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 « We're the beast, you're the soul » | Feat Jojo

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We're the beast, you're the soul

Every man has a wild beast within him


La nuit est épaisse mais je distingue les contours des arbres, la forme des racines, l’éclat de la lune sur les feuilles humides. Je me suis habitué à l’obscurité, je l’embrasse comme une amante, elle est ma seconde maison. Les ténèbres ne m’effraient pas. Elles m’habitent. Je sors peu le jour, préférant poser un pied dans la lumière quand justement le soleil disparaît. Quand les chaumières se ferment et les bougies s’éteignent, quand les plus prudents restent chez eux et laissent les rues désertes aux mains des insomniaques. J’aime la nuit. Sa fraîcheur moite qui me chatouille la peau quand la brise souffle, l’épaisseur silencieuse de son atmosphère tranquille et mystérieuse. La nuit est l’heure des monstres, des inconscients et des courageux, l’heure des impudents et des insouciants. C’est là qu’on y fait les plus belles rencontres. Je le sais car j’en ai fait l’expérience, profitant du sommeil de mon hôte pour habiter sa chair, enfilant ses muscles comme une seconde peau, faisant son corps mien. Je repousse Angel dans les limbes. La Bête, elle, dort encore, ne sortant qu’à de rares occasions. J’apprends à la dompter. A la connaître. Car elle n’est pas différente, en réalité. Elle est moi. Elle est nous. Et nous sommes elle. Multiples dans un seul corps, dans un seul organisme, à nous partager ce calice. Fut un temps où je nous pensais uniques dans ce monde, où je nous voyais être une particularité dans la masse, une exception dans l’uniformité. Mais j’ai découvert les bêtes, comme tout le monde. Vampires, sorciers, loups-garou, et j’en passe. Et j’ai alors compris que nous n’étions probablement pas si différents. Moi qui doutait de mon existence, naissant dans le chaos d’un esprit malade et fragmenté, ait commencé à songer que j’étais peut-être comme ces autres, d’une nature supernaturelle, presque… fantastique. Et si ? Si j’étais autre chose ?

Je m’applique à tester les limites de mes capacités, persuadé d’être plus que ce je pensais être. Je le sens couler en moi. Ce pouvoir qui me dépasse. Qui nous dépasse. Convaincu qu’il est mien. Seulement mien et pas leur. Ni l’hôte ni Angel ne semblent en avoir conscience, preuve tangible de ma légitimité à cette force que je teste régulièrement. Alors oui, j’aime la nuit. Pour sa discrétion et son obscurité, qui jusqu’ici m’ont toujours protégé des regards et de l’attention des gens. Je passe sous le radar, ne laissant derrière moi que des pistes sans fin, des mystères permanents. Je quitte la ville, m’engouffrant dans la sombre forêt qui nous entoure. C’est là que les choses deviennent réellement intéressantes, c’est là que je peux enfin me laisser aller à cette force nouvelle. Même dans une île en ruines, même sous le joug d’une organisation étrange, je ne dois pas toucher aux humains que nous côtoyons. Depuis que j’existe, j’ai appris l’importance de la prudence et de la furtivité. C’est donc au-delà des frontières que je vais chercher ce que je désire, traversant les bois au pas de course. Mes yeux ne me trahissent pas, je vois dans la nuit avec une acuité aigue, évitant souplement les branches qui jonchent le sol, bondissant au-dessus des trous qui déforment la terre. Je me suis découvert cette endurance incroyable. Inhumaine, si j’ose dire. Je parcours plusieurs kilomètres à ce rythme, sentant mon cœur battre la mesure ; et je compte avec lui, concentré sur la régularité de ma respiration. Le chaos m’entoure mais mon âme est une mer d’huile, plate et calme, régulière, que rien ne vient perturber. J’aime ce contraste. Je joue de ce corps si fort à présent, m’amusant de la facilité avec laquelle je m’éloigne de la société pour plonger dans le danger profond de la nature sauvage.

C’est là. Loin de la ville, au cœur de la nature, sur des sentiers cachés, que je les ai vus pour la première fois. Ceux qui dirigent l’île, qui habitent en son sein et ont érigé ce mur immense qui nous sépare du reste du monde. C’est là que j’ai aperçu des agents de Tullamore, usant de ce lieu comme un passage entre deux bases. Je me glisse entre les arbres, me fondant dans les ombres, prenant le visage du prédateur que je suis. En m concentrant, je peux sentir leur odeur. Un humain ordinaire n’y arriverait pas. Un humain ordinaire ne pourrait même pas courir en pleine forêt la nuit sans trébucher. Mais je ne suis pas un humain ordinaire. Je tends l’oreille et j’écoute la nuit, le vent me porte les éclats de voix de deux agents. Je me lèche les lèvres. D’appréhension. D’impatience. Car cette force a besoin d’un carburant, et ce carburant, je le sais, je le sens, c’est le sang. Les vampires vivent du même nectar, et eux sont puissants et immortels, je dois forcément être des leurs. J’ai libéré cette puissance de ma propre volonté, je suis convaincu qu’elle est la preuve de ma véritable nature. Je me rapproche à pas de loup, serrant doucement les poings. Mon corps se tend, mes muscles se contractent, prêts à passer à l’offensive. Je crois qu’au fond, je l’ai toujours su. Que je n’étais pas ordinaire, que le prédateur que je donnais à voir n’existait pas sans raison. J’en étais convaincu. Et c’est pour ça que régulièrement, j’essaye de me le prouver, apprenant doucement à apprivoiser ce corps que je manie de mieux en mieux. Je me suis enseigné tout cela seul, là où mon hôte continue de se complaire dans sa condition misérable de naufragé dans un pays en ruines.

J’agis dans l’ombre. Je fonds sur mes proies comme un rapace en plein vol, avec une vitesse folle. Ils n’ont rien le temps de voir. J’assomme le premier d’un coup de poing avant de me jeter sur le second qui se saisit de son arme. Trop tard. Je me jette sur lui, la lutte est féroce. Il se débat, le bougre ! Mes phalanges vibrent sous la violence des coups que je donne et lorsque je le sens assez assommé, je me penche sur lui, posant mes lèvres sur sa gorge. Je mords sa chair, mes canines semblent répondre à ce contact. Je les sens s’allonger, je crois. Mon corps se plie à la volonté du monstre. Je m’abreuve alors du sang qui gicle par la plaie ouverte, artère déchirée qui laisse s’écouler la vie. N’importe quel humain tomberait malade en buvant du sang. Vecteur de maladies, ce liquide écarlate est la source d’angoisse pour beaucoup. Pas pour moi. Il me semble que ce goût métallique et salé est plaisant. Je suis persuadé qu’il me donne de la force, qu’il me nourrit, me transporte. Je bois alors, désireux de libérer un peu plus ma puissance, sans plus me soucier de l’hémoglobine tachant mon menton et mes vêtements. Je me laverai en rentrant, avant que l’hôte ne se rende compte de quoi que ce soit. Ne restera de cette nuit qu’un souvenir bien caché au fond de ma conscience, auquel personne d’autre ne pourra accéder. Je me redresse en souriant, essuyant d’un revers de main mes lèvres dégoulinantes. Si je n’entendais pas le bruit tonitruant de mon cœur répondant à cette brusque montée d’endorphines, je serais persuadé d’être un vampire.

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We're the beast, you're the soul
Jonah
Fowler
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Boltanski
Instable et il balance entre la joie et la colère. L’euphorie et la rage. Tout se déroule selon les plans qu’il tisse d’une multitude d’hypothèses, y capturant les certitudes pour nourrir l’araignée qui agite constamment ses longues pattes dans un coin sombre de son âme. Il en observe souvent la toile, frémissant des tourments qu’il prémédite. Il sera un fléau pour cette Terre. Les Tullamores en cobayes. Il s’injecte, maladie des esprits et prolifère. Barbier est le projet Zéro. Théodore est un patient aux diagnostiques incertains. Il plait à l’entité. De la folie qui le ronge, à cette lucidité qui le frôle. De sa grandeur à sa chute que Jonah imaginait léthale. Jusqu’à le rencontrer. Il reste pourtant un obstacle sur le chemin qui mène à Graydon, pour qui il entrevoit tant de splendeur, un devenir glorieux au milieu des corps et des morts. Le retrouver n’était qu’un point de départ, a présent, il explore les possibilités et il aura besoin de Balian pour ça, bien plus au faite que lui de tous les ascendances immortelles. Callan ignore tout de l’existence du jeune vampire et il n’avait pas besoin de l’interroger pour le savoir. Il le quittait tout juste et pourtant… Il reviendrait vite. Sa place a toujours été en son âme. Il a tant encore à apprendre de l’immortel. Tant à découvrir de ses siècles d’existence puis tant à graver de la sienne. Elles s’entremêleront en un pacte que la Nature même désapprouve. L’aberration qu’il est ne devrait pas jouir d’une autre Renaissance. Particulièrement si elle est infanté par le Prince déchu que les démons ont pri pour fils. Callan les éventre, de l’acier tranchant des Vérités qu’il détient. Jonah veut lui offrir ce corps qu’il a fait sien. Et l’essence maléfique de ce qu’il est. Un monde nouveau lui tend les bras et il a hâte de lui écarter les cuisses, les doigts autour de sa gorge. Amant violent et passionné.

La tâche sur le tableau parfait grignote peu à peu les couleurs vives. L’allemand a éclairé de ses sombres pensées, ce que Jonah se cachait avec soin. Eden. Sa petite sœur, sa possession qu’il n’a accepté de céder qu’à un seul, digne d’elle. Ou de ce qu’elle fut. Il s’est essayé à retracer sa lumière parmi les âmes, à chercher sa lueur qui éclipsait toutes les autres de son aura immaculé. Il a longuement guetter son halo de lumière mais n’a fait face qu’aux ténèbres. Elle ne pouvait être morte, de ça, il en était sûr. Il l’a sentait toujours. Il effleurait ses peurs et ses craintes, si proche de son esprit sans parvenir à s’y engouffrer. Le secret qu’il se taisait était à présent un cri de rage. Ce pitoyable vampire avait souillé sa jumelle de son Eternité. Il avait bafoué la déesse qu’elle était du misérable de son existence. Il mourait pour ça. L’entité se le promettait sans cesse, jetant ce serment en pâture aux cerbères de sa vengeance. Leur patience sera récompensé du cadavre de Josias qu’il livrera à leur appétit vorace. Il fait tourner, sur un serpent mordant sa queue, les conspirations multiples qu’il projette de cet assassinat voulu odieux. Cruel. Il contrôle à renfort de raison l’impulsivité première. Il reviendra dans la vie de sa sœur comme il en est partit, en Destructeur de meilleurs et de rêves, qu’elle persiste à cultiver.

Partit pour apaiser sa Faim et détourner les rouages de son esprit, les Limbes ont soudainement flamboyés à sa vision. Etoiles prêtes à s’éteindre de leurs souffrances, l’invitant à abréger leur agonie. Il se fera mort clémente et pillera leurs derniers soubresauts d’espoir. Il en a délaisser le corps  de Tim, le préservant pour sa sanctification à venir. Passant d’abord d’hôte à hôte, ombre de leurs démences, pour s’en choisir un qu’il n’avait plus qu’à achever. Un homme, la trentaine frôlée. Il ne l’aurait jamais atteinte, ravagé par la guerre et ses horreurs. Plus de travail. Plus d’argent. Plus de maison détruite par les bombes. Plus de femme perdu dans les flammes, de ce fils qu’elle portait. Plus de famille. Plus rien. Mercenaire qui loue ses talents de mort. Ancien militaire qui se bute à coup d’alcool, y noyant son chagrin et ses primes. Créanciers malhonnêtes au cou, il s’enfonce dans la tombe. La drogue lui offre un paradis éphémère qu’il rêve de rendre éternel. Il touche au but, Jonah a ses crocs sur ses dernières lueurs de volonté. De conscience. Il crève dans le regret et le remord. La douleur des ratés et des loupés. Sa conscience se perd sur le cri de son seul amour et un rire qui fige son cœur. Bientôt. Pour le moment tu m’es utile. Je te promet cependant l’apaisement. Tu l’aura ton doux trépas. Je bercerai tes dernières pensées, jusqu’à ce qu’Elle te réconforte enfin. Le violon fait taire quelques gémissements indésirables et il étire cette enveloppe nouvelle. Plus grande. Plus forte aussi. Mais toujours aussi humaine. Il a gouté à une essence vampirique, il s’en est imprégné, maintenant, il veut l’adopter. Puis la dompter.

Les Tullamores. Objet de son errance. A l’affût des confidences qu’il vole, assoiffé de ses connaissances anodines qui s’avèrent cruciales quand il emprunte leurs visages. Rien ne l’avait préparé à la scène qui s’en suit la traque des cobayes. Victimes d’un être que Jonah ne peut qualifier. En prime abord, un vampire sanguinaire. La similitude de ses retrouvailles avec le Bourreau, place cette rencontre sous les hospices éblouissantes du rubis. L’entité peut cependant s’engouffrer dans l’anarchie de son âme, il n’est donc pas damné du Soleil. Mais il n’est pas simple mortel pour autant. L’instinct de la Bête anime son échine d’une douce vibration. Un Lycan. Un éclair de folie à heurter ses abysses, pour scindes les vices et dissocier les délices. Jonah s’égare dans un chaos d’abord inqualifiable. Lui, Maître choisi de l’intangible obscurs, se confronte à la surprise de la nouveauté. Rien n’est comme ailleurs ici. Tout y est différent. Un sourire étire les lèvres de son hôte, accoudé à un arbre. Il inspire longuement l’air où l’odeur de sang, se dilue à chaque battement frénétique. Curiosité qui chasse sa colère et agite les mécaniques de ses neurones. Sa magie suit le chemin des violences et des excès à la recherche d’une brèche où s’engouffrer. La puissance est suintante de l’aura,  tout autant que la conviction de l’être. Envolée du violon, sous la voix qui chuchote là où les rêves se font entendre. J’ai vu bon nombre de Vampire en quête de leur mortalité perdue. Beaucoup à espérer la ressuscitée de leurs larmes vermeilles et d’actions pieuses. J’ai vu tout aussi souvent des mortels en quête de l’immortalité. Beaucoup à tenter de la gagner en dansant la décadence. Mais jamais encore, un tenter de s’en gorger des entrailles encore fraîches de la Vie. Jonah s’avance, sortant des ombres qui auraient pourtant du le trahir aux sens du loup. Elément qu’il prend soin de noter quelque part dans son encéphale. La joie sur ses traits n’est pas joué. Il est heureux de tout ce qui le détourne de l’ennui et de la routine de ses machinations. Il se plie en une révérence gracieuse qui tranche avec la carrure du gaillard. -En cela mon ami, tu mériterai ta place aux côtés des Amants de la Mort.


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Je ne l’entends pas arriver. Mon cœur bat à mes oreilles. Décharge d’endorphine dans mes veines. Je suis abruti d’une euphorie malsaine. Le sang coule dans ma gorge, nourrit mes muscles, ma chair. Le nectar de la vie se dissipe en moi. Une force nouvelle m’habite, attisée par l’hémoglobine. Je me sens bien. Je me sens moi. Il n’y a plus que moi dans ce corps. Pas d’hôte, pas d’Angel. Juste le hurlement lointain de la bête qui se délecte des restes, contentée par l’offrande sanguinaire. Moi, Nathanaël, je me sens maître de ce corps, de cette chair, je la fais mienne, reprenant le rôle qui aurait dû être le mien depuis le début. Finalement, peut-être que ce n’est pas moi, le parasite. Finalement, peut-être que c’est bien moi, l’âme originelle, le véritable propriétaire. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, je suis plus méritant que les autres. Ils ne doivent notre survie qu’à moi. Leurs hésitations, leurs peurs et leurs bêtises auraient pu nous perdre cent fois. Ma logique, ma précision et ma droiture nous ont sauvé la mise. Je passe les mains sur mon visage, prenant une longue inspiration. L’odeur piquante et métallique me fait frémir, elle est si forte, elle emplit l’air d’un parfum indescriptible qui embaume la vie et la mort à la fois. Je deviens familier à cette odeur qui m’enivre de plus en plus, qui je le sais, marquera mon ascension dans le monde des créatures. Je quitterai les humains, un jour où l’autre, je ne suis pas simple mortel, c’est certain, et cette puissance qui m’habite saura être libérée et domptée. Il le faut. Je n’en peux plus de n’être qu’un morceau d’esprit quand je me sens être un âme à part entière. Je suis compressé dans des chairs qui m’oppressent, qui m’emprisonnent, qui me volent ma véritable force et m’empêchent de m’affirmer. Je renverserai les choses bientôt. Je m’en fais la promesse en me léchant les lèvres, priant silencieusement pour que ce jour arrive vite, alors non, je ne l’entends pas arriver.

« Je mérite ma place, dis-tu… » Je me retourne. Il m’a surpris mais pas effrayé. Ses lèvres ornées d’un rictus assuré me font sourire en retour. « Pour la mort d’un simple déchet dont je me repais du dernier soupir. »

Mon pied cogne dans le corps à mes pieds. Le cadavre roule, s’affaisse, vulgaire poupée inanimée. Ma langue vient claquer contre mon palais avec suffisance tandis que je redresse le menton. Un déchet, oui. Un faible. Amas de chair, d’os et de sang, animé par une intelligence limitée. De la chair à canon, toute bonne à être éliminée. Une proie. Une simple proie dans un monde de prédateurs, dans un monde où je suis un prédateur. Voilà ce qu’il est. Cet homme sans nom qui a à peine eu le temps de se battre pour sa misérable vie. Cet être dont j’oublierai rapidement le visage et dont personne ne pourra témoigner de la mort. Je suis le seul témoin dans ce corps que je partage, ayant pris le contrôle au point de ne laisser personne d’autre assister à mes actes. Ou… Peut-être bien que si. Il y a un témoin. Cet homme en face, sorti de nulle part, dont la première impression qu’il laisse est une curiosité sincère. Il me sourit, et je me demande s’il a assisté à la scène. Flatté de ses compliments, je ne me laisse pas emballer. Il n’y a nulle gloire à s’attaquer aux petites proies, nulle victoire dans un combat gagné d’avance. Je ne me sens pas méritant, même si j’aimerais l’être. Je sens que je pourrais aller plus loin, faire plus, faire mieux. Toutefois, c’est la première fois qu’une personne extérieure admire mes actes. La première fois qu’un étranger salue mes gestes. Un sentiment étrange m’envahit, une sorte de satisfaction emplie de fierté, un accomplissement. Je me sens exister. Je me sens reconnu. Moi qui ne suis d’ordinaire que le fragment d’une âme morcelée. Ça me fait plaisir, oui. Je vis. Je suis là. On me regarde, on me voit. Au-delà de l’enveloppe charnelle, on atteste de ma présence. Pour la première fois. J’observe l’inconnu, intrigué, certain que tout comme moi, lui non plus n’est pas réellement humain.

« Qu’es-tu ? » Et non pas ‘qui es-tu ?’. Ce n’est pas ce qui m’intéresse pour le moment. « Un esprit perdu à l’âme de poète qui a croisé mon chemin par hasard ? »

Je m’approche. Sans peur. Je ne le sens pas hostile et depuis quelques temps, j’ai tendance à toujours faire confiance à mon instinct. Il ne m’a jamais trompé. Dans ce monde de logique et de calcul, c’est le seul sentiment infondé que je crois. L’instinct ne se base sur rien, sinon sur de profonds ressentis qui vont au-delà de la conscience humaine. J’aurais tendance, en général, à ne croire qu’aux faits, aux chiffres et aux observations, mais mon instinct, lui, a toujours été acéré et infaillible. Je pose mon regard clair sur cet homme étrange, observant son visage, détaillant son corps. Ce n’est pas un vampire. Il n’a pas la pâleur stoïque de ces créatures. Sa cage thoracique n’a pas cette immobilité profonde qui les caractérise. Il respire. Sa peau est trop rose pour qu’il soit de ceux-là, elle respire la vie, encore irriguée par des milliers de vaisseaux sanguins qui convergent tous vers un cœur qui bat. Cependant, il n’est pas humain. Il n’a pas l’ignorance abrutie de mes semblables au fond de son regard. Il n’a pas l’innocence assommante et naïve des mortels, ceux qui s’horrifient bien souvent du sort de leurs semblables. Au contraire, la scène semble l’amuser. Peut-être même le mettre en joie. Je n’identifie pas ce sentiment, mais il est positif, c’est certain. Et cette joie devient mienne, car, alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde, je viens de trouver au beau milieu de nulle part un compagnon de jeu. Je tends la main vers lui, les doigts tachetés de sang, ne me souciant pas le moins du monde de ce liquide encore chaud qui souille ma peau. Mes lèvres s’étirent en un sourire poli et avenant, alors que je retrouve mon visage de gentleman. Celui que j’adopte généralement pour me fondre dans la masse, loup au milieu des agneaux.

« Nathanaël. » Je me présente poliment. « Certains attendent que le temps change, d’autres le saisissent avec force et agissent. Peut-être est-ce plus en cela que je mérite ma place ? »

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