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 Crime et Châtiment ( Pv Cris)

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Cristoval
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Crime et Châtiment
-Allez ! Montres moi ! Il talonne chacun de ses pas, avant de les presser pour la rattraper. – Non. Ank ramène son sac en bandoulière contre elle. Elle connait sa curiosité et ne veut pas la tenter d’avantage. Surtout qu’elle ne cédera pas, même devant ses grands cils qu’il bat comme une biche, se plantant devant elle. Elle ne peut s’empêcher de sourire mais secoue la tête, aussi têtue qu’il est borné. – C’est toujours, non. Il lève les yeux au ciel. – Pourquoi t’écris alors, si personne peut lire ? Elle le contourne pour reprendre sa marche.- Ce n’est pas parce que toi, tu ne peux pas le lire, que personne ne le lira. Elle s’amuse à le taquiner, oubliant, comme souvent à ses côtés, l’asphyxie des mois passés. Des moments d’insouciance, volé à la violence de ce Monde. Ils redeviennent deux ados dans l’insouciance d’une Enfance arrachée. Il redresse le menton. – Ah oui… Le mortel que je suis pourrait souiller de ses doigts les pages consacrées. Pardonnez ma basse extradition. Il se plie dans une révérence grotesque que la fait rire. Elle mime les attitudes princière de Cris et la posture de Mama Legba toujours si droite. – Vous êtes tout excusez de ce malheureux hasard. Il ouvre aussitôt la bouche mais elle ne lui laisse guère le temps de répliquer – Mais cela ne vous donnes hélas pas le droit de porter un regard profane sur des lignes sacrés. Tout y est. Le ton navré, l’étincelle compatissante dans ses iris sombres,… ça n’en reste pas moins un nouveau Non. Ferme et définitif. Il esquisse un sourire et secoue la tête, s’avouant vaincu. Ank n’en démordra pas. Elle s’est fait la gardienne de son héritage qu’elle réécrit et elle le protégera farouchement. Kadvael a beau se forger une place, dans ses défenses pourtant acérées, il n’en reste pas moins un humain, non initié aux poids des traditions.

Elle saute sur le tronc d’un arbre mort, écroulé entre des ruines. La Nature souffre. Les lieux sont maudit. Le murmure de la Mort se faufile entre les murs lézardés encore debout. Elle se demande si il en entendant les chants. Il marche main dans les poches sur les décombres qu’il a connu grouillante de vie. Ils ne sont pas à Dublin, trop dangereux et sans doute trop douloureux pour le jeune homme, mais ils n’en sont pas loin non plus. Le juste milieu entre leurs deux univers, la croisée des chemins en point de ralliement. Ni dans un monde, ni dans l’autre. Elle tend les bras, en équilibre, pourtant dans une démarche assuré. Elle ne veut pas craindre la chute, alors elle ne l’envisage même pas. Il s’allume une cigarette qu’elle refuse. On lui a apprit à sanctifier son corps. A ne pas le malmener de drogues artificielles. Elle le respecte, voulant garder sa magie saine et un contrôle déjà difficile. Il sourit et tend son brique pour en allumer la flamme. – Refais-le et j’oublie pour aujourd’hui ton grimoire de sorcière. Elle pince ses lèvres en une moue pensive. -Hmm… Elle apprécie qu’il n’ai pas peur de son don. De cette affinité particulière qu’elle a avec le plus brûlant des éléments. – D’accord. Mais c’est bien parce que c’est toi. Elle s’arrête et se concentre agitant les doigts pour la forme. La vacillante lueur se fait boule de feu. Sa course vive se termine contre une clôture, après avoir zizaguer entre les maisons. Les gerbes qui en naissent, la jeune élémentaire les fait un instant danser autour de son ami avant qu’elles ne se meurent. Il observe ces étoiles éphémères avant de l’applaudir, toujours aussi impressionné par la beauté du Feu. Elle, n’est pas satisfaite. Elle est encore trop brouillonne. Elle se laisse perdre dans ce qu’elle créer sans en maitrisé l’intensité. Des directives flous, suivis pourtant aveuglément par sa magie.

- Hey ! fait pas cette tête ! Il se rapproche pour rejoindre le tronc où elle s’est assise. Il tend le bras pour le poser sur son épaule, tiquant sur le mouvement de recul instinctive qui la saisit. Ça en dit long. Beaucoup trop. Il ne demandera pas, ils n’en sont pas encore aux confidences sur les horreurs communes que la Vie a inscrite dans leur histoire en lettres vermeilles. Il poursuite cependant son geste, tenant à lui prouver qu’elle n’a à craindre aucunes violence de sa part. Elle lui sourit, comme si de rien. – Un jour, je te ferai un dragon de flamme. Il hoche la tête, convaincu et impatient. Le reste de l’après midi défile en même temps que leurs discussions. Ils en oublient les heures, qui n’ont au fond, pas leurs places dans cette parenthèse qu’ils s’offrent. Ils rient, ils jouent, jusqu’à courir dans une partit de Chat improvisé. A bout de souffle, ils se laissent retomber sur le sol poussiéreux pour le reprendre. Elle s’allonge et il suit le mouvement, pour observer le ciel qui se peint des couleurs du crépuscule. Elle se redresse après en avoir admirer les teintes, en percutant la signification. – Je dois y aller ! La nuit va bientôt y mêler ses nuances. Ank ne respectera pas une nouvelle fois son couvre-feu. Kadvael met quelques minutes de plus à percuter. – Et merde. Lui aussi risque de souffrir de son retard. Elle n’est pas la seule à qui on impose dès règles élémentaires de survie. Ils se quittent comme ils se retrouvent. Rapidement et faisant fit des convenances.

Elle reprend son souffle. Inspire longuement et contemple la porte de la maison imposante, à la prestance que Cris travaille à restituer. Elle a pressé le pas au fur et à mesure que disparaissait le Soleil. Elle a couru quand la lune s’est fait seule lumière. Ça n’a pas suffit pour rattraper un retard, trop tard pour ne pas en faire une absence. Le diner est manqué. L’heure d’un coucher raisonnable, largement passée. Le seul miracle a espéré est que Cris ne soit pas rentré. Sorti quand elle en a fait de même, il a peut être aussi subit la malice de Chrono. Quand bien même son manquement lui serait rapporté par sa famille, il serait moins dur que si il le constatait par lui-même. Elle rouvre les yeux, fermés pour rassembler son courage et rentre. A pas de loup et se faufilant dans les ombres. Adoptant la discrétion du silence dans les faveurs de l’obscurité. Il n’y a que son cœur pour bourdonner à ses tempes, la ramenant à des craintes enfantines de punition. L’excitation de franchir les limites et l’ivresse de s’en sortir sans châtiment.
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Leviathan ☠ Progéniture d'Ève
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Il attendait. Enveloppé de silence et d'appréhensions, bousculé par une inquiétude à laquelle ses souffles n'étaient guère tolérants. Au dîner, Ankh avait manqué à l'appel. Le soleil avait fini par s'en évanouir, dispersant sur le voile charbonneux de la nuit cette multitude d'étoiles qui, ce soir, indifféraient l'Espagnol. Les houles de sa colère rugissaient en son âme alors que dans son esprit se reflétait le pire. Il lui en voulait de lui faire subir cette crainte, de faire courber ainsi l'échine de son impassibilité. L'Offrande avait ce pouvoir carnassier sur lui. Elle était l'incendie ravageant ses convictions, la comète chimérique qui martelait les ventricules de ce cœur noirci par le goudron s'écoulant au creux de ses veines. Pour se rassurer, anéantir les effusions de faiblesses, Cristoval laissait son esprit déambuler au sein des souvenirs qu'il avait récolté à son sujet. C'est en la forteresse de son muscle moteur que l'Enfant s'érigeait, illuminant sans le savoir la morosité qui emplissait les idées difformes de l'ancien conquistador. Ces derniers temps, tout l'Or de ses conquêtes s'est dissous dans la torpeur de la tragique fatalité dans laquelle il était tombé suite à la trahison d'un homme. De son père, son mentor. Soumis aux murmures de la paranoïa, le flegme de Cris crépitait dangereusement à l'idée de perdre ce qui comptait le plus pour lui. À l'idée de la perdre Elle. Ainsi sa rigidité s'était accentuée. Il avait établi des règles. Plus strictes. Interdisant de plus en plus à sa Protégée ces quelques parenthèses de vie dont sa jeunesse avait pourtant besoin. Cristoval était persuadé qu'elle ne mesurait pas l'ampleur du danger qui la guettait. Il en méprisait donc ses absences, se montrant plus dur à mesure que le temps passait, complètement sourd à ces besoins de liberté qui animaient l'âme de celle qu'il considérait comme la prunelle de ses yeux. Il était comme un lion en cage, rugissant de la moindre contrariété. Heurté par les effluves d'une rage empirique, il était ivre d'une colère peu commune qui rendait son air irrespirable. Elle asséchait ses lubies amusées, défigurait sa douceur au profit d'une dureté qui le rendait parfois terrifiant. La boussole de son bon sens ayant sautée autant que sa fierté fut bafouée de cet enfermement sordide qu'il lui était imposé.

Dans le taudis de cette île, Cristoval peinait à maintenir la féerie de ses propres illusions. La haine floutait sa vue, altérait son jugement. Il tournait en rond et infligeait ses frustrations au seul trésor qui lui restait. Celle qu'il considérait comme sa fille, celle qui tenait son cœur assassin entre ses phalanges juvéniles. Sans qu'elle n'en dise quoi que ce soit, l'Espagnol avait compris le silence de ces maux qu'elle lui cachait. Il la connaissait bien trop pour ne pas s'en rendre compte. De ses frémissements infimes jusqu'au détournement de son regard pour ne pas qu'il devine les tourments qui lui saccagent le cœur. Il l'avait trop contemplé pour ignorer la confusion, passer au-dessus de la distance qu'elle mettait parfois entre eux lorsque ses mots étaient plus agressifs qu'il ne l'aurait voulu. Cependant, ce n'était que les conséquences du poids de l'inquiétude qu'elle lui faisait éprouver. Comme ce soir encore alors qu'elle n'était toujours pas rentrer. Cela faisait des heures qu'il patientait, le regard perdu dans les flammes qui consumait le feu de cheminée qu'il avait allumé quelques heures plus tôt. Il était essoufflé de ces bavures, son âme enchaînée à celle d'une Enfant qui s'acharnait à vivre dans un monde qui ne voulait pas d'elle. Tout comme on ne voulait pas de lui. Ils étaient devenus poussières dans le vent et Cristoval se sentait insulté, profondément mutilé à même sa fierté légendaire. Cette situation qui lui échappait le mettait hors de lui. Il avait beau réfléchir sur les nouvelles directions à prendre, aucune ne semblait à la hauteur de ses extravagantes attentes. C'est donc dans l'effort qu'il s'oubliait le plus souvent, celui de reconstruire cette maison dans laquelle il logeait avec les siens. Retapant l'horreur pour la sublimer et lui redonner un semblant de confort. Mais toujours, ce mur de vingt-cinq mètres de haut lui rappelait qu'il était en cage, le narguant de sa hauteur impartial et laissant infuser en son esprit des idées de carnages infernaux qui, de plus en plus, accompagnaient les violents cauchemars qui faisaient trembler le mutisme de ses nuits.

Lorsqu'il perçoit le murmure du retour de celle qu'il attend, il a toujours les prunelles enchaînées aux arabesques que dessinent les flammes dans le foyer. Sa respiration est lente, posé comparé au déluge de ses pensées acérées que son impatience aiguise de rigidité. Il devine l'ombre de la jeune fille derrière lui, tentant d'échapper aux lumières qui caressent les murs de leur maison. Il pourrait presque entendre la frénésie de son cœur, s'étrangler d'adrénaline à mesure que ses pas progressent dans le couloir. Cristoval aurait pu la laisser disparaître dans la sérénité de sa chambre mais il est froissé par son manque de respect, par cette facilité folle qu'elle a de l'affaiblir. Comme si pour elle tout ceci n'était qu'un immense jeu adolescent, au creux duquel elle pouvait se permettre de risquer sa vie alors que dehors, des hommes vouaient le moindre de leurs gestes à les exterminer. Il lui en voulait, oui. Il était en colère et il fallait qu'elle le comprenne, qu'elle ouvre les paupières et qu'elle oublie ses rêves au profit de sa survie car sans elle et bien lui n'avait aucune route à suivre. Ankh était sa boussole, elle était le feu en lui. L'éteindre serait le détruire.


« Ànkhésenamon. »  

L'élocution de son prénom dans son entièreté annonçait la couleur de ses émotions en désordre. Elle le comprendrait. Elle savait pertinemment le tempo de sa voix, la déception qu'elle portait et qui assombrissait son humeur. La Princesse devinait mieux que quiconque les meurtrissures dont pouvait parfois souffrir l'Espganol. Elle était peut-être la seule à qui il ne mentait pas honteusement, la seule à détenir les clés de sa sincérité. C'est en son cœur que vibraient ses vérités et Cristoval était certain qu'elle s'en doutait. Il avait besoin d'elle à ses côtés et refusait donc catégoriquement qu'elle se cache dans l'oubli que pourrait lui proposer Morphée.

« Si tu es assez courageuse pour ne pas respecter mes attentes concernant tes heures de sortie, pourquoi me fuir une fois rentrée ? »

Son ton calme n'était pourtant pas tendre. Ces mots étaient coupants autant que l'indifférence dont elle avait fait preuve avec son retard. N'avait-elle pas pensé à lui ? Se fichait-elle à ce point de ce qu'il pourrait lui arriver en dehors de ces murs ? Comme toujours, il attendait. Qu'elle apparaisse, qu'elle trouve le courage de l'affronter et de lui expliquer qu'est-ce qui fut plus important que sa présence à la maison, qu'est-ce qui fut assez important pour qu'elle franchisse la limite qu'il lui avait apposé.

NΞRIOИ
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Cristoval
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Crime et Châtiment
Cris ne l’appelle pas. Il la fouette de son nom qu’elle porte. Le coup est sec, cinglant de ses émotions, brutal de sa colère. Elle aurait préféré l’emportement à la froideur dont il l’habille. Il en stoppe ses pas et ses pensées, figeant jusqu’à ses espoirs enfantins. Même le cœur cesse de battre avant de se briser, gelée de cet apparat. La déception asphyxie cette bulle salvatrice qu’était sa journée, elle étouffe de cette autorité qu’elle cherche à fuir quand elle rejoint l’insouciance de Kadvael. Puis s’étrangle d’en subir les conséquences. Elle le sait douter de tout et de tous, enfermé entre des murs trop haut pour qu’il puisse les abattre de ses poings. Elle le justifie, elle le comprend puisque la trahison vient de l’intérieur, d’un patriarche insoupçonnable. Mais qu’il puisse douter d’elle, lui semble folie. Comment peut-il croire qu’elle n’a agi que pour le tourmenter de son absence ? Qu’elle est prête à le faire souffrir de sa désobéissance ? Depuis quand lui prête-t-il une pareille perfidie ? Elle observe son reflet dans le miroir de l’entrée. Machinalement, elle remet une mèche échappée du bandana derrière son oreille. Elle l’a prise dans l’après-midi à son ami, pour attacher ses cheveux indisciplinés . A-t-elle été souillée par les vices bestiales de ces animaux qui se disent hommes ? En est elle défigurée au point qu’il ne la reconnaisse plus ? Elle l’en préserve et pourtant, à cette seconde il l’en culpabilise. Elle referme les yeux, pose une main sur sa poitrine pour y imposer sa chaleur. Elle devine le crépitement des flammes et se calme de sa danse, imaginée sans peine. Elle y mêle son souffle, y trouve un certain réconfort, abreuvant ce courage qu’il lui faut pour se tourner le salon. Les ombres projetées par le feu vacillent dans une ronde sinistre. Projection de ces démons qui s’organisent pour les séparer, testant la solidité de cette Destinée qui leur a été écrite. Un murmure lui souffle de monter aussi vite que possible les escaliers et d’aller se cacher sous son lit, l’enfant qui se meurt n’est pas écouté.

Elle avance sur l’écorchure de ses mots. Les éclats de ses intentions qu’il lui prête, se plantent en étau autour de sa gorge. Le collier met à vif une respiration qui se teinte à présent de l’écarlate colère. Il l’a déjà jugé coupable alors qu’il devrait la présumer innocente. Il suppose de tout alors elle ne lui dit plus rien. Le serpent se mord la queue et elle ne parvient à le dérouler. Elle pose ses doigts sur le mur alors qu’elle le rejoint, aussi silencieuse qu’à ce retour. Elle l’aurait voulu inaudible, même pour lui, échapper à sa vigilance pour ne pas le croiser. Elle aurait mieux aimer qu’il ne soit pas rentrer. Elle peut supporter le manque qui pèse dans sa poitrine quand il n’est pas là, on l’a forcé à le faire. Mais voir tout ce qu’ils avaient tisser se dénouer de leurs propres mains est une atrocité qu’elle ne peut assumer. Elle cesse de marcher quand elle aperçoit le dos du fauteuil et le sien. Elle devine cette patience qu’elle a consumé, rien qu’en observant sa posture. Son envie première est de venir se réfugier contre lui, se lover contre son torse, disparaitre dans ses bras et rester juste… comme ça. Sans rien dire, sans rien expliquer. Elle la tiraille d’interdit et la rassure de souvenirs. Les flammes suivent le fleuve de ses pensées, pliant ses courbures rougeoyantes au cour qu’il emprunte. Elles se font ardentes quand il devient cascades, aux pensées des dernières étreintes imposées.

- Je ne te fuis pas. Pas plus que je n’ai provoquée mon retard.

Elle veut minimiser les choses, elle veut les lui rendre moins dramatiques. Elle ne cherche ni à le punir ni à le décevoir. Il devrait pourtant savoir qu’elle ne désire qu’être sa fierté, à la hauteur de toutes ses espérances qu’il lui attache. Elle y met un acharnement qui flirte avec le désespoir. Ankh se décide finalement à se confronter à son regard. Il est souvent plus brutal que ses mots. Elle se place non loin de son trône, près de l’âtre vivant de braises et d’incendie. Si elle est face à lui, c’est vers ce flamboiement que ses yeux sont rivés. Il miroite dans ses iris sans réussir à percer les mystères de leurs obscurités. Elle réfléchit, soigneusement, à ce qu’elle doit rajouter. Elle sait qu’il lui faudra bien plus que cette mince explication, mais elle doit mesurer ses paroles. Il déduit déjà bien trop de ses attitudes mais ça ne lui suffit pas à le satisfaire. Ses prochains mots seront jetés en pâture à la férocité de son analyse. Il sera minutieux, disséquant ce qu’elle lui donnera pour en arracher une vérité. Il la déforma de son jugement tordu de suspicion pour la rendre douloureuse du pire. C’est bien pour ça qu’elle ne lui a jamais parlé de Kadvael. Il en ferai un nuisible. Un être sournois paré des pires intentions. Si il n’est pas agent de son père venu lui faire un peu plus mal, il sera opportuniste, prêt à toutes les bassesses pour un peu de mieux dans un quotidien de rien. Le jeune homme est un appui, si elle le perdait dans les traits que Cris lui donnerait, elle vacillerait. Elle ne lui parle pas non plus de l’endroit où elle se rend pour le retrouver. Pas assez proche, pas assez sécurisé et surtout bien loin pour rejoindre l’abri qu’est la maison. Elle l’entend déjà lui dire que le monde est dangereux, qu’il est impitoyable et que tout ça n’a rien d’un jeu. Elle est toujours trop jeune, trop naïve, trop têtue pour comprendre. Elle est muette de toutes les cruautés qu’elle connait. Les siens sont morts, égorgés ou brûlés, leur sangs et leurs cendres disséminés entre les poussières et la terre sacrée. Ses dernières illusions se sont dissous dans l’acidité des perversités. Elle est lucide des dangers que sont les Hommes, avisés de ceux des Créatures. Il n’a plus rien à lui apprendre sur l’Horreur et encore moins sur son existence.

- Je n’ai pas vu le temps passée. Et je suis rentrée dès que j’ai pris conscience de l’heure.
C’est tout ce qui devrai compter.

Elle n’aime pas lui mentir alors elle le fait peu, mais elle est obligée de lui cacher beaucoup.

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Leviathan ☠ Progéniture d'Ève
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Il était différent, depuis l'emprisonnement. Ivre d'une paranoïa acerbe, tourmenté par les échos stridents d'une méfiance malsaine. Selon lui, personne n'était digne de confiance et personne ne méritait son indulgence. Il allait jusqu'à en condamner la flamme de ses nuits, celle qui pourtant ne l'avait jamais trahi, adoptant envers elle une attitude infecte et cruelle dont la sévérité semblait l'étouffer. Cristoval n'écoutait pourtant pas ces désirs d'évasion, complètement soumis aux appréhensions qu'il avait envers les hommes, les créatures et même envers les desseins qui pouvaient se jouer dans son esprit d'adolescente inconsciente. Il était la source des tensions gravitant à l'intérieur de leur demeure abîmée, complètement aveuglé par le mal qu'il causait à ses proches, par la noirceur qui enveloppait la relation qu'ils entretenaient avec eux. L'Espagnol n'était plus qu'un amas de colère et de rancœur, uniquement bercé et apaisé par les ambitions vengeresses éloignant sa lucidité et son bon sens. À un point tel que son mécontentement tentait d'emprisonner cette fille qu'il aimait et pour laquelle il pourrait donner sa vie s'il le fallait. Puisqu'il était incapable d'imaginer un monde dans lequel elle n'existerait pas et que toutes les autres femmes, pour lui, n'avaient pas la même valeur. Il avait mis son existence sur un piédestal et prenait ces quelques rares écarts comme les plus effroyables des affronts. Cristoval était devenu intolérant à tout manque de respecte, s'offusquant d'un rien, se laissant dominer par cette rage qui lui tiraillait les entrailles depuis qu'il avait compris que son géniteur s'était retourné contre lui. Il était tel un enfant blessé, capricieux de tout ce qu'on avait pu lui retirer. Tel un homme dont l'orgueil démesuré avait été bafoué. Et elle le savait. Mieux que personne, Ànkhésenamon connaissait les perforations qui parsemaient son Âme mais cela ne l'empêchait pas de n'en faire qu'à sa tête, de ne pas respecter ces quelques règles qu'il lui avait imposé. Pire encore, elle osait lui mentir et contredire des faits qu'elle ne pouvait pourtant pas nier. Alors il se lève, pour lui faire face et la toiser de toute sa hauteur, laissant couler son regard jusqu'aux profondeurs du sien. Il est irrité mais tente de maintenir ce calme pourtant si faux, si mensonger. Puisque c'est la sensation de sentir son cœur bouillir qui le prend tout entier.

« Pourtant, tu allais monter sans me prévenir de ton retour. Et qui donc a provoqué ce retard, si tu n'en es pas responsable ? »

Cristoval aimerait savoir, lever le voile sur les raisons qui la pousse à s'éloigner de lui en toute impunité, sans même que cela ne la dérange d'une quelconque manière. Il aimerait découvrir quel est l'obstacle qui se dresse entre eux et qui les distancent, de plus en plus. Est-ce cette folie hargneuse dans lequel il se noie depuis la trahison ? Il se perd dans les possibilités trop nombreuses qui s'ajoutent à cette liste qu'il méprise autant qu'il alimente de son comportement injuste. Ses prunelles la scrutent comme pour chercher un indice, une preuve concernant ces absences de plus en plus régulières et de plus en plus longues. Il écoute simultanément ses maigres justifications, quelques paroles lancées à demi-mot qui ne suffisent pas à calmer le monstre de jalousie qui l'anime soudainement alors qu'il se rend compte que ce bandana qu'elle porte ne lui appartient pas. Il n'en dit rien pour le moment, déglutissant légèrement en laissant son imagination salir la pureté du lien qui les unit l'un à l'autre. C'est à nouveau la perfidie de cette impression de trahison qui revient l'engourdir, crispant ses muscles alors que l'un de ses poings se serre, à force de vouloir contrôler cette rage qui le ronge de plus en plus. Il ne la comprenait pas, soudainement et n'acceptait pas l'idée qu'elle décide de le fuir plutôt que de rester à ses côtés. Avait-elle décidé de l'abandonner à son tour, comme d'autres l'ont fait avant elle ? Pensait-elle réellement qu'elle était en droit de lui faire subir ce genre de décision ? Cristoval la trouvait ingrate de se comporter de cette manière avec lui. Pris dans le tourbillon de sa déraison, il en oubliait ses droits et l'indépendance que recherchait de plus en plus la sorcière ces derniers temps.

Il en vint presque à regretter le temps où elle attendait ces retours de ses longues expéditions à travers le monde. Il manquait de cet accueil qu'elle lui réservait avant qu'il ne lui décrive en détails les décors somptueux de ces horizons qui lui appartenaient autrefois. Cristoval manquait de cette enfant qui savait apaiser son Immoralité, il manquait de celle qui savait le rendre plus humain qu'il ne l'avait jamais été. Mais plus le temps passait et plus il avait la sensation de la voir s'éloigner. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, quelque chose entre eux était différent. L'Espagnol n'était plus certain d'avoir raison ou de se tromper. Et la Princesse quant à elle ne lui disait rien, ses attitudes d'habitude si expressives étaient devenues fades en Irlande et ses rires lumineux avaient laissé place à un silence des plus inquiétants. Ainsi, il pensait avoir deviné ce qu'il se tramait de par cet accessoire avec lequel elle maintenait sa chevelure désordonnée. Ce n'était définitivement pas lui le problème mais bien cette personne, qu'il méprisait déjà, sans même l'avoir rencontré. Cristoval se devait de tout savoir. Pour la protéger, pour la préserver de ce que le monde leur promettait en cas d'impulsivité. Il ne permettrait pas qu'on lui fasse du mal, encore moins qu'on ne l'arrache à elle et il avait la drôle de sensation que c'était exactement ce qui était en train de se passer alors que toutes les preuves étaient là, sous son nez. L'Espagnol s'en sentait stupide et c'est sa fierté heurtée qui prenait à présent possession de son esprit, muselant ainsi l'amour qu'il pouvait lui porter.

« Quel est son nom ? Et je te conseille d'arrêter de me mentir en plein visage. Je ne suis pas en train de m'amuser, Ankh. »

Au contraire, il prenait la situation bien plus au sérieux qu'il ne le devrait. Incapable de se calmer puisque le doute s'emparait de toutes les certitudes qu'il pouvait avoir à propos d'elle. Furieux, déjà, de faire face à la réalité qu'elle grandissait et que de lui, elle se lassait.

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