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 Tell me what's going on [PV Nick]

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Tell me what's going on
- Léandre McGuinness & Nick Murphy -




Parfois dans la vie jamais rien ne se passe comme on le voudrais. Cette chose, ce petit truc, je l’ai appris au fil des siècles. On voudrait que tout soit contrôlé, que tout se passe exactement comme on l’avait rêvé. Mais parfois il suffit d’un acte, d’une personne, pour que tout se casse la gueule. J’étais parti voir Graydon, et je pense l’avoir contaminé. J’avais beau tout retourner, tout ressasser, la situation avait dégénérée et au final ? Maintenant je ne sais plus. J’ai le sentiment que Théodore a fini par obtenir tout ce qu’il voulait. A défaut de m’avoir eu moi, il a entrainé mon infant dans un drôle de jeu et au final ? Au final il a fini par semer le doute en lui. J’ai pu le sentir, le ressentir, et au-delà de sans doute l’avoir rendu malade je pense que c’est ça le plus douloureux. Savoir, réaliser que mon fils se détache, de ne plus avoir le moindre contrôle sur lui. Je le sais apeuré, terrorisé, et je reste là, impuissant, ne pouvant rien faire. Parce que je n’ai plus le pouvoir. Ni celui de l’aider, ni celui de le ramener à la raison. Théodore O’Brian est un putain de manipulateur, et je sais tout ce dont il est capable pour arriver à ses fins. Je n’espère qu’une chose, le voir un jour changer, le voir se faire vampiriser, pour pouvoir attaquer. Là… L’intouchable deviendra touchable, et ce jour, je me ferais un plaisir de l’enfermer dans une boite pour lui faire payer au centuple tout ce que lui m’a fait. A la seule différence que neuf siècles nous séparent, et que de l’imagination, je n’en manquais pas. Loin de là. C’était cette idée, cette petite chose qui me permettait de me lever à nouveau. Balian m’avait trouvé faible, ramollis, me laissant mourir à petit feu et m’avait ramené à la raison. J’étais malade… Mais je n’étais pas encore mort. Elle était là, la vérité. Et plus jamais je ne me laisserais abattre.

J’avais mal. Bien trop mal. Je ne tenais à peine debout. Pourtant j’ai trouvé la force de sortir de ce lit, de porter ma vielle carcasse jusque dans la salle d’eau pour me faire couler un bon bain chaud. J’avais repris cette habitude depuis la visite de mon ami. Chaque jour, je me lavais, me désinfectais, retrouvant de ma sublime, me maquillant pour avoir l’air moins blafard, m’habillant, me coiffant, paraitre vivant, c’était mieux que cette réalité. Celle qui était que je continuais de m’éteindre à petit feu. Je me suis parait de mon éternel pantalon de cuir, laissant glisser une chemise en saton noir sur mes épaules, surmontant le tout d’une veste tout aussi noir que le reste. Me parfumant, reprenant cette apparence qui avait jadis était la mienne quand je contrôlais River Crow. Celle d’un Roi. Celle d’un souverain. Et non pas celle d’une victime. Wellan me surprotégeait, m’interdisant de sortir pour ne pas faire de connerie, mais je voulais lui prouver qu’il avait tort. J’avais besoin de ça. De m’occuper, de préparer l’offensive, de prouver que j’étais encore capable de gérer la situation. Je voulais revenir non pas à l’arrière, mais au-devant du champ de bataille. La maladie, je pense qu’elle était également psychologique. Et pour la freiner, c’était à moi de me battre. Comme le cancer. Plus on se laisse aller, plus il nous ronge. Plus on le combat, plus c’est nous qui le rongeons. Et très franchement je crois que c’est grâce à Balian que je reprenais du poil de la bête. Balian, et le sang de l’Alpha que l’on m’injectait tous les jours dans les veines. S’il ne tuait pas le virus, au moins, il le ralentissait, et ça, je pouvais le sentir. La solution était toute proche. Jayden allait la trouver. C’était une certitude.

Je me suis regardé dans la glace, satisfait de cette image que je renvoyais. Et silencieusement je me suis murmuré que tout allait bien se passer. Chaque nouvelle lune, chaque nouveau rituel. Cet instinct de survie, cette volonté de ne pas les laisser gagner. C’était tout ce qu’il me restait. Tout ce que j’avais pour trouver la force de persévérer. Sortant de la salle de bain, je me suis servie un verre de whisky, lu buvant cul sec avant de sortir une poche de sang du frigo. Le sang en poche. J’ai grimacé en le regardant. Ce que je ne donnerais pas pour croquer dans une veine. L’air blasé, j’ai quand même vidé son contenu dans un verre à pied, grimaçant en l’ingurgitant. Me demandant comme Wellan pouvait se nourrir de ça depuis des centaines d’années. C’était infecte. Laissant la moitié du verre pour m’allumer une cigarette histoire de faire passer le goût. J’avais envie de sortir, mais je savais que depuis mes deux petites escapades on me surveillait de prés. Alors j’ai ouvert les fenêtres, en grand, chose que je ne faisais jamais avant. Venant m’appuyer sur la balustrade, perché du haut de mon balcon. J’observais la ville, Belfast, tout comme à cette époque ou j’avais pu observer River Crow. Là, toujours au sommet. Toujours à cette place qui me permettait d’avoir une vue imprenable sur l’intégralité de tout mon Royaume. Machinalement, j’ai fait tomber la cendre de mon bâton à cancer, tout semblait si paisible dehors. Tout semblait si calme. Mais pourtant, je savais que c’était loin d’être le cas. Je savais que peu importe où l’on se trouvait, on était plus surveillé que jamais. Cette liberté on ne la retrouverait sans doute jamais. Ou en tout cas pas tout de suite. Parce que je savais qu’un soulèvement, ça prenait du temps. Des années entières de préparation. Des années, peut-être même des dizaines, voire des centaines. Si on voulait faire les choses, il faudrait tout simplement les faire bien.

Perdu dans mes pensées, c’est le son de la carte d’accès qui passe dans le lecteur qui m’a ramené à la réalité. J’en avais presque oublié ta visite. Nick Murphy, l’organisateur des Raid. Cela faisait un an que tu étais parmi nous, et jamais tu n’avais faibli. Prouvant ta valeur jour après jour, j’avais appris à te faire confiance. Tu avais fait du bien a tellement de monde ici, sans doute que tu ne t’en rendais pas compte, mais pourtant c’était le cas. Rapportant des vivres, des médicaments au risque de ta vie. Tu n’avais pas seulement sauvé le petit Alberteich. C’était un peuple entier que tu protégeais. Te rendant sans doute bien plus utile que moi ces derniers temps. Je me suis retourné vers toi, te souriant, me tenant presque droit comme un piquet alors que d’habitude c’était avachis et emmitouflé dans un peignoir sur mon fauteuil que tu me trouvais. Je n’allais pas mieux, ne te méprends pas, mais fallait le reconnaitre, le sang de lycan avait des vertus curatives. Enfin, je me sentais… Mieux. Et ça, ça n’avait pas de prix. Revenant dans le salon de mes appartements, j’ai laissé la fenêtre ouverte, ça faisait du bien de prendre l’air, allant nous servir deux verres de whisky. Je t’ai regardé. T’avais une sale gueule. Tout du moins, celle d’un type qui semblait avoir vu un fantôme. J’aurais presque pu me sentir vexé après les efforts vestimentaires que j’avais fait pour sembler plus vivant. Je t’ai tendu le verre, portant des gants en cuirs pour ne pas prendre de risque de te contaminer. Faisant quand même attention. Des habitudes que j’avais pris et que j’aurais sans doute du mal à oublier une fois guéris. Si tant est que je guérisse un jour. Il ne fallait pas que je m’emballe, ce n’était pas encore sûre.

« Tu sembles tourmenté Nicklaus. Pitié ne m’apporte pas de mauvaises nouvelles alors que je me remets seulement en selle. Si tu me flingue ma bonne humeur je te préviens, c’est à Balian que tu devras rendre des comptes. »

Nicklaus, un nom, le tien. J’étais sans doute le seul à t’appeler par ton véritable prénom. T’acceptant pour ce que tu étais, tu m’avais parlé de ton histoire, de ton passé, j’avais bu tes paroles, et tu faisais partie de ces rares personnes à être entrée dans mon cercles d’intimes. Tu ne pouvais rien me cacher. Encore moins tes états d’âme, et je voyais bien que quelque chose te tourmentait. Alors raconte-moi. Dis-moi ce que tu ne vas pas. Inversons les rôles. Peut-être que cette fois, c’est moi qui pourrait t’aider.




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I am the thorn in your side that seeks accomplishment reminding the mortal of death. I am the spore of your pride, an angel heaven sent. The master of all. You know just who I am. Don't be so distant, cause when you're lost, I am solely there to share your grief. Wailing for your sorrow is only my way to comfort you. Reminders of innocent youth, waiting for morrow. You're lonely. I name your solitude, I speak the truth.
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Tell me what's going on

Feat Léandre McGuinness

Dans un réflexe trop humain, Nick prit une longue inspiration avant de pénétrer le château. Il se sentait encore un peu ailleurs, perturbé par une étrange rencontre, mais il tenta de revenir à la réalité et reprendre ses responsabilités en main. L’heure n’était pas aux rêvasseries. Il salua les quelques vampires qu’il croisa en se dirigeant vers l’hôpital de fortune qui constituait une aile du château. Nick était plutôt familier de l’endroit, car il y rejoignait souvent Zick pour ramener les prises de ses raids nocturnes. D’ailleurs, les infirmiers le connaissaient bien puisque Nick en profitait souvent pour discuter et lancer quelques plaisanteries au passage, histoire de ranimer ce lieu un peu trop morne à son goût. Il comprenait que tout le monde ne veuille pas rire, après tout, l’endroit comptait plusieurs malades en quarantaine qui espéraient le développement d’un antidote, mais en même temps, si on ne riait pas maintenant, alors quand ? Il fallait garder le moral, même dans les pires moments. C’était son leitmotiv. Son crédo, même. Nick avait cette force de caractère que d’autres n’avaient pas, alors dès qu’il en avait l’occasion, il s’appliquait à la transmettre à ces gens, à force de boutades, de taquineries et de conversations animées, afin d’oublier un peu le quotidien pesant. C’était peut-être pour ça qu’il était en charge d’amener ses médicaments à Léandre. N’importe qui aurait pu s’en charger, après tout, mais il aimait l’idée que sa bonne humeur puisse faire un peu de bien au roi des vampires. Il essayait de le soutenir à sa façon, après tout, sans pour autant le traiter comme un patient en phase terminale. Contrairement à beaucoup de gens ici, il n’avait pas connu River Crow et débarquait fraîchement en Irlande. C’était donc dans ces conditions particulières qu’il avait fait la connaissance de Léandre McGuinness. À travers les histoires qu’on racontait, mais aussi et surtout grâce à ses visites hebdomadaires chez le souverain de la nuit.

Armé de son plateau de médicaments, Nick remonta les escaliers vers l’aile de l’appartement de Léandre, un quartier férocement gardé où peu de gens s’aventuraient. Seuls quelques privilégiés avaient une carte d’accès débloquant la porte menant à ce long couloir au fond duquel se trouvait la chambre du malade. La première fois qu’il était venu ici, il devait l’avouer, Nick avait été un peu intimidé. Léandre n’était pas n’importe qui et lui n’était qu’un humble vampire, mais il avait été agréablement surpris par la modestie du personnage. Sûrement que se retrouver bloqué au lit par un virus mortel devait aider à relativiser, mais malgré tout, Nick était persuadé que la nature de Léandre était foncièrement bonne. Il s’en était rendu compte en conversant avec lui et au fil du temps, des jours, des semaines et des mois, Léandre était devenu un confident, s’il osait dire. Il lui avait fait part beaucoup de choses sur sa vie de mortel, et le roi des vampires avait donc gagné sa place sur la courte liste des gens connaissant son passé. Léandre l’avait beaucoup invité à se livrer et parfois leurs rencontres régulières avaient eu des allures de thérapies psychologiques. De son côté, Nick aussi l’avait beaucoup fait parler, lui demandant de lui raconter l’histoire de River Crow et de comment ils en étaient arrivés là, mais s’intéressant également à sa vie. Léandre avait neuf fois son âge, après tout, et sa mémoire était un puits de souvenirs, débordant d’histoires plus intéressantes les unes que les autres. C’était en partie grâce à lui que Nick avait pu se familiariser à ce nouvel environnement. Léandre lui avait même permis de reprendre confiance en lui en le nommant chef des raids et aujourd’hui, il était très reconnaissant de ce que le roi des vampires lui avait apporté. Il toqua rapidement à la porte avant d’entrer.

« Salut, patron. » Lança Nick à la volée. Il fut surpris de le voir debout près de la fenêtre. « Tu as l’air en forme, aujourd’hui. »

D’ordinaire, il avait l’habitude de le voir au lit ou dans son fauteuil, souvent dans son peignoir, dans sa tenue de malade. Ce fut donc une surprise agréable de le découvrir si dynamique, si bien qu’il se convainquit aussitôt qu’il allait mieux. Il ne voulait pas se réjouir trop vite, mais c’était un bon début. Nick posa sur la petite table près du fauteuil le plateau contenant un verre d’eau et quelques pilules. Aucune efficace pour repousser l’avancée du virus, mais surtout utiles pour estomper la douleur et les quintes de toux. C’était juste une façon de rendre la survie de Léandre plus… Supportable. Nick était bien conscient que le virus ne s’en irait pas de si tôt, mais il avait bon espoir qu’un antidote soit un jour conçu. Se redressant, il sourit à Léandre en acceptant le verre tendu mais son expression se figea quand le vieux vampire sembla le percer à jour. Décidément, Léandre le connaissait trop bien. Il passa la main sur son visage en soupirant. Même s’il était flatté qu’on se soucie de lui, il n’aimait pas trop qu’on le remarque. Léandre avait bien assez d’ennuis pour s’embêter de ses états d’âmes, après tout. Il avait peu de visites et Nick refusait de gâcher l’ambiance par sa faute. Passant la main dans ses cheveux, il prit place sur un des fauteuils en laissant tomber le masque. Nier serait futile, Léandre savait déjà que quelque chose le perturbait, et il n’aurait pas l’audace de lui mentir impunément…  Si le vieux vampire était réduit physiquement, il n’avait rien perdu de son esprit acéré et de son instinct. Nick était impressionné. Il étira un rictus un peu forcé en secouant la tête, émettant un bref rire un peu jaune.

« Ça se voit tant que ça ? Je pensais pourtant faire illusion… Balian peut ranger ses poings, il n’y pas de mauvaise nouvelle, ne t’inquiète pas. » Le rassura-t-il d’abord. « C’est juste que… J’ai fait une drôle de rencontre. »

Comment l’expliquer… Il chercha ses mots et en profita pour boire plusieurs gorgées de whisky, sans prendre la peine d’apprécier le goût de l’alcool. Le liquide ambré lui chatouilla la gorge en lui laissant une agréable sensation de chaleur. Il poussa un long soupir en regardant par la fenêtre, pensif. Il avait encore du mal à croire à ce qu’il s’était passé. Pour lui, c’était encore invraisemblable, comme un rêve fugace, une illusion de passage. Il baissa les yeux sur son verre avant de les poser sur Léandre. Ça lui ferait peut-être du bien d’en parler, ça donnerait plus de réalité aux faits.

« Une personne du passé. Un SS, si tu veux tout savoir. Ça m’a fait vraiment… Étrange. » Il ne savait pas si étrange était le mot qui convenait. Irréel ? Invraisemblable ? Il ne savait pas comment le décrire. « C’est la première fois... Que je rencontre quelqu’un que j’ai vu dans ma vie de mortel, je veux dire. Ça t’es déjà arrivé, toi ? »  


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La vie était regorgée d’une succession d’imprévus, de petites choses que l’on n’avait pas vu venir, des rencontres, des retrouvailles, qui nous dépassait. Ce genre d’évènement qui nous faisait perdre le control parce qu’on n’a pas eu le temps de les voir venir. Tu étais encore bien jeune, et c’était sans doute encore bien abstrait pour toi, mais au fil du temps, tu finiras par t’y faire, par oublier, par passer au-dessus. Je t’ai regardé vider ton verre, comme si tu cherchais les mots justes, comme si, tu essayer de trouver la force de t’ouvrir. Je n’ai rien dit, quand tu as ouvert la bouche. Un SS, sans doute un fantôme de ton passé. Ce genre de personne que tu aurais préféré oublier, qui faisait remonter à la surface des évènements que tu pensais enfouis, là, quelque part. Tu apprendras. Ne t’en fais pas. Tu apprendras à finir par oublier ce temps où ton cœur battait encore. Avec le temps, avec le nombre des années. Tu finiras par te dire que ce n’était qu’un évènement parmi tant d’autres. On n’oublie jamais, non, ça fait partie de nous, parti de notre patrimoine, de notre histoire, de ce qui nous as forgé, mais ça finit toujours par passer. On finit par ne plus se sentir touché par toutes ces horreurs que l’on a pu connaitre. Mais ça demande simplement quelques années au compteur. Malgré les siècles, je peux encore sentir l’odeur de ma chair bruler, sentir mes os se briser sur cette roue de supplice, mais malgré ça, ça ne fait plus mal. Ca fini par ne plus nous toucher. Tu finiras toi aussi par ne plus rien ressentir en parlant de ton histoire, et bientôt, tu la raconteras sans même te poser de questions. Mais tu as encore le temps. C’est encore trop frais, la cicatrice est encore fraiche, il m’a fallu des siècles à moi pour vivre avec.

Ton passé dans les camps n’avait pas été des plus anodins. La douleur, la peine, la peur, la haine, toutes ces choses fortes que tu avais pu ressentir, tous ces cadavres que tu avais vus, c’était beaucoup. Surtout à ton âge. J’avais pu traverser les âges, traversé les guerres, et crois-moi, la Shoa était l’une des pires. Même pour moi. J’en avais profité, je dois bien l’avouer, pour conquérir River Crow. Le génocide que j’avais créé n’était pas plus beaux que celui d’Hitler. Callan avait fait crucifier des innocents, on avait tué beaucoup de personnes. Des femmes, des enfants compris. Jamais je n’oublierais vraiment ce 15 juillet 1942. A cette époque, je n’aurais pas été ton ami. Non, ça aurait été même tout le contraire. Je me foutais de ce que je faisais. Je n’avais plus la notion, ni du bien, ni du mal. Continuant d’en vouloir à Wellan pour tout ce mal qu’il avait pu me faire. Me laisser mourir pour mon soit disant bien. Le coup de poignard avait été tel que tout ce que je voulais, c’était détruire ses rêves, son empire. Je voulais imposer ma grande puissance tout comme Hitler avait imposer la sienne. Dans la peur, dans la crainte, une dictature fondée sur une oppression constante. L’empire d’Adolf Hitler n’a pas duré plus de quelques années. Le mien par contre ? Un siècle. Un siècle à tuer des hommes. A les rendre à l’état d’esclave. Aveuglé par cette envie de vengeance sur la race humaine. J’en arrive à me demander pourquoi je valais mieux que lui. Parce que j’ai des regrets depuis mon séjour à Tullamore ? Les regrets, certes, mais ça ne changera jamais ce qui a été fait. C’était une évidence. Et je ne sais même pas si Ezechiel t’as vraiment tout dit sur l’histoire qu’était River Crow.

J’en sais rien. Tout ce que je sais c’est qu’on m’a donné une seconde chance. Que c’est moi qui ai pensé à la coalition, que c’est moi, qui ai proposé une trêve pour vivre tranquillement, et non pas dans la crainte. Que depuis que je suis malade j’essaye de faire les choses bien, comme refuser le sang des hommes de Riverdall pour respecter ce pacte que j’ai signé. Pour leur prouver que je n’ai pas que de mauvaises intentions. Je suis en colère moi aussi. Contre Tullamore, contre tout ce qu’on nous fait subir, mais j’ai surtout compris que la cohabitation était possible si les deux camps y mets du siens. Et ça tu vois, il m’a fallu 950 ans pour le comprendre. Finalement mon sire n’avait peut-être pas tort. Si Balian me voyait il me frapperait pour ça. S’il m’entendait il dirait que je me suis ramollis, que c’est le virus qui parle. Mais j’en sais rien, j’ai plus envie de faire souffrir les gens, c’est tout ce que je sais. C’est tout ce dont j’ai vraiment conscience. Je nous ai resservis nos verres, les remplissant à nouveaux, avant de m’allumer une clope. Comment te réconforter quand on sait tout ce que j’ai fait ? J’en sais rien, je n’ai jamais été bon pour ça, c’était une certitude. J’étais même très mauvais dans la matière. J’avais toujours vécus plus pour moi que pour les autres. Si j’avais revu des gens de ma vie d’humain ? La question me semble tellement improbable en réalité. Si j’aurais souhaité que ce soit le cas ? Non. Que non. Je les ai tellement haïs ces gens que j’avais eu dans mon entourage. Je faisais partie d’une époque peu glorieuse, et malgré que je sois resté encré dans les mœurs de cette époque, je ne supportais pas l’injustice social qui régnait au-dessus de nos têtes. Humain… Je l’avais été oui… Mais c’était il y a tellement longtemps… Tellement… Que j’en ai oublié les saveurs. Les sensations… tout.

« Les nazis c’est comme les vieux, les cons et les Tullamore, on devrait tous les tuer à la naissance. »

Je t’ai lancé un clin d’œil, essayant de te rassurer, essayant de faire de l’humour pour dédramatiser la situation. Parce que je savais qu’on parlait de personnes qui avaient fait des choses, beaucoup sous les contraintes, certains par peur. Je ne leur cherchais pas d’excuses, mais à cette époque, je ne valais pas mieux. Peut-être que moi aussi on aurait dû me tuer à la naissance. Vas savoir. Le passé, des erreurs, on en fait tellement. Tous. C’est une chose tellement… Humaine. Comme on dit. Il ne tient qu’à nous de simplement les réparer par la suite. De changer, de se rattraper, de tenter de devenir quelqu’un de meilleur. Et très franchement, je pense que si j’ai pu y parvenir, tout le monde peut le faire. Et crois-moi, j’ai bien plus de sang sur les mains que n’importe qui sur cette putain d’île, tu peux me croire. Parce qu’indirectement, j’ai créé des génocide. River Crow était ma responsabilité et aujourd’hui, c’est toute notre race qui en paye le prix. Tout ça pourquoi ? Parce que j’avais trop d’égo ? Parce que je voulais simplement me venger de la race humaine ? J’ai été stupide de penser que je ne risquais rien, de croire que jamais rien ni personne ne pourrait me faire redescendre de ce piédestal sur lequel je me trouvais. J’avais été naïf. Trop égocentrique. Et maintenant ? On est tous drôlement dans la merde. C’est une évidence. Et j’ai conscience que je suis responsable, en partie, de toutes ces emmerdes qui nous sont tombées dessus sans prévenir, comme ça, du jour au lendemain. J’ai vidé mon verre, encore, écrasant ma clope dans le cendrier.

« Cela dit pour répondre à ta question, nope, ça ne m’est jamais arrivé. Je suis trop vieux je crois. En partant du principe que techniquement je fais partie des plus anciens… Mais tout ce qu’il faut que tu te dise c’est que ce sentiment que tu ressens, il finira par s’estomper. Peut-être que ce type est capable de ressentir ce que moi je ressens et qu’il s’en veut. Sens-toi libre de ne pas pardonner, c’est ton droit. Mais ne laisses pas la colère t’envahir Nicklaus, crois-m ’en mon expérience, elle est pire que tout.»

Je te parlais, simplement, en connaissance de cause. Se venger ne t’aiderait pas à apaiser ta douleur, je ne savais que trop bien de quoi je parlais. Au contraire, elle ne faisait que l’alimentais des lors que tu te rendais compte que tu en voulais encore. Le sang ne réclame pas forcement le sang, il faut parfois se montrer plus intelligent que ça. Et toi, tu étais un homme bon. Reste-le. C’est ce qui te rendais si fort et unique. Amicalement je suis venue te tapoter le genou, comme pour te changer les idées. Continuant de boire plus par habitude que par autre chose. Au moins, je ne risquais pas de crever d’une cirrhose. Fallait apprendre à relativiser, tout simplement.

« Racontes-moi plutôt comment ça se passe de l’autre côté de ma super prison dans laquelle me séquestre mon propre frère pour ma sois disant, sécurité. Je veux tout savoir. »

Tout savoir, et être au courant de comment va la vie, là, dehors. Espérant ainsi garder une certaine main sur ce qui restait de ce royaume que j’avais bâtit. Je n’avais peut-être plus de pouvoirs, mais je restais ce soit disant Roi que je devais être. Le Roi… De plus rien…





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