The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 Never Forget ⚜ PV Callan

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Never Forget
Callan & Orfeo


Ambiance

Ne jamais oublier le parfum des instants de paix. Ne pas oublier ce qu’était la caresse du soleil. Ne pas oublier que la vie devait s’arrêter. Ne pas oublier que nous devions rendre notre dernier souffle et ne jamais plus nous relever. Le temps se feuilletait comme les pages d’un livre. À peine lues, on les oubliait. Plus de six siècles, plus de six chapitres, et ce n’était que fragment d’étoile dans ma mémoire. Tout semblait vouer à luire une fois et à disparaître à jamais dans le néant. Nous possédions ce destin nous aussi. L’immortalité semblait être un écran qui se fige, une image qui perdure tandis que tout s’écroule. Mais depuis le drame, depuis l’innommable, j’avais vu comme notre corps peut maigrir - s’effriter presque - en l’absence du précieux carmin. J’avais eu la chance de vivre avec des mortels pour ne pas me retrouver totalement abandonné de la vie elle-même. Mais cet événement avait inscrit des éléments précieux dans le manuscrit de ma vie: tu n’es pas aussi immobile, aussi fixe - aussi mort - que tu le croyais.

Étrangement, ce contact avec la mort m’avait rendu à la fois plus vivant - plus mortel - et à la fois plus mélancolique. Il n’y avait eu que Jayden qui avait su raviver mon coeur mort et me donner l’envie de rester dans cet enfer encore un moment. Elles étaient loin les nuits confondantes où je devais gérer plusieurs demandes à la fois. Loin cette liberté que j’avais toujours choisi au détriment de passions sincères mais éphémères. Loin ces espoirs nourris avec force que l’humanité devait être sauvée de nous. Loin cet altruisme dérangeant qui m’impliquait plus que de raison dans des affaires mortelles. J’étais l’ombre de moi-même, mon violon chantant l’agonie dont mon âme faisait preuve. C’était à cela que je passais mon temps cette nuit-là. La musique avait le don d’emporter mes tracas et mes lamentations. Elle me permettait de voyager à une autre époque, à celle-là même où tu m’avais retrouvé.

Une rencontre douce-amère, pleine d’envie et de colère. Une rencontre prévisible, car le monde entier lui-même ne pouvait nous préserver l’un de l’autre. Incertitude. Face à toi, face à nous, face à la tapisserie que nous pourrions tisser ensemble. Tu as toujours été pour moi, plus dangereux que mon sire lui-même. Plus tentateur car rien ne m’obligeait à rester en ta présence. Aucun lien de sang, aucune chimère partagée. Juste la nudité de l’instant. Celle de tes démons que ma voix endormait. Celle de mes regrets que ton regard accueillait. Nous n’avions jamais eu besoin de mots pour nous rapprocher. Pourtant j’utilisais ces derniers tout en emmêlant mes doigts dans tes boucles allemandes pour t’aider à oublier. En ce soir, j’aurai aimé que ce souvenir, plus jamais ne m’effleure. J’aurai souhaité te garder dans le secret de ces chapitres, mais tu étais bien trop toi pour accepter un sort pareil. C’est à ce moment-là que je sentis ta présence à l’étage.

Arrogance fanée. Parfum caché. Je commençais à croire que ma musique t’envoûtait. Comme le matin accueillait la rosée, mon violon arpentait l’espace pour t’inviter. Sans empressement je montais les marches menant au premier, puis au second étage. Là où tout était mort depuis longtemps, à l’image de ce qu’ensemble on aurait pu créer. J’essayais toutefois de tout retaper, de créer du neuf à partir de rien. Une des pièces commençait doucement à reprendre un aspect décent, tandis que le reste sentait encore les flammes et la désolation. Je sentais que ce serait dans cette partie-là que je te trouverai. Quels spectres voilent encore ton âme dis-moi? Quel réconfort es-tu venu chercher auprès de moi? Sais-tu que depuis notre première rencontre, j’alimente l’idée que c’est avant tout ma voix que tu recherches, avant ma personne? Que tu m’utilises, comme tu utilises tous les autres? Ce doute m’a toujours accompagné et je le hais de ne point laisser mon esprit libre, tandis que mon coeur a envie de battre à nouveau. De croire à nouveau à ce qui nous lie.

C’est indicible, mais présent. Tout comme toi à l’instant même où je pose le premier pas dans le palier. J’arpente doucement le couloir, suivant ton odeur comme un fantôme retournerait sur le lieu de sa mort. Attraction. Pas le choix que de trouver la pièce où tu t’es perché, la pièce où tu as du savourer mes coups d’archets. Tu m’as laissé venir, sachant que je ne pouvais te résister. Du moins au début. Toujours. Ce n’est qu’après que nos désaccords se manifestent, tentant de faire du bruit dans le silence de notre lien.

L’obscurité nous englobait. L’unique lumière se déversait par l’ouverture de la fenêtre sans vitre. Lumière lunaire. Suffisante. Pour que je distingue ton visage acéré et ta silhouette damnée. Sans un mot je m’avançais, l’émotion me prenant comme à chaque fois que je te voyais. «Mes prières ont été entendues.» Un murmure. Pour moi, plus que pour toi. Je ne savais pas si tu étais encore vivant. Si tes pas sauraient te mener - encore - jusqu’à moi. Je m’arrêtais à mi-chemin. J’avais besoin de te voir, luttant contre mon désir de te prendre dans mes bras: «Que s’est-il passé Callan?» Pas besoin de mots - surtout pas - pour sentir quand le ciel était prêt à s’effondrer. Encore.



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À nouveau, l'effleurement du point de rupture fait tanguer son squelette. Il le bouscule de son empressement, lacère davantage les courbes meurtries de ce cœur flétri qui siège au sein de sa cage thoracique. L'ombre de l'ancien vampire déambule dans les rues de Belfast, à la lueur d'un désespoir qui le guette comme le ferait n'importe quelle charogne affamée. À chacun de ses pas, c'est un peu de lui-même qui s'émiette dans le désert de cette ville fantôme qu'il évite à raison, refusant d'entendre les susurrements de la maladie qui possède celui qui l'a fait, qui possède Léandre et qui le broie doucereusement. Le flux de sa vitae subissant inévitablement la lourdeur des maux qui l'assaillent. Comme si les conséquences de sa douleur se perdaient en son esprit pour y résonner incessamment. Esprit qui se fragmente à mesure que le temps passe et s'effile pour mieux mourir en silence, au-delà des apparences fiévreuses et indifférentes. Elles perforent son âme de cette humanité lugubre dont il s'est détourné huit siècles plus tôt pour embrasser les catins du nihilisme et savourer leur indécence. Elles l'obligent ainsi à assumer ces faiblesses qui nouent autant sa gorge que ses muscles endoloris par la Faim. Callan contemple cet équilibre qu'il perd, dévorant les craquelures sonores qui abîment son antique armure au pied d'une fatalité sordide qu'il ne sait plus contourner. Comme un palais de glace menaçant d'éclater en plusieurs millions d'épines acérées, il est soumis à la pression sulfureuse et fantasque de ses insolentes déceptions. S'alliant aux dépravations de ses démons intérieurs, il attend simplement que leurs flammes le brûlent encore. Il attend ce soulèvement salvateur qu'apporte la litanie des braises, qu'apportent les violences de l'injustice. Dans la lassitude des émotions qui l'envahissent de plus en plus violemment, il évaluait les profondeurs du vide s'armant des incertitudes qui compressaient ses poumons, abandonnés par la frivolité de l'air.

Le martèlement de ses talons contre le marbre de la cathédrale offusquait le mutisme des statues, maintenant dépourvues d'admiration. Plus aucun regard ne défiait le temps pour s'égarer dans la contemplation. L'épicentre de la terre battait sous d'insatiables parfums de guerre. L'heure était à la déchéance, aux âmes corrompues par l'égocentrisme qu'imposait la survie et dans cet océan de cœurs décharnés, Callan vagabondait, totalement inconscient du chemin qu'il se devait de prendre puisque le destin s'acharnait de l'arracher des griffes des doléances bourgeoises en lesquelles il avait emprisonné son essentiel. Il osait franchir les portes de ce Dieu à la face duquel il avait craché son venin brûlant, il avait osé prendre place sur ces bancs abandonnés dont le bois était embaumé de dévotion irréelle. Lui, le damné infernal. Celui que l'on craignait, que l'on détestait, que l'on jugeait. Élevant l'idée de crucifier l'infamie qu'était son existence au statut de fantasme irrésistible. Tant d'opinions qui peignaient sa peau d'un épais manteau de goudron, tant d'opinions qu'il écoutait d'une oreille distraite. Indifférent aux définitions qu'on lui accordait puisqu'elles étaient toutes différentes. Erronées par des convictions abstraites et bancales. Ivres d'une morale qu'il effaçait à la lueur de cette cigarette qu'il s'allumait, fixant de son regard glacé la croix du Christ. Perchée dans les hauteurs victoriennes de cette bâtisse, toujours debout. Immortelle à sa manière. Figée dans un sublime dont aucun homme n'était réellement digne. Il inspirait la nicotine et l'expirait pour reprendre un semblant de contenance et oublier, l'espace d'un instant, l'épouvantable errance qui l'enveloppait.

Dans le silence, les lueurs de quelques bougies frissonnaient au chant des lamentations profondes du monde qui, dehors, se déchirait. Ici ne restait que la quiétude indéfinissable d'un temps oublié dont les dorures étaient fanées mais qui persistait pourtant à hanter ses songes. Des fantômes s'y entremêlaient, annihilant temporairement leur fadeur, repoussant toujours un peu plus les poussières de l'interminable agonie à laquelle leur race était vouée. Entre elles, la silhouette d'un homme se distinguait clairement. Dans les nébuleuses agitant la mémoire de l'allemand, Orfeo défiait parfois l'infâme, supprimant les idéaux monstrueux au profit de quelques louanges maintenues en suspens. Callan finissait par écraser sa clope contre les nervures de bois usées du banc sur lequel il dédaignait la frénésie des derniers événements. Autour de ses phalanges, il enroulait le chapelet de sa propre mère, réduite à l'état de poussières. Souillée par la masse de corps qui l'a enterré jadis. Anselm ne recherchait pas l'absolution ni même une quelconque rédemption. Il aurait simplement aimé s'évanouir dans les courbures de son éternité, las des frasques puérils et insipides avec lesquelles sont Essence s'étouffait. Décousu, la rivière de son imagination s'accrochait aux infimes sincérités qui avaient quelques fois osé pulvériser son noir. Dans son sommeil, c'est lui qu'il avait vu. L'italien au violon, assez ambitieux pour penser détenir la gloire de Dieu entre ses phalanges bienfaitrices. Sa beauté céleste était volatile, insaisissable et pourtant indélébile à l'âme de Callan. Lorsqu'ils sont ensemble, la voûte d'éther et les déserts de l'enfer se mélangent pour ne leur laisser qu'un goût d'interdit au bord des lèvres. S'ils tentent de se fuir, leurs pensées se contusionnent de comprendre à quel point cette distance les empoisonne.

Peut-être est-ce ce chapelet qui le conditionne aux désirs de celui qui l'attend et qui l'espère autant que son cœur d'assassin semble faillir d'entendre la vulgarité de ses plaies suinter. Cependant, il se lève après avoir enfoui l'objet sacré dans une de ses poches et quitte la tranquillité de l'église pour transpercer la solitude d'un homme qu'il confond avec un ange. Callan connaît sa demeure, il ne tarde pas à grimper sur son toit, s'infiltrant par le haut au sein de son refuge partiellement bombardé. L'odeur de la suie le prend aux narines et lui rapelle les nuances volcaniques de ses insomnies éventrées. Il écoute les pleurs du violon qui gémit en bas, transcendé par la foule de souvenirs qui broie la nostalgie qui le fait souffrir. S'il faut s'évanouir, autant que ce soit dans les coulisses de leur relation, celle-là même qu'il scelle d'intimité. Orfeo est celui dont il ne parle jamais, l'invisible pourtant ineffable qui sommeille comme un secret intouchable. Callan attend qu'il devine sa présence, qu'il la sente au plus profond de sa vieille âme. Il veut en faire trembler les murs, adoucir les torrents de fièvre qu'il comprend dans les notes que l'Ange lui envoie. Il l'entend, réellement. Pour ce qu'il est, au-delà de la morale dans laquelle il s'enferme pour plaire à un Dieu qui leur a pourtant tourné le dos mais qu'il continue de chérir, sourd à la stupidité de la foule qui l'entoure. Lorsque la porte s'ouvre et laisse apparaître son corps, l'allemand reste immobile, contemplant les contours charnels de cet autre qui traverse la cascade indomptée de ses chimères du simple son de sa voix. Il en capture les cauchemars pour leur donner d'autres couleurs, plus réparatrices et aux souffles moins chaotiques. Il était encore son évasion, plus solide que n'importe quelle cathédrale, au-delà de tous les silences qui malmenaient la réciprocité de leurs sentiments. Les mots qu'il prononce lui viennent comme un refrain dont il est incapable de se défaire. Statique et impassible face aux mouvements invisibles qu'il pressent en Orfeo, c'est pourtant tout son être qui semble crépiter aux intonations de cette élocution qui le charme.

Cette voix à laquelle son être cède malgré la trahison, malgré les aléas d'une déchéance qui fait de l'ombre aux flamboiements de leur passé. Il savoure ce murmure qu'il lui offre et qui caresse son ouïe de fantasmes édulcorés, s'amuse un peu de cette foi inébranlable qui l'habite alors que ses démons griffent encore et toujours les parois de sa boîte crânienne. « Je ne suis pas certain que ce soit Lui qui m'envoie. » Les sonorités de sa voix flagellent l'atmosphère incendiée pour s'échouer au creux de l'âme qu'il cherche à embrasser ce soir. Il s'avance vers lui d'un pas tranquille alors que l'ange lui demande ce qu'il s'est passé. Dans la pure ignorance des effrois qui labourent les terres de l'Irlande. Des effrois que lui, le Prince Déchu, prolifère dans l'espoir d'être entendu. D'exorciser ce qui le rend défaillant, inapte à contrôler les succubes acides qui l'habitent depuis la chute de son empire. Dans le cou de l'italien se glisse l'une de ses mains. C'est sa chair qu'il caresse dans l’espoir d’enlacer son âme. Il laisse les damnations de son regard s'enliser dans la surface édénique du sien, partant en quête de vérité dans les tréfonds de ses pupilles obscurcies par une tristesse qu'il lui découvre à peine. Comme toujours, il en démasque les fêlures sans discours. Il décode le mutisme de ses maux. Quelque chose s’est brisé en lui. « La destruction, Orfeo. Voilà ce qu'il s'est passé. L'apothéose de tous ces crimes pour lesquels on devrait me punir selon tes lois mais qui se normalisent depuis qu'ils nous enferment. Crois-tu toujours en Lui, maintenant que tout s'effondre ? » Puisque Callan ne fait que s'enfoncer dans l'anarchie de ses confusions, qu'il n'est plus aussi sûr de ses convictions depuis que son père lui a tourné le dos ; il désire savoir si lui aussi s'est perdu ou si sa parole est toujours inébranlable. Orfeo le sait. Il se doute du viol infâme, des meurtres à répétition, de toutes ces vagues de sang que l'allemand provoque. Et ce dernier ne lui cachera rien puisqu'il restera fidèle des louanges chthoniennes et qu'il ne craint pas les déluges de lave qui l'attendent. Au contraire, parfois il les espère comme d’autres aspirent à être sauvés.


NΞRIOИ



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And who are you, the proud lord said, that I must bow so low ? Only a cat of a different coat, that's all the truth I know. In a coat of gold or a coat of red, a lion still as claws and mine are long and sharpe, my Lord, as long and sharpe as yours. And so he spoke, and so he spoke, but now the rains weep o'er his hall with no one there to hear. Yes, now the rains weep o'er his hall and not a soul to hear.

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Un sourire. Infime. Ta voix fait frissonner mon âme, aussi sûrement que la trahison nous a enlacée autrefois. Le ton était déjà donné; à moins qu’il ne se soit jamais perdu. Cela avait toujours été ainsi entre nous. Un coup d’archet jamais défaillant qui nous enjoignait à nous rapprocher. Comme si nous étions des miroirs dans lesquels non pas nous refléter, ni même nous regarder, mais nous engloutir. Sommes-nous sur un navire voué à s’échouer quelques parts sur les plaines d’Irlande? Sommes-nous seulement légitimes de se retrouver - ici et maintenant - tandis que ton âme ne reflète que les méandres et les aberrations de ton esprit violenté? Parce-que ce n’avait jamais été que cela Callan. tu n’étais pas - initialement - aussi mauvais que tes actes le laissaient croire. Tu t’étais perdu dans les possibles - et surtout les plus horribles - simplement car l’unique sens de ton existence restait Léandre. Un être que je respectais, sans jamais l’avoir envié malgré cet amour que tu lui voues en psalmodiant ta haine.

C’est en cela qu’on différait toi et moi. J’avais trouvé un sens à mon existence dans le seigneur tout puissant, tandis que tu avais donné ce rôle à un être fait de désirs et d’éphémères. Au point qu’aujourd’hui son âme - sa flamme - vacille, et que tel un fanatique tu t’agites,  tapes des mains et des pieds pour attirer son attention...et n’obtenir que le néant. Dieu m’a appris à faire face au vide. Tu me l’as déjà assez répété, à quel point il n’était pas présent ni pour l’humanité, ni pour quiconque. Que Dieu, s’il était si parfait il empêcherait les abominations de ce monde. Mais c’était oublié que même la pire des tortures étaient sous l’apanage de Dieu lui-même. Que ce dernier n’était pas le bien incarné, mais le Tout représenté, symbolisé en ce simple mot “Dieu”. Mais pour le moment je ne recherche pas querelle avec toi - avais-je jamais chercher cela? - mais bel et bien cette connexion qui m’avait jusque là manqué.

Ta main sur ma nuque m’amène à avancer d’un pas vers toi. Nos corps se reflètent, faute de s’enlacer, laissant l’espace à nos lipes pour proférer le début des hostilités. Je ne pouvais échapper à la morsure de tes paroles. J’avais entendu les massacres perpétrés dans la région, et il sonnait comme une évidence que tu étais le seul capable de tels actes. Le seul à se croire au-dessus des lois humaines comme divines. Ta voix se présentait tel un aveu, bien que tu préférais me demander des comptes sur Dieu, comme si ce dernier ne pouvait que se mettre entre nous deux à chacune de nos rencontres. Et comme à mon accoutumée, je préférais plonger dans ton regard, plutôt que de répondre trop vite. Je voulais happer tes ténèbres en échange de ma peine. Je voulais palper cette fêlure qui craquelait tes prunelles et peut-être, parvenir à t’en libérer, en la faisant mienne. C’est ainsi que mes lèvres murmurèrent, en écho au silence qui nous enveloppait: “En toi, tout s’est toujours effondré.” Une vérité. Tu ne pouvais le nier. Comme je ne pouvais retenir ma main qui s’élève pour venir se porter sur ton cœur. Sur ce silence en toi que tu cherches à ranimer depuis tant de siècles. Ma pression se fit plus forte - insistante - comme si je désirais fondre cette main en toi.

“Pour te répondre toutefois...ma foi n’a jamais été aussi forte envers lui.” Mais qu’en est-il de ma foi en moi-même? C’est cela que tu as perçu, que Jayden est venu réanimé par sa fougue...mais toi, que ferais-tu de mes balancements intérieurs, que beaucoup présenteraient comme des doutes, mais que je ne perçois que comme un bercement éternel. Mais je ne comptais pas m’endormir. Plus maintenant que tu étais venu à moi, comme tu l’as toujours fait, dans les moments les plus chaotiques. Ma main délaissa ton torse pour se poser sur ta joue. Oserais-je m’enquérir de tes lèvres alors que tes flammes ne désirent que brûler? Oserais-je goûter à ton souvenir, et à ce précieux que nous cachions jalousement? Mes lèvres s’approchèrent des tiennes, déviant sur ta joue à la dernière minute. Un baiser chaste, mais révélateur de mon envie de t’accueillir et non pas te consommer. Tu étais bien plus à mes yeux qu’un amant, qu’un amour éphémère ou plus profond. Tu étais indéfinissable et pourtant si proche dans cette complexité apparente.

Je me dégageai de cette étrange étreinte, ma main venant cueillir la tienne afin de t’inviter à me suivre. “ Tu es éreinté. Tu as besoin de te nourrir.” Ma voix était sans appel, même si cette évidence n’avait rien de rassurant. Je sentais que tu laissais tes démons t’avaler...pourtant c’était auprès de moi que tu venais t’échouer. Alors que nous étions encore à l’étage, je laissais quelques mots venir nous rapprocher: “Je ne devrais pas être si heureux de te revoir...pourtant je le suis.” Nos rencontres marquaient toujours des périodes funestes...qu’elles le soient pour nous ou pour l’époque qui nous portait.


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Est-ce qu'il l’apercevait encore, ce cœur corseté de rage et ivre de mort, flottant à l'intérieur de sa poitrine inanimée ? Est-ce qu'il était encore capable d'en sentir les tremblements infimes comme il savait si bien le faire lorsqu'ils s'étaient rencontrés à Orange ? Ces questions restaient muettes malgré les ténèbres qui s'emparaient de son esprit étiolé, diffusant en lui des appréhensions méprisables et faiblardes. Callan était aveuglé par ses bourrasques et ses coups de tonnerre, dévasté par l'écrasement d'un monde sur lequel il n'avait plus aucun contrôle. Quelque chose lui avait échappé et la véhémence que lui inspirait la trahison avait brisé l'épaisse muraille de son insensibilité. L'Allemand pouvait tout perdre. Absolument tout. Mais ce qu'il était incapable de supporter était le rejet de Léandre, son absence et les couleurs de son amertume. Sa seule erreur ne demeurant que dans le sordide amour qu'il ressentait à son égard. Depuis si longtemps à présent qu'il en oublierait presque la tendresse des débuts. Faiblesse absurde qu'il haïssait autant qu'il aimait. Stupidité possessive qui le tourmentait incessamment, à un point tel que les autres autour de lui se dissolvaient dans l'acerbité de son indifférence. C'était injuste et prétentieux. Mais la réalité n'était jamais telle que l'on désirait qu'elle soit. Souvent, elle faisait des rêves de simples lambeaux. Souvent, elle imposait ses fatalités pour mieux étouffer l'espérance.

Pourtant il n'espérait plus. Ce qui le maintenait en vie bouillonnait en ses veines bien plus fort que dix mille soleils. C'était la rage. D'avoir été bafoué. De s'être perdu en vain et de devoir endurer l'insensé. Cette rage qui l'épuisait et le consumait à vue d'œil mais à laquelle il se raccrochait. Avec un acharnement démesuré. Il ne s'attendait pas à être compris ni même à être sauvé puisqu'il était le seul remède à ses propres déchirures et que l'enfer n'était qu'un endroit auquel il s'était familiarisé. Puisque Dieu n'avait que sa transparence à lui concéder. La vérité, pour lui, n'étant simplement que rien n'avait plus de véritable importance. Son Âme restant éternellement en suspens, indépendante de toutes les fictions que les hommes avaient fabriqué pour se protéger de ce Néant obscur dans lequel, lui, avait choisi de se jeter. Trou noir que ses sentiments écorchés revenaient pourtant brouiller tôt ou tard puisqu'il appartenait à ces âmes à vif et constamment insatisfaites. Du monde et de ce qui le constituait. Des hommes et maintenant de son propre peuple. Orfeo déchiffrait ces maux. Il savait sans qu'il n'ait besoin de discours. C'était cette sérénité qu'il était venu chercher, ce lac dénué de vagues. Cette distance de sécurité dont Callan avait besoin pour se ressourcer.

Ainsi lorsqu'il le retrouve, encore imbibé de ses quelques notes de violon égarées, il ne peut s'empêcher de le toucher. D'établir le contact. Comme si leurs corps n'étaient que deux aimants, incapables de s'ignorer et de creuser le fossé. La preuve étant dans l'enlisement de ses prunelles au fond de son regard. Celui-là même qu'il avait mémorisé comme l'on retient les mots d'une tirade poétique. Des philosophies spirituelles qui nous ensorcellent et au creux desquelles il est si aisé de se perdre. Pourtant les siens, de mots, étaient charbonneux. Acariâtres d'avoir été calcinés à maintes reprises. Par les flammes furieuses de vérités abruptes et instables. Changeantes puisque soumises à des relents d'émotions viciées. Le venin d'une angoisse vertigineuse s'étant épris de ses poumons autant que de ses tempes qui hurlaient, de douleur et d'incompréhension. Il avait dans son ventre l'envie insatiable de tuer, jusqu'à l'épuisement total. De déchirer, d'arracher, d'écraser. Jusqu'à l'enfer finisse par le désintéresser. Cependant, c'était jusqu'à sa demeure qu'il avait marché. S'enfermant dans l'illusion que rien ne pourrait l'effleurer entre les murs de cette bâtisse puisque lui était là. Lui qui suintait d'insolence tant sa foi insultait le nihilisme l'animant. Lui qui n'avait que faire de sa haine et qui parvenait autrefois à la dompter, au profit de quelque chose de plus stable. Aussi éphémère que cela puisse être.

La preuve étant dans les réponses qu'il lui donnait. Tendre affront explosant à l'intérieur de sa boîte crânienne comme un rappel à l'humanité sur laquelle Callan aurait aimé vomir s'il en avait encore été capable. Pourtant il avait raison. Ce n'est que dans la destruction qu'il s'est toujours retrouvé. Ces ruines incarnant ces outils les plus vitaux, sa vendetta restant l'ultime mantra à laquelle il était habitué. Tout s'est toujours effondré en lui. Puisque s'il avait un train d'avance, cela ne l'empêchait pourtant pas de le rater. Et cette main délicate et bienveillante que l'Italien posait à l'endroit même où se situait son cœur ne suffirait probablement pas à changer le destin que ses cieux intouchables lui avaient accordé. Son esprit ne respirant qu'entre les bras de la déchéance alors que les murmures de l'Ange vibrait en échos à cet amour universel dont même les hommes s'étaient détournés. Pourtant il lui restait fidèle, à cet homme invisible, qui n'existait qu'entre les lignes ensanglantées de la Bible. Callan pouvait sentir sa dévotion lui brûler les phalanges tant elle était restée solide. Autrefois, il aurait maudit son incapacité à ouvrir les paupières. Autrefois, il aurait tenté d'étrangler cette entité invisible qui persiste à émouvoir cet homme dans lequel Callan se fond naturellement. Mais autrefois n'était plus.

« N'est-ce pas ce à quoi tout est destiné ? On ne vit que pour mieux s'anéantir, il me semble. Je n'ai aucun intérêt à m'encombrer d'espoirs. Ils finissent tous par s’essouffler. »

La perdition, voilà la seule chose concrète qui leur restait. Celle du virus, celle des hommes. Celle qui le dégoûte au point que tuer et sombrer était devenu plus important aux yeux de l'Allemand que l'était le simple acte de se nourrir. La perdition, qu'il comprenait dans le regard de son amant. Amant qu'il ne définissait pas mais qu'il était venu chercher ce soir. Dans l'espoir de se laisser mourir, l'espace de quelques minutes. D'arrêter le cercle vicieux avec lequel il creusait sa haine autant que ces desseins monstrueux, qui tournoyaient dans son esprit décharné. N'était-ce pas ironique ? Ce baiser chaste qu'il lui offre finit de l'achever. Puisqu'il n'a plus la force que de s'égarer. Que ce soit entre ses bras ou dans cette nuit éternelle que sa condition condamnée lui offre. Pureté légère qu'il retenait dans les tiroirs de ces dorures personnelles. Entité sacrée d'un accord tacite qui n'appartenait qu'à eux seuls. Si bien que lorsque sa main est venue s'emparer de la sienne, Callan n'a fait preuve d'aucune résistance, suivant simplement l'hôte qui s'inquiétait. En vain. L'hôte qu'il ne pouvait guère duper de cette insolence qui lui est propre. Il le suit. Sans un mot. Presque docile. Orfeo déborde, lui qui pourtant sait se faire si lointain. Il lui rappelle la morsure du temps qui passe. De ces longues minutes qu'ils ont perdu, à force d'avoir maintenu la distance. Ces déchirements semblaient si stupides à présent qu'ils étaient prisonniers.

« Moi aussi. Malgré tout ce temps, ton existence m'est inestimable, Orfeo. N'oublie jamais cela. » commença-t-il alors qu'ils étaient descendus. Callan abandonnant son corps meurtri dans le canapé qui demeurait dans le salon. Allongé, il semblait presque mort. Ses prunelles carnassières se perdant dans les hauteurs pour effleurer ce plafond les protégeant faiblement du reste du monde. « Sais-tu à quel point sommes-nous capables de nous perdre ? » Sa voix basse semblait rouillée, affaiblie par cette Éternité qui lui paraissait soudainement trop longue. « Combien de fois t'es-tu perdu, Orfeo ? » L'avait-il été seulement un jour ? Connaissait-il cette souffrance poisseuse qui coulait à l'intérieur de sa trachée ? « J'ai agressé l'un des nôtres. » Le silence revient, naturellement. Comme des points de suspension nécessaires à la virulence qui se rejoue dans son encéphale alors qu'il avoue. « J'aurais pu le tuer. J'ai même hésité à le faire. » Malgré le traité qui avait été signé par son père. Malgré toutes ces choses en lesquelles il n'arrivait pas encore à croire. « Qu'est-ce qui te fait croire que ce n'est pas le sort que je te réserve, là, actuellement ? » Pourquoi l'accepter, pourquoi l'accueillir alors que sur sa peau, traînaient des milliers de vies arrachées.


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Callan & Orfeo


Ambiance

Tes pensées venaient toujours se fracasser contre mes falaises. Celles dont je prenais soin en attisant ma foi alors même que je frôlais - depuis le mur - ma propre déchéance. Mais il n’y paraissait rien pour toi qui cherchait la lumière dans ton obscurité. Tu auras beau le nier, mais si tes pas te mènent toujours jusqu’à moi c’est que quelque part je reste toujours plus lumineux, même dans mes propres tourments. Savais-tu que sans le Seigneur je ne serai peut-être plus de ce monde? Pourrais-tu croire que je pourrais me laisser bercer par la mort jusqu’au dernier de ses berceaux? De celui dont on ne revenait jamais? Je suis sûr que ta foi en moi - faute qu’elle soit envers Dieu - te ferait croire que jamais rien ne peut éroder ma terre. Pourtant si je suis une île où chacun peut venir se déposer, je reste avant tout vulnérable de l’océan qui pourrait m’engloutir...Mais personne ne veut savoir cela, pas même mon propre infant qui m’appelle - m’accuse - pour venir le sauver. Mais le puis-je seulement, si je ne sais pas me protéger moi-même? Si je ne sais plus quelle direction faire prendre à cette vie de prisonnier?

Mon maintien toutefois, cette apparence que je te donne à voir ne te permet pas de sonder mes remous. Il y aurait comme une parjure envers dieu si son fils déchu pouvait prendre soin de l’un de ses plus fidèles serviteurs. Parce-que tu resterais à jamais un fils de dieu même si tu lui as tourné le dos depuis des millénaires. Parce-qu’en vérité ce qui nous rapproche inexorablement est cette similarité qui nous ensorcelle. Tu es de l’autre côté du miroir et j’aime me mirer dans la clarté de tes pupilles. J’aime apercevoir cette lumière que tes nuits de dépravation, de meurtre et d’errance n’ont pas réussi à éteindre en totalité. Tandis que tu aimes lire dans les miennes l’obscurité qui grandit sans jamais gagner. Parce-que même si tu ne sais rien de mon état d’être, tu perçois dans ta chair de quel sang je suis fait. On ne peut rien cacher à son reflet et en même temps le souhaitons-nous seulement? Notre rencontre venait souffler des doutes dans mon cœur comme à chaque fois que nous nous étions croisés. Ce doute - ce rêve vain - qu’il y aurait pu y avoir autre chose qu’un secret entre nous. Que tu aurais pu garder ta foi et enflammer la mienne. Qu’ensemble, loin de tes propres démons, nous aurions pu créer une vie aux antipodes de celle qui t’amène jusqu’à moi en ce soir. Mais tout cela n’est que jérémiades d’un vampire qui se voit perdu parmi les lamentations de son cœur et les désirs de ceux l’entourant. Ceux dont tu ne connaissais pas le visage, ou que tu ignorais. Entre nous, l’horizon avait toujours été dégagé de toutes considérations à part nous-même. Même si je savais les affres que Léandre te faisait vivre tu ne m’en parlais jamais directement. Comme une loi tacite que ni toi ni moi n’avions eu à signer.

Tu ne résistes pas. Tu ne combats pas mes paroles. Et en cet instant je ressens à quel point tu es brisé. Je ressens à quel point mes paroles agiraient comme du sel déposé sur des plaies. Je ne souhaite pas te blesser Callan. Je ne l’ai jamais souhaité, même si mes actes passés auraient pu laisser supposer le contraire. Il n’avait jamais été question de toi mais bel et bien de moi et cette allégation que je ne pouvais plus garder envers mon sire ou envers Léandre. Alors que toi tu te malmenais et tu entrainais l’Irlande avec toi. Tu agissais comme le provocateur que tu voulais qu’on voit alors que c’était ton cœur meurtri qui s’agitait comme un lion en cage! Pourquoi était-ce si compliqué à avouer cet amour qui parcourait tes veines jusqu’à t’en étouffer? Pourquoi avait-il fallu que tu choisisses d’offrir ton amour à celui qui ne le méritait pas? Pouvais-tu alors comprendre en quoi mon Dieu était bien plus fiable que ton sire ou n’importe quel homme sur cette terre? “La vie est mouvement Callan. Elle l’a toujours été. Tout ce qui est détruit est voué à renaître..à l’image des saisons.” Mais je n’étais pas là pour t’offrir des leçons ou te convaincre. Je savais que les ruines de ton âme ne voulaient pas être reconstruites. Je n’en avais pas le pouvoir. Mon unique certitude restait dans ta présence sous mon toit. Tu avais toujours su me rejoindre quand le temps t’était compté.

Ou quand le destin nous faisait nous croiser. Pourquoi avoir lutté contre cette attirance, autrefois froissée? Pourquoi avions-nous eu si peur de la fusion de nos âmes sous la lumière du jour? Nous avons toujours maintenus notre relation dans le plus grand des silences. À croire qu’aucune musique n’aurait pu rythmer nos pas incertains et imprévus. Parce-que cette danse que nous reprenions sans cesse était bien différente de toutes celles que je connaissais. L’air pouvait se montrer léger ou soudainement passionnel! Il pouvait se montrer taquin ou d’un sérieux sans nom. À l’image de ce soir où j’avais la sensation que me suivre était ton unique issue. Peut-être est-ce pour cela que mes lippes débordèrent de cette affection que je te portais. Peut-être est-ce pour cela, ou pour les temps difficiles dans lesquels nous marchions.

Tandis que tu t’installais dans le canapé, je me dirigeais vers ma cave à sang. Toujours à température ambiante. Les deux mortels vivant sous mon toit m’alimentant régulièrement. J’entendis parfaitement tes paroles même si mon regard était figé sur le verre que je sortais du buffet. Comment pourrais-je oublier cela? Je me souviens des lettres que tu me faisais parvenir et auxquelles je répondais avec foi et élan. Rien ne pourrait jamais nous séparer éternellement à part nous-même. Et aucun de nous n’avait, ne serait-ce qu’une once d’envie, de rester séparer jusqu’à la mort. C’est avec une bouteille et un unique verre que je me tournais à nouveau vers toi, m’approchant doucement tandis que tu devenais philosophe. J’observais ta posture et surtout cette incommensurable sensation qui me prenait à chaque fois que je te contemplais trop longtemps: la vie t’avait quitté mon bel ange. Mais je ne fis aucune remarque, préférant répondre à ta dernière question: “Se perdre...Cela voudrait dire qu’il y a un unique chemin pour aller...où?” Mon regard croisa le tien tandis que j’ouvrais la bouteille et servait le verre. “Je te le dis, plus tu te débats dans l’océan plus tu te noies. Est-ce cela se perdre à tes yeux?” Mais quand tu venais à mon rivage c’était pour mieux mourir...et ainsi renaître. C’était pour te reposer, respirer, et mieux repartir. Je ne serai jamais qu’une halte dans ta recherche du chemin.

Ma voix n’avait été qu’un murmure en écho à la souffrance de la tienne. Il ne servait à rien de parler trop fort de ce qui fait frémir la terre. C’est ainsi que tu te confias à moi, laissant le soin au silence d’étouffer les souvenirs. “Tu aurais pu, mais tu ne l’as pas fait.” Je connaissais le traité et la tentation que cela avait du être pour toi de le corrompre. J’approchais, portant le verre à mes lèvres, mon regard n’étant nullement perturbé par les derniers propos que tu venais de tenir. Naturellement je m’agenouillais, de façon à ce que mon bras vienne reposer sur le haut de ton ventre et que ma main, ainsi soutenue, puisse venir se déposer sur ta joue et attirer vers moi ton visage. “Peut-être est-ce le cas.” Je finis de boire le verre de sang, laissant sa chaleur embrasé mon être qui s’attisait au contact de ta présence. “Ou peut-être pas…” Devais-je réellement te dire à quel point j’ai foi en toi? À quel point je mettrais ma vie entre tes mains? Ou aurais-tu préféré que je te parle de ma foi en Dieu? Et que ce dernier ne m’abandonnerait pas? Mais je ne le pouvais Callan. Parce-que je n’avais plus peur de mourir. Ce chemin était une voie comme une autre.

Mais au lieu de reprendre la parole, mon regard sombra doucement dans le tien, ma main caressant ta joue, ta nuque, en une gestuelle qui se vouait à s’échouer sur ton torse. Je me penchais alors vers toi, perçant ma langue afin de déposer un baiser pourvu de mon sang sur tes lèvres. Ma douceur englobait le moindre de mes mouvements et j’espérais que ce geste viendrait allumer en toi un désir de vie. Je te tendis ensuite mon cou, mon autre main se glissant sous ta tête afin de t’inviter à approcher. “Boire dans un simple verre n’est pas digne de toi, n’est-ce pas?” Je n’attendais nulle réponse. “Extrait ce dont tu as besoin...vide moi si tel est ton bon plaisir. Mais ne reste pas affamé.” Aucune crainte ne perçait dans ma voix. Sensuellement je vins repousser mes cheveux qui pouvaient s’affoler sur ma nuque. Je m’offrais en cet instant, divinement à toi...



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Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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| never forget |


to the lovers we left behind,
the bad days, the good nights,
in the great shipwreck of life we all fall down

Rien n'est véritablement pur. Sous les sourires fragiles et les innocences fébriles se cache toujours une bête prête à vous dévorer. Tapie dans l'ombre des vices, elle patiente, se nourrissant des peurs et des inégalités pour mieux vous écraser le cœur de sa pesanteur. Cette conscience épineuse, Callan la possède depuis la nuit des temps. Elle l'enveloppe d'une lucidité possédée, suffisamment puissante pour l'empêcher d'éprouver la morsure du moindre remord. Réincarnation difforme d'un jugement dernier improvisé. Il est devenu l'entité de tout ce que rejettent ces lois divines qu'il méprise. Entre ses phalanges, la perdition meurtrière déambule ; faisant de lui l'inépuisable bourreau du beau. Éternel disciple de l'antéchrist qui murmure à son oreille l'effroi de ce que l'on cache derrière la bienséance et parfois même, la bonté du cœur. Callan embrasse à pleine bouche les remous de sa paranoïa, barricadant les quelques miettes d'âme qu'il lui reste derrière la sévérité religieuse d'une méfiance acérée. Dans la cathédrale dépravée de sa criminalité, son cœur suintant d'horreurs se recueille. Cherchant le silence dans le brouhaha mensonger des fausses espérances et de la naïveté. Il ne peut s'empêcher de condamner leur ignorance et s'enlise volontairement dans le goudron de ces sept péchés capitaux qu'il maîtrise autant que d'autres se plaisent à se fourvoyer.

Callan refusait de se leurrer. D'approuver des concepts erronés et plus encore de se soumettre aux immatérielles vérités qui avaient pu orner son enfance. Son intérêt pour cet homme si particulier qu'était Orfeo résidait en sa capacité à le comprendre, à l'écouter et à l'accepter. Parler du Seigneur était, pour l'Allemand, une plaisanterie douce-amère avec laquelle ses émotions s'électrisaient. Dans un affront d'autant plus prenant lorsque c'est avec l'Italien qu'il tissait ces longues conversations sans conclusion ; cadencées par leurs expériences et la complexité de leurs émotions. Quelque chose dans ces gestes, dans le son de sa voix, parvenait à dompter leurs contradictions. Empêchant les flammes de sa colère de se répandre, empêchant l'essence même de son âme de s'empoisonner. À qui faire confiance lorsque l'on devient synonyme de terreur ? Comment entrevoir le repos lorsque la rage est l'unique fléau qui parvient à nous tenir en vie ? S'il en connaissait les réponses, il peinait pourtant à l'admettre. Ne s'était-il pas échouer dans une église avant de venir le trouver ? Ne cherchait-il pas l'inexorable silence de ce Dieu malgré la haine qu'il avait envers ce dernier ? En suivant les torrents de sa perdition, Callan n'avait pas résister au besoin de le rencontrer une énième fois. Au détour du souvenir de la foi qu'il avait crucifié.

Dans l'espoir de dépasser les cieux eux-même. De transcender la Mort au prix du fardeau qu'était son Humanité. Callan n'avait jamais tiré aucune joie de ses faiblesses mais il a cent fois cru atteindre le divin en se lavant du sang de ses ennemis. Toujours empreint d'excès et de scandales, transformant toutes les offuscations en raisons supplémentaires de leur faire affront. À tous ceux qui pensaient pouvoir le posséder et le maîtriser. À toutes ces idées qui ne servaient qu'à les cataloguer. Callan s'émancipait des inventions pour  mieux créer les siennes. Il en occultait ses propres racines, les arrachant à la force de son insatisfaction pour ensuite les incendier. Cependant leurs cendres s'agitaient encore trop souvent dans le creux de ses poumons usés, le plongeant dans une nostalgie futile qui n'avait pas réellement lieu d'exister. Cette fatalité le faisait stagner dans une torpeur qui l'écœurait. Pour tant de raisons se créaient autant de blessures et celles-ci se faisaient si virulentes qu'il avait la désagréable sensation de suffoquer. Incompréhensible, il le devenait. Pourtant les deux vampires s'étaient toujours compris. Sans explications lamentables, sans rien d'autre qu'une lecture silencieuse de leur esprit. De leur cœur ?

« Quand bien même tu as raison, ces mouvements incessants n'ont très souvent aucune logique. Ces sentiments distordus qui m'animent parfois n'en ont pas la moindre non plus. Qu'en est-il des tiens ? Les laisses-tu mourir pour mieux les voir renaître ? »

En était-il de même pour eux, pour la relation qu'ils entretenaient depuis des siècles à présent ? Callan était pourtant persuadé que ce qui leur permettait de persister à exister – malgré leurs désaccords et quelques plaies qu'ils ne s'avoueraient probablement pas – était ce secret qu'il leur était impossible de briser. Cette intimité, ponctuelle et inconnue des autres, dont l'Allemand ne pouvait se passer. Quoi qu'il puisse en dire ou en penser, c'était une manière comme une autre de protéger ces quelques lueurs sacrées et paradoxalement blasphématoires qu'ils s'échangeaient continuellement. Malgré l'enfer qu'il traversait les paupières closes, Callan s'autorisait la vulnérabilité auprès de cet autre... Amant, ami. Amour ? Ceci, il n'osait l'entrevoir. Volontairement rattaché au paria, à l'ingrat. De par cette dévotion insensée avec laquelle, à défaut de survivre,  il se permettait l'autodestruction. La perspicacité de son hôte éveilla sur ses lèvres un sourire endolori alors qu'il le contemplait verser le carmin dans un verre, attrapant son regard à la volée lorsque ce dernier vint caresser son corps.

« Pour la plupart, ce chemin mènerait au bonheur... Pour d'autres, sans doute serait-ce l'indolence. »

Il existait tant de mots pour décrire cet état de grâce. L'intouchable légèreté de l'être. L'évasion à tout déchirement, à toute crainte. Pour ne laisser, au final, que cette stérilité morne qui ne seyait guère à l'homme tel qu'il avait été conçu. Raison pour laquelle la damnation que lui avait infligé Léandre n'était qu'une bénédiction à ses yeux. Moyen immuable d'accéder à l'effacement total de toute la souffrance qu'il avait épongé en cette période où son cœur rugissait encore d'effroi. Ce cœur qu'il avait laissé entre de mauvaises mains en toute conscience et qui, il en était sûr, prenaient un plaisir inavoué à le torturer. Si sa douleur demeurait quelque part, ce n'était qu'en la faiblesse que Léandre lui rappelait alors même qu'il se pensait invincible. Incarnation personnifiée d'un masochisme intime et insensé. Tandis que cet homme chez lequel il venait chercher refuge lui insufflait l'espoir de continuer. Renforçant avec une délicatesse irréelle toute cette force que l'Allemand décidait parfois d'oublier.

« Si je comparais l'océan à ma dévotion, je me noierais sans l'ombre d'un doute. Et puis j'ai toujours vu l'amour comme un lent suicide. Nos premières victimes sont toujours ceux que nous aimons le plus... »

Comme eux-même s'étaient blessés. De trahison et de silence. De distance et d'impossibilité à tourner la page de cette histoire qu'ils écrivaient ensemble depuis plusieurs siècles. Callan était incapable d'effacer l'aura de cet homme. Il demeurait éternellement l'un des êtres qui l'intéressaient le plus. De ceux avec qui il pouvait s'exprimer, au-delà de cette hargne qui le caractérisait. De ceux qui n'abuseraient pas du moment pour l'éliminer. Tendre euphémisme lorsqu'on connaissait le nombre de victimes qu'il avait massacré par ennui. Sinistre tortionnaire qu'il était. Il lui avoua donc ce qu'il s'était passé, tout comme le désir qu'il avait eu de mettre fin à ses nuits mais dont il s'était passé. Faiblement éclairée par une conscience inopinée qui, d'évidence, le déstabilisait. C'est à cet instant précis qu'il s'est approché de lui, portant l'une de ses mains à l'une de ses joues alors que dans l'échange subtil de leur contact visuel, il lui faisait comprendre qu'il ne craignait rien. Ni lui ni même ce dont il était capable. Cette confiance aux allures d'indestructibilité ne faisant que se renforcer dès lors qu'au lieu de le fuir, il acceptait d'effleurer la passion méphistophélique des limbes qu'il avait fait siennes.

Callan n'en avait jamais réellement douté. S'il n'avait aucune foi en ce Dieu que son amant adorait, il avait pourtant foi en ce lien contre lequel aucun d'eux ne pouvait résister. Cet appel inébranlable qu'émettaient leurs corps pour qu'ils se touchent. Pour que leurs regards s'enlacent et s'embrasent. De manière si naturelle et sincère que l'Allemand ne pouvait s'opposer à ce qui agitait ce désir dévorant qu'il ressentait dès lors qu'ils se réunissaient. Entre eux, le silence ne ressemblait pas au malaise. Au contraire, il s'imbibait de chaleur et parfois même d'une exaltation peu commune. Mêlant une part d'interdit à celle d'une délivrance à laquelle Callan s'atrophiait de céder. Lorsqu'il vint décorer ses lèvres d'un baiser aux saveurs sanguines, il ne put s'empêcher d'envelopper ses lèvres de ce poison que dissimulait la douceur éthérée qu'ils partageaient. Repoussant les ombres vautours qui le poursuivaient. Dans cet instant en suspens que l'Italien lui offrait. Dans une précaution qui ne pouvait être digne que de lui, il l'invitait à se nourrir. Lui qui pourtant choisissait de s'affamer inconsciemment, antique conséquence de cet enfermement qui durant quelques décennies les ont éloigné. Malgré cette question rhétorique qu'il venait de lui poser, Callan resta silencieux., enivré par la fusion de leurs lèvres et le délice que représentait son sang pour ses papilles asséchées.

Il le convainquait, de manière sensuelle et intelligente, de briser le cercle de ce jeun insensé auquel l'Allemand s'adonnait machinalement, s'offrant presque en sacrifice si cela pouvait l'aider, lui démontrant de cette manière qu'il n'attendait rien en retour et que le profit ne suintait d'aucun de ses pores... Dans une pureté qui aurait pu l'aveugler si ses pensées n'étaient pas aussi carnassières. C'est sa détermination qui le séduisait, bien plus que ces gestes presque lascifs avec lesquels il attisait son feu. Alors... Il décidait de se pencher vers lui, suffisamment pour que son visage se niche dans le creux de son cou, laissant ses narines s'abreuver de l'odeur délectable de la vitae qui l'animait. Débutant avec la fièvre d'un baiser plus sauvage que le précédent, sa langue ainsi que ses lèvres vinrent à créer l'illusion d'un suçon sur la soie de sa gorge pour finalement perforer la fine membrane de chair qui le séparait de son ambroisie, celle qu'il buvait à grande gorgée mais avec la patience des plus terribles langueurs impudiques. Minutes précieuses que Callan avait la sensation de dérober au temps lui-même, minutes qu'il savourait comme s'il s'agissait de leur première étreinte... Lorsqu'il se retira enfin il succomba au désir d'embrasser ses lèvres à nouveau, laissant la moiteur de sa langue enrobée de sang se mêler à la sienne, dont la délicatesse avait longtemps été l'une des choses qui lui avait le plus manqué. Ses mains entourant le visage de l'Italien, il finit cela dit par se reculer avec calme, prenant conscience de cette fébrilité soudaine qui s'était emparée de l’entièreté de son être aux dépens de cette alerte éprouvante qu'il refusait de laisser filer.

« Il me semble que je ne sois pas assez idiot pour que je laisse la Mort me séparer de toi. Après tout ce temps, tenter de t'assassiner n'aurait été qu'une amputation de ma propre vie et quand bien même, je méprise la nostalgie, il m'est parfois nécessaire de me remémorer certaines choses. »

Leur rencontre, certaines de leurs longues conversations. La saveur de ses lèvres, celle de sa peau et l'implacable sérénité qu'il était capable de lui donner sans pour autant savoir ce qu'il était capable de lui donner en retour.


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Ambiance

Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être. Il y a toujours une brèche qui permet de pénétrer dans l’inextricable et d’en ressortir l’improbable. Il y a toujours des chemins préservés pour celui qui cherche la vérité. Pas celle que tout le monde raconte, uni dans une vision qui ne deviendrait qu’enfermante. Mais celle qui est tapie en chacun sans qu’il ne puisse la formuler ou même simplement s’en préoccuper. C’est ce qu’il s’était passé avec toi autrefois. Nous nous ressemblions tellement malgré la coupure entre ta foi et toi, et la mienne toujours plus grande avec mon propre sire. Je trouvais en toi un miroir de cet amour que je n’osais à l’époque que soupirer, pendant que tu l’expérimentais pleinement auprès de Léandre. Il y avait le murmure de nos discussions jusque tard dans la nuit. Nos regards qui se comprenaient dans la langueur des silences. Et cette envie irrépressible de te revoir dès que nos absences prenaient le dessus sur nos vies. Pourtant, il n’y avait rien de dévorant - pas au début, pas aussi vite - rien qui ne nous aurait éloigné chacun de notre étoile, de ce qui illuminait nos nuits respectives. Léandre pour toi. Ton amour était intarissable et je souffrais pour toi que de le savoir si peu nourrissant. Dieu pour moi. Aussi stupide que ma foi peut apparaître aux yeux de certains, elle a toujours fait partie intégrante de moi, et cela est toujours vrai aujourd’hui.

Entendons-nous bien. Je ne suis pas un fanatique, ni même un idiot. Je ne crois pas en nos péchés, ni même que nous sommes le fléau de ce monde.  Je crois que nous sommes tous capables d’évolution, même si ma prétention à ce sujet peut apparaître comme un optimisme aveugle. Je sais que tu m’as jugé autrefois. Je sais qu’aujourd’hui encore mes desseins peuvent t’échapper, mon amour de dieu te paraître déraison. Mais ne nous retrouvons-nous pas dans nos extrêmes? N’était-ce pas cela qui nous permettait de nous comprendre sans même que les mots ne soient nécessaires? N’est-ce pas un lien au-delà de l’ineffable? N’est-ce pas sacré au même titre que ces lieux de cultes où nous nous croisions parfois malgré ton rejet de toute considération religieuse? Te souviens-tu au moins que c’est également mon cas? Que ma foi, teintée du catholicisme, n’est pas le catholicisme? As-tu noté, au fil de nos discussions, que mon esprit ne s’enfermait nullement dans un dogme mais venait le magnifier? Et c’est cela vois-tu que tu faisais également. C’est cela qui venait faire écho en moi quand je prenais connaissance de tous ces meurtres que tu distribuais comme l’ostie en plein office. Et si tout ce qui nous séparait ne faisait que nous rapprocher? Et si nous étions prisonniers ensemble de cette attraction qui existait entre nous mais que nous tenions secrète comme si personne n’était prêt à le savoir? Et si ce qui nous reliait était ce qui aurait du - dans l’ordre naturel des choses - nous éloigner?

Pourtant, en ta présence, je ne ressens nullement que notre relation est contre-nature. Au contraire, il y a quelque chose d’évident qui autrefois aurait pu m’alarmer, mais qui aujourd’hui est tel un espace où je pouvais respirer. Parce-qu’en ta présence tout le reste n’existait plus. En ta présence, tu devenais le centre de mon monde. Est-ce que tu remplaçais Dieu? Est-ce que je remplaçais Léandre? Ce que nous avons su créer entre nous est bien plus qu’un rôle de remplaçant. Ce que nous avons créé, je le redis, fait partie de l’ineffable et ce serait souillure que de vouloir l’expliquer.

Alors je continue de t’écouter. La vie est-elle logique à tes yeux Callan? Ou tout du moins aurais-tu aimé qu’elle le soit? “La logique ne peut rien contre la vie.” Les hommes ont toujours voulu tout expliquer par la science, tandis que d’autres se sont tournés vers la religion pour obtenir du sens à leur existence. Les deux ont faux. Totalement faux. Il n’y a rien dans les sciences ou dans la religion qui peut venir nous rassurer une fois que le soleil s’éteint. Il n’y a rien, absolument rien qui peut venir répondre à des questions qui n’ont pas lieu d’exister. Mais ils essayent tous ces hommes. Ils trouvent des réponses et les érigent en règles. Mieux vaut la logique au chaos. Mais n’est-ce pas en ce dernier que se situe l’Ordre? Celui qui mérite notre respect car il est bien plus grand que nous? N’est-ce pas envers lui que toi comme moi sommes dévoués? “Ai-je un autre choix que celui-là?” Ne pas résister contre l’inéluctable, sinon c’est se condamner à être esclave de ses choix. Je n’ai jamais pris ce chemin, j’ai toujours tout fait pour rester aligné sur ce qui me semblait le plus juste sur le moment. Mais ne va pas croire que je suis un saint pour autant. J’ai moi aussi connu des tourments, même s’ils étaient moins spectaculaires que les tiens. “Tu as toujours expérimenté la vacuité Callan. Nos actes ne portent que le sens que nous voulons bien leur donner. Tu te payes le luxe de ne pas les cataloguer...et certains veulent alors te faire croire que tu es perdu.” Folie. Mes paroles ainsi peuvent résonner. Pourtant je suis en total accord avec ce que je te dis. Au lieu de donner du sens, tu agis, et ce sont ces actions qui rendent tes pensées stériles. Mais cherches-tu réellement du sens à tout cela? Je crois en vérité que tu sais depuis longtemps pourquoi l'extrémisme fait partie de toi. Et quelque part, tu reconnais cela en moi.

Se pourrait-ce que tu recherches cela toi-même? Le bonheur? N’est-ce pas une chose destinée aux éphémères? À ceux qui, de par leur présence réduite sur terre, se doivent de trouver une félicité pour excuser toutes leurs souffrances? Je n’avais pas besoin d’ouvrir la bouche pour souligner que tu n’avais pas besoin de ça. À chaque fois que nos pas se sont rencontrés, nous avons pu goûter à cette légèreté d’être, même si elle était toujours nuancée de nos désirs respectifs l’un envers l’autre. Nos rencontres ont toujours été une bénédiction sur mon chemin, même si j’aime à clamer que je n’ai besoin que de Dieu pour attiser la paix en moi. Qui pourrait comprendre ce qui nous lie? Cela nous échappe à nous-même, et pourtant nous savons que nos falaises seront toujours accueillantes pour l’un comme pour l’autre. Nous savons que nous sommes des privilégiés, que nous n’avons pas à respecter les mêmes règles que les autres en nos royaumes.

“L’amour mène-t-il inexorablement à la mort?” L’image du suicide me toucha plus que je ne l’imaginais. Était-ce cela ta vie? Un suicide qui ne trouvait aucune libération? Ma question resta sans réponse, ton besoin passant avant toute considération de l’esprit à cet instant. Mais au-delà de cette fatalité qui pointait dans ta bouche, je ne pouvais que voir l’allusion à notre propre lien. Jamais, nous ne prenions le soin d’en parler, préférant le vivre - du moins c’est ce que je me suis toujours dit - plutôt que de l’analyser. Préférant taire nos sentiments plutôt que ces derniers ne se dévoilent. Avons-nous peur de notre propre lien? Je me le suis souvent demandé au cours des siècles, avec cette sempiternelle certitude que notre place n’était pas l’un à côté de l’autre. Parce-que notre relation allait au-delà des convenances et des lois humaines. Parce-que notre lien semblait provenir d’au-delà cette vie, même si ce serait insensé que de te faire part d’un tel romantisme. Parce-que cela se nuancerait de ce goût-là. Et j’aimais à croire que le romantisme appartenait à une autre époque, un autre temps, mais surtout pas à nous.  

Malgré la délicatesse de nos gestes dès que nos corps goûtaient à nouveau l’un à l’autre. Ta présence m’imbibait toujours au point que je sentais mon intérieur s’embraser, s’emparer de la vie. Une vie que je venais t’offrir par le carmin de mon essence que tu absorbais sans l’ombre d’une hésitation. Vibrance. Ces quelques minutes m’amenèrent dans ce lieu chéri de nous deux. Là où aucun regard indiscret ne pouvait venir nous pourchasser. Là où tes ombres devenaient lumière, et ma lumière s’obscurcissait. Un clair obscur qui nous sciait bien et où ton baiser - profond, suave, intime - venait me bercer de cette mélodie que toi seul peut me faire entendre. C’est ainsi que tout me revient, tous ces moments volés ensemble. Mais aussi ces discussions, certaines fiévreuses car nos orgueils ne savaient lâcher prise. D’autres mielleuses avec un fort accent de silence qui nous enveloppait et nous terrassait. Parce-que nous ne pouvions rien nous refuser. Parce-que l’altération de mes cellules en ta présence, n’avait d’égal que la tienne face à la mienne. Que nous arriverait-il Callan si le miroir se brisait? Si l’un de nous venait à mourir de ce suicide lancinant dont tu me faisais part?

Tes lèvres m’arrachèrent à de telles pensées. L’onctuosité de ta langue mêlée de sang dansant avec la mienne, me submergea d’un désir que je désirais pourtant encore attacher, retenir, pour ne pas sombrer de suite. Pourtant mes mains vinrent parcourir ton visage, quand tu te reculas, et que nos regards pouvaient à nouveau se mêler et se parjurer.  Au nom de quoi? Je ne le sais pas vraiment. Peut-être au nom du sens que chacun nous avons donné à notre vie…

J’entends tes mots et un doux sourire naît dans l’écrin de mes lèvres. Pouvoir te contempler à la lumière du feu de ce salon m’apporte bien plus d’espoir que tu ne pourrais jamais l’imaginer. “Chacune de tes visites me comblent de ce bonheur dont tu parlais tout à l’heure. Pourtant je ne le cherche pas...et tu es là.” Je ne te cherche pas. Je t’ai toujours laissé venir jusqu’à moi, voyant tes visites comme des bénédictions. L’amour qui me lie à toi est de ces amours qu’on ne confie à personne. Tu m’es plus précieux que n’importe quel attachement. Je sais ne rien te devoir, et pourtant nous voici à prendre une respiration et à effacer toutes les ruines qui encombrent nos esprits. “J’aime à penser à toi aussi.” Ma main vient s’égarer dans ta chevelure cendrées. Mes lèvres appellent à un autre baiser, tandis que mon corps se veut plus proche du tien. “La nostalgie ne fait pas non plus partie de moi...Mais je me souviens très bien de la première fois où nous nous sommes rencontrés. Je me souviens de ta fougue...Elle est toujours là.” Un sourire s’agrandit sur mes lèvres. Mon affection transparaissait à travers mes mots, même si mon désir ne s’exprimait pas encore. “Je me souviens de ta souffrance.” Elle aussi est toujours là. À l’image d’une gangrène elle ronge ton être depuis tellement de siècles. “Je me souviens aussi que tu as été le premier de ma nouvelle vie à venir me toucher, m’impacter, me retenir...Au point que ta mort annoncée par mon sire.” Je détestais parler de lui. “...fut ce qui me ramena à la vie.” Tu le sais. Mais ma langue se déliait sans que je ne veuille la retenir. C’est toi qui m’a donné la force de tourner le dos à mon propre créateur. Toi par ton absence, tu me magnifiais. Peut-être que ces quelques souvenirs vont te rappeler ce que tu m’as toujours apporté. L’élan de vie salvateur.

“Je remercie encore mon Dieu que cette terre porte encore tes pas et que surtout...tu as su comprendre ce qui avait motivé mon geste.” Jamais je ne t’aurais trahi. Si les circonstances avaient été différentes, j’aurai pu te suivre dans tous tes combats. Un sourire plus léger souleva mes lippes avant que je ne poursuive: “Je crois Callan que je ne sais tout simplement pas te dire à quel point tu es important pour moi.” C’est à ce moment-là que je me redressais, venant glisser mes cuisses de chaque côté de ton bassin, tandis que je me penchais afin que mes lèvres ne viennent flirter avec les tiennes. La chaleur de mon bas ventre semblait amplifier par le contact du tien. Il y a des évidences qu’on ne peut certainement pas nier. Tu es l’une d’elles.






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Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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to the lovers we left behind,
the bad days, the good nights,
in the great shipwreck of life we all fall down

Hurricane.

Toutes les larmes que l'on se refuse de verser deviennent poison. Chaque veine constituant son être en est emplie. C'est avec l'obscurité de ce dernier qu'il transgresse l'impossible et qu'il prétend survivre. Derrière son épaisseur goudronneuse, le souvenir de son cœur suffoque et se dissipe. Il se remplace ainsi par l'orgueil et la haine, le dégoût et la déception. Il s'en sublime tandis que la cage thoracique se fait imperturbable rempart dont chaque côte, effilée par la douleur, devient finalement lance acérée. Prête à transpercer la chair des plus imposantes candeurs et des plus charmeuses lueurs. Derrière sa poitrine, tout disparaît. Pour ne devenir qu'un tas de cendres sales. Poussières dispersées dans le Néant dans lequel ses plaies parviennent pourtant à se refermer. Vie émiettée, que le temps termine toujours par achever à coup d'oubli inévitable. C'est ce qu'il lyrise, la bouche en sang, lorsque celle de l'Italien reste immaculée d'horreurs et de perditions, s'échinant à se préserver du pire pour ne partager que le meilleur. Il est son reflet contraire, cette étincelle enflammée qu'il refuse d'étouffer. Il n'est pas l'exception et ne l'a jamais été. Il est très certainement plus que cela ; un ciel ouvert sur un océan de possibilités, la preuve évidente qu'il rejette la docilité d'une vie sans encombres. Passive de douleurs et restreinte de passions criminelles. Au creux de laquelle la lune, diaphane et lointaine, n'est pourtant plus aussi mourante qu'elle semble l'être... Là où les étoiles s'embrasent à défaut de soupirer puisque tout est calme, tout est tranquille. Et la violence se mure dans l'inexistence. Orfeo incarne peut-être cette existence en suspens que l'Allemand n'arrive à entrevoir qu'au fond de ces précipices azurs que portent son regard libre. Puisqu'il demeure comme lui, depuis toujours émancipé de ce qu'on lui dicte, ne gardant que pour seule base cette foi en laquelle il s'élève. Au-dessus de l'Église, au-dessus de ceux qui se croient assez importants pour vouloir le maîtriser. Lorsque Callan, lui, choisit de profaner la terre qu'il foule. Au-dessous de l'Immortalité. S'érigeant ainsi Roi de ses propres Enfers, s'abreuvant de vengeance et de rage, là où son vis-à-vis se love quant à lui dans la placidité puissante de son Dieu et du silence implacable qu'il impose à ses fidèles.

Au sein de leur détachement respectif, ils se ressemblaient. Indifférents à leurs différences et irrémédiablement inspirés par leur attirance. Tout était limpide et la voracité des complications environnantes se meurtrissaient de leur harmonie profonde. Confinés dans l'intimité de leurs confessions philosophiques, ils se créaient ainsi leur propre univers. Destitué de toutes les idées reçues, purs de toutes les présomptions sociales que les hommes ont tenté de leur faire avaler. Callan se plaisait à l'écouter puisque dans le flot de leurs conversations, ils se retrouvaient sur un même pied d'égalité. Pour n'être que deux individus animés d'un esprit, d'une âme qui se rencontraient et se liaient. Pour l'éternité et au-delà. Bien qu'ils n'en furent jamais pleinement conscients et que dans le velours du secret, ils survivaient à tout. Parfois séparément mais toujours au souvenir de l'autre. Quelle logique, alors, pourrait-on donner à ce qui les maintenait vivants au creux de ce temps qu'ils explorent si agilement ? Cette réponse inattaquable n'existe que dans le silence de leurs regards encastrés l'un dans l'autre. Elle n'est que dans la manière qu'ils ont de s'embrasser et de se manquer. Elle n'est nulle part ailleurs que dans l'invisible, l'intouchable et l'insalissable. Depuis toujours, Callan avait choisi de ne pas choisir, composant à la cadence de ce qu'il vivait l'épais mémoire de son existence sans caste. Il appliquait cette loi disparate à ces liaisons, refusant de nommer et de ranger dans des boîtes le flux discontinu de ses propres émotions. Callan voulait rester libre mais ne s'égarait-il pourtant pas dans une dévotion amère qui ne lui était pas rendue ? Ne s'enfermait-il pas dans des visions qui n'étaient pas reines en son soi profond ? Cette réponse, comme la précédente, il la connaissait. Lucide de tout ce qu'il avait sacrifié. Lucide, aussi, du temps qu'il avait perdu.

Et lui, son Italien, le savait sans doute bien mieux que personne. Avec justesse, il lisait en son âme comme d'autres feuillettent un simple bouquin. Il comprenait, au-delà des massacres et des affres de l'abomination, que Callan puisait sa foi en l'épicentre-même d'un nihilisme irrévocable. Ce nihilisme, l'Allemand le croisait souvent dans le regard de son amant. Il le contemplait ainsi le métamorphoser en quelque chose d'étincelant et de vivifiant. Orfeo en faisait des merveilles tandis que lui immortalisait les enfants de l'Ombre ainsi que leurs plaies, terrassant leurs rêves naïfs pour en faire éclore les fièvres de la révolte et de la liberté carnassière. L'un dans l'autre, ils se complétaient tout en s'opposant. Pourtant, ils n'avaient jamais été ennemis. Pas même l'espace d'une seconde. Callan n'avait pu se résoudre à le haïr, malgré sa décision de rejoindre la Fondation. Puisqu'en sondant les secrets de son âme, ce sont les siens qui ont brûlé le siège de ses émotions. À présent, plus rien de tout cela ne semblait pourtant compter. La Monarchie s'était écroulée et son empire avec elle. Les partisans, tout autant que les opposants, ne demeuraient plus qu'une idéologie erronée. L'effervescence de la discorde s'était essoufflée et si Callan ne sut trouver les sentiers apaisants de l'Inanité auparavant,  en cette soirée, Orfeo lui rappelait savamment l'étoffe qui le constituait. Il lui rappelait qu'il n'appartenait à personne, qu'il demeurerait éternellement son seul et unique maître, que si son esprit s'emportait et se mutilait de souffrance exagérée, ce n'était que pour mieux réclamer cette délivrance inégalable que pouvaient lui offrir l'individualisme et l'équanimité. Aucun d'eux n'étaient à sauver par la science ou par la vertu. Puisque leurs esprits subsistaient sans aucune ombre de ce que ces deux entités pouvaient tenter de leur inculquer. Ils vivaient indépendamment de toutes lois pour ne se fier qu'à ce que leur instinct pouvait leur murmurer. Créateurs de leurs pensées, explorateurs de toutes les énigmes de ce que l'homme ne pouvait nommer.

« La logique ne peut rien contre nous non plus. » Il se délectait de ce désordre émotionnel, de tous ce qu'il pouvait éprouver mais aucunement définir. Ils n'étaient rien. Leurs grands idéaux n'étaient que passe-temps dans l'infinité de l'univers qui les portaient en son sein. Callan savait que tout disparaîtrait, il avait cette conscience inébranlable que tout leur filait entre les doigts pour mieux mourir, hissant ainsi deux mots comme l'un de ses mantras les plus loyaux : memento mori. Sois conscient de la mort. Au point où la vie elle-même devient transparente et légère. Invisible, dans les creux que comportent les débris de ses poumons asséchés. Et pourtant, Orfeo lui démontrait sciemment le contraire, bravant la mort clinique pour embrasser une renaissance spirituelle des plus grandioses. Ce qu'il pouvait le désirer lorsqu'il lui prouvait la solidité de ses valeurs. Ce qu'il pouvait l'adorer lorsqu'il s'électrisait de se battre pour ce qu'il estimait digne d'intérêt. Se rendait-il seulement compte de l'effet que sa détermination pouvait avoir sur lui ? Callan ne l'a jamais véritablement su. Il ne cherchait pas à le découvrir, préférant s'attarder dans les longs couloirs de ces envies blasphématrices qu'ils partageaient et qu'ils chérissaient tous les deux. Ainsi était leur monde à eux. Privé et inaccessible aux autres. Parce que les autres ne comprendraient pas. Ils ne comprendraient jamais, ce qui brûle leur corps et ce qui peut entrelacer leurs âmes. « Il m'arrive pourtant d'oublier la vacuité aux dépens de la douleur. Elle remplace le silence par le hurlement de ces hommes que je décime en tentant de la retrouver... » Callan marque une pause. Courte et concise. Comme un souffle qu'il aurait pu prendre, dans le passé, avant de tirer une flèche. « C'est le serpent qui se mord la queue. Je m'inocule de mon propre venin et m'assagis de ses vérités par son absorption... Mais tout ça, mon Orphée, tu l'a su dès notre première conversation. » Puisqu'il avait toujours assumé ce que beaucoup, aux temps obscurs, considéraient comme du satanisme. La voie de l'ange déchu, cette voie pour laquelle sa tête était devenue un trophée de premier choix, une place qu'il avait délibérément choisi d'honorer.

Et dans toutes les souillures que comportaient ses carnages, dans l'enfer cacophonique de la rage qui le prenait parfois, Orfeo restait son point focal. Son signal d'alarme. Le rappel inexorable aux seules certitudes qui lui concèdent la liberté d'être lui-même. De persister, au-delà des ravages et du calvaire de ses propres maux. « L'amour ne peut être accompagné que de la mort puisque c'est dans le mal que se trouve toute la volupté. » Comme lorsqu'une mère accouche de son enfant. Comme lorsque les effervescences romantiques finissent par perler sur le visage d'un amour au cœur saccagé. La douleur n'est qu'une évidence au bonheur écrasant qui peut nous accabler. Elle doit être ressentie et honorée afin de devenir créatrice d'énergies nouvelles. Vibrances de survie. Ce n'était que l'ordre naturel des choses, la boucle que personne ne pourrait jamais être en mesure de boucler. Dans tous chaos, demeurait le calcul. Et l'évidence de leurs deux êtres qui ne pouvaient s'empêcher de s'effleurer et de se sentir n'était qu'une preuve irréfutable qu'absolument tout finissait par s'emboîter, par se relier. Pour mieux coexister. Comment pourrait-il oser s'opposer à cette vérité lorsque ses lèvres s'aimantaient si naturellement à son cou ? Pour mieux le boire, lui, qui se donnait sans modération. Lui qui, comme l'explosion d'une étoile, éclairait à nouveau les méandres tortueux de son Immortalité. Pourquoi Callan se refusait-il à salir la beauté terrifiante de ce qu'ils partageaient ? Pourquoi peignait-il leur existence de silence et d'occultation ? Peut-être car il était persuadé que cette révélation annoncerait la fin du tout qu'ils forment. Peut-être parce que leurs obligations civiles et émotionnelles les mettraient inéluctablement en péril. L'aspect sacro-saint de leur lien s'effriterait-il sous le regard et les langues malhabiles de ceux qui leur sont proches ? C'était un risque, une précarité certaine que l'Allemand refusait d'entreprendre. De manière très égoïste, consciemment soumis à cette possessivité singulière qui le caractérisait. Non, Callan ne le considérait pas comme un prix à remporter mais il était dans l'incapacité de nier son attachement à lui ainsi que la nécessité inébranlable qu'il avait de le revoir ou de lui écrire.  

Indescriptibles étaient les sensations qui parcouraient son échine dès lors que leur baiser pourpre et désireux venait absorber sa psyché. La caresse de ses mains, quant à elle, lui rappelait cette proximité ponctuelle dans laquelle ils s'enlisaient un peu plus à chacun de leurs gestes. Callan n'en laissait aucune miette, s'enivrant à pleine bouche de cette chaleur dont leurs deux corps manquaient éperdument mais qu'ils retrouvaient, l'un dans l'autre, à la lumière chaude d'un feu qui ne crépitait que pour saluer leur désir réciproque. Abandonnant sa tête dans la tendresse d'un coussin, l'Allemand transperçait le regard de son amant alors que le sourire apparaissant sur son visage brûlait son âme d'une étrange émotion. Il l'entendait, avec cette même compréhension que possédait le respect qu'il avait pu lui accorder quelques minutes plus tôt. Malgré ses crimes et ses sombres aveux. Et chaque mot que l'Italien lui donnait librement insufflait en lui cette irrépressible envie de résister et de se retrouver lui-même. Détaché de tout ce qui pouvait le ralentir ou le limiter. De tout ce qui pouvait l'étouffer. Puisque s'il lui parlait de l'impétuosité qui ne l'avait jamais quitté, il n'a pour autant pas omis la souffrance à laquelle Callan se soumettait par amour pour Léandre. La continuité de ses mots, toute enveloppée d'authenticité, a su l'étreindre bien plus que ses précédents constats. Callan en sentait l'aveu et la véracité. Puisqu'il osait évoquait l'ombre de celui qui l'avait créé, l'ombre de ce créateur duquel Orfeo s'était volontairement détaché. Et au cœur de ces confidences privilégiées, Callan restait un instant en suspens, pris au piège par le vide dont il pensait pourtant avoir été le conquérant. Mais sa voix douce et attentive le retenait, l'empêchant de disparaître dans ces abîmes qu'il connaissait pourtant bien plus que les couloirs du cœur, lui prouvant sans pourtant avoir besoin de le faire qu'il ne le duperait jamais.

« Ne te manque-t-il jamais ? » lui demanda-t-il, l'air absent mais pourtant profondément frappé par le sourire de son autre, bercé par les lascivités qui, peu à peu, prenaient possession de ses reins. Il évoquait Stefan. L'homme qui fut durant longtemps celui qui l'a accompagné. « Peut-être bien que la valeur que l'on se porte l'un à l'autre nous dépasse dans ce cas... » Alors qu'il se redressait pour venir se poser sur son corps allongé, ses deux cuisses venant sensuellement encercler son bassin. Quelques frissons en vinrent allégrement saccager son ventre. L'esquisse d'un énième sourire vint étirer les lèvres de Callan tandis que ses mains flirtaient avec les courbes de son amant, passant sur ses côtes pour mieux épouser la finesse de sa taille ensuite. « La tienne n'est pas définie par les mots que tu m'offres. Elle est dans tes gestes et ta manière de m'apprivoiser sans que tu ne cherches à m'enfermer... Je te reviens sans cesse car c'est surtout ce silence inaltérable que tu me concèdes de ta simple présence qui me permet d'avancer. Tu es ce qui me tient lorsque je crois être arrivé au bout du chemin. Ce n'est pas ta voix, ce n'est pas ton pouvoir. Ce n'est que toi. » De sa bouche alors que sa voix s'épanchait en murmures, Callan parcourait la carte céleste de sa mâchoire avant de l'embrasser, avec lenteur.  Il ne l'utilisait pas. Il n'avait jamais eu la prétention d'en être capable. Puisqu'il n'était définitivement pas comme les autres et qu'aucun de ces jeux de pouvoir ou de possession ne l'intéressait. C'est ce qui le différenciait du reste. C'est ce qui le rendait irremplaçable. Et à la lueur des nouvelles flammes qu'il lui dédiait, les caresses de Callan s'évadèrent sous le tissu du haut que portait son vis-à-vis, cherchant la fusion de ce qu'ils sont alors que Orfeo lui accordait une fois encore la possibilité de renaître.


NΞRIOИ



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And who are you, the proud lord said, that I must bow so low ? Only a cat of a different coat, that's all the truth I know. In a coat of gold or a coat of red, a lion still as claws and mine are long and sharpe, my Lord, as long and sharpe as yours. And so he spoke, and so he spoke, but now the rains weep o'er his hall with no one there to hear. Yes, now the rains weep o'er his hall and not a soul to hear.

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Never Forget
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Ambiance

Les destins croisés. Des chemins qui ne souhaitent jamais se séparer sans pour autant vouloir se suivre. Des destins en filigrane qui se densifient dès qu'ils se rencontrent à nouveau. N'est-ce pas cela qui nous lie malgré nous? Une énergie qui nous dépasse et nous transperce dès que nos regards se croisent à nouveau? Une danse qui ne veut pas mourir mais à laquelle nous ne serions peut-être pas capable de danser éternellement? D'où les temps de repos. Ces moments propices où nos absences respectives s'installent pour mieux nous apprendre à vivre? C'est cela que j'ai cru pendant longtemps. Pendant tout ce siècle où je t'ai cru mort et où j'ai donné la vie. Où j'ai aimé, éperdument, ressentant toujours en mon cœur non pas ta présence, mais ton absence. Ce vide qui me rappelait l'importance d'ouvrir mon cœur toujours un peu plus fort. Ce vide qui me perdit dans l'immensité du manque et la volatilité des sentiments. L'as-tu jamais senti de ton côté? Non pas le manque, je sais comme tu as été assoiffé pendant tous ces siècles, courant après un oasis qui jamais ne t'abreuvait. Mais la volatilité des sentiments? As-tu su aimer un autre que Léandre? Avais-tu même réalisé à l'époque que mes paroles n'étaient pas vaines ou creuses? Et puis j'ai su que tu étais vivant. J'ai su qu'Il m'avait éhontément menti. Mais j'ai su également que je n'étais pas comme toi. Je ne possédais pas cette ferveur que tu nourrissais pour Lui, sauf envers le Seigneur. Et malgré nos lettres écorchées qui me remplissaient toujours d'une joie pécheresse, j'ai continué à aimer. Parce-que j'étais un artiste et que la beauté m'a toujours touché. Comme tu as toujours été un possédé. Et celui qui t'a toujours hanté reste ton sire.

Qu'en est-il aujourd'hui? N'est-ce pas moi le fantôme, hantant cette maison de Belfast, tandis que tu vis effrontément, tuant, violant sans pour autant trouver de délivrance? Mais n'est-ce pas ce même chemin que je recherche au final? Cette libération que seule la mort peut nous offrir? La mort de notre ancienne identité. La mort de certaines habitudes. La mort peut-être même, pour toi, d'anciennes relations. Parce-qu'il faudra bien ça pour renaître le sais-tu seulement? Il faut toujours perdre quelque chose pour créer de l'espace à autre chose. Aurais-tu peur mon beau prince? Toi à la chevelure dorée dans laquelle les flammes se reflètent, ondulantes, ravissant mon regard d'une chaleur apaisante? Toi dont le simple nom fait frémir les insouciants? Toi enfin que peu comprennent mais que tous jugent pour ne pas se regarder eux-même. Cela a toujours été plus facile au final pour eux tous. Te condamner, te jeter des pierres et des insultes, te faire passer pour la cruauté incarnée afin de cacher leurs méfaits honteux. As-tu jamais perçu comme tu brilles bien plus que les autres étoiles? Comme ta lumière, aussi sombre soit-elle, a plus de puissance que toutes les autres réunies? Dans le fond, je crois qu'il n'y a que toi qui ne le perçois pas. Tous les autres - tes frères - ont vite compris qui il fallait rejeter pour espérer briller.

Ton royaume n'est toutefois pas le ciel. Tu as préféré les abysses en me léguant les cieux. Ceux-là même qui n'ont pas su te retenir et dont je suis l'émissaire. Un messager que tu acceptes sur tes terres malgré la différence qui ne cesse de nous lier. Cela serait trompeur pour l’impie, tandis que l'initié ne tomberait pas dans cette illusion. Celle-là même qui nous voile la face à tous deux depuis tous ces siècles. Celle qui me susurre que notre lien, même s'il n'est pas mortel, porte trop la marque d'un attachement farouche pour être inoffensif. Celle à travers laquelle je ne peux me permettre de voir clair faute que tout cela ne s'effondre, comme l'ombre face à la lumière. Trop de conséquences pourraient venir défigurer ce qui nous a toujours lié. Non pas uniquement le regard des autres, mais notre posture l'un envers l'autre. N'est-ce pas dans nos libertés respectives que nous puisons le pouvoir d'ainsi se respecter? N'est-ce pas dans ce chaos qui nous lie, là où aucune règle ne survit, que se trouve les fondations de notre relation? Et le pire dans tout cela, c'est que je me sens tellement à l'aise dans cette absence de tout ce qui m'oppresse habituellement, que je n'oserai jamais poser des mots trop définitifs sur nous. Je préfère me laisser bercer par ta présence et par nos silences où nous communions d'âme à âme...comme nous l'avons au final toujours fait. Parce-que ton attachement à Léandre, à ton sang, a toujours été plus fort que tout, j'ai su nager dans ces eaux sombres et trouver la lumière qui se trouve toujours en toi. Je n'ai jamais cherché à te conquérir, comme tu ne l'as jamais fait de ton côté. Nous étions comme des rivages séparés par une mer, dont les mouvements des vagues représentaient notre façon d'être lié. Au gré du vent. Au gré de nos élans. Mais toujours - tu m'entends - toujours nous avons été unis. Rien ne nous a séparé. Rien ne pourra jamais le faire. Nous sommes fondamentaux l'un à l'autre.

Tout cela reste facile dans la demeure de mon esprit. Je n'ai qu'à ressentir et rien à assumer. Je n'ai, comme cela a toujours été le cas entre nous, qu'à vivre ces moments que tu m'offrais parce-qu'ils n'ont jamais dépassé quelques nuits. Tu m'as ainsi appris la dévotion au moment présent et la reconnaissance éternelle face à de tels moments. Et je n'arrive toujours pas à comprendre comment cela est possible, et c'est pour cela que mes mots ne seront jamais assez forts pour honorer ta présence. «Ensemble, serions-nous alors la vie elle-même?» Aurons-nous cette prétention? Celle de parvenir, à travers notre échange, à définir ce que nous sommes? J'ose m'y risquer, bien que tes paroles me laissent plus songeur que je ne te l'affiche. Toi aussi tu connais le gouffre de ces émotions qui nous emportent dès que nos regards se frôlent et que l'attirance s'étire, inéluctable, déterminée et savamment orchestrée? Un gouffre qui ne repose sur rien et qui pourtant nous mène l'un à l'autre inextricablement et constamment. Comme empreint de cette logique dont tu parles. Elle ne peut rien, ou elle peut tout! Serions-nous moins libres que nous ne le croyons? Prisonnier l'un de l'autre? Prisonnier désireux de l'être, fuyant pour mieux revenir? Est-ce là, la vérité? De quoi sommes-nous amoureux? De la liberté ou d'un sanctuaire? Si sacré, que nous n'en parlons pas. Si sacré, que nos baisers sont à chaque fois des prières et des offrandes. Et si les deux ne faisaient qu'un? Et si nous avions trouvé et la liberté et un sanctuaire? Si la prison, pour le dire autrement, était la liberté elle-même? C'est pour cela que nous aimons nous y blottir. C'est pour cela que nous craignons qu'elle ne s'éteigne sous les jugements que porteraient indéniablement les profanes.

Mais je garde ses pensées pour moi, absorbé par tes propos. Lucide. Tu l'as toujours été. Ou presque. Il n'y avait que concernant ton sire que tu semblais aveugle. J'aurai pu te le reprocher - j'étais bien placé pour cela, libre du mien - mais je n'ai jamais franchi cette limite, bien trop conscient du précieux que tu tentais de sauver à travers tous ces crimes que ta conscience ne portait même plus. Ils n'étaient pas assez forts, plus assez stridents pour faire s'évaporer la douleur. Tu me l'annonces, avant de laisser le silence enrober la vérité que tu m'exprimes avec assurance. Celle que j'ai toujours su. Et de cela tu en as conscience également. Mon regard ne sait que se plonger dans le tien, sans crainte de tes péchés, fort de cette bénédiction qu'est le simple fait d'être à nouveau ensemble tandis que le monde se meurt. Je ne suis pour autant pas défaitiste. Je sais qu'il y a possibilité de sortir de cet enfer, si seulement les rivalités laissaient la place à une somptueuse alliance. Mais en seront-ils capables? Non pas les immortels, mais ceux qui ont trop perdu au sein de cette cité dont tu étais le prince autrefois?

La question n'est pourtant pas celle-ci. Le monde nous importe peu, tant que nos âmes peuvent continuer à s'enlacer. J'entends ainsi ta définition de l'amour avec une pointe de frisson au sein de mon échine. Tu sais que je ne peux partager ta vision. Tu sais que l'amour que je voue au Seigneur n'est point un amour coupable ou souffrant, mais bel et bien un amour délivré de toute cette mortalité. Un amour divin. Il n'y a que lui qui a pu ainsi nous ordonner de nous retrouver tandis que la vie nous tiraillait autre part, autrement, avec d'autres. Il n'y a que la volonté divine qui a pu inscrire dans le fil du destin notre rencontre et toutes celles qui s'en sont suivies. Il n'y a que là que se trouve la volupté et non pas dans le mal ou dans la mort. Au-delà de tes mots, j'entrevoyais le message que tu me soufflais là, totalement voilé pour l'ignorant, l'étranger...mais pas pour moi. Tu aurais pu me dire à quel point tu craignais pour nous que j'aurai ressenti la même chose. Parce-que je crois que tu as raison. Je crois que plus nous nous cachons, plus nous serons heureux. Je crois que j'ai autant peur que toi de froisser ce qui est si limpide. Je crois que ce qui est divin ne peut marcher effrontément sur la terre des mortels. Sur la terre de ceux qui peuvent flancher...de crainte de flancher à notre tour. Défaillir. Chuter. Serait-ce réellement ce qui nous attend si seulement nous osions? Mais oser quoi? N'avions-nous pas tout ce dont nous avons besoin?

Je le croyais quand nos yeux se retrouvaient, comme pour ne plus jamais se quitter. Je le croyais quand le moindre de nos baisers m'attiraient dans un monde que je ne voulais pas abandonner. Le crépitement du feu semblait chanter ce qui restait encore tapi en nous, ce qui ne se révélait jamais au grand jour, mais sous le couvert de nos soupirs. Et à aucun moment, jusqu'à ta question fatidique, je n'aurai pu imaginé que tu envisageais un autre chemin que celui qui a toujours été tien. À aucun moment, en tous ces siècles, je n'aurai cru cela possible que tu décides enfin de ta propre route au lieu de suivre celle de ton créateur. Mais ta question ne laissait aucun doute. Ta question, au-delà du frisson qu'elle me provoqua à l'évocation muette de mon propre créateur, me montrait que tu étais à un réel tournant de vie. «Si tu veux savoir si une vie existe quand on tourne le dos à son sire...je crois que j'en suis la preuve vivante.» Délicat. Même envers ma propre souffrance. Je venais frôler ce que tu voulais savoir sans pour le moment y plonger, préférant te montrer que je comprenais le fond de ta question, sans pour autant me montrer invasif. Je ne te ferai pas non plus l'affront de ne pas te répondre, mon regard se voilant légèrement tandis que j'ose prononcer son nom: «Bien sûr que je pense encore à Stefan.» Entendre son nom glisser d'entre mes lèvres me fait me rendre compte à quel point il m'est difficile de parler de lui. «Mes souvenirs de lui ne sont pas tous tâchés que de souffrance.» Après tout, il est le premier dont je suis tombé effrontément amoureux...le sais-tu seulement Callan? Sais-tu à quel point il m'a brisé le cœur? Contrairement à toi je n'ai pas su m'accrocher à un être qui a voulu m'arracher au Seigneur, me changer radicalement... «Je ne crois pas qu'on puisse effacer totalement celui qui nous a accouché à l'immortalité.» Malgré tes airs distants, je sentais que ce sujet t'importait. Pourtant, ce que je désirais le plus en cet instant c'était unir nos chairs tandis que nos esprits pouvaient bien continuer à discuter... «Mais comme l'enfant avec sa mère, tôt ou tard il faut savoir couper le cordon. Il n'y a qu'ainsi qu'on devient son égal.» Comprenais-tu là mes paroles? Comprenais-tu qu'il n'y a qu'ainsi qu'un semblant de respect pouvait naître?

Encore une fois, je te faisais part d'une croyance. Je n'avais pas revu Stefan depuis que je l'avais quitté. Je sais qu'il a voulu garder un œil sur moi, c'était à cause de lui que j'avais quitté Lucas. Mais jamais je n'avais eu le loisir de le revoir et savoir...me respectait-il enfin?

Peut-être pour m'épargner, te voilà à rebondir sur mes propos concernant l'importance que l'on se porte. Des paroles pleine de sens, au point que je ne comptais pas les contredire. Mais tandis que je prenais possession de ton bassin, mes cuisses l'enrobant, tandis que je contemplais un énième sourire sur ton visage face à mon désir qui prenait possession de mes gestes, j'entendais tes murmures en mon cœur, aussi distinctement que s'il venait de l'intérieur de mon être. Mon palpitant se serait arrêté si l'éternité ne m'avait pas déjà libéré. Comment pouvais-tu me dire cela? Comment pouvais-tu t'insinuer aussi profondément dans ma psyché toi qui était promis à ton sire et uniquement à lui? Combien de temps durerait la saveur de tes paroles? Combien de temps aurais-je cette place pour toi? Combien, avant que tu ne te souviennes que ta vie n'est rien sans lui, et que ma simple présence est avant tout là pour combler ce vide qui t'aspire? Malgré la tristesse de ce constat, je ressentais en même temps un trouble qui me fit devenir lascif tandis que tes baisers prenaient possession de ma mâchoire. Un trouble face à cette déclaration qui même si elle n'était pas éternelle, me toucha au point de me laisser sans voix.

Mon silence ne te perturba pas pour autant. Tu savais qu'il était lourd de tout ce que je ressentais pour toi. Qu'il était un fidèle écho à ce que je ne pouvais nier et que tu venais de me dévoiler. Tu ne nous cachais plus derrière mon don. Derrière cet apaisement que tu ressentais quand j'utilisais ce pouvoir propre à l'apaisement de toute souffrance. Tu venais de détruire cette fine toile qui excusait notre lien. Naturellement, je levais les bras, suivant ton mouvement pour découvrir mon torse, avant que mes mains ne viennent révéler le tien en retour. Mon regard se porta sur ton torse que mes doigts vinrent doucement caresser, appréciant ressentir la chaleur de nos désirs sans encore nous précipiter. Mes lèvres vinrent ainsi à la conquête des tiennes, mes paupières se fermant, dès que le soyeux des tiennes rencontra celui des miennes. C'est dans ce baiser aux allures libérateurs que ma tristesse s'évada par une simple larme dont le destin m'était égal. Je laissais aller cette émotion, tandis que mes mains cherchaient refuge dans ta chevelure et que je vins simplement souffler à ton oreille: «De quel chemin es-tu arrivé au bout?» Qu'est-ce que tu ne me dis pas mais qui émane de tout ton être? Qu'est-ce que je ressens Callan qui vient me bousculer autant que me submerger? Parce-qu'il n'y a rien que l'on ne puisse se cacher...à part l'innommable: ce qui nous lie.



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Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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to the lovers we left behind,
the bad days, the good nights,
in the great shipwreck of life we all fall down

Excessif. Tel était l'amour qu'il avait porté à cet homme dont il ne voulait plus parler et auquel il ne voulait même plus penser. Lassé de l'avoir trop fait, démesurément blessé de toutes les trahisons avec lesquelles ils s'étaient mutuellement étouffés. Callan peinait à se remémorer la beauté de ce qu'ils ont pu être par le passé. Il espérait oublier les méandres effrontés de leur passion, la voracité de tout ce qui les avaient rendus si fusionnels à l'époque. Il ne voulait plus rien savoir de cette Russie interminable, au sein de laquelle ils s'étaient proclamés Princes de la nuit, lorsqu'ils étaient encore jeunes et libres. Insoucieux de toutes les plus infimes futilités. Lorsque la Monarchie n'avait encore aucun impact sur leurs Âmes et leurs rêves. Lorsqu'ils étaient seuls, face aux richesses d'un monde qui leur tendait les bras et qui semblait leur appartenir. Mais cette simple idée n'était le synonyme que d'une deuxième mort, avec laquelle Callan n'aurait pas d'autres choix que celui de s'arracher le cœur. Puisque tout en lui suintait de cette débauche émotionnelle, au creux de laquelle leurs sentiments s'étaient étiolés. La somptuosité luxueuse de leur histoire n'était, à présent, qu'un ramassis de vestiges bousculé par le temps. Rien qu'un fantasme vécu puis essoufflé dont les carnations écarlates avaient pourri sous le poids colossal des cadavres qu'ils avaient laissé derrière eux. C'est dans la Mort qu'ils se possédaient, qu'ils forniquaient. Sous les parures indécentes de l'opulence et d'une puissance qu'ils s'étaient eux-même accordés. À la force d'une haine dont plus personne n'osait parler et avec laquelle certains humains restaient terrassés. Leur ivresse sourde s'intercalant avec la terreur qu'ils imposaient fièrement. Par vengeance et par prétention. Jusqu'à en emplir leurs poumons puis s'éteindre, dans le rougeoiement furieux de toute la sensibilité dont ils pensaient s'être défaits mais qui avait toujours persisté à les scarifier de leurs querelles, nombreuses et stridentes. Là où la passion suave se mêlait incontestablement à la violence. Là où la défiance, avec laquelle ils s'amusaient, était devenue l'essence au brasier dévastateur de leurs ébats.

Mais tout cela n'avait plus la même importance qu'auparavant. L’iniquité s'était chargée de lacérer sa dévotion tandis que l'humiliation lui avait fait perdre les ombres frêles de sa compassion. À travers les courbes d'autres amants et les brûlures de leurs désaccords, l'Amour s'était volatilisé pour ne leur laisser qu'un lamentable désert, au sein duquel leur prestige se fanait. Callan était conscient qu'il fallait parfois savoir se laisser mourir pour renaître différemment. Il fallait parfois savoir partir sans en regretter le moindre pas. Pourtant, dans ce cas précis, cette évidence simpliste obstruait son assurance. Et ce, même si sa décision était prise depuis longtemps ; elle démolissait d'anciennes certitudes, enterrées sous les nuits qui passent. Elle brimait le peu de sentimentalisme qui pouvait le saisir. Elle biaisait aussi l'implacabilité de ce lien, qu'ils partageaient, mais qui, dans la profonde finalité, n'avait rien d'aussi exceptionnel que ce qu'ils avaient pu s'inventer. Leurs routes se scindaient, par le choix incohérent qu'il avait fait et qu'il se devait à présent d'assumer. N'était-ce pas lui qui l'avait refoulé, après l'avoir formé, après lui avoir légué son Savoir ? Alors à quoi bon discuter d'un homme qui était incapable de savoir ce qu'il désirait... Peut-être par besoin de concrétiser ce que des pensées n'avaient pourtant jamais cessé de lui hurler. Au point où la réalisation de cette rupture s'était vue devenir sa nouvelle obsession et son unique but véritable ; redonnant ainsi à la Liberté son statut de Reine, bafouée par des émotions qui n'avaient fait que l'affaiblir au final. Il ne pouvait pas réellement parler de la fragilité d'Âme sans évoquer l'illusion qu'avait pu être Léandre pour lui. Callan ne pouvait pas mesurer l'ampleur de toutes les faveurs que pouvaient apporter une relation saine et équilibrée. Ces choses-là étaient tabous. Dans l'air du temps, elles restaient figées et en suspens, asphyxiées par une fidélité qui ne lui était pas rendue ni même reconnue.

Les souillures que lui avaient laissé Léandre en mémoire n'avaient rien de comparable à ce qu'il pouvait partager avec l'Italien. Leurs silences complétaient leurs échanges. Leurs gestes s'emboîtaient sous le souffle de leurs émotions. La limpidité incontestable de leur relation lui permettait de modérer l'océan de sa haine, de s'acharner et de faire face aux réalités que ses envies destructrices l'empêchaient parfois de voir. Orfeo avait accès à cette partie personnelle de son existence – de son Âme – depuis plusieurs siècles. Il s'était insinué au plus profond de ce qui pouvait l'émouvoir sans pour autant abîmer la sincérité de ce qui le déchirait autrefois. Respectueux, compréhensif, silencieux. Il lui avait cent fois prouvé la beauté de sa constance et de sa présence. Rien ne l'empêchait donc de se laisser tenter par les possibilités, l'accomplissement de nombreuses années passées à s'amadouer et à se garder. Si ce n'est l'effondrement de tout ce qu'ils avaient pu écrire de leur histoire commune jusque là. Les remparts de leur liaison étaient solides de leur confiance. Au sein de leurs barricades, n'étaient-ils pas les seuls maîtres de leurs instants ? La question du peut-être ne pouvait se résoudre qu'avec des actes. L'hésitation n'était qu'une entrave à ce qu'ils étaient censés être. Mais elle était justifiée par l'affection que les membres de leur entourage pouvaient leur porter. Cependant, les non-dits étaient tout aussi inutiles que l'attachement qu'il comptait vaincre. D'autres horizons s'esquissaient devant lui. Ils dépassaient ces murs et ce château. Ils dépassaient les êtres qui y vivaient. Aux dépens de tout ce que l'on pouvait s'attendre de lui. Des clichés et des idées erronées. C'est sa voie qu'il désirait, cette route qui l'attendait et qu'il avait toujours ignoré jusqu'ici. Par loyauté.

Rien que du vent à travers lequel son ego s'était laminé. Pour flirter avec une humilité que les paillettes de la gloire lui avaient fait oublier. Chuter lui avait permis de revenir à l'essentiel. Et les conditions actuelles n'étaient que preuves de la friabilité évidente du matériel. Pour dépasser la survie, il fallait apprendre à s'y nicher et le confort, aussi rassurant soit-il, ne permettait pas d'apprendre l'endurance et l'adaptabilité. Callan ne craignait pas la suite. Il voulait déambuler dans ce qui affectait son hôte, pour mieux reconnaître leurs ressemblances, pour mieux s'unir à ce qu'ils étaient dans l'équation existentielle qu'ils formaient ensemble. « La vie... Puis la mort aussi. Elles s'expriment à travers nous comme elles s'expriment tout en chacun. » Orfeo s'était libéré et de cette indépendance, l'Allemand ne pouvait que s'inspirer. Il voulait en savourer chaque note, chaque intonation. Il voulait l'écouter et ainsi endurcir le noyau dur de sa détermination. Puisqu'il était passé par là avant lui, puisqu'il comprenait tous ces maux que Callan n'était pas apte à formuler. « Devenir son égal... » Pour cela, ne faudrait-il pas d'abord qu'il éprouve l'envie de lui ressembler ? Si leurs défaillances semblaient sœurs, leurs forces n'ont jamais été identiques. C'est dans le vice qu'ils se sont toujours trouvés. Pas dans la simplicité de ce qu'ils incarnaient tous les deux individuellement. « Personne ne peut devenir l'égal d'un mégalomane. Peu importe la crédibilité et la probité dont nous pouvons faire preuve. Ces choses n'ont pas de valeur lorsqu'un homme pense mieux valoir qu'un autre. » Autant parler à un mur ou simplement le briser, brique par brique. Callan avait conscience de ce qu'était son Sire, tout comme il avait conscience de ce que lui-même était. Pour devenir insensible à la voracité verbale des autres, il fallait avant tout savoir se dévorer soi-même. À tous ces questionnements intérieurs, Callan préférait pourtant l'intensité des émotions qu'il partageait avec Orfeo. La suavité de leurs silhouettes qui, doucement, se fondaient l'une dans l'autre. Il favorisait le contact de sa peau contre la sienne, après qu'ils se soient partiellement dévêtus. L'agréable vue de son torse alors que la délicatesse de ses doigts s'égarait finalement sur le sien.

Dans cet espace clos, où leurs âmes se retrouvaient pour mieux disparaître, sous l'insolence de leur attachement et sécurisées par cet océan de confiance ; au creux duquel ils s'étaient abandonnés quelques siècles plus tôt. Demeurant constants, malgré les kilomètres qui avaient pu les séparer et les mensonges avec lesquels ils avaient pu s'obscurcir. Puisque tout, entre eux, était resté intact et pur de toutes condamnations. Il suffisait que leurs lèvres se retrouvent pour que tout ce qu'ils avaient pu partager reviennent à sa mémoire. Penser à lui était tel un remède aux enfers qui, parfois, le lassaient. Au-delà des caresses de sa voix, son silence lui était souvent salvateur, abolissant la cacophonie ambiante dans laquelle il avait toujours évolué. Sous son corps, il n'avait plus besoin de lutter. Il s'autorisait à exister, sans le feu de sa hargne, sans cette impassibilité qui le brime. Tel avait toujours été l'effet de l'Italien sur lui. Puisqu'il n'avait jamais rien exigé de sa part et s'était toujours satisfait de leurs rencontres inattendues. Ce qui les liait restant suspendu sur le fil d'une existence qu'ils avaient toujours mené individuellement. C'est la préciosité de ce qu'ils avaient, de ce qu'ils cachaient, qui les a toujours ramené l'un à l'autre, dans une harmonie invraisemblable, que beaucoup chercheraient sans doute à salir. Par jalousie ou stupidité. L'ombre de ce qui pouvait les menacer n'était pourtant plus assez puissante pour qu'il s'en préoccupe. À l'instant où ils s'embrassent alors que leurs peaux se touchent, plus rien d'autre ne semble avoir de l'importance. Rien, en tous cas, qui n'arrivait à la hauteur de leurs désirs unifiés.

Le murmure dont il lui fit part créa d'abord une absence de mots, dont il éloignait les nuages grâce à la délicatesse de ses mains, qu'il glissait tendrement dans la blondeur ancienne de ses cheveux. Callan se mordit la lèvre inférieure, envieux de plus, indéniable chercheur d'extases alors que son esprit s'évadait toutefois dans des profondeurs plus sérieuses. L'intérieur de son corps s'imbibait de cette oriflamme que leurs affections mutuelles façonnaient, poussées par l'impulsion de leurs lascivités échauffées. Appel au charnel qui ne découlait en vérité que de ce qui habitait clandestinement leurs poitrines. Merveille céleste qu'ils s'étaient pourtant acharné de protéger à travers les décennies mais qui rugissait ce soir de simplement vouloir exister. Sous leurs soupirs et leur envie de l'autre. Tous les chemins que Callan avait pu arpenté s'enveloppaient de fadeur sous la chaleur moite de sa langue. Il ne pensait plus aux brouillards ni même aux agressives averses qui l'avaient accompagné. En cet instant, il n'existait plus que leurs corps emplis d'ivresse et le confort de leurs familiarités. D'un mouvement aussi leste que lent, le bout de ses doigts traça une ligne le long de son ventre. Alors que son regard coulait sur son visage avec un désir qu'il ne cherchait plus à lui dissimuler. « Celui qui me poussait à cacher notre liaison, celui qui m'obligeait à te préserver. » Et dont il n'avait jamais été le maître mais qu'il avait pourtant foulé par souci de devoir. Les lèvres de l'Allemand se perdirent ensuite dans son cou, goûtant sa chair sans pour autant l'abîmer. Elles se contentaient de l'embrasser lascivement tandis que sa main osait finalement s'installer entre les cuisses de son amant pour en frictionner doucement la virilité. Il voulait que son excitation grandisse entre ses doigts, le voir se perdre un peu plus. À chacun de ses gestes. C'est tout ce qui l'importait réellement à cet instant, la jouissance de ce qu'ils sont ensemble.


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And who are you, the proud lord said, that I must bow so low ? Only a cat of a different coat, that's all the truth I know. In a coat of gold or a coat of red, a lion still as claws and mine are long and sharpe, my Lord, as long and sharpe as yours. And so he spoke, and so he spoke, but now the rains weep o'er his hall with no one there to hear. Yes, now the rains weep o'er his hall and not a soul to hear.

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Ambiance

Lascif. N'est-ce pas ainsi que le temps s'est écoulé depuis que le monde de la nuit s'est offert à moi? D'une lascivité vengeresse tandis que le fouet avait retentit sur ma chair et que mon allégeance au Seigneur restait cristalline. Impétueuse quand il fut temps pour moi de délaisser ma foi au profit du besoin pressant de mon ventre qui m'avait hurlé de tuer cette femme. Elle n'avait pas survécu à ma faim. Je me souviens encore distinctement du sang répandu dans cette pièce qui m'avait contenu pendant une année. Une poussière parmi les siècles auxquels notre espèce pouvait prétendre. Une éternité dans l'incandescence de mes prunelles de nouveau né. Mon premier pas dans l'immensité de la mort, fut un écho à la mort elle-même. Aucune douceur dans ce geste. Aucune raison. Rien de cette philosophie que je m'efforçais aujourd'hui de propager à travers ma manière d'être. Tout cela était noyé dans l’œuf. Un œuf qui se vit pourtant couvrir d'amour par cet homme qui me voyait comme un joyau. Son joyau. Ma robustesse n'avait ainsi rien à envier aux vampires plus ténébreux. Tout tenait dans cette détermination que Dieu me conférait par son absence. Parce-qu'il avait absout mon unique péché: croire en un autre que lui. Du moins le croyait-il. Soucieux que je ne parle jamais de Celui qui m'avait rendu si attirant pour lui, mais qui n'était pas venu me sauver de sa volonté à lui. Cela devait être une preuve de Son inexistence. C'était au contraire à mes yeux une initiation qui n'aurait pas pu se compléter, si jamais tu n'étais arrivé dans ma vie.

Je me souviens encore distinctement la première fois que tu es apparu dans mon champs de vision. C'était une soirée qui s'éternisait en orgie sanglante. Le genre de réception que mon sire adorait et où ma présence était requise. Une soirée à se laisser toucher, sans que ma solitude ne le soit jamais. Des moments où mes crocs rencontraient des gorges dont la saveur n'apaisait même plus mon corps, bien trop repu. Je m'étais extirpé sans que Stefan ne le remarque. Arrivait toujours un moment où il se laissait submergé par les sens et où sa vigilance faiblissait à mon égard. J'avais quitté les appartements, tentant de me donner bonne prestance en lissant d'une main ma chemise quand mon visage se posa sur toi. Encore aujourd'hui, je ne savais dire ce qui avait conduit mes pas jusqu'à toi. Entre tes boucles blondes, cette distance affichée sur tes traits, ou encore cette incommensurable attraction qui ne nous a jamais quitté. La suite tu la connais. Nos corps ne s'appelèrent pas, mais j'ose croire que ce sont nos âmes qui se sont urgemment contactées, nous amenant à nous revoir régulièrement. Je t'offrais ainsi mon oreille, accueillant déjà sans jugement tout ce que tu venais à me raconter concernant ta relation à ton sire. J'étais envieux de ce lien, stupidement. Simplement car je commençais à m'attacher à toi, pensant discrètement que c'était toi, malgré toutes tes frasques, que j'aurai désiré comme sire. En échange, tu m'offrais un respect et une attention qui n'avait pas de rapport avec cette fierté que ressentait Stefan à mon encontre. La liberté scandait chacune de nos rencontres. Jusqu'à ce que tu m'aides à amener à bien mon initiation. Celle qui se solda par mon départ tandis que le glas de ta soit-disant mort sonnait en mon esprit.

Tourner le dos au conseil des vampires, à cet héritage que me promettait Stefan. Tourner le dos à celui qui avait insufflé une nouvelle vie en moi. Montrer mon visage à un autre lendemain. Un visage qui du apprendre à taire la douleur de ta perte. Un visage qui avait retrouvé l'espérance et la jeunesse en te retrouvant des siècles plus tard. Insensé. Ce que j'avais alors ressenti. Folie. Que de remarquer que le temps n'avait pas réussi à t'effacer de mes rivages. Au contraire, ton empreinte semblait s'être ancrée, sans même que tu n'aies eu à appuyer. Tu étais resté auprès de moi, sans même avoir eu à te retenir. Tu étais comme une étoile dans l'infinité du ciel que mon regard fouillait parfois pour se souvenir: certaines choses savent être réellement éternelles. Non par une présence écrasante, mais au contraire par des silences diffus. Non par une poigne de fer, mais par ces caresses invitantes et jamais étouffantes. Par ces lettres feutrées que nous nous sommes échangés, par cette union des âmes au-delà de la vélocité de nos égo, par - enfin - cette pulsation inexistante et qui pourtant rythme chacune de nos rencontres. Comme une psalmodie murmurée que nous seuls étions capables d'écouter. Comme une prière qui se transformait en célébration dès que nos épidermes frémissaient à leurs retrouvailles.

La mort. Toujours là à arpenter tes paroles. Comme la gardienne éminente de tes profondeurs dans lesquelles j'aimais à me perdre. Te contredire serait dérisoire. Je ne peux que boire ces paroles car la vie se pare automatiquement de la mort. Chaque naissance était la promesse d'une mort certaine. Même nous, nous ne faisions pas exception, élongeant toujours davantage cette vie qui ne prenait de sens qu'avec quelques rares personnes. Parce-qu'au final cette éternité ne goûtait à la vie que lorsque nous la partagions. Malgré ma foi toujours plus forte et qui prenait des allées inexplorées, j'avais cette conscience là. Celle du cœur qui s'activait quand tu étais à nouveau présent. Comme en ce soir dans la chaleur de cet instant. C'était comme si nos âmes dansaient tandis que nos esprits expiaient - non pas leurs fautes - mais le chemin parcouru l'un sans l'autre. Un chemin sur lequel notre confiance s'érigeait car aucun de nous n'avait failli à l'autre. Parce-qu'aussi chaotique tu pouvais apparaître à d'autres, tu me restais d'une indéfectible logique qui frisait l'épiphanie. Celle-là qui porte les larmes aux yeux face à une manifestation qui ne pouvait être que divine. Comprends-tu liebe pourquoi je ne peux nier mon Dieu? Parce-que même à travers toi - nous - il accomplit des miracles.

Je ne fais pas écho à ces premières paroles...toutefois pour les suivantes, je ne peux garder ma réflexion pour moi. Piqué par le venin que tu souffles sur ton propre sire, je ne peux qu'être surpris. «C'est la première fois que tu me parles de lui en ces termes.» La première fois où j'entends le défi dans tes paroles. La première fois où j'entends la chute de sa statue du piédestal sur lequel tu l'avais érigé il y a des poussières d'étoiles. J'aurai aimé te souffler ce qui se cachait dans mes mots, mais je préférais mille fois m'engloutir dans la suavité de nos échanges, dans cette imperceptible frisson que nos peaux l'une puis l'autre savaient me faire ressentir. J'avais soif de ces possibilités qui se dessinaient sous nos yeux sans que je ne veuille les arrêter. Je frémissais face aux portes qui semblaient soucieuses de s'ouvrir, elles qui m'avaient semblés inexistantes pendant toutes ces années. Je ne pouvais que me laisser guider par chacun de tes regards, par le velouté de ta peau sous mes doigts, qui me menaient toujours à cette sensation de plénitude et de fascination. Parce-que notre union était incompréhensible, parce-qu'elle allait au-delà de la logique, tu me donnais cette sensation d'être fragile, à ta portée, et en même temps fort d'une détermination que ton souffle m'exhortait à nourrir. Tu venais à la fois froisser mes idéaux par tes actes que je savais en mon âme ignobles - pour celui qui oserait te juger - mais remplir avec une incroyable facilité cette solitude qui prenait possession de mon âme. Pour le dire autrement, tu venais allumer mon cœur, tandis que mon esprit se laissait trépasser. Mourir pour mieux vivre. Est-ce là ce que nous nous accordions l'un à l'autre? Est-ce qu'il existe réellement un chemin où tu te débarrasserais de tes habits de tortionnaires, tandis que je t'offrirais la nudité de mon âme? Au-delà des apparences, des festivités, de tout ce qui faisait mon monde d'autrefois?

C'est à ce moment-là que ma question retentit. Dans la chaleur de nos peaux qui se frôlent avant de mieux s'épouser. Dans le désir qui tape à nos tempes autant qu'à nos bas-ventre. Dans cette promiscuité qui m'avait tant manqué et qui me donnait la sensation d'un réel sens à cette vie qui continuait de s'écouler malgré la grisaille de notre condamnation. Un temple fait de nos corps à l'attention de notre dévotion. Celle dont nous avons fait preuve peu importait la distance. Celle qui cachait un Inconditionnel dont le simple mot peut m'effrayer. Je restais proche de ton visage, mes mains s'évadant dans tes boucles tandis que mon esprit restait attaché à tes lèvres. Mon regard lui, s'attarda sur ce doigt et ce tracé que tu dessinas mielleusement. Impact. Mes muscles se raidirent doucement sous tes paroles. Mon regard chercha le tien qui semblait pris par les brumes brûlantes de notre envie. Notre liaison. Jamais tu ne me parlais de nous. Jamais nous n'en parlions. Je sentis une barrière se briser à l'intérieur. Je sentais les flots de la passion - de l'espoir - prendre possession de mon être. Mais tout cela fut balayer par ton baiser - prégnant - et l'entremise de ta main sur l'éminence de mon désir. Naturellement je m'offrais à toi, une main encourageant tes baisers, tandis que l'autre venait à la conquête de ton bassin, vite rejoint par la suivante afin de retirer la boucle de ta ceinture et pouvoir libérer ton ardeur.

Malgré la fougue qui avait guidé chacun de mes gestes, je m'amenai à plus de lenteur tandis que mes lèvres venaient à nouveau au contact des tiennes, étouffant des râles de plaisir avant d'échapper à tes baisers et m'allonger lascivement sur le dos, mon regard ne quittant nullement le tien. «Tu n'as plus peur désormais?» Je poussais un soupir pour décompresser mon être qui était prêt à exploser. L'habileté dont tu faisais preuve m'avait toujours rapidement fait frôler mes limites, comme une alchimie dont tu connaissais précisément chaque ingrédient. Je me redressais doucement afin de t'attirer à moi, ma main s'emparant de ta nuque, amenant ton bassin à se coller au mien tandis que mes yeux se perdent à nouveau dans les tiens. «Tu ne te sens plus obligé de rien?» Ni de nous tenir cachés. Ni même de taire notre lien? Se pourrait-il que tu sois plus courageux que je n'ose l'être? Es-tu réellement entrain de considérer que ce qui était caché peut désormais vivre au grand jour? Je ne parviens pas à me l'éclairer tant mon corps ne sait que fondre face à toi. Me redressant sur les coudes, je laissais une main naviguer jusqu'à ton bassin afin de reprendre ce que j'avais entrepris il y a quelques minutes. Mes baisers quant à eux venaient s'échouer avec langueur dans ton cou, glissant sur la peau fine de ton torse.



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Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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to the lovers we left behind,
the bad days, the good nights,
in the great shipwreck of life we all fall down

C'était en effet la première fois qu'il exprimait à voix haute cette pensée. Cette réalité, en laquelle Léandre apparaissait comme un être égocentrique en quête de reconnaissance. Puisque depuis le début, il manquait de confiance en lui. Ainsi, quoi de mieux que de se surestimer afin de compenser les lacunes qui nous font honte ? Le Français n'était pas une énigme pour Callan. Au contraire, il était translucide, tel un enfant apeuré et soumis à un passé qu'il ne fut pas apte à dépasser. Léandre était resté ce gosse de treize ans, cloué à un engin de torture. Il n'avait pas spécialement évolué, quoi qu'il puisse en dire. Puisqu'il étalait sa douleur à qui voulait bien l'entendre, se victimisant répétitivement de la rudesse de sa vie humaine, pour mieux en faire une excuse à la haine qui l'anime envers les Hommes ainsi qu'aux crimes qu'il avait commis. Pourtant, cela s'était déroulé il y a plus de neuf siècles à présent. Années au cours desquelles le Monde n'avait toutefois pas cessé de tourner. Mais face auxquelles, lui, était resté figé. L'Humanité n'avait pas attendu son accord pour se métamorphoser et s'emparer de l'horizon tout comme des étoiles. La vie avait suivi son cours. Il tenait l'Humanité responsable, là où seulement quelques individus, enterrés depuis longtemps, étaient les véritables coupables. Il condamnait des innocents avec fermeté, sans pour autant savoir expliquer ses nombreux bains de sang. Callan, quant à lui, les détestait pour d'autres raisons. Il n'aimait pas leur prétention à établir des cases, des mœurs et des lois. Il n'aimait guère leur structure, inventée de toutes pièces. Comme s'ils possédait la science infuse, la vérité absolue... Il n'appréciait pas, non plus, la vision qu'ils avaient de ce qui les entouraient. Ce qu'ils faisaient de leur planète ainsi que l'arrogance particulière qu'ils avaient de tout vouloir posséder, de tout vouloir monétiser.

Parce qu'il avait aimé Léandre, la douleur qui tiraillait ses entrailles était devenue la sienne. Cette dernière n'avait fait qu'en rajouter une couche. Tout comme la politique, la guerre, la gloire et l'opulence. L'Allemand était ainsi devenu un amalgame de vices, un épitomé de débauche et de cruauté. S'il en assumait pleinement les ombres voraces, à présent il avait la certitude qu'il s'était limité. L'instabilité traîtresse de son Sire, la chute de River Crow, le soulèvement virulent de l'Humanité grâce à l'organisation... Toutes ces choses l'incitaient à se remettre en question et à voir le monde sous un angle différent. Il ne cherchait pourtant pas la rédemption ni même un quelconque salut. Ce qu'il espérait réellement ne se trouvait que dans l'aspect novateur de l'évolution. Callan était resté auprès de son son Sire autant de temps par amour. Mais sa profonde nature n'était pas dans la soumission. L'indépendance et la liberté lui étaient aussi naturelles que pouvaient l'être la nuit et le jour. S'il avait autant soutenu Léandre, ce n'était que parce qu'il l'avait bien voulu. Toutefois, la page s'était tournée. Le déclic s'était fait. Comme souvent, ce sont la noirceur et la douleur qui lui ont ouvert la voie. Puisqu'à trop mourir, on pose les armes. Au-delà de l'ego, au-delà de toute la muraille derrière laquelle un individu pouvait se protéger. Mais il n'existait aucune raison concrète. Callan pourrait écrire des thèses entières démontrant par A+B ce qui entrave leur lien et le déprave que ça ne changerait rien à leurs pensées biaisées. Léandre avait son opinion tandis que l'Allemand s'était façonnée la sienne. Au final, ce n'était qu'un tas de pensées déformées par leurs émotions. Pouvait-on, en ayant conscience de cela, déterminer qui avait tort ou raison ? Le Prince déchu ne le pensait pas.

Ainsi, la confusion de l'Italien ne lui a pas échappé. Elle ne l'étonnait pas. Ce constat, même s'il était doté d'une certaine vérité, fut imbibé de méchanceté et de rancune. Si sa sagacité suintait autant de cruauté, ce n'était qu'en raison de ce désabusement frénétique dont il était devenu prisonnier. Callan condamnait durement le Français, pour des épines qui leur étaient personnelles. Des secrets que peu de personnes pouvaient réellement comprendre. Mais en cette période, plus qu'à d'autres, Callan aspirait à éteindre leurs souvenirs ; ceux-là même qui le hantaient et qui asséchaient l'affection désaxée qu'ils se portaient. L'Allemand savait que son hôte comprenait l'étendu de ces complexités, qu'il était apte à faire la part des choses et ainsi, à faire preuve de neutralité. Il n'avait jamais poussé Callan à prendre un chemin qui ne l'inspirait pas. Il n'avait jamais tenté de l'influencer. L'Italien n'avait fait preuve que d'écoute et de compréhension. Il cueillait ces fleurs du Mal que Callan cultivait par habitude ; pour mieux lui faire comprendre leur beauté mais aussi, les autres possibilités qu'elles auraient pu lui donner si seulement la haine n'avait pas été leur mère. Entretenir le Bien ou le Mal ne devrait se résumer qu'à entretenir l'existence elle-même. Au final, la simplicité résonnait en tout acte mais l'esprit ainsi que les mots changeaient cette limpidité en capharnaüm d'opinions contraires. Si l'Allemand s'en était fait le Maître à l'époque de River Crow, il en était à présent particulièrement excédé. Peut-être était-il temps de laisser sa rage s'endormir. Peut-être était-il temps d'oublier les sottises dans lesquelles il pensait que le contrôle absolu était la parfaite armure lui permettant de se protéger contre l'Invisible.

« Parler de lui, d'une quelconque façon, ne me donne pourtant pas la possibilité de le changer ou de me faire entendre. D'ailleurs, cette nécessité de voir son évolution alors qu'il ne fait que ressasser me fait comprendre que notre histoire n'est probablement pas basé sur l'amour. »

À cette constatation, l'impression que son cœur se serre l'étrangle légèrement. Même plus qu'il ne l'aurait souhaité. Léandre était comme une plaie à vif, que personne ne pourrait cautériser si ce n'est que Callan lui-même. Il l'interrogeait sur Stefan pour s'enrichir et comprendre qu'une existence sans cette présence était possible. Sans émois écorchés, sans implication spirituelle excessive. Étrangement, Orfeo lui donnait de l'espoir. Il infusait en lui cette ridicule étincelle qu'il se devait encore d'apprendre à assumer. Était-ce si compliqué, au fond, de la laisser simplement illuminer la stérilité pessimiste de son pragmatisme ? Peu à peu et sous la tendresse de leur étreinte, Callan osait envisager la réponse. Puisque la Mort elle-même s'était détourné de lui. Malgré qu'il en ait fait sa Reine et son unique priorité. Le destin, ou ce que beaucoup appelle l'Invisible, l'avait souvent empêché de s'éteindre. À travers le regard furieux de Léandre, à travers son obsession pour lui. Lors de sa rencontre avec Orfeo, Charles, Jonah et d'autres dont les visages ne le laissaient pas aussi indifférents qu'il le prétendait... Ils parlaient de l'essence de la vie, en évoquant la saleté mais aussi la beauté. La résilience et la révolte mais surtout la liberté. De ne pas vivre cacher, d'entraver les clans opposés. De complètement s'en délester pour suivre l'aisance qu'ont leurs Âmes de s'accorder avec autant de passion que pouvaient le faire leurs enveloppes charnelles. L'alchimie de leurs corps avait plus de préciosité que n'importe quel débat barbant. Grâce à elle, ils se permettaient de n'être que des êtres emprunts de reviviscence. Pourtant nichés dans les tumultes d'un Chaos dont ils se servaient, ils se permettaient d'exister. Autrement que dans la fadeur d'un quotidien qui leur échappait.

Il était plus agréable, pour Callan, d'effleurer la peau satinée de son amant. De l'embrasser, de toute la chaleur qui l'habitait malgré cette impassibilité froide avec laquelle les traits de son visage s'habillaient. Mais cette dernière fondait sous la passion dévorante que l'Italien éveillait en lui à chaque baiser ainsi qu'à chaque geste qu'il exécutait. Il s'enivrait impunément des râles de plaisir qui lui échappait tandis que sa main attisait davantage la fermeté séduisante de son vit. D'un geste avisé, il le contempla déboucler sa ceinture. Revenant sensuellement à la fusion de leurs lèvres, l'Italien s'en détachait pour mieux s'allonger sur le dos, lui offrant ainsi une meilleure vue sur son corps mais surtout sur sa beauté naturelle. Calmement, le blond continuait à le masser durant quelques minutes, le temps qu'il entende le désir de son amant transparaître dans les sons s'extirpant d'entre ses lèvres. Il en vint finalement à imiter son geste, le libérant de sa ceinture alors que Orfeo se redressait pour briser le faible espace qui les séparait. Quelques questions s'envolèrent alors que l'esprit de Callan s'évadait de plus en plus à travers l'idée de son corps uni au sien. Il souriait pourtant de sentir que son amant avant besoin de s'en assurer, quand bien même il s'emparait de sa nuque alors que leurs bassins se touchaient, excitant Callan plus qu'il ne l'était déjà. Sentiment qui l'influençait naturellement à se mouvoir en va-et-vient diffus, faisant davantage pression sur l'entrecuisse de son amant alors que le sien s'y frictionnait avec lascivité. Leurs regards pourtant restaient ancrés l'un dans l'autre, comme cette promesse muette au sein de laquelle leur relation avait pu survivre.

« Non. »

Trois lettres pourtant décisives. Trois lettres qui lui échappaient dans un soupir concupiscent avant qu'il ne reprenne l'entreprise de le dévêtir un peu plus ; dispersant ses baisers à l'intérieur de son cou ainsi que sur la surface de son torse. Glissant une main dans sa chevelure alors que ses lèvres lui arrachèrent d'autres plaintes de plaisir, il s'abandonnait indécemment à cette envie dévorante qu'il lui inspirait et qui tendait ainsi son sexe. Leurs frottements de plus en plus volontaires intensifiait le soufre de leur suavité, empirant en Callan le besoin pressant qu'il avait de se fondre en lui. Pourtant, il ne perdait aucune miette de ce qu'ils vivaient, embrassant l'une de ses tempes alors que l'humidité de sa langue et de ses lèvres marquait son torse d'une volupté sans pareille. Après quelques minutes volatiles au creux desquelles ils s'enflammaient, les deux amants entreprirent de se mettre nu ; laissant ainsi leurs peaux s'embrasser. Surplombant toujours son amant, Callan reprit sa fierté masculine entre ses mains alors que l'autre surélevait légèrement l'une de ses jambes afin de pouvoir blottir son intimité dans le creux de ses fesses. Il continuait de le flatter tandis que sa langue était repartie à la conquête de la sienne, à travers un baiser dans lequel l'Allemand s'est entendu gémir malgré l'apparition de quelques souffles saccadés. Callan reprenait ainsi les frictions de son membre durci contre l'une des parties les plus intimes de son amant.


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And who are you, the proud lord said, that I must bow so low ? Only a cat of a different coat, that's all the truth I know. In a coat of gold or a coat of red, a lion still as claws and mine are long and sharpe, my Lord, as long and sharpe as yours. And so he spoke, and so he spoke, but now the rains weep o'er his hall with no one there to hear. Yes, now the rains weep o'er his hall and not a soul to hear.

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