The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 If we ever meet again | Ft. Jonah Fowler

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If We ever meet againwon't let you get away
Jonah
Fowler
Balian
De Lusignan
- J'aime pas tes Histoires, elles se finissent toujours mal. Jonah sourit sous l'écho de cette voix. Un souvenir. Il est si rare qu'il puisse s'y plonger, peut être le prix de sa condition. Il n'a plus sa propre mémoire. Il doit se concentrer pour se rappeler. Puiser dans la mémoire commune à sa jumelle. Les flash back sont rares. Et il aime les voir se mêler au présent. - Elles ne finissent pas mal. La petite fronce son nez parsemé de tâche de rousseur. - Si. Les Héros y meurt en pleurant. Le garçon ricane. - C'est parce que tu es trop bête pour voir qui sont les vrais Héros ! Le silence qui fait place est le bruit de sa victoire. Il a raison. Elle est bête. Il entend d'ici les rouages des méninges de sa sœur s'activer. Cliquetis. Cliquetis. - Les vrais Héros sont les méchants ? Il se contente d'un sourire et secoue la tête en éteignant la veilleuse, plongeant leur chambre dans l'obscurité, avant de se rallonger. - Non. C'est la mort. Elle frémit dans son lit, ramenant sa peluche contre elle. Elle ferme fort les yeux, mais la curiosité surpasse la peur. Inspire l'imaginaire. - Pourquoi ? Il laisse son regard ouvert sur la nuit, il ne réfléchit pas, lui. Il sait. - La mort gagne toujours. Le fils onirique des souvenirs se rompt. Le réel étend de nouveau sa toile. Jonah sourit. Si tu savais Eden, comme j'ai raison. Il le démontre cette fois encore. Aux côtés du Maîtres des tortures. Qu'importe la conviction des Héros. Qu'importe qu'il se sente hors de sa portée, protégée de ses bras par une aura divine. Qu'importe leurs espoirs. Leurs suppliques. Leurs convictions. Leurs forces. Qu'importe tout ce qu'ils sont ou tout ce qu'ils croient. A la fin de chaque Histoire, après le "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant", elle écrit leurs dernières lignes. C'est elle qui gagne. A chaque fois. La vie est faîte juste pour Elle. Elle se rit bien des valeurs. Des actes ou de leurs combats. Elle fauche. Lui est un de ses soldats fidèles. Balian aussi. Ils ouvrent les yeux des Mortels sur sa toute puissance.

Qu'il est obéissant leur petit mortel. Qu'il est faible surtout. Rien plus une flamme de fierté. Le voilà tout à eux. Une arme entre les mains, c'est à lui qu'il compte en infligé la morsure. Il pourrait tenter. Se dire qu'il n'a visiblement plus rien à perdre et se suicider dans une once de dignité pour en blesser un dans sa chute. Laisser une trace de son acte et les frustrer d'une agonie trop rapide. Jonah, si il est intelligent. Penser toucher l'immortel serait juste stupide. Mais non. Rien. Pas même la penser de se rebeller. L'entité absorbe la soumission de l'âme avec répugnance. C'est tellement... glaireux. Il sent déjà le désintérêt pointer le bout de son museau. Babines retroussées sur ses crocs aiguisés. Il la repousse, agitant sous ses narines le festin d'un espoir qui s'éteint. Elle gronde mais consent, regagnant sa grotte. Viendra son heure. Jonah observe l'hésitation du Tullamore. Il assassine ce qui lui reste de Raison. Pour en arriver à se faire si mal, il en faut de la motivation. Il se charge de lui rafraîchir la mémoire dans les flammes d'un regard. Tu as déjà pu remarquer que la patience... Ce n'est pas trop notre truc. Ne l'épuise pas d'avantage. Son sourire n'a pas quitté ses lèvres. Il croise les bras contre son torse alors que son cri suit son geste. L'homme avait beau s'y attendre, il avait beau avoir imaginé, anticipé la douleur, elle vient quand même le surprendre de sa véhémence.

Le pire est pourtant à suivre. Voilà l'heure de sa récompense, non pas la survie comme il se l'est suriné, mais la chair encore chaude de son ami, dégoulinante de son sang. Son cœur bat toujours. Il est vivant. Il ressent. Et lui va lui arracher un morceau de sa peau de ses mains tremblantes. D'un métal chauffé. Le dégoût, le premier haut le cœur. Jonah le voit, ça l'amuse. Il est fier de son petit jouet. Il en voit déjà l'utilité. L'attrait. Le sang qui viendra y couler à torrent. Il observe le Vampire lui fixer. Capturer un poignée de seconde son souffle, qu'il est beau quand il ouvre alors grand le carnage de sa bouche pour tenter d'inspirer. Tout pour survivre. Il ricane en secouant la tête avant de refermer les yeux. L'espoir se meurt. C'est dans l'air. ça appelle son appétit. Sa magie maudite suit la piste du vermeille, sans aucun mal. La douleur omniprésente est un phare au milieu de l'océan. Il le conduit droit vers l'âme qu'il n'avait fait que caresser jusqu'alors. L'heure des cajoleries arrive à son terme. Jonah y pénètre brusquement. Craquement. Semblable à une porte qui cède sous le poids d'un bon coup de pied. Il l'entend le son onirique résoner, contemple ce qu'ils viennent de détruire. Ruine et décombres. Le décor est digne du scène apocalyptique. Un paysage d'après guerre, celui où les rapaces dévorent les corps entassés dans l'herbe rougit. Il piétine du talon tout ce qui peut subsister de beau. Il fixe un point qui semble loin. Au delà de l'horizon, hors d'atteinte et pourtant... L'étincelle se rapproche. Celle des prières et des espoirs. Elle vacille. Elle s'essouffle.

L'esprit est faible. Il craque. Imaginer ce qu'il mâche péniblement à raison de la menace qui plane. Elle était pourtant bien aiguisé contre sa peau. Les pointes affûtés était censé lui rappeler ce qu'il risquait. L'entité lève les yeux au ciel dans un rire alors qu'un torrent s'échappe des plaies. Le réel devient secondaire. Il s'efface au grès de ce monde où Jonah est tout puissant. Il y marche en Prince Libre. Héritier désigné. Craint. Le Tullamore n'a pas l'ombre d'une chance. Il n'a plus de volonté à opposer. Plus de force. Il n'est que putride soumission. A vomir. De ces doigts, le spectre effleure la lumière tremblante, y refermant bientôt la main. L'obscurité y naît, traînée de poudre et flammes noirâtres. Ils en sont venus à bout. Persévérance et Patience paient toujours. Généreusement. Quand son poing l'enserre totalement, elle s'effrite et tombe en poussière. Un sourire. Une longue inspiration et l'entité se retire. Il n'y a plus rien à prendre ici. Le mortel n'a plus rien à offrir d'amusant.

-Il ne m'amuse plus. Il vient de perdre tout intérêt. L'entité sourit pourtant. Sa magie s'est retiré aussi vite qu'elle s'était accaparé l’atmosphère. - Achèves le si tu veux. Régales toi de ce sang avant que la désespérance ne le gâte. Il récupère la lame que leur ami serre toujours, il tremblote en gémissant, le regard vide et la bouche agrandit d'horreur. Il en essuie la lame sur son pantalon. Pas un regard pour le malheureux, devenu aussi insignifiant qu'un brin d'herbe. Il le délaisse d'ailleurs de plusieurs pas. Avant d'affiche un air mutin. Une idée en tête. Des centaines. Mais celle ci en premier lieu. - Ou alors... Il pose la dague contre la peau de son cou et la fait glisser sur sa clavicule. La pointe perce doucement faisant naître quelques gouttes des plus belles roses. - Tu viens goûter une saveur nouvelle. Il pose son regard dans celui de l'Immortel. Celle d'un corps que je possède entièrement.


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If we ever meet again

Won't let you get away


À vrai dire, lui aussi s’ennuyait. C’était un peu la rançon de la puissance. Sous leurs mains expertes, le mortel était une marionnette et sa faiblesse affligeante avait vite déclenché sa lassitude. L’amusement s’en était vite allé, en fait. Tout se répétait. Des menaces, des pleurs, de la douleur. Évidemment, c’était divertissant mais… Mais peu stimulant. C’était bien pour cette raison que le vampire ne comptait plus depuis bien longtemps le nombre de ses victimes. Il passait vite de l’une à l’autre pour maintenir son intérêt qui s’estompait bien souvent à toute vitesse. C’était comme un drogué et sa dose. Il en fallait de plus en plus pour ressentir les effets du produit, avec cette même frustration, permanente, de ne plus jamais réussir à atteindre l’euphorie de la première fois. Balian était comme ça. À la recherche de l’euphorie, en quête de cette sensation grisante. En cet instant, il se sentait repu. Pas physiquement, mais mentalement. Il avait pu défouler cette frustration qu’il ressentait tout le temps, d’être obligé de se contenir, de laisser les humains gambader tranquillement dans les limbes, sans se soucier du moindre danger. Un troupeau de moutons près d’une terre de loups affamés. Voilà ce que c’était. Et le comble, c’était qu’un simple morceau de papier, une ridicule petit coalition, l’empêchait de toucher au moindre cheveu d’un mortel. Il regrettait parfois de ne pas avoir plus profité, avant que l’accord ne soit signé. Il aurait dû se baigner dans le sang, saigner le moindre humain qu’il croisait et boire jusqu’à s’en rendre malade. Il s’était bien donné à coeur joie après les bombardements, mais maintenant qu’il y pensait, pas assez à son goût… S’il avait su. Balian poussa un bref soupir alors que Jonah lui donnait sa bénédiction pour achever la proie et même boire son sang. Il se dirigea vers le Tullamore, ignorant ses gémissements de protestation, et posa une main de part et d’autre de son crâne pour immobiliser sa tête. Il s’apprêtait à planter ses crocs dans sa gorge quand l’âme lui fit une autre proposition.

« Tu piques mon intérêt, Jonah… » Ronronna le vampire en pivotant vers lui.

D’un seul coup, l’humain perdit tout attrait à ses yeux. Il fit brusquement pivoter sa nuque et le craquement sourd de ses cervicales résonna dans la nuit, suivit de près par le bruit de sa chute sur les feuilles mortes. Balian enjamba le corps en souriant, se dirigeant d’une démarche féline vers Jonah. Jonah… Ou le corps qu’il occupait, plutôt. Il fallait dire qu’il avait bien choisi. Il avait une silhouette harmonieuse et des traits agréables. Et surtout, c’était un homme. Même si Jonah avait souvent éveillé son intérêt autrefois, son corps l’avait toujours laissé de marbre. Balian n’avait pas su surmonter ça, indifférent aux formes de la belle Eden. Il était bien content qu’elle soit loin d’ici, cette idiote insignifiante et naïve, presque insolente du fait de sa stupidité. Il se souvenait encore du jour où elle avait pénétré ses appartements pour y retrouver Stacey. Sans Jonah, elle serait morte aujourd’hui, c’était certain. Infectée par l’âme sans corps, Balian avait décidé de l’épargner pour ne pas qu’elle emporte son frère avec elle. Peut-être aurait-il dû, en réalité ? Il aurait découvert son don bien plus tôt… Mais bon. Mieux valait tard que jamais, et aujourd’hui, il était heureux de retrouver son compagnon de jeu. Son regard brilla d’une lueur intéressé alors qu’il contemplait la clavicule de Jonah, souligné par l’écarlate de son sang. Ses narines frémirent et il se lécha inconsciemment les lèvres en franchissant la distance qui les séparait. Doucement mais fermement, avec l’assurance qui lui était propre, il posa sa main sur la taille de son ami, ne se souciant pas du sang qui souillait ses doigts. Son regard était fixé sur le visage de Jonah, plongeant dans ses yeux alors que ses lèvres restaient arquées en un mince rictus carnassier. Son corps se pressa presque contre le sien, sa main appuyant contre les reins de Jonah pour le ramener vers lui.

« Tu te souviens du jour où j’ai bu ton sang, la première fois qu’on a chassé ensemble, Jonah ? » Lui demanda Balian, l’amusement pointant dans sa voix de velours.

Son autre main remonta lentement le long de son torse pour effleurer sa clavicule et venir cueillir une petite goutte de sang s’échappant de la plaie toute fraîche. Il la porta à ses lèvres pour la goûter et lui adressa un sourire éclatant, dévoilant ses canines qui vibraient déjà d’envie. Boire pour se nourrir et boire pour le plaisir étaient deux choses différentes. Les humains aussi, ne mangeaient pas que pour la survie. Ils appelaient ça de la gourmandise. Les vampires aussi, pouvaient se montrer gourmand. Balian l’était quand il buvait le sang de Stacey. Évidemment, la gourmandise des vampires était plus risquée que celle des humains. Là où les mortels pouvaient craindre la prise d’un ou deux kilos disgracieux, les immortels de la nuit pouvaient plutôt craindre de tuer leur friandise. Balian devait se montrer très prudent, d’autant qu’il était facile de perdre le contrôle lorsque le sang était goûteux. La raison, il ne connaissait pas. La modération non plus. C’était donc un jeu dangereux. Mais il ne tuerait jamais Stacey par insouciance, il l’aimait bien trop pour ne pas se montrer attentif à ses signes vitaux. Tout comme il ne comptait pas achever Jonah, même si au fond, la mort de son corps ne signifiait pas la disparition de l’âme. Les risques étaient donc bien moindres, par rapport à un humain lambda… Balian n’était cependant pas tordu au point d’achever l’hôte de son ami. Il avait bien trop envie de s’amuser avec lui pour lui infliger ça. Il le dominait de sa hauteur et se pencha pour déposer lentement ses lèvres contre sa clavicule, goûtant cette fois son sang à même la source avant de remonter doucement sa bouche le long de sa gorge. Il étira un sourire amusé en effleurant le lobe de son oreille.

« C’est la première fois que je t’ai vraiment senti, Jonah… Tu ne pouvais plus te cacher derrière ta soeur. » Souffla Balian. « Tu t’es senti mis à nu. Tu n’avais pas apprécié. Je suis étonné que tu m’offres cette occasion de recommencer… »

Avec amusement, il darda le bout de ses crocs contre sa chair, taquinant doucement sa peau. Il pouvait sentir le sang battre dans les veines qui tapissaient sa chair. Un rythme presque inaudible et qui pourtant résonnait si fort à son oreille avec la musicalité d'une symphonie. La musique de la vie. Du sang.



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L’ennui qui s’installait à son aise, se brise comme les os de la nuque, sous le craquement sonore. Des mains expertes, parure léthale autour de cou. Ornés de rubis écarlates et de perles salées. Collier de la Mort que Jonah veut deviner dans les Limbes où il errera à jamais. Il referme les yeux pour mieux s’y perdre, profitant de cette état vaporeux qui est sied depuis ses excès de zèles, il ouvre son regard sur l’autre monde. Il fixe cette âme encore inconsciente de son sort dont la lumière vacille pourtant dangereusement. Le froid l’entoure et la brûle de sa morsure glaciale. Elle finit par s’en figer, lueur qui demeure immobile, brillante d’un éclat morbide. L’entité y matérialise sa seule promise. La faucheuse en personne dans sa robe tissée de néant et brodé de nébuleuses, soulignant les courbes de sa silhouette décharnée. L’opale de la lune en peau, l’ultime vérité dans les orbites. Elle est belle sa bienfaitrice. Qu’il fut bon de son loger contre sa cage thoracique, de plonger ses mains entre les côtes pour en serrer le cœur qui bat de tout ceux qui s’arrêtent. Jumelle de cette Vie qui s’obstine à en animer d’autres. Il sourit, se délectant de son office funeste. Il s’incline face à sa Déesse et se retire pour le Réel tangible où le temps est étiré. Quelques secondes auparavant, leur créature se tordant encore de gémissements grotesques et d’espoirs tout aussi pathétiques. Son appétit pour un temps comblé, Jonah peut à loisir profiter de d’autres distraction et du plaisir d’avoir un corps à nouveau masculin. Il déborde d’une énergie passionnée qu’il a trouvé un moyen de canaliser. Qu’il vole la vedette au Tullamore attise d’avantage la fièvre de ses pensées.

Balian est fidèle à lui-même. Une guerre perdue et une coalition forcée ne change pas ce qu’il est. Même un traité ne peut atteindre à sa Nature. Il est prédateur. Sur tous les terrains. Un chasseur émérite, les sens affûtés à la traque. Le projet d’en être un jour la proie n’en est plus un. Le Bourreau de River Crow avait trop souvent déploré l’apparence qu’il empruntait. Le corps de sa jumelle le laissait dans la froideur de la Mort sans attiser la moindre flamme. Tous les efforts entreprit par l’entité pour le lui faire oublier n’avaient jamais abouties. Au fur et à mesure, ils s’entassaient, carburant de ses tentatives d’évasion. Rien que lui offrir une enveloppe plus à sa convenance était un moteur suffisant en soit. Il observe l’immortel se rapprocher, adoptant le pas de ces félins dont le regard brille d’appétit. Il s’y plonge sans crainte, désirant attiser cet instinct en y mêlant celui qui le ronge. Chaque mot qui avait franchi la muraille de ses lèvres ont été gravés dans l’immatériel qui le fais, il les avait ensuite inscrite en l’âme de Tim. Quand. Si. Un jour. Il balaie d’un sourire toutes ses hypothèses formulée sur ce fameux jour où il quitterait sa prison. Ils y étaient. Ils avaient déjà renoués dans le sang, à présent, Jonah brûlait de passer à la chair. Terrains qu’il lui pressait de conquérir avec le voyageur aguerri qu’était le vampire. Après tout, il avait promit de lui en enseigner les secrets autant que ceux de la torture. Novice passé maitre dans le premier domaine, il lui tardait de se faire l’élève du second.

Son bras passe autour de sa taille, étreinte ferme et possessive. Jonah doit lever le regard pour continuer à soutenir le sien. A l’époque, il s’en révoltait. Qu’il était jeune et qu’il était con. Il se voit à présent tel qui était, un débutant qui devait bien amuser la maturité de l’Eternel. Maladroit d’une fougue mal maitrisé, titubant de connaissances pas assez disséquées. Il se revoit, assoiffé de sensations et de ce désir d’existé. Balian le voyait, l’entendant, alors il s’était acharné à lui prouver sa réalité. Quitte à lui hurler dans le crâne et en coloré le bitume de vermeille. Il se pardonne. Il était tout aussi paumé qu’Eden. – Je m’en souviens. De cette gorgée prise comme de cette chasse. Ma première. Il pose une main sur son torse sans le quitter des yeux, mordillant sa lèvre qu’il étire dans un sourire. Cette nuit était l’aube de sa naissance. Les prémices de sa magie. Elle avait marqué sa vie. S’en rappeler fait frémir jusqu’à la moelle de son hôte. Autant que la bouche du vampire contre sa plaie. Il  referme ses doigts sur son haut. Avant de rire. – L’expérience m’a laissé… Perplexe. Tu m’a mi face à ce que j’étais. Et je n’étais clairement pas prêt. Sur le coup, je n’ai même pas su dire si cela fut plaisant ou non. Son bas ventre se tend des délices à venir. – Tu as volé mon sang. Tu l’a pris alors que je te l’avais refusé. Jonah était tombé dans le piège de la morsure. Comme un amateur. Balian se saisissait de son essence. Il a paniqué en se la prenant en pleine gueule tandis qu’il la buvait. – Cette nuit est différente. Je m’offre, corps et âme. Les dernière paroles sont murmurés à son esprit, engouffrer dans tout ce désir qui éveille le gouffre de son appétit. Il mord sa lèvre. A sang cette fois ci. Ce n’est qu’après qu’il vient les presser contre celle de l’immortel. Il y impose ses envies et cette frustration si longtemps retenu de n’avoir pu combler celle de son tuteur.

- Je te fais mon seigneur jusqu’au lever du soleil. Il souffle l’écho du passé entre deux baisers. – Et peut-être, le jour à venir. Sa langue subit à son tour l’écrasement de ses canines, moins affutées que celle du bourreau. Il s’acharne pourtant au sang. Le goût du vitae en bouche, il revient prendre la sienne. Si tu n’es pas lasse que je te surprenne.


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Le baiser était plaisant. Il sentait le corps chaud de Jonah contre le sien, ou tout du moins, l'enveloppe charnelle qu'il hantait. C'était du pareil au même pour Balian. Il appréciait le déroulement des choses. De la chasse sanglante à l'étreinte passionnée. C'était le genre de nuit qu'il aimait. Ces nuits qu'il avait tant vécues avant que tout ne change, avant que son monde ne s'écroule. Ces nuits où, oui, comme le disait si bien Jonah, il était seigneur. Grognant contre sa bouche, il fit danser sa langue avec la sienne, s'enivrant du goût de son sang tout en l'acculant contre le tronc d'un arbre. La présence des deux cadavres près d'eux ne le perturbait pas, il avait déjà oublié les pauvres Tullamore. Seul Jonah était digne d'intérêt. L'âme venait d'allumer un feu en lui, un incendie qui se répandait doucement dans son corps, un désir brûlant qui gagnait peu à peu les fibres de ses muscles. Il se souvenait avoir désiré Jonah, quelques années auparavant. Il se souvenait s'être demandé à quoi pouvait ressembler l'esprit perdu, s'il avait son propre corps. Il avait déjà fantasmé sur cette chimère innateignable, cette réalité où Jonah était de chair et d'os. C'était peut-être bien la première et unique fois de sa vie où il avait désiré quelqu'un sans que cette personne n'ait de corps. Tout ça pour quelques paroles échangées. Pour ces discussions futiles qu'ils avaient entre deux chasses. Pour ces confidences qu'ils échangeaient, les mains pleines de sang. Balian s'était surpris à le trouver adorable, voyant au-delà du visage de son hôte, oubliant preque le corps de la douce Eden. Presque. Lui qui avait initié Jonah aux plaisirs de la chasse aurait adoré lui apprendre les plaisirs de la chair.

« Me surprendre ? »

Il le saisit par le col, le retourna et le plaqua sans douceur contre le tronc d'arbre. Son corps s'encastra contre les courbes de son dos, brut, conquérant, lui faisant comprendre sans plus de cérémonies ses intentions. Alors que l'une de ses mains s'était posée sur ses cervicales, saisissant avec force et fermeté sa nuque pâle, son autre main descendit le long de son ventre, l'invitant à venir presser un peu plus son dos contre son torse. Il aimait le sentir là, comme ça. Ce corps chaud et plus frêle que lui, aux courbes subtiles et masculines. Son nez effleura sa gorge alors qu'il s'enivrait à nouveau de son parfum, écoutant les veines battre sous sa peau, salivant d'envie. Son seigneur ? Il aimait ce titre. De sa nuque, ses doigts glissèrent sur sa gorge avant de l'obliger à redresser le menton. « Qu'as-tu appris, depuis ces deux ans, pour me surprendre, moi qui ait 900 ans ? » Se moqua gentiment Balian en mordillant son oreille. Du bout de ses doigts, il força l'entrée de sa bouche pour caresser sa langue. « Je ne te parle pas de tes numéros de marionettiste mais bien de sexe. Tu crois que cette bouche pourrait me satisfaire ? » Son autre main s'inséra sous ses vêtements, traçant quelques formes imaginaires sur sa peau. « Que ce corps pourrait me faire jouir ? » Il en avait la voix rauque d'excitation, enjoué à l'idée que Jonah s'aventure sur ce terrain-là avec lui. Pendant la chasse et la torture, il ne l'avait jamais déçu, ils s'étaient toujours bien amusés ensembles... Mais ils pénétraient aujourd'hui un domaine qu'ils n'avaient encore jamais foulé l'un avec l'autre. Toutefois, Balian était curieux, et d'humeur aventureuse. Jonah avait plus que piqué son intérêt. Il ne voulait certainement pas en rester là. Pour lui, la nuit était loin d'être terminée. D'un geste souple, il déboutonna le pantalon de Jonah.

« J'étais là lors de ta première chasse. Comme j'aurais aimé être présent lors de ta première fois. » Ronronna le vampire en relâchant sa bouche. « Raconte-là moi, Jonah... Et pas celle de ta soeur. La tienne. »

Qui donc avait eu l'honneur de tutoyer l'âme sans corps pour la première fois ? Qui avait initié à la chair ce fantôme sans matière ? Balian était curieux. Comment Jonah avait vécu ce moment intime, lui qui avait été si farouche quand il avait eu l'audace de le mordre ? Il tentait d'imaginer cette innocence teintée de vermeille découvrir un autre monde, ce jeune homme qui tuait sans vergogne et qui paradoxalement était condamné à une pureté immaculée. C'en était presque comique, en fait. Doucement et habilement, Balian le déshabillait, ses doigts froids s'appuyant contre sa peau, découvrant peu à peu chaque parcelle de son corps comme un aveugle qui s'appropriait un territoire pour en faire une carte mentale. Chaque creux, chaque bosse, dessinant chaque muscle de la pulpe de ses doigts, s'appliquant à mesurer les réactions de son vis-à-vis. Deux ans, pour un mortel, ce pouvait être long. Très long. En deux ans, on avait le temps de faire tant de choses. Il se demandait bien ce que l'innocence de Jonah avait pu devenir, depuis River Crow. Même si l'époque n'était pas très encline aux rencontres et aux rapprochements, Jonah avait l'avantage de pouvoir être qui il voulait. Son pouvoir lui conférait cette puissance indéniable, il pouvait s'offrir toutes les occasions du monde de se vautrer dans la luxure. « Est-ce que tu peux ressentir la douleur ? » S'enquit Balian en mordillant sa nuque, laissant une petite trace rougeâtre sur sa peau.  « Et si oui, est-ce que tu aimes ça ? » Si on oubliait Hamid et Stacey, Balian avait deux amours; la violence et le plaisir. Lorsqu'il pouvait associer les deux, c'était encore mieux. En neuf cents années de vies, jamais le vampire ne s'était ennuyé du sexe ou du meurtre.

« Je pourrais t'apprendre. Tu as toujours été un très bon élève. » Sourit Balian à son oreille.

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Jonah
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Balian
De Lusignan
L’esprit est son royaume son terrain de jeu particulier. Il y sévit, s’en servant pour ancrer son âme à la réalité. Il est entité du psyché et ombre de la raison. Il se niche à la frontière de l’Inconscient pour influer dans un monde qui n’est plus le sien. Le corps, lui, n’a toujours été qu’un vaisseau secondaire, le réceptacle qu’il gangrène de sa présence. Les ressentis sont contrôlables au point d’en être éliminables. La plupart sont des stimuli qui le détourne de l’essentiel alors il n’a pas apprit à ce les approprier. Il sait les miner, les caricaturer ou s’en moquer, mais il n’a jamais pris la peine d’apprendre à les vivre. L’ignorance est un défaut qu’il ne s’accordera pas et depuis qu’il a une enveloppe qu’il peut enfin dire sienne, il veut le corriger, curieux de ses expériences qui enivrent les mortels : la douleur des muscles après l’effort, le plaisir des caresses sur la peau comme celui d’une douche chaude après la rudesse du froid, le goût d’un café noir après une nuit blanche,… Il a pourtant toujours repousser l’échéance, tellement à faire, ou simplement mieux. Mais l’heure de savourer cette nouveauté sonne, ce bien ce que promet le regard du Palestinien. Il n’y a plus de jouet à torturer, plus d’intermédiaires pour assouvir leurs envies, plus barrière pour les arrêter et surtout, il n’y a plus Eden pour refroidir les ardeurs de Balian. Bien trop de fois, Jonah a vu ce dédain pour les courbes féminines de sa sœur, ternir le désir que leurs chasses éveillaient. Les formes ne le sont plus et bien qu’androgynes, elles sont visiblement plus à sa convenance. Il en frémit, souriant de sa brutalité soudaine, c’est bien la première fois qu’il la retourne contre lui. Son dos adopte les contours de son torse pour s’y fronde, se pliant à sa volonté. Il se noie volontairement dans le flot bouillonnement qui nait de ses gestes. Il aime les extrêmes et c’est bien ce qu’il lui offre.

- Tu te trompes.

Il rit, d’avantage quand il se rend compte que sa respiration est vacillante. Elle subit les attaques de ce cœur qui s’affole. Il se gorge de ses prémices, s’accrochent à leur vivacité pour tenter de les faire siennes. Ce n’est pas Timothée qui les reçoit, ce n’est pas son esprit qui est aux commandes, il ne l’est plus depuis bien longtemps, alors il est naturel que ce soit Jonah qui s’en abreuve. – Bien que je serai tenté de répondre que ce corps parvient à te faire bander, sans même qu’il ne s’agite... Il en a la certitude quand sa main vient effleurer la bosse de son entre-jambe, avec cette même intrépidité que cette langue qu’il passe sur ses doigts.  Elle vient de la sensation d’être un explorateur découvrant des terres qu’aucun Homme n’avait jamais foulé. - … tu te trompes. Je ne veux pas te surprendre de ce que j’ai appris, tu serais déçu. Jonah peine à se rappeler les quelques fois où il avait profité des délices de la chair, une preuve qu’elles n’avaient rien de sensationnelles. – Je veux te surprendre de cette soif que j’ai de le faire. Il veut, une autre le voir être l’initiateur d’une révolution en son être. Balian a su démontrer qu’il était un professeur des plus méritants, riche de ses pratiques.

- Hmm, tu n’as beau ne pas en être amateur, la première fois d’Eden t’aurait plu. Principalement parce qu’elle n’avait été que violences et confrontations cruelles. L’immortel aurait apprécier de la voir ainsi se perdre dans une innocence incendié par une luxure imposée, sa pureté souillé de bestialité. Il repense à Callan, il repense à cette rencontre, à ce qu’elle a provoqué, à cette nuit qu’il associe à sa renaissance… Oui, il n’en doute pas, l’immortel aurait apprécié. – La mienne a moins… D’éclat. Elle n’était pas dicté par les mêmes instincts, ni par le même désir. Il se force à s’en souvenir alors que ses pensées ne sont tournés que vers ses mains qui s’aventurent sur sa peau et la parsème de frissons brûlants. – Il y avait cet homme, tellement en colère que son âme en était saccagé. Il y avait cette femme qu’il battait pour expier ses propres vices, l’étourdissant chaque jour de ses poings. J’avais tellement faim de sa rage. De son désespoir. Elle était sur le fil, je voulais tant qu’elle tombe, qu’elle s’écrase au sol, je voulais le vivre, m’en nourrir… Il se souvient bien plus de ça que le du reste. – Il a été si facile de le faire flancher, lui souffler de la maintenir sur le canapé puis de me substituer à lui. J’ai attisé ses pensées les plus sombre, d’emplifié cette convoitise presque animal. Il parle encore une fois des émotions, si peu du reste. – Ma première fois était décevante, Balian,. C’est comme si je n’avais pas réussi à me saisir de l’essentiel... Mais comme tu l’as dit, tu n’y étais pas. Il n’espère pas que cette nuit sera différente, il en est persuadé.

- Je ne ressens pas la douleur, en règle général, je ne ressens rien. Je repousse, je rejette, je laisse le terre à terre aux humains.
Il sourit, l’échine arquée, appuyé contre le vampire. Il frissonne aussi sous la morsure. – Mais je pourrai m’y plonger au point d’en oublier que ce n’est pas mon corps Il tourne la tête vers lui pour l’apercevoir du coin de l’œil. L’immortel est parfumé de ces vices illuminant ses iris. Il est presque aussi beau que lorsque le sang vient auréolé sa peau et sa fièvre dans le regard. – Peut être que là, j’aimerai. De son ton amusé, au petit mouvement qu’il donne à son bassin pour venir le plaquer contre son entrejambe, tout chez lui n'est que provocation. Jonah veut s’enivrer et il ne le peut que du trop ou du pire. Le contrôle lui parait bien fade face aux pulsions brutales du Palestinien, alors il va lui faire perdre. La retenue lui est imposée au quotidien, qu’il l’oublie dans la coïncidence de leur retrouvaille. Il veut apprendre de lui toutes les gammes de la Luxure et ensuite, lui prouver de nouveau, qu’il est à la hauteur de cette concupiscence. De toutes ses attentes.

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Jonah pouvait se targuer d’être le seul à avoir attisé le désir de Balian sans jamais se servir de son corps. Du temps de River Crow, lorsqu’ils se vautraient dans les plaisirs de la chasse, plus d’une fois l’immortel avait observé le corps d’Eden en regrettant qu’elle fût née femme. Après l’envie de sang suivait souvent l’envie de sexe, une envie qu’il n’avait jamais pu satisfaire et que Jonah avait pourtant souvent titillé, de ses mots et de ses gestes. Balian l’avait fantasmé dans un corps masculin, parfois. Et même s’il ne l’avouait pas, il avait songé à la possibilité de transcender son dégoût des femmes pour faire Jonah sien, même dans cette coquille de chair. L’envie de lui enseigner les arts savants du plaisir. De lui faire connaître un monde qu’il ne connaissait pas, là aussi. Balian aimait tuer autant que faire l’amour. Il était certain que Jonah aurait aimé, aussi. Persuadé que son élève saurait apprécier ce plaisir qu’offrait la vie. Qu’offrait la chair. Malheureusement, les bombes étaient tombée avant même qu’il ne puisse envisager plus longtemps d’oublier le corps féminin de la jumelle propriétaire de l’enveloppe charnelle. Dommage. Une occasion manquée de l’introduire à un nouveau monde. Puis le temps était passé. La coalition. Le reste. Deux ans. Deux années passées à toute vitesse, mais que Jonah n’avait visiblement pas perdues. Balian l’avait connu bien plus timide et embarrassé, beaucoup moins provocateur et aventureux, et il devait avouer qu’il aimait bien ce nouveau Jonah. Particulièrement son corps, bien plus à son goût. Oubliée, la douce Eden. Disparues, ses courbes rondes et délicates. Balian n’eut pas le moins du monde à se forcer pour désirer cette chair. Son corps répondait déjà au contact brûlant de son bassin contre ses reins. Par anticipation, déjà, son sang affluait vers son entrejambe.

C’est avec attention qu’il écouta l’âme lui raconter ses premiers ébats, ses premiers contacts avec le péché de chair. Légèrement distrait par le goût de sa peau, le vampire tendit tout de même l’oreille, s’enivrant de ce récit, se reconstituant la scène en entrant dans sa tête pour y piocher quelques images à la volée. Un sourire narquois ourla ses lèvres quand Jonah lui confia sa déception. Une lueur pleine d’assurance brûla au fond de ses yeux sombres et il caressa le lobe de son oreille du bout de ses lèvres. « Evidemment. Si j’avais été là, ç’aurait été différent. Mais tout le monde n’a pas la chance d’expérimenter sa première fois avec le maître. » Ricana Balian en suivant soigneusement les vertèbres de Jonah de la pulpe de ses doigts. Plein d’assurance. De prétention. Le vieux vampire ne se privait d’aucun plaisir. La morale ne lui dictait jamais sa loi et dans sa longue vie, il avait eu le temps d’expérimenter maintes et maintes choses. Il aimait la simplicité du plaisir. La trivialité du sexe. La danse des corps qui s’agitent, brûlant de l’intérieur. Le cœur qui suffoque, qui bondit, même mort. Malgré les années, le sexe ne changeait pas. Il était ce repère pérenne, ce monument éternel à la gloire de la chair. Comme Balian aurait détesté être une âme. Incapable de saisir, de toucher, d’être touché. Transparente, insaisissable. Privée du monde physique. Lui, il avait besoin de cela. De ce contact, de cette brutalité, de cette conversation violente entre deux corps. Le sexe était comme le sang ; son oxygène. Une drogue que son être tout entier réclamait, une addiction virulente qui infectait son esprit. Il en avait besoin pour vivre. Lui, le monstre des plaisirs autant que des tortures. Prenant et arrachant bien plus que donnant. Balian savait pourtant conjuguer le sexe au singulier autant qu’au pluriel. Il ne tenait qu’à lui de satisfaire ses partenaires, si l’envie lui prenait. Ça ne dépendait que de son humeur. Et aujourd’hui, justement, il était d’humeur généreuse.

« La douleur est physique. » Il le saisit par le menton pour lui faire pencher la tête en arrière et exposer sa gorge. « Mais le sexe… Le sexe l’est tout autant, Jonah. » Ses ongles taquinèrent sa pomme d’Adam alors qu’il se penchait pour déposer doucement ses lèvres contre les siennes. Un tendre baiser contrastant étonnamment avec la fermeté de ses gestes. « Pourquoi repousser ce qui nous fait substance ? Echapper au monde physique, c’est se priver de ses plaisirs… Sans coquille, Jonah, tu n’es rien. » Ses ongles ripèrent sur sa gorge, faisant perler quelques gouttes de sang qu’il récolta de sa langue. « Apprends à exister. Le monde est fade, sans sensations. Tu les feras tiennes au point d’en oublier ta première fois. »

Jonah avait besoin d’un contenant. D’un corps pour rester ancré dans ce monde. D’un hôte pour pouvoir parler, bouger et toucher. C’était la preuve de son existence. Et quitte à assumer sa matière, autant tout assumer jusqu’au bout. De la douleur jusqu’au plaisir. Deux intensités extrêmes avec lesquelles Balian aimait jongler, au lit. Quand le plaisir devenait presque souffrance, quand la souffrance devenait presque plaisir. Jusqu’à l’extrême limite, jusqu’à tromper l’esprit, jusqu’à ce que le corps lui-même ne sache plus quoi ressentir. A cet instant, Balian le savait, on se sentait tellement vivant. C’était cette sensation qu’il chassait, comme le junkie chassait la sensation du premier rail. Bouger, parler, se mouvoir… Ça n’avait pas de sens ni d’intérêt si les sensations ne suivaient pas. Balian en était fasciné, tout comme il était fasciné par les frissons subtils secouant la peau de Jonah, par ses poils se dressant doucement sur ses bras sous le frémissement de ses muscles. Ses sens s’aiguisaient soudainement et il voyait tout, entendait tout, jusqu’à distinguer le battement de son cœur s’accélérant doucement comme s’il résonnait dans la forêt toute entière. Il lui semblait même en ressentir l’écho vibrer dans le sol. Bom bom. Bom bom. L’engouement de l’humain était contagieux. Balian avait hâte qu’il lui montre à quel point il en avait envie. À quel point il en avait soif. Tout comme lui. Il débarrassa bien vite Jonah de ses derniers remparts de tissu pour mieux sentir la chaleur de sa peau qui faisait presque vibrer l’air. Il croyait se brûler les doigts contre ses muscles crépitants et c’est avec hardiesse qu’il vint se saisir de son membre, enserrant doucement son désir palpable. Il en avait déjà l’eau à la bouche, effleurant l’extrémité sensible de cette partie fièrement tendue qui semblait faire écho à son propre appétit.

« Je t’ai désiré, Jonah. Tu m’as toujours intrigué. » Lui avoua Balian en débouclant sa ceinture, se délestant de l’étroitesse étouffante de son propre jean. « M’est avis que le sexe, parfois, transcende les limites du monde physique. C’est là que ça devient intéressant » Pour illustrer ses paroles, il se mordit le poignet pour faire couler son sang, présentant la plaie à Jonah. « Tu veux y goûter ? Je t’offre un avant-goût de mon âme. Fais attention de ne pas t’y noyer… » Ronronna le vampire en venant presser sa virilité contre l’intimité du sorcier. Il l’invita à reculer ses hanches pour s’insérer lentement en lui, s’encastrant dans son corps brûlant dans un long feulement sourd. « Concentre-toi sur ces sensations. Quand on ne fait qu’un et que les désirs se mêlent. »


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Jonah
Fowler
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L’Arrogance est l’apanage des puissants. L’étoffe semble seconde peau de la plupart des figures que Jonah a fait emblématiques. Des Rois dans sa propre Histoire, des conquérants, des avant-gardistes, des inventeurs. Des artistes dont il admire les œuvres, en inspirant ses desseins. Un panthéon qui porte les valeurs de sa gloire. Des noms qui feraient frémir le plus courageux des Hommes. Aucun pour leur arriver à la cheville. Aucun pour ne mériter leurs faveurs ou comprendre leur grandeur. C’est de ce simple constat que l’entité a retiré toute crédibilité à leurs jugements. A ces mots qu’ils apposent, bien souvent avec mépris, sur les créatures qui règnent depuis toujours dans l’Ombre de la lune. Ce sont leurs Lois qui devraient s’imposer. Elles sont plus naturelles, la preuve est qu’elles sont inscrites en l’instinct que les Humains répriment de Raison. Quand ce n’est pas de Religion. Jonah sourit. Combien en blasphèment-ils en se livrant à pareilles débauches ? Le corps des Tullamores n’est pas encore froids, qu’il réchauffe le sien. Il ne se prive de rien. Et surtout pas d’arrogance. Il a la vérité de son côté. Si il avait été là, Jonah n’aurait pas comme souvenir de sa première fois, de vagues sensations de flots bestiaux. Plaqué entre l’écorce et la chair, l’entité présent dans un frisson, l’infini jouissance qu’il gardera de cette nuit.

– Le Maitre. Il sourit. Jamais Balian ne s’est aussi bien nommé. Il est celui de cet instant, celui de ce corps qu’il domine, celui de la Luxure qui l’anime. Il est précis. Presque nonchalant d’assurance. – Tu en deviens Créateur. Tu fais naître tant de sensation avec si peu. Il doit le luit reconnaitre. Des mots, des caresses, quelques gestes plus violents qui se mêlent en ressentis inédits. Ce n’est pas tant la quantité qu’il peine à gérer, mais bien leur nature nouvelle qu’il n’a que peu expérimenté. Il se sent aussi fébrile que lorsqu’il découvrait, à ses côtés, les plaisir de la Chasse. La même excitation, la même impatience sous la préscience de ce qui suivra. Comme alors, le vampire impose et Jonah suit ses règles, principalement parce qu’elles lui conviennent, surtout parce qu’il s’amuse de cette situation, où il en perd le contrôle. Il ne se le permet qu’avec peu, il en profite donc beaucoup. Il se plie aux mouvements dictés, frissonnant des ongles qui impriment le vermeille sur la chair tout autant que de l’étreinte douce de leurs lèvres qui a précédée. – Ne te méprend pas, je suis tout. Je ressens et sévit dans le seul monde qui compte vraiment. Celui des Âmes et de leurs vapeurs, celui des émotions et de leurs violences. Leur intensité est telle, qu’elle m’a fait penser qu’elle n’avait pas d’équivalence dans le charnel. Il n’aime pas se tromper, reconnaitre ses erreurs lui est plus facile quand la leçon est apprise. – J’existe autrement, mais je ne demande qu’à découvrir d’autre façon de le faire. Pour se les approprier et se prouver, encore une autre fois, qu’il n’est plus une voix muette, enchaîné dans un esprit.

S’ouvrir au corps. L’entité se saisit de ce qu’il laisse généralement couler dans les eaux sombres, aux abysses poussiéreuses de son hôte. Le fraicheur de l’obscurité, les écorchures qui picotent ses avant-bras que l’écorce malmène, la chaleur qui nait des caresses froides de l’immortel. Le désir qui dresse son sexe. Il ne feint pas le gémissement qui s’échappe de ses lèvres alors que Balian s’en saisit. Il a si peu de maitrise, si peu d’expérience dans ce domaine si outrageusement méprisé.

- Redis-le. Jonah rit entre deux soupirs. – Tu étais si peu enclin à l’admettre autrefois. Tu ne te focalisais que sur le corps, te moquant de mes tentatives pour te le faire oublier. Ça l’amuse maintenant, mais à l’époque, ça le mettait hors de lui. Il s’en offusquait, frustrations supplémentaires à sa condition d’entité emprisonnée. Dérisoire à présent qu’il est libre, presque ironique alors que le vampire l’étreint, son érection contre ses fesses. – Tu prêches un convaincu, Balian. Si les plaisirs de la chair ne me sont pas familiers, ceux là me sont coutumiers. Il appose ses lèvres contre la plaie ensanglantée dans même réfléchir. Il sait déjà qu’il le veut. L’âme du Bourreau. Quelles délicieux tourments l’y attendent ? Il veut voir les éclaboussures vermeilles qui parsèment la toile de son esprit avant de se plonger dans les flots vermeilles qui abreuvent son essence. Il lèche sa peau pour y dessiner son sourire. – Ne t’inquiètes pas pour moi. Peut-être même parviendra-t-il à le surprendre encore, en se glissant dans les vagues de son plaisir, pour les sublimer de sa magie.

Il mord le poignet déjà meurtrie en même temps qu’il pénètre ses chairs. La colonne ploie sous la violence de la douleur. Jonah s’y accroche, en redécouvrant des supplices que la Mort lui avait fait oublier. C’est son souffle qui se coupe, son cœur qui galope sous le fouet paresseux de la pénétration. Il rit de s’en sentir si vivant, la bouche tachés de ce sang bu. Il inspire lentement, se délectant de chaque muscle tendue. Il garde les yeux bien ouvert, sachant que dans ce tourbillon, il se laissera facilement emporter. Sa sorcellerie est nourrit par la souffrance, même si elle est sienne. Il bouge ses hanches, cherchant à imposer d’avantage la présence brûlante du vampire. – Il me suffirait de si peu… Pour que je me glisse dans le tien… Il gémit, la voix saccadée et les larmes perlant au coin de son regard, qu’il a rivé sur le ciel. Il sourit, haletant. Son membre est tendu d’une passion brutale. Il comprend alors l'addiction des Éternels, pour les étreintes dévorantes.


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Balian grogna. Aveuglé par la substance physique, il était vrai, il s’était refusé à toucher Jonah, pourtant épris d’une attirance certaine. C’était la première fois, il lui semble, qu’il avait désiré une femme. Ce n’était pas son corps. C’était plutôt son âme. Jonah, retranché dans la chair juvénile de sa jumelle pourtant charmante, mais que le Bourreau s’était entêté à refuser. Il avait presque cédé, pourtant, gratifiant de plus de touchers que nécessaire le corps de la belle, y plantant parfois les crocs lorsque Jonah habitait son être. Ce n’était pas elle qu’il désirait. Ce n’était pas elle qu’il voulait faire frémir. C’était Jonah. Ce garçon étrange qui l’avait pourtant tellement obsédé. Cette âme sans corps qui l’avait aidé à peindre de vermeilles les rues de River Crow. L’esprit étriqué n’avait semble-t-il pas su voir au-delà du sexe. Au-delà des apparences. La vérité, c’était qu’il l’avait regretté. Quand les bombes étaient tombées sur l’Irlande et que le monde avait sombré, quand il s’était retranché en compagnie de son esclave et qu’il avait repensé à l’époque où son nom faisait frémir les mortels, il avait regretté. Peut-être aurait-il dû sauter le pas, prendre la main de Jonah et l’introduire, après les plaisirs de la chasse, aux plaisirs de la chair. Attaché à cette âme sombre et joueuse, il regrettait de ne pas avoir été cette première fois. Il l’aurait voulu inoubliable et intense, comme cette première nuit à River Crow, cette sortie qui avait été la première de tellement d’autres. C’était ce qu’il voyait en Jonah. Un élève. Un disciple. Un ami. Un partenaire. Une relation spéciale, tordue et un peu malsaine, tout comme eux deux l’étaient, au fond. Spéciale au point que Balian avait manqué de se fourvoyer, de s’emparer du corps d’une femme lui qui pourtant prêchait depuis l’éternité la supériorité des hommes.

« J’ai manqué d’y céder, Jonah. Il n’aurait fallu que quelques tentatives de plus pour que je cesse de m’en moquer, crois-moi. », Lui avoua le vampire d’une voix rauque, heureux de se voir offrir de nouveau l’occasion de l’étreindre.

Et c’était encore mieux avec ce corps. Cette chair qu’il marquait sienne en s’y imbriquant, peau contre peau, froid contre chaud. Se délectant du moindre frisson, sentant les poils se dresser sur la peau de Jonah comme un millier de fourmillements contre ses muscles. Les dents mordant son poignet lui faisant tendre la mâchoire, grondant sourdement, extase délicieuse dans cette sensation étrange de se faire voler son sang, lui qui avait plutôt l’habitude de voler celui des autres. Les ondulations de ses hanches le firent feuler longuement tandis que son être coulait en lui, le vitae glissant dans la gorge du sorcier pour mieux imprégner sa chair et ainsi les lier. Il pouvait le sentir résonner de l’intérieur, chaque battement de cœur semblant les lier un peu plus, musique endiablée inaudible aux oreilles de mortels. Balian en oubliait tout le reste. Des cadavres à leurs pieds, à simplement quelques mètres de leur étreinte, jusqu’au hululement des volatiles de la nuit, bien trop concentré sur la respiration haletante de son partenaire. Oh Jonah. Il murmura son nom tandis que leurs âmes entraient en résonnances, appelées l’une à l’autre par le lien du sang. Les corps dansaient dans une chorégraphie fiévreuse, les muscles animés par le plaisir et la passion. Il se sentait presque fondre contre lui, entrant dans une transe animale, un instinct si bestial et primaire pour l’être libidineux qu’il était. À l’écoute de Jonah, les frémissements de sa chair guidant le mouvement de ses doigts, il pianotait sur ses muscles la mélodie du plaisir, jusqu’à parfois l’ancrer de griffures impitoyable creusant sa chair. Violent. Passionné. Doux. Presque tendre. Et de nouveau sauvage. Une fluctuation pareille à la tempête de leurs désirs, un ouragan qui prenait place au cœur-même de leurs corps mêlés. Une harmonie presque parfaite alors que les chairs de Jonah épousaient parfaitement les contours de son corps, l’accueillant dans une chaleur enveloppante.

Grognant son plaisir dans de longs râles rauques, Balian se recula un instant pour le retourner, plaquant l’asiatique dos au tronc de l’arbre avant de saisir ses cuisses qu’il remonta le long de ses hanches. Il pouvait de cette façon mieux admirer les déformations de son visage sous l’effet du plaisir, son bassin retrouvant vite le chemin du sien et ainsi ne plus faire qu’un. Les crocs bien sortis, signe de son excitation, il retrouvait des réflexes bien trop humains dans ces instants sensuels, expiant un souffle qui n’était que factice, en réalité. Neuf cent années n’avaient pas suffi à lui faire oublier cette habitude étrange, dernière preuve, probablement, de son humanité passée. En cet instant, pourtant, il était tout sauf humain. Il transcendait même le monde de la chair en pénétrant l’esprit de Jonah, jusqu’à ressentir le plaisir qu’il lui donnait. Cette âme étrange qui se vautrait avec plaisir dans la torture et le sang se consumait d’une concupiscence presque indécente, qui incendiait l’âme-même de Balian. En se penchant, il vint happer ses lèvres à nouveau, l’obligeant à un baiser pressé, impatient, passionné, jusqu’à mordre sa lèvre pour que le sang vienne s’y mêler, ses coups de rein venant ponctuer les mouvements exaltés de leurs bouches. Il ne savait pas ce qu’il préférait. La chasse ? Le sexe ? En vérité il n’aurait jamais renoncé à l’un pour l’autre, n’envisageant pas une vie sans ces deux piliers en or. Deux instincts profondément ancrés en lui, péchés aux yeux des religieux, licencieux et obscènes à ceux des prudes. Il assumait avec un plaisir non dissimulé ce monstre immoral qu’il était, conjuguant la vilénie comme l’un de ses principes de vie. Pas de honte. Pas de pudeur. Le plaisir, il le voulait entier, il le donnait entier, ses doigts imprimant un rythme langoureux sur le membre de Jonah. Ses doigts effleurèrent la ligne de sa gorge, suivant à tâtons l’emplacement de son artère.

« Jonah. » Il voulait l’emplir de la noirceur de son âme dont les tréfonds s’agitaient en de grandes vagues sous l’intensité du plaisir. Un tsunami qui s’écrasait contre la brutalité barbare de ses penchants assassins. Une tempête qui éclatait au-dessus des reliefs acérés de sa cruauté féroce. Il voulait que Jonah le voie. Que Jonah le sente. Qu’il repaisse ses yeux de ce spectacle qu’il lui offrait ainsi, porte ouverte sur la profondeur de son être. « Fais-le moi entendre, toi aussi. Ton plaisir. Je veux tout voir. » Gronda-t-il d’une voix grave, presque un grognement bestial avant qu’il ne plante ses crocs dans sa gorge pour atteindre l’orgasme, son corps tout entier se tendant contre le sien.

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Enfin. Après toutes ces années, après toutes ses tentatives, son apparente moquerie et les rejets qu'il avait essuyé, enfin Balian admettait qu'il aurait finit par céder. Son âme aurait alors dépassé l'enveloppe qui la portait. Le vampire aurait vu au delà du corps de sa jumelle pour le voir lui. Pour le vouloir, malgré les courbes qui l'abritait. Eden le laissait désespérément de marbre. Il fallait ne pas aimer les femmes qu'elle l'indiffère. Son physique le laissait froid et sa morale le rebutait. Chaque nuit qu'ils passaient ensemble, Jonah se démenait pour lui faire oublier tout ce qu'elle était. Qu'il cède aurait été la consécration de ses efforts. Il se contentera de ses aveux. C'est déjà beaucoup du Bourreau. Il l'apprécie donc à sa juste valeurs, ne regrettant que ce temps qu'on lui a prit pour y parvenir. - Je te crois. Il sourit, léchant les gouttes vermeilles qui souillent le poignet, avant de s'en abreuver à la source, l'esprit échauffé par le brûlant qu'il boit. Le constate est saisissant, le froid de sa chair, l'incandescent de son sang.  - J'aurai fini par te faire céder. Tu m'aurai désiré, plus qu'elle ne te dégoutait. Il reprend son souffle, perdu entre deux gorgées. Sa tête tourne d'intensité. Il gère beaucoup et se perd tout autant. Il n'aurait pas été dans un hôte façonné, qu'il en aurait été éjecté. Il souffre d'y rester, se délectant pourtant de chaque élan douloureux. Son coeur bat comme un diable, altérant le rythme de son souffle. Il relâche finalement son poignet, venant s'appuyer contre l'arbre de ses mains, le dos cambré à son plaisir. Il gronde, vacillant de leurs excès. Qu'il est bon de s'y abandonner. L'entité ne projette plus rien, aucune partit de son esprit n'est occupé à préméditer l'avenir. Il est entièrement tourné vers ce présent, qu'ils embrasent de leurs vices. Jonah veut l'inscrire dans sa mémoire, comme les ongles scarifiant sa peau, ne jamais oublier ce frisson qui le parcourt alors que Balian soupire son prénom. Le sien. Ni celui de Tim et encore moins celui de sa jumelle. Il a si soif d'existence et que ce soit lui qui lui accorde, a une saveur bien particulière.

Il perd pied avec la réalité. Il s'efface sous les ressentis brutaux dans lesquels il se laisse glisser. Le sang est un pont entre sa magie et l'âme du vampire qui s'ouvre autant à lui que les cuisses que l'entité écartent. Il sait déjà qu'il pourrait y errer des années sans en faire le tour. L'océan est vaste, les abysses infinies. Il contemple l'écume de son Essence, agité par la tempête de leurs envies. Ses yeux sont ouverts sur les siens, plongeant dans les eaux sombres qui s'y déchainent. Ses bras se nouent autour de son cou alors que Balian emmêle leurs lèvres, Il y perd quelques soupirs jusqu'à gémir de la morsure, basculant un peu plus dans l'intangible. Il griffe son dos, frustré de savoir qu'il n'en gardera aucune cicatrice. Soit, il gravera là où ça reste, là où ça compte, souhaitant que l'immortel puisse s'enivrer autant que lui de ce souvenir. Il suit le chemin du sang, s'engouffrant un peu plus dans les flots rougeoyants. Il referme les yeux, referment ses doigts dans la chevelure de l'ancien Roi. Il est heureux de lui offrir tous ses instincts en nouveaux royaumes. Satisfait d'avoir enfin des choses plus palpables à lui offrir. Un plaisir qu'il peut constater, des envies qu'il peut toucher de sa main, saisir de ses doigts. Il est prêt à donner plus, à le faire basculer en l'essence de son être, Son âme est mutilée d'être vagabonde, un manoir au murs lézardés qu'il tente de reconstruire dans un corps qui n'est pas le sien. Il préfère l'océan tumultueux et les déferlantes qui l'engloutissent vers le fond quand tout ce plaisir explose. Il ne cherche pas à dissimuler, ou à cacher, il se dissous dans les vagues, gémissant le prénom de son amant en se cambrant. Il jouit, cessant de respirer sous l'inédit de ce qui le parcourt. Sa première fois était une insulte à ce qu'il ressent aujourd'hui. Il s'y raccroche, comme au vampire, ses jambes venant enlacer ses hanches alors qu'il reprend son souffle.

- Tu es le Maître des premières fois, Balian. Il ronronne dans un sourire, la voix tremblante de leurs étreintes. Il le lui concède sans mal, sa peau brûlante frissonnant de la fraicheur de la sienne. Elle lui semble pourtant moins froide, réchauffée de passion charnelle. Il caresse son bras. C'est à son tour d'être prit de tendresse, dans sa fièvre luxurieuse, repu de violence. - Si j'avais su, le sexe aussi libérateur, je m'y serai abandonné plus tôt. Il rit de sa propre niaiserie, embrassant l'épaule du vampire. Il s'y serait intéressé au Manoir, aurait écouté le bourreau quand il lui en parlait en le narguant presque, n'aurait pas déserté le corps de sa sœur quand elle le subissait, et ne se serait pas contenté de le vivre par procuration au travers des émotions de Callan. Cependant, il ne pleure pas de ces occasions manquées, il frissonne de toutes celles à venir. Il rattrapera le retard qu'il a prit. Il en apprendra toutes les saveurs, à jouer sur toutes les gammes, pour conquérir une nouvelle terre promise.

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If we ever meet again

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Extase délicieuse. Il se reput dans ses bras, se délectant de la sensation de brûlure des plaies marquant son dos. Il pouvait les sentir se refermer lentement, guérison miracle propre à sa race. Balian n’espérait pas une nuit comme ça. Il était agréablement étonné, peut-être même conquis, acceptant alors de s’abandonner à une étreinte étrangement tendre après tout cette passion. Même venant de la part de Jonah, c’était surprenant, mais qui sait, en deux ans, les gens avaient le temps de changer. Balian lui-même s’était un peu assagi. Faute de pouvoir se mettre un humain sous la dent, il avait calmé ses instants de folie meurtrière pour les réserver aux rares moments où il tombait sur un ou plusieurs Tullamore. Il le vivait mieux maintenant, mais au début, il devait avouer qu’il avait trouvé ça vraiment difficile. Il y a si peu de temps, il lui suffisait de sortir dans la rue et d’attraper le premier humain venu, sans risquer quoi que ce soit… Pour lui qui avait plus de neuf cents ans, cette coalition changeait des siècles d’habitudes ! Même aujourd’hui, quand il y pensait, il se tournait vers le passé avec une nostalgie qui lui pinçait le cœur. Quel gâchis. Il regrettait de ne pas en avoir profité plus, même après avoir passé des nuits et des nuits d’orgies dans le sang et la douleur, à boire plus que de raison. S’il avait su que cela s’arrêterait un jour, il aurait fait couler au moins cinq, voire dix fois plus d’hémoglobine. Il n’y avait jamais assez de sang… Surtout quand c’était celui des ennemis qui coulait. Mais en cet instant, il n’y pensait plus, redessinant distraitement les contours des hanches de Jonah en reprenant doucement ses esprits après son orgasme. Faire l’amour dans la nature avec un ami retrouvé, quelle nuit exquise. Balian n’aurait pas pu rêver mieux, même avec toute l’imagination du monde.

« Je suis le maître de beaucoup de choses, Jonah, je pensais que tu le savais, depuis le temps. » rétorqua le vieux vampire avec une arrogance certaine et un sourire carnassier. Il était toutefois flatté que le sorcier reconnaisse son talent pour le domaine de la chair, car le palestinien aimait par-dessus tout que l’on salue ses exploits charnels. « Tu as le reste de ta vie pour rattraper cette erreur. » Le rassura-t-il ensuite.

Et il se portait volontaire pour l’y aider, d’ailleurs. Balian ne disait jamais non aux plaisirs, encore moins s’il s’agissait de sexe. Sa libido devait être proportionnelle à son âge. Conséquente. Malgré les années que le vampire affichait, jamais une seule fois il ne s’était lassé des étreintes. Il avait eu des déceptions, c’était certain, au point de ne plus les compter, mais le sexe, même mauvais, ça restait du sexe, et cela satisfaisait un appétit qui ne se calmait jamais. En cela, Balian était heureux d’être figé dans la force de l’âge, avec un corps sportif, endurant et surtout, une jeunesse rafraîchissante. Il n’aurait pas pu vivre l’éternité dans le corps d’un vieillard impuissant. Il eut une brève pensée pour Léandre et sa maladie, qui lui interdisait tout contact physique avec les autres… Il était franchement désolé quand il y songeait, cette solitude forcée le rendrait fou. Balian avait besoin de compagnie, de contact physique, d’amusement, de conversations, de sang, et surtout, de sexe. Il garda Jonah contre lui en se retirant, ses mains caressant sa peau tandis qu’il l’aidait à se rhabiller, un sourire repu sur les lèvres. Cette nuit lui avait fait tellement bien qu’il ne pouvait lutter contre le mouvement de ses zygomatiques qui l’obligeait à garder sa bouche arquée vers le haut dans un rictus presque béat. Jonah lui avait manqué, mine de rien. Son unique disciple, son élève modèle, son compagnon de chasse. Son ami, tout simplement, parce que c’était ce qu’il était, au fond. Dire que tout cela avait commencé par une séance de torture pour la pauvre Eden… Il n’aurait jamais su qu’il se retrouverait là, à étreindre Jonah dans le corps d’un autre homme au beau milieu de la campagne irlandaise. La vie était étrange, parfois. Et plutôt généreuse, également. Balian en avait parfois rêvé, de la possibilité que l’âme sans corps se trouve une autre enveloppe, un peu moins féminine, un peu plus virile, pour qu’il puisse la posséder à l’envi.

« On devrait remettre ça. » Proposa Balian qui ne perdait pas le nord. « Je dirais bien maintenant, mais il me semble que ton corps a ses limites et je m’en voudrais d’abîmer ta nouvelle coquille. » Ronronna-t-il en faisant descendre son index le long de son ventre. « Cela dit, l’endurance, ça se travaille, et tant qu’à te retrouver, je pourrais t’entraîner… »

Il se voyait bien redevenir son mentor. Professeur de tortures en tout genre, de massacres et de plaisirs de la chair. Bourreau et enseignant. Ça lui allait bien. Il se recula légèrement pour admirer le visage de Jonah, gravant dans sa mémoire les traits de cette nouvelle tête. Il fallait bien qu’il remplace dans son crâne l’image d’Eden lorsqu’il penserait à l’âme sans corps. Cela allait sûrement demander un petit temps d’adaptation, mais il finirait par s’y faire. Il commençait déjà à aimer ce nouveau Jonah, surtout après y avoir goûté de la sorte. Il avait d’ailleurs du mal à quitter ses bras, s’asseyant sur le sol mou de la forêt en souriant. Quelle situation étrange, vue de l’extérieur. Eux deux, dans les bras l’un de l’autre, tout près de quelques carcasses maltraitées. Tableau sordide aux yeux du commun des mortels, instant spéciaux aux yeux du vieux vampire. Ce n’était pas tous les jours qu’on retrouvait un vieil ami, et ça, il voulait en profiter encore un peu. Et puisque la nuit n’était pas terminée… Il s’appliqua à faire découvrir un peu plus à Jonah les plaisirs insoupçonnés de la chair, s’enorgueillant d’un talent développé au fil des siècles. Balian ne maîtrisait pas tous les domaines, mais sans se vanter, il était bon dans ce qu’il aimait : la torture, le sexe et la chasse. Sans autres agents sous la main, il savait tout à fait quoi apprendre à son disciple favori… Et jusqu’à ce que le jour montre le bout de son nez avec ses premiers rayons, il apprit lui à découvrir chaque centimètre carré de ce corps éhontément volé avant de le quitter, non sans lui promettre de le revoir pour une nouvelle nuit pleine de divertissements. Il en était certain, Owen aurait adoré Jonah. S’il savait encore où se trouvait Jack l’éventreur, il l’aurait convié à rencontrer cette âme, ils auraient formé un trio redoutable. Faute de trouver Owen – ignorant même s’il était encore en vie – il formerait un duo diabolique avec Jonah.

« J’ose espérer qu’on se reverra très vite… L’âme sans corps. » Lui lança Balian pendant leurs au revoir, s’amusant de ce surnom qu’il lui avait donné autrefois. « Plus tôt que dans deux ans, évidemment. »

Il scella cet ‘à bientôt’ d’un chaste baiser au coin de ses lèvres avant de se redresser dans un sourire féroce. Avec toute sa superbe, il se détourna alors pour retrouver l’obscurité rassurante de sa maison tandis que le jour se levait. Il avait hâte de remettre ça…

FIN


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If we ever meet again | Ft. Jonah Fowler
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