jugeais, tu la condamnais mais elle sera ton seul refuge. Tu ne seras pas toujours d’accord avec ses choix. Tu lutteras contre certains. Tu t’en voudras pour beaucoup. Tu réaliseras alors que tu es impuissante. Pathétique. Puis viendra le tour de ton corps. Lui aussi te fuira, t’enfermant dans une prison d’où nul ne peut sortir. C’est toi qui seras alors la voix. Tu verras à travers tes paupières, tu entendras à travers tes oreilles, tu penseras, fort, dans ton esprit. Mais tes lèvres ne bougeront plus sous ta volonté, elles resteront muette pour exprimer tes désirs. Fermés sous tes appels à l’aide. Je détruirai alors tout ce que tu as pu chérir. Tout ce que tu as pu aimer. Et je me régalerai de tes cris, audibles seulement pour moi. Peut-être qu’à cet instant alors, je délivrai ton âme de ses tourments. Que j’abrégerai son agonie pour enfin la confier à la mort. Peut-être.  Dans l’iris de son regard sombre, Jonah laisse un instant l’horreur de cet avenir se lire. Une brèche sur une possibilité. Une probabilité. Il use de son don avec parcimonie, se contentant de suggérer plutôt que de briser. Il ne peut se permettre d’abuser une fois encore. Il a déjà payé les conséquences d’un excès, il y a peu. Juste parce qu’il voulait impressionner Balian. Objectif qu’il a sans doute atteint, conséquences douloureuses qui ont pesées aussi bien sur le corps de Timothée que sur l’entité. Ça le pousse à jouer avec d’autres cartes que la brutalité de ses intrusions, ou la violence de son appétit. Aujourd’hui, il joue dans la finesse. Dans le ressenti. C’est comme jouer du violon, il faut manipuler des cordes fines, les faire vibrer à tes endroits bien précis pour en tirer les notes choisis, qui formeront une mélopée voulue. Jonah écrit sa partition et fera danser le Diable en personne.

- Tu l’as laissée… Parce qu’elle était persuadée qu’elle pourrait s’en sortir
. Il rit, applaudissant un instant. – Lahja… Si Eden avait prétendue qu’elle pouvait voler… Il sourit, se rapprochant d’elle, faisant le tour de sa personne, sans  cacher le regard qui la parcourt. Qui l’étudie. Il veut apprendre ce langage muet qu’elle exprime. Il veut pouvoir deviner quand elle cache, quand elle ment. Quand elle est mal à l’aise. Observateur. Méticuleux. Il passe dans son dos, sa bouche se rapprochant d’une oreille pour y souffler son poison. -  … Tu l’aurais regardé sauter d’une falaise ? Son excuse était stupide. Il la balaie comme le reste afin qu’il ne lui reste rien pour dissimuler sa culpabilité ou ses remords. Il fouille dans ses propres souvenirs. Ce n’est pas toujours évident. Avant il y avait ceux de sa sœur qu’il pouvait dépouiller mais maintenant il n’a plus d’esprit bien à lui. Il doit chercher à l’intérieur d’autre chose. Il revoit Eden dans les Landes. Il l’y avait égaré pour qu’elle admette enfin avoir besoin de lui. Retiré dans un recoin, lui observait. Qu’elle était têtue sa jumelle. Il aurait aimé voir à quel point. Hélas Lahja avait tout gâchée en lui venant en aide. Il se recule de quelques pas, s’adossant au mur, derrière elle. Elle se débat dans l’océan de ce qu’elle ignore, tant de se raccrocher à ses certitude. Elle est forte. Elle est puissante. Jonah le ressent sans peine. Sa gourmandise le titille un instant mais il la contient. Pas maintenant. – Tu savais qu'un truc sonnait faux chez Eden. Tu savais que… Quelque chose la rongeait. La faisait souffrir et marquait son regard. Jonah ne doutait pas qu’elle avait pu l’entrapercevoir, lui, flamme pourpre au milieu de l’océan turquoise des yeux de sa jumelle. - Pourtant tu ne t’es pas écouté. Ça il s’en souvient. Il n’oublie jamais les brèches qu’il voit fissurés une âme. – Pourquoi ? Tu avais mieux à faire ? Sa compagnie te déplaisait ? Ou toutes tes belles paroles sur une amitié forte, à l’épreuve du temps et de la distance n’étaient qu’un ramassis de connerie ?

Oh… Pauvre chérie. Incapable de regarder la douleur animée les autres… Bouhou, l’entité pourrait presque lui tapoter affectueusement le crâne, il se contente cependant d’un sourire navré, alors que ses prunelles pétillent d’une malice presque enfantine. Pervertie. – Parce qu’elle était convaincue qu’elle pouvait encaisser. Il penche la tête sur le côté, amusé. – Quand j’y songe, il est vrai que parfois, son corps tremblait alors que les tortures avaient pourtant cessées. Comme si la souffrance était encore infligée, comme si il savait qu’elle reviendrait. Elle serrait les poings et les dents… Tentant de noyer ses larmes. Il pousse un soupir profond. L’expiration sonne comme lourde. Presque dure à évacuer. Comme si cela le touchait. Tout vole en éclat quand il rit de nouveau. Il est difficile de dire ce qu’il ressent ou ce qu’il ment, tant les deux s’entremêlent. – Quelques événements me font effectivement penser que je n’ai rien de très humain. Quelle perspicacité ! Bon, par contre pour l’instinct de survie on repassera. Il se détache du mur et revient vers elle. Il fouille dans ses poches et en sort une clope qu’il s’allume, prenant le temps des silences. Tout aussi efficaces que ses joutes orales. Elle admet qu’il soit inhumain avant tant d’aisance. Sans même que son esprit se heurte à la pensée de l’improbable. Elle est une humaine qui sait depuis longtemps que les Monstres existent. Qu’ils ne se cachent pas sous nos lits pour nous en tirer, mais nous y plaquent pour nous y abuser. Connaissait-elle déjà ces faits quand elle a croisé le chemin d’Eden ? Une nouvelle brèche à lézarder. Jonah trouvera n’importe quel doute pour s’engouffrer dans ses pensées. Qu’importe le temps que ça lui prendra.

Elle s’y connait visiblement mieux que lui sur les créatures qui peuplent le monde, surtout l’Irlande en ce moment, peut être… Peut-être qu’elle saurait ce qu’il est. Qu’elle pourrait l’éclairer sans le vouloir sur sa nature. Lui apprendre d’avantage. Elle ignorait ce qu'il était, mais aussi ce qu'il savait. Lui, ne peut que dire ce qu’il n’est pas. Mortel. Vampire. Lycan. – Quelle petite maline… Tu cherches à comprendre n’est-ce pas ? Le lien que j’ai avec Eden… Quand nous nous sommes rencontrés. Peut-être même que tu mêles les deux… Mais pour t’en assurer, il faudrait que tu sache ce que j’ai dans le ventre. Quelle horreur mon délicieux regard peu bien cacher. Il souffle un nuage de fumée, autant hors de ses poumons que dans le mental de la jeune femme. Tout ébranler. – Oh évidemment je pourrai te le dire mais… où serait le jeu ? Quel mérite aurais tu ? On a rien sans rien, Lahja. Restait à déterminer ce qu’il voulait exactement. Lui-même, l’ignorait encore.



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« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
L'acrimonie d'une fatigue pesante s'incrustait en elle, tétanisant pour un instant la vitalité de ses songes et les candeurs de ses forces vaporeuses. Assommée par la dissonance de ces mots qui déambulaient dans son esprit sans comprendre leurs origines, elle était lasse. De plus en plus agacée face à l'écoulement nauséabond du temps qu'elle passait en compagnie de Jonah. N'était-ce donc que cela ? N'avait-il pas autre chose à démontrer que ce qui était devenu commun et banal dans ce monde décharné ? Il semblait s'être détourné de tout espoir, rongé par les mites d'un pessimisme qui se prenait pour des réalités. Le sentiment moribond qui se diluait dans les artères de Lahja la rendait presque amère, comme l'acidité d'un poison doucereux et pourtant si intoxiqué qu'il pourrait en faire éclater son cœur fatigué. Dans ce regard d'horreurs appartenant à son interlocuteur, la finlandaise se noie, doucement mais sûrement, au sein d'un océan de torpeurs qu'elle refuse pourtant d'entendre et d'agréer. Dans la lourdeur étouffante de ces mots qui gangrènent son esprit, elle reste pourtant impassible au chaos qui envenime leur dialogue lacéré. Elle sentait son myocarde s'écraser sous la force d'un étau invisible, celui d'une culpabilité que cet homme tentait de lui injecter dans les veines, celui de sa conscience qui encaissait, petit à petit, les échardes machiavéliques que l'étranger se plaisait à enfoncer dans la volupté fragile de son Âme. Ces épines d'acier faisaient écho à la fille auréolée de bonté, à celle en qui elle avait vu une âme similaire à la sienne, à celle qui répondait au tendre prénom d'Eden. Sur elle, Jonah dessinait des écorchures imperceptibles, créant inévitablement l'odeur de futures nuits blanches. Il démontrait les failles, son manque de présence. L'abandon de celle qu'elle avait pourtant toujours désiré protéger. Son rire balaie ses émotions tendres pour les absoudre dans les flammes violentes du regret. Il en vient à tourner autour de son être tel un fauve prêt à la dévorer, récitant en murmures l'une de ses phrases parfaitement agencées qui glisserait dans la chair de ses ventricules pour lui rappeler ces plaies qu'elle a laissé se former en l'innocence incontestée de l'Eden sacrée. « J'ai cru en sa force et c'est toujours le cas. » Au-delà des douleurs, au-delà des immondices qu'elle avait pu vivre, l'élémentaire était convaincue que son amie possédait cette flamme en elle, celle qui l'empêcherait de sombrer, celle qui de par sa lumière virulente serait apte à la garder sous sa protection universelle. « Mais ce qui est certain, c'est que je ne l'aurais pas regarder sauter de cette falaise. Est-ce que toi, tu l'aurais fait ? » Le vouvoiement s'effaçait sous les émotions qui labouraient son esprit pourtant toujours insaisissable et increvable. La mélancolie l'avait certes envahi mais elle ne pliait toujours pas sous son poids. Elle espérait, toujours. Elle aimait, toujours.

Il parlait d'un savoir dissimulé, obstrué. Lahja fut persuadée qu'elle s'en sortirait, qu'elle dépasserait cette ombre, tapie dans les profondeurs les plus sinueuses de ses prunelles. Le regard de son amie est resté intact en sa mémoire. Vestige doré de cet aria qu'elle pouvait presque entendre s'échouer dans l'air en compagnie de cette petite ingénue qu'était Eden lorsqu'elle l'a rencontré. Dans les plaines, en perdition certaine. Tout en elle semblait confus et tourmenté par des forces que la blonde pouvait sentir mais qu'elle ne pouvait pourtant voir. Très vite, toutes les deux s'étaient liées. Comme une évidence dont Vehviläinen ne pouvait nier l'authenticité. De cette authenticité, les blessures qui l'envahissaient lentement aux paroles défigurées de celui avec qui elle conversait. Oui, elle l'avait vu ce spectre nébuleux. Elle avait reconnu son obscurité et son cœur s'était inquiété de déchiffrer les tourments qui faisaient tourner la psyché de la femme aux cheveux enflammés mais cette conviction dont elle avait fait preuve aux remarques angoissées de Lahja l'avait désarçonné car elle était vraie. En imposant cette force, elle n'avait vu aucun mensonge, elle n'avait perçu aucun trouble dans sa voix cristalline. « S'il s'agissait réellement d'un ramassis de conneries, rappelle-moi ce que je fais ici à discuter avec quelqu'un d'aussi accusateur et arrogant que toi. » C'était l'espoir, ce désir incommensurable de la voir qui avait nourri son obstination à la retrouver. « J'aurais dû l'emmener avec moi... » soufflait-elle, mordue en pleine poitrine par un état de faits bien trop retardé. Là était son erreur. Là était son crime. Elle le savait et s'en jugeait ardemment pour cela. Elle en mesurait toute l'ampleur à la réponse que l'entité noire lui offrit, lui retournant ses propres mots, lui indiquant qu'il la pensait, comme Lahja, capable d'encaisser. Ce fut comme une gifle verbale, un torrent de givre contre la chaleur des souvenirs rieurs qu'elle partageait avec Eden.

La suite de ses propos n'en fut que plus meurtrière. Il semblait avoir été le témoin de tortures, d'enfers que l'on infligeait à la silhouette frêle qu'était l'Eden qu'elle a connu. La souffrance de ses chairs lui paraissait presque perceptible lorsqu'elle imaginait la petite s'effondrer de ne plus savoir compter sur ses deux jambes. En l'écoutant proférer ces effluves d'atrocités, elle a croisé les bras sous sa poitrine, cherchant à réchauffer ses mains, gelées par la froideur indifférente qu'il dégageait. Il se mouve avec arrogance, s'allumant une cigarette comme s'ils échangeaient des banalités tout à fait communes et sans intérêts. Cela sautait presque aux yeux que ce corps ne pouvait transporter un simple esprit humain. Dans toutes les vilenies qui suaient de sa voix, Lahja subissait l'écœurement brûlant de ce qu'elle désignait, personnellement, comme étant de la magie noire. Cette dernière soulevait en elle des vagues monstrueuses, encombrées de puissance et de cupidité face auxquelles elle résistait malgré les bourrasques de volonté qu'elle pressentait en cet individu. Il lui avouait sans peine qu'il n'était pas humain, laissant flotter des suppositions morbides dans les phrases qu'il décidait de lui jeter à la figure, laissant échapper un épais nuage de fumée au questionnement persistant de la jeune femme. Jonah s'amusait de cette confusion, de ses points d'interrogation qui traînaient en longueur. Il contemplait son mental s'entortiller, se délectant pratiquement de la frustration progressive qui envahissait Lahja depuis le commencement de cette conversation. « De nous deux, tu es bien le seul à t'amuser, crois-moi. » Lahja savait pourtant faire des compromis. Depuis le déchirement apocalyptique de l'Irlande, négocier faisait partie de son quotidien. « Je t'écoute. Dis-moi ce qu'il faut pour que ta langue fasse preuve d'un peu plus de franchise. » Ses poings s'étaient serrés inconsciemment, contractant quelques uns de ses muscles qui, sous le froid humide, se solidifiaient minutieusement.
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Croire. C'est bien un Vice humain ça, tiens. Croire en un Dieu tout puissant, pour justifier des guerres Saintes. Croire en leur supériorité naturelle, pour asservir le monde à leurs caprices. Croire qu'ils sont à l'abri de tout, pour dormir sur leur deux oreilles. Croire. Toujours. Pour se protéger, pour se dédouaner. C'est une excuse derrière ils se cachent. "Oui mais j'ai crû que..." Croire n'est pas assez. Croire s'est se leurrer. Je ne crois en Rien. Parce contre, Je sais beaucoup. je vérifie. Je m'assure. Les croyances n'apportent rien qu'un apparent réconfort. Hérétiques. Croire c'est ma vision de la folie.


L'entité secoue la tête, désapprobateur. Il pose une main sur l'épaule de la sorcière, comme le ferai un adulte compatissant face à la sottise d'un enfant. Jonah corrompt tout ce qu'il touche. Il pervertie la Nature des choses, les déforme et les presse jusqu'à ce que le pire en sorte. Il soupire dans un sourire, amusé de sa question. Il fait d'ailleurs mine d'y réfléchir. - Si Eden était persuadée qu'elle pouvait voler ? Hmm. Il rit et tourne sur lui même en déployant ses bras comme des ailes. L'avantage quand on passe pour un dément, c'est qu'on peut tout se permettre. - Je l'aurai moi même poussé de la plus haute montagne. Il travestie la Vérité pour lui dire ce qu'elle veut entendre. Ne suis pas je monstrueux après tout ? Il inspire longuement. Se gorge de cette air où l'espoir se flétrit. Avant la fin de la conversation, il en aura fait une fleur asséchés. Une de plus à rajouter à sa collection. Il note le tutoiement, la patience qui s'essouffle. Il jauge la structure de la conscience qu'il affronte. Il s'en rapproche de plus en plus, aperçoit entre les voiles que sa Magie déchire, les failles dans son architecture. Il devine où taper de ses mots pour en effriter la pierre. La femme est solide. Mais son âme tendre. La culpabilité la transperce si facilement.

- Ce que tu fais ici ? Voyons... Il secoue la tête, de nouveau face à elle. Cette fois ci, sa main se pose un sur sa joue, quelques secondes, alors qu'il sourit en penchant la tête sur le côté. - Tu te rachète une conscience. Un nouveau rire. Avant l'explosion en son être. L'air déjà suintante devient étouffante. Irrespirable. Jonah voit la brèche. Elle vient de le lui servir sur un plateau d'argent. Il ne va pas se faire prier. Son regard se plante dans le siens alors qu'il fait quelques pas. Il se recule mais c'est pour mieux la leurrer. Il lui rend un espace physique pour s'en prendre à son mental, glissant dans l'une des entailles, une image. Eden allongé dans un de ses cachots du Manoir. A même le sol, sans doute plus morte que vive. C'est tout ce qu'il fait pour le moment. Il se montre patient parce qu'il sait que la récompense sera grande. Putréfié l'Essence de la sorcière pour faire de ses défenses un jeu de construction qu'il enverra valser d'un coup de pied. - Oui. C'est ça que tu aurai du faire. L'emmener. Plutôt que de la croire. Ca, ça l'aurait vraiment aidé. Juge. Juré et Bourreau. Ce procès est une parodie de Justice. La sorcière était déjà condamné au bûcher avant même qu'il ne commence. - Tu l'aurai sauvé du Manoir. Il ne la quitte pas des yeux, commençant déjà à chercher d'autres murs à ravager. Il fera voler en éclat la protection que semble accorder les souvenirs de sa Jumelle à Lahja. Une fois qu'il les aura tous gangrenés de remord. - Je suis curieux. Là tu laissé là où elle était en connaissant l'existence des Vampires ? Est ce que tu savais à côté de quel Enfer, elle se trouvait ?

Il mène la danse. D'une main de fer. Il joue de la Vérité, instrument qu'il préfère après le violon. Il dicte les pas de la belle. Il les lui impose, cavalier aguerrit qu'il est. - Oh ? Notre conversation te déplaît... Il affiche une moue peiné. - Il est vrai que tu dois plus te plaire dans la douceur et la niaiserie d'Eden... Attends, je vais arranger ça. Il referme les yeux comme si c'était nécessaire. Comme si il ne pouvait pas passer de ce qu'il était, à ce qu'il voulais en une poignée de seconde. Il revoit le visage d'Eden, revêt sa peau avec une facilité qui ne peut naître que de leur gémellité. Il prend toutes ses mimiques, toutes ses attitudes, tous ses gestes qu'il la font. Jusqu'à la légèreté de sa démarche, l'aura de son innocence. Lorsqu'il ouvre les paupière, c'est pour avoir des Iris agitées par la malice et la joie. Timothée à les traits propre à l'insouciance d'Eden. Il s'en sert sans l'ombre d'un remord. - Est ce mieux ainsi ? Même sa voix danse des sonorités de sa cadette. Il a passé tant d'année dans son corps. Elle reste celle qu'il imite le mieux. Même dans la tristesse qui vienne alors alourdir son regard. Il le baisse d'ailleurs, venant mordiller sa lèvre. - Tu ne veux pas de ma franchise Lahja. Les larmes viennent abreuver ses joues, brillante de sincérité. Son timbre est tremblant, douloureux. - Tu ne veux pas vraiment savoir ce qui est arrivé à Eden... Il cherche ses yeux, pour s'y accrocher. Comme si ce désespoir allait vraiment le submerger pour le noyer dans ses eaux froides. - Je... J'ai crû qu'elle... Qu'elle s'en sortirai. J'y ai tellement crû. Il se mord la lèvre à sang, son souffle saccadé de ses sanglots qu'il retient... Il se rapproche d'elle, cherchant son soutient. Son réconfort. C'est sa main qu'il vient trouver pour la serrer. - J''y ai crû fort... Et la tromperie s'estompe en un battement de cœur. - Mais croire n'a jamais été suffisant. C'est violent de brutalité. Dr Jeckill et M. Hyde. Il n'épargnera rien à son interlocutrice. Il la brisera contre les falaises de sa Volonté. Sa main est lâché, il lui tourne le dos pour se rapprocher de la fenêtre, les siennes dans les poches de son jean. - Tu ne t'amuses pas Lahja, parce qu'aucune des Vérités que j'ai à te dire n'est plaisantes. Eden te les annoncerai en personne que la discussion n'en serait pas plus divertissante. Alors ne me demande pas de jouer de franchise si c'est pour ensuite pleurnicher que les faits ne te vont pas. Assassin cruel des certitudes.


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Jonah & Lahja

« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
Déceler la vérité, le vrai visage de l'homme qui se tenait devant elle. Lahja tentait de comprendre, de creuser avant de condamner. Passant au-dessus des épines qu'il implantait dans ses convictions, laissant ces dernières l'empoisonner lentement, la transformer en quelqu'un d'autre. Les hommes ne sont pas faits pour stagner. Ils évoluent ou régressent. Ils font des choix. Ceux-là les caractérisent, marquent leur personnalité, réajustent leur angle de vision. L'élémentaire continuait à prendre la décision de respecter certaines valeurs. Pour les autres mais surtout pour elle-même. La bonté n'était innée à personne. C'était une perception comme une autre, une direction, un sentier que l'on empruntait ou que l'on abandonnait pour un autre. Des idées pour diriger, éclairer, rassurer mais surtout donner un sens à l'implacable vide dans lequel ils étaient coincés. Le Néant était la véritable prison. Il était l'entité originelle d'une multitudes de rien qui s'entrechoquent dans le but de donner naissance à l'incendie des principes et des structures mais pour l'atteindre, plonger dans ses eaux obscures, il fallait être profondément seul. Détaché du moindre amour, crucifié par une indifférence mortuaire et livide. Être perdu, en somme. Mais se satisfaire de l'être, surtout. Jonah n'avait pas l'air d'une âme égarée. Il semblait avoir ses repères dans les catacombes du pire, paradait presque de toute l'indifférence dont il transpire. Les nuances cadavériques de la désinvolture meurtrière la charmait parfois, la confrontait à des « peut-être » imposants. Ressentir n'était pas chose aisée. En supporter les bourrasques pouvait parfois être fatal mais c'est indirectement ce qui faisait sa force, ce qui lui donnait le courage d'affronter les démons qui tournaient autour d'elle. Lahja n'allait pas céder. Ce n'était ni dans son tempérament ni dans ses désirs. Marcher pieds nus sur du verre pilé faisait partie du marché. Elle l'avait accepté à la minute où elle avait signé ce fameux traité. Jonah ne pourrait rien pas changer la donne et elle espérait qu'il ne soit pas assez stupide pour penser le contraire. La main qu'il pose sur son épaule ne lui plaît guère mais elle reste de marbre, l'écoute et contemple son jeu d'acteur inégalé. Il confirme ses pensées car c'est la réponse à laquelle elle s'attendait mais quelque chose sonne faux.« Pourquoi tu ne l'as pas fait plus tôt dans ce cas ? » Oui, pourquoi. Pourquoi prétendre un acte qui pourtant n'a pas été commis. Des occasions il a dû en avoir mais Lahja comprenait qu'il n'avait rien fait d'aussi extrême avec Eden. Pourquoi la pousser de la plus haute montagne alors qu'elle avait tant à offrir, tant à donner. Lahja ne saisissait pas ces jeux, elle ne cherchait à le faire. Pour elle, il ne s'agissait que de folies supplémentaires.

La finlandaise s'était aventurée jusqu'à River Crow. Elle avait franchi les portes damnées de cette ville que tous avaient craint autrefois sans se soucier de ce qu'il pourrait lui arriver. Ce n'était pas pour elle. Ici, elle n'avait rien à gagner. Ce n'était que pour Eden, pour la retrouver et la mettre en sécurité. Elle se lassait progressivement de la prétention qui se dégageait du garçon, le trouvait irrespectueux et ivre de convictions qui pour elle n'avaient rien de consistant. Sur l'instant peut-être que la frénésie avait de quoi charmer les instincts primaires mais sur le long terme, le tout s'essoufflait bien trop rapidement pour avoir une quelconque dose de crédibilité intellectuelle. Jonah s'était à nouveau rapproché d'elle, plaçant une main sur l'une de ses joues. La sorcière l'observait avec un regard dur, les bras toujours croisés alors que le jeune homme penchait la tête sur le côté pour ensuite continuer à déverser des élucubrations idiotes. Se racheter une conscience... Voilà qui, de sa bouche, sonnait presque comme une provocation. « Tu me sembles particulièrement confiant pour savoir d'avance qui devrait se racheter une conscience ou non. On m'a appris à gérer mes fautes avant de gérer celles des autres. Il me semble que ton manque d'éducation te rend aveugle. » Non, elle ne prend pas plaisir à converser avec un individu tel que lui. Elle subit les échos de son rire glacé, accompagnés par l'image floue d'un corps allongé dans ce qui ressemble à des cachots. L'élémentaire a pourtant les paupières bien ouvertes. L'image se dresse dans son esprit malgré son éveil. Elle reconnaît Eden, comprend l'aura de la douleur autour de sa silhouette frêle et ferme instinctivement les paupières pour faire disparaître la scène de son cerveau. Enchaînant sur le remord de lui avoir lâché la main, Lahja endure les entailles que cette tristesse grimpante lui inflige. Oui, elle aurait pu la sauver du Manoir. Jonah n'avait pas tort. Si seulement elle avait su... Si seulement quelqu'un avait pu apaiser Léandre. Elle secoue la tête, chassant les éléments qu'elle connaissait et les furies que Léandre avait déchaîné en faisant les mauvais choix. Pourtant, elle avait décelé en lui une sensibilité, quelque chose qui la ramenait toujours à ses côtés pour le soigner. Elle espérait que Jonah possède cet éclat étouffé lui aussi.

« Non. Je ne connaissais rien des vampires. J'étais de passage. » Quelques mois, rien de significatif. Pas assez de temps pour se perdre dans les folies mondaines d'hommes qui se déchirent. Si Eden avait les Landes pour apprendre à respirer à nouveau, Lahja quant à elle avait le désert polaire de la Laponie. La société n'a aucune valeur là-bas. La domination n'est qu'une fabulation ridicule. C'est un autre univers. Elle aurait dû lui faire connaître la Finlande, la préserver des hommes, la renforcer au creux d'un endroit qui n'était connu de personne. Elle l'aurait fait si seulement elle n'avait pas été trompé par la malice de forces obscures et dépravées. Alors doucement, les murs de sa patience s'effritent. Elle soupire après lui avoir fait comprendre que rien n'était amusant dans la méprise qu'elle lui inspirait. Non pas à cause de  ses vérités qu'elle était prête à encaisser mais plutôt en raison de sa manière d'évoquer Eden, de se rire du malheur et des brisures qui l'ont malmené. Elle inspirait donc longuement avant de soupirer. Mais il est loin d'en avoir fini avec son interprétation grotesque et ses manières d'adolescent en pleine crise de rébellion. Malgré l'agacement qui la cisaille, Lahja le dévisage, le contemple changer de rivage. Il délaisse l'arrogance vulgaire pour laisser place à une fragilité factice, débordant pourtant d'une véracité étrange. Sa voix paraît presque enfantine à présent, il a l'air innocent, fragile. Presque empli de détresse. Il vient chercher son attention qui pourtant ne l'a jamais lâché depuis le début de leur conversation. Lahja l'écoute, déchiffre ses larmes, entrevoit des pans qu'elle ne connaissait pas. Elle était touchée par ce que son regard mémorisait mais surtout par ce qu'elle entendait, ce qu'elle sentait. Mais très vite, le monstre reprend le rôle qu'il préfère. Celui d'un homme qui n'a pas de direction précise mais qui tue l'ennui en décimant le bonheur des autres, à défaut de créer le sien. Cela aussi, pour elle, était quelque chose de triste.

Têtue, elle refusait d'accepter ce qu'il avançait. Croire était ce qui la maintenait debout à présent. Croire faisait partie de ce qu'elle avait appris et non, il n'était pas assez fort pour la faire capituler. Lahja avait la force d'une magie lointaine et ancestrale en elle, une magie qui était parfaitement opposée à celle qu'il lui démontrait. « Mais tu t'entends ? » C'est elle qui rit à présent, d'un sarcasme dont elle n'usait pourtant pas souvent. Elle s'avance d'un pas rapide, le force d'une main sur son épaule à planter son regard dans le sien à nouveau. « Que les faits ne me vont pas ?! Rien ne me va dans ce monde, Jonah ! Absolument rien. Pourtant, je suis toujours là, à endurer ton baratin qui n'a aucun sens et aucune direction alors que c'est la vie de tout un peuple que je tiens entre mes mains. Je t'écoute en remettre une couche alors que je sais pertinemment que tu te trompes et que tôt ou tard, je retrouverais Eden, que cela te plaise ou non. Parce que je l'ai décidé ainsi, bien avant que nos routes ne se croisent et crois-moi, tu n'es pas assez fort pour contrer cette volonté. » Elle se faisait intransigeante et impassible. Presque dure tant ce sujet n'était pas négociable. Il n'était pas le premier et certainement pas le dernier sorcier a lui posé problème. C'était après tout son devoir de canaliser son peuple, de le maîtriser pour mieux le guider. Il n'avait aucune idée de la personne à qui il s'adressait. « Les forces avec lesquelles tu joues, mon garçon, elles te dépasseront tôt ou tard et tu comprendras peut-être que tu fais fausse route mais en attendant, tu ne pourras pas nier que tu n'as pas été prévenu. » continua-t-elle. Lahja ne comptait pas le blesser. Au contraire, son rôle était d'aider. Pas l'inverse. « La magie n'est qu'une question d'équilibre. Ce que tu prends, elle te le reprendra. D'une manière ou d'une autre, elle ne te laissera pas le choix. En as-tu seulement conscience ? » Maintenant que les choses étaient plus claires, la finlandaise lâcha son emprise, prenant la décision de s'asseoir sur l'une des chaises de ce piteux endroit. Il fallait qu'elle se canalise. « Arrête de nous faire perdre notre temps, veux-tu ? Je suppose que tu as sans doute mieux à faire et il en est de même pour moi. Dis-moi où elle est. Je suis ouverte à la négociation. » Croisant ses jambes, elle attendait qu'il prenne sa décision. Reprenant ses droits légitimes sur les battements de son cœur et la fluidité marine de sa psyché, elle ne lui laissait alors que la profondeur arctique de l'océan dans lequel s'engouffrer. Commençait-il à sentir ses veines se refroidir ? Est-ce que ses neurones s'agitaient déjà des brûlures que la glace allaient leur infliger s'il s'acharnait encore à violer son esprit ? Ses vagues personnelles lui faisant barrage, annihilant tout espoir de carnage. Il voulait s'amuser de magie, Lahja allait lui montrer sa manière de jouer. Sans même le heurter d'attaques directes et intrusives. Elle allait simplement le regarder s'essouffler.
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Lahja
VEHVILÄINEN
Jonan
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La question est légitime. Elle ne le connait pas. Elle ignore qui il est. Ce qu'il a fait. Quelles unions il a forgé des larmes de sa jumelle. Il ne l'abreuve de rien. C'est un oasis au milieu du désert. Un mirage que le désespoir fait naître et que le soleil révèle sur le sable. L'agacement qui naît, il la sent se mêler à cette aura qu'elle dégage. Elle endigue la sienne. S'y heurte avec fracas sans pour autant céder. Jonah en admire la force. Il sait la reconnaître. L'accepter. Il va apprendre à la contourner. Du temps. Encore et encore. C'est tout ce qu'il lui a toujours fallut. Il pose son pouce et son index contre son menton, fronçant les sourcils. - Hmm oui ? Pourquoi le méchant garçon n'a pas poussé le petit ange flamboyant d'une falaise ? Il s'adosse au mur. - Est ce la preuve de sa lumière au milieu des ténèbres ? D'un semblant de Raison dans l'Immoralité qui semble le dévorer ?Il se fait complice de sa conscience, décortiquant les informations avec elle pour en prendre le noyau de la compréhension. Il les gâte évidemment. Tous les fruits qu'il touche sont pourrit. - Il est beau de croire qu'elle puisse attendrir le cœur le plus dur. Sa pureté est éternelle, elle transcende cette folie routinière. Il fait un geste évasif, attaquant  des mots qu'il manie si bien. Ils glissent sur sa langue alors reptilienne. Elle contient le plus sombre des poisons. Elle pique sans cesse. Harcèlement de douleurs vives. Contaminant le fils de l'esprit. - Ce sont des rêves d'Enfant. Je ne l'ai pas fait parce qu'elle m'était plus utile vivante.  Il emploie le passé volontairement. Déjà parce que l'époque est révolue. Il n'a plus besoin d'elle. Elle n'accueille plus ce qu'il est. Ensuite, parce qu'il tient à faire germer ce doute qu'il cultive avec acharnement. Est elle encore en vie ? N'est il pas trop tard pour lui porter secours ? - Je peux t'assurer cependant, que je lui ai fais bien pire. Et que pire encore a été fait par d'autres. Il plante son regard dans le sien. Assassin de vérité. De franchise. Ne voulait elle pas de la sincérité ?

Il y a tant de noms qu'il pourrait citer. Tant de Vampire qui ont eut l'impudence de croire que sa jumelle pourrait être leurs. Une étreinte fugace. Le mouvement des bassins. La violence des coups données. La possessivité ardente qui se mêlait souvent au vermeille. Obsession tout aussi concupiscente. Jonah pourrait tous les nommer. Il a mémorisé chaque visage. Chaque acte. Chaque forfait. Lui dont les souvenirs s'effacent, retient ceux qui ont osé souillé celle que si peu mérite. Quand aux artistes qui avaient sa bénédiction pour lui inscrire l'horreur dans la chair, ils sont maîtres en leur domaine. Balian, le bourreau de River Crow, complice de son élévation, passion commune pour les jeux cruels. Mais Balian a des limites. Exactement les mêmes qu'il lui impose pour son esclave chéri. Stacey. Il aurait été le premier à connaître l'appétit dévastatrice de l'entité si il n'avait pour Maître, celui que Jonah s'est choisit comme enseignant. Reste le Monarque démoniaque. Callan. Le corps d'Eden est son Empire. Lui, est seul à pouvoir le façonner. Lui a le droit de lui imposer des Devoirs. De marquer son Essence. Un frisson remonte le long de son échine alors que l'Immortel se rappel à lui. C'est une tout autre émotion qui ramperait le long de la colonne vertébrale de la sorcière, si seulement elle savait qui avait volé cette Rose qu'elle cherche ardemment. - Tes fautes ont des conséquences. Des conséquences sur ce qui est advenu d'Eden. Il se désigne d'un geste éloquent. - Sur ce qui est advenu de moi. Il lui dessine ce lien immuable entre sa jumelle et lui. Intangible. Indestructible. - Sur tout ce qui lui est arrivé lorsque tu as choisis de partir sans elle. De la croire. Un nouveau sourire. Un nouveau tour. Magicien de la mise en scène. - Alors oui, je suis confiant, lorsque j'avance que tu la recherches pour te racheter une conscience. Que tu espères qu'elle soit en vie pour ne pas avoir à te reprocher sa mort. La volonté de la retrouver est si grande. Il serait fou de penser pouvoir la détruire... Mais la gangrener... En dénaturé la pureté au profit de l'égoïsme coupable est une option viable.

La brèche se referme sur l'image qu'il y envoie. Il la devine pourtant encore. Il la sent, fragilisant une structure sans faille. Jonah saura venir l'ouvrir le moment venu. Il saura se montrer patient jusqu'alors. Mais il obtiendra ce qu'il veut. Il finira par goûter l'âme de la sorcière et se repaître de cette magie qu'il sent s'opposer à ses Desseins. En attendant, il décèle ce qui lui servira à faire trembler les défense de l'humaine. A nuire à cette amitié presque instinctive entre les deux âmes touchés par des saveurs différentes de l’innocence. Eden contrarie ses plans même brillante de son absence. Il l'imagine toujours aux côtés de... Josias. Vampire qu'il achèverait bien lui même. Il y pense ben plus qu'au quotidien de sa sœur. Viendront leurs retrouvailles. Pour le moment, elles ne sont que vagues projets qu'il repousse toujours à plus tard. Il aura bientôt plus le choix. La tentation de revoir sa jumelle est chaque jour plus brûlante. Il est habile pour la repousser et se leurrer avec d'autres qui l'occupe suffisamment pour ne pas y penser mais la duperie ne durera pas. Il se connait bien. Il continue de jouer, jusqu'à ce que ça le lasse. - Elle n'ont plus ne les connaissait pas... ça ne l'a pas protégée. Il hausse les épaules sur ce constat avant de se parer de ce masque qu'il adore arborer. Innocence mensongère. Larmes qui ne seront jamais sienne. Remord et culpabilité, poisons qu'il ne s'infligera jamais. Il est au dessus. Il les contemple, il les fait naître, il sait les mimer, mais jamais il ne s'auto mutilera de ce venin. Il est née, immunisé contre ses fléaux. Il feint, il trompe, il leurre. Pour ensuite tout détruire d'une bourrasque. Changeant comme le temps, versatile de comédie.

-Oh... Il a écouté son discours sans broncher, n'affichant rien d'autres sur ses traits qu'une attention profonde. A présent, ils se fendent sous la surprise. Il se donne ensuite dans une révérence, inclinant son buste en agitant un chapeau imaginaire. Roi des onirismes son geste est si frappant de réalité qu'on devine sans peine les contour de ce couvre chef. - Pardonnez mes affronts. Je n'avais pas réalisé quelle Seigneurie se tenait devant moi. Il rit, se redresse et secoue la tête alors qu'il s'assoit sur un lit grinçant. Il étire son cou d'un coté, puis d'un autre. L'aura a changé. Lahja s'est reprit. Elle rassemble ses forces. Calme ses troubles. Eaux gelés dont la torpeur engourdit son esprit. Jonah attise alors sa flamme. Il visualise ce feu, en rejoint le foyer pour se confondre dans les braises se délaissant des glaces éternelles qui se dressent à présent. Arcane de l’Arctique. Terres gelées à parcourir. La surface est ardue à fendre... Ce qui est immergés, impossible. Il s'en délecte. Il s'en réjouit. Il se fera explorateur des landes blanches. Comme il a réussit à écrouler ce mur qui le retenait dans celles qui faisait l'âme de l'Eden. Cette force, il l’adule. L'entité en est fin dégustateur. Ambroisie des Dieux. Il reconnait les plus virulentes. Les plus meurtrières. Elle l'attire et le fascine. Elle le perde. Jusqu'à ce qu'il s'en gorge pour en tirer une puissance nouvelle. Ce qu'il ne peut prendre ou voler, il s'en instruit. Il pourrait préserver sur la voie qu'il a choisit. Sur celle qui a déjà permis une ouverture. Il renonce. Il change. Il s'adapte. Il n'abandonne pas. Il évolue. Il se fait plus calme. Enclin à des vérités moins obscurs. - L'équilibre des choses est une notion que je maîtrise depuis bien longtemps. J'en connais la beauté fragile et le balancement sensible aux moindres frémissements. Âme gémellaire. Un être que la Magie a scindé en deux faces opposées. - Si peu de temps et tu le perd à la chercher... Elle t'appréciait énormément. Elle te respectait tout autant. Les murs du manoir sont tombées sous les bombes. Les esclaves sont libres dans cette Guerre. Penser qu'elle ne serait pas venu te trouver si elle pouvait dès lors où elle aurait entendu ton nom se murmurer, c'est sous estimer cette affection qu'elle te portait. Et la volonté qui t'a pourtant convaincu de la laisser. Cette vérité dite, il pose ses iris calmes dans les siennes. Pas besoin de s'y enfoncer pour en sentir la morsure ibérique.

- Tu as raison cependant une point. Dans tout ce baratin que tu m'as servis, dans ces convictions qui te poussent à croire que je suis sauvable...
Il sourit sous l'idée qu'il a sentit émaner. Il l'a comprise. Assez pour suggérer sans crainte de se tromper. Quelle est belle son Innocence. - ... Tu as raison en point seulement, je ne connais que trop peu les forces qui me régissent. Il a conscience qu'il n'aura rien à gagner de Lahja, si il ne se dévoile pas un peu. Tout comme il a conscience qu'il doit changer de stratégie. - Toi par contre, tu pourrai m'apprendre. Il réfléchit, il cherche le profit qu'il pourrait trouver tout en s'essayant à goûter son Essence. Développer les intérêts multiples. Étendre son pouvoir et en maîtriser toutes les facettes. Il est l'élève de la Connaissance elle même, alors il se choisit des Enseignants multiples. Différents. - Tu devines si vite. Tu te défends si bien. Tu ne peux que connaître ce qui me fait. Il sourit, à présent affamé de curiosité.
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« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
Jonah savait utiliser les mots. Il les plantait comme des crocs, déchirant les fibres célestes qui constituaient les rêves et les espérances de la finlandaise. Il manquait de pitié. D'humanité. Et malgré les contusions avec lesquelles il colorait son âme, Lahja aurait voulu comprendre ses douleurs. Celles pourtant qu'elle ne parvenait ni à voir ni même à deviner. Elle ne savait pas. Elle ne savait rien. Les voiles opaques du vice semblaient étouffer tout ce qu'il y avait de bon. L'élémentaire aurait pu en étouffer tant il émanait de tout ce qu'elle détestait. Les piqûres verbales la froissaient car elle était humaine et que la perfection n'était qu'un néant dans lequel les esprits présomptueux se perdaient. Face au jeune sorcier, elle devait affronter la haine, tous les masques qu'il portait, sans même oser espérer d'entrevoir ce qu'il est réellement. Il était une impeccable énigme. Barricadée de lames aiguisées et d'épines empoisonnées. Si son cœur se serrait, ce n'était qu'à cause de cette constatation : il aimait faire souffrir, s'enliser dans les profonds marécages de la dépravation. Pourtant, Lahja était habituée à la tristesse. Elle connaissait son enclos, la rugosité de ses remontrances. L'homme qui l'avait enfermé lui avait fait épouser ses propres larmes et dans l'eau sacrée de ses meurtrissures, elle s'était forgée de nouvelles visions. L'île la transformait, peu à peu. Parfois, la perdition était si proche qu'elle pouvait l'entendre se rire de ses maux, s'abreuver de tout ce qu'elle ne parvient pas à tolérer. Tout devenait flou alors. Son existence, son passé. Il ne lui restait plus qu'une acidité cruelle et dérisoire, celle de tous les faux espoirs que son cœur avait absorbé. Dans ces moments brûlés, le silence écartelait sa tendresse et le froid grandissait pour faire craqueler les montagnes de glace qui avaient remplacé ses lacs et ses étoiles passés. Jonah la touchait, lui faisait du mal car il le pouvait et elle était capable de l'accepter, de voir au-delà car il était plus que ce qu'il voulait bien lui montrer. Comme pour chacun, elle refusait de s'arrêter aux brûlures qu'ils pouvaient lui infliger. Elle refusait d'avoir cet ego, de s'étrangler de prétention. Cela ne lui ressemblait pas. Elle n'avait pas été faite le corps enroulé de fils barbelés. Alors elle le regardait s'agiter, se complaire dans cette folie amusée qu'elle ne comprenait pas. Son cœur refusait d'apprécier la mise en scène, n'apercevant en elle que les lambeaux décharnés de la vérité.

Par bien des points, les mensonges étaient chaleureux, tendres des merveilleux horizons qu'ils promettaient. Lahja pourtant n'arrivait pas à se joindre à leurs danses. Les mascarades l'envenimaient, tout autant que les rires sarcastiques. Mais il finit par lui cracher des véracités tordues qui s'immiscent en son myocarde comme des flèches d'acier. Elle déglutit face aux hallucinations qui la prennent soudainement, du corps de son ami souillé par la perversité des vampires. Ces mêmes vampires que Léandre avait emmagasiné dans son Manoir. Celui dans lequel il avait transcendé son horreur pour en faire une couronne infernale. Elle le maudissait à l'instant alors que sa cage thoracique se contractait, enserrant un peu plus ses poumons atrophiés par des douleurs qui n'étaient pourtant pas les siennes. Elle entendait bien sa franchise. Elle la comprenait et il ne l'avait pas leurré en pressentant ce que cela lui causerait. Comme s'il la connaissait. Comme s'il avait rencontré sa sensibilité auparavant. Lahja était confuse, décontenancée par des émotions qu'elle ne désirait pas. Sa lutte envers elles lui demandait de l'énergie et quand bien même, l'effort était éprouvant, elle ne flanchait toujours pas. Il usait, abusait même de manipulation. Sans remords. Comme si les âmes n'étaient que des jouets, des rien qu'il se plaisait à jeter dans les tourments. L'horreur était frappante mais à nouveau, elle n'en dit rien, préférant se concentrer sur l'essentiel : Eden. Car c'était bien pour elle qu'elle se retrouvait ici, dans ses épaves. Cherchant sa trace, sans se soucier des conséquences. Sa douleur n'avait aucune espèce d'importance. Retrouver son amie était la seule chose qui lui importait. Et elle observait cette idée comme une âme égarée regarde le ciel pour attacher son regard à l'étoile polaire. La scène devenait brouillon dans ses rétines, tout autour d'elle ne devenait que brouillard. Son cœur ne restait fixé que sur ses raisons et cette volonté de vouloir la retrouver. Elle ne voulait rien entendre davantage. Alors il s'est approché, laissant l'acide imprimer ses mots. Pas assez pourtant pour le heurter. Pour l'éteindre. Ce n'était pas son but. Elle ne lui ferait pas de mal. À choisir, elle préférait souffrir à sa place et ce raisonnement, pour beaucoup, n'était qu'une atroce stupidité. Pourtant pour elle, c'était naturel. Instinctif.

À la fin de ses phrases envolées, elle a bloqué toutes les issues. Il fallait qu'elle sache avant de se décider, de choisir, d'évaluer réellement ce qu'elle avait face à elle. À tout ce qu'il lui avait dit, à tout ce qu'elle avait retenu, elle décidait de ne pas s'opposer. D'accepter, à défaut de juger. Sa révérence n'était pas nécessaire. Elle ne se sentait ni reine ni maîtresse. Aucun titre ne lui convenait. Elle n'était qu'une femme qui voulait aider et son peuple l'avait choisi pour cela. Lahja n'avait rien conquis. Elle ne s'était pas battue pour quelques morceaux de terres. On lui avait simplement fait confiance. Ses conquêtes étaient inexistantes mais son amour n'avait pas de limites. Il rit pour finalement s'asseoir alors qu'elle a pris place sur une chaise, attentive à l'entité, à cet échange difficile qui la fatiguait. Lahja avait l'espoir qu'il ne sache pas vraiment ce qu'il faisait, elle espérait qu'il soit différent. Sans vouloir pour autant le caser dans une catégorie spécifique. Pour pouvoir connaître un homme, il fallait le laisser libre. Elle le savait. L'oppression n'était pas dans ses méthodes, l'inverse par contre lui avait apporté beaucoup plus. « Si tu le connais véritablement, pourquoi user de tes forces aussi sournoisement ? » Elle l'avait senti, s'insinuer dans sa tête sans autorisation. Les inspirations envenimés qui lui avait soufflé s'étaient étouffées sous l'affection qu'elle portait à son amie. « Quelles sont tes intentions, Jonah ? Pourquoi agis-tu ainsi ? » Lahja avait beaucoup de questions. Si ses convictions étincelaient avec la même ardeur éternelle que celle des étoiles, elle n'en restait pas moins ouvertes aux évolutions et surtout à l'apprentissage. Léandre avait nourrit d'autres idées dans son encéphale. Elle tentait de les accepter, de les conjuguer de manière plus plaisante à ce qu'elle se devait de faire. La suite de ses propos la martèle à nouveau. C'en était devenu prévisible. Elle comprenait qu'elle était enfermée, quelque part, si elle était encore vivante. Puisque dans le cas contraire, elle serait venue auprès d'elle. Voilà ce qu'il venait de lui révéler. Ce qui aurait dû être évident mais qu'elle avait oublié, sous l'angoisse du temps qui passe. Du monde entier qui s'effondre à ses pieds. Toujours fermée pourtant, elle l'écoute continuer avant de répondre, elle aussi, la voix cassée par les émotions qu'elle refoule. « Non. Il n'est pas question de te sauver. Tu sais pertinemment que toi seul est capable d'accomplir une telle chose. Je ne suis pas le Messie, Jonah. Je peux te montrer d'autres chemins, d'autres forces aussi mais je ne peux pas diriger les desseins que tu choisis. » L'élémentaire n'avait aucune promesse de rédemption à lui donner. Elle n'avait que sa présence et son envie d'aider, de lui faire comprendre que l'obscurité n'était pas la force la plus imposante. Sans mensonges, il assume ce qu'il ne sait pas et envisage un apprentissage à ses côtés. Sur un silence, le regard de Lahja s'élève vers le plafond, puisant au-delà de cette boîte en ciment, ses forces et sa raison.

« Je le peux, en effet mais toi, qu'est-ce tu peux pour moi ? » Elle avait été tant abusé par ce genre d'esprit. Les croiser au quatre coins de l'Irlande lui donnait la nausée mais plus elle leur faisait face et plus elle comprenait qu'elle n'avait pas d'autre choix que celui de se métamorphoser elle aussi, que celui d'évoluer. « Tu le sais aussi bien que moi, Jonah. Vu ce que tu m'as montré aujourd'hui, rien ne sera gratuit. » Elle ne doutait pas de la puissance qui l'animait. Elle le sentait fort et solide. Il avait des airs d'immortalité qui aurait pu appartenir au plus sordides des vampires et donc dans cette égalité reine, elle respectait son adversaire. Honorant même la douleur qui la tiraillait. Ce qui ne tue pas rend plus fort, adage incrusté dans sa chair. Marqué au fer rouge de la violence humaine.
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Qui décide de ce qui est bien ou mal ? Qui fixe la limite entre la Morale et l’Immorale ? Sur quel critères précisément détermine t-on le Juste ? Dans cette guerre, chaque camps ne pense-t-il pas faire pour le mieux ? D’être dans son bon droit en combattant un adversaire sans pitié et sans Valeur ? Qui sont les méchants ? Les Hommes qui clament se défendre contre ceux qui réduisaient en esclavage les leurs ? Les Vampires, les loups, toutes ces Créatures qui se retrouvent enfermés, réduit à du Bétails ou des cobayes ? Quand Jonah était réduit à l’état de Pensée, il s’est plongé sur ce point de Philosophie . Il avait pour base, toutes ses Vertus qui faisaient sa jumelle. Elle, sur qui le monde se serait enfin accordé pour dire qu’elle était l’incarnation de la Bonté. Il a jugé son Jugement. Cette façon qu’elle avait de voir les choses, si différente de la sienne. Avait elle raison en le qualifiant de Monstre ? Sa Raison avait elle plus de valeur que celle qu’il possédait ? Il y avait réfléchit dans cette obscurité qui l’entourait. Avant de trancher. La vérité, c’est que tout ça, c’est du flan. Ce n’est qu’une notion. Elle est propre à chaque être pensant. La Justice est Humaine. Il n’y a que ces animaux-là qui ont choisi de s’y plier. Le chat qui joue avec sa proie avant de la manger, s’amusant à la relâcher, lui offrant l’espoir de la fuite, pour mieux la reprendre entre ses griffes, n’est condamné à aucun Enfer. Le dauphin, totem si chérit des Mortels, attaque les tortues de mer alors qu’il ne s’en nourrit pas. Redoutable, il la torture et vise les organes vitaux. Par pur plaisir. Il s’allie avec d’autres mâles pour violer une femelle, quitte à en tuer la progéniture pour la rendre plus docile. Il ne culpabilise pas. Personne ne vient l’insulter ou l’enchaîner. Oh, il y a bien une époque de bassesse où l’Humain à tenter d’apporter ces Dogmes au règne animal, mais même lui, à finit par se détourner de sa stupidité. Jonah ignore le jugement de Lahja parce qu’il est biaisé par cette Ignorance. Il accorderait bien plus de crédit à celui de Callan, car lui est clairvoyant. Ainsi armé, qu’à t’il à craindre de leur Indignation ? – Je n’inspire pas ces forces. Je ne le plie pas non plus à mes instincts. Il sait que l’idée que la magie soit neutre, pur de toute intention est agréable à cette femme. – Ces sont elles qui me font. Pas l’inverse. Je suis leurs reflets, leurs incarnations. Ce sont elles qui m’inspirent. Il ne fait qu’obéir aux lois que le régissent. Comment survivre, comment se nourrir sinon ? Est-ce sa faute, si il se doit de se consommer ce qui nous consumes ?

Il soupire doucement, se redresse, tenant difficilement en place tant ses desseins l’animent de vivacité. La décadence de ce siècle l’a libéré. La démence est omniprésente. Toute cette noirceur le glorifie. Il est le fléau digne des Montres qui sévissent, capable d’encaisser, d’endurer et de grandir des perversions grandioses qui les rongent. Il est leurs Démences. Il les inspire aux âmes les plus chastes. Jonah compte bien revenir les semer dans l’esprit de la sorcière. Il la fera sombrer, en incendiant son Ignorance des Secrets de la Mort. C’est pour Elle, toute cette comédie de la Vie. Ils ne sont là que pour Elle. Ils naissent pour finir dans ses bras. La voilà, leur seul destiné, la voilà leur unique promise. – Pourquoi j’agirai autrement ? Pourquoi j’irai à l’encontre de ma Nature ? Il hausse les épaules dans un sourire enfantin avant de passer sa main dans ses cheveux ébènes. Il relève la tête et inspire longuement l’air. Il apprécie tant l’odeur suave de ses défenses qu’elle érige. Il frisonne rien que de penser à ce froid mortifère qui sévit pour la protéger. Il trouvera le moyen de se glisser dans les flammes bleues soient en souffrir de la morsure. – J’ai tant de projets, Lahja. Tant d’envies. Tant de chose à faire. Il referme les yeux, ses lèvres s’entrouvrant sur un bref rire. – J’en ai toujours tellement eut. Mais pas les moyens de les accomplir. Ni même le temps. A présent… Tout était différent. Sa libération teintait peu à peu son existence d’éternité et l’arme. – Tu en inspires quelques-uns et tu en dessine bien d’autres de cet instant. Son regard se plonge dans le sien pour en affronter la glace.

- Montres moi ces autres chemins. Guides y moi. Peut être changera tous ces plans qui agitent mon crâne. Il n’a jamais réussi à empoisonner sa Jumelle. Elle est la seule qui soit immunisé contre son venin. Il en est persuadé. Il est le poison. Elle est l’antidote. L’armure la plus impénétrable qui la protège, a été forgé pars Eden. Il en gronde légèrement. Ses tentatives pour revenir corrompre son esprit restes vaines. Il fait bien de changer sa manière d’attaquer. – Mais soit alors plus ouverte à suivre ceux  que j’emprunte habituellement. Laisses moi juste te les dévoiler. Libres à toi de les explorer ou non. Qu’elle ouvre un peu ses chakras, avant de condamner ce qu’il est sans même savoir qui il est. Il l’observe observer les Nébuleuses au travers des murs. Elle semble puiser son énergie dans les mêmes sources que celle où nage sa sœur. Il finira par en remonter la trace pour y tarir jusqu’à la moindre goutte.

Il rit. Elle a raison. Il a lui-même instauré la règle du Donnant Donnant. Il sera fort peu honorable de ne pas s’y soumettre aussi. Soit, il accepte. – Que puis je bien avoir à t’offrir ? Il pose sa main sous son menton, singeant de nouveau le Penseur. Il sait très bien ce qu’il a à échanger contre son Savoir. Qu’il mesure à la hauteur de ce qu’il lui propose. Il fait un pari. Il mise beaucoup, même si son objectif initial reste inchangé. Lahja ne doit pas retrouver Eden. Pas avant que l’Eternel qu’il s’est mit en tête de retrouver ne l’ait fait en tout cas. Là, même elle ne pourra plus rien pour son âme gémellaire. Elle sera à l’abri de ses mensonges. – Celle que tu cherches. Je pourrai si te  la retrouver. Il se rasseoit près de la fenêtre, observant ce ciel parsemés de la lumières des morts. Il contemple ses Etoiles depuis longtemps éteintes.. Aucune des prières qui leurs sont adressées pourtant avec ferveur ne sera entendu. Il n’y pas de chaleur à tirer des Défuntes. Il se perd, brouille le regard aveugle de ce corps qu’il a volé et contemple à présent cette autre Nout. C’est dans sa beauté qu’il aime s’égarer. Il n’a pas a chercher pour vibrer sous l’appel de son ancien cachot. Il ne se penche pas sur les notes différentes qui y résonnent, il se contente d’une oreille distraite. Pour le moment, la musique ne compte pas, ce qui est important c’est qu’elle continue de se jouer. Il tais le constat établi depuis bien longtemps. - C’est ce que j’ai a t’offrir. Tu m’enseigne ces forces qui sont miennes, tu m’ouvres les portes sur cette Culture que tu transpire. En échange, je réponds à tes questions sur ce qu’il est advenue d’Eden lorsque tu l’a laissée… Et je t’amènerai à Elle lorsque je saurai où la trouver. Il brise sa vision, secoue la tête en inspirant les effluves délicieusement acre de sa propre sorcellerie et repose ses iris sur Lahja. Si proche de l’intangible, il contemple l’Essence presque aveuglante qui embrase les convoitises de ses appétits.

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« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
Établir de nouvelles bases. Réajuster sa vision. S'adapter, se mêler aux ombres qui effraient ses lueurs hivernales. N'est-ce pas là le meilleur moyen d'affronter ce qui nous terrifie ? De comprendre ceux que l'on juge de nous avoir froissé ? Les airs naïfs de la finlandaise collaient un masque de marbre sur son visage. Pour beaucoup, elle n'était qu'innocence, reflet d'une grandeur d'âme que les hommes ont choisi de qualifier comme telle mais était-ce réellement ce qu'elle était ? À son oreille, les idées tout autant que les mots n'avaient plus tellement de valeur. Son regard arctique ne s'attardait qu'aux choix. À travers eux, elle évaluait l'horreur ou la bienveillance, l'objectivité ou l'orgueil. Tout autant de traits qui façonnent et détériorent les hommes. Tout autant de particularités qui les élèvent ou les enfoncent. Pour se nourrir d'impartialité, l'élémentaire se devait d'être aveugle, décimant ainsi les charmes illusoires derrière lesquels se cachaient les coupables. Pour faire honneur à la justice, elle se devait d'écouter chaque voix, se délestant de toutes les monstruosités que celles-ci pouvaient lui inspirer. C'est avec le concret que Lahja créait son imaginaire et c'est au sein de ce dernier qu'elle sublimait le quotidien morose dans lequel on les tenait tous prisonniers. Pour concrétiser, il fallait d'abord penser. Imaginer. Rêver. Et Lahja s'accrochait aux étincelles crépitant en son Essence plus qu'aux règles imposées, aux directions forcées. Elle n'était fidèle qu'à son propre chemin, invisible et dénué de toutes lignes droites. Les murmures de la Terre étaient ses guides, les astres l'unique lumière en laquelle sa confiance se versait. Elle n'était portée que par les éléments et leur force innée. Toutes les autres nuisances n'étaient pour elle que mensonges et sordides duperies. Son cœur ne suivait que ce qui lui semblait juste, sans pour autant s'y plaire. Parmi les autres, elle restait toujours l'étrangère, celle qui n'aurait pas dû être là mais qui pourtant s'obstine à maintenir la dignité et les embruns lointains d'une sérénité oubliée. Sa présence n'étant jamais plus qu'un simple nuage, nomade et indomptable de par ses vapeurs aqueuses. Le jeune sorcier avait bien failli la faire capituler sous les orages, laissant son âme se bomber de pluie salée, mélancolique de bouillir sous des embrasements qu'elle avait fui tout au long de son existence mais qui l'enserraient aujourd'hui sans relâche. Jonah lui imposait d'entendre sa propre rage, celle qu'elle censure de son flegme, celle qu'elle ignore si souvent et qui glace un peu plus le sang s'écoulant en elle.

Il parvenait à la mettre face aux réalités crues qui vrillait son myocarde ombrageux. Il pressentait les fissures malgré son calme, malgré l'armure que ses traits septentrionaux imposaient naturellement. En ces déductions avisés, aux mots avec lesquels il jonglait si aisément, l'élémentaire franchissait les apparences pour admirer cette intelligence concise l'animant. Ses flammes brillaient fort telles des étoiles filantes qui n'avaient de cesse de s'entrechoquer pour créer quelque chose de plus grand aussi. Elle devinait derrière ses comédies et ses discours venimeux, l'apparition d'incontestables supernovas, irradiant le Néant intersidéral de l'Univers lui-même. Jonah inspirait Lahja malgré les accusations acérées qu'il venait de lui enfoncer dans la trachée. Elle respectait son talent sans pour autant le cautionner. Et c'est en cette vision qu'elle s'autorisait à envisager qu'il rejoigne ceux qui se battent pour la liberté, qu'elle espère le préserver de ces hommes orgueilleux, assez ivres de prétention pour croire qu'ils étaient en droit d'oppresser ce qu'ils refusaient de comprendre, ce qu'ils refusaient d'accepter. Ceux-là ne feraient qu'abuser de son pouvoir, librement, jusqu'à ce qu'il n'ait plus la force d'endurer sa propre magie car ils étaient conditionnés pour les asservir alors que la finlandaise ne restait fidèle qu'à la liberté... Cette idée pourtant si étrange à présent, face à ce mur de vingt-cinq mètres de haut, face à leurs armes et leur cruauté. Lahja n'avait qu'elle en qui croire, elle était sa prise solide. Son fil conducteur. Le moteur à toutes ses ambitions désintéressées. De Jonah, elle ne désirait rien d'autre qu'une information, des retrouvailles avec une âme qui lui manquait. Princesse de bonté dont le monde tel qu'il est à présent ne pouvait se passer et lui, ce sorcier si jeune mais pourtant déjà si puissant, cet homme si loin des viscères acrimonieux de la naïveté était l'unique source sûre qu'elle possédait. Alors elle voulait le découvrir, savoir. Au-delà du jugement des hommes sur ce qui est condamnable ou pas. Au-delà de ce que son orgueil lui murmurait à l'oreille pour la charmer. Il fallait lui donner sa chance, l'opportunité de saisir toute l'ampleur de cette magie qu'il inspirait et expirait au fil de ces nuits et de ces jours en lesquels tous étaient remis en question. Personne ne pouvait réellement y échapper. Pas même elle.

« Pourquoi n'être qu'un reflet alors que tu pourrais être créateur ? »

La question est sincère, authentiquement curieuse de deviner ses desseins, d'entrevoir les projections que cet être particulier pouvait dessiner secrètement. Elle peinait à supporter cette obscurité qui se voulait féroce autour de lui. Celle-ci était comme une mère étouffante, s'agitant de voir son nourrisson s'éloigner d'elle. Cette force menaçait les énergies de la finlandaise, transcendant son acrimonie avec la vivacité d'une colère inouïe. Face aux houles désastreuses, la sorcière n'avait pas d'autres choix que celui de faire barrage. Cloisonnant l'Essence de ses ancêtres au creux du pôle nord qui avait envahi son cœur. Elle avait calmé les notes de leur conversation, s'éprenant d'autres rimes et de plus douces mélodies. Lahja éloignait les grondements sourds de sa flegme, elle écartait la virulence de toutes les mortifications à venir sans pour autant les perdre de vue. « Pourquoi crois-tu que cette nature est définitive ? » Alors que la liberté était là, sous son regard si sombre. Choisir la douleur, communier avec la terreur alors que ses lèvres s'étirent en un sourire cristallin, brillant d'une innocence qui semblait pourtant l'avoir quitté depuis si longtemps. L'élémentaire reste statique alors que l'ambitieux ne peut contenir quelques mouvements. Elle le contemple de ses prunelles aiguisées, s'évertue à tenter de le percer pour mieux l'entendre, espérant ainsi le guider. Ailleurs que dans les déboires effrénés de la Laideur. La finlandaise reste avide, suspendu à ses lèvres dont perlent des mots, des aveux qu'il assume et dont elle fera peut-être parti. Si seulement il accepte de l'aider, lui aussi en retour. Elle marchande ses connaissances contre l'Espoir dont vibre Eden. Lahja choisit de miser sur la solidité abstraite de son amie. Aux réalités sanguinaires, elle préfère l'onirisme intouchable des Esprits rares qui savent encore projeter les lumières d'un monde différent. Originellement imparfait mais pourtant riche de tous les cœurs qui y vibraient encore, envers et contre toute l'ignominie des Perdus.


« Je te montrerais les miens. Tu me montreras les tiens. », dit-elle conciliante. Docilité fugace qui n'est salit d'aucun mensonge. Elle se livre consciemment aux volatiles féroces qui tournent autour de l'âme qui lui fait face. Elle ne craint plus les incendies qui agressent ses murs de gel ; Lahja les laisse créer quelques gouttes de curiosité nouvelle à leur surface. Elle compromise, acceptant de dépasser l'Effroi qui cisaille son cœur de plus en plus las. Sans capituler, une part de son Esprit cherche à s'alimenter. Différemment. Elle cherche à affiner sa vision, au-delà d'une vue d'ensemble qui ne lui parle qu'à demi-mot. Consentir sans pour autant faillir, c'était la seule vérité qu'elle pouvait lui proposer. Le sorcier sait déjà ce qu'elle cherche, il sait ce que son muscle moteur réclame et ce dont son âme a besoin. Il avait si bien lu en elle malgré la déformation de ses Vérités. Lahja s'était promis de retrouver la jeune femme. À un point tel que les ruines de River Crow n'étaient pas parvenues à l'en dissuader. Il était hors de question qu'elle parte sans rien. Ses poumons devaient se nourrir d'espoirs, de pistes prometteuses et Jonah allait devenir la plus importante d'entre elles. Le regard de l'homme qui était perdu à l'horizon revient étreindre ses prunelles alors qu'elle acquiesce. Délestée de peur, se fiant à sa volonté, à la décision qu'elle avait prise et qu'elle était prête à épouser à présent. Si la voûte de ciel était si noire, elle en dégoterait des étoiles et si leur Mort est la seule chose qu'elle recueille, de leurs froides glacées elle créera de sa Magie de nouvelles lueurs. Puisque l'eau ne scintille qu'en présence des Astres Maîtres, elle en dérobera les éclats spontanés pour en nourrir le céleste mort des damnés. Lahja était ainsi faite. Dans l'opposition des torpeurs, c'est au sein de ses longues nuits d'hiver que ses Dons s'étaient élevés. À peine savait-elle marcher qu'elle connaissait déjà sur le bout du cœur l'immense valeur de la lumière.

« Il me semble que nous avons notre accord. Eden contre quelques bribes de ce qui me fait, contre la Magie qui m'a façonné. Je t'apprendrais mes voies, je te ferais comprendre qu'on peut grandir sans voler et le reste ne dépendra que de toi. » Car malgré le désir qu'elle avait de l'éloigner du Mensonge, elle ne pourrait pas le retenir d'embrasser les charmes de la Dépravation. Il n'était perdu que s'il souhaitait l'être et lui inculquer d'autres méthodes pourraient sans doute l'élever à quelque chose de plus sûr, de plus prospère. Malgré les différents qui imposaient entre eux cette frontière invisible, Lahja ne souhaitait pas qu'il souffre. Encore moins qu'on abuse de ses convictions, aussi sombres soient-elles. « Tout ça dans le consentement et la liberté. » Elle soutenait son regard, imprimant cette dernière phrase au fond de ses pupilles ténébreuses. Puisque sans elle, Lahja ne pourrait s'ouvrir. Sans elle, ses barrières ne se lasseront jamais de s'opposer à l'entité.
(c) DΛNDELION



You'll be given love, you'll be taken care of, you'll be given love, you have to trust it. Maybe not from the sources you have poured yours, maybe not from the directions you are staring at. Twist your head around, it's all around you. All is full of love, all around you, all is full of love. All is full of love.

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Créateur. Ce simple mot est une étincelle pour son imaginaire. Il n’en faut pas plus pour activer la mécanique de son esprit. Un nouveau possible . Encore un qu’il rajoute au tableau, 8 lettres, aux couleurs aussi l’y épinglant en tête. Créateur. Penser à tout ce qu’il pourrait faire naître de ces forces sombres qu’il sent couler dans son intangibilité, suffit à en faire crépiter la sorcellerie. Il lève les yeux vers le plafond, en ignorant la consistance pour voir autre chose. Il visualise les rouages de ses réflexions prenant des secondes de silence pour disséquer la question. S’était octroyé ce corps, il affiche le miroir de ses émotions et pose sa main sous son menton, son index caressant sa joue. Même là, il prend soin de parodier l’humain et ses attitudes. Les fils de sa marionnette de chair ont été pourtant coupé depuis longtemps. Il en est libre et c’est bien pour ça qu’il en joue. – Hmmm… Il apprécie cette conversation, qu’elle dure toujours en est la preuve. Ce n’était pas son intention première mais il la sorcière est aussi habile à manier le poison de sa langue que les défenses glaciales de sa magie. Il sourit, penchant la tête sur le côté lui redonnant son regard. – Laisses moi le temps de le devenir. C’est tout ce qu’il lui a toujours fallut. C’est ce qui lui enseigne la patience, même si il peine encore à s’y plier en toute rigueur. – J’apprend encore. A chaque instant. Et sur l’heure je me fais l’instrument de leurs inspirations. Je me plie à leur appétit. Au sien. A celui qui le dévore sans cesse. Il a bien conscience d’en être parfois le jouet, de perdre le contrôle et la Raison. Le violon et Timothée maintenant. Un point de repère et un point d’encrage lui assure de ne pas s’oublier une nouvelle fois. Il y reviendra quand il saura faire preuve de contrôle. Là, il en sera Créateur. De destruction.

Il fait ensuite claquer sa langue contre son palais, plusieurs fois, secouant la tête. – Je n’ai jamais dit qu’elle l’était. Je ne le crois pas d’ailleurs. Qu’elle soit figée serait d’un ennui certain. Il fronce les sourcils à cette idée, se confortant dans l’évolution de la sienne. – Elle change par nuance, par touche. Mais peut être qu’elle ne peut le saisir. Peut être que le jugement qu’elle y apporte l’empêche de le voir. Elle a beau se draper dans toute sa sagesse, elle a beau respirer la maturité de son art, il n’empêche qu’elle est aveugle comme nombreux. Noir ou Blanc, gris au milieu. Un monde monochrome des notions limités de la morale. Bien ou Mal. La nature est inqualifiable puisqu’elle est par définition naturel. Prédateurs et proies, c’est à ça qu’il faudrait plier la Conscience. A ça et la clairvoyance sur la futilité d’y chercher de toute manière un sens. Un but. Une valeur. Ou même une utilité. Vie et Mort. Quelques notes en rappel. Il ne converse que dans son esprit puisqu’elle a fermé le sien. Qu’il peut animer ses rêves celui qui est miroir du sien. Son nom se mêle à la présence chimérique d’Eden aux côtés de la sorcière pleine d’espoir, protégeant ce qui pourrait devenir faille. Il la devine sans peine, souriante et rassurante. Promettant à son amie des retrouvailles proches. Sa main aimante sur son épaule. La seule chose émanant de chaleureux. Le corps de Lahja est statue. Si lui est l’incarnation du constant mouvement de ses pensées, elle, est l’image des glaciers oniriques qui l’entourent. Fière et droite. Rigide de ses convictions. Il n’y a que son regard inquisiteur pour suivre son rythme. Observant et analysant pour tenter de comprendre. De le comprendre. Logique, qu’il aime. Elle est sienne.

C’est un pas qu’ils font. Jonah ne prenant que peu de risque. La voix qu’elle veut lui faire écouter à la même résonance que celle de sa jumelle. Il l’a entendu des années sans jamais se charmer de la mélodie des anges trompeurs. Il se refuse à la duperie de leurs a capela. A la douceur de leurs mensonges. Il se fera guide tout aussi prévenant qu’elle. Il se montrera pédagogue et patient. La curiosité est un prémisse, il veut en faire une attraction. Une ère nouvelle dans son Histoire. Il veut la voir basculer dans ce qu’elle combat avec tant de force, lui faire comprendre qu’il est vain. Ensuite… Ensuite, il verra. Une chose à la fois. Il bouillonnera des choix qui s’offrent à lui plus tard. Il est déjà riche de projets. – Ce sera un plaisir. Peut être pas partagé mais de ça il s’en moque. Méchant des contes et monstre des histoires, il se donne pleinement dans ce rôle sur mesure de démon détesté, à qui sied la solitude et la haine. Sans sorcellerie et mortel vivant, il serait adonné au même titre. Seul les moyens auraient été différent. L’argent et le pouvoir. Héritier capricieux et désireux. La politique peut être. Il se rallume une cigarette, en même temps qu’il retourne s’appuyer contre le mur.  

-Nous avons notre accord. Dans le consentement et la liberté. Elle tient tant à le souligner de ses iris hivernales qu’il ne peut le lui accorder. Sourire sur ses lèvres. – Je ne saurai cependant être tenu pour responsable de ce qu’il est advenu d’elle, une fois que je suis… Un geste de la main, amusé. -… Partit. Il est léger sur le sujet, alors qu’il le préoccupe. Grain de sable grinçant dans quelques rouages. – Je viendrai te trouver lorsque j’aurai quelques réponses. Quand viendra l’heure de ma première leçon. Mutin, il ne lui demande aucune adresse. Il saura venir à elle et il lui plaira de trouver comment. – Et en guise de bonne foi, je t’offres ce qu’il est advenu d’Eden après votre rencontre. Sans détour et sans langue de bois. Sans détournement et se complaire d’incertain. Si elle lui en avait laisser le loisir, c’est le film de ces mois qu’il lui aurait projeter. Cinéma d’horreur, faits d’horreur relatées sans retouche hollywoodienne. – Quelques mois, une année peut être et le manoir. Elle y a un connu un prince offrant son royaume pour conquérir sans pitié le sien. Il a brisé son enfance, mais visait ses rêves et ses idéaux. Elle y a été l’esclave de tous. Avant d’en être celui d’un autre. Moue méprisante. – Elle a été pathétique, humiliée et tellement perdue… Il secoue la tête. – Je te laisse réfléchir à tout ce qu’elle a put subir entre ces murs. Puis, dis toi que ce n’est rien par rapport à ce qui s’est réellement passée. Il n’en dira pas plus. L’automutilation par l’imaginaire est une souffrance bien plus marquante que la lame sur la chair.


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« Without the mask, where will you hide ? Can't find yourself lost in your lie. I know the truth now. I know who you are. It never was and never will be. Icons of self-indulgence, just what we all need, more lies about a world that never was and never will be.  »
Ainsi elle s'ouvre, éteint les souffles violents de son agacement pour satisfaire la torpeur de sa curiosité. Lahja s'enfonce dans les méandres du sombre, guidée par les lueurs mortuaires de cet homme étrange qui la martèlent de vérités. Maître des mots, comédien hors pair. Visage nouveau au travers duquel elle peine à discerner le vrai du faux. Elle pressent en lui le noir et le venin, aimerait l'en éloigner mais comment pourrait-elle absoudre ce Mal invisible qui le ronge s'il se donne en sacrifice ? Des flammes de fierté allument son regard nébuleux. Face à elle, se tient une force de la Nature, défiant la Souffrance elle-même pour ne la rabaisser qu'au rang de simple amusement. Cependant, Lahja sait que sa Terre est plus que cela. Combien a-t-il dû souffrir pour parvenir se sublimer du chaos ? Par quelle plaie commencer afin d'apaiser ces maux ? L'élémentaire était prête à l'aider, si seulement il acceptait cette main qu'elle lui tendait. Le soufre de ses paroles ne faisait que mouvoir l'exaltation de son indifférence. Il était certes doué pour titiller les épines glacées avec lesquelles elle se protégeait mais il n'était pas assez fort pour la dissuader de le haïr, d'enfermer les possibilités dans une fatalité que le nihilisme s'invente pour fuir la Création même. La Nature était certes nuancée mais pourquoi s'acharner à la pourrir alors qu'elle s'offre dans la dévotion de tout ce qui est pur et beau ? Pourquoi chercher plus loin que ce que le présent sempiternel nous offre ? Elle ne souhaitait pas se fondre dans le froissement de la Mort ni même dans l'Essence de tout ce qui est universel. Il fallait parfois savoir se contenter des étincelles peuplant la terre et le regard des autres que lui s'amusait à profaner. L'élève de la Mort avait besoin de temps. Elle l'écoutait toujours, bien plus transportée par ses vérités que par les leurres dont il se paraît pour mieux duper ceux autour desquels il gravitait. L'aveu de son sacrifice sonnait à son oreille comme un rituel obscur, un abandon de ce qui est humble pour ce qui est avide. Savait-il seulement qu'il s'engageait sur une route épuisante qui sucera son âme jusqu'à ce qu'elle défaille ? Il était si fier de n'être qu'un outil alors que l'acceptation sans artifices était la seule chose véritable qui comptait. Il semblait pourtant être dans le mouvement, en accord avec l'évolution que lui apportait les différents apprentissages dont il se nourrissait. Et ces mots révélés lui firent pencher la tête sur le côté, perplexe et curieuse d'en savoir davantage. Elle tournait les pages de son Esprit, découvrant les affres de son intelligence damnée au mépris.

Quelque part, elle en était rassurée car Jonah ne s'attachait à aucune théorie, préférant visiblement suivre le cours de ce que son âme lui réclamait en temps et en heure. Il écoute les champs de ses désirs mais la finlandaise en craint leurs origines. Elle craint aussi les influences qui les habillent. Sans pour autant laisser l'insolence d'un enthousiasme peu commun se lire sur les traits de sa mine concentrée. Elle étudie le sorcier, évoluant l'ampleur des mots qu'il choisit pour mieux les retenir. Laisser son esprit les apprivoiser jusqu'à ce que tout s'éclaire et qu'elle comprenne ses chemins sinueux, ses provocations intellectuelles et cette nécessité à vouloir plus qu'il ne devrait avoir. Lahja est certes fermée, cadenassée derrière la grande muraille de ses priorités. Elle en reste sourde aux propositions suggestives, désinvolte des horreurs qui se poursuivent à l'épicentre de l'Irlande. Ce n'est pas son rôle de tout balafrer. Son rôle à elle est celui de reconstruire. De solidifier, d'aider et d'apaiser. Ils semblent ainsi se mettre d'accord, Lahja gardant Eden en tête. Se refusant de l'effacer. Il faut qu'elle la retrouve à tout prix et ce prix, elle laisse à Jonah l'occasion de le choisir. Si elle ne relève pas certaines de ses réponses, c'est simplement car elles sont suffisamment claires. Le silence, pour elle, est bien trop précieux pour le salir de futilités. Ainsi, elle ne s'exprime que lorsque la nécessité le lui demande. Ils avaient finalement leur accord et même si cela demandait des révélations, possiblement conséquentes, la finlandaise acceptait. Avec détermination et sang-froid. L'existence de son amie ayant plus de valeur que les couleurs bleutées de sa Magie ancestrale. Il fallait savoir préserver l'Essence de ceux qui désirent se battre, de ceux qui refusent de courber l'échine sous le poids des Monstruosités et Eden, l'enfant délicieuse qui n'avait jamais quitté sa mémoire depuis leur première rencontre, faisait partie de ces êtres de lumière. Ce sont eux qui caresseront la Terre Mère jusqu'à ce qu'elle respire à nouveau en toute liberté. Ce sont eux qui décriront au monde la faculté de se relever.

Jonah impose encore quelques conditions discrètes dont l’immunité face à sa culpabilité. Elle ne comprend pas les allusions qu'il projette mais enregistre tout de même l'information, refusant d'omettre un point primordial qui pourrait l'aider dans le futur. « Je ne suis pas si difficile à trouver puisque je n'ai aucune raison de me cacher. Cela ne te demandera pas beaucoup d'énergie, sois-en sûr. » Elle le laisse pourtant s'amuser, remarquant à l'expression candide de son visage que tout cela ne fait qu'animer un peu plus son quotidien aux airs particuliers. Concernée par ce qui est advenu de la jeune femme, elle se fait plus attentive lorsqu'il décide enfin de lui partager ces choses qui la tourmentent, chaque jour un peu plus. L'élémentaire apprécie sa franchise et son fairplay. Elle se tait à nouveau, éponge de ce qu'il voudra bien lui révéler avant qu'ils ne reprennent leur chemin respectif. L'évocation du Manoir que possédait Léandre, celle d'un Prince. Elle comprit ses demi-mots, la lourdeur des blessures qui en suintent alors qu'il n'a sans doute pas dessiné ce destin. Lahja s'arrête un instant sur l'identité de ce Prince, se demandant s'il s'agit bien de l'être auquel son esprit s'attache... Elle en frémit pourtant, un mauvais pressentiment se diffusant au sein de ses entrailles. Ses prunelles sur l'homme se font alors naturellement plus dures lorsqu'il la juge, avec insensibilité. Pathétique étant pour elle une insulte qui n'a pas lieu d'être lorsqu'on subit la tyrannie d'Esprits trop concupiscents. « Ce qui est pathétique, c'est d'avoir besoin de soumettre un autre individu pour se sentir exister. » Le ton est mordant alors qu'elle quitte finalement cette chaise, laissant déjà ses poumons cherchaient un autre air, hors de cette ville qui n'est qu'horreur. Puisque leur conversation se termine et qu'il la ponctue de son erreur, celle d'avoir laissé son amie alors que les Monstres dormaient tout autour d'elle. « La réalité est toujours moins tendre que ce que l'on peut s'imaginer... Je ferais mon possible pour qu'elle retrouve la pureté qu'elle croit qu'on lui a volé. Elle comprendra peut-être que c'est quelque chose d'inné à chacun. Certains choisissent simplement de l'étouffer. » Elle s'avance vers la porte, avant de l'ouvrir. Elle lui offre dernier regard. « Fais attention aux forces que tu côtoies. Elles ne sont jamais ce qu'elles paraissent. Tu sembles parfaitement le comprendre mais je préfère te le rappeler... Je t'attendrais. » Elle s'efface ensuite derrière la porte, quittant la maison pour reprendre le chemin qui mène à Belfast, la tête encore lourde de tout ce Mal qu'elle espère pouvoir un jour éradiquer.


- FIN -
(c) DΛNDELION



You'll be given love, you'll be taken care of, you'll be given love, you have to trust it. Maybe not from the sources you have poured yours, maybe not from the directions you are staring at. Twist your head around, it's all around you. All is full of love, all around you, all is full of love. All is full of love.

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