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 Never Forget ⚜ PV Callan

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Never Forget
Callan & Orfeo


Ambiance

Ne jamais oublier le parfum des instants de paix. Ne pas oublier ce qu’était la caresse du soleil. Ne pas oublier que la vie devait s’arrêter. Ne pas oublier que nous devions rendre notre dernier souffle et ne jamais plus nous relever. Le temps se feuilletait comme les pages d’un livre. À peine lues, on les oubliait. Plus de six siècles, plus de six chapitres, et ce n’était que fragment d’étoile dans ma mémoire. Tout semblait vouer à luire une fois et à disparaître à jamais dans le néant. Nous possédions ce destin nous aussi. L’immortalité semblait être un écran qui se fige, une image qui perdure tandis que tout s’écroule. Mais depuis le drame, depuis l’innommable, j’avais vu comme notre corps peut maigrir - s’effriter presque - en l’absence du précieux carmin. J’avais eu la chance de vivre avec des mortels pour ne pas me retrouver totalement abandonné de la vie elle-même. Mais cet événement avait inscrit des éléments précieux dans le manuscrit de ma vie: tu n’es pas aussi immobile, aussi fixe - aussi mort - que tu le croyais.

Étrangement, ce contact avec la mort m’avait rendu à la fois plus vivant - plus mortel - et à la fois plus mélancolique. Il n’y avait eu que Jayden qui avait su raviver mon coeur mort et me donner l’envie de rester dans cet enfer encore un moment. Elles étaient loin les nuits confondantes où je devais gérer plusieurs demandes à la fois. Loin cette liberté que j’avais toujours choisi au détriment de passions sincères mais éphémères. Loin ces espoirs nourris avec force que l’humanité devait être sauvée de nous. Loin cet altruisme dérangeant qui m’impliquait plus que de raison dans des affaires mortelles. J’étais l’ombre de moi-même, mon violon chantant l’agonie dont mon âme faisait preuve. C’était à cela que je passais mon temps cette nuit-là. La musique avait le don d’emporter mes tracas et mes lamentations. Elle me permettait de voyager à une autre époque, à celle-là même où tu m’avais retrouvé.

Une rencontre douce-amère, pleine d’envie et de colère. Une rencontre prévisible, car le monde entier lui-même ne pouvait nous préserver l’un de l’autre. Incertitude. Face à toi, face à nous, face à la tapisserie que nous pourrions tisser ensemble. Tu as toujours été pour moi, plus dangereux que mon sire lui-même. Plus tentateur car rien ne m’obligeait à rester en ta présence. Aucun lien de sang, aucune chimère partagée. Juste la nudité de l’instant. Celle de tes démons que ma voix endormait. Celle de mes regrets que ton regard accueillait. Nous n’avions jamais eu besoin de mots pour nous rapprocher. Pourtant j’utilisais ces derniers tout en emmêlant mes doigts dans tes boucles allemandes pour t’aider à oublier. En ce soir, j’aurai aimé que ce souvenir, plus jamais ne m’effleure. J’aurai souhaité te garder dans le secret de ces chapitres, mais tu étais bien trop toi pour accepter un sort pareil. C’est à ce moment-là que je sentis ta présence à l’étage.

Arrogance fanée. Parfum caché. Je commençais à croire que ma musique t’envoûtait. Comme le matin accueillait la rosée, mon violon arpentait l’espace pour t’inviter. Sans empressement je montais les marches menant au premier, puis au second étage. Là où tout était mort depuis longtemps, à l’image de ce qu’ensemble on aurait pu créer. J’essayais toutefois de tout retaper, de créer du neuf à partir de rien. Une des pièces commençait doucement à reprendre un aspect décent, tandis que le reste sentait encore les flammes et la désolation. Je sentais que ce serait dans cette partie-là que je te trouverai. Quels spectres voilent encore ton âme dis-moi? Quel réconfort es-tu venu chercher auprès de moi? Sais-tu que depuis notre première rencontre, j’alimente l’idée que c’est avant tout ma voix que tu recherches, avant ma personne? Que tu m’utilises, comme tu utilises tous les autres? Ce doute m’a toujours accompagné et je le hais de ne point laisser mon esprit libre, tandis que mon coeur a envie de battre à nouveau. De croire à nouveau à ce qui nous lie.

C’est indicible, mais présent. Tout comme toi à l’instant même où je pose le premier pas dans le palier. J’arpente doucement le couloir, suivant ton odeur comme un fantôme retournerait sur le lieu de sa mort. Attraction. Pas le choix que de trouver la pièce où tu t’es perché, la pièce où tu as du savourer mes coups d’archets. Tu m’as laissé venir, sachant que je ne pouvais te résister. Du moins au début. Toujours. Ce n’est qu’après que nos désaccords se manifestent, tentant de faire du bruit dans le silence de notre lien.

L’obscurité nous englobait. L’unique lumière se déversait par l’ouverture de la fenêtre sans vitre. Lumière lunaire. Suffisante. Pour que je distingue ton visage acéré et ta silhouette damnée. Sans un mot je m’avançais, l’émotion me prenant comme à chaque fois que je te voyais. «Mes prières ont été entendues.» Un murmure. Pour moi, plus que pour toi. Je ne savais pas si tu étais encore vivant. Si tes pas sauraient te mener - encore - jusqu’à moi. Je m’arrêtais à mi-chemin. J’avais besoin de te voir, luttant contre mon désir de te prendre dans mes bras: «Que s’est-il passé Callan?» Pas besoin de mots - surtout pas - pour sentir quand le ciel était prêt à s’effondrer. Encore.



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À nouveau, l'effleurement du point de rupture fait tanguer son squelette. Il le bouscule de son empressement, lacère davantage les courbes meurtries de ce cœur flétri qui siège au sein de sa cage thoracique. L'ombre de l'ancien vampire déambule dans les rues de Belfast, à la lueur d'un désespoir qui le guette comme le ferait n'importe quelle charogne affamée. À chacun de ses pas, c'est un peu de lui-même qui s'émiette dans le désert de cette ville fantôme qu'il évite à raison, refusant d'entendre les susurrements de la maladie qui possède celui qui l'a fait, qui possède Léandre et qui le broie doucereusement. Le flux de sa vitae subissant inévitablement la lourdeur des maux qui l'assaillent. Comme si les conséquences de sa douleur se perdaient en son esprit pour y résonner incessamment. Esprit qui se fragmente à mesure que le temps passe et s'effile pour mieux mourir en silence, au-delà des apparences fiévreuses et indifférentes. Elles perforent son âme de cette humanité lugubre dont il s'est détourné huit siècles plus tôt pour embrasser les catins du nihilisme et savourer leur indécence. Elles l'obligent ainsi à assumer ces faiblesses qui nouent autant sa gorge que ses muscles endoloris par la Faim. Callan contemple cet équilibre qu'il perd, dévorant les craquelures sonores qui abîment son antique armure au pied d'une fatalité sordide qu'il ne sait plus contourner. Comme un palais de glace menaçant d'éclater en plusieurs millions d'épines acérées, il est soumis à la pression sulfureuse et fantasque de ses insolentes déceptions. S'alliant aux dépravations de ses démons intérieurs, il attend simplement que leurs flammes le brûlent encore. Il attend ce soulèvement salvateur qu'apporte la litanie des braises, qu'apportent les violences de l'injustice. Dans la lassitude des émotions qui l'envahissent de plus en plus violemment, il évaluait les profondeurs du vide s'armant des incertitudes qui compressaient ses poumons, abandonnés par la frivolité de l'air.

Le martèlement de ses talons contre le marbre de la cathédrale offusquait le mutisme des statues, maintenant dépourvues d'admiration. Plus aucun regard ne défiait le temps pour s'égarer dans la contemplation. L'épicentre de la terre battait sous d'insatiables parfums de guerre. L'heure était à la déchéance, aux âmes corrompues par l'égocentrisme qu'imposait la survie et dans cet océan de cœurs décharnés, Callan vagabondait, totalement inconscient du chemin qu'il se devait de prendre puisque le destin s'acharnait de l'arracher des griffes des doléances bourgeoises en lesquelles il avait emprisonné son essentiel. Il osait franchir les portes de ce Dieu à la face duquel il avait craché son venin brûlant, il avait osé prendre place sur ces bancs abandonnés dont le bois était embaumé de dévotion irréelle. Lui, le damné infernal. Celui que l'on craignait, que l'on détestait, que l'on jugeait. Élevant l'idée de crucifier l'infamie qu'était son existence au statut de fantasme irrésistible. Tant d'opinions qui peignaient sa peau d'un épais manteau de goudron, tant d'opinions qu'il écoutait d'une oreille distraite. Indifférent aux définitions qu'on lui accordait puisqu'elles étaient toutes différentes. Erronées par des convictions abstraites et bancales. Ivres d'une morale qu'il effaçait à la lueur de cette cigarette qu'il s'allumait, fixant de son regard glacé la croix du Christ. Perchée dans les hauteurs victoriennes de cette bâtisse, toujours debout. Immortelle à sa manière. Figée dans un sublime dont aucun homme n'était réellement digne. Il inspirait la nicotine et l'expirait pour reprendre un semblant de contenance et oublier, l'espace d'un instant, l'épouvantable errance qui l'enveloppait.

Dans le silence, les lueurs de quelques bougies frissonnaient au chant des lamentations profondes du monde qui, dehors, se déchirait. Ici ne restait que la quiétude indéfinissable d'un temps oublié dont les dorures étaient fanées mais qui persistait pourtant à hanter ses songes. Des fantômes s'y entremêlaient, annihilant temporairement leur fadeur, repoussant toujours un peu plus les poussières de l'interminable agonie à laquelle leur race était vouée. Entre elles, la silhouette d'un homme se distinguait clairement. Dans les nébuleuses agitant la mémoire de l'allemand, Orfeo défiait parfois l'infâme, supprimant les idéaux monstrueux au profit de quelques louanges maintenues en suspens. Callan finissait par écraser sa clope contre les nervures de bois usées du banc sur lequel il dédaignait la frénésie des derniers événements. Autour de ses phalanges, il enroulait le chapelet de sa propre mère, réduite à l'état de poussières. Souillée par la masse de corps qui l'a enterré jadis. Anselm ne recherchait pas l'absolution ni même une quelconque rédemption. Il aurait simplement aimé s'évanouir dans les courbures de son éternité, las des frasques puérils et insipides avec lesquelles sont Essence s'étouffait. Décousu, la rivière de son imagination s'accrochait aux infimes sincérités qui avaient quelques fois osé pulvériser son noir. Dans son sommeil, c'est lui qu'il avait vu. L'italien au violon, assez ambitieux pour penser détenir la gloire de Dieu entre ses phalanges bienfaitrices. Sa beauté céleste était volatile, insaisissable et pourtant indélébile à l'âme de Callan. Lorsqu'ils sont ensemble, la voûte d'éther et les déserts de l'enfer se mélangent pour ne leur laisser qu'un goût d'interdit au bord des lèvres. S'ils tentent de se fuir, leurs pensées se contusionnent de comprendre à quel point cette distance les empoisonne.

Peut-être est-ce ce chapelet qui le conditionne aux désirs de celui qui l'attend et qui l'espère autant que son cœur d'assassin semble faillir d'entendre la vulgarité de ses plaies suinter. Cependant, il se lève après avoir enfoui l'objet sacré dans une de ses poches et quitte la tranquillité de l'église pour transpercer la solitude d'un homme qu'il confond avec un ange. Callan connaît sa demeure, il ne tarde pas à grimper sur son toit, s'infiltrant par le haut au sein de son refuge partiellement bombardé. L'odeur de la suie le prend aux narines et lui rapelle les nuances volcaniques de ses insomnies éventrées. Il écoute les pleurs du violon qui gémit en bas, transcendé par la foule de souvenirs qui broie la nostalgie qui le fait souffrir. S'il faut s'évanouir, autant que ce soit dans les coulisses de leur relation, celle-là même qu'il scelle d'intimité. Orfeo est celui dont il ne parle jamais, l'invisible pourtant ineffable qui sommeille comme un secret intouchable. Callan attend qu'il devine sa présence, qu'il la sente au plus profond de sa vieille âme. Il veut en faire trembler les murs, adoucir les torrents de fièvre qu'il comprend dans les notes que l'Ange lui envoie. Il l'entend, réellement. Pour ce qu'il est, au-delà de la morale dans laquelle il s'enferme pour plaire à un Dieu qui leur a pourtant tourné le dos mais qu'il continue de chérir, sourd à la stupidité de la foule qui l'entoure. Lorsque la porte s'ouvre et laisse apparaître son corps, l'allemand reste immobile, contemplant les contours charnels de cet autre qui traverse la cascade indomptée de ses chimères du simple son de sa voix. Il en capture les cauchemars pour leur donner d'autres couleurs, plus réparatrices et aux souffles moins chaotiques. Il était encore son évasion, plus solide que n'importe quelle cathédrale, au-delà de tous les silences qui malmenaient la réciprocité de leurs sentiments. Les mots qu'il prononce lui viennent comme un refrain dont il est incapable de se défaire. Statique et impassible face aux mouvements invisibles qu'il pressent en Orfeo, c'est pourtant tout son être qui semble crépiter aux intonations de cette élocution qui le charme.

Cette voix à laquelle son être cède malgré la trahison, malgré les aléas d'une déchéance qui fait de l'ombre aux flamboiements de leur passé. Il savoure ce murmure qu'il lui offre et qui caresse son ouïe de fantasmes édulcorés, s'amuse un peu de cette foi inébranlable qui l'habite alors que ses démons griffent encore et toujours les parois de sa boîte crânienne. « Je ne suis pas certain que ce soit Lui qui m'envoie. » Les sonorités de sa voix flagellent l'atmosphère incendiée pour s'échouer au creux de l'âme qu'il cherche à embrasser ce soir. Il s'avance vers lui d'un pas tranquille alors que l'ange lui demande ce qu'il s'est passé. Dans la pure ignorance des effrois qui labourent les terres de l'Irlande. Des effrois que lui, le Prince Déchu, prolifère dans l'espoir d'être entendu. D'exorciser ce qui le rend défaillant, inapte à contrôler les succubes acides qui l'habitent depuis la chute de son empire. Dans le cou de l'italien se glisse l'une de ses mains. C'est sa chair qu'il caresse dans l’espoir d’enlacer son âme. Il laisse les damnations de son regard s'enliser dans la surface édénique du sien, partant en quête de vérité dans les tréfonds de ses pupilles obscurcies par une tristesse qu'il lui découvre à peine. Comme toujours, il en démasque les fêlures sans discours. Il décode le mutisme de ses maux. Quelque chose s’est brisé en lui. « La destruction, Orfeo. Voilà ce qu'il s'est passé. L'apothéose de tous ces crimes pour lesquels on devrait me punir selon tes lois mais qui se normalisent depuis qu'ils nous enferment. Crois-tu toujours en Lui, maintenant que tout s'effondre ? » Puisque Callan ne fait que s'enfoncer dans l'anarchie de ses confusions, qu'il n'est plus aussi sûr de ses convictions depuis que son père lui a tourné le dos ; il désire savoir si lui aussi s'est perdu ou si sa parole est toujours inébranlable. Orfeo le sait. Il se doute du viol infâme, des meurtres à répétition, de toutes ces vagues de sang que l'allemand provoque. Et ce dernier ne lui cachera rien puisqu'il restera fidèle des louanges chthoniennes et qu'il ne craint pas les déluges de lave qui l'attendent. Au contraire, parfois il les espère comme d’autres aspirent à être sauvés.


NΞRIOИ



When you speak my name, it don't matter to me. Where you place your blame, it don't matter to me. Where could you be walking to, it don't matter to me. Take my wicked heart, it don't matter to me. Turn my twisted words, it don't matter to me. What are you here waiting for, it don't matter to me. Where do you go to, you don't matter to me.

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Callan & Orfeo


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Un sourire. Infime. Ta voix fait frissonner mon âme, aussi sûrement que la trahison nous a enlacée autrefois. Le ton était déjà donné; à moins qu’il ne se soit jamais perdu. Cela avait toujours été ainsi entre nous. Un coup d’archet jamais défaillant qui nous enjoignait à nous rapprocher. Comme si nous étions des miroirs dans lesquels non pas nous refléter, ni même nous regarder, mais nous engloutir. Sommes-nous sur un navire voué à s’échouer quelques parts sur les plaines d’Irlande? Sommes-nous seulement légitimes de se retrouver - ici et maintenant - tandis que ton âme ne reflète que les méandres et les aberrations de ton esprit violenté? Parce-que ce n’avait jamais été que cela Callan. tu n’étais pas - initialement - aussi mauvais que tes actes le laissaient croire. Tu t’étais perdu dans les possibles - et surtout les plus horribles - simplement car l’unique sens de ton existence restait Léandre. Un être que je respectais, sans jamais l’avoir envié malgré cet amour que tu lui voues en psalmodiant ta haine.

C’est en cela qu’on différait toi et moi. J’avais trouvé un sens à mon existence dans le seigneur tout puissant, tandis que tu avais donné ce rôle à un être fait de désirs et d’éphémères. Au point qu’aujourd’hui son âme - sa flamme - vacille, et que tel un fanatique tu t’agites,  tapes des mains et des pieds pour attirer son attention...et n’obtenir que le néant. Dieu m’a appris à faire face au vide. Tu me l’as déjà assez répété, à quel point il n’était pas présent ni pour l’humanité, ni pour quiconque. Que Dieu, s’il était si parfait il empêcherait les abominations de ce monde. Mais c’était oublié que même la pire des tortures étaient sous l’apanage de Dieu lui-même. Que ce dernier n’était pas le bien incarné, mais le Tout représenté, symbolisé en ce simple mot “Dieu”. Mais pour le moment je ne recherche pas querelle avec toi - avais-je jamais chercher cela? - mais bel et bien cette connexion qui m’avait jusque là manqué.

Ta main sur ma nuque m’amène à avancer d’un pas vers toi. Nos corps se reflètent, faute de s’enlacer, laissant l’espace à nos lipes pour proférer le début des hostilités. Je ne pouvais échapper à la morsure de tes paroles. J’avais entendu les massacres perpétrés dans la région, et il sonnait comme une évidence que tu étais le seul capable de tels actes. Le seul à se croire au-dessus des lois humaines comme divines. Ta voix se présentait tel un aveu, bien que tu préférais me demander des comptes sur Dieu, comme si ce dernier ne pouvait que se mettre entre nous deux à chacune de nos rencontres. Et comme à mon accoutumée, je préférais plonger dans ton regard, plutôt que de répondre trop vite. Je voulais happer tes ténèbres en échange de ma peine. Je voulais palper cette fêlure qui craquelait tes prunelles et peut-être, parvenir à t’en libérer, en la faisant mienne. C’est ainsi que mes lèvres murmurèrent, en écho au silence qui nous enveloppait: “En toi, tout s’est toujours effondré.” Une vérité. Tu ne pouvais le nier. Comme je ne pouvais retenir ma main qui s’élève pour venir se porter sur ton cœur. Sur ce silence en toi que tu cherches à ranimer depuis tant de siècles. Ma pression se fit plus forte - insistante - comme si je désirais fondre cette main en toi.

“Pour te répondre toutefois...ma foi n’a jamais été aussi forte envers lui.” Mais qu’en est-il de ma foi en moi-même? C’est cela que tu as perçu, que Jayden est venu réanimé par sa fougue...mais toi, que ferais-tu de mes balancements intérieurs, que beaucoup présenteraient comme des doutes, mais que je ne perçois que comme un bercement éternel. Mais je ne comptais pas m’endormir. Plus maintenant que tu étais venu à moi, comme tu l’as toujours fait, dans les moments les plus chaotiques. Ma main délaissa ton torse pour se poser sur ta joue. Oserais-je m’enquérir de tes lèvres alors que tes flammes ne désirent que brûler? Oserais-je goûter à ton souvenir, et à ce précieux que nous cachions jalousement? Mes lèvres s’approchèrent des tiennes, déviant sur ta joue à la dernière minute. Un baiser chaste, mais révélateur de mon envie de t’accueillir et non pas te consommer. Tu étais bien plus à mes yeux qu’un amant, qu’un amour éphémère ou plus profond. Tu étais indéfinissable et pourtant si proche dans cette complexité apparente.

Je me dégageai de cette étrange étreinte, ma main venant cueillir la tienne afin de t’inviter à me suivre. “ Tu es éreinté. Tu as besoin de te nourrir.” Ma voix était sans appel, même si cette évidence n’avait rien de rassurant. Je sentais que tu laissais tes démons t’avaler...pourtant c’était auprès de moi que tu venais t’échouer. Alors que nous étions encore à l’étage, je laissais quelques mots venir nous rapprocher: “Je ne devrais pas être si heureux de te revoir...pourtant je le suis.” Nos rencontres marquaient toujours des périodes funestes...qu’elles le soient pour nous ou pour l’époque qui nous portait.


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Est-ce qu'il l’apercevait encore, ce cœur corseté de rage et ivre de mort, flottant à l'intérieur de sa poitrine inanimée ? Est-ce qu'il était encore capable d'en sentir les tremblements infimes comme il savait si bien le faire lorsqu'ils s'étaient rencontrés à Orange ? Ces questions restaient muettes malgré les ténèbres qui s'emparaient de son esprit étiolé, diffusant en lui des appréhensions méprisables et faiblardes. Callan était aveuglé par ses bourrasques et ses coups de tonnerre, dévasté par l'écrasement d'un monde sur lequel il n'avait plus aucun contrôle. Quelque chose lui avait échappé et la véhémence que lui inspirait la trahison avait brisé l'épaisse muraille de son insensibilité. L'Allemand pouvait tout perdre. Absolument tout. Mais ce qu'il était incapable de supporter était le rejet de Léandre, son absence et les couleurs de son amertume. Sa seule erreur ne demeurant que dans le sordide amour qu'il ressentait à son égard. Depuis si longtemps à présent qu'il en oublierait presque la tendresse des débuts. Faiblesse absurde qu'il haïssait autant qu'il aimait. Stupidité possessive qui le tourmentait incessamment, à un point tel que les autres autour de lui se dissolvaient dans l'acerbité de son indifférence. C'était injuste et prétentieux. Mais la réalité n'était jamais telle que l'on désirait qu'elle soit. Souvent, elle faisait des rêves de simples lambeaux. Souvent, elle imposait ses fatalités pour mieux étouffer l'espérance.

Pourtant il n'espérait plus. Ce qui le maintenait en vie bouillonnait en ses veines bien plus fort que dix mille soleils. C'était la rage. D'avoir été bafoué. De s'être perdu en vain et de devoir endurer l'insensé. Cette rage qui l'épuisait et le consumait à vue d'œil mais à laquelle il se raccrochait. Avec un acharnement démesuré. Il ne s'attendait pas à être compris ni même à être sauvé puisqu'il était le seul remède à ses propres déchirures et que l'enfer n'était qu'un endroit auquel il s'était familiarisé. Puisque Dieu n'avait que sa transparence à lui concéder. La vérité, pour lui, n'étant simplement que rien n'avait plus de véritable importance. Son Âme restant éternellement en suspens, indépendante de toutes les fictions que les hommes avaient fabriqué pour se protéger de ce Néant obscur dans lequel, lui, avait choisi de se jeter. Trou noir que ses sentiments écorchés revenaient pourtant brouiller tôt ou tard puisqu'il appartenait à ces âmes à vif et constamment insatisfaites. Du monde et de ce qui le constituait. Des hommes et maintenant de son propre peuple. Orfeo déchiffrait ces maux. Il savait sans qu'il n'ait besoin de discours. C'était cette sérénité qu'il était venu chercher, ce lac dénué de vagues. Cette distance de sécurité dont Callan avait besoin pour se ressourcer.

Ainsi lorsqu'il le retrouve, encore imbibé de ses quelques notes de violon égarées, il ne peut s'empêcher de le toucher. D'établir le contact. Comme si leurs corps n'étaient que deux aimants, incapables de s'ignorer et de creuser le fossé. La preuve étant dans l'enlisement de ses prunelles au fond de son regard. Celui-là même qu'il avait mémorisé comme l'on retient les mots d'une tirade poétique. Des philosophies spirituelles qui nous ensorcellent et au creux desquelles il est si aisé de se perdre. Pourtant les siens, de mots, étaient charbonneux. Acariâtres d'avoir été calcinés à maintes reprises. Par les flammes furieuses de vérités abruptes et instables. Changeantes puisque soumises à des relents d'émotions viciées. Le venin d'une angoisse vertigineuse s'étant épris de ses poumons autant que de ses tempes qui hurlaient, de douleur et d'incompréhension. Il avait dans son ventre l'envie insatiable de tuer, jusqu'à l'épuisement total. De déchirer, d'arracher, d'écraser. Jusqu'à l'enfer finisse par le désintéresser. Cependant, c'était jusqu'à sa demeure qu'il avait marché. S'enfermant dans l'illusion que rien ne pourrait l'effleurer entre les murs de cette bâtisse puisque lui était là. Lui qui suintait d'insolence tant sa foi insultait le nihilisme l'animant. Lui qui n'avait que faire de sa haine et qui parvenait autrefois à la dompter, au profit de quelque chose de plus stable. Aussi éphémère que cela puisse être.

La preuve étant dans les réponses qu'il lui donnait. Tendre affront explosant à l'intérieur de sa boîte crânienne comme un rappel à l'humanité sur laquelle Callan aurait aimé vomir s'il en avait encore été capable. Pourtant il avait raison. Ce n'est que dans la destruction qu'il s'est toujours retrouvé. Ces ruines incarnant ces outils les plus vitaux, sa vendetta restant l'ultime mantra à laquelle il était habitué. Tout s'est toujours effondré en lui. Puisque s'il avait un train d'avance, cela ne l'empêchait pourtant pas de le rater. Et cette main délicate et bienveillante que l'Italien posait à l'endroit même où se situait son cœur ne suffirait probablement pas à changer le destin que ses cieux intouchables lui avaient accordé. Son esprit ne respirant qu'entre les bras de la déchéance alors que les murmures de l'Ange vibrait en échos à cet amour universel dont même les hommes s'étaient détournés. Pourtant il lui restait fidèle, à cet homme invisible, qui n'existait qu'entre les lignes ensanglantées de la Bible. Callan pouvait sentir sa dévotion lui brûler les phalanges tant elle était restée solide. Autrefois, il aurait maudit son incapacité à ouvrir les paupières. Autrefois, il aurait tenté d'étrangler cette entité invisible qui persiste à émouvoir cet homme dans lequel Callan se fond naturellement. Mais autrefois n'était plus.

« N'est-ce pas ce à quoi tout est destiné ? On ne vit que pour mieux s'anéantir, il me semble. Je n'ai aucun intérêt à m'encombrer d'espoirs. Ils finissent tous par s’essouffler. »

La perdition, voilà la seule chose concrète qui leur restait. Celle du virus, celle des hommes. Celle qui le dégoûte au point que tuer et sombrer était devenu plus important aux yeux de l'Allemand que l'était le simple acte de se nourrir. La perdition, qu'il comprenait dans le regard de son amant. Amant qu'il ne définissait pas mais qu'il était venu chercher ce soir. Dans l'espoir de se laisser mourir, l'espace de quelques minutes. D'arrêter le cercle vicieux avec lequel il creusait sa haine autant que ces desseins monstrueux, qui tournoyaient dans son esprit décharné. N'était-ce pas ironique ? Ce baiser chaste qu'il lui offre finit de l'achever. Puisqu'il n'a plus la force que de s'égarer. Que ce soit entre ses bras ou dans cette nuit éternelle que sa condition condamnée lui offre. Pureté légère qu'il retenait dans les tiroirs de ces dorures personnelles. Entité sacrée d'un accord tacite qui n'appartenait qu'à eux seuls. Si bien que lorsque sa main est venue s'emparer de la sienne, Callan n'a fait preuve d'aucune résistance, suivant simplement l'hôte qui s'inquiétait. En vain. L'hôte qu'il ne pouvait guère duper de cette insolence qui lui est propre. Il le suit. Sans un mot. Presque docile. Orfeo déborde, lui qui pourtant sait se faire si lointain. Il lui rappelle la morsure du temps qui passe. De ces longues minutes qu'ils ont perdu, à force d'avoir maintenu la distance. Ces déchirements semblaient si stupides à présent qu'ils étaient prisonniers.

« Moi aussi. Malgré tout ce temps, ton existence m'est inestimable, Orfeo. N'oublie jamais cela. » commença-t-il alors qu'ils étaient descendus. Callan abandonnant son corps meurtri dans le canapé qui demeurait dans le salon. Allongé, il semblait presque mort. Ses prunelles carnassières se perdant dans les hauteurs pour effleurer ce plafond les protégeant faiblement du reste du monde. « Sais-tu à quel point sommes-nous capables de nous perdre ? » Sa voix basse semblait rouillée, affaiblie par cette Éternité qui lui paraissait soudainement trop longue. « Combien de fois t'es-tu perdu, Orfeo ? » L'avait-il été seulement un jour ? Connaissait-il cette souffrance poisseuse qui coulait à l'intérieur de sa trachée ? « J'ai agressé l'un des nôtres. » Le silence revient, naturellement. Comme des points de suspension nécessaires à la virulence qui se rejoue dans son encéphale alors qu'il avoue. « J'aurais pu le tuer. J'ai même hésité à le faire. » Malgré le traité qui avait été signé par son père. Malgré toutes ces choses en lesquelles il n'arrivait pas encore à croire. « Qu'est-ce qui te fait croire que ce n'est pas le sort que je te réserve, là, actuellement ? » Pourquoi l'accepter, pourquoi l'accueillir alors que sur sa peau, traînaient des milliers de vies arrachées.


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When you speak my name, it don't matter to me. Where you place your blame, it don't matter to me. Where could you be walking to, it don't matter to me. Take my wicked heart, it don't matter to me. Turn my twisted words, it don't matter to me. What are you here waiting for, it don't matter to me. Where do you go to, you don't matter to me.

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Never Forget
Callan & Orfeo


Ambiance

Tes pensées venaient toujours se fracasser contre mes falaises. Celles dont je prenais soin en attisant ma foi alors même que je frôlais - depuis le mur - ma propre déchéance. Mais il n’y paraissait rien pour toi qui cherchait la lumière dans ton obscurité. Tu auras beau le nier, mais si tes pas te mènent toujours jusqu’à moi c’est que quelque part je reste toujours plus lumineux, même dans mes propres tourments. Savais-tu que sans le Seigneur je ne serai peut-être plus de ce monde? Pourrais-tu croire que je pourrais me laisser bercer par la mort jusqu’au dernier de ses berceaux? De celui dont on ne revenait jamais? Je suis sûr que ta foi en moi - faute qu’elle soit envers Dieu - te ferait croire que jamais rien ne peut éroder ma terre. Pourtant si je suis une île où chacun peut venir se déposer, je reste avant tout vulnérable de l’océan qui pourrait m’engloutir...Mais personne ne veut savoir cela, pas même mon propre infant qui m’appelle - m’accuse - pour venir le sauver. Mais le puis-je seulement, si je ne sais pas me protéger moi-même? Si je ne sais plus quelle direction faire prendre à cette vie de prisonnier?

Mon maintien toutefois, cette apparence que je te donne à voir ne te permet pas de sonder mes remous. Il y aurait comme une parjure envers dieu si son fils déchu pouvait prendre soin de l’un de ses plus fidèles serviteurs. Parce-que tu resterais à jamais un fils de dieu même si tu lui as tourné le dos depuis des millénaires. Parce-qu’en vérité ce qui nous rapproche inexorablement est cette similarité qui nous ensorcelle. Tu es de l’autre côté du miroir et j’aime me mirer dans la clarté de tes pupilles. J’aime apercevoir cette lumière que tes nuits de dépravation, de meurtre et d’errance n’ont pas réussi à éteindre en totalité. Tandis que tu aimes lire dans les miennes l’obscurité qui grandit sans jamais gagner. Parce-que même si tu ne sais rien de mon état d’être, tu perçois dans ta chair de quel sang je suis fait. On ne peut rien cacher à son reflet et en même temps le souhaitons-nous seulement? Notre rencontre venait souffler des doutes dans mon cœur comme à chaque fois que nous nous étions croisés. Ce doute - ce rêve vain - qu’il y aurait pu y avoir autre chose qu’un secret entre nous. Que tu aurais pu garder ta foi et enflammer la mienne. Qu’ensemble, loin de tes propres démons, nous aurions pu créer une vie aux antipodes de celle qui t’amène jusqu’à moi en ce soir. Mais tout cela n’est que jérémiades d’un vampire qui se voit perdu parmi les lamentations de son cœur et les désirs de ceux l’entourant. Ceux dont tu ne connaissais pas le visage, ou que tu ignorais. Entre nous, l’horizon avait toujours été dégagé de toutes considérations à part nous-même. Même si je savais les affres que Léandre te faisait vivre tu ne m’en parlais jamais directement. Comme une loi tacite que ni toi ni moi n’avions eu à signer.

Tu ne résistes pas. Tu ne combats pas mes paroles. Et en cet instant je ressens à quel point tu es brisé. Je ressens à quel point mes paroles agiraient comme du sel déposé sur des plaies. Je ne souhaite pas te blesser Callan. Je ne l’ai jamais souhaité, même si mes actes passés auraient pu laisser supposer le contraire. Il n’avait jamais été question de toi mais bel et bien de moi et cette allégation que je ne pouvais plus garder envers mon sire ou envers Léandre. Alors que toi tu te malmenais et tu entrainais l’Irlande avec toi. Tu agissais comme le provocateur que tu voulais qu’on voit alors que c’était ton cœur meurtri qui s’agitait comme un lion en cage! Pourquoi était-ce si compliqué à avouer cet amour qui parcourait tes veines jusqu’à t’en étouffer? Pourquoi avait-il fallu que tu choisisses d’offrir ton amour à celui qui ne le méritait pas? Pouvais-tu alors comprendre en quoi mon Dieu était bien plus fiable que ton sire ou n’importe quel homme sur cette terre? “La vie est mouvement Callan. Elle l’a toujours été. Tout ce qui est détruit est voué à renaître..à l’image des saisons.” Mais je n’étais pas là pour t’offrir des leçons ou te convaincre. Je savais que les ruines de ton âme ne voulaient pas être reconstruites. Je n’en avais pas le pouvoir. Mon unique certitude restait dans ta présence sous mon toit. Tu avais toujours su me rejoindre quand le temps t’était compté.

Ou quand le destin nous faisait nous croiser. Pourquoi avoir lutté contre cette attirance, autrefois froissée? Pourquoi avions-nous eu si peur de la fusion de nos âmes sous la lumière du jour? Nous avons toujours maintenus notre relation dans le plus grand des silences. À croire qu’aucune musique n’aurait pu rythmer nos pas incertains et imprévus. Parce-que cette danse que nous reprenions sans cesse était bien différente de toutes celles que je connaissais. L’air pouvait se montrer léger ou soudainement passionnel! Il pouvait se montrer taquin ou d’un sérieux sans nom. À l’image de ce soir où j’avais la sensation que me suivre était ton unique issue. Peut-être est-ce pour cela que mes lippes débordèrent de cette affection que je te portais. Peut-être est-ce pour cela, ou pour les temps difficiles dans lesquels nous marchions.

Tandis que tu t’installais dans le canapé, je me dirigeais vers ma cave à sang. Toujours à température ambiante. Les deux mortels vivant sous mon toit m’alimentant régulièrement. J’entendis parfaitement tes paroles même si mon regard était figé sur le verre que je sortais du buffet. Comment pourrais-je oublier cela? Je me souviens des lettres que tu me faisais parvenir et auxquelles je répondais avec foi et élan. Rien ne pourrait jamais nous séparer éternellement à part nous-même. Et aucun de nous n’avait, ne serait-ce qu’une once d’envie, de rester séparer jusqu’à la mort. C’est avec une bouteille et un unique verre que je me tournais à nouveau vers toi, m’approchant doucement tandis que tu devenais philosophe. J’observais ta posture et surtout cette incommensurable sensation qui me prenait à chaque fois que je te contemplais trop longtemps: la vie t’avait quitté mon bel ange. Mais je ne fis aucune remarque, préférant répondre à ta dernière question: “Se perdre...Cela voudrait dire qu’il y a un unique chemin pour aller...où?” Mon regard croisa le tien tandis que j’ouvrais la bouteille et servait le verre. “Je te le dis, plus tu te débats dans l’océan plus tu te noies. Est-ce cela se perdre à tes yeux?” Mais quand tu venais à mon rivage c’était pour mieux mourir...et ainsi renaître. C’était pour te reposer, respirer, et mieux repartir. Je ne serai jamais qu’une halte dans ta recherche du chemin.

Ma voix n’avait été qu’un murmure en écho à la souffrance de la tienne. Il ne servait à rien de parler trop fort de ce qui fait frémir la terre. C’est ainsi que tu te confias à moi, laissant le soin au silence d’étouffer les souvenirs. “Tu aurais pu, mais tu ne l’as pas fait.” Je connaissais le traité et la tentation que cela avait du être pour toi de le corrompre. J’approchais, portant le verre à mes lèvres, mon regard n’étant nullement perturbé par les derniers propos que tu venais de tenir. Naturellement je m’agenouillais, de façon à ce que mon bras vienne reposer sur le haut de ton ventre et que ma main, ainsi soutenue, puisse venir se déposer sur ta joue et attirer vers moi ton visage. “Peut-être est-ce le cas.” Je finis de boire le verre de sang, laissant sa chaleur embrasé mon être qui s’attisait au contact de ta présence. “Ou peut-être pas…” Devais-je réellement te dire à quel point j’ai foi en toi? À quel point je mettrais ma vie entre tes mains? Ou aurais-tu préféré que je te parle de ma foi en Dieu? Et que ce dernier ne m’abandonnerait pas? Mais je ne le pouvais Callan. Parce-que je n’avais plus peur de mourir. Ce chemin était une voie comme une autre.

Mais au lieu de reprendre la parole, mon regard sombra doucement dans le tien, ma main caressant ta joue, ta nuque, en une gestuelle qui se vouait à s’échouer sur ton torse. Je me penchais alors vers toi, perçant ma langue afin de déposer un baiser pourvu de mon sang sur tes lèvres. Ma douceur englobait le moindre de mes mouvements et j’espérais que ce geste viendrait allumer en toi un désir de vie. Je te tendis ensuite mon cou, mon autre main se glissant sous ta tête afin de t’inviter à approcher. “Boire dans un simple verre n’est pas digne de toi, n’est-ce pas?” Je n’attendais nulle réponse. “Extrait ce dont tu as besoin...vide moi si tel est ton bon plaisir. Mais ne reste pas affamé.” Aucune crainte ne perçait dans ma voix. Sensuellement je vins repousser mes cheveux qui pouvaient s’affoler sur ma nuque. Je m’offrais en cet instant, divinement à toi...



made by black arrow



Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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| never forget |


to the lovers we left behind,
the bad days, the good nights,
in the great shipwreck of life we all fall down

Rien n'est véritablement pur. Sous les sourires fragiles et les innocences fébriles se cache toujours une bête prête à vous dévorer. Tapie dans l'ombre des vices, elle patiente, se nourrissant des peurs et des inégalités pour mieux vous écraser le cœur de sa pesanteur. Cette conscience épineuse, Callan la possède depuis la nuit des temps. Elle l'enveloppe d'une lucidité possédée, suffisamment puissante pour l'empêcher d'éprouver la morsure du moindre remord. Réincarnation difforme d'un jugement dernier improvisé. Il est devenu l'entité de tout ce que rejettent ces lois divines qu'il méprise. Entre ses phalanges, la perdition meurtrière déambule ; faisant de lui l'inépuisable bourreau du beau. Éternel disciple de l'antéchrist qui murmure à son oreille l'effroi de ce que l'on cache derrière la bienséance et parfois même, la bonté du cœur. Callan embrasse à pleine bouche les remous de sa paranoïa, barricadant les quelques miettes d'âme qu'il lui reste derrière la sévérité religieuse d'une méfiance acérée. Dans la cathédrale dépravée de sa criminalité, son cœur suintant d'horreurs se recueille. Cherchant le silence dans le brouhaha mensonger des fausses espérances et de la naïveté. Il ne peut s'empêcher de condamner leur ignorance et s'enlise volontairement dans le goudron de ces sept péchés capitaux qu'il maîtrise autant que d'autres se plaisent à se fourvoyer.

Callan refusait de se leurrer. D'approuver des concepts erronés et plus encore de se soumettre aux immatérielles vérités qui avaient pu orner son enfance. Son intérêt pour cet homme si particulier qu'était Orfeo résidait en sa capacité à le comprendre, à l'écouter et à l'accepter. Parler du Seigneur était, pour l'Allemand, une plaisanterie douce-amère avec laquelle ses émotions s'électrisaient. Dans un affront d'autant plus prenant lorsque c'est avec l'Italien qu'il tissait ces longues conversations sans conclusion ; cadencées par leurs expériences et la complexité de leurs émotions. Quelque chose dans ces gestes, dans le son de sa voix, parvenait à dompter leurs contradictions. Empêchant les flammes de sa colère de se répandre, empêchant l'essence même de son âme de s'empoisonner. À qui faire confiance lorsque l'on devient synonyme de terreur ? Comment entrevoir le repos lorsque la rage est l'unique fléau qui parvient à nous tenir en vie ? S'il en connaissait les réponses, il peinait pourtant à l'admettre. Ne s'était-il pas échouer dans une église avant de venir le trouver ? Ne cherchait-il pas l'inexorable silence de ce Dieu malgré la haine qu'il avait envers ce dernier ? En suivant les torrents de sa perdition, Callan n'avait pas résister au besoin de le rencontrer une énième fois. Au détour du souvenir de la foi qu'il avait crucifié.

Dans l'espoir de dépasser les cieux eux-même. De transcender la Mort au prix du fardeau qu'était son Humanité. Callan n'avait jamais tiré aucune joie de ses faiblesses mais il a cent fois cru atteindre le divin en se lavant du sang de ses ennemis. Toujours empreint d'excès et de scandales, transformant toutes les offuscations en raisons supplémentaires de leur faire affront. À tous ceux qui pensaient pouvoir le posséder et le maîtriser. À toutes ces idées qui ne servaient qu'à les cataloguer. Callan s'émancipait des inventions pour mieux créer les siennes. Il en occultait ses propres racines, les arrachant à la force de son insatisfaction pour ensuite les incendier. Cependant leurs cendres s'agitaient encore trop souvent dans le creux de ses poumons usés, le plongeant dans une nostalgie futile qui n'avait pas réellement lieu d'exister. Cette fatalité le faisait stagner dans une torpeur qui l'écœurait. Pour tant de raisons se créaient autant de blessures et celles-ci se faisaient si virulentes qu'il avait la désagréable sensation de suffoquer. Incompréhensible, il le devenait. Pourtant les deux vampires s'étaient toujours compris. Sans explications lamentables, sans rien d'autre qu'une lecture silencieuse de leur esprit. De leur cœur ?

« Quand bien même tu as raison, ces mouvements incessants n'ont très souvent aucune logique. Ces sentiments distordus qui m'animent parfois n'en ont pas la moindre non plus. Qu'en est-il des tiens ? Les laisses-tu mourir pour mieux les voir renaître ? »

En était-il de même pour eux, pour la relation qu'ils entretenaient depuis des siècles à présent ? Callan était pourtant persuadé que ce qui leur permettait de persister à exister – malgré leurs désaccords et quelques plaies qu'ils ne s'avoueraient probablement pas – était ce secret qu'il leur était impossible de briser. Cette intimité, ponctuelle et inconnue des autres, dont l'Allemand ne pouvait se passer. Quoi qu'il puisse en dire ou en penser, c'était une manière comme une autre de protéger ces quelques lueurs sacrées et paradoxalement blasphématoires qu'ils s'échangeaient continuellement. Malgré l'enfer qu'il traversait les paupières closes, Callan s'autorisait la vulnérabilité auprès de cet autre... Amant, ami. Amour ? Ceci, il n'osait l'entrevoir. Volontairement rattaché au paria, à l'ingrat. De par cette dévotion insensée avec laquelle, à défaut de survivre, il se permettait l'autodestruction. La perspicacité de son hôte éveilla sur ses lèvres un sourire endolori alors qu'il le contemplait verser le carmin dans un verre, attrapant son regard à la volée lorsque ce dernier vint caresser son corps.

« Pour la plupart, ce chemin mènerait au bonheur... Pour d'autres, sans doute serait-ce l'indolence. »

Il existait tant de mots pour décrire cet état de grâce. L'intouchable légèreté de l'être. L'évasion à tout déchirement, à toute crainte. Pour ne laisser, au final, que cette stérilité morne qui ne seyait guère à l'homme tel qu'il avait été conçu. Raison pour laquelle la damnation que lui avait infligé Léandre n'était qu'une bénédiction à ses yeux. Moyen immuable d'accéder à l'effacement total de toute la souffrance qu'il avait épongé en cette période où son cœur rugissait encore d'effroi. Ce cœur qu'il avait laissé entre de mauvaises mains en toute conscience et qui, il en était sûr, prenaient un plaisir inavoué à le torturer. Si sa douleur demeurait quelque part, ce n'était qu'en la faiblesse que Léandre lui rappelait alors même qu'il se pensait invincible. Incarnation personnifiée d'un masochisme intime et insensé. Tandis que cet homme chez lequel il venait chercher refuge lui insufflait l'espoir de continuer. Renforçant avec une délicatesse irréelle toute cette force que l'Allemand décidait parfois d'oublier.

« Si je comparais l'océan à ma dévotion, je me noierais sans l'ombre d'un doute. Et puis j'ai toujours vu l'amour comme un lent suicide. Nos premières victimes sont toujours ceux que nous aimons le plus... »

Comme eux-même s'étaient blessés. De trahison et de silence. De distance et d'impossibilité à tourner la page de cette histoire qu'ils écrivaient ensemble depuis plusieurs siècles. Callan était incapable d'effacer l'aura de cet homme. Il demeurait éternellement l'un des êtres qui l'intéressaient le plus. De ceux avec qui il pouvait s'exprimer, au-delà de cette hargne qui le caractérisait. De ceux qui n'abuseraient pas du moment pour l'éliminer. Tendre euphémisme lorsqu'on connaissait le nombre de victimes qu'il avait massacré par ennui. Sinistre tortionnaire qu'il était. Il lui avoua donc ce qu'il s'était passé, tout comme le désir qu'il avait eu de mettre fin à ses nuits mais dont il s'était passé. Faiblement éclairée par une conscience inopinée qui, d'évidence, le déstabilisait. C'est à cet instant précis qu'il s'est approché de lui, portant l'une de ses mains à l'une de ses joues alors que dans l'échange subtil de leur contact visuel, il lui faisait comprendre qu'il ne craignait rien. Ni lui ni même ce dont il était capable. Cette confiance aux allures d'indestructibilité ne faisant que se renforcer dès lors qu'au lieu de le fuir, il acceptait d'effleurer la passion méphistophélique des limbes qu'il avait fait siennes.

Callan n'en avait jamais réellement douté. S'il n'avait aucune foi en ce Dieu que son amant adorait, il avait pourtant foi en ce lien contre lequel aucun d'eux ne pouvait résister. Cet appel inébranlable qu'émettaient leurs corps pour qu'ils se touchent. Pour que leurs regards s'enlacent et s'embrasent. De manière si naturelle et sincère que l'Allemand ne pouvait s'opposer à ce qui agitait ce désir dévorant qu'il ressentait dès lors qu'ils se réunissaient. Entre eux, le silence ne ressemblait pas au malaise. Au contraire, il s'imbibait de chaleur et parfois même d'une exaltation peu commune. Mêlant une part d'interdit à celle d'une délivrance à laquelle Callan s'atrophiait de céder. Lorsqu'il vint décorer ses lèvres d'un baiser aux saveurs sanguines, il ne put s'empêcher d'envelopper ses lèvres de ce poison que dissimulait la douceur éthérée qu'ils partageaient. Repoussant les ombres vautours qui le poursuivaient. Dans cet instant en suspens que l'Italien lui offrait. Dans une précaution qui ne pouvait être digne que de lui, il l'invitait à se nourrir. Lui qui pourtant choisissait de s'affamer inconsciemment, antique conséquence de cet enfermement qui durant quelques décennies les ont éloigné. Malgré cette question rhétorique qu'il venait de lui poser, Callan resta silencieux., enivré par la fusion de leurs lèvres et le délice que représentait son sang pour ses papilles asséchées.

Il le convainquait, de manière sensuelle et intelligente, de briser le cercle de ce jeun insensé auquel l'Allemand s'adonnait machinalement, s'offrant presque en sacrifice si cela pouvait l'aider, lui démontrant de cette manière qu'il n'attendait rien en retour et que le profit ne suintait d'aucun de ses pores... Dans une pureté qui aurait pu l'aveugler si ses pensées n'étaient pas aussi carnassières. C'est sa détermination qui le séduisait, bien plus que ces gestes presque lascifs avec lesquels il attisait son feu. Alors... Il décidait de se pencher vers lui, suffisamment pour que son visage se niche dans le creux de son cou, laissant ses narines s'abreuver de l'odeur délectable de la vitae qui l'animait. Débutant avec la fièvre d'un baiser plus sauvage que le précédent, sa langue ainsi que ses lèvres vinrent à créer l'illusion d'un suçon sur la soie de sa gorge pour finalement perforer la fine membre de chair qui le séparait de son ambroisie, celle qu'il buvait à grande gorgée mais avec la patience des plus terribles langueurs impudiques. Minutes précieuses que Callan avait la sensation de dérober au temps lui-même, minutes qu'il savourait comme s'il s'agissait de leur première étreinte... Lorsqu'il se retira enfin il succomba au désir d'embrasser ses lèvres à nouveau, laissant la moiteur de sa langue enrobée de sang se mêler à la sienne, dont la délicatesse avait longtemps été l'une des choses qui lui avait le plus manqué. Ses mains entourant le visage de l'Italien, il finit cela dit par se reculer avec calme, prenant conscience de cette fébrilité soudaine qui s'était emparée de l’entièreté de son être aux dépens de cette alerte éprouvante qu'il refusait de laisser filer.

« Il me semble que je ne sois pas assez idiot pour que je laisse la Mort me séparer de toi. Après tout ce temps, tenter de t'assassiner n'aurait été qu'une amputation de ma propre vie et quand bien même, je méprise la nostalgie, il m'est parfois nécessaire de me remémorer certaines choses. »

Leur rencontre, certaines de leurs longues conversations. La saveur de ses lèvres, celle de sa peau et l'implacable sérénité qu'il était capable de lui donner sans pour autant savoir ce qu'il était capable de lui donner en retour.


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Callan & Orfeo


Ambiance

Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être. Il y a toujours une brèche qui permet de pénétrer dans l’inextricable et d’en ressortir l’improbable. Il y a toujours des chemins préservés pour celui qui cherche la vérité. Pas celle que tout le monde raconte, uni dans une vision qui ne deviendrait qu’enfermante. Mais celle qui est tapie en chacun sans qu’il ne puisse la formuler ou même simplement s’en préoccuper. C’est ce qu’il s’était passé avec toi autrefois. Nous nous ressemblions tellement malgré la coupure entre ta foi et toi, et la mienne toujours plus grande avec mon propre sire. Je trouvais en toi un miroir de cet amour que je n’osais à l’époque que soupirer, pendant que tu l’expérimentais pleinement auprès de Léandre. Il y avait le murmure de nos discussions jusque tard dans la nuit. Nos regards qui se comprenaient dans la langueur des silences. Et cette envie irrépressible de te revoir dès que nos absences prenaient le dessus sur nos vies. Pourtant, il n’y avait rien de dévorant - pas au début, pas aussi vite - rien qui ne nous aurait éloigné chacun de notre étoile, de ce qui illuminait nos nuits respectives. Léandre pour toi. Ton amour était intarissable et je souffrais pour toi que de le savoir si peu nourrissant. Dieu pour moi. Aussi stupide que ma foi peut apparaître aux yeux de certains, elle a toujours fait partie intégrante de moi, et cela est toujours vrai aujourd’hui.

Entendons-nous bien. Je ne suis pas un fanatique, ni même un idiot. Je ne crois pas en nos péchés, ni même que nous sommes le fléau de ce monde.  Je crois que nous sommes tous capables d’évolution, même si ma prétention à ce sujet peut apparaître comme un optimisme aveugle. Je sais que tu m’as jugé autrefois. Je sais qu’aujourd’hui encore mes desseins peuvent t’échapper, mon amour de dieu te paraître déraison. Mais ne nous retrouvons-nous pas dans nos extrêmes? N’était-ce pas cela qui nous permettait de nous comprendre sans même que les mots ne soient nécessaires? N’est-ce pas un lien au-delà de l’ineffable? N’est-ce pas sacré au même titre que ces lieux de cultes où nous nous croisions parfois malgré ton rejet de toute considération religieuse? Te souviens-tu au moins que c’est également mon cas? Que ma foi, teintée du catholicisme, n’est pas le catholicisme? As-tu noté, au fil de nos discussions, que mon esprit ne s’enfermait nullement dans un dogme mais venait le magnifier? Et c’est cela vois-tu que tu faisais également. C’est cela qui venait faire écho en moi quand je prenais connaissance de tous ces meurtres que tu distribuais comme l’ostie en plein office. Et si tout ce qui nous séparait ne faisait que nous rapprocher? Et si nous étions prisonniers ensemble de cette attraction qui existait entre nous mais que nous tenions secrète comme si personne n’était prêt à le savoir? Et si ce qui nous reliait était ce qui aurait du - dans l’ordre naturel des choses - nous éloigner?

Pourtant, en ta présence, je ne ressens nullement que notre relation est contre-nature. Au contraire, il y a quelque chose d’évident qui autrefois aurait pu m’alarmer, mais qui aujourd’hui est tel un espace où je pouvais respirer. Parce-qu’en ta présence tout le reste n’existait plus. En ta présence, tu devenais le centre de mon monde. Est-ce que tu remplaçais Dieu? Est-ce que je remplaçais Léandre? Ce que nous avons su créer entre nous est bien plus qu’un rôle de remplaçant. Ce que nous avons créé, je le redis, fait partie de l’ineffable et ce serait souillure que de vouloir l’expliquer.

Alors je continue de t’écouter. La vie est-elle logique à tes yeux Callan? Ou tout du moins aurais-tu aimé qu’elle le soit? “La logique ne peut rien contre la vie.” Les hommes ont toujours voulu tout expliquer par la science, tandis que d’autres se sont tournés vers la religion pour obtenir du sens à leur existence. Les deux ont faux. Totalement faux. Il n’y a rien dans les sciences ou dans la religion qui peut venir nous rassurer une fois que le soleil s’éteint. Il n’y a rien, absolument rien qui peut venir répondre à des questions qui n’ont pas lieu d’exister. Mais ils essayent tous ces hommes. Ils trouvent des réponses et les érigent en règles. Mieux vaut la logique au chaos. Mais n’est-ce pas en ce dernier que se situe l’Ordre? Celui qui mérite notre respect car il est bien plus grand que nous? N’est-ce pas envers lui que toi comme moi sommes dévoués? “Ai-je un autre choix que celui-là?” Ne pas résister contre l’inéluctable, sinon c’est se condamner à être esclave de ses choix. Je n’ai jamais pris ce chemin, j’ai toujours tout fait pour rester aligné sur ce qui me semblait le plus juste sur le moment. Mais ne va pas croire que je suis un saint pour autant. J’ai moi aussi connu des tourments, même s’ils étaient moins spectaculaires que les tiens. “Tu as toujours expérimenté la vacuité Callan. Nos actes ne portent que le sens que nous voulons bien leur donner. Tu te payes le luxe de ne pas les cataloguer...et certains veulent alors te faire croire que tu es perdu.” Folie. Mes paroles ainsi peuvent résonner. Pourtant je suis en total accord avec ce que je te dis. Au lieu de donner du sens, tu agis, et ce sont ces actions qui rendent tes pensées stériles. Mais cherches-tu réellement du sens à tout cela? Je crois en vérité que tu sais depuis longtemps pourquoi l'extrémisme fait partie de toi. Et quelque part, tu reconnais cela en moi.

Se pourrait-ce que tu recherches cela toi-même? Le bonheur? N’est-ce pas une chose destinée aux éphémères? À ceux qui, de par leur présence réduite sur terre, se doivent de trouver une félicité pour excuser toutes leurs souffrances? Je n’avais pas besoin d’ouvrir la bouche pour souligner que tu n’avais pas besoin de ça. À chaque fois que nos pas se sont rencontrés, nous avons pu goûter à cette légèreté d’être, même si elle était toujours nuancée de nos désirs respectifs l’un envers l’autre. Nos rencontres ont toujours été une bénédiction sur mon chemin, même si j’aime à clamer que je n’ai besoin que de Dieu pour attiser la paix en moi. Qui pourrait comprendre ce qui nous lie? Cela nous échappe à nous-même, et pourtant nous savons que nos falaises seront toujours accueillantes pour l’un comme pour l’autre. Nous savons que nous sommes des privilégiés, que nous n’avons pas à respecter les mêmes règles que les autres en nos royaumes.

“L’amour mène-t-il inexorablement à la mort?” L’image du suicide me toucha plus que je ne l’imaginais. Était-ce cela ta vie? Un suicide qui ne trouvait aucune libération? Ma question resta sans réponse, ton besoin passant avant toute considération de l’esprit à cet instant. Mais au-delà de cette fatalité qui pointait dans ta bouche, je ne pouvais que voir l’allusion à notre propre lien. Jamais, nous ne prenions le soin d’en parler, préférant le vivre - du moins c’est ce que je me suis toujours dit - plutôt que de l’analyser. Préférant taire nos sentiments plutôt que ces derniers ne se dévoilent. Avons-nous peur de notre propre lien? Je me le suis souvent demandé au cours des siècles, avec cette sempiternelle certitude que notre place n’était pas l’un à côté de l’autre. Parce-que notre relation allait au-delà des convenances et des lois humaines. Parce-que notre lien semblait provenir d’au-delà cette vie, même si ce serait insensé que de te faire part d’un tel romantisme. Parce-que cela se nuancerait de ce goût-là. Et j’aimais à croire que le romantisme appartenait à une autre époque, un autre temps, mais surtout pas à nous.  

Malgré la délicatesse de nos gestes dès que nos corps goûtaient à nouveau l’un à l’autre. Ta présence m’imbibait toujours au point que je sentais mon intérieur s’embraser, s’emparer de la vie. Une vie que je venais t’offrir par le carmin de mon essence que tu absorbais sans l’ombre d’une hésitation. Vibrance. Ces quelques minutes m’amenèrent dans ce lieu chéri de nous deux. Là où aucun regard indiscret ne pouvait venir nous pourchasser. Là où tes ombres devenaient lumière, et ma lumière s’obscurcissait. Un clair obscur qui nous sciait bien et où ton baiser - profond, suave, intime - venait me bercer de cette mélodie que toi seul peut me faire entendre. C’est ainsi que tout me revient, tous ces moments volés ensemble. Mais aussi ces discussions, certaines fiévreuses car nos orgueils ne savaient lâcher prise. D’autres mielleuses avec un fort accent de silence qui nous enveloppait et nous terrassait. Parce-que nous ne pouvions rien nous refuser. Parce-que l’altération de mes cellules en ta présence, n’avait d’égal que la tienne face à la mienne. Que nous arriverait-il Callan si le miroir se brisait? Si l’un de nous venait à mourir de ce suicide lancinant dont tu me faisais part?

Tes lèvres m’arrachèrent à de telles pensées. L’onctuosité de ta langue mêlée de sang dansant avec la mienne, me submergea d’un désir que je désirais pourtant encore attacher, retenir, pour ne pas sombrer de suite. Pourtant mes mains vinrent parcourir ton visage, quand tu te reculas, et que nos regards pouvaient à nouveau se mêler et se parjurer.  Au nom de quoi? Je ne le sais pas vraiment. Peut-être au nom du sens que chacun nous avons donné à notre vie…

J’entends tes mots et un doux sourire naît dans l’écrin de mes lèvres. Pouvoir te contempler à la lumière du feu de ce salon m’apporte bien plus d’espoir que tu ne pourrais jamais l’imaginer. “Chacune de tes visites me comblent de ce bonheur dont tu parlais tout à l’heure. Pourtant je ne le cherche pas...et tu es là.” Je ne te cherche pas. Je t’ai toujours laissé venir jusqu’à moi, voyant tes visites comme des bénédictions. L’amour qui me lie à toi est de ces amours qu’on ne confie à personne. Tu m’es plus précieux que n’importe quel attachement. Je sais ne rien te devoir, et pourtant nous voici à prendre une respiration et à effacer toutes les ruines qui encombrent nos esprits. “J’aime à penser à toi aussi.” Ma main vient s’égarer dans ta chevelure cendrées. Mes lèvres appellent à un autre baiser, tandis que mon corps se veut plus proche du tien. “La nostalgie ne fait pas non plus partie de moi...Mais je me souviens très bien de la première fois où nous nous sommes rencontrés. Je me souviens de ta fougue...Elle est toujours là.” Un sourire s’agrandit sur mes lèvres. Mon affection transparaissait à travers mes mots, même si mon désir ne s’exprimait pas encore. “Je me souviens de ta souffrance.” Elle aussi est toujours là. À l’image d’une gangrène elle ronge ton être depuis tellement de siècles. “Je me souviens aussi que tu as été le premier de ma nouvelle vie à venir me toucher, m’impacter, me retenir...Au point que ta mort annoncée par mon sire.” Je détestais parler de lui. “...fut ce qui me ramena à la vie.” Tu le sais. Mais ma langue se déliait sans que je ne veuille la retenir. C’est toi qui m’a donné la force de tourner le dos à mon propre créateur. Toi par ton absence, tu me magnifiais. Peut-être que ces quelques souvenirs vont te rappeler ce que tu m’as toujours apporté. L’élan de vie salvateur.

“Je remercie encore mon Dieu que cette terre porte encore tes pas et que surtout...tu as su comprendre ce qui avait motivé mon geste.” Jamais je ne t’aurais trahi. Si les circonstances avaient été différentes, j’aurai pu te suivre dans tous tes combats. Un sourire plus léger souleva mes lippes avant que je ne poursuive: “Je crois Callan que je ne sais tout simplement pas te dire à quel point tu es important pour moi.” C’est à ce moment-là que je me redressais, venant glisser mes cuisses de chaque côté de ton bassin, tandis que je me penchais afin que mes lèvres ne viennent flirter avec les tiennes. La chaleur de mon bas ventre semblait amplifier par le contact du tien. Il y a des évidences qu’on ne peut certainement pas nier. Tu es l’une d’elles.






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Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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