The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 Friends don't lie [Josias Ubach ]

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L’instant où tout bascule. Le corps est projeté à quelques mètres, l’impact avec le sol est brutale La douleur se répand comme une trainée de poudre. Son souffle est une instant coupée. Puis chaque respiration ne lui laisse l’impression de mille aiguilles chauffées à blanc, enfoncées dans ses côtés. Sa vue est brouillée par des larmes qu’elle ne sent même pas couler. Ce froid qui impose son règne. Elle fixe les étoiles qui se noient dans la fumée. Sa bouche s’entrouvre pour laisser échapper un flot de sang. Elle est tellement calme. Le monde est en ébullition autour d’elle. Les gens s’enfuient, crient et se piétinent. Par instinct de survie, ils en perdent leur empathie. Le feu tombe du ciel et brûle la terre. Je vais mourir. C’est une prise de conscience soudaine, un éclair de lucidité dans les brumes que forme mon esprit. Je l’ai souvent frôlé, j’ai dansé avec elle, au point de l’étreindre. Je sentais sa main dans mes cheveux, son souffle dans mon cou… Mais j’avais la certitude, que la faucheuse volait juste ses secondes. Par jeu. Par envie. Par impatience. Je savais qu’elle me rendrait à la vie. Même inconsciemment. Cette conviction venait peut être de Jonah… Lui et ses rêves d’Immortalité. Leur attrait prend pourtant des traits cauchemardesques quand ils viennent me trouver. Je veux mourir, enfin… j’imaginais une mort lointaine, une vie enfin sereine à des années lumières des Horreurs du Manoir. Mon jumeau maintenu loin de l’Humanité. J’aurai été heureuse. J’aurai souvent été voir Stacey et on aurait inventés des musiques jusqu’au lever du jour. Les espoirs de cet avenir réchauffent un instant mon âme, y laissant leur empreinte avant de s’embraser sous la vérité. Tant pis, ça ne change rien. Tout se brouille, tout s’assombrit. La ville se défigure d’une balafre sanguinolente. La Guerre lacère sa venimeuse beauté. L’Humanité se sauve des Monstres. Applaudissez son héroïsme.

Une chute vertigineuse. Un cri silencieux sous une douleur pourtant omniprésente. Infligés par le souvenir encore sanguinolent des crocs qui violent l’interdiction. Les murs du Manoir qui se referment sur un corps qui se brise. Les pleurs qui se perdent sous leurs rires gras. Leurs mains qui glissent, conquérantes et concupiscentes. L’indifférence d’un jumeau qui s’instruit sur l’Epouvante. Le visage du démon qui lui a ouvert les portes de l’enfer. Son nom murmuré par ses lèvres tremblantes. Les abominations se matérialisent en flammes qui dévorent sa chair. Les ailes en lambeaux recouvrent un corps morcelé.

Les yeux s’ouvrent brutalement sur la clarté de la nuit. Son cœur pourrait encore battre qu’il chercherait à s’enfuir de sa cage. Si elle avait un souffle, il serait alors ailleurs. Absent le temps qu’elle reprenne ses esprits. Sa main se pose sur sa poitrine qui ne vibre plus sous la vie tandis que son regard se pose sur la place qu’elle sait inoccupé. Si son sommeil se teinte de tourment c’est qu’il ne la serre pas dans ses bras. C’est qu’il n’est pas là. Elle prend son oreiller pour se rassurer de son odeur, ses paupières se refermant quelques secondes. Quand il n’est pas là, quand il affronte les dangers qui la terrent ici, il lui manque. Cruellement. Eden secoue la tête, se forçant à se redresser. Elle n’est plus une Enfant. Et si elle veut le prouver à son Sire, il faut qu’elle se comporte comme une adulte. Elle quitte ensuite le lit, posant ses pieds sur le sol. Des vêtements l’attendent sur une chaise. Soigneusement choisit sans doute. Elle lève  les yeux au ciel comme à chaque fois qu’il s’y prête mais sourit en enfilant la robe noire. Le tissu dessine ses courbes jusqu’à ses jambes qu’il laisse entrevoir à chaque pas, découvre ses épaules et relève le feu de ses cheveux qui y retombent en boucles indisciplinés. Josias a plus de goût qu’elle. Elle, se soucie si peu de son apparence.

Elle laisse ses cauchemars dans la chambre du Vampire. Elle a la sienne, mais finit toujours par s’endormir contre lui, nez dans son cou. Ces moments de complicité sont chères aux yeux d’Eden. Précieux trésors qu’elle protège dans un coin de son esprit, comme si Jonah pouvait encore les souiller. Elle délaisse son repas, répugnant à se nourrir de ce que son Sire ramène chaque fois qu’il s’absente. Elle sait pourtant qu’elle n’y échappera pas. Il insistera quand il rentrera et elle finira par céder. Encore. Malgré le dégoût, malgré tout ce que cette nature de prédateur lui inspire. Elle soupire par habitude et attrape un livre dans la bibliothèque pour s’installer dans son fauteuil près de la fenêtre. Une heure, peut être deux, avant que son regard ne dérive sur le jardin. Même pour l’entretenir, Josias ne la laisse pas sortir. Il lui parle des Dangers qui n’attendent que sa fragilité pour se montrer. Des Hommes, des démons qui les traquent. De tous ses monstres qui guettent l’instant propice pour attaquer. Elle sortira. Il le lui a promis, mais pas maintenant. Plus tard. Quand elle sera forte. Quand les années auront aiguisés ses armes nouvelles. Elle n’ose pas lui dire qu’elle ne tiendra pas si longtemps. Qu’être si proche des Landes qu’elle fantasmait au manoir, la torture. Ça la détruit à petit feu, elle l’éprise des Terres d’Irlande et de ses secrets que seuls les enfants peuvent entrevoir. Dans le fil de l’Imaginaire.

Elle s’est levé sans s’en rendre compte, devant la porte de l’entrée… C’est pourtant consciemment qu’elle ouvre, refermant les yeux sur le vent qui s’engouffre alors. Elle l’imagine frais. De cette bourrasque nait son sourire. Et cette instinct qui s’apparent à la survie de ce qu’elle est. Elle doit sortir. C’est au-delà de la raison. Au-delà de l’envie. C’est inscrit dans sa chair, ça coule dans ses veines, animant chacun de ses gestes, hante en spectre violent chacune de ses pensées. Elle en tremble, son regard suspendu aux étoiles. La Nuit chante son nom. Sous la lune, résonne la mélodie qui l’appelle. Elle a appris à jouer parfaitement du Contrôle. A s’imposer une volonté sans faille. S’interdisant la moindre faute à une époque où sa Vie en dépendant. Mais alors que son pied nu foule l’herbe qui dévore jusqu’au chemin de dalle, elle oublie la leçon. Elle court. Vite. Loin. Sans destination précise, assouvissant alors sa soif la plus grande. Celle de liberté. Elle est sœur d’Artémis et sous les astres, elle se fait sa protectrice. Elle rit, elle danse avant de tourner sur elle-même, jouissant d’un instant d’insouciance que seule l’Innocence permet encore. Elle gonfle ses poumons morts d’une profonde inspiration, prenant pleinement conscience des parfums du monde. La Mélodie universelle qui l’agite de Vie. Elle se laisse retomber au sol, pose son regard azur sur la voûte céleste. Elle vole cette Nuit. Elle l’a fait sienne. Elle se fait sienne. Il lui pardonnera. Eden prend conscience qu’aucun Mal obscur n’est venu l’assaillir aussitôt qu’elle songe à Josias. La curiosité flirte dans son esprit. Qu’elle est faible devant ses attraits. Elle cède s’y facilement aux questions, imaginant déjà les réponses. Josias lui a décrit l’Apocalypse. Elle frémit devant son Image. C’est ce qui la pousse à retourner vers les Villes. Vers la Maison. Malgré la peur, elle veut savoir. Elle ne veut plus imaginer, elle est souvent plus douée que la Réalité à ce jeu.

Le Mensonge se brise quand elle constate que la Guerre est finie.

Les cicatrices sont encore béantes et suintantes. La paix ne tient qu’à un fil. Elle sent la tension animé l’air. Elle entend l’effroi faire battre les cœurs. Touche du bout des doigts la rage des opprimés. Goûte à leur amertume. Tout ça est bien réel. Mais les Vérités de Josias, non. Perché sur un toit de la Ville, elle observe son Imposture s'écrouler. L’incompréhension qui en découle noie alors sa conscience dans un océan sans fond. Pourquoi avoir peint la Réalité d’une Horreur encore bien plus grande que l’œuvre original ? Combien de fois y a-t-elle vu le corps de Stacey ? Pourquoi lui avoir interdit de sortir si la faucheuse ne l’attendait pas sur le Seuil ? Elle se recule des lueurs blafardes qui éclaire l’obscurité de sa trahison. Eden pense à partir. A le fuir, lui qui a pris sa Mort sans consentement. Dans la douleur et le désespoir. Lui qui la enfermé tout comme les Autres. Elle se révolte de cette angoisse qui naît de cette idée. Mais ce n’est pas ça qui la pousse finalement à rentrer. Ni même le Soleil qui va se lever et chasser son Royaume. Elle songe même un instant à le laisser enflammer sa chair. Non pas pour se consumer, mais pour en ressentir de nouveau la douce chaleur. Ce qui la pousse à rejoindre son Sire, c’est l’explication qu’il lui donnera. C’est de celle-ci et seulement de celle-ci, que dépendra son départ.  
 
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La protéger, c’était tout ce qui m’importait depuis qu’elle était entrée dans ma vie. Eden. Cette fille aux cheveux couleur de feu, elle et son innocence. Mon doux joyau d’annonce. A moi, rien qu’à moi. Inconsciemment, sans le vouloir, je joue le même jeu dangereux que Dante. Je l’enfermais, là, chez nous, lui faisant croire à un monde extérieur violent. L’amadouant à coup de promesses de protection pour qu’elle reste enfermée ici sans chercher à savoir le vrai du faux. Comme moi, j’espérais que cela dure des années. Possessif je ne voulais qu’elle et savoir qu’on puise la regarder, la contempler, voir la courtiser me plongeait dans une colère des plus noire et des plus sombre. Je savais mon jeu dangereux. Je savais que si elle venait à découvrir le vrai dans ce mensonge sa réaction en serait des plus sombre. Sans doute des plus violentes. Mais je le faisais quand même. C’était égoïste. Mais avec elle, je devenais bien plus que ça. Je l’avais transformé de peur de la perdre. Je l'avais vampirisé, tout juste pour ne pas avoir à souffrir de son absence tout comme j'avais imposé la mienne à Dante. J’avais peur, constamment, de la savoir en danger, de la savoir en train de risquer sa vie pour une chose aussi futile que celle de voir le monde extérieur. Alors je la gardais là, avec moi, proche de moi. Sortant uniquement quand il le fallait, pour aller chercher à manger. Comme l’avait fait Dante avec moi. Toutes les erreurs que je lui avais reprochées, je les faisais. C’était injuste, mais je savais, non, je me convainquais que toute cette mascarade ce n’était que pour elle, que pour son bien, parce que depuis ma jeunesse je connaissais la cruauté de l’homme. Et elle me faisait peur.

Alors oui, c’était cruel, mis j’imposais à Eden ce que Dante m’avait imposé. Je m’étais juré que ça ne durerait qu’un moment. Qu’un court instant, mais ensuite, ensuite j’ai eu peur de sa réaction. Je me suis dit que c’était trop tard. Qu’elle m’en voudrait, alors je restais là, enfermé dans ma torpeur, emmuré dans mon mensonge. Et je n’avais plus d’autre choix que d’espérer que rien ne change jamais. Ce soir j’ai dû sortir, me rendant à Belfast pour aller chercher des poches de sang. De quoi nous nourrir pour la semaine. Si moi je pouvais me rationner, je savais qu’Eden était encore jeune et qu’elle devait se nourrir à sa faim. Et si mordre dans une veine me manquait, je n’avais plus d’autre choix que de faire avec les moyens du bord. Tout ça à cause de cette coalition signée. Léandre serait fou de rage si l’un des notre venait à violer le traiter, alors je m’y pliais, je n'avais pas vraiment d’autres choix. J’étais sorti à la tombée de la nuit, prenant mon vélo pour aller plus vite, promettant à Eden que je rentrerais vite. Ne pensant qu’à une chose, retourner vers elle, lui déposer un bisou timide sur le front et lui parler toute la nuit. Eden. Je l’aimais. En vérité, je savais que j’étais fou d’elle. Mais j’avais peur. Moi et cette stupide facette du gamin innocent mais pas si innocent que ça. J’avais fait beaucoup d’erreur et je me savais incontrôlable. Alors je n'osais pas, tout simplement, lui en parler. Des mensonges j’en avais construit beaucoup autour d’elle. Ca en devenait presque maladif, encore plus que cette volonté de la protéger. Elle. Toi. Mon joyau d’annonce comme je t’avais si bien surnommé.

La queue, elle été interminable. Beaucoup de vampires en ville souffraient de famine. Moi, je trichais, je le reconnais. Allant chasser quand je le pouvais. Traquant les hommes de Tullamore pour ramener du sang frais à ma Douce. Son bien-être, son bonheur, c’était cette petite chose qui m’importait bien plus que tout le reste. Fumant clope sur clope, les mains dans mon jean trop grand pour moi, j’attendais, nerveusement. J’avais horreur de la laisser là, toute seule. Ne sachant jamais ce qu’elle faisait réellement mais je n’avais pas d’autre choix. Et ça ne servait à rien de pousser ou de voler la place du type devant moi. Non, ça n’aurait que pour seul résultat celui de rentrer bredouille. Alors je suis resté là, durant des heures, avant de repartir avec quatre poches de sang à moitié remplis. Gonflant les joues, triste de mon maigre butin. Regardant l’heure, me demandant si je n’avais pas le temps d’aller chasser. Mais le temps, je ne l’avais jamais quand elle était seule. Alors je suis rentré, tout simplement. J’irais chasser demain, je viderais un ou deux Tullamore de leur sang, et je reviendrais avec, fièrement, stisfait de pouvoir combler mon joyau d’innocence. Cueillant sur le chemin des fleurs pour les lui offrir. La combler de cadeau. Ca aussi je savais faire. Ca aussi, c’était une chose que je faisais régulièrement. Ne jamais rentrer les mains vide. Avec des livres, des fleurs, parfois des bijoux. Des petites choses que je trouvais par-ci, par-là. J’aimais tellement la voir sourire. La voir me dire merci. Comprendre, réalisé qu’elle m’était reconnaissante de tout ce que je faisais pour elle. Mais pour moi, ce n’était jamais vraiment assez.

C’était dans cet impatience de revoir son sourire que j’étais rentré. Lançant mon vélo, entrant en trombe dans ce qui nous servait de maison avant de sentir mon cœur mort imploser dans ma poitrine. Eden... Tu n'étais plus là. Laissant tomber sur le sol mon sac contenant le sang et les fleurs je t’ai cherché. Partout, t’appelant à m’en égosillant, hurlant ton nom à m’en déchirer les cordes vocales. Tétanisé, paniqué à l’idée que tu te sois enfouis loin de moi. Regardant l’heure, la voyant défiler, plus proche du jour que de la nuit désormais. Impossible pour moi de sortir sans danger, et impossible d’aller à ta recherche. Nerveusement, je me suis laissé retomber sur une chaise, là, en plein milieu du salon. M’allumant une cigarette, fixant la porte d’entrée. Sans sourcillé. Ressemblant à ce junky que j’avais été autrefois, à cette époque où je faisais beaucoup de conneries. Stressé, angoissé, me rongeant les ongles, torturant un bout de bois qui dépassait de la table. Ou est-ce que tu étais Eden ? Je pouvais entendre le son de l’horloge faire tictac dans ma tête, m’annonçant le lever du jour arriverait d’un moment à l’autre. Mon cœur ne bâtait plus dans ma poitrine mais il me semblait l’entendre battre la chamade. Je pouvais me souvenir de cette détresse qu’avait exprimé Dante le jour de mon départ si soudain. Mais surtout cette colère, cette rage quand j’avais découvert que l’unique personne qui comptait pour moi m’avait menti durant ces longues années. J’étais parti, oui, j’avais fui loin de lui, parce que je lui en voulais, et ça, ça je ne le connais que trop bien. Et si tu faisais pareil.

Et si tu m’en voulais au point de ne jamais revenir ? Au point de me laisser là, tout seul. Non… Non c’était impensable. Pas toi… Pas toi je t’en prie ! J’ai ouvert les yeux en grand, sursautant presque quand la porte s’est ouverte. La porte, te laissant entrer toi. Je me suis relevé, te fixant avant de venir me jeter dans tes bras. Te serrant fort contre moi, sachant pertinemment que tu allais me noyer de questions. Je savais. Oui, je savais parce que j’étais moi-même passé par là autrefois. Je voulais simplement vérifier que tu ailles bien, que tu ne sois pas blessé, que tu sois entière avant de me lancer ta bombe en pleine tronche. Je suis resté là, te serrant contre moi, comme si ma vie en dépendant, refusant de te lâcher de peur de te voir disparaitre encore. Mais il fallait, il fallait oui que je fasse un pas en arrière, que je te laisse libre, tu avais sans doute besoin de réponse, et moi, je serais trop con de penser que ça n’allait pas me soulager. Tout ce que j’espérais, vraiment, c’est que tu ne partes pas ce soir comme moi je l’avais fait. Parce que malgré tous ses mensonges, je savais, j’avais réalisé bien trop tard que Dante avait eu raison sur une chose. La solitude, l’indépendance, c’est des conneries tout ça. Et on finit toujours par regretté d’être parti finalement. Mais je t’en prie, ne me laisse pas tout seul et pardonnes-moi. Essayes de comprendre. J’avais peur, peur pour toi, peur de te perdre, peur de je ne sais quoi. J’ai été con et je le sais. Mais je regrettais. Oui, je regrettais déjà. Parce qu’en réalité j’étais là, tétanisé devant toi, ne sachant quoi te dire, quoi faire. Parce que cette colère, cette incompréhension, je la connais. Comment j’ai peu te faire ça ? J’en sais rien. Vraiment… J’en sais rien…

« Je… Je suis désolé de… »

De quoi ? De t’avoir menti ? Comme un gamin qui venait de faire une connerie j’ai baissé les yeux, fixant le bout de mes chaussures, attendant que tu ouvres la bouche, que tu cris comme j’avais pu crier. Que tu poses les questions. Parce que oui, des questions tu allais en poser. Alors j’attendais. Parce que moi… Non, moi, je ne savais pas quoi te dire… Tout simplement.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach



It's a long lonely journey
My eyes finally wide open up. My eyes finally wide open shut to find a found of sound that hears the touch of my tears. Smells the taste of all we waste. Could feed the others. But we smother each other in nectar and pucker the sour, sugar-sweet weather. Blows through our trees swims through our seas. Flies through the last gas we left on this Earth.  
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Je le laisse m'enlacer. Je le laisse se rassurer de l' horreur qui a du le tourmenter depuis qu'il est rentré. Je le laisse calmer les tortures qu'il s'est infligé. Auto-mutilateur de l'âme. Je ne nie pas sa culpabilité. Je sais qu'il la ressent et qu'elle le transperce de part à part. Qu'il s'en flagelle. Qu'il s'en punit. Je le connais. Tellement. Il souffre. Il sait qu'il a eut tort. Qu'il n'aurait pas dû faire ça. Et il imagine les conséquences dévastatrices. Je devine le choc de mon absence. Le sac au sol, les pétales qui s'y étalent. Dans le silence, j'entends encore ses cris résonner. Mon nom en écho. La torpeur de l'attente. Les secondes éternelles sur l'incertitude de mon retour. Les secondes célères sur le le glas qu’éclairons les premiers rayons de Soleil. Je comprend tout ce qu'il ressent. Toute cette détresse qu'il respire. ça me fait tellement mal. J'aurai aimé le voir en colère de ma désobéissance. Sûr de sa Vérité dont il m'aurait assommée. Des reproches. De l'incompréhension quand à ces risques que je prends. J'aurai aimé qu'il me parle de ces monstres que je n'avais pas vu, mais que j'avais ramené à nos portes. J'avais l'espoir de me tromper. Il se meurt dans ses excuses.

Il faut bien un soupir pour encaisser la rudesse du coup porté. Josias m'a mentit. Ce n'est plus une incertitude. Il n'y a plus de doute. Il m'a mentit. En sachant le mal que ça me ferait. Combien a t-il surprit mon regard perdu sur ce dehors inaccessible ? Il me rappelait alors ces Dangers et me consolait d'une discussion ou d'un geste tendre. Mon protecteur. L'ami qui veillait. Toujours. Celui qui écoutait. Celui que je préservais des détails de ma captivité avant qu'il n'apparaisse. Il était différent. Il devait être différent... Mais il a fait comme les autres. Il a juste mit d'autres barreaux. Je me recule d'un pas, cherchant son regard. Cherchant une raison. - De quoi ? De quoi es tu désolé ? De m'avoir mentit ? De m'avoir gardé ici tout ce temps ? Ou que j'ai fini par découvrir ma prison ? J'ai en horreur ce mot. Il est assassin. En retourner la lame contre lui, c'est l'enfoncer dans ma poitrine. - Tu... Tu savais toute l'importance que j'accordai à sortir. Je ne t'ai jamais caché à quel point ces Terres me manquaient. J'ai partagé toutes ses nuits de ce qu'elles m'inspiraient. Tu ne m'as pas même autorisé quelques pas dans le jardin. Je referme les yeux, fuyant les siens pour la première fois. Je dégluti, ne parvenant pourtant pas à me faire de ce plomb brûlant dans ma gorge. - Dis moi Josias, de quoi es-tu désolés ? Il aurait tant à dire. De quelques mots, il a tant fait. De quelques mots, il a tout détruit. J'ai mal Josias. J'ai mal et savoir que c'est toi qui me torture est une souffrance plus intense. Je la pleure en des larmes vermeilles, sur une chair qu'il a rendu aussi opaline que la lune.

Je secoue la tête, luttant contre cette envie qui me me tort les entrailles. Me consoler dans ses bras. Alors que c'est lui qui inflige. Me serrer contre son torse, nicher mon nez dans son cou pour faire disparaître l'odeur du fruit putride de son imposture. C'est dans mes veines, dans mon cœur mort, dans chacun des souffles que je ne pousserai plus. J'ai besoin de lui. Il m'oblige à aller contre cet Instinct. Il me force à m'éloigner de lui. - Tu m'as enfermé. Comme les Autres. Je me mord la lèvre, qu'il puisse leurs être semblables me fige d'effroi. Pas lui. Je me refuse cependant à ravaler tous ces sentiments que je connais si peu. La colère avant tout. J'ai appris de mes erreurs. Je sais que j'en ai nourri Jonah. A chaque fois que je l'a cachai pour ne pas l'entendre gronder. Je ne serai plus son fief. Une terre conquise propice à son investiture.

- Pourquoi ? Mon regard agité d'incompréhension revient trouver le sien. Pour Josias, il n'avait toujours été que le miroir de tout ce qu'il m'inspirait. Le seul être auquel me raccrocher. Rocher inébranlable au milieu d'un océan d'atrocité. La pierre s'effrite entre mes doigts. Je tombe dans des eaux qui m'entraînent au fond des abysses. Je n'ai plus rien, si je ne l'ai plus lui. - Qu'ai je fais ? Il a bien une explication. Quelque chose à me dire. De quoi tout éclairer d'une lumière nouvelle. Je répudie l'idée qu'il soit le reflet des Bourreaux de River Crow. Josias est bon. Je le vois dans tout ce qu'il fait. Dans chaque sourire qu'il entretient sur mes lèvres. Dans ses gestes, dans sa bienveillance... Il est comme un enfant chaque fois qu'il rentre de ce qu'il décrit comme un Enfer. Un cadeau dans son sac qu'il s'empresse de me dévoiler. Savant de mon être. Ses attentions font à chaque fois leur effet. Il est le dernier à patiemment attiser ma joie dans les cendres. Il était. Le rire de Stacey éclate dans mon esprit. Plus que jamais, il me manque. Lui balaierai tout ça de quelques accords de guitare. - Qu'ai je fais pour que tu me punisses ainsi ?

Là est son Innocence. Croire en une raison. Croire en l'inexcusable justifié. Des raison de pardonner.   
 
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De quoi j’étais désolé ? De tous. De tellement de choses si tu savais. De t’avoir menti pour commencer, c’était stupide, tellement con, mais j’avais peur. De quoi ? De te perdre. Mais ensuite ? De te voir partir comme j’avais pu partir. Ca avait été égoïste mais tout ce que j’avais voulu c’était te garder là, avec moi, près de moi. Ne pouvant te dire ce que je ressentais par manque de courage, c’était avec des petites attentions que je te le faisais comprendre. En te ramenant des cadeaux, avec des petits gestes, comme cette façon que j’avais prise à te caresser les cheveux quand tu dormais. Un geste tendre, protecteur, presque possessif. J’en avais conscience, je sais que c’était mal, que je n’avais pas le droit, mais possessif, je l’étais avec toi. J’étais tombé amoureux de toi et maintenant ? Maintenant l’idée de te voir avec un autre me terrorisait. Ca m’en rendrait fou, et fou, je ne voulais pas l’être, tellement pas. Ce monstre que je pouvais être me faisait tellement peur si tu savais. J’avais peur qu’il revienne, qu’il refasse surface et qu’il emporte tout sur son passage. Comme à cette époque ou je me piquais plus que de raison. J’avais dit adieu à ce garçon, et je ne voulais pas qu’il réapparaisse. J’avais appris avec toi ce que voulais dire le mot innocence. Innocent, comme je l’étais encore avant Auschwitz. Innocent. C’était ça que j’étais. Et non pas un monstre. Mais pourtant, j’avais conscience que j’avais agis comme tel en t’enfermant là, avec moi, pour te garder, uniquement pour moi… Ça, c’était pas innocent…

De quoi j’étais désolé ? De tellement de choses. J’avais fait une erreur et je sentais que j’allais le regreter. Je t’écoutais parler, sans rien dire. Ressentant l’intégralité de ta détresse, de ton incompréhension. Ca venait me mutiler de l’intérieur, comme des lames de rasoir. Tes mots me lasseraient littéralement, au sens propre du terme, laissant des cicatrices qui auraient sans doute du mal à se soigner. Je voudrais te rassurer, je voudrais te dire ce que tu voudrais entendre, mais sincèrement, je ne savais même pas par où commencer. T’expliquer pourquoi j’avais fait ça ? Comment tu pourrais me croire ? Te dire que j’avais fait la même erreur que mon sire ? Mais moi je m’étais enfuis, et toi, je ne voulais pas que tu partes, parce que tu ne les avais pas vu mais dehors, ils étaient bien réels les monstres de tes cauchemars. Les hommes qui nous enfermaient ici, qui nous assassinent, je ne les ai pas inventés ! Que non ! Je ne t’avais pas menti, pas totalement. Est-ce que j’essayais de me convaincre de ça pour me donner bonne conscience ? Est-ce que c’était ma vérité à moi ? Je ne savais plus. Non, tout ce que je savais c’était que ça faisait mal de te voir comme ça. Vraiment trop mal. Je reprenais conscience que je ne pourrais plus me cacher. Que je serais obligé de te dire tout ce que tu voulais savoir, même te raconter des choses. Ces choses que je n’osais pas te dire de peur de t’effrayer. Des choses.

Comme ces deux mots qui me terrifiais. Arrête… Je t’en prie Mon Innocence, ne me regardes pas comme ça… Pourquoi ? Qu’est-ce que tu avais fait ? Te punir… Stop ! S’en était trop… Arrête… Ca fait mal, bien trop mal. Tu avais tort. Je me suis rapproché de toi, trouvant mon courage, ce peu que j’avais en moi pour attraper tes deux mains, les gardant là, dans les miennes. Te regardant de la façon la plus délicate qui soit. Je ne voulais pas, en aucun cas, que tu penses que tu étais responsable de tout ça, c’était faux. C’était même… Absurde. C’était moi le fautif, c’était moi qui avais pris les mauvaises décisions. J’avais paniqué en voyant les bombes tomber du ciel. Trop de mauvais souvenirs sont remontés à la surface. La guerre, les Allemands, les juifs, les morts, le sang, l’odeur, la mort, la poussière, le feu, toutes ces choses qui m’avaient bercé durant toute mon enfance et que j’avais fuis à la rencontre de Dante. Dante, lui aussi m’avait sauvé, et crois-moi, la plus grosse erreur que je n’ai jamais faite fut celle de m'enfuir et de ne pas lui pardonner son mensonge. Alors je t'en prie, je t'en conjure, pardonnes-moi. Gardant tes mains dans une des miennes, je replacé une mèche de cheveux derrière ton oreille. Gonflant les joues pour me donner un peu de cran. Je ne voulais pas te faire peur. Je ne voulais pas que tu m’en veuille. Je voulais juste que tu me crois, c’était tout ce que je demandais. Tout ce que je voulais c’était que tu me regarde, que tu me crois, et surtout, que tu restes là, avec moi. Est-ce que ce n’était pas trop te demander Eden ? Si tu pars crois-moi, j’en crèverai… Tellement…

« Non c’est… Toi t’as rien fait. C’est… C’est moi qui… J’ai eu peur de te perdre tu comprends ? C’est dangereux dehors, c’est pas des conneries. Regardes l’état de McGuinness. Ils sont tous malades. J’voulais pas que tu te mettes en danger, je t’ai pas menti, je t’en prie crois-moi… »

Crois-moi. Je m’enfonçais. Sans doute un peu. Te servant des paroles complétement décousus, vides de sens. Sans intérêts. Quel rapport ça avait à voir avec McGuinness ? Il était tellement loin de nous. Tellement loin de tout caché dans son château. Mais dans le fond, tout ce que je te disais n’était pas faux. Mais pourquoi ? Pourquoi ? Tu ne la voyais pas la vérité ? Je cachais si bien mon jeu ? Je l’ignore. Tu étais tout ce que j’avais Eden, si seulement tu pouvais en prendre conscience. J'ai failli te perdre une fois, alors m’imposer ta potentielle perte une seconde fois ? C’était top pour moi, bien trop. Moi ce que je voulais c’est qu’on soit heureux toi et moi. Je n’avais besoin de rien d’autre que toi, alors pourquoi toi, tu avais besoin de plus que moi ? Je ne te suffisais pas ? Paniquant fasse à cette idée, j’ai resserré l’étreinte sur ta main, sans m’en apercevoir, refusant de te voir partir, refusant de te voir t’enfuir. Si c’était ton choix, je serais forcé de l’accepter, mais laisses-moi juste une chance. Cette chance désespérée de te dire combien tu es importante à mes yeux. Alors j’ai penché la tête sur le côté, lis dans mes yeux, s’il te plait, vois-y toute l’ampleur de ces sentiments que je te porte. Ne m’oblige pas à le faire, j’ai tellement peur… Peur de te le dire… Pourquoi. Comment. Pour les mêmes raisons évidentes qui avait poussé Dante a m’enfermer des années auparavant. Pour ces mêmes raisons qui m’ont poussé à le fuir. Par amour. Ca semblait absurde mais pourtant c’était tellement évident si tu savais.

« P’tit cœur je… Tu ne comprends donc pas ? »

L’innocence, c’est une des raisons qui m’ont poussé vers toi. Cette innocence qui émanait de ta personne et qui te rendait si unique. Innocence que je refusais de te prendre et te faisant comprendre que le monstre que j’étais c’était épris de toi. Te toucher, te le dire. Se serait la briser. Ca me terrifiait. Pourtant… La peur de te voir partir était plus forte que tout. Alors j’ai relâché ta main, attrapant ton visage et arrêtant de penser. J’ai simplement posé mes lèvres sur les tiennes. Cédant à cette pulsion que je refoulais depuis que je t’avais rencontré. Pourquoi ? Parce que je t’aime… Tout simplement. Maintenant ouvres-les yeux, arrêtes d’être naïve et comprends… Comprends que tout ce que j’ai pu faire c’était pour ton bien… rien que pour ton bien…




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Il se perd et il me perd dans ses paroles qu’il voudraient assurées. Sa voix tremble comme ses doigts lorsqu’ils ont doucement rangés quelques mèches derrière mon oreille. Une caresse. Le geste est pervertie par ses mensonges. Quel est le vrai du faux dans toute notre routine ? Qu’a-t-il inventé ? Qu’a-t-il joué ? Qu’a-t-il même vraiment ressentit ? Si je ne peux me fier à ce qu’il m’a dit, nuit après nuit, alors en quoi puis-je croire ? J’ai besoin de toi, Josias. J’avais déjà besoin de toi avant que tu n’abrèges les battements de mon cœur. Que tu m’arraches aux bras de la Mort. Tu m’y a volés. Alors, chaque fois que je ne peux me raccrocher aux tiens, je perd pied. Tu me prend ça aussi, ton réconfort. Je ne sais pas être en colère, surtout contre lui. Je ressens cette douleur qui me broie les os pour les réduire en poussière. Je sais que je la lui dois, mais je ne trouve rien à dire pour l’exprimer. Il n’y a que les notes de piano qui viennent. Quelques rares les ont entendus, un privilégié pour des concerts privés volés et un autre pour les comprendre, Jonah. Symphonie que je ne joue plus que pour moi. J’ai oublié comment la rendre audibles, bien trop habitué à la dissimuler.

- Si c’était pour m’enfermer Josias… tu aurai dû me laisser mourir. N’aurai je pas été à l’abri de tous ses dangers dont tu veux me garder ? Je préfère encore un cercueil à ses murs. Le silence à tes peurs.
Je ne voulais pas de ce tronçon de vie. J’ai vu les fléaux de l’Eternité. Les vices qu’ils prennent au fur des siècles qui passent pour tromper un désintérêt toujours plus profond. D’une lassitude tenace, qui accroche à tout pour y dessiner sa laideur. Je ne veux jamais cesser d’admirer. D’aimer. De m’émerveiller. Je veux pouvoir rire encore et encore de la pluie qui glissent dans mon cou, sentir cette paix parfaite qui flirte avec mes sens quand je danse avec le vent. Je ne veux pas cesser de pleurer devant les atrocités perpétuées. Je veux toujours m’en émouvoir pour ne jamais de m’en révolter. Mon regard court vers la fenêtre aux rideaux tirés. Même cette échappatoire je ne l’ai plus. Quand vient le soleil, le monde se ferme à mes évasions. L’étreinte oppressante de sa main sur la mienne, me sort de mon égarement, je secoue la tête, entrevoyant les tempêtes qui doivent l’agiter. Pensant les saisir et en comprendre la Nature.

Je contemple ce qu’il tente de m’offre en explication, noyant mes questions dans ses prunelles pour chercher ces réponses qu’il peine à me donner. Je cherche et je vacille de ses agitations, j’y bascule. La panique, la peur, l’inquiétude, l’appréhension… tout ça brouille et déforme. Je devine la Beauté derrière, j’essaie de m’y accrocher, sans en appréhender la teneur. Jonah a raison. Je suis ignorante de tant de chose. Mais plus je découvre plus je frémi des horreurs. Je me borne, je me trompe peut être, mais je veux continuer de Croire. J’ai besoin de convictions pour continuer. Même mon dernier souffle poussé, je panserai les balafres faîtes à la Vie. Il était un des pilier de ce moi que je voulais reconstruire. Je le vois s’ébrécher et trembler sous les Vérités. Les doutes et les questions en craquelant le marbre. Je tremble, essayant de ravaler ses larmes sanguines qui ne veulent taire ma douleur. – Non. Non, Josias, je ne comprend pas. Je le confesse, ne voulant lui mentir, ne sachant pas mentir. Je sais me faire silencieuse pour ne pas avoir à le faire. Pas là, pas maintenant. La colère impose aucune retenu. Même si son désarroi la désarme.

L’emprise de ses paumes sur mes joues. Le désespoir de leurs caresses brutales. L’intensité de ce qu’il le ronge et le tourmente. La confession proche. Qu’il nous délivre de ce qu’il tait.

L’aveu vient du baiser. Et durant quelques secondes qui s’arrêtent, plus rien d’autre ne compte que ses lèvres contre les miennes. Elles effacent toutes les autres, aux antipodes des crocs qui s’en dévoilaient pour pénétrer ma chair de leur violence. J’oublie tout ce qui me semblait si important. Je me raccroche à lui, à ses bras, à sa bouche. Je le trouve plus éloquent à présent qu’il se tait. La douleur se meurt dans ce silence. Mon cœur ne bat plus pour dicter le rythme, mais les émotions dansent d’elle-même dans des pas nouveaux. Une nouvelle chorégraphie qu’il créer de ce simple contact. Je referme les yeux. Saisissant ce qui me paraissait jusqu’alors insaisissable. Un long frisson remonte le long de mon échine… Puis j’ouvre les yeux, manquant de tomber sous le plomb chauffé à blanc qui me coule dessus. Je me recule secouant la tête.

- Tu n’as pas le droit. Tu… Je lui tourne le dos, mordant cette lèvre qu’il embrassait. – Tu n’as pas le droit de choisir ce moment-là. Je joins mes mains et les ramènes contre ma poitrine pour tenter de trouver un semblant de réconfort. Je me tourne vers lui de nouveau, perçant son regard du mieux. – ça ne devrait pas être une excuse. Jamais. Les lectures sur ce "ça'' défilent à toute vitesse, dans des images qui ont toute le parfum de mon Sire. Je tends une main vers lui, la posant sur sa joue l'espace d'un bref instant. - L'amour est une raison. Pas une excuse et tu ne peux pas me l'offrir en guise de réponse. Il est bien là son aveu, non ? C'est bien de ça dont il est question. Je lui en veux d'en corrompre le sens en le livrant à mes tourments.

 
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La guerre. Certains disent que ça forge les hommes. Mais dans mon cas, ça les détruit, les anéantis, les tourmente durant des décennies, une vie entière, une immortalité, un supplice que l’on nous a imposé et qui ne s’efface jamais. Je n’ai jamais connu l’amour, je ne sais pas ce que c’est. Le seul que j’ai pu connaitre était celui de Dante. Mais Dante n’est plus là. Dante m’en veut. Dante n’a jamais voulu me revoir. Et maintenant je pense que je comprends pourquoi. Il n’a peut-être bien jamais assumé ses erreurs. Peut-être bien qu’il avait trop peur de recroiser mon regard. Peut-être bien que c’était à lui qu’il s’en voulait et non à moi ? Je ne sais pas, je suis l’ignorant, de tout un tas de truc. Un homme, un adulte, mais pourtant à l’esprit si naïf, si enfantin, si lent. Je n’ai jamais connu rien d’autre que l’atrocité de l’école Hitlérienne. Je n’ai jamais appris à vivre normalement, comme le commun des mortels. Me coupant de tout un tas de trucs. Me coupant tout simplement de la réalité. Tout comme je fais avec toi. Tout simplement parce que je ne sais pas. Je ne sais pas agir comme il le faudrait. Je ne sais pas faire les bons choix. Je n’ai jamais été préparer à avancer seul, encore moins à avancer en tant que mentor, en tant que sire, en tant que… Je suis confus. Tellement. Alors non, ce n’est pas une excuse, mais c’est la mienne. Parce que des excuses je crois que je n’en n’ai pas. Des explications non plus. J’ai fait, simplement. Parce que je n’ai connu que ça. Parce que j’ai été élevé comme ça. Et parce que j’ignore ce que c’est que d’affronter ses peurs. J’ignore tellement de chose. Bien plus que toi. Bien plus que tout le reste. La civilisation est encore un mystère. Mais comment te le faire comprendre ?

Comment te faire comprendre que ma vie entière a été bâtit sur des pertes, des horreurs, des immondices. Des actes que je n’aurais jamais dus ni connaitre ni affronter ? Comment te parler de la guerre alors que je sais pertinemment que l’on m’a forcé à ne pas intégrer le bon camp ? Comment te parler de ce que l’on m’a obligé à faire, et surtout, de ce que moi j’ai pu faire en sentant cette soif, cette colère, cette envie de tuer sans aucune raison ? Comment t’expliquer que moi aussi, j’ai été comme toi, un doux joyaux d’innocence. Une innocence brisée, assassinée, massacrée par la culture nazie pour au final ne rester plus que l’ombre de moi-même ? Comment tu pourrais encore venir poser une main sur ma joue après ça ? Ce n’était que des conséquences, peut-être que je ne suis pas le bourreau, peut-être que je suis une victime, mais en attendant, les crimes, les actes, ce sang, tout est là. Encré en moi, marqué au fer rouge, imprégnait dans la chair jusque dans les profondeurs de mon âme. Je suis ce que je suis. Et peut-être que tu n’aimerais pas cette personne-là. Peut-être même que tu la détesterais. Je ne sais pas. Je t’entends, je t’écoute, je peux sentir ta détresse. Elle est là. Et moi je reste là, paralysé, tétanisé, psychologiquement absent. Je comprends que tu es en colère. Je comprends que tu m’en veux. Mais je refuse, je refuse de te voir me détester. Je ne veux pas de ça. Je n’ai jamais demandé à ce que tout se termine comme ça. Non. Ce n’était pas ce que je voulais. Tout ce que je voulais c’était te garder avec moi, te protéger. Faire en sorte d’être enfin heureux. De ressentir le bonheur. Mais c’est quoi le bonheur ? Même ça, je pense que je l’ignore. Même ça, ça m’est complétement inconnue.

Mais est-ce qu’une raison ne te suffisait pas ? Est-ce qu’un final une raison ça ne valait pas mieux qu’une excuse ? Je ne sais pas non plus. Je t’ai regardé, laissant une larme couler le long de mon visage avant de baisser les yeux. J’avais mal. Mal de t’avoir fait du mal. C’était une blessure fatale, ce genre de blessure de guerre dont on peinerait à se relever et je le savais. Venant essuyer cette larme avant qu’elle ne tâche mon visage, j’ai détourné la tête, littéralement, allant attraper le paquet de clope pour m’en allumer une, nerveusement. Me passant une main dans mes longs cheveux blonds. Tu voulais savoir, alors ok, j’allais te donner des explications, les miennes, tout du moins j’allais essayer. Essayer d’être complétement clair, de ne pas me mélanger, de comprendre aussi pourquoi j’avais agis comme ça. J’ai reculé une chaise, t’invitant à t’assoir avant d’aller redresser celle que j’avais renversé à la renverse en t’entendant rentrer. Je crois que je ne savais même pas par où commencer. Mais tout ce que je savais c’était que je ne voulais pas revivre ce que j’avais pu vivre avec Dante. Je ne voulais pas ressentir cette souffrance que j’avais pu vivre à cette époque-là. Seulement j’avais conscience que la situation était inversée, et que même si je me confondais en excuses, même si je t’expliquais, même si je te disais ce que tu voulais entendre, toi, tu m’en voulais. C’était une évidence. C’était même plus que certain, c’était comme ça, et c’est ça, oui c’était ça qui faisait mal putain. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas que tu souffres. Tirant sur ma clope, j’ai fait mine de prendre une grande inspiration. Je ne savais même pas par où commencer putain. J’ignorais tellement de choses à bien y réfléchir.

« Dante… Mon Sire. Il m’a enfermé dans son appartement aussi. J’étais en train de mourir de maladie, et il n’a pas voulu me laisser mourir. On était en guerre encore, avec les Allemands. Et… Je ne sais toujours pas pourquoi mais pendant cinquante ans il m’a enfermé chez nous. M’interdisant de sortir. Jusqu’à ce que je fasse comme toi. Que j’aille affronter le monde et que je comprenne que la guerre était terminée depuis très longtemps. Moi aussi j’ai été très en colère contre lui. Je suis parti le soir même, j’avais… Envie de découvrir le monde. Mais au final je n’ai rien connu d’autre que des galères. Je n’avais rien connu d’autre que… Que l’éducation nazi et ensuite, les murs de Dante. J’étais… Largué dans un temps dont j’ignorais absolument tout. Alors j’ai voulu revenir après des tentatives catastrophiques pour m’en sortir. J’ai pris de la drogue, j’ai fait des trucs assez moches. Mais quand j’ai retrouvé Dante il… Il n’a jamais voulu me revoir. J’ignore si c’est à moi ou à lui qu’il s’en veut. Et au final, j’ai fini par tomber sur toi. Tu… Tu m’as sauvé Eden. Alors quand les bombes ont explosé dans le ciel, quand River Crow a brulé, j’ai paniqué. J’ai eu peur. Peur de te perdre alors j’ai… J’sais pas ce qui m’a pris mais j’ai jamais su faire moi. J’ai jamais appris merde tu comprends ? Toi la guerre tu sais pas ce que c’est, moi si ! »

Si, je savais bien trop ce que c’était. Je savais ce que ça faisait. Je savais comment ça transformait les hommes en monstre. Je savais que ça détruisait tout sur son passage. J’ai paniqué c’est tout. Je me suis ouvert, te parlant, t’expliquant, sentant ces larmes de regrets venir me bruler les joues. Je m’en voulais tellement de t’avoir imposé ça. Je m’en voulais sans trop savoir pourquoi, mais j’sais pas faire moi. Non… J’sais pas faire Eden. C’est ça a vérité. Ma vérité… Ma réalité…





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Dante. Ce n’est pas la première fois qu’il évoque ce nom. Incarnation de tout ce qui le ronge. Fantôme que le hante de son absence. Quand nos chemins se sont croisés, Josias était seul, même au milieu de siens. Seulement parce qu’un seul être lui manquait. Lui. Même si il ne nomme que peu son tourment, qu’il ne me le confie jamais, sans doute pour m’en préserver, je l’ai deviné. Je l’ai même approchée quand mon cœur battait encore de vie. Sa souffrance prenait les traits de son Sire que je n’avais pour ma part jamais rencontré. Dans les instants les plus sombres, quand il me pensait à l’abri de ses angoisses qui le faisaient suffoquer le laissant dans le mutisme, je m’enfonçais dans les méandres de sa douleur, la ressentant par ondulations brutales. Des bourrasques vives qui me rapportaient ses larmes qu’il ne versait pas. A présent qu’il m’en parle, que mon cœur ne bat plus, il ne me reste que le souvenirs de cette compréhension. J’aimerai être encore capable de remonter aux sources souillées qui perçait l’âme de douleur. Il était plus facile de pardonner lorsque je subissais les mêmes épines pénétrer mon être. Le voile ne s’entrouvre plus pour moi. Il est de plomb et aucun courant ne l’anime. La mort m’a prise cet autre regard, crevant cet œil qui observait les limbes. Je n’ai plus que ces mots qu’il peine à me donner, pour tenter d’expliquer sa trahison.

Cinquante. Cinquante ans. J’en ai à peine tenu deux. Plus m’aurai dû folle. Lui, comment a-t-il fait ? Après la guerre, qui a balafré l’Histoire, la maladie… L’enfermement. Quel fléau est le pire ? J’ai envie de le rassurer. De le prendre dans mes bras et de lui dire que ce n’est pas grave. De ravaler ma colère jusqu’à l’oublier. Jonah n’est plus là pour s’en nourrir. Je me leurrai en pensant que je la contrôlais, que j’en étais affranchie. C’était bien lui qui la faisait disparaitre. Il l’absorbait ayant apprit à faire de ses caprices une force dévastatrice. J’en veux à Josias de me l’imposer. Elle m’impose l’éloignement, me déchire de contradiction. Elle me ramène à cette déchéance qui avait envahi mon âme quand mon frère l’a quitté pour m’y laisser seule. J’y étais étrangère. Je le suis toujours. J’observe le blasphème qui s’y est installé pour m’en chasser. Cette immortalité qui fera de cinquante ans quelques secondes sur son Horloge. Il me parle de sa rage à lui, peinte comme la mienne. Il me met en garde des conséquences d’un départ impulsif. Des désillusions blessantes qui le saigne encore. Il porte la marque des horreurs commis, à demi confessé, des camps enfumés. Il est l’échec de ses tentatives, le manque de son Sire, la peur cette solitude que j’ai accompagnée de la mienne. Il me pense salvatrice. J’aurai aimé l’être. Je ne me leurre cependant pas, lucide dans ma véhémence. Je n’ai pas su l’aider. Je ne l’ai plongé que dans des peurs nouvelles. Celle de me perdre. Celle que je lui sois arracher. Celle, à la lame affûtée de ma fuite, de me voir partir pour ne jamais revenir. Il a voulu s’en préserver, il n’a fait que faire germer l’idée. Jamais je n’y aurai songé si il ne m’y avait pas obligé de ses mensonges. Il se défend de mon ignorance des Guerres. Il est vrai que la mienne s’est toujours joué à huit clos. Je l’ai perdu. Le vainqueur s’acharne à d’autres conquêtes. Je frémi à chacune de ses victoires.

L’instinct impose au corps. Je me lève, me penche pour essuyer ses larmes de mes pouces, puis de mes lèvres. Elles me constellent de coupure, laissant mes pensées à vif. Le parfum de ses remords enivre chacun de ses baisers dont je les goûte. Je m’en révolterai quand je le réaliserai. Je viens ensuite m’assoir sur le vieux parquet, posant ma tête sur sa cuisse, refermant les yeux. J’ai besoin de lui. De le toucher. De le sentir. Sa présence est mon nouvel oxygène depuis que la Mort m’a enfantée. – Tu as reproduis les erreurs de Dante. Lui aussi devait avoir ses Raisons pour t’emprisonner, qu’il pensait aussi valables que les tiennes. Le ferai-tu encore si je m’en allais ? Tu me bannirai à jamais de ton regard, pour un départ inspiré par tes actes ? Je relève le mien vers lui, me perdant dans les courbes de son visage, dont la peine qui s’inscrit défige l’immuabilité. La Colère impose les dires. Sans filtre et sans barrière. – Tu ne me protégera pas des Horreurs de la Guerre en me soumettant à d’autres. Je préfère de loin y succomber qu’être piégé ici. Quand bien même tu t’emploie à rendre cette captivité douce et tendre. Il a essayé, de toutes ses attentions quotidiennes. De toute son énergie employé à me faire sourire, alors qu’il lui suffisait d’ouvrir la porte et de me prendre la main pour sortir. J’aurai pu affronter ce qui nous y attendait à ses côtés. Maintenant, je songe à le faire seule.

-Je ne sais pas quoi faire Josias. Je suis tout aussi perdue que toi. J’aurai aimé que tu me parles de tout ça avant. Que tu ne sois pas forcé de te confier pour me retenir. Je viens prendre une de mes mains pour la serrer entre la mienne. Je pose ma joue contre sa paume, mes larmes s’échouant sur sa peau pâle. – Je n’ai pas réussis à te détourner de tes démons. J’en ai éveillé des enfouis et rien que pour t’en protéger, je devrai m’éloigner. Je respire son odeur, douloureuse de mes propres mots. – Je devrai aussi me protéger de toi, quitter au crépuscule cette prison et ne jamais y revenir. Je ne veux pas devenir ces sentiments que tu fais naître. Ils me font peur. Je déglutie, essayant de ravaler l’angoisse d’une séparation qui me paralyse. – Mais je ne sais pas si j’en suis capable. Il éprouve mes limites, déjà durement malmenées.  – Dis moi Josias, dois je suivre tes traces comme tu as suivis celle de ton Sire, céder à la colère pour espérer l’accepter ou rester… Et prendre le risque qu’elle nous consume ?


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L’amour, c’est un sentiment dévastateur, c’est ce qui nous pousse à faire des choses inconcevables. Comme enfermé l’être aimé pour soit disant le protéger et tout ça, au risque de le briser, et de briser ce lien qui nous unis. J’ai fait une connerie, je le sais, j’en ai conscience, et je ne sais pas comment la réparer. J’ai peur de te perdre mais comment te retenir après ce que je viens de faire ? Je me suis égaré, j’ai paniqué, j’ai merdé, comme toujours depuis que j’ai pris cette décision de partir loin de lui. Dante. Il n’avait pas le droit de me bannir, je lui en veux pour ça. Mais est-ce que les raisons qu’il l’a poussé à le faire ne sont pas dû à celles que tu exposes ? Je n’en sais rien. Tout semble soudainement logique maintenant que tu en parles. On a franchi une ligne interdite, ce n’était pas bien, je pouvais le comprendre, réalisé combien c’était malsain, combien notre relation pourrait en être ébranlé. Il a fait ça, peut-être pour me protéger, ou bien, pour le protéger lui de cet amour inconditionnel qu’il me portait. Dante m’aimait, d’une manière qui n’était pas la mienne. Il m’aimait, mais ce qu’il réclamait je ne pouvais lui donner. Il m’aimait comme je t’aimais toi, de cette façon à vouloir bien plus que d’échanger quelques mots. Des fois, il venait s’allonger à côté de moi, me prenant dans ses bras, se contentant de ce que je voulais bien lui donner. Il avait conscience que oui, moi aussi je l’aimais, mais comme un père, comme un frère, et non pas comme lui l’aurait clairement souhaité. C’était comme ça. Et pas autrement. Et il le respectait, jusqu’à prendre la décision de rendre les choses plus simples qu’elles ne l’étaient. Et au final, je me dis qu’il avait peut-être raison.

Ma main passe délicatement dans tes cheveux alors que tu continues de parler. Et toi Eden ? M’aimes-tu comme moi j’aimais Dante, ou m’aimes-tu comme Dante m’aimait ? Est-ce que la situation est désormais inversé ? J’en sais rien. Parce qu’à sa différence je n’ai jamais trouvé le courage de t’avouer tout ça, pas avant ce soir alors que je risquais de te perdre, définitivement, pour une erreur que je venais de commettre. C’était injuste, c’était cruel, mais je savais que j’étais responsable aussi de toutes cette histoire. Je savais que c’était de ma faute, que tout était dû à cause de moi. Je m’en voulais tellement si tu savais. De t’avoir menti, de t’avoir imposé ce mode de vie qui était tout sauf correcte. Comment te retenir maintenant si partir était ce que toi tu voulais ? Je n’avais pas le droit. Le cœur brisé, une larme a roulé sur ma joue quand tu as prononcé ces mots. « Je ne sais pas si j’en suis capable. » Capable de partir loin de moi, capable d’aller là, dehors, vivre, sans moi. Me redressent j’ai attrapé tes mains, pour te relever. Restant là, devant toi, les joues encore souillées par ces larmes purpurine, symbole du regret que je ressentais, symbole du mal que je nous avais imposé. A toi, à moi, à nous. Simplement, innocemment, je suis venu replacer une mèche de cheveux derrière ton oreille. Je n’étais pas Dante, je n’étais pas comme lui, et jamais je ne pourrais te renier. Jamais je ne pourrais ignorer tes suppliques si tu devais à partir pour mieux revenir. Peu importe si tu restes ou pas, je serais toujours là, pour toi, parce que jamais je n’aurais la force de t’abandonner comme lui m’avait abandonné.

« J’veux pas que tu partes Eden. Je ne sais pas si je pourrais le supporter. Tu es tout ce que j’ai. Absolument tout. Mais si tu as besoin de prendre l’air pour réfléchir je le comprendrais. Tu pourrais refuge au château là où on pourra sans doute t’aider. Mais ne restes pas dehors. Les gens tombent malade, ils meurent, ils souffrent. C’est en parti une des raisons pour laquelle je refusais de te voir sortir. Dante m’avait menti, mais moi, tout n’était pas faux tu sais. Mais je refuse de te faire du mal. »

Passant une main derrière ta tête, je t’ai rapproché de moi pour venir t’enlacer, te prenant dans mes bras comme pour te bercer. Je voulais te rassurer, te dire que tout irait bien, mais je ne sais même pas si c’était vrai. Parce que oui, c’était dangereux dehors, dévastateur, destructeur. Mais je savais qui pourrait te protéger. Nick. Ce survivant d’Auschwitz. Cet homme qui m’avait hanté et que j’ai recroisé dans les rues de Belfast. Lui, il pourrait te protéger des monstres qui sont là dehors. Des hommes qui nous font du mal, des créatures qui veulent nous voir morts, nous les vampires. Je ne voulais pas que tu partes. Non. Je crois que j’en crèverai, mais je ne voulais plus t’enfermer, je ne voulais plus te contraindre à quoi que ce soit. Tu prendrais tes décisions, et moi, je les respecterais. Je n’avais plus le choix. Tout ce que je voulais c’était ton bonheur, te voir sourire, te voir heureuse. J’avais encore du mal à comprendre, j’avais encore beaucoup de difficulté à faire les choses correctement. Mais j’essayais, je faisais au mieux pour m’adapter, pour devenir quelqu’un de meilleur, pour ne plus faire de conneries. Tu sais, entre ma vie dans la jeunesse Hitlérienne et mes cinquante ans enfermé chez Dante, je crois que c’est normal que mon adaptation au sein de ce monde ne soit pas si simple. Mais je te promets de m’arranger, je te promets de faire des efforts, de faire le mieux pour que tu ne te sentes plus jamais blessé. Je t’avais sauvé de la mort, égoïstement et maintenant, c’était de ma responsabilité de te protéger. Mais correctement et non pas en répétant les erreurs de mon passé. J’avais eu tort, et maintenant, je le comprenais.

« Je suis désolé tu sais. Je… J’avais peur que… J’en sais rien. Que tu ne ressentes pas… La même chose. Et j’avais pas envie de te perdre. J’ai pas envie de te perdre. C’est pas pour te retenir que je t’ai enfin dit ces mots Eden… C’est parce que j’ai conscience que je n’aurais peut-être plus l’occasion de le faire si tu t’en vas. »

J’ai caché ma tête dans tes cheveux, te serrant encore plus fortement contre moi. Si tu t’en vas. Même si ce n’était qu’un si, se l’avouer faisait mal. Une larme a encore coulé le long de ma joue, avant que je ne finisse par te relâcher pour ne pas t’étouffer. Te tournant le dos pour l’essuyer avant de m’allumer une cigarette. J’avais l’esprit et le cœur en vrac. Je ne savais plus quoi faire pour que les choses se rétablisse. Pour que tu puisses à nouveau me faire confiance. Me passant une main dans les cheveux, je tentais de garder mon calme, de ne pas laisser mes émotions éclater. Parce que je savais que si tu franchissais le bas de cette porte j’en arriverais à tout retourner dans cette maison tant ça ferait mal. Mais je ne voulais plus rien t’imposer. Et je devais assumer mes actes. C’était tout ce que j’avais à faire maintenant. Tu savais, tu étais au courant, et c’était ton choix, plus le mien. Pourtant, j’ai recraché un nuage de fumée avant de me retourner vers toi, prononçant ces mots que Dante m’avait dit des années plus tôt. Une tentative qui n’avait pas fonctionné, mais que je me devais d’essayer. Désespéré, complétement paniqué à l’idée de te prendre cette décision qui me flinguait complétement.

« Je t’en supplies restes… On surmontera tout ça ensemble je te le promets, mais m’abandonnes pas… »

Non, ne m’abandonne pas. T’avais pas le droit de me laisser tout seul. T’avais pas le droit de me quitter et de me laisser vivre avec ces remords. T’avais pas le droit de me faire… Subir ce que j’avais fait subir à Dante. Parce qu’aujourd’hui je comprenais enfin ce qu’il avait pu ressentir… Une douleur bien plus forte que tout le reste. Un vide interne qui ne serait pas prêt à s’estomper…




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Il me laisserait partir. Il me dit même où trouver aide et assistance, où me protéger de l’ombre cruelle de la vérité caché dans ses mensonges. Il ne veut pas, doute de sa capacité à le surmonter, mais il l’accepterait si cela devenait mon choix. Il comprendrait. L’idée devrait être réconfortante car preuve de sa volonté à changer, il n’impose plus, il m’offre de disposer de cette liberté jusqu’alors enchainée et cela m’effraie. La simple pensée de quitter cette maison me tord l’estomac en des nœuds douloureux et pourtant, la colère réclame le départ. Comme trop souvent ces derniers temps, je ne sais pas. J’ignore ce que je veux, ce qui m’aiderai ou même ce que je ressens ou ce que je suis. Je ne sais plus où me placer, comment me comporter quand Josias n’est pas là pour m’apaiser et me faire oublier cette constante incertitude. Il n’y a qu’avec lui que je sais être et ça me ramène à Jonah. Peut être que je ne suis que ça… Une possession qui ne sait agir que lorsqu’on lui dicte dans l’ombre les directions à suivre. Un pantin qui ne sait existé si personne n’est là pour le manipuler. Je refuse d’y croire mais je déambule sans trouver d’autres chemins à suivre que ceux tracés par d’autres. Mon frère, Callan, maintenant toi, te comparer à eux est un blasphème que mes souffrances ordonnent. Je t’en veux pour ça, aussi. Tu leur donnes raison. Tu justifies leurs actes de toutes ses raisons qui m’ont déjà données. Tu l’ignores pourtant, je ne t’en ai jamais parlés. Sans doute que, moi aussi j’ai mes responsabilités. J’entends le violon moqueur, voix stridente de mon frère, j’écoute ses accords amusés alors qu’il n’est plus là pour le jouer.

- Ne me mens plus, alors. Si il refuse de me faire encore mal, qu’il cesse de taire tout ce qu’il cache, tout ce qu’il crucifie de laideurs plus abjectes que la réalité. Elle est déjà si dure, ses beautés peinent à se voir tant l’Homme se borne à être aveugle. Je me serre contre lui, refermant mes mains sur son haut en même temps que mes paupières sur mes yeux. J’inspire son odeur comme l’oxygène avant. Sans avoir en conscience, d’instinct. Il me fait fuir de ses démons, me ramène de ses bras. – Ni sur le monde, ni sur toi. Je souffle ses mots en même temps que je les lui murmure dans l’esprit. L’oreille contre sa poitrine, j’écoute ce cœur qui ne bat plus. Il résonne de toutes ses peurs, écho aux miennes. De tous ses doutes, semblable aux miens. De tous ses regrets, que je ne veux connaître. J’ai le choix et j’ai peur de prendre le mauvais, je ne sais quelle émotion suivre. Lequel ne découlera pas de celui que tu as fais en défigurant la Vérité ? Je me perd, Josias, je ne suis pas encore partit que je manque déjà de ton jugement. Je vais taire l’instrument à corde par le piano. Je me calme de ses notes basses, presque inaudible tant j’ai perdu l’habitude d’en jouer. Je ne veux sombrer dans les ombres nouvelles de mon âme. Je ne veux pas m’en effrayer, jusqu’à n’être à mon tour qu’un reflet.

- Si je m’en vais, je reviendrai. Je lui promet avec la sincérité de ma conviction. J’ai besoin de lui. Besoin de le voir, de le toucher, de le respirer. Il n’a rien fait pour me condamner de son absence. Je devine l’affection derrière la maladresse, son désir de me protéger sous celui de m’enfermer, je sais encore voir la bienveillance au-delà des excès qu’elle cause. Il n’a jamais voulu me faire du mal, il n’a jamais voulu que les choses tournent ainsi. Ce n’est pas l’excusez que de le reconnaitre. C’est le comprendre. – Ne l’oublie pas, d’accord ? Je reviendrai toujours. Et puisque je le ferai, il pourra me dire tout ce qu’il tais. Il aura ces occasions dont il a manqué.

Humaine, je me serai brisée, je serai morte de son étreinte désespérée. Pour la première fois, je ne m’écœure pas d’être autre chose, j’en savoure même les sensations alors qu’il m’enlace de cette peur qu’il a de me perdre. Elle en vient à désarmer ma colère de sa puissance. Destructrice, elle me fait frémir de tout ce qu’il s’infligerait si je rejoignais finalement le château. Si je choisissais les autres, plutôt que lui. Je ne veux être à l’origine d’aucune de ces blessures. Il se recule finalement alors que je redresse la tête pour le regarder. Il se détourne, cache ses larmes nouvelles dans la fumée d’une cigarette. J’inspire par habitude, m’accrochant à mes certitudes, à celles qu’il a fait naître de sa présence. Je n’étais pourtant pas prête à ses mots. Ils me figent un instant sur place, chimères violentes et impitoyables. Je secoue la tête, inconsciente de mes pas vers lui. Mes mains se posent sur ses joues, mes yeux dans les siens. Les iris brillantes de ces vœux que je peux lui faire. – Je ne t’abandonne pas. Je ne t’abandonnerai jamais. J’embrasse le coin de ses lèvres, innocente dans cet instinct de le rassurer, de chasser ses monstres qui menacent de l’ébranler. Je me refuse de les laisser l’emporter. – Je… Ma gorge se noue, en même temps que tombent quelques larmes vermeilles, je pleure à mon tour, tout aussi perdue que lui. Je vacille, à son image, s’en savoir comment me redresser. Alors je passe mes bras autour de son cou tandis que ma tête se pose contre son torse. Je penche vers ce qui me semble le plus proche de mes valeurs, de mes espoirs et de ce que je veux être.- Je reste. Cette décision, je la prend de tout ce qu’il m’inspire. De ce besoin que j’ai de sa présence, à cette envie de le faire sourire. Qu’importe ce qui nous attend. Il a raison, nous surmonterons ça ensemble. Ma colère et ses mensonges, puis les miens et nos démons.

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La solitude, elle me faisait peur. C’était elle que je fuyais depuis que je t’avais rencontré. Depuis ce jour ou, pour la première fois, j’ai posé mes yeux sur toi. Je l’avais connu trop souvent. Même en tant que mortel, elle m’avait suivi, c’était l’ombre de moi-même, cette ombre qui me collait à la peau. Elle est torture, elle est violente, elle fait mal, elle nous effraye. Mais pourtant on n’arrive pas à la combattre. Jusqu’au jour ou finalement nos yeux se posent sur une personne. Un être dont l’aura n’en n’est que rassurante. Cette personne c’était toi. J’ai traversé les âges, je ne suis pourtant pas bien vieux comparé à certain, mais crois-moi, dès lors que l’on dépasse le cap de cet âge qui aurait dû nous tuer, on se sent vieux, c’est là qu’on réalise en réalité que le temps passe, mais que nous, on continue simplement d’avancer. Comme figé dans cet espace-temps. On ne change pas. On ne vieilli pas. On ne ressent ni la souffrance physique, ni la maladie. Rien ne peut nous détruire. Et on se rend compte de combien le temps passe aussi vite, comme très lentement. L’éternité est longue. Et je refusais de la passer seul. Je refusais de continuer sur cette voie. De faire n’importe quoi. Tu m’étais apparue comme cet espoir. Je ne sais pas, je ne pourrais l’expliquer. Mais je me suis attaché. A toi, à ce qui tu es, à ce que tu dégages. Alors quand t’as failli mourir, je sais, c’était égoïste, mais j’avais besoin de te garder prêt de moi. Je voulais que tu restes, je ne voulais pas que tu m’abandonne. Alors oui, c’est pourquoi ce soir je t’implore de ne pas le faire.

Je sais que je le mérite. Je sais que c’est de ma faute si on en est là. Je veux bien en assumer les conséquences, mais elles font mal. Tout seul je ne suis rien. Tout seul je suis incapable de me gérer, de me contrôler. Je l’ai vu. Je l’ai vécu. J’ai essayé, mais pourtant je n’ai fait que des erreurs. Et je refuse de recommencer, je ne veux plus être cet homme-là. Je le refuse. Si Nick a réussi à me pardonner, je n’arrive pas à me pardonner moi-même. Pour toutes ces abominations que j’ai pu faire. De mon vivant, et de mon autre vie. Avec Dante je ne dépassais jamais les limites, je ne pouvais pas, vu que j’étais enfermé. Mais dès que j’ai fuis, dès que j’ai franchis ce cap, c’était autre chose. J’ai découvert que je ne savais rien de ce monde. Que j’étais largué, perdu. Et Dante n’a jamais voulu me pardonner. J’ai fait une erreur, tout comme lui il en avait fait une. Et je réalise pourquoi il n’a jamais voulu m’ouvrir cette porte. Dante n’arrivait pas à se regarder en face. Dante ne supportait pas ce mal qu’il m’a fait. Et je n’ai jamais pu lui dire que je lui pardonnais. Que je comprenais. Que ce n’était pas grave. Mais à la place Dante n’a jamais eu le courage de m’affronter. C’était ça la vérité. Et c’était pour ça, pour cette raison, qu’il m’a claqué la porte au nez. J’aurais dû lui dire que je lui pardonnais. Mais je n’ai pas trouvé les mots. Parce que je ne comprenais pas. Mais ce soir, je comprends. Et je réalise que je donnerais n’importe quoi pour le retrouver, juste, pour pouvoir le lui dire.

Nous sommes immortels mais pourtant, un rien peu briser notre vie. Tu me promets de revenir, mais ce n’est pas assez. Je sais que je serais mort d’inquiétude en te sachant là-bas et moi ici. Pourtant je sens que tu as envie d’y aller. Tu me dis rester. Mais je sais que tu le fais pour moi et non pas pour toi. Se serait égoïste de ma part que de te laisser te sacrifier, encore, parce que je n’ai pas su prendre les bonnes décisions. Je voudrais faire les choses bien pour une fois. Je voudrais que tout se face comme on en a envie, nous et non pas uniquement moi. Je t’ai regardé, posant mes mains sur tes joues, un geste rassurant, venant me mordiller nerveusement la lèvre inférieure, déglutissant comme si je me retrouvais devant mon premier amour. Mon premier amour. En ai-je déjà connu un ? Comme ça ? Comme maintenant ? Comme ce que je ressens pour toi ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Alors c’est timidement que je suis venu poser mes lèvres sur les tiennes. Un chaste baisé remplis de sincérité, remplis de tendresse, de tout ce que j’avais envie de te donner mais que je n’osais franchir de peur de briser je ne sais trop quoi. L’innocence ? La fragilité ? Ou peut-être que j’avais trop peur de te voir me repousser ? Je ne sais pas, mais ce soir, je n’avais plus envie de réfléchir. Je n’avais plus envie de me poser des questions. Je voulais te faire plaisir. Je voulais que tu comprennes que oui, j’avais fait une erreur. Une grosse erreur, mais que j’étais prêt à tout pour me faire pardonner. C’était tout ce qui m’importait.

« Et si on partait ensemble ? Là-bas, au château ? Je sais que Balian vit proche de Léandre. Et tu sais qui ne quitte jamais Balian ? Ton ami Stacey. Je ne parle pas à grand monde quand je sors en ville, mais j’écoute. Les gens parlent beaucoup dans les banques de sang. Je ne te mentirais plus je t’en fais la promesse. Laisses-moi une chance de t’offrir la vie que tu veux d’accord ? Je ne te décevrais pas. Promis. »

Mes doigts se sont mis à caresser ton visage. Délicatement. Tendrement. Te souriant d’une façon rassurante. Pourquoi je ne t’avais pas parlé de ça avant ? Je n’en sais rien. Mais je ne veux plus rien te cacher. Je veux que tu saches que les gens que tu avais pu aimer étaient encore là. Encore vivant. On pourrait se construire une vie là-bas, au château. Tu serais libre et en sécurité, et moi, je serais avec toi. Prêt de toi. Pour toujours et à jamais. Je t’aimais Eden. Je t’aimais tellement, que je réalisais que je serais prêt à tous les sacrifices pour te rendre heureuse. Pour t’offrir tout ce dont tu aspirais avoir. J’avais envie de changer, de faire les choses bien. De ne plus faire d’erreurs. Je voulais que tu sois fière de moi. Que tu sois fière, de te promener main dans la main avec moi. Je voulais être tien, et je voulais que tu sois mienne. Je n’avais plus peur de te le dire. Je n’avais plus peur de te montrer les choses. Plus de mensonges, plus de cachoterie, seulement de la confiance et de la sincérité. Je n’étais pas parfait, je le savais, mais je pouvais au moins te donner ce que je tu voulais. Et ça, j’avais bien l’intention de le faire. Mes doigts ont cessé de caresser ton visage, glissant le long de tes bras pour attraper tes mains.

« On reste ensemble, mais on va là où toi tu veux aller. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Qu’est-ce que tu décides de faire Eden ? Pour la première fois en deux ans je te donnais la possibilité de choisir, de faire ce que tu voulais. Pourquoi se séparer alors que l’on pouvait être tous les deux heureux ? C’était peut-être utopique, je n’en savais rien, mais j’avais envie d’essayer. J’avais envie de nous offrir cette chance. A nous. A tous les deux. Et silencieusement je te promettais de faire des efforts. Pour que tu sois enfin heureuse et entièrement épanouis. C’était tout ce que je demandais. Et rien d’autre.





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Je ne m’étais jamais questionné sur ce que je ressentais pour Josias. Il s’était heurté à mon frère, je m’étais efforcé de réparer le tort qu’il avait causé et au final, on ne s’est plus quitté. Je sentais qu’il avait souffert, alors je voulais l’aider autant qu’il le faisait pour moi. Il était mon ami, mon confident, mon protecteur aussi, face aux siens. J’essayais de tenir Jonah à distance, de l’éloigner, sachant le sort qu’il aurait souhaité sien. Il m’était indispensable, je crois bien avant qu’il ne me transforme. Même mortelle, je le rejoignais pour dormir avec lui, me faisant une place contre lui. Je m’y sentais presque comme ceux de Daryl, à l’abri de tout, à la différence près que pour le jeune homme, j’étais petite fille en quête de réconfort et d’insouciance, alors qu’avec le vampire, je me voulais femme. Plus grande que je ne l’étais. Je savais tout ça stupide, j’étais une gamine du haut de ces siècles, sur qui il veillait par tendre amitié. J’évitais de trop y penser, mon jumeau rodant dans l’ombre de toutes celles que je formulais. Il haïssait déjà bien trop comme ça. Puis.. Puis il est devenu mon Sire. C’était plus facile de me dire que tout ce que je ressentais n’était dû qu’à ce faîte. Le premier baiser avait déjà réveiller quelques flammes, jamais encore allumé. Alors, quand ses mains se posent sur mes joues et qu’il revient m’embrasser avec une infinie douceur, comme si il craignait de me briser, mon cœur mort s’emballe de légèreté. Je le sens bondir sous l’intensité de ce qui me parcourt. Il en exprime bien plus les lèvres closes, que lorsqu’il les ouvre de mots. Je me rappelle que je lui en veux, seulement lorsqu’il reprend parole. Pourquoi a-t-il attendu qu’on se déchire, pour me donner toutes les raisons de rester ensembles ?

Stacey. A son nom, je relève mes yeux ,que je gardais sur ses lèvres, vers les siens. Il est en vie. Le savoir pourtant aux côtés de Balian après tout ce temps, me serre les tripes. Il avait réussi à s’échapper pourtant. A rejoindre son frère. Je ne l’ai plus revu depuis qu’il avait fui le manoir pour le rejoindre. J’en étais heureuse, rassurée. Soulagé quand la Guerre a commencé. Il était du bon côté, non ? A l’abri des bombes qui sont tombés. Je dois le voir. Comprendre et l’aider si il en a besoin. Il me manque, sa musique me manque… les projets fous qu’on inventait aussi. Je ne pense pas à lui demander depuis combien de temps il le sait, c’est Jonah qui faisait naître les doutes et les soupçons. -J’irai… j’ira le trouver. Je me reprend finalement, secouant la tête. – Mais je ne veux pas qu’on aille vivre au château… Pas… pas encore. Il y a des fantômes que je ne suis pas prête à affronter. Balian puisqu’il y siège. Callan, qu’elle connait suffisamment pour savoir qu’il a du revenir dans l’ombre de son Roi. Et si mon frère l’avait déjà rejoint. Je presse ma joue contre sa caresse, me rassurant de sa présence. De toute façon, j’ai toujours préféré le calme des campagnes, bien plus que les villes. Il y a une autre chose à prendre en compte aussi. Une chose que je me répugne à penser. Il y a des mortels en ville… Et la faim est parfois si grande, des images violentes et sanguines défilent alors. – Je… dois apprendre à me contrôler aussi. Il y a longtemps que je n’ai vu d’autres personnes. Je n’ose dire des humains, tant ne plus en être une me semble absurde.

Je souris de ses promesses, sachant qu’il est sincère. L’idée de mon départ le pousse dans ses retranchements, j’en ai bien conscience. C’est dur d’être en colère contre lui, quand j’ai tant besoin de ses attentions. Je m’y tiendrai cependant, refusant de continuer à refouler ces frustrations qui m’animent. Je me dois cette honnêteté, autant que je la lui dois. Je réfléchis, mordillant ma lèvre. J’ai perdu l’habitude d’avoir le choix. Je sais que je ne veux pas, mais ce que je veux. Je soupire, venant instinctivement contre lui. Je referme les yeux. – On pourrait… On pourrait partir de cette maison… En trouver une autre où on recommencera tout. Tu me montrera la ville et je pourrai sortir. On prendra un nouveau départ loin de l’enfer de ces murs. Je vois des barreaux à toutes les fenêtres et les ouvrir n’y changerait rien. C’est dans une de ces chambres que je me suis réveillée après ma transformation, après y avoir hurlé ma douleur. Je me serre un peu plus contre son torse, je relève mes yeux vers lui, souriant légèrement. – Qu’est ce que tu en penses ? Je dégage quelques mèches de son visage, me désespérant d’être incapable de garder mes distances. Je soupire, affichant une moue légère, presque enfantine, ne sachant la conduite à tenir.

- Je t’en veux… J’ai envie d’être en colère contre toi, Josias. Je… Je crois que j’en ai besoin.
J’observe son visage, jusqu’à sa bouche. J’ignore pourquoi j’y pense sur le coup, mais je n’ai rien mangé aujourd’hui. La faim me tenaille, je n’aime pas l’instabilité qu’elle me provoque, peinant à m’y habituer autant qu’à la contrôler. – Mais je n’y arrive pas. Je n’ai pas envie de perdre d’avantage de temps pour… Si je le peux encore, je rougis. J’en ai le ressentie sous les sensations qu’éveillent la courbe de ses lèvres. – Pour qu’on avance. Je ne suis pas la seule à trainer des poids morts. Je sais que Josias à ses monstres, aussi. Lui, comme moi, doit se reconstruire. A défaut d’y arriver seul, on peut, peut-être, y arriver ensemble.


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Je me sentais nul. J’avais été nul, agissant égoïstement avec toi, comme un con, et maintenant je culpabilisais. Je savais que c’était mal. Que ce que je faisais n’était pas moral. Mais j’avais eu peur, alors j’avais fait l’unique chose que j’étais capable de faire. Retranscrire les erreurs de mon sire. Avec toi. Tout ce que je voulais c’était que tu me pardonne. Que tu oublies tout ça et que l’on passe à autre chose. C’était naïf, parce que moi je n’avais pas pu passer à autre choses quand Dante m’avait fait ça. J’étais parti, sans me retourner. Je lui en voulais. Mais cinquante ans, ce n’est pas deux ans. Alors peut-être que toi tu pourrais me pardonner facilement. Du moins c’est ce que j’espérais. Alors quand tu es venu contre moi je me suis senti soulagé. Soulagé par ce que tu disais, soulagé, parce que tu voulais rester. Même mieux, tu ne semblais pas m’en vouloir. Tu devrais pourtant, et je ne t’en voudrais pas pour ça. Cela dit tes réactions me rassurait. J’aurais dû te faire confiance depuis le début, j’aurais dû te laisser libre. J’avais tellement eu peur de te perdre. Tellement. C’était ça le fond du problème. Partir de cette maison, recommencer à zéro, rien que tous les deux. Toi et moi. Ce que j’en pensais ? Venant poser ma tête sur le sommet de la tienne j’ai souris. Furtivement. Je me sentais bien, je me sentais enfin serin. Soulagé aussi de ne plus avoir à te mentir. Je te montrerais la ville, je t’apprendrais à te contrôler, tout ce que tu voulais je le ferais. Pour toi. Je me sentais tellement bien quand tu étais là, contre moi, comme ces fois où tu venais dormir dans mon lit à River Crow, ces jours où j’avais froid, où j’avais peur aussi. Deux âmes brisées se reconstruisant comme on pouvait. Tu étais ma bénédiction Eden.

« On peut faire ça oui. Aller autre part, se trouver un vrai chez nous et recommencer. Ca me va si ça te conviens. »

Tu voudrais m’en vouloir. Je comprends tellement si tu savais. Au-delà de voudrais, tu devrais même. Se serait légitime. Parce que je t’ai menti, parce que je t’ai privé de tout. De ta liberté, de ton libre arbitre, de la vision du monde qui évolue. Deux ans ça me parait court, mais pour toi, c’est peut-être long deux ans. Je sais que nous les vampires continuent de voir le temps passer tant que l’on n’a pas totalement conscience que nous sommes vraiment figé dans le temps. Que l’on arrêterait de vieillir. Que l’on verra les gens qu’on aime évoluer, et mourir. Alors oui tu devrais. Machinalement j’ai caressé tes cheveux, tendrement. Moi aussi je m’en veux. Si tu savais. Mais tu m’explique que tu ne peux pas. Tu me parle du temps et d’avancer. Je ne sais pas si je comprends bien ce que tu veux dire. Je ne sais pas si j’y vois des choses ou pas. Si je me fais des illusions. Je n’ai jamais été bon dans le domaine du relationnel. C’était un fait. On ne nous a pas enseigner comment aimer les gens à l’école d’Hitler. C’était l’inverse. On nous apprenait à les détester. Et ensuite ? Ensuite je n’ai plus vu personne d’autre que Dante. Pendant longtemps. Très longtemps. Alors je crois que j’ai fini par perdre la notion de tout un tas de chose. De la réalité, du temps qui passe, de comment faire et agir. J’étais tellement à côté de la plaque. Y’a des jours ou sérieusement, je crois que je me faisais moi-même pitié. Mais tu avais raison. Ca ne servait à rien de vivre dans le passé. Ca ne servait à rien de se déchirer. Trop de gens le faisait. Et finalement dehors, de la guerre les hommes ont appris. La coalition a soudé les clans. Et on se serre les coudes pour combattre un autre ennemi. Ca aussi ça me paraissait étrange comme concept. Mais pas abstrait.

« T’as le droit d’être en colère tu sais. Mais tu peux l’être sans pour autant t’empêcher d’avancer. Je suis désolé si je fais des erreurs. C’est pas une excuses je sais, mais je suis tellement nul des fois. Mais je te promets de ne plus te décevoir. »

J’ai posé une main sous ton menton, venant reposer mes lèvres contre les tiennes. Maintenant tu savais, tu savais tout et très franchement, je me sentais mieux. Te souriant j’ai passé une main dans tes cheveux, te trouvant de plus en plus belle à chaque jour qui passait. Tu étais tellement parfaite à mes yeux. Et je crois que j’étais parfaitement incapable de réagir comme Dante l’avait fait avec moi. Si devait partir pour apprendre, pour te retrouver toi-même, je l’accepterais et t’attendrais sagement. Je serais incapable de te laisser tomber, peu importe la manière. J’ai pourtant fini par te relâcher, me dégageant de ton étreinte pour aller attraper ton manteau, venant le poser sur tes épaules, apprenant moi aussi de toi à chaque instant. Essayant de faire de mon mieux pour me sociabiliser. Cette rencontre avec Nick aussi m’avait beaucoup aidé. Ce fantôme du passé qui semblait heureux malgré tout et qui m’a pardonné sans même que je ne lui demande quoi que ce soit. Nick était devenu mon ami, ou tout du moins, c’est ce que je pensais. Il était gentil avec moi et il ne me jugeait pas. J’avais passé une bonne soirée en sa compagnie, mais je ne te l’avais pas raconté. Je ne t’avais rien dit pour que tu continue de croire en mes mensonges. Ca avait était tellement déplacé comme comportement. Egoïste aussi, et je ne voulais plus de ça pour toi. Je voulais que tu sois bien et heureuse. Sans plus de contrainte, sans plus rien. Avancer tout simplement dans la vie et oublier le reste. On avait tous nos squelettes dans nos placards, il ne tenait qu’à nous de les enlever pour continuer.

« Tu veux aller faire un tour ? Je pourrais te montrer dehors, que tu puisses voir à quoi ressemble le monde aujourd’hui. »

Te montrer de quoi ça a l’air dehors, te faire respirer un peu. Le jour aller se lever que dans 1h, on avait encore un peu de temps devant nous. Et demain on se chercherait une autre maison, un autre endroit pour tout recommencer. Je suis venu te prendre dans mes bras, encore, incapable de rester loin de toi, incapable de me contenter de te regarder de loin. Maintenant que tu savais tout j’en perdais ma pudeur et tout le reste. Je voulais pouvoir t’aimer, sans plus jamais me cacher. Sans même prendre le temps de me demander si c’était ce que toi aussi tu voulais. Mais en tout cas dis-moi ce que tu veux et je te le donnerais, je t’en fais la promesse.






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My eyes finally wide open up. My eyes finally wide open shut to find a found of sound that hears the touch of my tears. Smells the taste of all we waste. Could feed the others. But we smother each other in nectar and pucker the sour, sugar-sweet weather. Blows through our trees swims through our seas. Flies through the last gas we left on this Earth.  
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Partir et recommencer. Juste ça. Rien que ça. Je veux croire en ce nouveau départ. Celui qu'on prendra à deux. Ensemble sans mensonges, sans secrets. J'y crois alors qu'il vient seulement de m'annoncer son mensonge, j'en rêve alors que je ne prend pas toute la mesure de son acte. Plus tard, peut être, là, la colère aura une chance de me tourmenter. J'en ai temps repoussé la nature, je refoulais cette violence qui me faisait peur. Comme celle que je ne voulais ressentir pour ma mère. Je voulais l'aimer. Parce qu'elle était ma mère justement, parce que je n'en aurai pas une autre. Elle était ma seule chance de connaître ce lien qui, dans les livres, étaient unique. Précieux. Il n'y avait qu'elle pour m'apporter le refuge de ses bras, la tendresse de l'affection maternelle. Alors oui, je l'ai cherché, au plus grand damne de Jonah qui ne comprenait pas pourquoi je m'acharnai. Lui n'avait aucun mal à la haïr, je réalise à présent que j'ai dû le nourrir de cette rage que je refoulais. Par ce simple constat, je porte un peu plus le poids de la culpabilité. Il s'était déjà servit de mon corps pour la tuer, il a dû nourrir la force de le faire de mes démons inavoués. Il y a tant de chose que j'ai tu à Josias. Je n'imagine pas un avenir sans lui, sans sa présence, mais il ignore pratiquement tout de mon passée. Nous avons gardés tant passé sous silence, tant caché pour ne pas blesser.

- On... On recommences tout... Mais on ne fait pas pareil. D'accord ? On fait mieux. On n'essaie pas. On y parvient. On a la volonté, non ? On a l'envie... Moi, ça me suffit pour y croire.

Je garde les yeux clos alors qu'il me caresse les cheveux. Ses étreintes sont toujours propices à l'apaisement, il n'y a que mon coeur qui, avant s'emballait parfois, quand son sourire me réchauffait l'âme. Ne plus le sentir s'emballer de le regarder m'effraie, mais il y a toujours cette chaleur pour me rassurer, pour me rappeler que je ne suis pas morte. Je pose ma tête sur son épaule, mon nez dans son cou, inspirant son parfum comme autrefois l'air que je respirais. J'ai le droit d'être en colère contre lui, je le sais. Mais ainsi blotti contre lui, je n'y arrive pas. Je préfère penser à cette maison qui nous attends, à ce jardin que je pourrai entretenir, ces fleurs que je ferai pousser. -Tu fais des erreurs parce que tu essais. Je pose ma main sur sa joue, souris en posant mon regard dans le sien. - ça, ça ne fait pas de toi un nul. Qu'il tente compte, non ? Il veut faire bien, mais ce n'est pas toujours facile et il ne sait pas toujours comment faire. Alors parfois il s'y perd. Une partie de moi ne peut lui le blâmer pour ça, l'autre, un murmure naissant, me souffle que ce n'est pas une excuse. Que la faute est grande. Les deux se taisent sous son baiser. Ses lèvres m'ensorcellent de sourires et de caresses. Je suis encore bien naïve de ce sentiment. Il éveille un appétit, que des litres de sang ne pourraient assouvir, il est autre que la fureur d'un estomac vide.

Sa main dans mes cheveux puis son mouvement de recul, je secoue la tête, reprenant mes esprits. Il m'apporte un blouson que j'enfile en même temps que mon sourire. - Oui. Je hoche la tête, alors que je frissonne d'impatience. Je suis déjà sortie, toute la nuit, mais je suis rentrée triste, déconvenue et trahie. Ce n'est pas le souvenir que je veux garder de ma première sortit. Josias a raison. Le soleil ne se lève pas encore et on peut au moins se promener un peu. Tous les deux. Il me fera découvrir le monde, comme si je ne l'avais pas découvert avant qu'il ne m'en expose la vérité. Comme si il n'avait pas fallu que j'ai conscience de son mensonge pour qu'il me le dévoile. Je sais à présent et je porte ce fardeau qui l'allège. Il n'a plus à supporter le poids de son mensonge, mais de ses conséquences. Je souffre des deux. Pour m'en guérir quelques heures, je me serre dans cette étreinte qu'il m'offre. - Montres-moi un endroit que tu aimes. Il doit bien y en avoir un qui compte. J'ai envie de decouvrir ce lien, pour le découvrir lui. Un peu plus. Je veux apprendre par coeur ce qu'il est, connaître son histoire et rire qu'il me surprenne encore. Quand il me reprend dans ses bras, j'aimerai m'y fondre, me glisser dans ses veines et réveiller son coeur, parcourir son âme et en toucher les beautés, j'aimerai usé de cette magie qui fut mienne pour anéantir ce qu'on tait, pour préserver l'autre.

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Le monde de dehors, le chaos total, la guerre, encore. Cette odeur de peur mélanger au désespoir. C’était une odeur que je ne connaissais que trop bien et que j’avais espéré ne jamais ressentir. Je la détestais, profondément, me ramenant sans cesse à ce passé qui était le mien. Je n’avais pas connu les fronts, je n’avais pas connu la faim, ni la soif. Mais j’avais connu tellement d’autres choses. Ca me hantait sans trop savoir pourquoi, n’assumant pas tout ce qui c’était passé, tout ce qu’on m’avait poussé à faire. Après Dante j’avais espéré une vie meilleure, loin de tout ça. Ca aussi, ça avait été un rêve. Plongé dans un monde que je ne reconnaissais plus. L’automobile avait évolué. Tellement depuis l’époque de mon père. Le téléphone, les gens aussi. Je me souviens encore la première fois où j’ai demandé un téléphone et que je me suis retrouvé avec un portable dans la main. L’homme avait ri de moi. Et vexé, je l’avais tué pour ça. Incontrôlable, apeuré, une pauvre petite chose complètement larguée et livrée à elle-même. Vivant et évoluant dans un autre temps. Regrettant d’avoir fui Dante. Regrettant de ne pas l’avoir écouté. Mais en réalité je comprenais que c’était lui qui avait fait l’erreur de m’abandonner. Ce n’était pas moi le fautif, c’était lui, et je refusais que tu puisses connaitre ça. Cette sensation de se sentir complètement larguée et perdue dans un monde que tu ne reconnais plus. J’allais t’aider, parce que je t’aimais, parce que maintenant tu le savais, parce que je n’avais plus rien à te cacher malgré ça. J’avais hésité à te le dire. Me demandant comment une fille comme toi pouvait aimer un garçon comme moi. Mais pourtant c’était le cas. Mes doutes avaient été stupides. C’est tout ce qui comptait à présent.

Alors j’ai pris ta main, simplement, ouvrant la porte pour te trainer dehors. Un endroit que j’aimais ? Il n’y en avait pas beaucoup en réalité. Mais oui, il y en avait au moins un. Non loin d’ici, non loin de chez nous. Je t’ai entrainé dans le centre-ville. Là où il avait des immeubles complètement délabré. Tout avait été détruit ici. Belfast n’avait pas survécu aux bombardements. C’était complètement apocalyptique comme décor. Mais je trouvais ça beau. C’était paisible, calme. Complètement désert. Je venais souvent ici pour réfléchir, être au calme. Repensant à certains trucs d’avant. Nick m’avait conseillé de ne pas rester encré dans le passé. Mais c’était si compliqué. Je ne sais pas pourquoi, je n’y arrivais pas. Poussant la porte d’un immeuble je t’ai fait entrer à ma suite, nous faisant grimper les 12 étages qui nous conduisit sur le toit. Là, tout en haut. Donnant l’impression de pouvoir conquérir le monde. Comme si rien ne pouvait nous retenir. Pourtant, ce n’était que le chaos qui s’offrait à nous. La vue de ces bâtiments détruits par les bombes. La vue de ces rues complètement vides de monde. De ce monde où la nature commençait déjà à reprendre ses droits. Le monde, c’était l’homme qui l’avait détruit. Pas nous. L’homme et son égo. Je parlais de monde, parce qu’on ne peut pas parler de nature. L’homme appartenant à la nature, il ne l’a pas détruite, il ne peut pas se détruire lui-même. Il a simplement tout gâché, incapable d’évoluer dans un monde qui le dépassait très certainement. Tu sais, malgré les murs que l’on pouvait voir d’où nous étions, c’était là où je me sentais bien. Loin de l’abomination humaine et de ses erreurs.

L’homme était un monstre. Pas nous. Il avait tout à portée de main. Absolument tout. La conscience, l’intelligence. Mais il a tout gâché pour une question de confort. Il ne s’en est rendu compte que bien trop tard. Mais cette envie d’aller toujours plus haut, toujours plus loin, l’a conduit à sa propre perte. Grattant l’argent des pauvres pour les donner aux riches, pour construire des trucs inutiles. Des autoroutes, des immeubles toujours plus haut, toujours plus grand. Allant chercher de l’eau là où il n’y en avait pas pour construire des casinos luxueux dans le désert à Las Vegas. L’homme à tout brisé. Pas nous. Mais comme il refuse de l’admettre, il s’en prend à nous. A ce qui lui fait peur, à ce qu’il ne comprend pas. Tout comme Hitler s’en était pris aux juifs. Paradoxale. Hitler était lui-même juif. Le savais-tu ? La nature humaine à ses raisons que la raison elle-même ignore. J’étais considéré comme jeune, mais je connaissais des choses. Je n’étais pas stupide. Je n’étais pas aveugle non plus. La pollution. C’est quelque chose qui m’avait marqué quand je me suis enfuis. Cette odeur dans l’air. Cette odeur de pot d’échappement, de crasse. Ca puait. Les murs étaient noircis de cette même crasse. Tu n’as pas connu. Parce que tu as évolué dans ce monde. Mais c’était tellement agréable. Aujourd’hui, quand je viens là, je la retrouve cette odeur d’antan. Cette sérénité. Malgré ce paysage apocalyptique. Et je trouve ça beau. Parce qu’ici, malgré la guerre, nous sommes loin de la connerie humaine. Et ça me suffit à me rendre bien. Je me suis approché de toi, venant simplement te prendre par la taille. Posant ma tête sur ton épaule. Fixant l’horizon avec toi.

« Ils pensent avoir tout détruit mais ils se trompent. Là-bas, dehors, je n’ose imaginer l’état du monde. Tout doit être tellement pire qu’ici. Il n’y a plus rien, mais on apprend à se réapproprier les lieux avec ce que la nature veut bien nous offrir. Et je trouve ça beau. Mon Sire était un homme riche, qui avait beaucoup de moyens. Mais cinquante ans enfermé dans un appartement de luxe m’ont complétement dégouté. Avant River Crow il m’arrivait d’aller vivre simplement dans les bois. Je n’avais rien. J’allais me laver dans la rivière et je mangeais ce que je trouvais. Du sang animal, des fois des randonneurs passaient alors je me nourrissais sur eux avant de les hypnotiser et de les laisser repartir. Quand on a tous on se lasse. Alors que quand on n’a rien… On peut tout avoir. Certains ont peur, parce qu’ils ont passé leur vie dans le luxe. Moi je n’ai pas peur. Je sais que je m’en sortirais. Peu importe ce qui arrivera. On s’en sortira. Et je te protégerais. Voilà le monde d’aujourd’hui. »

Voilà ce monde contre lequel je pensais te protéger. Ce monde vide, dévasté. Il n’y a plus rien ici. Juste des bâtiments détruits, des hommes qui se battent pour leur survie. Des créatures qui évoluent dans un monde qui aujourd’hui leur appartient. Un combat perpétuel. Mais c’est ce qui nous permets de nous sentir en vie. Se battre. Sortir et se demander comment on va survivre cette nuit. Beaucoup ne s’en rende pas encore compte. Mais le monde nous appartient désormais. Ils sont apeurés parce qu’ils sont au cœur même d’un conflit qui les dépasse. Mais ce monde. Il est pour nous. Et on s’en sortira. Je le sais. Je le sens. Peu importe ce qu’inventera les hommes de dehors pour nous détruire. On survivra. Parce que nous, on apprendra à vivre de rien. Et d’un rien… On peut construire un tout.



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