The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

Partagez | 

 « We're the beast, you're the soul » | Feat Jojo

♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

We're the beast, you're the soul

Every man has a wild beast within him


La nuit est épaisse mais je distingue les contours des arbres, la forme des racines, l’éclat de la lune sur les feuilles humides. Je me suis habitué à l’obscurité, je l’embrasse comme une amante, elle est ma seconde maison. Les ténèbres ne m’effraient pas. Elles m’habitent. Je sors peu le jour, préférant poser un pied dans la lumière quand justement le soleil disparaît. Quand les chaumières se ferment et les bougies s’éteignent, quand les plus prudents restent chez eux et laissent les rues désertes aux mains des insomniaques. J’aime la nuit. Sa fraîcheur moite qui me chatouille la peau quand la brise souffle, l’épaisseur silencieuse de son atmosphère tranquille et mystérieuse. La nuit est l’heure des monstres, des inconscients et des courageux, l’heure des impudents et des insouciants. C’est là qu’on y fait les plus belles rencontres. Je le sais car j’en ai fait l’expérience, profitant du sommeil de mon hôte pour habiter sa chair, enfilant ses muscles comme une seconde peau, faisant son corps mien. Je repousse Angel dans les limbes. La Bête, elle, dort encore, ne sortant qu’à de rares occasions. J’apprends à la dompter. A la connaître. Car elle n’est pas différente, en réalité. Elle est moi. Elle est nous. Et nous sommes elle. Multiples dans un seul corps, dans un seul organisme, à nous partager ce calice. Fut un temps où je nous pensais uniques dans ce monde, où je nous voyais être une particularité dans la masse, une exception dans l’uniformité. Mais j’ai découvert les bêtes, comme tout le monde. Vampires, sorciers, loups-garou, et j’en passe. Et j’ai alors compris que nous n’étions probablement pas si différents. Moi qui doutait de mon existence, naissant dans le chaos d’un esprit malade et fragmenté, ait commencé à songer que j’étais peut-être comme ces autres, d’une nature supernaturelle, presque… fantastique. Et si ? Si j’étais autre chose ?

Je m’applique à tester les limites de mes capacités, persuadé d’être plus que ce je pensais être. Je le sens couler en moi. Ce pouvoir qui me dépasse. Qui nous dépasse. Convaincu qu’il est mien. Seulement mien et pas leur. Ni l’hôte ni Angel ne semblent en avoir conscience, preuve tangible de ma légitimité à cette force que je teste régulièrement. Alors oui, j’aime la nuit. Pour sa discrétion et son obscurité, qui jusqu’ici m’ont toujours protégé des regards et de l’attention des gens. Je passe sous le radar, ne laissant derrière moi que des pistes sans fin, des mystères permanents. Je quitte la ville, m’engouffrant dans la sombre forêt qui nous entoure. C’est là que les choses deviennent réellement intéressantes, c’est là que je peux enfin me laisser aller à cette force nouvelle. Même dans une île en ruines, même sous le joug d’une organisation étrange, je ne dois pas toucher aux humains que nous côtoyons. Depuis que j’existe, j’ai appris l’importance de la prudence et de la furtivité. C’est donc au-delà des frontières que je vais chercher ce que je désire, traversant les bois au pas de course. Mes yeux ne me trahissent pas, je vois dans la nuit avec une acuité aigue, évitant souplement les branches qui jonchent le sol, bondissant au-dessus des trous qui déforment la terre. Je me suis découvert cette endurance incroyable. Inhumaine, si j’ose dire. Je parcours plusieurs kilomètres à ce rythme, sentant mon cœur battre la mesure ; et je compte avec lui, concentré sur la régularité de ma respiration. Le chaos m’entoure mais mon âme est une mer d’huile, plate et calme, régulière, que rien ne vient perturber. J’aime ce contraste. Je joue de ce corps si fort à présent, m’amusant de la facilité avec laquelle je m’éloigne de la société pour plonger dans le danger profond de la nature sauvage.

C’est là. Loin de la ville, au cœur de la nature, sur des sentiers cachés, que je les ai vus pour la première fois. Ceux qui dirigent l’île, qui habitent en son sein et ont érigé ce mur immense qui nous sépare du reste du monde. C’est là que j’ai aperçu des agents de Tullamore, usant de ce lieu comme un passage entre deux bases. Je me glisse entre les arbres, me fondant dans les ombres, prenant le visage du prédateur que je suis. En m concentrant, je peux sentir leur odeur. Un humain ordinaire n’y arriverait pas. Un humain ordinaire ne pourrait même pas courir en pleine forêt la nuit sans trébucher. Mais je ne suis pas un humain ordinaire. Je tends l’oreille et j’écoute la nuit, le vent me porte les éclats de voix de deux agents. Je me lèche les lèvres. D’appréhension. D’impatience. Car cette force a besoin d’un carburant, et ce carburant, je le sais, je le sens, c’est le sang. Les vampires vivent du même nectar, et eux sont puissants et immortels, je dois forcément être des leurs. J’ai libéré cette puissance de ma propre volonté, je suis convaincu qu’elle est la preuve de ma véritable nature. Je me rapproche à pas de loup, serrant doucement les poings. Mon corps se tend, mes muscles se contractent, prêts à passer à l’offensive. Je crois qu’au fond, je l’ai toujours su. Que je n’étais pas ordinaire, que le prédateur que je donnais à voir n’existait pas sans raison. J’en étais convaincu. Et c’est pour ça que régulièrement, j’essaye de me le prouver, apprenant doucement à apprivoiser ce corps que je manie de mieux en mieux. Je me suis enseigné tout cela seul, là où mon hôte continue de se complaire dans sa condition misérable de naufragé dans un pays en ruines.

J’agis dans l’ombre. Je fonds sur mes proies comme un rapace en plein vol, avec une vitesse folle. Ils n’ont rien le temps de voir. J’assomme le premier d’un coup de poing avant de me jeter sur le second qui se saisit de son arme. Trop tard. Je me jette sur lui, la lutte est féroce. Il se débat, le bougre ! Mes phalanges vibrent sous la violence des coups que je donne et lorsque je le sens assez assommé, je me penche sur lui, posant mes lèvres sur sa gorge. Je mords sa chair, mes canines semblent répondre à ce contact. Je les sens s’allonger, je crois. Mon corps se plie à la volonté du monstre. Je m’abreuve alors du sang qui gicle par la plaie ouverte, artère déchirée qui laisse s’écouler la vie. N’importe quel humain tomberait malade en buvant du sang. Vecteur de maladies, ce liquide écarlate est la source d’angoisse pour beaucoup. Pas pour moi. Il me semble que ce goût métallique et salé est plaisant. Je suis persuadé qu’il me donne de la force, qu’il me nourrit, me transporte. Je bois alors, désireux de libérer un peu plus ma puissance, sans plus me soucier de l’hémoglobine tachant mon menton et mes vêtements. Je me laverai en rentrant, avant que l’hôte ne se rende compte de quoi que ce soit. Ne restera de cette nuit qu’un souvenir bien caché au fond de ma conscience, auquel personne d’autre ne pourra accéder. Je me redresse en souriant, essuyant d’un revers de main mes lèvres dégoulinantes. Si je n’entendais pas le bruit tonitruant de mon cœur répondant à cette brusque montée d’endorphines, je serais persuadé d’être un vampire.

Revenir en haut Aller en bas
♣ Sorcier ♣ ♛ Membre du mois ♛
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 292
Points RP : 524
Date d'inscription : 03/12/2017

We're the beast, you're the soul
Jonah
Fowler
Zadig
Boltanski
Instable et il balance entre la joie et la colère. L’euphorie et la rage. Tout se déroule selon les plans qu’il tisse d’une multitude d’hypothèses, y capturant les certitudes pour nourrir l’araignée qui agite constamment ses longues pattes dans un coin sombre de son âme. Il en observe souvent la toile, frémissant des tourments qu’il prémédite. Il sera un fléau pour cette Terre. Les Tullamores en cobayes. Il s’injecte, maladie des esprits et prolifère. Barbier est le projet Zéro. Théodore est un patient aux diagnostiques incertains. Il plait à l’entité. De la folie qui le ronge, à cette lucidité qui le frôle. De sa grandeur à sa chute que Jonah imaginait léthale. Jusqu’à le rencontrer. Il reste pourtant un obstacle sur le chemin qui mène à Graydon, pour qui il entrevoit tant de splendeur, un devenir glorieux au milieu des corps et des morts. Le retrouver n’était qu’un point de départ, a présent, il explore les possibilités et il aura besoin de Balian pour ça, bien plus au faite que lui de tous les ascendances immortelles. Callan ignore tout de l’existence du jeune vampire et il n’avait pas besoin de l’interroger pour le savoir. Il le quittait tout juste et pourtant… Il reviendrait vite. Sa place a toujours été en son âme. Il a tant encore à apprendre de l’immortel. Tant à découvrir de ses siècles d’existence puis tant à graver de la sienne. Elles s’entremêleront en un pacte que la Nature même désapprouve. L’aberration qu’il est ne devrait pas jouir d’une autre Renaissance. Particulièrement si elle est infanté par le Prince déchu que les démons ont pri pour fils. Callan les éventre, de l’acier tranchant des Vérités qu’il détient. Jonah veut lui offrir ce corps qu’il a fait sien. Et l’essence maléfique de ce qu’il est. Un monde nouveau lui tend les bras et il a hâte de lui écarter les cuisses, les doigts autour de sa gorge. Amant violent et passionné.

La tâche sur le tableau parfait grignote peu à peu les couleurs vives. L’allemand a éclairé de ses sombres pensées, ce que Jonah se cachait avec soin. Eden. Sa petite sœur, sa possession qu’il n’a accepté de céder qu’à un seul, digne d’elle. Ou de ce qu’elle fut. Il s’est essayé à retracer sa lumière parmi les âmes, à chercher sa lueur qui éclipsait toutes les autres de son aura immaculé. Il a longuement guetter son halo de lumière mais n’a fait face qu’aux ténèbres. Elle ne pouvait être morte, de ça, il en était sûr. Il l’a sentait toujours. Il effleurait ses peurs et ses craintes, si proche de son esprit sans parvenir à s’y engouffrer. Le secret qu’il se taisait était à présent un cri de rage. Ce pitoyable vampire avait souillé sa jumelle de son Eternité. Il avait bafoué la déesse qu’elle était du misérable de son existence. Il mourait pour ça. L’entité se le promettait sans cesse, jetant ce serment en pâture aux cerbères de sa vengeance. Leur patience sera récompensé du cadavre de Josias qu’il livrera à leur appétit vorace. Il fait tourner, sur un serpent mordant sa queue, les conspirations multiples qu’il projette de cet assassinat voulu odieux. Cruel. Il contrôle à renfort de raison l’impulsivité première. Il reviendra dans la vie de sa sœur comme il en est partit, en Destructeur de meilleurs et de rêves, qu’elle persiste à cultiver.

Partit pour apaiser sa Faim et détourner les rouages de son esprit, les Limbes ont soudainement flamboyés à sa vision. Etoiles prêtes à s’éteindre de leurs souffrances, l’invitant à abréger leur agonie. Il se fera mort clémente et pillera leurs derniers soubresauts d’espoir. Il en a délaisser le corps  de Tim, le préservant pour sa sanctification à venir. Passant d’abord d’hôte à hôte, ombre de leurs démences, pour s’en choisir un qu’il n’avait plus qu’à achever. Un homme, la trentaine frôlée. Il ne l’aurait jamais atteinte, ravagé par la guerre et ses horreurs. Plus de travail. Plus d’argent. Plus de maison détruite par les bombes. Plus de femme perdu dans les flammes, de ce fils qu’elle portait. Plus de famille. Plus rien. Mercenaire qui loue ses talents de mort. Ancien militaire qui se bute à coup d’alcool, y noyant son chagrin et ses primes. Créanciers malhonnêtes au cou, il s’enfonce dans la tombe. La drogue lui offre un paradis éphémère qu’il rêve de rendre éternel. Il touche au but, Jonah a ses crocs sur ses dernières lueurs de volonté. De conscience. Il crève dans le regret et le remord. La douleur des ratés et des loupés. Sa conscience se perd sur le cri de son seul amour et un rire qui fige son cœur. Bientôt. Pour le moment tu m’es utile. Je te promet cependant l’apaisement. Tu l’aura ton doux trépas. Je bercerai tes dernières pensées, jusqu’à ce qu’Elle te réconforte enfin. Le violon fait taire quelques gémissements indésirables et il étire cette enveloppe nouvelle. Plus grande. Plus forte aussi. Mais toujours aussi humaine. Il a gouté à une essence vampirique, il s’en est imprégné, maintenant, il veut l’adopter. Puis la dompter.

Les Tullamores. Objet de son errance. A l’affût des confidences qu’il vole, assoiffé de ses connaissances anodines qui s’avèrent cruciales quand il emprunte leurs visages. Rien ne l’avait préparé à la scène qui s’en suit la traque des cobayes. Victimes d’un être que Jonah ne peut qualifier. En prime abord, un vampire sanguinaire. La similitude de ses retrouvailles avec le Bourreau, place cette rencontre sous les hospices éblouissantes du rubis. L’entité peut cependant s’engouffrer dans l’anarchie de son âme, il n’est donc pas damné du Soleil. Mais il n’est pas simple mortel pour autant. L’instinct de la Bête anime son échine d’une douce vibration. Un Lycan. Un éclair de folie à heurter ses abysses, pour scindes les vices et dissocier les délices. Jonah s’égare dans un chaos d’abord inqualifiable. Lui, Maître choisi de l’intangible obscurs, se confronte à la surprise de la nouveauté. Rien n’est comme ailleurs ici. Tout y est différent. Un sourire étire les lèvres de son hôte, accoudé à un arbre. Il inspire longuement l’air où l’odeur de sang, se dilue à chaque battement frénétique. Curiosité qui chasse sa colère et agite les mécaniques de ses neurones. Sa magie suit le chemin des violences et des excès à la recherche d’une brèche où s’engouffrer. La puissance est suintante de l’aura,  tout autant que la conviction de l’être. Envolée du violon, sous la voix qui chuchote là où les rêves se font entendre. J’ai vu bon nombre de Vampire en quête de leur mortalité perdue. Beaucoup à espérer la ressuscitée de leurs larmes vermeilles et d’actions pieuses. J’ai vu tout aussi souvent des mortels en quête de l’immortalité. Beaucoup à tenter de la gagner en dansant la décadence. Mais jamais encore, un tenter de s’en gorger des entrailles encore fraîches de la Vie. Jonah s’avance, sortant des ombres qui auraient pourtant du le trahir aux sens du loup. Elément qu’il prend soin de noter quelque part dans son encéphale. La joie sur ses traits n’est pas joué. Il est heureux de tout ce qui le détourne de l’ennui et de la routine de ses machinations. Il se plie en une révérence gracieuse qui tranche avec la carrure du gaillard. -En cela mon ami, tu mériterai ta place aux côtés des Amants de la Mort.


Revenir en haut Aller en bas
♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

We're the beast, you're the soul

Every man has a wild beast within him


Je ne l’entends pas arriver. Mon cœur bat à mes oreilles. Décharge d’endorphine dans mes veines. Je suis abruti d’une euphorie malsaine. Le sang coule dans ma gorge, nourrit mes muscles, ma chair. Le nectar de la vie se dissipe en moi. Une force nouvelle m’habite, attisée par l’hémoglobine. Je me sens bien. Je me sens moi. Il n’y a plus que moi dans ce corps. Pas d’hôte, pas d’Angel. Juste le hurlement lointain de la bête qui se délecte des restes, contentée par l’offrande sanguinaire. Moi, Nathanaël, je me sens maître de ce corps, de cette chair, je la fais mienne, reprenant le rôle qui aurait dû être le mien depuis le début. Finalement, peut-être que ce n’est pas moi, le parasite. Finalement, peut-être que c’est bien moi, l’âme originelle, le véritable propriétaire. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, je suis plus méritant que les autres. Ils ne doivent notre survie qu’à moi. Leurs hésitations, leurs peurs et leurs bêtises auraient pu nous perdre cent fois. Ma logique, ma précision et ma droiture nous ont sauvé la mise. Je passe les mains sur mon visage, prenant une longue inspiration. L’odeur piquante et métallique me fait frémir, elle est si forte, elle emplit l’air d’un parfum indescriptible qui embaume la vie et la mort à la fois. Je deviens familier à cette odeur qui m’enivre de plus en plus, qui je le sais, marquera mon ascension dans le monde des créatures. Je quitterai les humains, un jour où l’autre, je ne suis pas simple mortel, c’est certain, et cette puissance qui m’habite saura être libérée et domptée. Il le faut. Je n’en peux plus de n’être qu’un morceau d’esprit quand je me sens être un âme à part entière. Je suis compressé dans des chairs qui m’oppressent, qui m’emprisonnent, qui me volent ma véritable force et m’empêchent de m’affirmer. Je renverserai les choses bientôt. Je m’en fais la promesse en me léchant les lèvres, priant silencieusement pour que ce jour arrive vite, alors non, je ne l’entends pas arriver.

« Je mérite ma place, dis-tu… » Je me retourne. Il m’a surpris mais pas effrayé. Ses lèvres ornées d’un rictus assuré me font sourire en retour. « Pour la mort d’un simple déchet dont je me repais du dernier soupir. »

Mon pied cogne dans le corps à mes pieds. Le cadavre roule, s’affaisse, vulgaire poupée inanimée. Ma langue vient claquer contre mon palais avec suffisance tandis que je redresse le menton. Un déchet, oui. Un faible. Amas de chair, d’os et de sang, animé par une intelligence limitée. De la chair à canon, toute bonne à être éliminée. Une proie. Une simple proie dans un monde de prédateurs, dans un monde où je suis un prédateur. Voilà ce qu’il est. Cet homme sans nom qui a à peine eu le temps de se battre pour sa misérable vie. Cet être dont j’oublierai rapidement le visage et dont personne ne pourra témoigner de la mort. Je suis le seul témoin dans ce corps que je partage, ayant pris le contrôle au point de ne laisser personne d’autre assister à mes actes. Ou… Peut-être bien que si. Il y a un témoin. Cet homme en face, sorti de nulle part, dont la première impression qu’il laisse est une curiosité sincère. Il me sourit, et je me demande s’il a assisté à la scène. Flatté de ses compliments, je ne me laisse pas emballer. Il n’y a nulle gloire à s’attaquer aux petites proies, nulle victoire dans un combat gagné d’avance. Je ne me sens pas méritant, même si j’aimerais l’être. Je sens que je pourrais aller plus loin, faire plus, faire mieux. Toutefois, c’est la première fois qu’une personne extérieure admire mes actes. La première fois qu’un étranger salue mes gestes. Un sentiment étrange m’envahit, une sorte de satisfaction emplie de fierté, un accomplissement. Je me sens exister. Je me sens reconnu. Moi qui ne suis d’ordinaire que le fragment d’une âme morcelée. Ça me fait plaisir, oui. Je vis. Je suis là. On me regarde, on me voit. Au-delà de l’enveloppe charnelle, on atteste de ma présence. Pour la première fois. J’observe l’inconnu, intrigué, certain que tout comme moi, lui non plus n’est pas réellement humain.

« Qu’es-tu ? » Et non pas ‘qui es-tu ?’. Ce n’est pas ce qui m’intéresse pour le moment. « Un esprit perdu à l’âme de poète qui a croisé mon chemin par hasard ? »

Je m’approche. Sans peur. Je ne le sens pas hostile et depuis quelques temps, j’ai tendance à toujours faire confiance à mon instinct. Il ne m’a jamais trompé. Dans ce monde de logique et de calcul, c’est le seul sentiment infondé que je crois. L’instinct ne se base sur rien, sinon sur de profonds ressentis qui vont au-delà de la conscience humaine. J’aurais tendance, en général, à ne croire qu’aux faits, aux chiffres et aux observations, mais mon instinct, lui, a toujours été acéré et infaillible. Je pose mon regard clair sur cet homme étrange, observant son visage, détaillant son corps. Ce n’est pas un vampire. Il n’a pas la pâleur stoïque de ces créatures. Sa cage thoracique n’a pas cette immobilité profonde qui les caractérise. Il respire. Sa peau est trop rose pour qu’il soit de ceux-là, elle respire la vie, encore irriguée par des milliers de vaisseaux sanguins qui convergent tous vers un cœur qui bat. Cependant, il n’est pas humain. Il n’a pas l’ignorance abrutie de mes semblables au fond de son regard. Il n’a pas l’innocence assommante et naïve des mortels, ceux qui s’horrifient bien souvent du sort de leurs semblables. Au contraire, la scène semble l’amuser. Peut-être même le mettre en joie. Je n’identifie pas ce sentiment, mais il est positif, c’est certain. Et cette joie devient mienne, car, alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde, je viens de trouver au beau milieu de nulle part un compagnon de jeu. Je tends la main vers lui, les doigts tachetés de sang, ne me souciant pas le moins du monde de ce liquide encore chaud qui souille ma peau. Mes lèvres s’étirent en un sourire poli et avenant, alors que je retrouve mon visage de gentleman. Celui que j’adopte généralement pour me fondre dans la masse, loup au milieu des agneaux.

« Nathanaël. » Je me présente poliment. « Certains attendent que le temps change, d’autres le saisissent avec force et agissent. Peut-être est-ce plus en cela que je mérite ma place ? »

Revenir en haut Aller en bas
♣ Sorcier ♣ ♛ Membre du mois ♛
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 292
Points RP : 524
Date d'inscription : 03/12/2017

We're the beast, you're the soul
Jonah
Fowler
Zadig
Boltanski
Rien n’est pire que d’exister dans l’anonymat. Rien n’est pire qu’être quand personne n’est là pour le reconnaître. Hurler à se briser la voix sans aucune oreille pour entendre, écarteler chacune de nos pensées en espérant y attirer les regards, être plonger dans l’obscurité, la creuser à s’en retourner les ongles pour chercher la lumière, être mutiler par la solitude puis sombrer dans le néant de l’indifférence au point de sombrer dans un doute proche de la folie. Existons vraiment, si il n’y a personne pour le constater ? Jonah connait bien ce désespoir cruel. Il en a eut le temps de souffrir de toutes ses tortures quand il s’époumonait en vain, dans les pénombres d’un esprit ignorant. Peu en ont les stigmates, encore moins y survivent. Ces âmes sont uniques, c’est ce qui les pârent de richesses et attise sa convoitise. L’homme est un phare dans la nuit. Son essence éblouissante la tranche de violence. Insecte des ténèbres, l’entité suit ses chemins pour se glisser dans ses fissures. Surréaliste, peint avec l’encre de l’abracadabrant et inspiré par le chaos, il s’émerveille de ce qu’il entre perçoit entre les voiles du psychés. Sa magie délaisse son enveloppe la reléguant à une marionnette. Une mascarade qu’elle ne s’impose que pour s’exprimer. – Je ne le dis pas, je le constate. Il se rapproche, sa joie suivant la montée de l’intérêt. Il n’a pas eut peur. Il n’a pas tremblé, ou cherché à se justifier. Il ne s’est pas effrayé d’être vu, bien au contraire. La moindre de ses réactions piquent sa curiosité. – Mais pas pour avoir tué cet homme. Il fait face au cadavre qui n’a de beau que son meurtrier. – Pour la violence avec laquelle tu lui as arraché la vie, pour le plaisir que tu y a pris. Pour cette volonté que tu avais et la manière dont tu l’as accomplis. Il n’a, comme égard pour le mort, qu’un léger regard. – Lui n’était que l’instrument de ta créativité. Quand il y pense, mourir est sans doute la plus belle chose qu’il est faite, sa seule réussite.

Il n’a pas plus de respect pour l’homme que le lycan. Il est intransigeant sur la faiblesse, particulièrement celles qui sont léthales. Aucune pitié, non plus. Il n’en a pas pour la veuve et l’orphelin qu’il viendrait tourmenter si cela le prenait, alors pour un Tullamore. Il a fait un choix après tout, celui d’enfiler cette uniforme pour défendre des convictions qu’il pensait siennes. Y aurait il renoncé si cela lui avait permis de vivre quelques secondes de plus ? L’entité est plus enclin à présumer de sa lâcheté, qu’à espérer un pieu courage. La nature est ainsi faite et la Morale fait pâle figure face à l’instinct primaire de survie. Respirer coute que coute, même si chaque souffle est aiguilles aiguisées se plantant sous les côtes. Il secoue la tête, préférant les charmes viciés du jeune homme qu’il lui fait fasse. Si jeune. Il doit avoir l’âge de Timothée, celui qu’il aurait si il pouvait encore vieillir. Il ne saurait s’en donner un, ayant en mémoire des souvenirs aussi anciens que les âmes qu’il dévorait bien plus tangibles que les siens. Quand il veut des histoires, c’est vers les vieillards que son appétit se tourne et dans leur vécu que son esprit se perd.

La question l’amuse. Elle est bien tournée et révèle une bonne capacité d’analyse. Il serait presque dispensé d’y répondre sous la finesse de son discernement. A une époque, il se serait révolté d’être démaqué si vite, à présent, il s’en amuse. – Presque. Une âme perdue avec un esprit de poète. Il rit. Il lui en dit bien plus qu’à beaucoup. En quelques mots, il résume cette nature qu’il a encore du mal à saisir dans son ensemble, mais dont le concept lui plait déjà grandement. Il projette de rencontrer ces sorciers vaudou qui se disent Nécromancien, ces élémentaires transpirant de leur puissance, peut-être même ceux qui usent d’une magie proche de Gaïa. Il doit parfaire son savoir, pour se moquer ensuite de ce qui fut une ignorance naïve. Il se voit grandir, évoluer d’une puissance qu’il le fait trembler d’anticipation. Il veut graver son existence dans le présent des Hommes, pour devenir leur Avenir sombre et incertain. Tant de desseins et la satisfaction de ne plus avoir à en choisir. Il les accomplira tous, comme des exploits, il se fait du temps un allié précieux. N’est ce pas pour ça qu’il le récompense de hasard aussi heureux ?

La main sanglante tendue est serré, avec le respect dû au vermeille qu’elle arbore. Il mesure la force rien qu’à la poigne. Il pourrait jalouser celle qui pressent si une plus grande encore ne l’attendait pas. Bientôt. Il se le répète sans cesse, le savourant d’autant plus qu’il se rapproche. La promesse sera à la hauteur de celui qui l’a scellé. – Jonah. Il se recule et étend ses bras. - Enchanté. Il ne se pare d’aucun masque. Il affiche sur les traits d’un autre, des émotions qui sont bien les siennes. Contrairement à Nathanaël qui affiche le sien à la perfection. Un parfait gentilhomme plus mature que le visage qu’il le porte. Il est maîtrisé et assumé. – Tu mérites ta place pour bien des raisons. Lui concède l’entité en souriant. – Cependant, elle ne peut être tienne. Il penche la tête sur le côté, intrigué. – Tu en as une autre, aux côtés des prédateurs. Si tu n’es pas Amant de la Mort, tu es Enfant de la Lune… Il est curieux et  il ne le cache pas. Il ne tait rien de ce qu’il est. Il tient à répondre à la question autrement que par des mots. Il va lui montrer, lui prouver et l’en surprendre. – Ne le désires-tu pas ? Il le sens pourtant libéré de tout dégout. Libre de toute culpabilité. Ne lui manque que l’immortalité. Il tourne sur lui-même, s’allumant une clope du paquet de son hôte d’un soir, avant de la tendre à cette âme qu’il découvre. Elle lui semble… brisées et bien trop de morceau lui échappent. Il ne s’en inquiète pas, il trouvera. Il cherche déjà.


Revenir en haut Aller en bas
♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

We're the beast, you're the soul

Every man has a wild beast within him


Jonah. C’est son nom. Comme dans la Bible. C’est la première pensée qui me vient à l’esprit, et elle me fait presque sourire. Rencontrer Jonah au beau milieu de la nuit, dans la mort et le sang… Il y a quelque chose d’ironique à ce qu’il porte le nom d’un prophète. Je serre doucement sa main sans baisser le regard, plongeant dans les ténèbres de ses iris en espérant y apercevoir les reflets de son âme. Ce qu’il prétend être. Ce que j’ai l’impression d’être. Une âme. Un esprit. Impalpable et évanescent. Mon existence n’a pas de preuve. Je suis là sans vraiment l’être, empruntant impunément la chair d’un autre comme on enfilerait un costume. Je suis un imposteur. Une entité qui se cache dans un corps qui ne lui appartient pas. Incapable de m’arracher à ce système auquel j’appartiens. J’existe car je suis multiple. Je vis car il vit. Une vérité qui, comme toujours, me déplaît, que j’ai du mal à m’avouer, que je préfère oublier durant les courts laps de temps où je prends la lumière. J’aimerais que Jonah ne le voie pas. Qu’il me pense seul. Unique. Qu’il me regarde comme Nikolaï me regardait. Sans détours. Les yeux droits vers moi, sans apercevoir personne d’autre. Je le désire de plus en plus. L’admiration de Jonah me rend presque euphorique, si bien que la fierté m’électrise, que la joie fait battre un peu plus fort l’organe au creux de ma poitrine. Moi qui suis habituellement si discret. Qui vit dans l’ombre de l’hôte. Ce sont pourtant mes exploits, que l’on loue. Ma violence, que l’on salue. Ma créativité, que l’on reconnaît. Jonah a l’œil, et surtout, la sensibilité que peu de gens ont. Il n’y a ni peur, ni dégoût, dans son attitude. Il voit au-delà de l’hémoglobine et de la chair déchirée. Il entend ce chant inaudible de la violence pure et de la mort.

Je me décompose pourtant quand il continue et m’apprend que cette place méritée ne sera jamais la mienne. Il a tort. Je le sais. Je marcherai parmi les immortels, un jour. Je m’abreuverai du nectar de la vie, du sang de ce peuple qui est normalement le mien. Je regarderai de haut les humains, bien au-dessus de cette foule si commune et méprisable. Je mérite cette place. Ma puissance dépasse mon rang, les mortels n’ont pas cette force, cette endurance. Jonah l’ignore, il ne me connaît pas, il ne peut pas le voir. Je serre doucement les poings, mes phalanges blanchissent. La colère m’habite. Je refuse que l’on m’expose une vérité que je n’accepte pas. J’ai vécu trop longtemps dans ce corps étriqué pour accepter d’y demeurer pendant mon existence toute entière. La violence, je la pratiquais bien avant d’arriver en ces lieux. Je la conjuguais à volonté en visitant les quartiers mal famés d’Amérique. Ni la douleur ni le sang ne m’ont jamais effrayé. C’est un signe. J’en suis certain. Depuis le début de mon existence, j’étais destiné à être… Autre chose. Autre chose qu’un vulgaire humain. Qu’un mortel faible et fragile. C’est la haine qui m’a forgé. L’envie pure, sourde et violente de ne pas se laisser faire. Je suis né dans cette douleur. Dans cette noirceur qui a sculpté mes traits. Je ne suis pas ordinaire. Je ne l’ai jamais été. Il faut que l’on me craigne, que l’on me fuie, que l’on me respecte. Tout comme les humains craignent et respectent à leur manière les créatures de cette île. Je ne serai pas du gibier comme eux. De bétail qui s’entasse en troupeaux pour se protéger. Je serai bien plus que ça. Il le faut. Je retiens mon souffle, contenant ma rage, mais heureusement, Jonah poursuit et je l’écoute en arquant un sourcil. Ses mots m’intriguent. Je penche la tête sur le côté en acceptant la cigarette qu’il me tend.

« Comment peux-tu le savoir ? Ce que moi je suis. Où est ma place. Tout cela… Qui te le souffle ? » Je demande, sincèrement curieux. Est-ce une force invisible qui lui dicte ses mots ? A-t-il vraiment le pouvoir de le deviner ? « Ce que je désire… »

Ce que je désire n’a pas d’importance. Ce que je désire n’a jamais eu d’importance. Je ne suis pas seul décideur, ici, malheureusement. Je n’ai pas toujours le contrôle. Même si je le voudrais. Je suis parfois contraint de retourner dans l’ombre. Obligé de rendre ce corps à son propriétaire. Mais un jour, je le ferai mien. Je trouverai le moyen de chasser ces morceaux d’âme qui me dérangent. Qui m’encombrent. Il doit bien y avoir dans cette île un sorcier capable de faire ça, une magicienne ou je ne sais quelle créature qui aurait ce pouvoir. Je chercherai. Et le jour où je trouverai, j’existerai enfin. Tout le monde me regardera comme Jonah me regarde. En ne voyant que moi. Et tant pis pour l’hôte. Si je le protège, ce n’est pas par amour, c’est pour me protéger moi aussi. Nos existences sont liées. Je les dénouerai. Zadig n’a pas d’importance, pour moi. Ce que je désire… Ce que je désire, c’est être lui. Le maître du système. L’hôte. Mais ça, je ne peux pas le dire à Jonah. Jamais personne n’a su ce secret et jamais personne ne le saura. L’ignorance est notre meilleur camouflage. Pouvoir disparaître dans le crâne de Zadig, c’est aussi bien une malédiction qu’un avantage. Il m’est souvent arrivé d’en jouer. Ça m’a permis de m’amuser un peu, autrefois… Et même encore maintenant. Quand je reviendrai à Riverdall après ce petit massacre improvisé, je me nettoierai soigneusement et demain matin, Zadig n’aura aucun souvenir de cette nuit sanglante. Même si on le torturait, il ne pourrait rien dire. Comme je disais, le meilleur camouflage. Ce sont ces petits détails qui me consolent de la situation présente. Je souris, résigné. Cette nuit n’est pas encore la nuit où mes désirs deviendront réalité. Mais je suis patient. J’attendrai.

« Ce que je désire, c’est plus que l’immortalité. » Je soupire en secouant doucement la tête. « Une âme perdue ne pourrait comprendre. » Je ne peux pas lui dire. Je poursuis pourtant. « La mienne est prisonnière. »

Jonah est libre. Tous sont libres. Une personne a une seule âme, c’est ça, la normalité. Personne n’est coincé. Trop à l’étroit dans une tête. Personne ne peut le comprendre. C’est mon fardeau, mais il me semble que c’est l’apanage des plus grands, de traîner un boulet à sa cheville. Personne ne réussit sans peiner un peu. Je suppose que je dois le voir de cet œil-là pour m’en consoler. Je souffle quelques volutes de fumée, pensif, et décide de détourner la conversation sur lui plutôt que sur nous.

« Quel genre de pouvoir caches-tu pour te promener ainsi impunément dans la forêt et en pleine nuit ? »

Revenir en haut Aller en bas
♣ Sorcier ♣ ♛ Membre du mois ♛
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 292
Points RP : 524
Date d'inscription : 03/12/2017

We're the beast, you're the soul
Jonah
Fowler
Zadig
Boltanski
-Qui me le souffle ? Jonah rit de la question, comme si la réponse est une évidence. Petit lutin espiègle qui chasse la colère par la curiosité. Si il s’amuse de la situation, il ne feint pas l’intérêt qu’il y porte. Qu’il lui porte. Il a toujours crû à l’alchimie des âmes, c’est bien l’une de seules fantaisies qu’il s’autorise dans le monstre de logique et d’analyse qu’il est. Ce n’est pas parce que la magie existe qu’il faut croire qu’il en est de même de toutes les fables que l’Humanité s’est inventée sur le fil de son existence mais celle-ci à son affection. -Je le sais de la source la plus fiable qui soit. Je le ressens de la seule entité capable de me la donner. Son sens de la mise en scène le perdra sans doute un jour, mais en attendant, quand il a un public, il aime à se prêter au spectacle. Il sourit donc en bon maître de cérémonie qu’il est. -C’est toi, Nathanaël. Il se recule de quelques pas, levant les yeux vers un ciel sombre tout aussi impénétrable que la nuit qui les entoure. Il inspire longuement, continuant de lui livrer ce secret en même temps qu’il découvre l’ombre des siens. Sa rage était grande au moment où il lui a assuré que sa place n’était pas du côté des Eternels, il l’a vu frémir en serrant les poings. Peut être l’aurait il frappé si il n’avait amorcé d’autres desseins. Un instant, il imagine ses phalanges heurter sa mâchoire. Il s’ouvre à la douleur depuis qu’il a retrouvé Balian, ne voulant se fermer aucune des portes qui le rapproche de la vie. – J’entend ce que tu refuses d’écouter. Il se focalise sur les vapeurs de son Essence qui transcende la chair. Celles dont il peut goûter l’intensité, des émotions presque sauvages, violentes d’exister.

Jamais encore Jonah n’avait fait face à une telle complexité. C’est comme si il avait à faire à quelque chose de multiples, autant dans les ressentis que dans l’âme qu’il frôle de ses doigts. Des contradictions dans une anarchie difficile à ordonner. Il pourrait si facilement s’y perdre. L’entité ressent aussi une familiarité presque dérangeante, il connait la mélopée des angoisses et des doutes qui habitent le loup. Jonah a connu son lot de souffrance et il lui semble en reconnaitre les plaies en cet esprit déchiré. -Dis moi  ce que je ne pourrai comprendre ? Il referme les yeux. Il n’est pas du genre à ressasser les déchirures du passée, pas plus qu’à s’attarder sur les cicatrices boursouflés qui balafrent ses souvenirs éparses, mais à cette heure, il les cherche, il les gratte pour les raviver. Il tire sur sa clope, laissant la fumée s’échapper par ses narines, avant de sourire, passant dans le dos de Nathanaël. – La solitude ? Celle qui nous étouffe lorsque personne ne peut nous entendre  hurler ? Celle qui compresse la poitrine alors que la seule preuve de notre existence est notre foi en celle-ci ? Il se rapproche, ses lèvres près de son oreille. – La colère d’être enchaînée ? Muselé ? De survivre plutôt que de vivre ? Grapiller désespérément quelques bouffée d’air frais ? Jonah a eut le temps de connaître les souffrances qu’implique d’être prisonnier. Sa sœur l’a été du manoir, lui l’a été dans son esprit. Seul, la plupart du temps privé de mouvement. Spectateur impuissant. – Dis-moi, je suis curieux d’entendre et pressé de te surprendre. Cette liberté, il l’a gagné, elle ne lui a pas été offerte. En un sens, il l’a même volé, à sa jumelle. Oh, elle peut jouer les Saintes Nitouches, il n’empêche qu’elle a été le seul bourreau que Jonah ai connu. Elle l’a séquestré, banni et condamné sous la certitude de ses convictions.

Il apprécie la pirouette pour détourner la conversation sur un terrain plus maitrisable, admirant l’aisance qu’il a dans la diversion. Lui-même s’y prête bien trop souvent. - Je vais te faire une confidence. Il revient en face de lui, après quelques pas dans son dos, tendant les bras. – Ce corps n’est pas le mien. Je l’emprunte. Il est là, le secret de son insouciance, qu’importe les conséquences puisqu’il n’a pas à se les infliger. Il lui expose sa magie sans pudeur, moins prudent qu’à l’accoutume. Qu’importe puisque tout est bientôt fini. Il ne sera plus tributaire de ses appétits. Il sera bientôt fort avec une enveloppe à la hauteur de ses desseins, offert par celui qui lui a déjà tout donné. Une immortalité pour le lui rendre. Tant de promesses à tenir, d’idées à concrétiser.  – Il est mon armure, là pour encaisser à ma place. J’ai le luxe d’une certaine désinvolture. Il rit, secouant la tête de sa propre impertinence. Il sait bien que tout n’est pas aussi simple, que comme la si bien souligné Lahja, il joue avec des forces qui le dépasse. Il s’y brûle les ailes et il est bien trop habitué à flirter avec la mort pour sentir l’odeur de sa combustion.  

- Que caches-tu ? Il le scrute du regard, comme fasciné. -Tu soulèves tant de questions.


Revenir en haut Aller en bas
♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

We're the beast, you're the soul

Every man has a wild beast within him


Je le laisse s’approcher. Je ne suis pas aussi farouche que Zadig et je ne sens pas le moindre danger émaner de Jonah. Il ne me veut pas de mal. J’en suis persuadé, je fais confiance à mon instinct. Je sens bien ce genre de choses. La fumée de sa cigarette sur ma nuque fait se dresser doucement mes poils, doux frisson dans la nuit fraîche. Immobile, je le suis du regard, pivotant légèrement la tête lorsqu’il se glisse dans mon dos. Curieux personnage, vraiment. Il semble sortir d’un autre monde. J’aurais presque pu le prendre pour un illuminé si je n’étais pas aussi persuadé qu’il est si spécial. Cela se ressent dans son assurance. Dans son absence totale de peur et de jugement. Il est l’homme qui a vu pire. Bien pire. Au point d’en être habitué. Il est l’homme qui en sait plus qu’il ne le laisse paraître. Qui s’en amuse dans ses tournures de phrases élégantes. J’ignore si je devrais m’en sentir offensé, s’il se moque de moi en jouant les ignorants. Probablement. Zadig ne me laisse pas assez l’occasion d’explorer le monde et d’en découvrir ses secrets. Je ne sais pas grand-chose de cette île et de ses habitants, alors que nous y habitons pourtant depuis plusieurs années. Je ne sais pas grand-chose des vampires, des lycans, des sorciers, des léviathans et de toutes ces autres bêtes surnaturelles qui peuplent l’Irlande. Jonah est sûrement de ceux-là. Je n’en sais rien. Quelque chose me dit que justement, ce qui le rend spécial, c’est qu’il n’est pas… Humain. Il en a tout l’air, pourtant. Son apparence est ordinaire. Mais je suis le mieux placé pour savoir qu’il faut se méfier des apparences.

« Ceux qui souffrent de la solitude sont les idiots qui dépendent des autres… Je n’ai besoin de personne. » J’esquisse un mince sourire, indifférent à sa voix caressant mon oreille. « N’insiste pas. C’est quelque chose qu’on explique difficilement avec des mots. »

Je me sens bizarrement flatté qu’il s’intéresse autant à moi, tout en étant troublé et un brin agacé. J’ai pris l’habitude de rester dans l’ombre, d’être oublié. Personne ne connaît vraiment Nathanaël. Je ne suis qu’un morceau d’esprit au fond d’une âme troublée. Je parle peu de moi. Il faut dire que j’aime garder mes distances. Moins les gens en savent, mieux je me porte. S’exposer c’est exposer ses faiblesses. Donner le bâton pour se faire battre. Je fais très attention à ce que je révèle aux gens, restant volontairement abscons et évasif. C’est là tout le paradoxe. Cette douleur de ne pas exister là où je m’évertue, justement, à effacer les preuves. Il s’agit toutefois de protéger l’hôte. Sa survie et son équilibre sont essentiels à mon existence. Il est mon abri. Notre terrier à tous. Nous nous réfugions dans les tréfonds de son esprit en attendant de prendre la lumière, pour mieux revenir dans les ténèbres ensuite. C’est une drôle de vie que nous menons. Moi, Angel et… la bête. Elle reste silencieuse ce soir, comblée par le sacrifice du sang que je viens de lui faire, repue par cette chair goulûment avalée. Je jette un bref regard au cadavre gisant plus loin, léchant distraitement mes dents dans un réflexe presque animal, comme le loup se lèche les babines. Jonah revient dans mon champ de vision et mes yeux clairs se posent sur lui tandis qu’il étend les bras d’un geste théâtral. Si la mise en scène me laisse de glace, la révélation, elle, a de quoi me faire lever un sourcil. Jonah est-il sérieux ? Je me demande comment il a pu savoir que de telles paroles m’intrigueraient forcément. Comme si cette particularité qu’il m’avouait faisait écho à ma propre situation. Ce corps n’est pas le mien. Les mots résonnent en moi et je continue de l’écouter, plus attentif que jamais.

« Voilà un pouvoir intéressant… » Un pouvoir que j’aimerais tant m’approprier. Avoir la capacité d’emprunter les corps comme on enfilerait un vêtement. Ma tenue à moi se résume à Zadig. Je ne peux pas quitter l’hôte. Il est le morceau d’un reflet qui nous unit tous. « Tant de possibilités s’offrent à toi, Jonah. Je pourrais presque te jalouser. Pourquoi me faire un tel aveu ? Je ne pense pas qu’il soit usage de révéler ses capacités, ici. »

Celui qui emprunte les corps cacherait-il un autre pouvoir ? Celui de lire dans les pensées ? De fouiller dans les secrets ? L’intérêt qu’il me porte me semble soudainement suspect. Peut-être a-t-il vu. Nous tous. À l’étroit dans un seul corps, à se disputer le contrôle de cette chair. Je ne sais pas. Jonah est mystérieux. Il semble chercher à ce que je lui révèle un secret qu’il connaît déjà. Persuadé que je lui cache quelque chose. Il voit juste mais je joue les innocents, pas prêt, pour le moment, à nous exposer imprudemment. La dernière fois, cela a coûté la vie à quelqu’un… Nous portons tous un lourd fardeau, dans ce corps. Un mystère qui pèse sur notre âme.

« Nous vivons sur une île infectée de monstres, dominée par une organisation qui nous met tous le couteau sous la gorge, et c’est moi qui soulève des questions ? » Je rétorque, un brin ironique. « Jonah, la vraie question est ‘que cherches-tu donc à savoir sur moi ?’ Je ne pensais pas être un homme si… Intéressant. » J’hausse les épaules avec nonchalance. « Je n’ai rien à cacher à ceux qui savent observer. Les autres se complaisent dans l’ignorance. » Ceux qui connaissent Zadig et croisent un autre membre du système aux commandes pourraient en effet se poser des questions. Un visage identique et une personnalité tout à fait différente… Il y a en effet de quoi s’inquiéter. Mais Zadig est un solitaire et pour ceux qui nous croisent nous ne sommes qu’un homme ordinaire. C’est cette ignorance qui nous offre une telle liberté de mouvement. « Tu me demandes de faire bien des confidences, pour un homme que je ne connais ni d’Ève, ni d’Adam. Tu brûles les étapes, Jonah… Je sais que tu m’as surpris en train de tuer un homme, mais de là à devenir mon confident, il y a tout un monde. »

Je lui offre un sourire à la fois moqueur et taquin, conscient que chacun à notre façon, nous nous intriguons. Cet intérêt pour l’un et l’autre est presque risible tant il est inopiné. Croiser une âme perdue et se plonger dans une mer d’interrogations… C’est une nuit bien étrange. Je me demande si nous allons nous découvrir ou nous contenter d’esquiver tour à tour les questions de l’autre. Il va bien falloir que l’un de nous cède…

« Tu te poses des questions. Je me pose des questions. Je crois qu’il y a moyen que nous nous mettions d’accord sur un marché. » Je lance d’une voix calme. « Soit. J’éclairerai ta lanterne si tu éclaires la miennes. Tes envolées lyriques manquent de concret à mes yeux et je veux savoir ce que tu es. »

Revenir en haut Aller en bas
♣ Sorcier ♣ ♛ Membre du mois ♛
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 292
Points RP : 524
Date d'inscription : 03/12/2017

We're the beast, you're the soul
Jonah
Fowler
Zadig
Boltanski


Jonah connait ses failles, ou tout du moins, il s’applique à le faire. Il sait qu’il a besoin des autres, non pas pour vivre, mais pour se sentir exister. Il veut que sa présence soit constatée, concrète. Laisses des preuves de son passage, des conséquences bien réelles. Il agit dans un monde qui lui semble parfois, plus aussi réel qu’avant, peut être plus vraiment le sien, alors il s’y accroche, la balafrant dans sa soif de survit. Il sourit, se demandant si il en est idiot. Sans doute. Mais il a le temps d’apprendre, il le fait chaque jour et se modèle en fonction Il est le requin du monde des Limbes sans cesse en mouvement pour pouvoir respirer. - Tu ne pourra te transformer seul, pourtant.  Jonah rit. - Il te faudra bien quelqu'un pour le faire. Si tu souhaites changer ta place, envers et contre toute raison, tu aura besoin de quelqu'un. Peut être même de plusieurs, si il veut avoir raison de sa nature. La bête s'acharne à se battre contre la mort, il aime se dire que la sorcellerie pourrait s'en mêler pour transcender les règles établies. Lui aussi, à de l'imagination à revendre pour repousser le possible. Quoiqu'il en soit, il lui accorde le point. Il n'y a des émotions, des ressentis, qu'aucun mot ne saurait expliquer ou décrire. Pour les comprendre, il faut juste en avoir été l'esclave ou en voler la teneur à quelqu'un qui l'a été. L'entité connait bien des maux humains, il s'en nourrit. Et si il peine à les identifier chez le Lycan, c'est bien parce qu'ils sont inédits. Un miracle, pour celui qui se lasse vite de la routine. -Je n'insiste pas, mais je finirai par le comprendre. Il a beau s'amuser, il n'en est pas moins sérieux. Les mystères n'ont d’intérêt que celui d'être percés. Il sera cependant moins cavalier qu'à l'accoutume, il n'a guère envie de piller quoique ce soit à Nathanaël, il aimerait que ces secrets lui soient offerts, non volés.

Alors il se livre lui même, donnant un peu de ce qu'il est. De ce qu'il fait. Les deux étant étroitement liés. Il prend des risques qu'il minimise. Il quittera les limbes d'ici peu abandonnant alors son hôte temporaire. Il reviendra à Belfast, près de Callan où est sa place. Il la prendra, l'Immortalité en cerise sur le gâteau. Il serait resté dans l'ombre du vampire, près de son âme, qu'il le transforme ou non. C'est là qu'il s'est sentit réellement renaître, c'est là qu'il se ressource. Sa magie se nourrit de tout ce qu'il donne, jamais plus grande que lorsqu'il est présent. La menace que pourrait représenter le Lycan est faible, alors que ce qui se tisse entre eux, vont les confidences qu'il lui souffle. Ce n'est qu'un début. Jonah ignore de quoi, mais il pressent les prémices. Il les saisit, se pliera à la logique et l’analyse plus tard. Il ne veut rien gâcher. - Intéressant, oui. Et bien plus encore, lui, jubile de le posséder après avoir été si longtemps contenu dans un esprit bien trop étriqué pour ses ambitions. Il sent l'envie, comprend le désir pour l'avoir expérimenté. Pourquoi un loup, un homme de son envergure, capable de laisser la Morale aux mortels, aimerait se libérer d'une enveloppe aussi puissante que la sienne ? Jonah ne pourrait rivaliser avec lui si il en venait aux mains. Il perdrait bien vite, victime de la faiblesse des Hommes. Ils compensent comme ils le peuvent, mais ils ne sont pas tailler pour affronter les créatures qu'ils enferment. Ils ne sont plus en haut de la chaîne alimentaire et cette vérité les effraie. Ils n'arriveront qu'à gagner du temps, mais il ne représentera rien, sur l'échelle de ceux qu'ils combattent.

- Je l'ai gagné, ce pouvoir. Ne penses pas que cette avantage a toujours été mien. Il le lui précise comme si c'était important. Sans doute parce que ça l'est pour lui. Il l'a mérité, ce sont ses efforts et son acharnement qui l'ont libérés de sa soeur. - J'en ai payé le prix. Sans le vouloir et sans le savoir, qu'il aurait aimer connaitre plus tôt, l’existence de sa magie. Il ne serait pas mort. Il aurait toujours son propre corps, qu'il retrouverait volontiers. Il est parfois usant, d'être une perpétuelle lutte. Il lui manque certaines choses aussi, qu'il ne saurait saisir à présent. Un manque qu'il ne peut combler, puisqu'il en ignore les origines. - Je ne sais pas. Il rit, honnête pour le coup. - Je trouve l'instant propice aux confidences. Et puis vu que ce n'est mon corps, je ne puis y avoir toute ma tête.

-Ne soit pas hypocrite. Il secoue la tête, sans que son sourire ne quitte ses lèvres. - Tu tronques la partit dès le départ, ce que tu caches ne peux se voir. S'observer, peut être, mais pas sur le moment. Réfléchit il à voix haute. Il l'aurait déjà vu sinon. Il est observateur et attentif. Il a apprit à l'être alors qu'il n'était que spectateur du monde. -Je doute aussi que tu te juges similaire à la masse. Peut être même est ce une fierté pour lui. Ça le devrait. - Tu es intéressant, Nathanaël. Et tu le sais. Il plonge quelques secondes son regard dans le sien, essayant d'entrevoir ce chaos qu'il perçoit. - Je cherche ce que tu tais, pourquoi ton âme est elle prisonnière... Mais il est vrai que je suis impatient. Il en demande trop. Comme souvent. Trop et trop tôt, subissant toujours son manque de patience quand il ne le voit pas venir. Il a le doigt dessus maintenant et il la canalise.

Le voilà qu'il troque de nouveau les Vérités. Comme avec Théodore, joueur émérite, mais bien trop frileux. Il voulait tout, sans rien donner. Il laisse Jonah avec une certaine frustration mais une curiosité dévorante pour le Tullamore en chef. L'homme n'a même pas sourcillé, quand pour le congédier, à tranché la gorge de la louve qui l'abritait. Expulsé hors du corps, il n'en a pas moins savouré la mort, la peur de la jeune femme face à une situation que la dépassait totalement. Il frémit au souvenir du scalpel contre la chair, du geste précis et profond. -Cela me semble plutôt équitable. Je tacherai de me montrer moins... poétique. Il les aimes pourtant, ses envolés lyriques. Cela sied si bien à sa magie. - Mais tu en sais déjà beaucoup... Bien plus que la plupart.


Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

Revenir en haut Aller en bas
« We're the beast, you're the soul » | Feat Jojo
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» The Beast Below [OneShot 162X]
» The Beauty & the Beast
» Itchi
» The Beast!
» (n°15) Une bonne nuit de sommeil! On peut toujours espérer, non? [PV Beast]+ [Terminé]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Island Of the Damned ::  :: Les Limbes-
Sauter vers: