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 Devil gonna come (Ft Elijah)

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Devil gonna comeThe broken and fallen, dangled souls been sent to burn
Nowadays they've been calling telling me soon gonna be my turn
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Jazeem
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Belfast. Terre des Immortels. Elle accueille leurs vices, leurs pêchés et leurs hérésies. Elle s'en nourrit pour faire naître des fleurs d'une rare beauté. Ce qui survit dans la souffrance est beau. Jonah est prêt à toutes les cueillir, en humer le parfum délicat pour ensuite en arracher toutes les pétales et écraser ce qu'il restera de son talon. Il est pire qu'un incendie. Rien ne repousse jamais des cendres qu'il laisse. Il se fume une clope, assit sur le rebord du fenêtre. Ses pieds se balancent dans le vide au rythme de ses pensées. Contemple cette ville dans laquelle il se sent presque comme chez lui. Sa jumelle est proche, il le sent. Il sent aussi que quelque chose est différent. Dénaturé. Il refuse de s'y pencher encore. Il n'est pas  prêt. Il connait ce qu'il peut supporter. Ce qu'il peut endurer avant de totalement vriller. Ses limites sont autres que celles des Humains. En même temps, l'est il toujours ? Lahja laisse entendre qu'il est sorcier. Que sa magie est noire et corrompue. Balian le dit âme Âme sans corps. Eden, elle, a toujours été la plus proche de la Vérité. Elle est l'une des seule à s'en approcher toujours plus, sans doute parce qu'elle sait qui il est. Sans doute parce que quoi qu'elle en dise, elle abritera toujours une part de son Essence gangrenée. Un soupire alors qu'il se redresse. Il est tenté de faire un pas. De balancer le corps de Timothée dans le vide. De se régaler de ce sursaut de vie qu'il aura juste avant que son crâne ne se brise au sol. Que son cerveau éclate et éclabousse les quelques passants. Il ne doute pas de prendre son pied. Il restera jusqu'à la fin. Jusqu'à l'impact. Viendra alors pour lui le délice de l'autre Monde. Celui qui l'a toujours accueillit. Entre deux. Jusqu'à ce qu'une âme brille plus qu'une autre et attires ses instincts. Une autre vie à condamnée. Un autre cadeau pour la Mort si tendre avec lui. Il est là son seul Amour. Si il a une maîtresse, c'est elle. Il n'est régit que par ses Lois. Que par l'éphémère. Fils du présent qui meurt à chaque seconde pour ressuscité sur celle d'après. Phénix insaisissable en perpétuel recommencement.  

Cette humeur morose ne lui convient guère. Le pas est tentant à franchir. Il penche la tête d'un côté puis de l'autre. Qu'en dis tu Tim ? Je te libère ? Je t'offre enfin le repos dans les bras de mon amie ? Elle te serait si douce. Si maternelle. Retour au source mon mignon. Aucune réponse évidemment. Son hôte est muet depuis longtemps. Jonah était lasse de l'entendre se plaindre encore et encore. Se lamenter sur son triste sort. Il roule des yeux. Allez, on arrête là le mélodrame.  Si il saute, c'est sur le plancher de l'appartement qu'il squatte. Son propriétaire, il n'a même pas eut à le tuer. Il pourrissait dans sa baignoire. Dommage. Il était arrivé trop tard pour se nourrir de ses derniers instants. Il s'étire longuement et attrape sa veste traînant sur une chaise. L'appétit se rappel à lui. Sans fin. Sa magie appelle au sacrifice quotidienne, à cette souffrance omniprésente dont il n'a qu'à cueillir les fruits. Mains dans les poches, il descend les escaliers après avoir claqué la porte. Il se défait de ses songeries profondes se concentrant à peine le bâtiment quitté. Il observe. Il regarde. Avec attention. Ses yeux sont bien ouverts alors qu'il marche, mais ce n'est pas avec eux qu'il voit. Son don s'infiltre. Il ouvre le voile sur la dimension des âmes. Il observe le ciel constellé de leurs étoiles. Puis il écoute leur chant. Leur appel ou leur silence. Le chemin qu'il suit l'amène près d'un pub, non loin de ce château où scintille les Essences inaccessibles, celles des Vampires. Il en mangerait pourtant bien une ou deux. Il en visiterai bien plus. Il se ferait touriste de leurs Passions. Il visiterait ce qu'ils sont comme l’esthète qu'il est. Celle de Callan est si belle. Ouverte à ses curiosités, il a depuis longtemps laissé l'entité le posséder. Que de merveilles. De trésors. Cette liberté loin de la Moral et du Sens commun. Il en sourit, calmant ses ardeurs. Il ne faudrait pas gâcher son repas, il ne trouvera rien ce soir d'aussi délectable que l'âme de l'Immortel.

Faut qu'ça s'arrête. C'soir. J'en peux plus. J'vais craquez. Ils vont m'rendre dingues.
On a un gagnant
. Les mots résonnent plus distinctement que les autres dans le Néant. C'est la mélodie de cette Colère qu'il suit. Peur. Un humain poussé dans ses retranchement. Jonah respire la panique qui fait battre son cœur. Il lui inspire ses faveurs, l'entité va les lui offrir. Il pourrait suivre la trace les yeux clos. Elle est visqueuse de lâcheté, crasseuse de rage muselée. Parfait. Il pousse la porte du bar, ne cherchant même pas le mortel qui doit noyer ses souffrances dans l'alcool. Il ne veut pas savoir qui attire cette nuit sa faim. Il ne veut pas de nom. Il ne veut pas accorder à cet homme plus d’intérêt qu'il n'a. Un buffet. Voilà tout. Jonah picorera la douleur qu'il transpire, l'attisera peut être un peu. Mais la partit s'arrêtera là. Pas d'envie particulière. Personne n'apprend à connaître le steak qu'il a dans l'assiette. Parmi la décadence, les brumes alcoolisés et les pêchés en nombre dans l'endroit, il n'a aucun mal à rependre son don dans l'atmosphère. D'autant plus qu'il la concentre en un point précis. Malheureux qui a brillé plus que les autres. Mais qu'est ce qu'on a là ? Il ne s'attendait pas à une âme aussi ravagé. Une tempête la fait virevolté à une allure folle. La conviction que tuer est la seule solution faisant vaciller une Conscience bien établie. Peut être qu'il s'est trompé au final. Peut être qu'il va investir un peu plus l'esprit. Proie qui atteint ses limites. Violence. Coup. C'est brouillon. La tornade d'émotions balaie tout, Jonah l'observe avec un intérêt certain. Je crois que tu es déjà dingue. L'individu sursaute brutalement, renversant son verre et celui du type à côté de lui par la même occasion. Il cherche presque paniqué cette interlocuteur qu'il aurai juré entendre.... Dans ton crâne, petit gars. Je viens de te le dire. Je crois que tu es déjà dingue.
Lui aussi, le voilà qui cause à son steak.
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Devil gonna come
« To capture a predator you can’t remain the prey, you have to become an equal. In every way. Become the beast, we don’t have to hide. Do I terrify you or do you feel alive ? »


Un autre jour au paradis

Bizarre. Étrange au dernier degré. Juste surprenant. Pour ne pas dire limite absurde à bien y penser, et assez déstabilisant en fait. Voir même carrément illogique de constater à quelle vitesse les années pouvaient défiler, passer, se suivre pour au final ne jamais se ressembler. Enfin. Jamais vraiment. Pas comme j'aurais pu l'imaginer, ou le croire jusqu'ici.

Et maintenant il y avait : un bar, un verre, un endroit m'en rappelant un autre. Ailleurs. Mais toujours au centre du cercle. Semblable, quoique pas non plus identique. Avec des odeurs. Des bruits, des mélanges de genre. Puis des gens. Autant de visages anonymes et d'histoires familières, qui disparaissaient au milieu des couleurs. S'illuminant ou s'éteignant sous les jeux de lumières. Alors que je m'apprêtais à passer un nouveau jour au paradis. Comprenant avec deux ans de retard qu'il n'y avait rien d'autre que je puisse faire. Rien d'autre que d'arrêter d'attendre. D'attendre que le temps en ait fini et terminé de se tordre et de se distendre. Réalisant qu'il ne tenait plus qu'à moi de refermer la brèche. Pour mieux arriver à reprendre pieds dans le moment présent. En pleine phase de guérison.

Avec pour seule arme ma bonne volonté. Et mon envie. Le besoin de refaire surface. De sortir la tête de l'eau, de ne plus boire la tasse, et de reprendre tout ce que l'on m'avait pris. Tout ce que j'avais abandonné. En quête de pardon, en quête de rédemption, en quête de renouveau. Comme autrefois, deux ans plus tôt, comme quand j'avais simplement décidé de perdre pour mieux apprendre à gagner. Avec sagesse. Une sagesse qui m'avait conduit à m'isoler. Quitte à ne plus vivre que dans le dénuement le plus complet. Tel un reclus de la société. Volontairement. Me réfugiant dans la prière et aidant ceux qui en avaient le plus besoin. En bâtissant, en réparant, en reconstruisant.

Symbole qui subitement m'apparaissait puissant. Si bien qu'en hommage à River Crow, je vidais cul-sec mon verre. Verre de whisky. Le verre de trop, le verre de la discorde, le verre porteur de tous les vices. Après tout, qu'importait la nature de mes efforts ou la force de mes sentiments, Ezechiel me condamnerait toujours.

Donc, j'en finissais ce soir de m'acharner à devenir un autre que celui que j'étais. Ni bon ni mauvais. Une victime, mais un prédateur aussi. Allez – à ta santé mon cœur – on se retrouverait suffisamment tôt. Profite.

Penses-y à deux fois. C'est un autre jour pour toi et moi au paradis. À cela, il n'y a rien que tu puisses trouver à redire. Pas que je sache en tout cas. Chose se faisant trop rare. Pourtant, ce soir j'avais quitté le château dans l'unique but de rentrer chez moi et d'y récupérer mes affaires. Tenant mes promesses. Même si je n'étais plus sûr de rien. De rien et surtout pas de nous. Mon sac de voyage posé négligemment sur une chaise. Égal à son propriétaire. Bref. Le pire à mon sens tu vois, c'est que lorsqu'un homme renaissait de ses cendres, il fallait qu'un autre homme se consume. Ainsi la roue tournait. Et le pauvre type assis à côté de moi aurait sans doute pu en témoigner. Au plus mal, voilà ce dont il avait l'air. Pas loin de me faire pitié. Seulement, je savais qu'un homme ne pouvait compter que sur lui-même pour se sauver.

C'est là-dessus que j'ai entendu cette voix. Une voix résonnant dans ma tête, et me forçant à relever les yeux. Les sourcils arqués. Écoutant, tandis que la porte du bar s'ouvrait “Je crois que tu es déjà dingue.” La perversion. Le meurtre. L'appel du sang et l'ambition macabre d'accomplir son forfait sans autre forme de procès. Ouvert au monde, l'esprit en éveil, réceptif et le corps en manque de sensations. Le monstre s'agitait. La bête réclamait qu'on la nourrisse. Et pris du plus indéfinissable des vertiges, je ne bougeais pas. Ne bronchais pas. Laissant ce tout nouveau danger, approcher. Grisé. Dopé à l'adrénaline “Dans ton crâne, petit gars. Je viens de te le dire. Je crois que tu es déjà dingue.” Mais pas que. Dans son crâne et dans le mien au passage. Je l'avouais. Me mêlant d'une histoire ne me concernant en aucune manière. Un sourire allant même jusqu'à se dessiner sur mes lèvres. Marre d'être gentil. De n'être qu'un objet de rejet. Le catalyseur de toutes les colères. Le vampire. L'amant infidèle. Le tueur, le fidèle croyant, le menteur. Bourreau. Repenti, de sorte que tout se bousculait.

Ce qui fait que posant mes coudes sur la table et calant mon menton dans les paumes de mes mains, je le regardais. Le gosse qui venait d'entrer. Les battements de coeur du petit humain cognant en parallèle, pulsant, battant dans mon propre torse. Curieux et intrigué. Prêt à tout pour me sortir de l'ennui dans lequel je me complaisais depuis trop longtemps.

Après, il y a eu deux verres de renversés. Un souffle de panique. Et mes yeux toujours braqués sur le chasseur. Mon sourire disparaissant et mes sourcils se fronçant. Dans l'expectative.

- On est deux dans ce cas, à être dingues…

Deux à t'entendre mon gars. L'un trop occupé à te redouter et l'autre, cherchant à se rappeler ce que ça fait de se sentir vivant. Qui tu es, ce que tu es, d'où tu viens et tes intentions, tout ça viens me le faire partager. Aujourd'hui, qui peut encore dire qui sont les gentils et les méchants ? De simples hommes avaient failli me tuer, alors que pour l'humanité j'avais tout sacrifié. Dis-moi où est le juste retour dans tout ça. Peut-être que je devais l'admettre.

L'accepter. Changer mon fusil d'épaule et arrêter de penser comme un opposant...

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ELIJIAH HASSAN JAZEEM
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A ses débuts, sa grande entrée dans la Nécromancie, Jonah pensait que la colère suffisait à consumer des âmes qui se livreraient dans les cendres. Un sentiment de toute beauté, qui ne lui suffisait que d’attiser dans le cœur des Hommes, s’y nombrer à y bruler. Il a rapidement comprit, qu’elle n’était rien sans un bon foyer. Il faut l’attiser, l’alimenter avec d’autres émotions pour que ses flammes viennent lécher toutes pensées cohérentes. La peur avant tout. Ceux qui ont peur, on une rage si singulière. Légitimer les raisons. Ecraser la Morale sous la certitude d’être dans son bon droit. Il n’attaque pas, il se défend. Gonfler l’égo. La fierté. Tout le monde à ses faiblesses face à l’irritation. Tout le monde à ces petits trucs qui le font vriller. Cette dame qui prend une éternité à compter sa monnaie, ce train toujours en retard, ce pc qui ne fait que planter,… Il prend toujours la peine de la chercher. C’est la clé pour ouvrir les portes au courroux destructeur. Alors il cherche, il se balade dans ses pensées, comme dans son âme, s’amusant à détruire ce qu’il y voit. L’homme n’a pas le temps de se remettre de sa voix doucereuse qu’il est déjà en proie aux souvenirs cuisants de ses humiliations quotidiennes. Il a pourtant tant besoin de ce travail déniché en sous-main. Sa famille dépend de l’argent qu’il rapporte. Jonah n’a même pas besoin de les chercher. Ils s’imposent à lui. Ils sont une torture perpétuelle.

C’est en prenant ses aises dans une réminiscence d’un collègue qui lui pisse dessus, que l’entité tique. Il soupire et délaisse son visionnage pour se concentrer sur cette intrusion. Il n’est pas seul dans cet esprit. Sa proie n’est pas l'unique à subir sa présence. Qui oses ainsi troubler sa quiétude ? Rien de mortel en tout cas. Il connait bien trop l’empreinte que laisse les Vampires dans les esprits qu’ils pénètrent. Il suis les pas, sifflotant en se sachant écoutés. Colère… Mais elle ne vient pas de l’humain. Elle est bien plus intense que ses pitoyables lamentations. Elle résonne à ses oreilles et si il ne peut d’avantage s’y plonger c’est que… Bingo. Un regard, un verre renversé et homme qui se dresse. C’est devant les portes de sa Conscience qu’il se trouve. Closes, comme pour tous les Immortels, excepté Callan. Avant même de savoir ce qu’il était, il lui a offert son âme, invité à la visité pour en connaître la Splendeur. Il pourrait ronronner rien que d’y songer. Il sourit. – Bien plus nombreux en Réalité. Son regard se plonge dans le sien, finalement amusé par ce petit plus. Il a les faveurs du Hasard, une fois encore. Lui qui était d’humeur si morose, brille soudainement d’intérêt. Il change d’humeur en suivant le sens contraire des Vents ou en s’y laissant porter.

Partir ? Pour aller où ? Rattrapant le fil des pensées, Jonah s’entéte à vouloir le garder dans la fête. Histoire de ne pas tout perdre si la situation s’avérait au final décevante. Ses instincts sont surs, mais son pragmatisme n’est jamais loin. Il n’aime pas les déceptions. Il préfère se les épargner. Le mortel tremble, hésitant, accordant un regard perdu et désolé à l’Immortel qui subit sa démence nouvelle. Il se rassoit, mais se redresse. Prends encore un verre. Détends toi. Tu t’égares. Tu ne va pas rentrer comme ça… Tu va pas imposer ta lâcheté à tes enfants. Il prend sa tête entre ses mains tandis que l’entité se tourne vers l’immortel, comme si de rien. Comme si il n’était pas en train de piller une psyché juste sous son nez. Il semble ensuite  s’en désintéresser et s’assoie à son autre  côté hélant le barman sans plus le regarder. Il se commande un verre. C’est… vraiment pas polie de s’initier ainsi dans ce qui ne te regardes pas. Il aime à se faire entendre dans la caboche de ceux qui ont l’habitude d’une intimité de l’Esprit. Il joue sur leur propres terrains même si il n’en possède pas tout la maitrise. Il compense avec d’autres talents. Cependant, je suis de bonne humeur et enclin à pardonner. Alors… paie mon verre et dis-moi… A Quoi ressemble ta folie ?

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Après, il y avait eu ces deux verres de renversés. Suivi d'un souffle de panique. Occulte et palpable. Et puis – tandis que je gardais les yeux braqués sur le chasseur – voilà que l'homme assis à mes côtés finissait par complètement perdre pied. Le sourire que j'affichais encore une minute plutôt s'évaporant face au malaise grandissant que je sentais émaner de ce dernier. Sourcils froncés. Dans l'expectative. Attiré par l'appel du sang, mais refusant toujours d'y céder.

Fidèle à l'histoire du monde. Une main de velours étroitement prise dans ce gant de fer que j'avais moi-même forgé. En créant un alliage indestructible, trempé dans la bonté, la méchanceté, le plaisir et la douleur, vive, intense, partageant mes désirs profonds entre l'envie de laisser la nature reprendre ses droits et le joug que cette bonne morale voulant que les plus forts d'entre-nous viennent en aide aux plus faibles continuait d'exercer sur moi. Mais est-ce que j'avais encore réellement envie de tendre la main à mon prochain ? J'en doutais. Comme je doutais de tout depuis qu'il m'avait fallu quitter ma retraite. Alors quoi… choisir de me fondre parmi les ombres de la nuit. De me tapir dans les recoins obscurs des âmes en perdition et d'attendre que l'heure du jugement dernier ne revienne frapper à ma porte. Ou rester dans la lumière. Attendre que l'orage passe son chemin, et que de nouvelles éclaircies percent le ciel.


Devil, devil
Clever devil devil
How quickly they do sell their souls ?
For the feast and the promise of gold
But Devil that won't be me !

Mon ciel. Chargé de nuages lourds et pesants. Que la voix perçant et transperçant mon esprit ne contribuait pas tout à fait à dissiper. Même si cet imprévu avait au moins le mérite de me changer un peu les idées et de m'aider à me focaliser sur autre chose. Centré que j'étais sur mes propres problèmes. Alors qu'on vivait en autarcie complète. Sur une île en état de guerre. Parqués dans une prison sans barreaux. En liberté provisoire. Toute race confondue, tout individu mélangé. De quoi réveiller nos instincts les plus primaires et nous ramener à l'état sauvage. L'absurdité de ma quête ne venant que d'autant plus m'en sauter aux yeux. Que pouvait bien représenter l'amour face à ce déferlement de haine…

Une voix qui me répondait effrontément : bien plus nombreux en réalité. Pour sûr. Tout en prenant soin de maintenir sous contrôle l'humain. Le manipulant, le transformant en marionnette, en un corps dépourvu de volonté.

Agile. Habile. Le désorientant complètement et le contraignant à lui obéir. Mais trop arrogant. Imprudent. Sans doute aussi très lâche. Car quel honneur retirait-il à s'attaquer à une proie aussi facile, malléable et fragile ? Quitte à dénoter à mes yeux d'un manque certain d'ambition. Se contenter du minimum. Se prendre pour un grand et pourtant, ne jouer que dans la cour des petits. Lui retirant ainsi bien du mérite. Au point que désormais, tout l'aspect tragique et on ne peut plus pathétique de sa démonstration de force, retombait à plat. Même si celui dont il avait décidé de faire sa victime, se mettait à trembler. De tous ses membres. Incapable de se contrôler. Les battements de son cœur se répercutant contre les parois internes de mon crâne. Sa peur m'envahissant tout entier. Tandis que de son regard perdu et désolé, ce dernier paraissait m'implorer. Me plaçant au centre du cercle de vie. Symbole cosmique. L'ordre du monde, les points cardinaux, et le rythme des saisons. Le laisser vivre ou le tuer. Amarok n'aimerait tellement pas que je détourne ses croyances dans mon seul intérêt. De sorte que pour l'instant, je laissais couler. Permettant au gamin qui se prenait pour un prédateur de se penser encore un peu au-dessus de la masse. De s'imaginer redoutable. Maître de la situation.

Devil, Devil
Bones of Metal, Metal
You torture saints with a single glance
Make them think they ever stood a chance


Une situation qui bientôt ne tarderait pourtant plus à lui échapper. Sur quoi, voilà que l'homme prenait sa tête entre ses mains. Quand mon chasseur lui, paradait. Se congratulant vraisemblablement de marcher en terre conquise. S'en même se rendre compte qu'il avançait dans la mauvaise direction. Courant vers sa propre perte tant mes humeurs vacillaient et glissaient sur la pente dangereuse. Foi d'irakien. L'humain s'en sortirait indemne. Et me relevant, je lui brisais la nuque. D'un coup sec. Dans un geste ferme et précis. Mes mains se posant sur ses joues et l'entraînant à ma suite dans mon ascension. Pour mieux laisser retomber son corps sans vie à mes pieds. Mollement. Dans un froissement sourd.

Alors que mes yeux revenaient se poser sur toi. Le magicien d'Oz. Si j'ignorais qui était ce cadavre, un homme bien, un membre de Tullamore ou tout autre chose, toi, je devinais aisément à quelle ethnie tu appartenais. Parce-que vois tu, là-bas, entre les murs du château, l'occasion m'avait été donnée de rencontrer une sorcière.

- Ce qui est mal poli, c'est de demander sans dire ni s'il te plaît ni merci. Maintenant, dehors !

Sors de ma tête. Et si tu t'y refusais, je t'en dégagerais avec perte et fracas. Au risque de faire imploser ta boite crânienne. Ton verre, c'est dans la gueule que tu allais le prendre. D'ailleurs, en me voyant t'empoigner à ton tour pour t'obliger à lever ton cul de la chaise sur laquelle tu venais de t'asseoir, le barman effectuait un repli franc et massif. Tu n'aurais pas dû faire comme chez toi. C'est imprudent d'entrer chez quelqu'un sans d'abord y avoir été invité. Sauf que par manque de chance pour toi, c'est sur mon territoire que tu empiétais mon gars et que ça me déplaisait. Fatigué d'essayer de comprendre. D'excuser. De justifier des abus de faiblesse qui n'étaient pas miens. Ce qui fait que t'imitant, je te parlais par les voix de l'esprit. Amplifiant le son jusqu'à t'en faire mal. Si je le voulais, je pourrais te tuer rien qu'en m'amusant à retourner tes souvenirs contre toi. En fouillant si profondément dans ton passé que ta constitution de mortel ne le supporterait pas. En premier lieu, tu te sentirais entièrement comprimé. Comme pris dans un étau. Ensuite, c'est ton nez qui se mettrait à saigner et tes yeux qui sortiraient de leurs orbites. Cruelles intentions.

D'accord. À présent, écoute attentivement ce que je te dis : donne-moi une seule bonne raison de ne pas te faire subir le même sort qu'à cet homme. Et sinon, c'est à toi qu'il reviendra de payer un verre à tous ceux dont tu as pris la vie. Je suis certain qu'ils ont tous hâte de te retrouver. Tu verras. Mourir par la morsure de la glace pour renaître dans les flammes de la vengeance, c'est jouissif. Vraiment unique. Après ça, tu n'aurais plus envie de revenir hanter les vivants. Ni même de pervertir leurs âmes, tant tu aurais à te soucier de sauver ce qu'il resterait de la tienne.

Rebel Rebel, call me a Rebel Rebel. I walk the plank, not a tear in my eye. I won't go down, your blushing bride. Under the water I'll be sharpening my knife. Do not try me Devil, Devil…

Admire le travail. Tu provoquais, je te répondais. Joignant les actes à la parole. Une parole muette, seulement audible par celui auquel je m'adressais. En l'occurrence toi. Des actes brusques, brutaux, qui voulaient que je te soulève afin de te plaquer sur la table. T'y couchant de tout ton long et agrippant l'une de mes mains à ton pantalon pour te tirer vers moi et m'installer entre tes cuisses. Les doigts de mon autre main eux, se refermant autour de ta gorge...

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