The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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Des volutes de fumée blanche et intoxiquée s'extirpaient de ses lèvres, craquelées par les lacérations vicieuses d'un froid qui pourtant ne l'atteignait pas. Sa cigarette se consumait au son tranquille de ses pas contre le béton sale de cette ville qui était à présent la sienne. Callan était devenu l'une de ces charognes errantes, déambulant dans la crasse et les ruines de ce nouvel enfer, en quête de son prochain festin. Familier à l'horrible et amateur de perdition avisé, les bras de Dublin l'avait accueilli comme une évidence irrévocable. Là sommeillait sa nouvelle demeure, entre les cris sordides faisant échos depuis les égouts et les règles d'un traité qu'il se plaisait à briser... Encore et encore, sans aucune crainte de se faire attraper. Durant des siècles, il s'était vautré dans la beauté organique et sublime des kilolitres de sang qu'il avait déversé et ce n'était pas encore prêt de s'arrêter. Que cela plaise à Léandre ou non, ce n'était plus important depuis quelques années à présent. Du moins, c'est ce que son inconscient aimait lui murmurer à l'oreille. Le prince déchu était certes tombé. Pourtant, même la gueule contre le bitume, il refusait de se plier à des convictions qui n'étaient pas les siennes. River Crow n'était plus mais ceux qui l'ont bâti étaient encore bien présents. En cela, l'allemand ne pouvait s'admettre vaincu et ses desseins, déjà, s'élevaient bien au-dessus de ce putain de mur qui finirait un jour par tomber. Pour l'instant, la survie s'imposait à nouveau. Douce litanie qui serpentait au creux de ses ventricules viciés de perfidie. Callan avançait, à sa manière, vers un avenir plus décent. Il aurait sans doute dû être terrifié ou au moins, inquiet mais il n'en était rien. Ce néant qui, depuis toujours, était sien ne s'était pas arraché. Il rôdait encore. Il était son ombre, son mentor. Le moteur essentiel à cette force inébranlable qui semblait animer Anselm. Il n'avait que faire de Belfast et de ses bonnes intentions fragiles. Encore moins de ce qui était autrefois son peuple. Telle était sa rage envers l'homme qui incarnait sa vie tout autant que sa mort, qui connaissait sur le bout du cœur les aléas de sa propre immortalité. Il n'était pas décidé à retrouver cet amour damné qui s'était volontairement détourné de lui. Il n'était pas convaincu par la véracité de ces nouvelles idées en lesquelles il ne reconnaissait absolument pas le français.

Les temps avaient changé. Si son univers s'était effrité, il n'en était rien de son Âme ankylosée par un océan de chimères qu'il avait l'habitude de transformer en réalités. Ce n'était qu'une question de temps, de patience aussi, avant qu'il ne change la donne. Il était persuadé qu'un jour tout cela allait cesser car il n'était pas de ces hommes que l'on pouvait enfermer indéfiniment sans en craindre les répercussions, un de ces hommes qui attendaient sagement qu'on lui coupe la tête. Dans les vacuités et les failles, il commençait à construire un nouvel ordre, bien plus grand et plus solide que ce qu'était River Crow, peaufinant déjà les coutures complexes de nouvelles stratégies et de plus belles vengeances. Dans le calme, le silence et l'étrange froideur qui lui étaient propres. Cette interruption verbale, en Callan, ne démontrait que d'intenses réflexions dont personne ne voulait connaître le vrai fond. Au cœur de toute la monstruosité qu'il incarnait, s'égarait souvent les désirs méphistophéliques de forces que beaucoup d'hommes ne préféraient pas nommer. Il allait sans doute devoir faire des sacrifices mais peu lui importait tant que cela pouvait lui permettre d'arracher, à mains nues s'il le faut, cette liberté qui lui a toujours été due. Cependant, une chose après l'autre. Il anéantissait d'abord sa clope à coup de longues bouffées qu'il se ravissait de faire prisonnières de ses poumons. Plus par réflexe, par besoin d'occuper ses mains, que par réel besoin. Finalement assis sur les marches d'un escalier complètement pété, il laissait glisser la noirceur étouffante d'une autre nuit le long de sa silhouette que beaucoup aimaient juger trop maigre ou trop frêle, aussi attentif aux bruissements du vent que de ceux de certains souffles assez courageux pour s'aventurer dans les méandres de son nouveau sanctuaire. Et puis le calme morbide se flagelle du ronronnement d'un moteur dont le bruit finit par mourir dans les fissures de ce qu'il reste des murs. Quelques hommes, qu'il devinait immortels, de par leur odeur de cadavres figés dans le temps sortirent du véhicule encombrant. Leur manque de discrétion dessina un mince sourire sur les lèvres de l'allemand. Terminant tranquillement sa cigarette dont les cendres finissaient par heurter le ciment nécrosé, il les scruta de loin, s'attardant sur les traits de leurs visages, assimilant la tonalité de leurs voix. L'une après l'autre. Il s'immobilisa presque en reconnaissant celle d'un homme sur lequel il ne pensait plus jamais retomber, cherchant de son regard clair sa source, celui qui osait la faire chanter. Depuis qu'il avait mis les voiles, il n'avait croisé aucun fantôme de son passé à River Crow. Callan avait voulu disparaître, passer sous les radars et comme souvent lorsqu'il désirait quelque chose, il avait réussi. Brillamment.  

Les McIntyre étaient des gosses qui avaient l'habitude de lui taper sur les nerfs dans le passé. De par leur désinvolture, leur manque de respect mais surtout de par l'inutilité flagrante qu'ils avaient pour leur peuple. Swann, leur Sire, était un de ces hommes qui pensaient qu'unir l'Humanité aux Fils de Caïn était une chose à accomplir. En cela, lui, n'avait toujours vu qu'une naïveté enfantine ainsi qu'un manque d'intelligence effarant. Au même titre que Wellan, Swann était un homme à supprimer. Cependant, le vieux lui a épargné de se salir les mains, préférant se les salir lui-même, avec les souillures de la lâcheté, choisissant par faiblesse l'option du suicide. Les néo-zélandais étaient censés perpétuer la vision qu'avait le vieux, assurer sa pseudo descendance... Mais ce fut évidemment un échec lamentable. Aucun des deux n'étant fait pour occuper une place aussi importante dans un conseil vampirique. À force d'irritations, Callan en était venu à les mépriser avec de plus en plus d'ardeur. Pour lui, ils n'étaient que des bouffons. De simples figurants auxquels il ne redonnait les honneurs qu'en ses multiples plans de destruction puisque dans ceux-ci, ils obtenaient toujours les premiers rôles. Kieran, l'aîné, était là-bas. Ses prunelles finissaient de le reconnaître, lui et sa chevelure brune. Son teint laiteux et ses iris feignant une chaleur qu'il ne possédait même pas. Il était à sa portée, à quelques mètres à peine de l'endroit où il était. Callan prit le temps de terminer la sèche qu'il s'était allumée pour en prendre une autre. Ensuite, il s'est levé, l'allumant d'un geste indifférent, s'approchant du groupe qui venait tout juste de se disperser. Se fichant bien des autres, l'allemand calquait ses pas sur ceux du brun, le traquant en silence avec un calme qui n'inspirait rien qui vaille. Il les connaissait ces ruelles, à force de les écumer. Elles étaient devenues siennes, l'épousant dans toute son inhumanité. C'était une erreur de faire cavalier seul en ces lieux lorsque nous n'étions pas un habitué. C'était aussi une erreur de penser que rien ne se cachait dans l'obscurité. Mais Kieran semblait inconscient, presque innocent, tant Callan le contemplait gambader le long des bâtiments en ruines dans lesquels l'allemand lui-même commettait ses crimes. C'en était presque attendrissant en vérité, si seulement il était capable de compassion. Il attendit qu'il soit suffisamment éloigné des autres pour finalement se faire remarquer, accélérant légèrement la cadence avec cette vitesse dont il était naturellement doté. Callan brisa une vitre de son poing, le forçant ainsi à se retourner pour identifier le trouble-fête qu'il a toujours été. Sans rien dire. Lorsque le regard du brun s'est posé sur lui, il s'est simplement avancé réduisant sans doute un peu trop dangereusement, pour le néo-zélandais, cette distance qui les séparait.


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Callan de Rhénanie


   


On roulait...

Et ce, depuis quelques heures maintenant. Mais sans mettre plus de temps que le timing habituellement nécessaire pour couvrir la distance séparant Belfast du centre de Dublin. Soit environ cent soixante-sept kilomètres. Roulant à une allure assez régulière. Le tout en suivant un itinéraire bien précis et que j'avais au préalable moi-même balisé. Après concertation avec les quatre autres gars qui m'accompagnaient, tous des combattants expérimentés. Sous le prétexte d'assurer ma sécurité pendant que j'effectuerais des relevés topographiques.

Un travail qui consistait essentiellement à prendre un certain nombre de mesures. Linéaires et angulaires. Avant de calculer les coordonnées et les superficies, puis d'identifier les différents types de nivellements. Dans le but final d'établir des cartes et des plans. Ce qui nous aiderait par la suite à délimiter notre zone d'exploration.

Histoire d'avoir des repères et de permettre à ceux qui participeraient aux prochains raids de prendre un peu moins de risques. Si tant est que ce soit possible. Donc, on roulait. En direction de Dublin. Les sens en alerte, toujours sur le qui-vive. Traversant une nappe de brouillard qui ne semblait pas vouloir se lever et qui s'était formée à l'intérieur des terres. Le froid piquant se faufilant sournoisement dans la carcasse à moitié oxydé de la voiture. Alors même que le chauffage crachait tout ce qu'il pouvait, et que le moteur toussait. De sorte que si on avait encore pu respirer une fine buée se serait sûrement échappée d'entre nos lèvres pour se former dans l'atmosphère. Les nids-de-poule venant déformer la chaussée secouant l'habitacle comme si la fin du monde s'abattait sur nous. Avec moi, assis à l'arrière. Sur la banquette, pris en étau au milieu de Jack et Finn. Deux anciens opposants. Tandis que celui qui conduisait et le blond installé côté passager, restaient plus ou moins de parfaits inconnus. Pas qu'on ne se connaissait pas, mais bon. On se croisait rarement. D'ailleurs, je crois qu'ils ne m'appréciaient pas beaucoup. Me trouvant très certainement trop différent d'eux. Trop réservé. Trop poli. Trop lisse même.

Après, tant pis. Comme me le répétait si souvent Kyle, je devais arrêter de vivre en fonction des autres. Kyle vers qui toutes mes pensées se tournaient. En permanence. Alors que les gars riaient, racontant des conneries et qu'un léger sourire se dessinait sur mes lèvres quand Finn me donnait un coup de coude en me charriant sur je ne sais trop quoi. Ne les écoutant qu'à moitié. Leurs centres d'intérêts ne rejoignant pas forcément les miens et leur humour potache ne m'amusant pas plus que ça. Trop sérieux que j'avais toujours été. Focus sur notre mission. Et enfin, on arrivait.

Délivrance. Plutôt satisfait de remettre pied à terre et de descendre de la caisse. La brume se dissipant. Dévoilant à mes yeux les ruines de cette ville qui autrefois avait été si vivante. Et désolé, je regardais autour de nous. Imaginant au loin le bruit du ressac. Gêné par le claquement des portières, tout autant que par le silence redoutable qui venait lui faire écho. Tout ça n'augurait rien de bon. Sur quoi, je contournais la bagnole pour aller ouvrir le coffre et en sortir mon matériel. Ou en d'autres termes, ma lunette optique, avec son trépied et sa mire. Pour l'essentiel.

- Les mecs, je vais juste aller jeter un œil de ce côté. Je reviens. Attendez-moi, j'en n'ai pas pour long.

C'est la dernière chose que je leur ai dite, à tous les quatre. Encore persuadé à ce moment là que je pourrais revenir récupérer mes instruments d'ici quelques minutes à peine. Leur montrant d'un signe de tête dans quel sens j'avais l'intention de me diriger, enfilant mon sac à dos sur mes épaules. Pour ensuite me passer autour du cou la lanière de mon arme. Un fusil à pompe. Sans attendre leur approbation en fait pour partir. Intrigué. Prêt à mettre ma main à couper que j'avais reconnu parmi les décombres la silhouette du City Hall. Rien que des vestiges. Des morceaux de murs tenant debout par miracle, bordés d'escaliers délabrés. Comme tout le reste. Ne voyant pas l'homme qui lui me guettait et marchant à pas mesuré dans les ruelles. Sombres. Obscures. De véritables coupe-gorges. Mais confiant, j'ignorais le danger. Absorbé et fasciné par tous les secrets que contenaient ces témoignages du passé. Mes doigts frôlant la pierre froide. Oubliant où je me trouvais et dans quelles circonstances je menais mes recherches.

Des circonstances toujours plus précaires. Et pouvant varier d'une seconde à l'autre. Quitte à laisser une marge un peu trop importante à l'imprévu. La preuve. Puisque derrière moi, quelqu'un s'amusait à briser une vitre. Me faisant sursauter et m'obligeant à me retourner. Dans un volte-face frénétique, Les mains agrippées à mon arme et tenant à présent en joug celui qui se tenait debout devant moi. Callan…

Callan de Rhénanie en personne. Un homme dont je me serais méfié comme de mon pire ennemi à une époque, mais qui à l'instant procurait en moi un tel sentiment de soulagement que j'en baissais mon fusil à pompe. Inconscient. Le laissant avancer sans envisager qu'il puisse m'être hostile. Après tout, on appartenait à la même race. Un traité avait été signé. Et naïvement, je ne concevais pas qu'un quelconque vampire de l'île prenne la liberté d'enfreindre toutes les règles de civilités en ne respectant pas la coalition. Ce qui fait que je n'ai pas reculé. Juste rassuré. Quoique surpris de le croiser dans un endroit pareil. Loin de son Sire. Ce qui bien sûr, me poussait à les associer.

- Est-ce que Léandre sait que tu es là ? Il va tellement mal… ça lui ferait du bien de te voir.

Amicalement, je posais donc ma main sur son bras. Les temps avaient changé. River Crow n'était plus et nous étions tous des hommes nouveaux. Aussi j'estimais que chacun d'entre-nous avait droit à une seconde chance.

- Viens avec moi, on a une voiture. On pourra te ramener à Belfast si tu veux, mais faut pas rester ici…

Non. Il ne fallait pas. Par conséquent, je sortais de la poche de ma veste un téléphone. Un appareil uniquement conçu pour nous permettre de communiquer entre-nous. Avec dans l'idée de prévenir les autres. Soucieux de les informer. Sans compter qu'ils devaient commencer à s'inquiéter de ne pas me voir revenir. Parce-qu'en principe, j'aurais déjà dû finir de faire le tour du bâtiment et réapparaître dans leur champ de vision...




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Le Bien. Le Mal. Deux entités. Deux idées. Deux parts égales. Irrémédiablement en conflit, s'entremêlant jusqu'aux déchirures. S'alimentant l'une et l'autre jusqu'au point de rupture. Celui de l'implosion, brûlante et impassible. Grandiose, sublime et sordide. Callan ne s'attardait que sur sa fin ; sur cet amas de cendres froides qu'elle laissait derrière elle. Résultat concret du non-sens qui emplissait chaque fibre constituant ses muscles. Il se délectait des failles omniprésentes, des cadavres en putréfaction de tout ceux qu'il avait anéanti. Ses démences s'étranglaient au sein de cette immortalité qui l'enveloppait comme un linceul réconfortant, tissé de mémoires souffreteuses et d'idées saupoudrées d'insanité. Il crevait l'abcès de cette rage qui l'inondait avec la fatalité sans détours de tout ce que son regard devin devinait au loin. L'allemand ne s'était jamais voiler la face. Il n'avait pas besoin de thèses, d'écorchures littéraires pour comprendre qu'il n'était qu'un errant. Dissocié de tout être, de tout amour. Depuis la mort de ceux qui comptaient réellement. Depuis cette image difforme d'une famille qui ne s'attendait pas à lui. C'est sa force et son tombeau ; Néant irrépressible qui le mitraille autant qu'il ne le solidifie. Esclave consentant du Chaos qui avec lui, ne fait qu'un, son cœur englouti par l'isolement céleste d'un espace inaccessible aux créatures terrestres. Il est autre chose. De passage. Comme un doucereux carnage. La catastrophe naturelle de tout ceux qui avaient le malheur de croiser son chemin. Ainsi était faite la vie. Lui ne portait aucun leurre, aucun espoir désespéré sur les traits de ce visage qui lui appartenait. Il était, dans toute sa splendeur, rien qu'une masse poisseuse d'obscénités. Prince de cet irrésistible trou noir dans lequel son Âme avait sombré. Alors il ne ressentait aucune culpabilité. Jamais. Pour quoi que ce soit. Il ne ressentait pas la conscience, percevait les démonstrations de compassion comme une agression. Pour lui, tout cela n'avait aucune utilité. Puisque son empire s'était effondré, avec lui son Empereur. Il avait eu vent de la maladie, sillonnant le firmament de ses veines antiques. Oui, Callan pouvait parfois éprouver la douleur de son Amour, transcendée par ce lien qui les reliait pour l'éternité. Il lui arrivait de ne pas en dormir de la nuit, d'avoir la sensation de brûler sous la perception subtile des fièvres meurtrières qui terrassaient l'unique être au monde qu'il daignait aimer. C'était là tout son muscle moteur qui s'émiettait avec causticité, les quelques rares ombres d'Humanité qui lui restaient s'envolant à mesure que sa moitié se mourrait.

Il refusait de constater l'atrocité que l'idée de le voir ramper lui inspirait. Il niait la possibilité que Léandre puisse s'éteindre sous le regard empli de pitié de tous leurs ennemis. Callan rejetait la vision monstrueuse de sa chute, au-delà du fait qu'il acceptait la sienne volontiers. Il observait donc cet homme qui autrefois s'opposait au régime de son père, Kieran, baisser son arme alors que lui s'imposait avec lenteur et stratégie. Cette phrase qu'il lui balançait à la gueule était comme une lame, doucement appuyée de toute sa longueur dans la chair de l'organe inerte qui demeurait silencieux au creux de sa poitrine. Sa compassion incitait le mouvement à longer la tendresse morbide de la chair, faisant perler de part et d'autre de son Âme des perles vermeilles, larmes invisibles que l'allemand devait subir malgré tout. Sa mâchoire se crispe, il inspire une longue bouffée de sa cigarette alors qu'une de ses mains indulgentes vient s'enticher de son bras. De quel droit lui parlait-il ainsi ? De quel droit évoquait-il son père alors même qu'il espérait creuser sa tombe trois ans plus tôt ? Pour qui il se prenait, ce gosse, à lui faire un affront aussi grossier ? Callan se le demandait, perforant son regard du sien, le crucifiant mentalement de ses propres mains. Il va tellement mal, qu'il lui disait. Comme si il ne s'en doutait pas. Comme si les maux du français ne résonnaient pas déjà suffisamment dans les méandres dangereux de sa boîte crânienne. Il ne savait rien, ni de lui ni de Léandre. Encore moins de l'ignominie que son existence représentait pour eux. Les raisons du pourquoi, la lourdeur nauséabonde que sa douceur mielleuse et stupide leur imposait de subir. Kieran... Qu'est-ce que ton humanité pouvait lui sembler factice. Si seulement tu savais.

Il lui proposait de le suivre, de le ramener à Belfast. Pourquoi faire si ce n'est que pour éponger la faiblesse d'un homme qu'il ne reconnaîtrait pas ? D'un homme qui avait préféré chuter avec les chiens, plutôt que de ne pas lâcher sa main, à lui, qui n'avait jamais rien fait d'autre que l'élever... Il peinait à croire qu'il désirait le voir puisqu'il n'avait eu aucun mal à envisager de le remplacer pour un abruti qui, au final, n'était que de passage. Aussi éphémère que les autres, ceux qui pensaient pouvoir tenir la cadence de l'âme tourmentée qui animait Léandre. Ces réminiscences suffisaient à faire bouillir son sang, insufflant les ténèbres de sombres colères à son humeur précaire et changeante. L'indifférence faisant place au désir d'exorciser les flagellations qui le malmenaient soudainement. Et pourtant, de l'extérieur, il semblait toujours calme. Imperturbable de par la froideur de son détachement. « Léandre. » prononça-t-il, reportant son attention sur le visage de son interlocuteur, si pur et si attendrissant qu'il pourrait briser le cœur de n'importe quelle gamine écervelée. La voix enraillée de Callan transpirait sans qu'il ne le veuille d'une douleur qu'il pensait pourtant pouvoir étouffer. Ce n'en fut pourtant pas le cas. Ce prénom... Ce foutu prénom qu'il n'avait plus prononcé depuis ces trois dernières années avait eu du mal à passer. C'était trop humain pour lui... Trop sentimental aussi. Pourtant, il était primordial qu'il garde le contrôle... Il fallait qu'il s'arrête là. Tout de suite. Alors il n'en disait pas plus, esquissant déjà la manière dont il allait lui faire regretter l'affront qu'il venait de lui faire. « Non. » Le refus est catégorique. Presque brutal. Il ne mettrait pas les pieds à Belfast. Encore moins avec un de ses anciens ennemis. Qu'est-ce qu'il s'imaginait ? « Je connais un endroit où il y a du matériel. Des armes, principalement. C'est un entrepôt abandonné, à quelques rues d'ici seulement. S'il faut qu'on rentre, autant éviter de le faire les mains vides. Je suppose que vous en avez besoin. Les autres peuvent attendre encore un peu. » dit-il, tirant à nouveau sur sa clope, attendant son approbation pour lui faire miroiter un libre-arbitre qu'il avait pourtant perdu à la minute où il s'était adressé au prince déchu. Sa voix était à présent doucereuse, cherchant à préserver cette candeur fragile et bienveillante qui se dégageait du brun afin de lui faire gagner du temps. Il allait s'amuser ce soir. De ça, il en était certain.


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Callan de Rhénanie




Quelque chose n'allait pas. Pour m'en rendre compte, il avait simplement suffit d'un mot : “Léandre.” D'un rien en fait. D'une intonation un peu différente des autres. Juste d'une fêlure dans sa voix, vibrante et à peine perceptible. Mais qui en cet instant me semblait avoir pris des proportions d'un genre inquiétant par bien des côtés.

Nul mensonge pourtant. Enfin, pas que je sache en tout cas.  À moins qu'il me soit subitement devenu impossible d'en discerner les contours. Ce dont je doutais. Sauf peut-être dans l'éventualité où le grand âge du vampire qui se tenait debout face à moi en ce moment même, n'ait eu le pouvoir de repousser les limites de ce que je pensais encore être la vérité. Toute simple. La vérité dans son plus simple appareil, sans que l'on ait eu besoin de chercher à la déguiser. Ce qui fait que lorsque ce dernier m'a dit : “Je connais un endroit où il y a du matériel. Des armes, principalement. C'est un entrepôt abandonné, à quelques rues d'ici seulement. S'il faut qu'on rentre, autant éviter de le faire les mains vides. Je suppose que vous en avez besoin. Les autres peuvent attendre encore un peu.” j'ai eu pour unique réflexe de retirer ma main de son bras. Simple principe de précaution. C'est tout.

Une main que j'ai ensuite laissé choir de son bras jusque dans le vide. Pour revenir se figer le long de mon corps. Me rendant compte avec un temps de retard à quel point j'avais pu me montrer léger sur ce coup-là. Bête impression. Et au loin, j'entendais la voix de Kyle me hurler après. Naïf. Imprudent. Trop confiant. Sur quoi il n'aurait pas vraiment tort. Cette sensation de mauvais pressentiment que j'avais déjà éprouvé la veille me réinvestissant tout entier. Il y avait un truc qui me gênait. Quoi, je n'arrivais pour autant pas à mettre le doigt dessus.

Il y avait d'abord eu la crispation d'une mâchoire. Puis ensuite, une cigarette sur laquelle on tirait avec un peu trop de force. Un peu trop de rage. Sa fumée blanche, compacte et odorante se dispersant dans la nuit. Avant de s'évaporer. Victime de sa transparence insignifiante. Ne m'en laissant que plus effrayé.

De sorte que perturbé par ce que je croyais maintenant déceler dans le regard de Callan, je reculais. Le souffle du vent agitant et soulevant des mèches brunes de mes cheveux. Les incitant à me barrer le front.

- Non. Ça je peux pas. Les autres risqueraient de se mettre en danger pour venir à notre rencontre. Ils doivent m'attendre. Alors faut que je les prévienne.  Mais après , on ira tous ensemble récupérer les armes si tu veux.  Puis c'est quoi exactement comme genre de matériel ?

Voilà que de nouveau, mon cerveau se mettait à travailler. Intellectualisant le plus infime détail. Quand il aurait mieux valu pour moi que je me mette à courir. Les yeux toujours ancrés à ceux du vieux vampire. L'infant désavoué. Errant dans les rues de Dublin, au milieu des ruines et lequel était spontanément venu à ma rencontre. Puis, mon téléphone cellulaire toujours en main, je composais le numéro d'urgence. Collant l'appareil à mon oreille,

Je regrettais. Mais là, quelque chose n'allait vraiment pas. Aussi innocent que je puisse paraître, je n'en demeurais pas moins empathique et sensible. Une combinaison qui faisait office de système de sécurité. Mon intuition ayant la vertu de me remettre les yeux en face des trous quand je déconnais. Puis même. Au-delà de ça, même si j'étais en train de me monter la tête pour que dalle, puisque rien ne me garantissait que le danger vienne réellement du côté vers lequel je regardais, je me remémorais son : “Non.” Ferme et définitif, m'avait-il semblé. Avant qu'il ne se ravise et me parle des armes et du matériel. Entreposés dans un entrepôt abandonné. D'ici à quelques rues.

Une intense réflexion que la voix de Finn mettait en suspend. Dès lors qu'il décrochait. Prenant la communication un peu fébrilement. T'es où bordel !? Tu devais pas t'éloigner, je te rappelle qu'on est pas là pour faire du tourisme. Tu fais chier des fois McIntyre. Pointe toi, et plus vite que ça. Quoi, qu'est-ce que tu dis ? Putain...

- J'arrive. Mais je reviens pas seul. Y'a Callan avec moi. Quoi ? Ouais… non, Callan de Rhénanie…  menaçant… non, il est pas hostile. Il propose même de nous aider… je sais. D'accord. Oui. On bouge pas. Quoi ? Ok… mais… non, je discute pas.

Non, on ne bougerait pas. Pas plus que je ne prendrais le risque de mettre tout le reste du groupe en danger. Même si à mon sens, toute cette agitation ne servirait qu'à attiser et raviver d'anciennes tensions. Mais bon, docilement, je me pliais aux ordres. Obéissant. Faisant exactement comme Finn venait de me l'ordonner. À savoir me protéger et tout en restant en ligne, sans raccrocher, je décoinçais la deuxième arme prise dans ma ceinture, sous ma veste.

Un flingue semi-automatique. Dissimulé au niveau de ma taille et planqué dans mon dos. Pour le pointer sur Callan. D'un geste mal assuré. Désolé. Parce-qu'en dépit de mes doutes, je ne voulais voir que le bon en chacun.

- Approche pas Callan… je suis désolé, mais j'ai pas le choix… ouais Finn. Je suis toujours là. Kyle, quoi Kyle ?

Kyle qui n'en voudrait à personne parce-que rien de fâcheux n'allait m'arriver et qui n'avait rien à faire là. Si je partais loin de lui, ce n'était pas pour qu'on vienne me rabâcher qu'il attendait de me retrouver sain et sauf. Kyle à l'évocation duquel je commettais l'irréparable en me détournant légèrement. Vraiment à peine. Laissant Callan sans surveillance dans mon dos, quelques secondes. Le canon de mon flingue lui, le tenant toujours en respect.

Me demandant si à ce stade, ce dernier avait pour de bon l'intention de rentrer avec nous. Se contredisant tout seul, en passant d'un : “Non” catégorique, à un “S'il faut qu'on rentre.

Tandis que je me sentais comme pris entre deux feux. Les mises en garde de Finn ayant juste servi à me faire flipper et mon inébranlable confiance en la loyauté d'un vampire envers un autre vampire ne m'aidant pas à rationaliser le comportement douteux de Callan.

Surtout par les temps qui couraient…




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if you're not afraid of getting hurt,
then i'm not afraid of how much i hurt you.


La rage. Elle était là. Brûlante et étouffante. Prête à balafrer la candeur de ce gamin un peu trop confiant, prête à lui faire comprendre à qui il avait réellement affaire. Elle alourdissait ses muscles, les contractait au gré du magma qui, peu à peu, semblait remplacer la froideur cadavérique de sa vitae. Son bourdonnement irrégulier déstabilisant complètement le fil conducteur de sa Raison pour qu'il ne se fie plus qu'aux séismes de son humeur colérique. Si bien que le moindre son que sa voix laissait échapper d'entre ses lèvres ne lui donnait que l'envie farouche de les lui ravaler à coup de poing. Callan n'avait pas besoin de parler pour diluer sa fureur dans l'apesanteur. Il émanait naturellement de toutes les émotions que l'on rejetait, que l'on tentait de censurer par souci de bien paraître. Il portait au creux de son regard translucide toutes les plaies suintantes du vice que la Morale espérait dompter, en vain. Kieran n'était que l'exutoire des conséquences tragiques d'un effet papillon difforme. Il deviendra le martyr de ses discordes spectrales, de tout ce qui éloigne Callan de celui qu'il avait cru être son pilier. Il subira les bourrasques de sa tempête, le déracinement de ce qui fait éclater les dernières douceurs acides de son âme. Déguiser sa franchise n'a jamais été dans ses manières, lui n'a toujours eu que des vérités indésirables. Des faits, réels et coupants, qui n'ont jamais trahi personne et qui demeurent inébranlables par l'authenticité sans filtre qui les embrassent. Alors non, il ne mentait pas. L'entrepôt, les armes. Tout cela appartenait à l'une de ses connaissances. Créature d'Eve, toute aussi damnée qu'il ne l'était lui-même. Cigarette aux lèvres, il emmagasine sa violence tout autant que les vapeurs envenimées de la nicotine. Ne laissant que des cendres de son passage, preuve éphémère de sa présence en ces lieux défigurés par le soufre acariâtre des bombardements. Le gosse retire sa main, laisse le vide l'enlacer et se recule mais Callan, de son regard, le maintient captif, lui imposant de sa propre volonté et de manière tacite de ne plus prononcer le nom de cet homme une seconde fois. Ce n'était ni avisé ni approprié, ne fusse que pour ce qu'il  représentait pour lui ainsi que pour les convictions qu'il semblait si convaincu de défendre lors de ce fameux conseil auquel lui et son frère s'étaient faits remarquer plus que de raison. Ô Callan n'avait guère oublié. Il n'oubliait jamais rien et le jeune vampire allait très vite le comprendre.

Les prémices de l'inconfort s'appliquaient finalement à dresser les remparts d'une méfiance bancale, vacillant entre la maladresse et la stupeur glaciale de ce qu'il venait tout juste de comprendre. Son refus de suivre l'allemand ne changerait pas la donne. Ce dernier ne s'était pas encore amusé et tout ne faisait que commencer. « De la récupération principalement, un peu de tout. » De toute évidence, ils n'atteindront jamais l'arsenal de contrebande. Ce n'était pas dans ses plans. Il se concentrait sur autre chose mais cette soudaine prise de conscience dont Kieran faisait preuve titillait son agacement. Les autres, les prévenir. Putain. Statique, l'ancien bras-droit ne broncha pas plus que ça, détaillant le brun alors qu'il composait un numéro, vissant le cellulaire à son oreille comme s'il s'accrochait à une bouée de sauvetage. Non, Kieran, même eux ne te sauveront pas de ce qui allait t'arriver aujourd'hui. En silence, Callan perçoit le grésillement emmerdant d'une voix qui s'égosille au téléphone alors qu'il fume, bien trop placide par rapport aux combinaisons de gestes qui défilaient frénétiquement dans son esprit ancien, calculant la moindre possibilité d'ouverture. L'enfoiré a fini par poser un nom, l'identifiant indéniablement à ces hommes qui bossaient pour Wellan autant que pour son père à présent. Recrachant la fumée de sa cigarette, l'allemand soupire un instant, tourne son visage vers l'horizon pour finalement sourire avec sarcasme et se remettre à observer sa proie. Ce n'était plus qu'une question d'heures maintenant pour que son nom remonte jusqu'à la source, pour que son nom remonte jusqu'à Léandre. L'arme que McIntyre pointe ensuite vers lui confirme bien toute la mascarade de ce que Von Bürgstag prétend maîtriser. N'étaient-ils pas censés respecter un traité ? Était-ce de cette manière qu'ils traitaient ceux qu'ils trouvaient ? Quelle connerie. Ils étaient toujours en guerre. Incapable de se défaire de ce rictus amusé, Callan n'a pas bougé, imperturbable, ne se sentant pas le moins du monde menacé par la situation qu'ils partageaient ensemble. Il n'en était simplement que plus irrité, les fondations de sa contenance complètement secouées par le souvenir cuisant de ce qu'il cherchait à fuir. La dernière bouffée de sa cigarette ne suffisant pas à le calmer, il n'attendait qu'une chose : l'erreur de débutant. Et Callan comptait sur l'angoisse aussi innocente que fulgurante qui était en train de strier ses pensées pour pousser le vice. Jusqu'à ce que Kieran disparaisse sous la frénésie d'une peur pourtant parfaitement rationnelle.

Il ne lui avait suffit que d'un prénom à lui aussi, un prénom qui d'évidence n'a fait qu'entraîner sa chute ce soir. Kyle. Son frère. Sans doute aussi sa faiblesse vu la manière dont il a détourné la tête du danger vivant qu'incarnait pourtant Callan pour ses opposants, pour tout ceux qui avaient déchiffré les véritables nuances de ce qu'il demeurait malgré tous les siècles qu'il avait traversé. Kieran était désolé pourtant. De le sous-estimer. De le traiter comme un néonate inexpérimenté. Il était désolé de le traiter comme le criminel qu'il assumait être sans aucunement s'en cacher. Ô il était désolé de mettre de l'huile sur les ravages enflammés qui brûlaient en son adversaire. Il était désolé de lui faire un affront de la sorte. Et comme tout bon garçon, il avait absolument raison de l'être. Pourtant...

« Pourtant l'erreur est humaine, le pardon divin. »

XVIIIème siècle. Alexander Pope. Citation antique qui fendait l'air de perniciosité, citation qui acheva d'accompagner l'abandon de sa cigarette contre le bitume martelé de froid que le brun ne tarderait pas à goûter. Callan n'était pas divin. Il était son impeccable contraire. Quand est-ce que Kieran allait enfin s'en rendre compte ? L'allemand, blasé de ce petit jeu, usa de sa vitesse pour s'emparer de son arme, s'approchant à quelques millimètres à peine du corps frémissant du gamin, plaçant directement le canon du flingue contre sa tempe alors qu'il arrachait ensuite le téléphone de son oreille, le balançant à quelques mètres de l'endroit où ils étaient. « Détache la sangle de ton fusil et donne-le moi. Essaie quoi que ce soit et j'aurais la joie de découvrir la couleur de ta cervelle. » Toujours détaché, l'intonation de sa voix était beaucoup trop monotone pour la gravité de ce qu'il se passait, totalement indifférente à l'oppression de l'air qui enveloppait pourtant la ruelle dans laquelle il venait de le prendre au piège. Kieran n'a pas résisté, tant mieux. Ça serait bête qu'il dépense son énergie inutilement. Il en aurait besoin pour rentrer... Si tant est qu'il y parvienne. Callan, après avoir fait glisser la sangle de sa nouvelle acquisition sur son épaule gauche, pivota légèrement pour lui faire face à nouveau, le métal glacé du canon passant de sa tempe au centre de son front. Callan improvisait ensuite un corps à corps avec sa victime, plaquant son torse contre le sien, le doigt caressant la gâchette de ce qui aurait pu causer sa mort quelques secondes plus tôt avec une tendresse sincère et psychotique. Sa joue se collant à la sienne alors que ses lèvres se rapprochèrent de l'oreille de l’arroseur arrosé. Ainsi, sans crainte qu'il ne se braque, il lui murmura suavement l'ultime évidence, celle pourtant que sa naïveté avait omis de lui révéler : « Je ne suis pas Dieu, Kieran. Je ne peux pas pardonner. Retiens-le. » De la douceur lascive s'ensuivit la violence sourde et brutale d'un coup soutenu par le métal de l'arme que tenait la main coupable. La fraction de seconde qui s'enchaîna, cet instant hors du temps, en suspension du présent, venait d'exploser en éclats douloureux contre la mâchoire du gosse, qui sonné par la férocité d'un geste inattendu, tombait au sol, la commissure de ses lèvres ensanglantée par le poids d'une force vieille d'un peu plus de huit siècles.

Au fil de quelques secondes éphémères, il contempla la confusion du jeune homme, épris d'une souffrance qui lui paraîtra bien douce dans quelques heures. Callan récupéra le téléphone, soupirant brièvement avant de s'exprimer à l'abruti qui était toujours en ligne : « Kieran est occupé. On a du temps à rattraper tous les deux. Auf Wiedersehen. » Il coupa ensuite la communication sans attendre de réponse, laissant l'objet technologique se fracasser une énième fois contre le goudron. D'un pas léger, Callan retourna ensuite à quelques mètres de l'imbécile, penchant la tête alors que le brun se remettait tout juste de la droite qu'il venait de lui mettre. « Tu es un crétin, McIntyre, un crétin de première. » souligna-t-il alors qu'il visait à nouveau le corps de son interlocuteur. Avec lenteur, il choisissait sa cible. La cuisse ou le bras ? Le premier coup de feu résonnait dans l'air comme un avertissement pour ceux qui souhaitaient venir se joindre à eux. Callan n'avait pas hésité. Il n'avait même pas cligné des yeux. La balle, aussi froide et inhumaine que le tireur, venait de s'incruster dans l'un des muscles de la cuisse droite du néo-zélandais. « Car tu aurais dû tirer dès que tu m'as aperçu. » Nonchalant, il s'est approché pour n'être plus qu'à quelques centimètres de lui, le regardant de toute son hauteur alors que le béton du trottoir savourait l'élixir de ce qui le rendait encore vivant. De son pied, Callan fit pression sur la plaie béante qu'il venait d'ouvrir à sa jambe, poussant le vice jusqu'à faire craquer quelques os sans pour autant les briser. Il avait tout son temps. « Allez souffre gamin. Fais-moi profiter de cette beauté-là, de ta vulnérabilité face à moi. » Et comme si ce n'était pas encore assez, l'allemand tira une seconde fois, inspiré par le sublime écho qui transperçait cette atmosphère ulcérée de fadeur. Cette fois, ce fut l'épaule gauche qu'il choisissait. Il venait de faire de ses balles de terribles et cruelles sœurs jumelles. Sans lui laisser temps d'écoper, de s'habituer à la douleur qui venait lui déchirer le corps, il saisit le gosse par le col, le forçant ainsi à se relever, devinant déjà à quel point l'équilibre et la stabilité rassurante devaient lui manquer.

De sa peine à aligner ses pas les uns après les autres, l'allemand le traîna à sa suite, gratifiant les hommes qui le chercheraient plus tard de quelques indices. C'était sa bonne action de la nuit, un jeu de piste clément qu'il leur offrait pour célébrer son anonymat anéanti par la stupidité effarante du petit con qu'il tenait entre ses doigts. « J'espère que tes copains viendront te chercher et qu'ils n'auront pas trop peur du noir. » dit-il, dans un rire, alors que bientôt ils arrivèrent à l'une des nombreuses plaques d'égout qui servait d'entrée à moult insatiables créatures. Il lâcha sa victime un bref instant pour soulever l'épais morceau de métal donnant accès aux méandres dissimulés de Dublin. Lorsqu'il souleva Kieran à nouveau, ce n'était que pour le balancer dans le trou béant qui contenait les atrocités de tous les rebuts de la nouvelle société appartenant à la Coalition. Il prit le temps de descendre l'échelle, ne s'encombrant pas de refermer la bouche d'égout derrière lui. Au sol, il obligeait sa victime à se lever malgré les écoulements de sang, l'empoignant un bref instant pour ensuite lui suggérer de marcher à quelques mètres devant lui pour qu'ils s'engouffrent tous les deux dans les profondeurs du canal. « Avance. À moins que tu ne veuilles que je te tire dans l'autre jambe. » Fallait-il préciser qu'il n'hésiterait pas ?


NΞRIOИ



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Callan de Rhénanie




D'abord, j'ai cru ne m'être retourné qu'un bref instant. Juste une fraction de seconde en fait. Mais pas plus longtemps. Il m'a semblé en tout cas. Tournant de moitié le dos à l'autre vampire. Mon flingue toujours pointé dans sa direction, et mon téléphone cellulaire vissé à l'oreille. Gardant le contact. Maintenant le dialogue avec le reste des gars. Ceux qui au départ ne voulaient pas que je les accompagne. Pour de bonnes raisons. Ils savaient. Pour certains d'entre-eux connaissant même mes états de service. Puisque durant des mois je leur avais menti. Détournant des convois entiers, retraçant des itinéraires en parallèle de ceux qu'on aurait dû suivre originellement et les entraînant dans des zones à haut risque. Sciemment. À la recherche de mon frère. Du coup, je comprenais bien leur inquiétude.

Une fois de plus et par ma faute, le bon déroulement du raid se trouvait compromis. Remis en question. Et me dire que je n'avais rien à me reprocher n'aiderait personne. Parce-qu'on pouvait aussi bien me renvoyer en pleine figure qu'en premier lieu, je n'avais pas à m'éloigner. Seul. Sans protection. Sous aucun prétexte.

Ensuite, tout a été vite. Le temps que je relève la tête et que je me confronte de nouveau à lui, il était déjà trop tard. Callan me désarmait. Après avoir fondu sur moi, telle une ombre difforme venant déchirer la nuit. M'arrachant des mains mon téléphone et me braquant le canon de ma propre arme sur la tempe. Quitte à me laisser sans voix. Avec les yeux écarquillés et les pupilles complètement dilatées sous l'assaut. Alors qu'il prononçait ces quelques mots  : “Pourtant l'erreur est humaine, le pardon divin.” Me faisant froncer les sourcils tant je réalisais à quel point il pouvait être déséquilibré.  Du coup, je ne bougeais plus. Le dévisageant. Scrutant la moindre de ses réactions. En panique. Le trouillomètre à zéro. Même si je restais calme. Enfin. Autant que possible, en apparence. Pas de cris. Pas de gesticulation inutile. Ne voulant surtout pas l'exciter, ni davantage attiser sa convoitise. Le regard farouchement ancré au sien. Comme avec notre Sire à l'époque, je savais que résister serait vain. Mes forces, il me fallait les économiser. Non pas que je lise dans l'avenir, seulement j'aimais autant me préparer au pire. Pas dupe. Lucide. Conscient que les autres n'allaient pas tarder à nous rejoindre et que le mieux, ce serait encore que je le suive lui. Pour les épargner eux. Faire place nette, et leur permettre de s'en sortir indemne.

Sur quoi, j'ai fait ce que je savais encore le mieux faire – obéir. De toute façon pas en position de résister. Les neurones en ébullition et n'en finissant plus de traiter  les informations à mille à l'heure lorsque je détachais la sangle de mon fusil pour le lui donner. Les frissons qui remontaient le long de ma colonne vertébrale marquant une nervosité de plus en plus palpable. Si épaisse en vérité que c'est au couteau qu'on aurait pu la découper. Peu désireux de voir ma cervelle se répandre sur le bitume. Et quand bien même j'aurais voulu tenter ma chance, le canon de ce qui était devenu son arme par la force des choses pointait à présent mon front. Son torse plaqué contre le mien. Proche. Trop proche pour que je ne veuille pas reculer. Puis dans un corps-à-corps malfaisant, voilà qu'il se mettait à murmurer. Le doigt sur la détente, névrotique. Joue contre joue, le froid de sa peau me glaçant le sang. Il délirait. Et le suivant des yeux, je me sentais trembler. Lèvres entrouvertes. Raide. Le cœur en arrêt. Suffoquant et m'étouffant dans un tourbillon d'oxygène se moquant bien de savoir que mes poumons puissent être atrophiés. Son souffle éraillé et obscène se propageant jusqu'au creux de mon oreille. S'infiltrant dans ma tête et me perçant les tympans. Pour ne m'en laisser que plus abasourdi par l'incohérence de ses propos. Rapport à Dieu, au pardon, et que je retienne ça.

En vrai, il était cinglé. Un sociopathe. Avec l'esprit dérangé. Un psychopathe de plus en liberté, auquel j'avais tendu la main et dont je ne m'étais pas méfié. Imprudence que je m'apprêtais à payer. Me faisant regretter d'être parti de mon côté. Au départ, juste pour venir voir ce bâtiment en ruines. Curieux. Épicurien dans l'âme. Passionné par tout ce que des siècles d'héritage culturel nous avaient offert. Sauf que. Pareil aux pierres en ruines, je m'effondrais.

La crosse de mon arme me défonçant la mâchoire. Dans un choc brutal et assourdissant. Avec une telle puissance que j'en faisais presque un tour complet sur moi-même avant de m'écraser au sol. Sonné. Ne gardant que le souvenir de la douleur. Comme si les images se figeaient. Comme si on venait de couper le son et d'éteindre la lumière. Un goût de fer s'écoulant dans ma bouche. Couché sur le ventre. Les jambes se repliant et les membres contorsionnés. Il m'avait frappé. Et moi, je n'avais rien vu venir. Rien anticipé. Trop rapide. Trop vieux qu'il était. Hors de ma portée. Au sommet d'une chaîne alimentaire aux pieds de laquelle je rampais. Doux et fragile. Pas combatif, mais plus résistant qu'il n'y paraissait. Ce qui expliquait que dans un gémissement, j'essaye de me relever. N'en retombant qu'un peu plus lourdement. Emporté par mon poids. La moitié du visage en feu. Des brûlures m'irradiant tout le côté, en partant de la base du menton pour remonter me prendre le crâne dans un casque oppressant et me martelant la tête. Pendant que lui prenait la communication en s'adressant directement à Finn : “Kieran est occupé. On a du temps à rattraper tous les deux. Auf Wiedersehen.” Et là, j'y comprenais vraiment plus rien. De quoi est-ce qu'il parlait ? C'est à peine si lui et moi, on se connaissaient. Au point que les rares fois où on s'étaient vus ou croisés, on n'avait pas échangé un mot.

Alors il me reprochait quoi au juste….

Puis, au loin, quelque part aux alentours des ruines du bâtiment, j'entendais crier. On m'appelait. On me cherchait. On s'inquiétait de me savoir isolé. Mon téléphone gisant désormais par terre, en morceaux. Pris au piège. Ne voyant pas d'issue. Les cris et les appels dont je faisais l'objet me sortant in extremis de ma semi-torpeur.

Je devais réagir. Faire quelque chose, N'importe quoi. Donc, puisant dans ce qu'il me restait d'énergie, je me suis mis à pousser sur mes mains pour me retourner. Basculer et m'asseoir. Face à Callan. Plus engourdi et flippé que jamais. Découvrant dès lors que celui-ci n'en avait pas encore fini avec moi. Au contraire. Parce-qu'aux cris et aux appels des autres, c'est un coup de feu doublé d'un hurlement qui leur répondait. J'allais crever. Cette fois-ci, j'en étais persuadé et la balle que ce malade venait de me tirer dessus, se logeait dans ma jambe. Sans en ressortir. Les muscles de ma cuisse se transformant aussitôt en vermicelles. M'interdisant de la sorte de me relever et de marcher. Trop occupé à serrer les poings et à me vider de mon sang. Le gris du bitume prenant des tons pourpre. Mais le pire, c'est quand il a écrasé ma plaie. En faisant pression sur la blessure avec la semelle de sa godasse. Me donnant l'impression de n'y enfoncer que plus profondément la balle. Mon corps se tordant, lorsque mon dos heurtait de plein fouet le trottoir. Tant je m'égosillais. Expulsant la souffrance en criant, en hurlant tellement que mes cordes vocales auraient pu se rompre. Victime. Ce qu'il me disait ne m'atteignant plus. Puisque plus en état de déchiffrer ses paroles.

Tout ce que je sais, c'est que la deuxième balle m'a transpercé l'épaule avant d'en ressortir. Me déposant aux portes de l'évanouissement. Étendu de tout mon long et gisant en pleine rue. Dans la nuit noir. Les nuages voyageant dans le ciel. Tandis que ses étoiles filantes brillaient au fond de mes yeux. Rendant ma vision quasi inexistante.

Ce qui ne l'a pas empêché de m'agripper par le col de ma veste afin de me remettre debout. Mes jambes me lâchant, sans surprise et puis se dérobant sous moi. Des mèches de cheveux se collant à mon front à cause de la sueur. En fait, je transpirais. Du genre fiévreux. Pas bien. Mais lui, il s'en foutait. Pire. Il y trouvait du plaisir. Et moi, j'ai avancé. Un pas après l'autre. Un pas à la fois. Espérant qu'il n'y aurait pas de morts. Pas de blessés. Aucun homme tué par ma faute. Du sang sur les mains, je ne voulais pas en avoir d'autre que le mien. Me tenant l'épaule et boitant.

On va où ? J'aurais pu demander.  Mais la gorge nouée, je n'ai pas su le faire. Ou j'ai pas voulu. Ou… de toute manière, ça n'a plus d'importance. Ses éclats de rire effaçant le reste du monde et gommant les contours de ce décor funèbre qui nous entourait, alors même qu'une bouche dégoût nous avalait. Mes relevés topographiques, ces six pieds sous la terre qu'il me faudrait les effectuer. Mon corps pourrissant et se décomposant dans les émanations d'humidité. Tout était sale ici. La vermine recouvrait les murs,  et les rats couraient au gré des conduits. Leur couinement m'obligeant à me lever tant je craignais de me faire mordre. Eux aussi ils devaient avoir faim, eux aussi devaient se jeter sur la première proie qui s'offriraient à leur crocs. C'est fou comme le plus petit son résonnait. Le bruit des chaussures du vieux vampire sur les barreaux de l'échelle. Une échelle qu'il descendait tranquillement alors que moi, il m'y avait balancé sans pitié dans cet enfer. M'extirpant des râles d'une douleur s'amplifiant de minute en minute. Le bruit de ses chaussures sur l'acier des barreaux, et aussi celui de l'écoulement de l'eau.

Une eau qui me pénétrait. S'infiltrant de partout et me mouillant jusqu'aux os. Tout en imbibant mes fringues, lorsque je me mettais à grelotter. Sûrement une coïncidence. En sachant que ceux de notre race n'étaient pas sensibles aux variations de températures. Encore que. Il y avait toujours une exception pour venir confirmer la règle. En revanche, souffrir d'un choc anaphylactique on pouvait, je crois. La preuve ou pas. Peut-être que je confondais. Vu que je marchais au radar. Une preuve toute relative d'ailleurs. Hasard peut-être. Un hasard qui me donnait des vertiges, et des fourmillements au bout des doigts. L'autre dans le dos, me poussant et m'obligeant à progresser dans le canal. Sous la menace de son arme. Sous la menace tout court en réalité. M'inspirant une peur sourde, paralysante. Et tétanisé, je capitulais. S'il voulait me tuer, qu'il le fasse. J'irais pas plus loin. D'autant que j'avais plus rien à perdre. Ce qui fait que je me suis retourné. Immobile. Le regardant. Terrorisé mais pas décidé à attendre que ça se passe.

- Tu vas faire quoi si je refuse ? Tirer, me buter peut-être… si c'est le cas, je vois pas l'intérêt de continuer à avancer. Ici ou ailleurs, ça changera rien pour moi… puis je sais pas… pourquoi tu fais ça ? C'est fini l'époque où on étaient ennemis. Y'a plus d'opposants ni de partisans. Y'a plus que nous deux Callan, et tout ce que je veux c'est rentrer chez moi. On est du même côté. Je t'ai jamais rien fait, rien du tout. Et même si je comprends que tu puisses être en colère pour tout un tas de raisons, j'y suis pour rien moi. Mais il est encore temps de tout arrêter. C'est une chance pour toi. Personne ne viendra te chercher, je te le promets. Si tu me laisses partir, je dirais… je trouverais une excuse. On me croira… tout à l'heure, j'aurais pas tiré tu sais. J'ai juste pas eu le choix. C'est pas moi qui décide. Alors va-t-en. Les autres ne vont pas tarder à arriver, c'est plus qu'une question de minutes.

Lentement, je refaisais le chemin en sens inverse. Jusqu'à me trouver à sa hauteur. L'implorant de m'écouter, de bien vouloir entendre raison. On pouvait tout oublier. Et les mains tremblantes, j'enroulais mes doigts autour de l'arme qu'il m'avait prise un peu plus tôt. Frôlant ses doigts à lui, mon sang rougissant sa peau.

- Callan… fais pas de connerie…

Pas de connerie non. Mon seul tort avait été de le traiter en ami. Doucement, l'une de mes mains glissait donc sur son poignet. Je cherchais pas la merde. Je cherchais pas non plus à lui nuire. Je voulais juste que tout se termine bien, et pour nous tous. Qu'on se le dise. Le reste je m'en foutais. Remonter à la surface. Rentrer, revoir mon frère, avoir  la paix. J'en demandais pas plus. C'était simple. Simple et facile comme moi. J'avais qu'une parole et je lui assurais mon silence. Le reste le regardait. Puis dans ce canal, en plus des rats, c'est des polymorphes entre autre chose qu'on risquait de rencontrer. Je sais pas lui, mais moi j'avais pas des masses envies de me faire dévorer vivant.

Il fallait qu'on sorte. Vite. Qu'on regagne l'air libre. J'aimais pas être enfermé. Ça me rappelait de mauvais souvenirs, quand on m'interdisait de quitter ma chambre. Sous prétexte de faire mon éducation. De me dresser. Pour mon bien il paraît. Pour m'empêcher de me sauver, de rejoindre ce frère qui ne supporterait pas de me perdre.

Et au bout de tout, je faisais pression sur les mains de l'autre vampire. Le corps secoué de spasmes. La douleur dans ma jambe et mon épaule me vrillant les tripes. En sang. Des sillons de sueur dégringolant entre mes omoplates...




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i'm just painting that's still wet, if you touch me i'll be smeared,
you'll be stained, stained for the rest of your life.

if you're not afraid of getting hurt,
then i'm not afraid of how much i hurt you.

Combien de hurlements fallait-il pour s'en lasser et finalement s'unir aux séductions de l'insensibilité ? Combien en fallait-il pour que la victime soit entendue, comprise et libérée ? Combien en fallait-il pour espérer que l'affliction éprouvée se dilue dans l'espace incertain du temps ? Ceux de Callan n'avaient jamais eu aucune résonance particulière. Ils furent comme la caresse d'une brise, insignifiants et translucides. Ignorés puis oubliés. Ainsi, ceux des autres ne l'ont jamais réellement touché. Humainement parlant. C'est la Bête en lui qui les accueillirent à bras ouverts. C'est elle qui se nourrissait des déchirements immoraux que l'allemand infligeait aux âmes damnées, perdues entre ses mains. Elle a toujours dérobé leurs espoirs, flagellé les ignares ainsi que les esprits creux qui manquaient de tout et s'abreuvaient de rien. Ses actions n'avaient d'importance que pour lui. Il n'avait que faire des logiques approximatives et des suppositions bancales que les autres pouvaient se faire de sa personne. Callan ne cherchait pas à s'expliquer. Il ne cherchait aucunement la compassion et ne ressentait pas le moindre besoin émotionnel quelconque. Les fruits invisibles du néant étant la seule nourriture consistante qui maintenait le souvenir de l'âme instable qui gisait en lui. Il n'existait plus nulle part et pour Kieran, il ne représenterait jamais rien d'autre qu'un énième cauchemar. Alors pourquoi ne pas faire chanter sa douleur ? Comment se priver de la délectation que ses cris pourraient lui inspirer ? Au premier coup porté, les synapses de son encéphale s'entrechoquaient sous l'effet de l'adrénaline noirâtre qui pénétrait ses veines en conséquence de son acte. Il devenait ainsi sourd à la réalité, en incendiait toutes les entités et transperçait de son indifférence les nuages opaques de ce que les autres appelaient la raison. Le poids de sa morosité semblait s'alléger, légèrement. Pas suffisamment, pourtant, pour le satisfaire pleinement. Callan aurait pu se contenter de l'observer gesticuler faiblement au sol. Il aurait pu absorber les quelques gémissements, ce dégueulis de faiblesse qui s'échappait d'entre les lèvres de sa victime, désarçonnée par le choc que l'ancien vampire lui avait fait subir. Mais tout ceci était complètement dépourvu d'amusement. S'il se sentait plus léger, sa rancœur pourtant était loin d'être apaisée. Les pensées de Callan s'anéantissaient toutes les unes après les autres dans un obscurcissement viscéral auquel il n'existait aucun remède. C'est en son sein que les méandres de son insensibilité terrifiante évoluait. L'absolution s'inclinait devant les ravages fiévreux de la désinvolture blasphématoire qui l'emplissait à présent.

Dans le néant qui régissait le muscle moteur qu'il portait en sa poitrine, Callan s'alliait aux ombres estropiées d'une inconscience volatile. L'apathie l'envenimait depuis trop longtemps pour qu'il s'adonne à la pitié larmoyante que ses victimes espéraient lui soutirer. Kieran n'avait rien de très différent. Il se comportait de la même manière que les autres, si ce n'est que son regard transpirait d'un espoir réel. Quelques éclats lunaires auraient pu se perdre au creux de l'océan fragile de ses iris si leur astre n'était pas si hautain. Pourtant le ciel n'avait que faire de ses prières, il était à l'image affreuse de l'homme qui l'assaillait. Immense, obscur et infiniment vide. Le tableau d'un trou sans fond, au creux duquel le vacarme du silence s'immolait. Les appels des autres ne tardèrent pas à fendre leur entrevue houleuse et l'allemand crut bon de les saluer à sa manière : en coups de feu, au nombre de deux, poussant les cordes vocales de la brebis égarée à s'égosiller comme si on lui déchirait les entrailles. À la résonance sulfureuse de ses hurlements, Anselm comprit qu'il n'avait pas affaire à un combattant. Ce duel n'en était pas un. Il s'agissait d'une domination sans équivoque, sans filtre ni sottises pour la rendre un peu plus douce. Callan menait la danse. Durement, avec toute l'abomination qui le caractérisait si bien depuis des siècles. Ô, oui, c'était injuste et totalement barbare mais pour lui, c'était coutumier. Presque monotone s'il n'avait pas eu conscience des conséquences que cet événement aurait sur lui un peu plus tard. Pour l'instant, ils étaient deux. Dans le brouillard du soir qui imposait sa fraîcheur vertigineuse. La première balle avait annoncé la couleur, pulvérisant la fibre musculaire d'une de ses cuisses sans délicatesse, aucune. De son pied, il avait fait pression sur la blessure, salissant le cuir de sa semelle aux tons vermeils de son sang éternel. Appréciateur de ce genre d'instants, l'allemand n'a manqué aucune miette du spectacle, nourrissant le vice de son âme au gré des gueulantes épouvantées que l'enfant recrachait violemment. Il a toujours été admiratif de la douleur, des éclairs de vie qu'elle faisait prendre conscience à ceux qui ne la respectait pas, qui oubliaient prétentieusement la chance qu'ils avaient d'encore fouler cette foutue terre. La seconde larme de fer s'était imposée avec plus de vitesse et sans doute plus d'aplomb puisqu'elle traversa complètement l'épaule que Callan avait visé, ne laissant derrière elle qu'un trou, décrivant parfaitement la faiblesse du jeune âge de sa victime.

L'ancien vampire abusait de la situation, sans pour autant s'en amuser réellement. Pour lui toute cette mise en scène n'était qu'un effleurement, une caresse à ce qu'il était réellement capable de lui faire endurer pour l'irritation qu'il lui inspirait. Pour connaître le fin fond de l'océan qui secoue les intentions de l'allemand, il fallait accepter de passer au-delà de l'humanité. Il fallait la dépasser, transcender les futilités pour s'unir à la réalité dérangeante que rien n'avait réellement de valeur. Pas même la plus tendre innocence. Avec ses convictions incolores en bannière, l'allemand n'eut aucun souci à balancer cette innocence dans les bas fonds de leur prison. Là où la crasse déterminait ses lois et ou la saloperie était reine. Là où la pureté de l'immaculé se tapait des crises d'asthme de ne pas supporter l'horreur d'un trop plein humanitaire. Kieran n'était qu'une page blanche, aveugle de la réelle horreur que sa condition imposait. Il ne comprenait pas car il avait l'inconscience des enfants, la fragilité d'un homme qui avait encore tant de choses à apprendre. Si Callan était attentif aux murmures célestes, il n'en restait pas moins profondément moqueur et dubitatif. Le vermeil affriolant était bien plus beau, selon lui, que les lueurs vacillantes d'étoiles mortes depuis des millénaires. L'allemand préférait s'enfoncer dans les cavités de la terre, il cherchait à séduire le cerbère qui veillait sans cesse aux portes de l'enfer. Son regard polaire était en quête de brèches béantes, d'éclats violents, de poisons malins. Il voulait se vautrer dans la laideur pour ne plus jamais s'encombrer de tout ce qui était censé plaire au cœur. Parce que le sien ne connaissait rien d'autre que la torpeur et les violences incinérées étaient son principal moteur. Callan veut la perdition, les détours de plus en plus flous, lui faire goûter l'amertume des vertiges. Il aimerait lui faire comprendre que l'issue de secours doit se mériter, que la lumière a un prix parfois plus conséquent que celui de l'obscurité. S'il fallait qu'il lui fasse avaler la concrétisation du merdier dans lequel il venait de tomber, il n'allait pas se priver de le faire. Au contraire. Il fallait qu'ils avancent, pour la simple et bonne raison que Callan n'avait aucune envie de perdre son temps avec d'autres hommes de ce genre et principalement car il refusait de retourner à Belfast, de faire face aux épaves évanescentes de ce que lui et Léandre avaient pu partager ensemble. Il sortait des sentiers battus, pulvérisait les limites pour des desseins qui lui restaient circonspects. Dans son esprit, ne persistait qu'un bourdonnement sourd. Comme si le monde s'éteignait à ses pieds à mesure que le gamin se vidait de son sang. Kieran, qui s'est retourné pour lui faire face et lui révéler, inconsciemment ou pas, quelques facettes dysfonctionnelles de son mental, des désirs suicidaires, un abandon indirect, un sous-entendu balafré de complexités. Il lui paraissait si obéissant jusqu'à maintenant... Il semblait si certain de pouvoir s'en sortir. Était-il vraiment en train de flirter avec l'obscurité de ce à quoi il pensait pouvoir échapper encore quelques instants plus tôt ?

Et puis sa voix, cisaillée par la peur, fend l'air irrespirable du tunnel. Des brisures de mots voltigent un instant. Callan les entend mais il ne dit rien. L'impassibilité sur les traits, le manque effarant de sentiments. Il n'arrive pas à prétendre la pitié. Lui n'a que la froideur épineuse de son aura souillée. Il n'a que la lame coupante de ses rétines ivres de neutralité. Callan n'était pas touché, absolument pas captivé par la douceur des paroles qui animaient ses lèvres. Il se contentait simplement de le fixer, l'arme braquée sur lui, attendant qu'il finisse son discours. Discours qui n'était pas si mal après réflexion mais qui ne changerait rien à ce qu'il s'apprêtait à vivre. L'allemand n'en avait rien à faire. Les nuances de son néant se heurtaient toujours aux mirages de sa conscience. Le néo-zélandais avançait ensuite vers lui, le contact de ses doigts contre ceux de Callan tâchant sa peau de ce carmin satiné qu'il avait invoqué. De son regard plein de luminescences éphémères, il lui demandait de ne pas faire de conneries. Ça résonnait comme une prière, une supplication doucereuse qui séduisait le Diable qui le possédait ce soir. Anselm pouvait sentir les flammes de ses souffles lui incendier les veines, dispersant au creux de son bas ventre les démons inférieurs qui en étaient soumis. L'emprise de Kieran autour du poignet de l'ancien vampire ne lui offrit rien d'autre que l'écho des spasmes qui faisaient convulser son corps. De douleur peut-être, de crainte certainement. Sans baisser son arme, Callan radoucissait pourtant son regard, penchant légèrement la tête alors qu'il repassait les quelques mots qu'on venait de lui souffler au creux des méandres de son esprit. « Alors tu n'as pas peur de mourir ? » Simple question qui pourtant résonnait lourdement dans le canal qu'ils occupaient tous les deux à cet instant. « Kyle, est-il au courant de tes penchants suicidaires ? Je me demande ce qu'il dirait si on lui annonçait qu'on a retrouvé ton corps dans les canalisations de Dublin. » Il baisse son arme, anéantissant totalement l'approche fébrile de sa victime. Il adoptait ensuite une moue concentrée, comme s'il réfléchissait. « Éclaires-moi un peu, Kieran. Que ferais ton frère en apprenant ta mort ? » Il le fixe, attendant une réaction, les rétines tendres et la voix posée. Callan n'avait pas de grandes craintes concernant l'arrivée des autres. S'ils étaient intelligents, ils étaient en train d'attendre du renfort.

Le gamin avait raison. Six pieds sous terre, ils étaient seuls et ce n'était pas lui qui décidait de quoi que ce soit. De cela, l'allemand comptait bien en tirer profit. D'une manière ou d'une autre... Pour la forme mais surtout parce qu'il avait une fierté démesurée. Ils n'étaient ni amis ni alliés. Juste des étrangers qui ne se connaissaient pas mais qui, par défaut, s'opposaient. Alors il s'approchait à nouveau du garçon, mettant son bras autour de ses épaules pour marcher vers l'obscurité du tunnel. S'il n'osait pas prendre les devants, Callan allait l'accompagner, le rassurer. Ils allaient avancer, qu'il le veuille ou non. Kieran n'avait pas le choix. Le bruit de ses talons contre le béton impur fracassait le silence lugubre qui régnait dans le palais de crasse. « Si nous sommes amis, j'imagine que tu n'as rien contre une petite balade, n'est-ce pas ? » Après tout, c'est ce qu'il lui avait dit. Tous les deux étaient aptes à s'entendre, apparemment. Plus aucun camp ne les séparait. « Alors c'est réel, le traité est actif et efficace... Tu as l'air de croire en tout cela. Qu'est-ce qui t'a convaincu ? » L'intérêt de Callan n'était pas faux, au contraire. Alors qu'en marchant, ils prenaient ensemble un tournant dans les cavités souterraines des égouts, l'ancien vampire attendait, qu'il s'exprime, qu'il reprenne le contrôle de ce corps qu'il venait de maltraiter brutalement. Ils s'enfonçaient ainsi calmement dans les longs tunnels, s'éloignant irrévocablement de la bouche d'égout par laquelle ils étaient entrés. Le ruissellement de l'eau était la seule mélodie qui accompagnait leur présence floue et saccagée en ces lieux justement évités. Callan n'avait toujours pas lâché son arme. Au cas où. Après tout, il paraît que les autres allaient arriver, n'est-ce pas ? « Tu ne veux pas mourir alors on peut discuter. Et je suis plutôt curieux de nature, je t'avoue. » dit-il, posément, sa main reposant sur la plaie qui suintait toujours de sang, l'odeur qui s'en échappait lui charmant doucereusement les narines. Elle était diffuse, chaleureuse et imbibée d'un tas de possibilités.  


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Callan de Rhénanie




Au moins, j'aurais essayé. Au moins, j'aurais fait mon possible pour essayer de le dissuader d'aller jusqu'au bout. Au bout de ce tunnel sans fond au travers duquel il m'entraînait de force. Une force presque inexistante maintenant. Et c'était à ne plus rien y comprendre. Comprendre que de toute manière mon sort venait de se sceller.

En voulant le raisonner, j'avais obtenu tout l'effet inverse. Renforçant sa détermination à me nuire. Trop moralisateur. Dans la posture de l'élément stable face à un homme complètement déconnecté de la réalité telle que je pouvais l'appréhender. Incapable de le toucher, de lui parler, n'alimentant que d'autant plus son fanatisme. Le poussant à utiliser des mots chocs, des termes qui m'agressaient et qui me coupaient la parole. Net. En prétendant que je voulais mourir et que je montrais certains penchants suicidaires, il jouait simplement sur mes peurs. Avec intelligence. Presque à me faire croire que tout ça, c'était de ma faute. Que si on retrouvait mon corps au fond des égouts, ce serait parce-que je l'avais cherché. Parce-que fatigué de vivre, j'avais enfin trouvé la solution pour en finir. Mais pas que je sache. Ou alors, pas consciemment en tout cas. J'aimais mon frère. S'il m'arrivait quelque chose, je sais très bien qu'il se foutrait en l'air. Tout comme je devinais que le but premier de Callan se résumait à me faire douter de mes propres intentions. Presque à me retourner le cerveau et à me rappeler aussi que quelques mois plus tôt, je jurais tout le contraire. Le seul truc me traversant l'esprit étant que...

Je devais sortir de là. Sortir. Remonter. Sortir et lui échapper. Échapper au sort qu'il me réservait. Le fait qu'il baisse son arme m'offrant la seule occasion qui se présenterait peut-être jamais à moi pour fuir. Fuir. Courir. Remonter à la surface. Telle une obsession. Sa façon de me regarder avec une tendresse malsaine et sa voix se posant tandis que je sursautais, me laissant présager que le pire restait encore à venir. Me soutirant un hoquet de terreur. Sourcils froncés. Une grimace déformant ma bouche. Mes mains se plaçant instinctivement devant lui pour lui ordonner de ne surtout pas avancer. De ne plus m'approcher. Des tremblements de plus en plus violents, plus prononcés, me donnant l'impression que c'est le sol qui s'effondrait sous mes pieds. M'avalant dans les entrailles de la terre, semblable et identique à un séisme apocalyptique. Exactement comme si de nouveau, des bombes pleuvaient de ce ciel qu'on m'interdisait d'aller admirer.

Puis, en guise de soutien sans doute, voilà qu'il passait son bras autour de mes épaules. Me braquant contre lui. Tout mon corps s'y opposant. Refusant d'avancer et mettant tout mon poids à contribution pour le ralentir. Avançant littéralement à reculons. Ma vision devenue trouble ne me permettant plus de percer l'obscurité dans laquelle on s'enfonçait. Soi-disant en amis. Puisque d'après lui, je ne devais rien avoir contre ça au vu de ce que j'avais dit. Comme un imbécile. En voulant faire vibrer ses cordes sensibles, c'est autour de mon cou que je les avais nouées.

- Callan ! Qu'est-ce que tu fais… arrête… je t'en prie, arrête...

Là, dans l'immédiat, je me foutais éperdument de ses questions et du traité. Tout ce que je voulais, c'est qu'il arrête. Qu'il me lâche. Qu'il enlève ses mains, qu'il me laisse rejoindre les autres, juste qu'il redescende « Oui… oui c'est vrai. On a signé un traité. On a… les vampires vivent tous ensemble à Belfast. Pour ce qui m'a convaincu… j'en sais rien. Callan, on va où ? Tu m'emmènes où ? » Puis, sans que je puisse parvenir à m'accrocher au moindre repère, on tournait. Prenant un virage fatidique. Sur quoi, je me dégageais de sa prise pour me retourner. Lui assénant un coup de poing à la volée. Avec une brutalité toute relative, visant sa mâchoire. Mais aussi fort que possible, dans un état second. N'espérant pas le mettre KO, loin de là. Rien qu'avec la prétention désuète de le déstabiliser, au mieux.

Moment dont je profitais pour déguerpir. Traînant ma jambe blessée comme un morceau de bois. M'enfonçant toujours plus profondément dans les noirceurs du tunnel qu'on suivait. Ne décelant aucun point de lumière, aucune issue. Perdu. Progressant à l'aveugle, lorsqu'à l'entrée de la bouche, Finn et les autres éclairaient de leurs lampes torches les murs crasseux. Estimant les risques et le danger trop grand pour explorer la galerie plus en amont.

Ainsi, l'alerte venait d'être déclenchée au château…

Pendant que moi, je courais. Pas vite, avec tellement de difficultés qu'au premier obstacle je me suis étalé. Trébuchant sur je ne sais trop quoi. Pour m'affaler dans la flotte de tout mon long, étouffant un cri. La douleur, la peur, le stress, annihilant toutes mes facultés mentales. En pleine crise de panique. Des sanglots me défonçant la poitrine tant ça me faisait mal de les retenir. Des larmes finissant par perler le bout de mes cils lorsque j'entreprenais de continuer à avancer à quatre pattes. Me heurtant une seconde fois à autre chose, si bien qu'à tâtons j'ai envoyé les mains. Pour me rendre compte qu'en fait, il s'agissait d'un cadavre. Mes doigts redessinant les traits d'un visage à moitié décomposé. Des bestioles grouillant dans les orbites vides et des lambeaux de tissu recouvrant le torse à la chair puante.

Mortifié, je me suis donc laissé tomber sur le cul. Le sang battant mes tempes me refaisant tourner la tête. Est-ce qu'il y en avait d'autres ? Me relever. Je devais me relever. Sauf que mon corps ne me répondait plus. Me souvenant dans le même temps qu'en le frappant, je n'avais pas eu le réflexe de le désarmer. Callan. Callan qui allait me retrouver. Me retrouver et me tuer. Ma chance de discuter et de peut-être le faire changer d'avis ayant passé son tour...




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i'm just painting that's still wet, if you touch me i'll be smeared,
you'll be stained, stained for the rest of your life.

if you're not afraid of getting hurt,
then i'm not afraid of how much i hurt you.

Il enviait presque les crépitements de terreur que son corps émettait à chacune de ses approches particulières. Kieran semblait animé d'étincelles humaines qui, au-delà de sa carcasse froide, irradiaient de chaleur impalpable les tréfonds de l'âme qui lui appartenait. Ces éclats incertains et fragiles, Callan s'épanouissait de les piétiner, indifférent à la vie qui battait son plein dans les méandres de ce corps qui, à ses côtés, s'agitait de plus en plus furieusement. L'ancien vampire se nourrissait de ce malaise qui, entre eux, ne faisait que grandir. Il absorbait les moindres crispations de ses muscles, alimentant un peu plus ses desseins destructeurs ainsi que toutes les colères que sa gorge se gardait bien de hurler. Quelque chose en lui s'est abandonné, sans explication, au moment même où les vérités se sont entremêlées aux quelques miettes de raison qu'il lui restait. À son contact impartial, le néo-zélandais s'étouffait peu à peu d'angoisse, laissant traîner dans l'atmosphère l'odeur ferreuse d'une sensibilité que Callan méprisait. N'avait-il donc pas de fierté ? Ne ressentait-il aucune honte à s'émietter de la sorte aux effleurements de leurs peaux ennemies ? Il s'agissait de questions absurdes auxquelles l'allemand avait déjà trouvé les réponses. D'évidence, l'existence de Kieran ne lui importait absolument pas et le tuer n'aurait été qu'un plaisir éphémère. Si éphémère, d'ailleurs, qu'il n'en aurait tirer aucun profit. Certes, c'est l'Ennui qu'il cherchait à faire trépasser. Mais Kieran pourrait peut-être lui servir de messager, sans même en avoir la moindre idée. Puisque de toute manière son anonymat, ponctué de son absence auprès du Roi allait voler en éclats aussitôt que le néo-zélandais allait lui filer entre les doigts. Son nom, déjà, avait été mentionné et le temps passait. Bientôt les accusations allaient crucifier sa liberté et le fléau qu'est devenu Léandre en son esprit allait l'engloutir. S'il était prêt à laisser son indépendance s'enliser au nom de son père, il était certain que ce dernier n'était pourtant plus en mesure de calmer les torrents volcaniques des plaies béantes qu'il avait lui-même ouvertes quelques années plus tôt. Alors autant marquer le coup. Imposer son opposition au nouveau régime, à la présence de Wellan. À toutes ces idées idiotes qui découleraient de cette fameuse Coalition. Ils étaient toujours en guerre et cette parenthèse d'alliance illusoire ne suffira pas à calmer les ardeurs du passé.

Kieran allait donc être son crime, une insulte à ces nouveaux idéaux sur lesquels il crachait sans honte, aucune. C'est en sa chair qu'il allait lui faire comprendre que le monde n'allait pas se guérir et que la paix n'était pas pour eux et encore moins pour lui. Marqué son corps autant que son esprit, raviver un peu les flamboiements meurtriers de la haine qu'ils se vouent véritablement. Callan n'était pas un homme de faux-semblants. Il était incapable de mentir, de prétendre. Pour Léandre, encore moins. Puisqu'il n'existait pas meilleur menteur que lui et que ce sont ses trahisons qui le poussaient à emprunter cette voie aujourd'hui. Celle d'une révolte tacite, qu'il ne comprendra peut-être pas mais dont Kieran souffrira. Tendre souffre-douleur que Callan a presque l'impression de sentir palpiter. Il est comme un cœur battant dans sa paume, un muscle de vie qu'il s'apprête à écraser, de ses phalanges ramenées en un poing. Chose que, peu à peu, il semblait comprendre s'offusquant de ce bras que l'allemand avait passé autour de son épaule blessée. Le néo-zélandais s'était reculé pour mieux le repousser, comprenant à présent l'absurdité des paroles qu'il avait lui-même énoncer pour tenter de le duper, de mieux le maîtriser. Seulement Callan n'était pas un animal qui se laissait brider. Refusant automatiquement la moindre douceur, au profit de lourdes douleurs qui selon lui, étaient cent fois plus franches que le plus sublime des compliments. Il était impossible de le caresser dans le sens du poil, impossible de l'amadouer si lui-même n'était pas apte à céder ses failles. Et Kieran, le tendre et doux Kieran, n'avait pas les épaules pour endosser l'océan de rancœur que l'allemand portait entre ses côtes.

Puis vint les supplications. Habituelles. Si bien qu'elles étaient devenues monotones et vides de sens à son oreille. Il se contentait d'assister au spectacle que l'angoisse de l'homme qui allait devenir sa victime lui offrait. Dans ces moments-là, Callan n'avait plus la sensation d'être dans son corps. Il était ailleurs. Externe à la raison, dénué de toutes émotions. Plus rien pour qu'il n'emprunte les chemins du raisonnable, juste la noirceur dans laquelle on l'avait enterré. Celle qui était devenue sa mère et au sein de laquelle il avait créé ses propres lumières. Des lumières délestées d'immaculée et dont les ombres carminées lui labouraient l'encéphale à coups de fantasmes meurtriers. Il quittait cet univers pour s'éteindre dans les horizons reculés des décharnements de sa psyché. Callan avait la force de se croire intouchable tant le vide léchait ses entrailles, comblant de meurtrissures salvatrices les creux qu'ont laissé l'absence de son autre en son esprit déphasé. Il n'écoutait d'ailleurs plus les questions du gamin, s'enfonçant davantage dans l'obscurité des égouts. Ce sont eux bientôt qui se dessineront dans ses songes et sa présence qui le réveillera en plein milieu de la nuit. Il regrettera sans doute de s'être pensé assez fort pour lui échapper, ses entrailles se noueront d'elles-même à l'idée de le recroiser. Et sur sa peau, le souvenir de Callan roulera sous forme de sueurs glacées. Du creux de son dos jusqu'au creux de ses fesses puisque l'allemand s'était enfin décidé du châtiment qu'il allait lui infliger. Pour l'humilier, de l'intérieur jusqu'à l'extérieur. Et c'est peut-être son silence qui lui annonce la couleur. Silence auquel il répond par la violence alors que son poing s'écrase contre sa mâchoire. Et c'est à présent la frénésie de Kieran qu'il contemple alors que la douleur qui agresse les muscles de son visage lui paraît presque douce. Il se surprend à la savourer un instant, riant de la tentative, du jaillissement incertain d'un espoir pourtant perdu d'avance. Puisque Callan reprenait son avancée. Calmement. Suivant simplement les quelques bruits d'épouvante que l'opposant diffusait malgré lui, par manque de contrôle, les filaments de la panique se perdant de plus en plus en échos dans les profondes cavités des canalisations hantées par la cruauté la plus immonde qui soit. Il y avait aussi le bruissement de l'eau troublée par ses mouvements brutaux. De l'énergie perdue qu'il se condamnera plus tard d'avoir gâché en vain.

Lorsqu'à nouveau ils se sont face, dans la pourriture de cet endroit malfamé, l'odeur du cadavre se décomposant aux côtés de Kieran lui vint aux narines, titillant davantage le monstre infâme qui s'agite au creux de son ventre. Sa victime est à terre, essoufflée par les conséquences de ses prétentions. Et c'est après s'être saisi de son arme à feu que Callan décide de vider son chargeur, dans le vide, faisant pourtant mine de le viser alors qu'il ne cherche qu'à le terroriser davantage. Jusqu'au point de rupture. Jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, préférant d'abord briser le mental pour ensuite mieux façonner son corps à l'horreur qu'il allait lui faire subir. Il ne se repérait qu'aux coups de feu qui sifflaient lourdement dans le tunnel alors que Kieran, lui, décelait peut-être la silhouette famélique d'une mort qu'il s'amusait simplement à lui faire miroiter sans pour autant la lui accorder. Il en fit de même avec la seconde arme qui lui avait usurpé, les balançant toutes deux à la flotte poisseuse une fois que toutes les balles en avaient été tirées. Il ne revint vers le néo-zélandais que pour l'empoigner par le col, le forçant ainsi à se relever. Callan glissa ensuite ses phalanges dans sa chevelure mi-longue sans délicatesse, les tirant pour mieux s'en saisir avant d'écraser son visage contre la surface rugueuse et souillée d'un des murs qui les entouraient. De plus en plus joueur. De moins en moins stable. Ce sont les fissures de la décence qui hurlaient dans sa boîte crânienne, laissant les mélodies de l'outrage remplacer celles du mutisme dans lequel ses émotions s'anéantissaient.

« Je commence à perdre patience, Kieran. »

D'un geste précis, presque programmé ; l'allemand s'empare d'un des bras de sa victime lui faisant dos alors que tout son poids fait pression sur le sien, le plaquant irrévocablement contre le béton glacé de l'égout qu'ils occupent et intensifient d'oppression. Au premier craquement sonore de sa clavicule qu'il déboîte, c'est ensuite à l'ossature du membre qu'il s'attaque, le brisant de sa force vampirique alors que la douleur chantante de l'opposant fait glisser une sulfureuse adrénaline dans le circuit sacré de ses veines antiques. Callan en savoure les ondes de choc, la couleur de sa souffrance le charmant et échauffant les affres chaotiques de ses pensées névrosées. Il succombe aux appels de ce que les gens craignent, bien trop à l'aise dans les effluves de l'acte criminel. Il nage dans l'affront, embrasse ces démons qui autour de lui dansent inlassablement et se pavanent d'adoration assassine, à tel point que leur luxure déteint sur son épiderme damnée, affamée de sensations. Callan arrache ainsi la ceinture de sa victime, officialisant sa déviance charnelle dans un contexte hostile et sordide pourtant peu propice aux ébats. Des ébats qu'il force et qu'il impose de son érection puisque son bassin fait toujours pression contre la galbe de ses fesses. Il ne lui faut que quelques minutes pour faire sauter le bouton du pantalon que Kieran porte, le faisant ensuite glisser de sa hargne à vouloir le posséder, à le mettre presque à nu face à son autorité.

« Tu sais, l'idée de te sodomiser avec le couteau que j'ai à ma cheville m'a traversé l'esprit... » dit-il alors qu'il défaisait à son tour sa propre ceinture, maîtrisant de sa main libre le jeune vampire en lui écrasant un peu plus le visage contre ce mur sale qu'il lui faisait embrasser. « Mais je me suis dit qu'il valait mieux que ce soit moi. Pour que tu comprennes ce que je suis et que nos différences se gravent définitivement en ton esprit naïf. » Ainsi, après avoir sorti son vit durci par une excitation blasphématoire du slim qu'il portait, c'est entre les fesses du gamin qu'il se frottait, s'excitant davantage. Autant enivré par l'odeur du sang qui flottait dans l'air que par ses concupiscences ravageuses. C'est avec une brutalité sourde qu'il le pénétra, laissant un premier râle de plaisir lui échappait alors que peu à peu, c'est son être tout entier qui s'enflammait de son immoralité.   


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Vampire
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Callan de Rhénanie




C'est vrai. J'avais voulu le raisonner. Lui démontrer qu'il n'était pas obligé de faire ça. Qu'il était encore temps de renoncer, et qu'on pouvait même essayer de trouver un arrangement s'il le voulait. J'aurais su me taire. J'aurais pu. Tout oublier. Lui permettre de prendre la fuite et d'échapper aux autres. Seulement, il venait d'en décider tout autrement.

La fin approchait. Au bout du tunnel, les lumières des torches s'éteignaient. Ne m'en laissant que plus seul dans le noir, en prise avec toutes ces terreurs nocturnes qui me promettaient autant de nuits d'insomnie qu'à l'époque où je me défonçais à coup d'anxiolytiques. Alors je le savais bien. Je savais que plus jamais je ne sortirais de ces égouts. Je le savais. C'est tout. Parce-qu'en supposant que Callan me laisse la vie sauve, je resterais sa victime. Captif de ces murs dégueulasses. Témoins de ma faiblesse, des murs entre lesquels je me serais fait violer sans même pouvoir espérer me défendre.

Voilà à quoi m'avait finalement conduit mon manque de combativité. Tout ce temps perdu, à refuser de physiquement attiser les violences du monde. Ne prenant les armes qu'en cas d'extrême nécessité. Avec mon frère à mes côtés, un frère qui aujourd'hui n'était pas là pour assurer mes arrières et éloigner le danger. S'il me voyait. Terrorisé. Cloué au sol, à me traîner dans la flotte. Tremblant si fort que désormais, je n'arrivais plus à coordonner le moindre de mes mouvements. La douleur dans mon bras me paraissant presque insignifiante par rapport à la rigidité cadavérique me prenant au corps. Et à l'écouter avancer, d'un pas lent et mesuré, tout instinct de survie me quittait. Les yeux écarquillés. Cherchant à déceler sa présence, tandis que mes pupilles se dilataient avant d'à nouveau se rétracter. Jusqu'à ce que le point de jonction se fasse et que dans un face à face déséquilibré, ce dernier n'ouvre le feu. Les balles sifflant de partout, tout autour.

Ricochant sur les murs dans des jets étincelants – au risque de retomber et de blesser quelqu'un – lui, comme moi. Sans doute plus moi au vu de ma posture. Je crois. N'étant plus vraiment sûr de rien. En dehors peut-être du fait de ne former plus qu'un avec la peur qui m’étreignait. De sorte que pour me protéger, je m'en suis retrouvé réduit à me recroqueviller sur moi-même. Priant pour qu'aucun projectile ne revienne se planter dans mes chairs déjà meurtries. En position fœtale, ramenant mes jambes contre mon torse et mes bras cachant mon visage. Les doigts crispés. La paume des mains ouverte. Des sanglots de plus en plus sonores s'étranglant au fond de ma gorge. Bloqué par le cadavre faisant obstacle derrière moi, dans mon dos. Les rebonds métalliques des balles sur les murs semblants se répéter à l'infini, répliquant de couloir en couloir jusqu'à ce qu'il ait enfin vidé les chargeurs de ses armes. Fondant ensuite sur moi. Oui, c'est ça. Callan a fondu sur moi sans me laisser une chance de me défaire de sa prise. Courir pour m'enfoncer un peu plus profondément dans le tunnel n'ayant servi qu'à précipiter l'échéance. Je m'en rendais bien compte maintenant. Si ça se trouve, je l'avais même excité sans le vouloir. Le plus atroce dans tout ça, c'était ce sentiment d'impuissance qui m'a envahi, me ramenant à des choses douloureuses et dont j'aurais préféré ne pas me souvenir dans un moment pareil.

C'est bizarre les choses. Des fois, on se trouve à un endroit. Bien ancré dans l'instant présent, et pourtant ça n'empêche pas qu'on se retrouve subitement projeté dans une autre époque. Comme si d'un coup, notre mémoire ouvrait la boite de Pandore. Et que tout ce qu'on y gardait enfermé s'en échappait. Moi, je me suis revu deux siècles en arrière.

~ flashback ~
En ce temps là, Kyle ne se consacrait plus qu'à sa tâche. Son fils étant le seul à encore pouvoir l'approcher. Son fils, ou mon neveu. Tandis que de mon côté, emmuré dans son silence à lui, je me demandais s'il soupçonnait quelque chose ? Son frère couchant avec la mère de son enfant. Son frère amoureux d'une femme qu'il avait aimé bien avant. Au point que j'envisageais de lui demander sa main. Sans pour autant me décider. Anxieux à l'idée de lâcher une bombe. Que je garde le nez dans les comptes de notre plantation ça pouvait passer, à la limite. Mais lui faire accepter le reste me semblait déjà plus compliqué. Puis un soir, alors que j'ignorais par quel bout prendre le problème, il avait fallu que l'un de ses clients débarque chez nous. Tandis que je me trouvais dans le hall d'entrée, avec Sophie. Riant et m'amusant à la courtiser. Lui tournant autour sans la lâcher du regard, Anata jouant près de nous. Sauf que tous les trois, on a pas eu la moindre chance d'en réchapper. Ce type n'a rien dit. Pas un mot. Il s'est approché et d'un coup, mes doigts ont lâché ceux de Sophie. La mort nous a fauché en plein vol. Sophie est morte sous mes yeux, et je n'ai compris que plus tard pourquoi il m'avait épargné. En quelque sorte. Faisant enlever Anata par un autre homme sans que je ne puisse l'en empêcher. Tout agonisant que j'étais. Le carrelage froid me glaçant le sang. Ce même sang qui s'échappait de ma gorge, alors qu'il s'accroupissait à côté de moi pour porter son poignet à mes lèvres, me disant juste : « Bois ».

Plus tard, lorsque Kyle est rentré je planais déjà. Une douleur lancinante parcourant tous mes membres. Comme une brûlure. Les yeux vitreux et le corps se tordant. Terrorisé. J'allais mourir sans avoir été pardonné, après avoir passé ces sept dernières années à me sentir comme un étranger pour celui que j'avais le plus aimé sur cette terre. Puis je suis tombé dans les vapes, son visage s'imprimant sur mes rétines
.
~ fin du flashback ~

Pour la seconde fois de mon existence, je me sentais comme un agneau venant de naître. Totalement soumis devant cette autorité qui me dominait de toute sa hauteur. Résigné. Dépourvu de cruauté, d'envie de vengeance ou de tuer. Ce qui ne m'en rendait pas plus lâche. Je ne pense pas. En sachant que de toute façon, à moins d'un miracle, plus rien ni personne ne viendrait me sauver. Les mots n'avaient aucun pouvoir sur lui. Ne lui inspirant ni compassion, ni empathie, ni aucune forme de pitié. Cet homme là n'était pas humain. Je m'étais trompé. Et il s'apprêtait à me damner.

D'une main empoignant mon col, ce dernier me relevait. Pour glisser ses doigts dans mes cheveux mouillés, collants, dont quelques mèches se plaquaient à présent sur mon visage. Un visage recouvert de crasse à force de me traîner par terre et qu'il plaquait avec brutalité contre le mur. M’éraflant la peau sous la rugosité des parois.

Le tout avant de me briser le bras. Mon bras valide. Laissant l'autre pour mort. Pendant que dans ma tête, j'entendais le même refrain d'une même chanson jouer en boucle. Tout ce que je sais, c'est que le temps est une chose qui a de la valeur. Regarde-le passer à toute vitesse comme une pendule qui se balance. Regarde-le se décompter jusqu'à la fin de ce jour. L'horloge fait tic-tac et te rappelle que la vie passe. C'est si réel. Réel. Comme l'horreur de ce qui m'attendait. Dès lors que Callan tirait sur mes cheveux. Menaçant : “Je commence à perdre patience, Kieran.” Alors qu'il en termine. Qu'il fasse en sorte que ce cauchemar se finisse. Je promettais de ne plus bouger. De ne plus me débattre. De ne plus émettre le moindre son et de le laisser faire de moi tout ce qu'il voudrait. Pourvu que ça s'arrête.

Qu'il parte. Que ses mains ne se posent plus sur moi. Que ses mots ne me salissent plus, que toute la pourriture stagnant dans ces égouts me passe dessus s'il le voulait, puis qu'on en parle plus. Je tiendrais pas plus longtemps. Vraiment pas. Pas plus physiquement, que psychologiquement. En témoignaient les larmes s'écrasant sur mes joues. Étranger à mon propre corps tant il n'était plus que déchéance. Les spasmes me secouant se faisant plus denses, beaucoup plus intenses. D'un genre violent et involontaire. Son torse appuyé contre mon dos. Me bloquant entre lui et le mur. Alors qu'à proximité de mes fesses, je sentais son bas-ventre prendre de l'ampleur. Les râles de panique que je poussais malgré moi s'essoufflant dans l'atmosphère viciée et mes dents se plantant méchamment dans ma lèvre inférieure pour me faire taire. Rester digne. Sauver ce qui pouvait encore l'être. Pour Kyle. Pour ne pas totalement perdre la face.

Plus jamais je ne donnerais à quiconque le plaisir de m'entendre hurler. Quand bien même on me briserait les membres un à un. Même si j'avais mal, même si j'aurais préféré mourir que d'endurer ça alors que je ne le méritais pas, et même si je n'ai pas pu m'empêcher de crier lorsque mon épaule a cédé sous la pression de la contorsion qu'il m'imposait. Mais le pire, le pire dans tout ça, c'est que lorsqu'il m'a retiré ma ceinture, j'étais déjà loin. Parti. Absent, un tourniquet dans la tête tant les murs tanguaient. Se dédoublant et dansant devant mes yeux. L'obscurantisme des lieux, la puanteur qui y régnait, ses menaces à lui, tout ça brouillant encore un peu plus ma vision. Pour ne m'en laisser voir que plus trouble et juste comme le sang se mettait à pulser plus fort dans mes tempes, son sexe venait se frotter entre mes fesses. Presque soulagé qu'il renonce à me prendre à coups de couteau, presque reconnaissant. Presque. Ce qui fait que je ne lui ai plus résisté. Par crainte de le faire changer d'avis. Et que je lui ai donné mon cul. Vulgairement.

Plus réellement conscient de ce qui se passait. Comme si je flottais. À moitié dans les vapes et refermant les yeux, j'ai cru que plus jamais je ne trouverais le courage de les rouvrir. Pourquoi… pourquoi est-ce que ça m'arrivait à moi et pas à un autre… égoïste… j'ai commencé à en vouloir à la terre entière. Le sol sous mes pieds finissant de m'engloutir, à cet instant précis où il me pénétrait. Ses mots me ravageant. L'idée de te sodomiser. En même temps que mon pantalon puis mon boxer s'échouaient sur mes chevilles. Il valait mieux que ce soit moi, pour que nos différences se gravent définitivement dans ton esprit. Naïf… puis ce sont mes chairs qui se sont déchirées. Tellement que je me suis contracté. Étroit. Fermé.  

L'obligeant à me prendre par la force brute. La douleur se réveillant, me broyant. De l'intérieur cette fois. Mes jambes me lâchant, uniquement retenu par sa poigne qui me gardait la figure écrasée contre la paroi froide. Recouverte de rouille. Humide. Infestée par la vermine. La seule source de réconfort se situant entre mes cuisses. Aussi paradoxal que ça puisse paraître. Un réconfort précaire, que je ne devais qu'à la chaleur du sang s'écoulant le long de mes jambes.

Ses coups de rein me propulsant et me cognant contre le mur. Ce mur qui me servait de rempart et dans lequel j'allais finir par m'encastrer. Si seulement. J'aurais bien voulu. Comme ça, on aurait pu me porter disparu.

Avec les honneurs et non pas avec la honte qui m'envahissait. Mon frère aurait pu se montrer fier, plutôt que de devoir vivre avec un frère violé. Au final, je crois qu'il venait de me perdre pour de bon. Parce-qu'à l'avenir, c'est avec un autre qu'il lui faudrait cohabiter. Je regrettais. Je l'aimais tellement. J'aurais tout donné pour pouvoir lui demander pardon…




True blood, Blurred love, Unspeakable Deviance
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