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 A little Wicked (Pv Balian)

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Balian
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A Little Wicked
C’est un devoir. Une tâche qu’elle s’est elle-même confié mais qui n’en a pas moins d’importance. Dans ces temps où rien n’est sûr, où les pages noircies d’écritures ancestrales se retrouvent arrachées du Livre du Destin, changeant les plans établis, elle a besoin de se rattacher à ses racines pour continuer d’avancer. L’arbre généalogique est brûlé. Il n’en reste que des cendres et la douleur d’en être le dernier fruit. Elle se doit de survivre. De prospérer. De grandir pour devenir à son tour le tronc solide d’une nouvelle génération. Il faut tout reprendre, tout recommencer puisque la Justice des Hommes à tout détruit par le feu. Ils ont dénaturé les flammes dans leur quête d’absolution. Elle s’isole, elle se perd dans l’hostilité de l’Île pour y trouver une quiétude éphémère. Elle réécrit ce que les siens lui ont appris. Toutes ses valeurs, ses légendes, ses croyances qui sont siennes. Elle commence du début, plongeant dans sa mémoire pour essayer de retranscrire avec le plus d’exactitude possible le savoir de sa famille. Elle se perd au détour des lignes inscrite en retrouvant des souvenirs d’une enfance pas si lointaine. Elle murmure sorts et chants qui faisaient la puissance des Teferi. Elle n’en laissera pas l’écho se dissoudre dans le silence. Cris, lui-même ignore ses desseins, puisqu’il ne connait la vérité. Elle est tut, comme le sort qu’elle a subit entre les mains des geôliers et qui dévore son âme de violence. La vengeance en tête, la rage au ventre et le cœur en peine. Elle ne s’arrête que lorsqu’une goutte d’eau tombe sur le parchemin tout juste encré. Il ne pleut pas. Elle pleure. Et ça l’énerve.

Elle se redresse, faisant tomber le cahier de ses genoux, éparpillant quelques feuilles. D’un geste rageux, Ankh essuie l’affront des larmes. Elle rassemble ses pensées et ses affaires, récupérant ce qui a échoué au sol, pour le faire disparaître dans son sac en bandoulière. Ankh prend conscience des heures qui ont défilées en se jouant de sa conscience. Elle devrait déjà être sur le retour, déjà presque arrivé alors qu’elle n’est même pas encore partit. Elle récupère un crayon pour tenter d’imposer un ordre à l’anarchie de ses cheveux, dégageant sa nuque. Elle appréhende de retourner à la maison… Elle a parcouru le monde pour le retrouver, s’empalant sur les obstacles sans chuter, armé de sa seule volonté. Elle a encaissée. Endurée. Continuée. Jusqu’à être de nouveau à sa place, aux côtés de l’Eternel. La distance ne les sépare plus et pourtant elle se sent à des années lumières de lui. Elle n’est plus cette Enfant que les Tullamores l’ont forcés à abandonner. Lui n’est plus ce protecteur tout puissant et omniprésent. La vie l’a fait grandir, elle s’est aussi chargé de démontrer à la jeune femme que le Léviathan n’était pas une Divinité hors d’atteinte. Il y a des menaces, que même lui ne peut lui épargner. Alors elle se doit d’être forte aussi, pour les affronter, seule. Continuer de le rendre fier, en empruntant d’autres chemins.

La nuit est tombée quand elle regagne les abords de Dublin. Elle doit être une des seules mortelles à rejoindre volontairement la Ville habitée par les créatures d’Eve. Même quand le soleil est haut dans le ciel, souvent caché par les nuages, aucune âme humaine n’y vagabonde avec son assurance. Elle n’est pas naïve pour autant, elle succomberait comme les autres si l’envie prenait à un de ces enfants premiers d’achever son existence, aussi vite et aussi impuissante. La seule différence est qu’ici, Cris veille pour elle. Des rires la tirent de ses pensées. Brutalement. Ils ont une résonance écœurante en son être. Attisant des souvenirs encore cuisants. " Non ! Laissez-moi ! " Elle s’arrête, observant sans être vu, entre les arbres et les ruines qui entourent la cité. Elle se rapproche, féline, à l’aise dans l’obscurité des ténèbres terrestres. Armes et Mépris. Des Tullamores. Pas besoin de leur uniformes pour reconnaître ceux qu’elle déteste. Elle a promis à Cris. Promis de ne jamais se mettre dans une situation telle que connait le jeune homme qui tente de fuir ses agresseurs. – Où tu cours comme ça mon Mignon ? Sans doute un affamé en quête de nourriture, prêt à affronter les dangers des Monstres pour se nourrir, pas munis contre ceux de sa race. Elle a promis. Mais elle n’arrive pas à s’y tenir. Pas alors que l’injustice souille ses iris de sa cruauté. Pas alors que ses propres réminiscences accélèrent les battements de son cœur. Ils le rattrapent. Tellement facilement que s’en est pathétique. Ankh détourne les yeux, recule d’un pas, secouant la tête. –  J’suis pas Pd mais t’as plutôt un joli p’tit cul… Puis on va pas faire la fine bouche hein ? Il sort une cloque en observant leur prise que maintient son collègue. Le cliquetis du briquet. Elle referme les yeux, esquissant un léger sourire qui n’a rien de joyeux.

Ânkhsénamon quitte l’anonymat, mains dans les poches de son jean, elle soupire, interrompant la conversation graveleuse des deux hommes. En patrouille, assez courageux pour s’en prendre aux leurs, mais n’osant jamais foutre les pieds dans la Ville. Lâches. Son regard se plante sur celui qui fume, une dizaine de pas les sépare. – Ils vous a demandez de le laisser. Ils échangent une œillade, se désintéressant soudainement du jeune homme qui en profite pour fuir tant que ses jambes le portent encore. Personne pour le poursuivre. Elle suit sa course un instant, avant d’avoir l’aplomb de se détourner des deux hommes, reprenant son chemin, les épaules tremblantes. Ils se leurrent. Ils la pensent folle, suicidaire ou juste naïve. Ils veulent voir la peur dans son départ alors qu’il n’est qu’un dernier acte pour se raisonner, que c’est la rage qui anime tout son corps. Elle laisse une chance qu’ils ne saisissent pas. Il la rattrape, pose une main sur son épaule. – Tu crois aller où comme ça ? L’adolescente soupire de nouveau. Elle ne lutte plus contre la colère, ce simple contact suffit à la faire vriller  – Va falloir compenser c’que tu viens d’nous faire perdre… remarque… On perd pas au chan… Il ne finit pas sa phrase qui s'étrangle dans un cri. Les cendres rougeoyantes de sa cigarette, s’embrasent jusqu’à devenir flammes qui, sinueuses, s’enroulent autour de son bras dans un étau incendiaire, remontant vers son épaule, la gorge en objectif.
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A little wicked

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Il les avait suivis jusqu’ici sans réfléchir. Suivant la piste comme un prédateur marchant sur les pas de sa proie. Restant dans l’ombre, camouflé dans les ténèbres de la nuit. L’instinct de chasseur de Balian n’avait pas disparu malgré la coalition. Il restait ce vampire assoiffé de sang, appréciant les courses poursuites et les traques, grisé par l’adrénaline que lui procurait la chasse. Les battues à l’homme se faisaient rare. Il fallait dire que les agents ne s’aventuraient pas toujours sur les terres des vampires, et quand ils le faisaient, Balian n’était pas toujours au rendez-vous. Mais quand l’occasion se présentait et qu’il pouvait la saisir, il ne disait pas non. Il aimait ça. Se sentir prédateur, veillant sur sa proie comme un faucon à l’affût. Prêt à fondre sur la gorge de sa victime pour venir voler le nectar de vie de son corps de mortel. Lorsque son instinct de brute ne prenait pas le dessus sur sa raison, il aimait attendre un peu. Prendre son temps. Laisser s’égrener les secondes jusqu’à la fin indéniable de sa proie. Il adorait ça, sentir s’écouler tout doucement le sablier de la vie, dans l’insouciance la plus totale de sa victime. Il y avait quelque chose de presque jouissif, de savoir que la fin arrivait là où l’autre l’ignorait. Il se sentait empli d’une puissance presque divine, enfilant la peau de la grande Faucheuse pour arracher l’âme des gens, prenant le droit de vie et de mort sans se poser plus de questions. Il se sentait fort, au-dessus, en haut,là où jadis il avait régné, lui le roi de Moïsmasem, premier royaume vampirique. Il oubliait qu’il n’était plus que Balian, vampire anonyme aux yeux de Tullamore, chair à canon, futur infecté, bientôt poussière sur cette terre qui empestait la mort. Il reprenait son rôle, celui qui lui était dû, celui du loup dans la bergerie et plus celui de pâture dans une prison à ciel ouvert.

Il les avait suivis, donc. Ces agents qui impudemment avaient foulé son territoire, passant près de Belfast comme s’ils étaient chez eux. Marchant partout en Irlande avec la tête haute, avec l’idée qu’ils dominaient ce petit monde. Balian ne supportait pas de les voir se balader ici et là sans craindre personne. Il avait des envies de meurtre, de les voir toujours revenir malgré la disparition régulière de quelques uns de leurs collègues. Ceux qui ne revenaient jamais parce qu’ils avaient croisé le chemin d’un vampire un peu plus dangereux que les autres. Ceux qui disparaissaient dans l’oubli, vidés de leur sang, manquant d’imprudence au détour d’un chemin. Ils n’étaient pas nombreux, car ils étaient prudents et armés, la plupart du temps, mais ils existaient. Et pourtant, indéniablement, Tullamore revenait, comme un parasite, un cancer qui s’accrochait à un corps malade. Ils ne lâchaient pas prise, kidnappant de temps en temps un pauvre immortel sur le chemin. Ce jour-là, c’est les mains vides qu’ils s’étaient éloignés des abords de la ville, leurs rires gras résonnant dans la fraîcheur de la nuit. Balian avait flairé la piste, et tout naturellement, il avait suivi le mouvement. La nature était en sa faveur, puisqu’il s’agissait d’une nouvelle lune. Son absence dans le ciel assombrissait les ombres, les enveloppant de ses ténèbres froides. Balian disparaissait dans le noir, marchant souplement en évitant les brindilles et les racines, voyant clair dans la nuit comme en plein jour. Il les vit s’engouffrer dans une voiture en s’échangeant quelques plaisanteries vulgaires, puis le moteur du véhicule ronronna alors qu’ils s’éloignèrent dans les terres d’Irlande. Il aurait pu en rester là. Simplement rester chez lui et oublier ces misérables humains. Cependant, il avait cette sensation désagréable d’un travail non fini, d’une occasion manquée, qu’il n’avait pas su saisir pour il ne savait quelle raison… Alors il suivit la voiture, aidé de son flair et de son ouïe.

Par chance, les pluies récentes avaient transformé les routes terreuses en chemins boueux et difficilement praticables, rendant la progression du véhicule plus hasardeuse et surtout plus lente. Malgré leur moyen de transport, ils ne creusèrent pas énormément l’écart entre lui et Balian, jusqu’à ce qu’ils parviennent aux frontières de Dublin. Le vieux vampire connaissait bien les terres d’Irlande, il se repérait sans mal dans ce territoire en ruines. Cité des vampires, ville des loups, terre des humains… Il les connaissait, il était parfaitement conscient de l’existence du traité et du partage des territoires. Et Dublin… Dublin était la terre des monstres. Il ne s’y risquait pas, habituellement, respectant soigneusement la coalition, ne foulant pas un territoire qui ne lui appartenait pas. Mais aujourd’hui, il avait une bonne excuse. Ce n’était pas ses terres, mais c’était ses proies. Il n’allait pas les lâcher, ces prétentieux qui osaient croire qu’ils pouvaient se promener où bon leur semblait sans en assumer les conséquences. Abusant de leur position pour faire le mal. Balian était de cette même trempe, celle des bourreaux, celle de la voie de la violence et de la brutalité… Mais les choses changeaient quand on s’en prenait aux siens. Les Tullamores ne seraient jamais ses collègues. Ses compagnons de massacre. Il pouvait sympathiser avec des humains, avec un sorcier, mais avec un Tullamore ? Plutôt mourir. Plutôt subir la morsure brûlante du soleil sur sa peau et mourir sous les rayons de l’astre solaire. Plutôt crever de faim. L’idée d’être ami avec l’ennemi lui donnait la nausée. Il valait bien mieux que ça. Il avait beau être belliqueux, sadique et méprisable, il n’en était pas moins honnête, fidèle et fier. Il avait juré fidélité à Léandre, et avec ce que son ami avait subi derrière les murs de Polaris, il n’était pas prêt de pardonner.

Alors que les Tullamores continuaient le chemin à pied, abandonnant leur véhicule pour aller s’amuser et abuser de leur pouvoir, Balian continua de les suivre dans l’ombre, profitant des arbres pour se cacher. Les éclats de voix lointains lui indiquèrent déjà ce qui se passait. Les Tullamores avaient trouvé une proie et s’en prenaient impitoyablement à leur victime, vulgaires et cruels. Le vieux vampire, malgré son passif chargé et tumultueux, n’admettait pas qu’il en était parfois venu à des gestes semblables. S’il s’amusait toujours de la faiblesse des autres, cela devenait insupportable quand c’était le grand ennemi qui en riait. Il aurait presque pu prendre en pitié le jeune homme s’il n’avait pas aperçu en face, quelques mètres plus loin, une jeune fille au regard de feu. Balian plissa doucement le regard; elle ne semblait pas l’avoir vu. Il s’étonna de la voir s’avancer avec panache devant les agents, arquant un sourcil alors qu’il pensait plutôt la voir fuir en pleurant, comme l’aurait fait n’importe quelle femelle. Elle avait du culot, de défendre ce type, seule face à plusieurs Tullamore. Un mince sourire orna les lèvres de Balian, et il songea qu’il allait profiter du spectacle avant d’achever les malheureux, cependant ses plans furent brutalement bousculé quand une flamme immense embrasa la nuit. Le hurlement du Tullamore fit écho au crépitement du feu et à l’écart, dissimulé parmi les arbres, Balian ouvrit deux yeux ronds. Il comprit aussitôt. Une sorcière. Il devait avouer qu’enfermé dans des terres aux frontières étroites, il en rencontrait peu. Les races ne se mélangeaient pas beaucoup. Jonah avait toujours été le seul. Un brusque sentiment d’intérêt et de fascination mêlés naquit au creux de son ventre et sans la moindre peur, il quitta sa cachette pour s’avancer à vue. Frappant doucement ses mains dans de lents applaudissements admiratifs, il adressa un sourire à la belle.

« Impressionnant. » Commenta Balian, sincère.

Le second Tullamore ne demanda pas son reste. Horrifié par le sort que venait de connaître son collègue, effrayé par l’odeur de chair grillée, il prit ses jambes à son cou de la même façon que le jeune homme qu’il avait agressé quelques minutes à peine auparavant. Cependant, Balian ne lui laissa pas la chance de filer. Souplement, il le rattrapa par le col et le jeta par terre, aux pieds de la sorcière, plantant ses yeux sombres dans ceux de la jeune femme.

« Encore. » Réclama le vampire, fasciné par ce pouvoir destructeur. Il ajouta toutefois quelques mots. « Plus lentement. Il doit souffrir. »

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Le collier de flamme calcine la chair pour y imprimer la marque des pêchers commis. L’odeur en transporte la puanteur dans le vent qui se lève. Les cris résonnent avant de se perdre entre les arbres, lamentations d’un coupable qui se répand dans la douleur. Justice est rendue aux Innocents qu’il a abusé, elle épargne aussi les prochains, les potentielles victimes à venir. Ânkhésenamon en contemple la beauté, alors que le feu fait son office, se nourrissant de cette colère qui la dévore. Elle puni ses bourreaux, ceux de sa famille, au travers d’un autre. Ça l’apaise, ça la frustre, ça l’énerve, ça lui fait mal. En somme, ça ne suffit pas. Combien devront être châtié pour qu’elle trouve enfin la paix ? Pour qu’elle cesse d’y penser ? Pour l’honneur de Mama Legba, si forte et si fière, elle veut garder la tête haute, le regard froid et ne pas détourner les yeux de ce qu’elle inflige. Il l’a provoqué en bafouant des lois qui devraient être universelles. Il y aurai prit un plaisir certain, s’en doute même s’en saurait il vanté, glorifiant le viol en acte héroïque méritant d’être conté. Il s’en serait moqué, réduisant sa barbarie à une simple blague. Qui pour en rire maintenant ? Il n’en sera plus jamais capable, la peau flétrie sous l’infernal chaleur, la gorge à vif d’un souffle que la poitrine peine à maintenir. Il suffoque, l’incendie s’en calme, atténuant son ardeur pour se retirer. Il est en vie, ou plutôt, il s’y accroche. Il y a des barrières que même sa rage ne lui fait pas encore franchir. Donner la mort est un châtiment qu’elle peine à appliquer. Quand bien même tout un village en a subi la sentence, elle a l’excuse de l’ignorer.

Les braises rougeoie de nouveau, dessinant de nouvelles flammes qui suivent le volte-face qu’elle effectue, défense éphémère contre la surprise qui la gagne sous l’applaudissement. Elles meurt sous les interrogations qui naissent alors qu’elle scrute l’ombre qui s’avance sous la lune. Son cœur bondit dans sa cage mais ralentit au constat que ce n’est pas un Tullamore. Elle s’agace de son manque de vigilance, plus encore à l’idée qu’il soit rapporté à Cris. Elle ne veut ni avoir à justifier cette imprudence, ni supporter la déception dans les yeux du Léviathan. Le sourire qu’il lui donne semble sincère mais elle ne s’y arrête pas. Elle cherche quelle créature lui fait face, préférant d’abord penser aux plus menaçants. Elle ne le pense pas humain, il serait plus enclin à fuir ou se choquer, à l’image de celui qui prend ses jambes à son cou, sitôt ses esprits retrouvés. Non, lui semble admiratif de sa magie vengeresse, tant est si bien qu’il lui ramène le fugitif. Trop rapide. Trop précis. Une mécanique rodée à la chasse. Clouée sur place. Trop fière pour écouter une peur instinctive, trop curieuse pour l’ignorer, trop piquée pour baisser la tête. Les hommes ont cette manie d’ordonner qui lui est insupportable. Ele fronce les sourcils. L’a prend t-il pour bohémienne usant de tour de passe-passe pour divertir son public ? Va-t-il lui donner quelques pièces à la fin ? Cette simple pensée suffit à assombrir son regard d’orage digne de ses terres natales. Elle réveille des souvenirs encore cuisants, douloureux d’impuissance.

- Non. Elle ne vacille pas. Elle ne tremble plus. Elle a l’aplomb des plus grand mais l’affront de sa jeunesse. Elle ne laissera plus aucun homme dicté sa conduite. Il n’y qu’un seul Léviathan pour le faire et même à lui, elle désobéit quand leurs opinions se heurtent de plus en plus souvent alors qu’il impose de plus en plus. Un soupir de soulagement s’échappe des lèvres du Tullamore apeuré qui tente de se redresser maladroitement, il a un regard écœuré sur le visage de son collègue à vif de ses brulure. Ses soupirs anarchiques ont des allures de râle d’agonie, mais il n’y a que lui pour s’en émouvoir. Elle le juge déjà puni de ses offenses. Elle fait taire la voix qui lui souffle que la leçon n’est pas suffisante, qu’il recommencera sitôt remit de ses émotions. Peut être qu’il s’en servira comme excuse, diabolisant cette justice en acte gratuit, pour persécuter des sorciers comme elle. Les deux Tullamores devraient mourir, dans les tortures que l’inconnu lui demande justement d’infliger. Elle se détourne de l’envie de lui faire mal, pourtant cuisante, juste pour ce qu’il représente. L’esprit de contradiction la tenaille, de même que sa conscience. Serait il justifiable d’aller plus loin ? - Si vous voulez le faire souffrir, faites le vous-même. J'estime qu'il a comprit la leçon. Elle se recule d’ailleurs de quelques pas, ignorant le mortel qui secoue vivement la tête, protestant sur son sort. – C’est pas moi ! J’vous jure ! Moi… Moi j’aurai rien fait ! J’voulais le laisser partir ! J’suis pas comme ça…je… je mérite pas ça. J'ai compris... Oui... oui j'ai compris. C’est elle qu’il regarde, la pensant sans doute plus encline à la pitié, plus encline à pardonner. Il a sans doute raison, elle a encore une certaine naïveté enfantine dont elle ne veut se débarrasser.
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Pfft. Quel ennui. Son regard se teinta d’une déception empreinte de mépris. Lui qui la pensait différente se heurtait à la dure réalité. Finalement, elle était aussi ennuyeuse que les autres. Quel était l’intérêt d’avoir un pouvoir si c’était pour ne pas l’utiliser ? Honnêtement, Balian était frustré. Combien d’autres sorciers, là, dans la nature, n’exploitaient pas leur potentiel ? Combien de prodiges se contenaient pour des principes idiots ? L’être humain ne changeait pas. Balian ne l’avait que trop souvent constaté. Il refusait de croire à la bonté des Tullamores. L’organisation était un ramassis d’ordures sans avenir. Aucun d’eux n’apprendrait. Lui, il ne ferait pas de prisonniers. Il ne montrerait pas de merci. Sur son chemin, les Tullamores trépassaient, tout simplement. Alors voir la reine des flammes jouer la carte de la pitié sous prétexte que les hommes avaient eu leur leçon lui donnait envie de lever les yeux au ciel.  Les supplices mielleux du concerné lui donnèrent la nausée. Balian pouvait parier son royaume déchu que cet homme, une fois libre, remettrait ça d’ici une semaine ou deux. Son âme était souillée, sombre et impure, comme ses pensées. Balian les lisait comme dans un livre ouvert, pouvait aisément discerner son manque de sincérité dans ses paroles teintées de peur. Tout ce qu’il voulait, c’était la vie sauve. Échapper à la mort, à la douleur. Entre une sorcière et un vampire, désarmé, il se savait perdu. Il s’accrochait à cette once d’espoir que la belle venait de lui faire miroiter. Il minaudait ce qu’elle avait l’air de vouloir entendre, visiblement. Dans un certain sens, Balian pouvait le comprendre. Les faibles s’écrasaient toujours devant les forts, c’était la loi de la jungle. Et surtout, c’était la peur de mourir. L’humiliation semblait préférable à la fin. Pathétique. C’était le mot. Il avait presque envie de l’éliminer pour lui épargner cette honte.

« Est-ce que tu es idiote ou simplement naïve ? » Il soupira, un peu lassé. « La vie des humains est bien trop courte. Peu apprennent. » En l’entendant, le mortel se décomposa sur place. Il sembla comprendre que Balian ne se laisserait pas berner par ses pleurnicheries. Et en effet, il en aurait fallu plus pour émouvoir le vampire. « Ça arrivera encore. Tes soi-disant leçons n’y changeront rien. Tu parles de ceux qui t’ont enfermée ici. »

Il haussa les épaules, comme résigné. Lui ne croyait pas que Tullamore changerait. Que les membres de l’organisation se laisseront attendrir par les créatures. Aucun d’eux ne changerait de camp, et puisque c’était le cas, Balian les éliminerait tous jusqu’au dernier. Pas de seconde chance. Il avait assez donné. Ça faisait deux ans qu’il moisissait sur cette île et les choses commençaient doucement à s’effriter, un peu plus chaque instant. L’état de Léandre s’aggravait. Sa relation avec Stacey empirait. La domination de Tullamore s’affirmait. Non, décidément, rien de bien ne pouvait résulter de ces mortels. Leur offrir une porte de sortie était la pire des idioties. Au mieux, on épargnait une ordure qui bientôt reviendrait tourmenter les monstres de l’île et au pire, on déclenchait la colère de ses amis qui reviendraient donner une bonne leçon aux malheureux ayant tenté de les sermonner. En l’occurrence, il s’agissait de cette jeune femme au caractère de feu. Seule contre deux Tullamore, elle avait tenu le cap, mais face à dix ? Quinze ? Même puissante, la sorcière ne pourrait pas faire face à tant d’adversaires. Balian la trouvait stupide de creuser ainsi sa propre tombe. On ne laissait pas des tumeurs se développer dans un corps sain, il fallait les éliminer. Les bactéries ne passaient pas le mot à leurs amies après un coup de désinfectant. Elles continuaient de se multiplier jusqu’à ce qu’on les élimine. Balian le voyait comme ça, en tout cas. Pour lui, tout était logique. Ils avaient un ennemi commun à éradiquer. Ils n’allaient pas s’amuser à leur prêcher la bonne parole. Est-ce que les Tullamore le faisaient, eux, quand ils venaient piocher un vampire dans le territoire pour en faire un cobaye ou il ne savait quoi ? Est-ce qu’ils se montraient compatissants ? Miséricordieux ? Balian en doutait, et il ne voyait pas pourquoi il ferait preuve de merci quand il n’en avait pas en retour.

« Tu comprendras. Le jour où il sera trop tard, probablement. » Prédit le vieux vampire. D’un geste vif et ayant déjà présagé la fuite du malheureux, Balian attrapa le fuyard qui entamait tout juste sa retraite en se redressant. La suite fut tout aussi rapide. Il le ramena contre lui, entoura son crâne de son bras et lui brisa les cervicale d’un coup sec. Le corps retomba sur le sol dans un bruit sourd. « Tu ne dois pas beaucoup réfléchir pour laisser à la vermine l’occasion de se reproduire. Je n’ose imaginer l’état de ta maison. » Ironisa doucement le palestinien. « Un foyer, ça se nettoie. On ne laisse pas les ordures s’accumuler. »

Il lui adressa un rictus moqueur, dévoilant ses deux canines éclatantes, avant de faire demi-tour avec nonchalance. La belle n’était pas son ennemie. Ils avaient le même prédateur en ligne de mire et ils en avaient laissé deux cadavres sur le sol de la forêt. Pour Balian, sa mission était terminée, soulagé d’avoir effacé de la surface de la terre la vie de ces brutes sans cervelle. Ce n’était pas pour protéger la jeune femme qu’il avait mis fin aux jours de cet homme. Ce n’était pas pour lui éviter de refaire face à ce type dans d’autres circonstances. Il n’avait pas pensé à ça. Il n’avait pas pensé à elle. Tout ce qu’il voulait, c’était terminer le travail. Ne jamais en laisser un vivant. C’était sa règle, son principe d’or. Il en arrivait toujours de nouveaux, par bateau, il le savait. Mieux valait éviter de se retrouver envahi. Ce n’était donc que justice, de les éliminer quand il en croisait. Les Tullamore étaient aussi tenaces que des cafards. Grouillants et nombreux. Obstinés et persistants. Balian plongea une main dans sa poche avant de sortir son paquet de cigarette de l’autre. Il s’en alluma une avec indifférence, s’éloignant de la scène de crime, satisfait du travail accompli.


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Loin de l’apaiser, les suppliques du Tullamore alimentent une colère qui n’a besoin, au final, d’un rien pour s’éveiller. Elle est toujours là, en monstre tapis dans l’obscurité, à attendre la moindre occasion pour gronder. Il ment. Il balance des mots qui n’ont le reflet que de la peur. Sans sincérité, sans croyance, sans foi. Il veut vivre avec la même rage qui l’anime depuis que l’innocence a foutu le camp. Elle doit réprimer l’envie vorace de le consumer pour oser ainsi lui donner tort. Pour teindre les paroles de la créature d’une vérité cruelle. Naïve ou idiote, sans doute un peu des deux pour croire qu’ils peuvent changer. Apprendre. Pour les différencier et ne pas les voir tous semblables. Pour ne pas faire la même erreur qu’eux. Est-ce puérile que d’espérer un mieux de l’Humanité ? Plus elle grandit et plus les adultes semblent lui reprocher cette faiblesse. Agir toujours en envisageant le pire sans pitié, puisqu’eux n’en auront aucune. Elle contemple l’homme, son visage et les larmes qui le souillent, tout en écoutant ce qui pourrait être un sermon. C’est ce qui lui fait relever les yeux vers l’inconnu. La déception dans le regard, le dépit presque. La fermeté dans l’expression. Le port de tête haut, presque hautain. Cette étincelle de sévérité dans l’iris. Elle a la sensation d’être gamine, s’attirant les foudres de la matriarche. Il a la même prestance dans une voix incisive. Les mêmes convictions assumées. Il n’a rien de commun avec mama Legba mais pourtant, elle la voit hocher la tête dans l’ombre qu’il projette. Elle, n’a eu aucune compassion pour ses bourreaux.

Elle lui manque la Legba. C’était différent avant, même loin des siens, elle savait où les trouver. Elle savait que la sorcière mère l’accueillerait toujours à bras ouverts, ne les refermant qu’au moment où elle voudrait partir. Elle savait que sa magie était l’écho de la leur, et qu’elle leur revenait chaque fois qu’elle la pratiquait. Elle était forte de ce savoir mais il ne vaut plus rien. Il ne reste que des cendres et des os. Quelques corps dans des tombes qui ne devraient jamais être aussi petites. Elle était pas toujours tendre la matriarche, souvent froide, mais elle voulait le meilleur pour la famille, alors elle l’exigeait d’eux. Ankh avait tant apprit à ses côtés, même si cela remontait à bien des années. La femme qu’elle devenait portait son empreinte, son sang, sa marque.

Elle ne répond rien, écoutant toujours. Etrangement silencieuse. Elle devine ce qui suivra. Il n’y a que le Tullamore pour espérer une autre fin. Le vent porte le parfum de la mort et son bruissement dans les feuilles réveillent des corbeaux affamés. Les corps ne manquent pas pour les rassasier, mais ils sont gourmands. La créature se fait juge, juré et bourreau, visiblement expérimenté au verdict délivré. Elle ne détourne pas ses iris rougeoyantes des flammes qui ne demandent qu’à naitre, elle le regarde tuer de sang froid, sans même s’émouvoir de cette vie qu’il prend. Il ne pleurera pas sur sa victime, pas plus que sur celles qui ont du précédées. Et pour cause, il n’en n’a aucun respect. Elle se surprend à ne ressentir aucune peine, elle est de marbre face à un meurtre que plus rien ne légitimait. La tristesse absente laisse un trou béant, qu’aucune émotion ne comble. Le seul regret qui s’impose, pourrait la glacer d’effroi si le brasier de la colère était éteint. C’est un autre Tullamore qu’elle souhaiterai voir mort à ses pieds. D’autres devraient s’y accumuler, ceux qui portent la faute de son déshonneur. Elle imagine sans peine leurs cadavres encore chaud, brûler sous son indifférence. Elle aura une attention particulière, pour celui qui a eu l’audace de lancer quelques billets. Elle lui fera avaler les papiers. Et le métal chauffé à blanc des pièces jetées.

- Attendez ! Elle a hésité à rejoindre ce qu’un sourire aiguisé à éclairer comme vampire, mais elle n’arrive simplement pas à le laisser partir. Suivant cette volonté de le retenir, la cigarette se consume de quelques flammes qui s’échappent ensuite pour dresser un mur de feu aussi éphémère que spontané. Elle rajuste son sac avant de le rattraper. Elle ignore ce qu’elle va lui dire, comme elle ignore pourquoi elle ne rebrousse simplement pas son chemin. Elle accumule un retard qui lui coutera cher. – C’est votre solution… Tuer à vue tous les Tullamores ? Sans distinction. Elle se sermonne de l’agressivité de sa voix avant d’inspirer longuement. Elle est constamment sur la défensive à la maison. Prête à réagir aux attaques de Cris, souvent caché dans la fourberie de ses mots. Elle se reprend, reformule différemment la question. – Aucun d’entre eux ne peux… changer ? Elle n’a pas tant l’occasion que ça de discuter de ce qu’il faut faire. Elle en discute souvent, avec Kadvaël, le seul mortel qu’elle voit, mais ils ne sont que des ados qui parlent de combats qu’on ne leur laissent pas mener. Elle pose finalement les yeux sur les deux hommes. L’un est encore fumant de son châtiment, l’autre la bouche ouverte d’un cri muet. – Et si aucun compromis n’est possible… Si il essayer n’amène à rien…

Jusqu’où pourrait-elle aller se venger ? Qu’elle limite doit-elle s’imposer ? Quelles nécessités ? Elle se pose ces questions tous les jours, ne trouvant jamais de réponse satisfaisante à la Morale. Elle se fait plus discrète quand elle se les pose pour Cris. Jusqu’où irait elle pour lui ? Pour sa liberté ? Pour lui rendre un peu de ce qu’il a perdue ? Qu’un seul Tullamore ne lui nuise et c’est tous qui paieront.

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A little wicked

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Balian se stoppa net en entendant la voix de la belle pour se tourner doucement vers elle. Ses mots avaient-ils pu réveiller quelques connexions entre ses neurones et ainsi raviver une lueur d’intelligence chez elle ? Et bien. Si c’était le cas, il en était ravi. La jeune femme avait trop de pouvoirs pour les gâcher ainsi. Une sorcière élémentaire de feu… Y avait-il plus terrible que ça, ici ? Elle avait carbonisé un Tullamore juste sous ses yeux, en quelques secondes à peine. Un tel potentiel ne devait pas être gâché dans une naïveté aussi navrante. C’était la guerre, sur cette île. La guerre se gagnait ou se perdait, elle ne se réglait pas avec des ‘être méchant c’est mal’. La petite se croyait-elle dans un conte de fée ? Balian avait vécu bien assez longtemps pour constater la nature mauvaise et cruelle de l’être humain. Quand la peur prenait le dessus, il montrait son vrai visage, et Tullamore avait peur, oui, très peur… Peur des vampires, des loups-garou et des sorcières, peur des créatures, peur de constater que l’homme n’était pas au sommet de la chaîne alimentaire. C’était cette peur qui avait guidé leurs gestes, érigé cette muraille autour de l’île et les avait enfermés tous ici. Pour les garder en cage, tenter de les maîtriser et rester maîtres de leur petit monde… Ils ne savaient rien. Ne connaissaient rien de ces monstres qui quelques années auparavant vivaient encore dans l’ombre et le mystère le plus total. Ils avaient peur. Peur de cet inconnu. Mais ils avaient commis une erreur, en agissant de la sorte. En enfermant dans un petit pays quelques centaines de monstres qui n’aspiraient qu’à la liberté, et qui, de plus en plus, aspiraient à leur destruction. Le compte à rebours s’était déclenché. La fin de Tullamore approchait, c’était certain. Balian était immortel. Il se souviendrait de cette époque comme quelques années ennuyeuses de sa vie.

« C’est une solution, au moins. » Répondit Balian en haussant doucement les épaules. « Plutôt que de les laisser courir dans la nature, enlever les nôtres et les détruire. » Il secoua doucement la tête dans un sourire amer. Presque désabusé. « Certains le peuvent. Quelques gouttes dans un océan. Pas suffisamment pour nous sauver. »

Car c’était eux ou Tullamore. Deux ans déjà que ce manège durait ! Le temps filait à une vitesse folle et la montre continuait de tourner, inlassablement. Ils avaient les banques de sang, la coalition, la paix entre les peuples… mais jusqu’à quand ? Combien de temps encore cette mascarade pourrait durer ? Un an ? Cinq ans ? Dix ans ? Le virus les tuerait tous avant, sans antidote. La famine décimerait les humains. La mort pullulerait sur cette île de malheur. Ils n’avaient pas le temps d’attendre que les agents changent, que leur cœur s’adoucisse comme par miracle. Alors oui. C’était eux ou Tullamore. La mort, pour Balian, c’était la solution la plus adéquate, la plus radicale et la plus plaisante. Tous les tuer, les éradiquer, et si possible, les faire souffrir. Pour ce mal qu’ils avaient causé, cette destruction qu’ils avaient semé… Oser les enfermer ainsi comme des bêtes ! Quelques siècles auparavant, ils seraient tous morts sous les assauts des vampires. Les avancées technologiques leur avaient décidément bien profité. Des armes efficaces, des moyens colossaux… Balian De Lusignan devait le reconnaître : ils étaient dans de beaux draps. Heureusement qu’il y avait en Irlande des gens comme cette brave jeune fille. Ils avaient besoin de phénomènes de foire de ce genre pour mettre à feu et à sang Tullamore. Il était impatient de voir cette prison tomber en ruine. Il pouvait entendre la hâte gronder au fond de son chœur, échos de ces bombes qui avaient frappé River Crow. C’était le même genre de destruction qui les attendait. La même violence. Le même impact. Comme ça, d’un coup, sans qu’ils s’y attendent. Ce serait à leur tour d’être à terre. Il posa son regard sombre sur la sorcière, scrutant son visage en espérant qu’elle ne lui sorte pas un discours d’amour, de paix et de tolérance. La paix, il crachait dessus, il n’y en aurait pas. Jamais.

« Aucun compromis n’est possible. » Lui confirma le vieux vampire, sûr de lui. « Depuis combien de temps es-tu là ? Et combien de fois as-tu pu constater la bonté et la complaisance de Tullamore ? Si un compromis était possible, tu crois vraiment qu’on en serait là ? Enfermé sur une île, condamnés à crever ? » Il tiqua doucement, contenant sa rage. « Si tu veux te servir de ton pouvoir pour leur donner des leçons, fais-les tous brûler vifs et laisse leur collègues se délecter de leurs hurlements lointains. Là, peut-être qu’ils réfléchiront. »

Il ponctua sa phrase d’un sourire carnassier, ses deux canines brillant à la lumière bleutée de la lune. Il imaginait la scène ; un champ d’agents de l’organisation grouillant et hurlant dans un feu magique, une fumée noire s’élevant dans les airs et répandant dans toute l’Irlande cette odeur de mort et de chair brûlée. Ça oui, ce serait un beau spectacle. Un très beau spectacle. Balian paierait cher pour admirer ça. La jeune femme n’avait pas conscience de la chance qu’elle avait de posséder une telle force. Elle préférait visiblement la gâcher en de futiles réflexions qui n’amenaient à rien. Ni à une solution viable, ni à la paix, ni à quoi que ce soit. La seule issue de toute cette histoire, visiblement, c’était la destruction de l’un ou l’autre camp. Personne ne voulait céder. Surtout pas Balian. Il avait été roi. Fut un temps où ces humains auraient simplement été réduits en esclavage et plus personne n’en aurait parlé. Des tentatives de rébellion, il en avait stoppé à Moïsmasem. Le rôle de dirigeant lui seyait bien mieux que le rôle de chair à canon – ce qu’il avait l’impression d’être, là, coincé par ce mur géant et électrifié qui les cernait tous.

« Tu es intéressante, tu sais. » Balian ne disait pas ça à tout le monde, et encore moins à une femme. « Tu as du potentiel. Tu pourrais être redoutable. » Pour preuve, il lui désigna du menton le cadavre carbonisé qui gisait non loin d’eux. « Fais-les trembler plutôt que bander devant ton air de pauvre gosse perdue. » Il esquissa un bref sourire amusé. « Tu y prendras goût. C’est dans tes gênes, petite. Manger ou être mangé. Tuer ou être tué. La loi de la jungle. Et la loi de la jungle ne laisse place à aucun compromis. »


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De Lusignan
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C’est pragmatique. Mais c’est vrai. Massacrer les Tullamores, c’est une action concrète pour changer les choses. Elle ne pense pas à la morale, juste… aux résultats. Rien faire n’est pas son choix. Elle y est obligé, on ne lui laisse guère le loisir d’agir et elle doit trouver comment le faire quand même. Elle veut être efficace, avoir un réel impact. Elle est suffisamment grande pour faire la différence entre des espoirs et des objectifs. Elle s’est fixé un but à attendre, elle se refuse à courir après des chimères enfantines. Elle l’écoute, puisqu’il ne ment pas. Concédant même que oui, certains peuvent se réveiller, comprendre que la guerre n’est pas une solution, changer et se retourner contre la vraie menace. Mais peu. Trop pour qu’on fasse le tri. C’est ce qu’il dit, c’est ce qu’elle retient, sans pouvoir s’empêcher d’entendre sa Conscience protester. Ses mots s’y heurtent et trébuchent de pertinence, jusqu’à s’appuyer sur une voix nouvelle, murmures dérangeants. Ont-ils vraiment le luxe de perdre tout ce temps à chercher les amis potentiels dans une masse prête à les sacrifier ? Cela vaut-il vraiment la peine de laisser une seconde chance à une majorité qui n’en laisse aucune ? Elle secoue la tête, titubant entre deux voies. Cris a tranché, lui. Il se borne à ignorer le reste de l’île pour se consacrer à… Elle ne saurait le dire à présent. Elle le perd dans une sévérité que la paranoïa impose. Il se méfit tant d’une autre trahison, que chaque proche est coupable de l’être. Sa mère, la fratrie, elle… Chacun d’entre eux est une souffrance en devenir. Il s’en protège, les éloigne de sa rudesse mais veille constamment sur leur moindre fait et geste. Elle ne peut déjà pas lui parler de son ami mortel, alors de son désir de rébellion…

Elle observe l’immortel, tandis qu’il attise de ses certitudes des idées nouvelles, forgés d’une Raison moins humaine. Enfermée depuis quelques mois, une année presque si elle démarre à sa reddition, jamais aucun d’entre eux ne lui avait tendu la main. Leur indifférence était le mieux qu’elle puisse en espérer. Personne n’était venu arrêter ses bourreaux. Ils ne s’étaient cachés de rien, mais tous s’étaient tu. Voulait elle vraiment prendre des risques pour des Hommes fermant les yeux de leur humanité ? Ils ont choisis, non ? Il n’est pas question ici de simples citoyens de l’Île, mais de personne ayant sciemment rejoint la Cause. Ils ont pris partit. Elle n’arrive à rien trouver pour justifier de leur épargner les conséquences. – Trop de temps, pour ne jamais les voir différent. Ils affichent tous le même mépris, le même air supérieur. C’est un constat, un de plus qu’aucune candeur ne peut amenuiser. La conviction s’ancre un peu plus, alors qu’elle s’interroge. Combien l’aurait touché, si elle avait brûlé tous ceux qui s’approchaient ?

Son sourire lui rappel qu’il est Vampire. Son discours prend de l’ampleur quand elle se souvient du fléau qui les frappe, son emportement une certaine légitimité. Cris lui en a parlé. L’épidémie qui les tuait, un à un. Ils avaient attaqués, sa race en ligne de mire, alors il répliquait. L’Espagnol ne s’en soucie pas, ça ne les concerne pas. Rien ne dit pourtant que les Léviathans ne seront pas les suivant. Ou les sorciers, condamnés comme dans le passé au bûcher. Elle se refuse d’attendre qu’ils en arrivent là pour se réveiller. Il sera alors trop tard, ils seront perdu. Il n’est pas le premier à tenir ce genre de discours, Mama Legba avait la même ligne de conduite. – Je veux me servir de mon pouvoir, pour faire bouger les choses. Au final, qu’ils y apprennent quelque chose ou non, ça n’a pas d’importance. Elle le conclu dans un haussement d’épaule. Trop grande à présent, pour espérer changer l’humanité.

Elle sourit légèrement, du compliment, des circonstances, de l’irréel de cette situation. Elle ignore le regard qu’elle y portera demain, se refuse au poids de la culpabilité. Il l’aurait blasphémé sans pitié, besogné comme une putain. Elle serre les poings, un peu plus quand il lui rappelle qu’à leurs yeux elle n’est qu’un trou. –  Je les brûlerai sitôt leur queue dressée ! Ses yeux sont sombres d’une sincérité mordante. Elle est piqué à vif, les plaies restent béantes et douloureuses. Elle se lève, chaque matin, avec la peur de les revoir. Puis elle s’énerve de le faire. Elle n’est pas une victime. Elle se rend coupable de ne pas s’être battue un peu plus. D’avoir réfréné une sorcellerie brûlante. Elle ne doute pas un instant, du plaisir qu’elle prendra à se venger. Elle le fera durer, comme leurs souffrances. Ensuite, elle les tuera pour laisser leurs âmes à ses ancêtres. Ils expireront leurs pêchés dans l’Eternité de l’au-delà. Le vampire alimente la violence qu’elle tait et réprime, cette haine qu’elle contient depuis le massacre des siens. Il joue, sans le savoir, sur des cordes sensibles, vibrant de véracité. – Ce que vous décrivez, c’est survivre. Elle secoue la tête. – Moi je veux vivre, vraiment et pas entre quatre murs. Quels intêret à brûlez des hommes en uniforme ? Ils en enverront d’autres. Elle y a déjà réfléchit. Mainte et mainte fois à défaut de pour agir.

Elle quitte le corps fumant des yeux, ayant soudain besoin de légèreté. -Quel est votre nom ? Ils débattent sur des stratégie de guerre, elle lui confie, ce qu’elle ne confit qu’à Kadv, incapable de le faire avec Cris. C’en est frustrant, tant il lui est facile de le faire avec l’Immortel.


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A little Wicked (Pv Balian)
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