The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 Last chance, nothing more for us ◘ Ezechiel

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Last chance, nothing more for us
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Appuyé contre l'habitacle de ma caisse, je t'attendais. Dans la cour intérieure du château. Ressuscité. Prêt à partir. Une clope à la bouche, tirant dessus et la pompant jusqu'au filtre. Habillé d'un jean et d'un sweat à capuche trop grands. Merci Kyle. Sans lui, c'est à poil que je me serais baladé. Tu vois. J'avais au moins gardé un ami.

Cheveux attachés et tirés en arrière, visage dégagé. Des boucles s'échappant de l'élastique pour venir me retomber devant les yeux. Un frisson longeant ma colonne vertébral et me secouant tout entier lorsqu'il atteignait ma nuque. Pas sûr d'être remis. Ni complètement rétabli de ma mésaventure. Celle qui m'avait valu de me retrouver confié à tes bons soins. En ayant comme remède le seul traitement que tu avais toujours su m'infliger. Ce qui expliquait en partie la gueule que je me payais ce soir. Celle d'un mec aux traits tirés, au teint brouillé. Par chance, ma peau ambré se fondant dans les ombres à la faveur de la nuit. Gommant mes cernes et rendant un peu plus immortelles ces allures que je me donnais.

Puis j'en savais rien. Mais au-delà de la fatigue qui persistait, je me sentais bien. Tout ça, le fait qu'on me rende un petit morceau de tout ce qu'on nous avait pris, une part de mon identité, ce tas de ferraille que j'aimais comme on aimait une femme, tout ça m'excitait. C'était juste inespéré. En la conduisant, je m'étais revu quelques années plus tôt. Sûr de moi. Songeant que si tu ne voulais plus de moi chéri, d'autres se battraient pour partager mon lit. Sans nul doute. Pour toi, ou à cause de toi, j'avais oublié combien je pouvais aussi être séduisant. Très différent de l'image que tu te faisais de moi. Voilà à quoi j'avais pensé. Pas longtemps. Rien que le temps de me rappeler que c'est pour toi que je me battais. Parce-que ce voyage serait le dernier. Deux ans que j'attendais. Il fallait que ça bouge. Que les choses évoluent. Donc, que tu le veuilles ou pas, c'est à plat qu'on allait mettre tout ça. Tu ne me bousillerais pas plus et de mon côté, je m'engageais à ne plus te dire que la vérité. Crue. Sans l'enjoliver. Oublie les mots doux, les niaiseries, les déclarations stériles.

De mes erreurs, j'avais appris. Retenu la leçon. Puisque contrairement à tes a priori à mon sujet : tout le monde pouvait recommencer. Non pas grâce à l'amour mais grâce à la revanche. Dans les flammes, on renaissait de nos cendres. Même si la paix rétablie par la vengeance nous menait tout droit à notre perte

Comme déjà dit, j'avais passé l'âge des amourettes platoniques . Bref. En devinant ta silhouette approcher, je relevais les yeux. Ne me pose pas de questions. Pas non plus la peine d'aller te plaindre ou de me taper un putain de scandale sur la place publique. Vois-tu, ma force de persuasion m'avait permis d'obtenir la permission de t'accompagner. Après tout, j'étais plus vieux. Plus résistant. Plus apte à te protéger en cas de problème. Laisse ton gamin à la maison et viens avec moi. Ce n'était ni le moment ni encore moins l'endroit pour en discuter. Sous le défilement du ruban de bitume que nous offrirait la route, on en aurait largement l'occasion. Tout en avalant les kilomètres.

Sur ce, je balançais mon mégot par terre, ma semelle venant l'écraser et faire craquer le gravier. Avant de te balancer les clefs. Tu allais conduire. Moi, j'avais besoin de me reposer. Non discutable. Comme tu l'auras compris, j'en avais marre de toujours m'écraser face à toi. Par crainte de te contrarier. Honnêtement, on n'avait plus rien à perdre. Soit ça passait, soit ça cassait. Auquel cas, tu me rendrais ma liberté et on tournerait définitivement la page. Fini de jouer.

Pas que tu doives choisir. Hélas, tu ne pourrais pas tout avoir. La vie était injuste que veux tu. Et moi, j'avais une humeur de merde. Shannon ne répondait toujours pas à mes messages. Silence radio. Amarok allait mal. Oui. Il était ici. Entre vos murs lui aussi. Dans un état proche du mien. Puis mon flingue avait disparu. Ton petit copain en avait fait quoi ? Ouvrant la portière côté passager, j'inspirais alors profondément. Dans ces mêmes réflexes qui me poursuivaient depuis que j'avais cessé de respirer. Soulevant les rouages d'une trop vielle machine. Le cul posé sur le siège, tandis que mon regard venait retraverser le pare-brise. Tu l'avais changé. Comme de mec en fait, une habitude sans doute. Tu vois, cet étrange sentiment de bien-être qui m'habitait ce soir, aux portes de notre avenir, ce n'est pas à toi que je le devais.

Pourtant, en ta présence, il me fallait lutter. Pour rester calme, serein, pour garder le contrôle. Maintenant en stress. Au fond, rien ne m'assurait que tu monterais dans cette bagnole. C'est vrai. Tu pouvais tout aussi bien faire demi-tour. Ce qui m'incitait à fixer la ligne d'horizon. Clairement, ce n'était pas un allé simple vers le paradis que tu t'apprêtais à prendre. Mes enfers promettaient de se déchaîner. Je le sentais.

Bon. Qu'est-ce qu'on attendait ? Par simple précaution, j'avais pris quelques affaires de rechange. Des affaires mises dans un sac et que j'avais balancé dans le coffre. Vu que je ne savais pas trop combien de temps on partirait. Si on partait. Si, toujours si. Rien que des si. Aller, monte s'il te plaît. Monte.

Et comme je l'avais fait si souvent ces derniers temps, je rabattais la capuche de mon sweat sur ma tête. Pour ensuite m'enfoncer dans le siège et fermer les yeux. Le crâne calé contre l'appui tête...

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ELIJIAH HASSAN JAZEEM
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Last chance
- Ezechiel Albeirteich & Elijiah Jazeem -




Je suis désolé pour ce qui c’est passé lui nuit dernière. On en parle à mon retour ok ? Je t’aime. Gonflant les joues j’appuis sur la touche « envoyer » de mon téléphone. Les disputes avec Nick sont rares, mais quand il y en a, elles font mal. Bien trop mal même. J’ai horreur de ça. Me disputer avec lui. C’est d’un geste machinal que je referme l’armoire de l’infirmerie après avoir fait un bref inventaires de ce qui nous manquait avant d’enfouir mon matériel médical dans mon sac. Mes expéditions se font tellement rare. Je me demande depuis quand je n’ai pas quitté Belfast, je sais qu’on préfère me savoir ici, mais là, c’est différent. Le clan Morangias accepte de nous donner de leur sang, a une seule condition, que ça soit moi qui le prélève. Sans doute une simple sécurité. Une condition que je n’ai pas pu refuser. L’équipe est briefée, préparée, et c’est après une dernière visite dans le quartier des malades que j’ai pris la direction de la sortie. Le cœur en vrac, complètement retourné. Elijiah était officiellement de retour, ça en déclenché des disputes avec Nick. Je n’aimais pas ça. Ca me bousillait même. Mais il fallait que je garde le cap, que je ne perde pas le but de ma mission. On comptait sur moi et je n’avais pas le droit de me foirer. C’était une certitude. M’allumant une clope, je suis simplement passé prendre un pack de bière. J’avais prévu de partir avec Cole, un type plutôt cool, bien habitué au raid. De quoi me marrer. Avec lui on ne s’ennuyait jamais et je savais qu’il ne valait mieux pas qu’il voit ma tête désespérée. Après l’annonce que j’avais publiquement faite la semaine dernière on aimait trop me chambrer depuis. Je sais pas si ça en devenait lourd ou marrant, mais j’avais quitté Nick en froid et je n’avais pas envie d’en parler.

Poussant la porte d’entrée je me suis présenté dans la cours. J’avais prévu de tester le Rover de Sky, notre ingénieur en mécanique. Une nouvelle bagnole révolutionnaire comme il disait. Elle fonctionnait à l’aide de panneaux solaires, si ça fonctionnait, plus besoin de trimer pour trouver de l’essence et franchement c’était une bonne chose. Non pas que le pétrole commençait à manquer mais presque. Pourtant j’ai senti mon sang ne faire qu’un tour dans mes veines en te voyant là, adossé à ta caisse. Comprenant immédiatement ce qui se passait. Putain de merde. Sans t’accorder l’ombre d’un regard, j’allais égorger Cole avant qu’il ne débarque, m’empêchant d’aller plus loin en posant ses mains sur mon torse. Des explications, il avait plutôt intérêt à m’en fournir et très vite même. La mission allait durer quelques jours et me retrouver seul avec toi ne m’enchantait clairement pas dans l’instant. J’étais déjà pas dans le mood mais alors là. Pourtant je savais que je ne pouvais pas faire marche arrière. Il fallait que j’aille au bout de cette mission. On comptait sur moi. Je n’avais plus le choix. Je t’ai lancé un regard qui en disant long alors que tu écrasais ton mégos avec la pompe, là, sur le sol. On avait des cendriers devant l’entrée tu sais. Levant les yeux au ciel j’ai replongé mes yeux dans ceux de Cole. Me mordant l’intérieur de la joue, à deux doigts de lui en foutre un. Faisant de mon mieux pour ne pas m’emporter inutilement. A quoi ça servirait de faire une scène ? C’était peut-être ce que tu attendais de moi, toi qui était persuadé que la seule chose que je savais faire c’était de foutre mon poing dans la gueule. Pas de bol. J’avais changé. Mais comment tu pouvais le savoir vu que tu t’étais fait la malle ?

« Tu m’explique ? Qu’est-ce qu’il fout la putain ? »
« Ecoute mec c’est… C’est Madzy. Elle va pas fort depuis que son sire est malade est… »
« Et tu veux rester prêt d’elle. Ca va je comprends, mais putain pourquoi lui ? »
« Parce que la moitié des gars partent avec Kieran, un autre groupe avec Charles et le reste avec Murphy. Et que… »
« Ca va tu t’enfonces là. Tu fais chier putain. »

Le repoussant j’ai écrasé mon mégot dans le cendrier, le fameux, devant l’entrée, avant de me pointer devant toi. T’avais une sale gueule. Sérieusement. Tu semblais crever et t’avais tes yeux de cocker. Tu sais, ce regard bovin qui en disait long. Mais je n’ai rien dit. Non. Je n’ai pas eu le temps quand tu m’as lancé les clés. Attends tu crois quoi là ? Que tu vas m’accompagner comme ça sans explication et en faisant les choses à ta manière ? La bonne blague, c’était pas comme ça que ça fonctionnait Elijiah. On avait des instructions, des plans à suivre. Et le plan était que je teste le Rover et non pas qu’on se fasse une virée dans ta caisse comme à la vielle époque pour quoi d’ailleurs ? Discuter ? Réparer les morceaux ? Pour te laisser me cracher à la gueule combien j’avais pu être ingrat en choisissant de vivre cette vie que tu m’avais donné avant de te tirer à l’anglaise pour vivre une histoire d’amour parfaite avec celui qui été devenu un de mes meilleurs potes ? J’aurais pu, crois-moi, j’aurais pu t’incendier, mais ça t’aurais fait trop plaisir. Faisant le tour de la caisse j’ai simplement ouvert le coffre pour récupérer tes affaires, les balançant sur mon épaule avant d’ouvrir ta portière, te rendant tes clés. Non Elijiah, on ne fera pas les choses à ta façon, et non, je ne te ferais pas le plaisir de te sortir brutalement de cette bagnole. Surprise. J’allais garder étrangement garder mon self control. De toute manière j’étais condamné à partir avec toi, alors autant faire avec. Cela dit on n’était pas obligé de se parler. T’avais voulu venir, soit. T’avais sans doute des intentions, c’était évident. Et je ne pouvais pas t’en empêcher. Non. De toute manière tu étais là et on n’avait plus le temps de discuter. Encore moins de se prendre la tête. Alors je t’ai simplement tendu tes affaires.

« C’est pas cette caisse qu’on prend. C’est celle qui est là-bas. Je dois prélever des plaquettes en plus du sang et j’ai besoin de la machine qui ne rentrerais pas dans ton coffre. On va tester le Rover par la même occasion. Ce sont… Les ordres. Instructions. Bref, appelles ça comme tu veux mais en Raid on a des directives qu’on se doit de respecter. Ca évite les mauvaises surprises. »

Les mauvaises surprises comme… Celle-là. Sans rien ajouté je me suis dirigé vers l’autre voiture. Un véhicule bien plus gros, un véhicule blindé qui ressemblait bien plus à un engin de guerre qu’autre chose. M’installant au volant après avoir balancé mon sac à l’arrière, j’ai allumé le contacte avant de brancher mon portable pour mètre de la musique, diffusant le fameux Jekyll and I de Five finger death punch. Tapotant en rythme sur le volant en attendant que tu te décides à monter. J’avais conscience que la musique un peu brutale te ferait râler, mais sérieux, j’en avais rien à foutre. Comme pour te provoquer j’ai monté le son, plongeant l’habitacle dans une ambiance qui se rapprocherait à celle d’un bar de métal, chantant le refrain à tue-tête en m’ouvrant une bière avec les dents. La route promettait d’être longue, j’en avais bien peur…



©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach


I'LL SING IT ONE LAST TIME FOR YOU. THEN WE REALLY HAVE TO GO. YOU'VE BEEN THE ONLY THING THAT'S RIGHT IN ALL I'VE DONE. AND I CAN BARELY LOOK AT YOU. BUT EVERY SINGLE TIME I DO I KNOW WE'LL MAKE IT ANYWHERE. AWAY FROM HERE. LIGHT UP AS IF YOU HAVE A CHOISE. EVEN IF YOU CANNOT HEAR MY VOICE I'LL BE RIGHT BESIDE YOU DEAR
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Ça se tentait. Et au moins, j'aurais essayé. De t'arracher un instant à ton quotidien. En ravivant de vieilles sensations, en te mettant face à ce passé que tu tordais dans tous les sens pour mieux m'atteindre.

Mais assis à l'intérieur de l'habitacle de ma caisse, plus rien ne pouvait m'atteindre. Pas même tes petites messes basses. Tu crois peut-être que je ne te voyais pas ? Hésiter. Te révolter contre l'idée que je puisse être celui qui t'accompagnerait. Là-bas, jusqu'à Galway.  Tergiversant et prenant la tête à ton pote. Pire qu'un gamin dans une cour d'école. Seulement, ne compte pas sur moi pour te moucher le nez. Ton mec devait déjà parfaitement s'en charger.

Pour sûr. J'en mettrais ma main à couper. En attendant, c'est avec moi qu'il te faudrait partir. Tracer la route. Avec moi chéri. Non pas avec lui. Alors s'il te plaît. Arrête. Ça devenait lourd à force. Puis de toute manière, tu n'aurais pas gain de cause. Pas cette fois-ci. Parce-que ne t'en déplaise – Ô Ezechiel – le gars le plus légitime dans cette histoire, c'était moi. Ancien second de la fondation, ancien infiltré, ancien soldat entraîné, tu pouvais bien le nier, seulement que tu le veuilles ou pas, j'étais encore le mec le plus qualifié et compétent pour assurer tes arrières. Quatre siècles. Un tueur né. Ta seule assurance vie. Sans compter qu'au-delà de ça, j'avais obtenu la permission de me greffer au raid.

Une décision émanant directement de cette autorité à laquelle tu te référais. Sans doute pour m'impressionner. Ou plus simplement pour m'obliger à coopérer. Comme si tu ne me connaissais pas mieux que ça. Comme si tu ne le savais pas depuis le temps qu'Elijiah Jazeem n'en faisait toujours qu'à sa tête. Vraiment, je te conseillais de réviser tes classiques. Pourtant, il fut une époque pas si lointaine où tu m'avais eu dans la peau. Tatoué. Après, je ne t'apprenais sans doute pas grand-chose de nouveau en te rappelant qu'il était de notoriété publique que ton sire n'obéissait toujours qu'à lui-même. Veillant à servir ses propres intérêts bien sûr. Cela allait de soit. Quitte à ne penser qu'à ma gueule, tu sais. Tellement tu me diabolisais. Me transformant en un nombriliste égoïste notoire. Coupable de t'avoir permis de retrouver la lumière du jour. Un véritable criminel, sans foi ni cœur je te dis. La vérité, c'est que je n'avais jamais compris ce que tu voulais, ce que tu espérais, ce que tu me reprochais. En dehors de mes écarts. De toutes mes victoires. De mes éclats de faits et d'avoir transformé mon corps en arme de guerre. Jouant les infidèles. Les mecs libérés, assumés. Quand intérieurement je tremblais. Au fond, tu ne devais pas m'aimer autant que ce que tu le prétendais. C'est tout. Sinon…

Sinon… laisse tomber. J'aurais dû mettre fin à toute cette merde la nuit où tu me l'avais demandé. Rester avec toi. Plutôt que de trahir Saor et de vous mettre en danger tous les deux. Le problème c'est que je n'étais pas trop du genre à renoncer. Ni à abandonner. Je devais aller au bout des choses. Au bout. Ça n'avait pas été dirigé contre toi. Juste qu'on a pas su préserver notre couple. Donc, je nous avais sacrifié sur l'autel de la cause qu'on servait.

Qu'importe que je puisse le regretter aujourd'hui. Ou pas. J'avais de sérieuses raisons d'agir comme je l'ai fait et toi, tu n'avais pas besoin de tout savoir. Pas dans les moindres détails en tout cas. Voilà pourquoi je limitais mes actions en te matant dans le rétroviseur. Observant tes faits et gestes. Jusqu'à ce qu'enfin, tu me rejoignes. Contraint et forcé de te plier à ces règles que je venais de fixer. Tes yeux défiant les miens avant que je claque la portière et que tu ne la rouvres afin de m'inviter à te suivre. Ainsi rien n'avait changé. Je voyais le monde en blanc et toi, tu le repeignais en noir. La subtilité de ces milliers de nuances de gris qui existaient nous échappant. Mais j'obtempérais.

Récupérant mes clefs et mes affaires après que tu les aies sorti du coffre. Un peu indécis sur le coup, déstabilisé lorsque tu m'informais le plus calmement du monde que ce n'était pas mon véhicule qu'on prendrait mais le Rover. Me sentant idiot avec ma capuche sur la gueule. En mode zombie. Alors que tu me semblais si frais et vivant.

- J'avais pas l'intention de discuter tu sais, t'es pas obligé de te planquer derrière tes supérieurs. Moi aussi j'ai servi la cause. Alors les ordres, les instructions et les directives, ça me connaît.

Mieux que personne. Puisque la plupart du temps, j'étais celui qui les donnaient. Passons. Tu m'agaçais sérieusement à te justifier comme ça. Et aussi à me faire la leçon. Je n'étais pas une pauvre petite chose fragile. Merde ! OK ?

- Puis t'entends quoi par mauvaises surprises ? Mis-à-part le fait de devoir partir avec moi…

Sur quoi je te suivais. Bien gentiment. Te laissant monter à bord de votre Rover, blindé le truc non. Ça m'impressionnait. Un superbe engin. Et passant les doigts sur sa carrosserie, j'en faisais le tour. M'accroupissant ensuite devant les jantes. Admiratif. Vos mécanos étaient des Dieux. Pour peu, c'est eux que j'allais finir par vénérer. Tu vois, par ta faute je blasphémais. Sans parler du vrombissement du moteur, tournant dans un roulement parfait. Mettant un petit moment avant de grimper à bord. Puis balançant à mon tour mon sac derrière, sur la banquette. Il devait y avoir la place de s'y allonger à mon avis, facile. Peut-être bien que je pourrais dormir un peu. Sauf si toi aussi tu voulais te reposer. Auquel cas je prendrais le relais au volant. En revanche, c'était trop te demander que de baisser le son ? À quoi ça te servait de faire cracher les décibels comme ça, si ce n'était à me casser la tête.

- Tu voudrais pas baisser !  On s'entend plus…

C'est vrai. Soûlé par le débit agressif des notes et de la voix hurlant par-dessus, je me penchais donc pour tourner le bouton. Criant pour te parler. N'appréciant que très moyennement cette ambiance métalleuse que tu affectionnais tant. Mais aussitôt le son baissé, tu le remontais. Pendant que je te dévisageais. Toi qui ignorais mes protestations, tandis que la musique tapait dans mon crâne si brutalement que j'en avais un rictus de douleur. À m'en faire grimacer. Les pupilles se dilatant et explosant littéralement sous la pression. Ce qui dans un geste purement compulsif m'impulsait le besoin de tirer sur mes manches. Pour me cacher les mains, m'occuper les doigts, peu importe. Tout en me renfonçant dans l'assise du siège et te jetant au passage un rapide coup d'œil en biais. Tu étais…  un sale petit con. Jamais je n'aurais dû t'infanter et m'encombrer d'un gosse aussi caractériel et déterminé que tu pouvais l'être. Mais je te trouvais beau. Passionnant. Tes richesses intérieures scintillant et m'aveuglant comme le soleil autrefois. Est-ce que tu te souvenais ? Que je t'avais aimé avec tes cicatrices, tes brûlures, puis ta cécité. Que bien avant que ton super héros ne vienne te sauver, je t'avais regardé. Et là, je crois bien que j'aurais donné n'importe quoi pour me retrouver à la place de ta bière.

Entre tes mains. Même si c'était ridicule. Tu ne m'aimais plus. Je ne savais tellement plus ce que je pouvais encore espérer en me tapant l'incruste sur une de tes missions et dans ta caisse. Sûrement d'ailleurs que j'aurais dû descendre.

Descendre et aller me coucher. Dormir. Récupérer et réfléchir à ce que j'allais pouvoir faire de ma vie maintenant. Sans toi. Sans nous. Poussé par mes plus mauvais instincts. Sur la sellette. Dis-moi à quoi ça me servirait de continuer à me battre pour la justice si j'étais condamné à toujours perdre ceux auxquels je tenais. Quelques soient mes fautes, la gravité et la lourdeur de mes erreurs, mes réussites et mes bonnes actions, je ne serais jamais celui qui en récolterait les fruits. Je devais simplement apprendre à me faire une raison. Tu ne m'étais pas destiné. Ainsi Dieu en avait décidé.

Donc le mal se chasserait pas le mal. Comme d'habitude. Comme depuis quatre cent ans. Comme pour chaque immortel, et d'un geste plus automatique qu'autre chose, je bouclais ma ceinture. Te souriant malgré tout. Tu me plaisais sans tes masques, sans tes tonnes de maquillage, décomplexé. Occupé à chanter. Rien que pour me provoquer. Mais tu sais quoi, continue. C'est ta voix qui me bercerait. Si bien que levant une main, je te faisais signe d'avancer. De te mettre en route. Plutôt que de gaspiller ton temps inutilement. Un coude appuyé sur la portière et la tête se calant dans ma main. Après que j'ai retiré ma capuche. Quant à ce message personnel que tu t'acharnais de toute évidence à me faire passer, j'attendrais que tu le verbalises avec tes propres mots. Ceux que les autres employaient m'indifférant.

Allez. Démarre. Avant que je ne change d'avis et que mon taux de testostérone ne chute dangereusement. Pas loin de foutre le camps, de faire demi-tour, de partir en courant à l'autre bout de cette île. Me demandant si l'océan me recracherait sur les rives du nouveau monde dans l'éventualité où je viendrais à me foutre en l'air...

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« T’es pas le centre du monde Elijiah. »

C’est ce que je t’ai répondu quand tu m’as parlé des mauvaises surprises. Oui, tu en étais clairement une, je l’avais pensé je l’avoue, mais sur le coup je parlais des mauvaises surprises sur le terrain. Des personnes qui ne reviennent pas, des rencontres imprévues, des imprévus tout court d’ailleurs. Le Rover était équipé d’un signal GPS qui leur permettrait de nous retrouver si tant est qu’on venait à disparaitre. Enlevé par Tullamore, ou un Léviathan, peu importe. C’était dangereux là dehors, on ne pouvait le renier. C’était sur ces dernières paroles que j’avais fini dans la voiture, tapant en rythme sur le volant, mes chevilles remuant comme si elles étaient en train de faire de double pédales. Des fois la batterie me manquait, mais je n’avais pas joué depuis très longtemps. Manque de temps, c’est ce que je prétendais.

J’étais doué pourtant, c’était con. Mais c’était comme ça, fallait bien que je fasse avec. T’as fini par venir t’assoir à côté de moi, râlant comme je m’y attendais sur la musique trop forte. Ce que tu pouvais être rabats joie je te jure. Je t’ai ignoré, littéralement. C’était toi qui t’imposais, c’était à toi de t’adapter. Ne te déplaise. C’était comme ça et pas autrement. J’ai vidé une gorgée de bière, en attrapant une seconde sur le siège arrière avant de te l’a donnant après l’avoir décapsulé avec mes dents. Picoles donc, ça va te détendre. Non. L’idée de partir avec toi ne me plaisait pas, ça me gonflait, mais par respect j’allais faire ce que je sais faire de mieux dans ses conditions. Faire bonne figure, faire style que je m’amuse et picoler pour oublier. De toute manière je n’avais plus le choix, le temps tournait et il fallait y aller.

T’as fait un geste. Celui de m’inviter à démarrer mais je l’ai lui aussi ignoré, enclenchant la première sans t’avertir, sans parler, sans rien. Fixant la route, ma bière glissée entre mes jambes, le coude replié sur la porte, écoutant la musique, essayant de rester concentré sur la mission, faisant abstraction de ta présence. Tu ne parlais pas alors que c’est toi qui a voulu venir. Je suppose que tu avais des choses à me dire, j’en sais rien. Simple déduction sans doute ? Mais j’avoue que je ne savais pas trop quoi dire. Je venais de m’engueulé avec Nick parce que j’avais trop « trainé » dans ta chambre. Je me sentais de mauvaise humeur, mais tu vois, j’en avais marre de me prendre la tête. Ce n’était plus moi. Je n’étais plus comme ça. Tout ce que je voulais c’était vivre. C’était pas ce que tu avais voulu en me transformant ? Alors maintenant que c’est ce que je faisais, qu’est-ce que t’allais encore me reprocher hein ? Vas savoir.

Je me posais la question. J’avoue, parce que je ne sais pas, mais je sentais que tu m’en voulais. De quoi ? D’avoir continué de vivre alors que t’étais… Mort ? Parce que c’est bien ce que je croyais. Toi t’as pris le parti d’aller vivre des jours heureux aux côtés d’Amarok pour te reconstruire si j’ai bien compris et moi j’aurais dû simplement rester là, à pleurer sur un fantôme qui m’a pris pour un con ? Arrêtes l’hypocrisie merde. Arrêtes de me reprocher des erreurs que toi, tu as fait bien avant moi. Des erreurs. Nick n’en n’était pas une. Nick n’en sera jamais une. Bien au contraire. Il m’avait aidé, tout comme Kieran l’avait fait avant lui. Il a recollé les morceaux. Petit à petit, méticuleusement. Et toi t’étais où hein ? Je ne sais où à faire je ne sais quoi. C’était ton choix Elijiah, alors assumes-le, et surtout, assumes ce que tu retrouves. C’était comme ça. Toi t’as décidé de partir, moi j’ai décidé de vivre. Ca fait mal ? Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?

Gonflant les joues, j’ai écrasé ma clope dans le cendrier de la bagnole, refermant le loquet pour éviter que la fumée n’embaume l’air, laissant la fenêtre grande ouverte pour évacuer l’odeur de tabac froid. Reprenant une bonne gorgée avant de finir par baisser le son de la musique qui était passé à un morceau bien plus déprimant, I will fail you de Demon Hunter. Ne laissant qu’un peu de décibel, histoire de ne pas se retrouver dans un silence pesant, constant. Tu n’avais toujours pas ouvert la bouche. A se demander pourquoi tu étais là si tu n’avais rien à me dire. Terminant ma bière j’ai balancé le cadavre sur le siège arrière, gonflant les joues, comme si je soupiré. C’était pesant là, vraiment. Toi, moi, enfermé dans une voiture. Sérieux, y’avait pas plus intime que ça, c’était effrayant. Sans parler de ça. On allait passer les 48 prochaines heures ensembles alors si on gardait le silence ça allait vraiment devenir pesant à la longue. Voir pire que ça.

« J’vais pas te faire une scène parce que tu vas encore dire que je râle, que j’pige que dalle, et j’en passe et franchement tu serais surpris de constater que j’ai pas mal changé sur ça, donc, j’ai pas envie de te donner raison. T’as voulu v’nir, soit, c’est ton choix. Mais… Si c’est pour tirer la gueule t’aurais dû rester à Belfast. Sérieux. Pourquoi t’es là ? »

Pour me surveiller ? Pour jouer la nounou ? Nais mais, si j’avais besoin de ça, ça se saurait depuis longtemps. J’étais gradé, j’avais des responsabilités, j’étais même en train d’étudier la chirurgie pour progresser, alors non, je n’avais pas besoin de protection. Je ne crois pas. Et s’il aurait fallu que je parte tout seul a Galway je l’aurais fait. Je faisais confiance en Aindreas. Il avait déjà donné de son sang à Léandre, et les de Morangias l’écoutait plus que tout. Alors quoi ? On allait simplement ne rien se dire, attendre que le temps passe ? Paye l’ambiance. Je ne t’avais rien demandé depuis ton retour. Non. C’était un choix que tu avais fait Elijiah, alors non, il ne fallait pas t’attendre à me voir m’adapter à toi cette fois. C’était l’inverse. Les rôles étaient complétement inversés. Ne te déplaise. Je n’étais plus ce type soumis que j’avais été, c’était terminé tout ça. Je vivais bien, j’étais heureux, j’avançais. Comment tu peux oser me le reprocher après tout ce que toi tu m’avais fait ? Mais parce que tu étais Elijiah Hassam Jazeem je savais pertinemment que tu refuserais de l’admettre. Continuant de te dire que ce que tu avais fait, ça avait été pour la bonne cause. Hypocrisie un jour, hypocrisie toujours. Comme on dit.

« Vu que tu m’as demandé de baisser le son pour soit disant s’entendre, donc, pour se parler. CQFD. Je t’écoute. »

Choppant une seconde bière, je l’ai ouverte, balançant la capsule à l’arrière comme le cadavre de la première, vidant une gorgée. Tournant la tête pour te regarder. Et pitié ne me sort pas tes yeux de cockers. C’était ton choix d’être là, tout comme ça avait été ton choix de te barrer, alors assumes bordel. Assumes tes actes. J’étais là, j’étais calme, ne m’en demande pas plus.




©️ Fiche codée par Aindreas An'Sionnach


I'LL SING IT ONE LAST TIME FOR YOU. THEN WE REALLY HAVE TO GO. YOU'VE BEEN THE ONLY THING THAT'S RIGHT IN ALL I'VE DONE. AND I CAN BARELY LOOK AT YOU. BUT EVERY SINGLE TIME I DO I KNOW WE'LL MAKE IT ANYWHERE. AWAY FROM HERE. LIGHT UP AS IF YOU HAVE A CHOISE. EVEN IF YOU CANNOT HEAR MY VOICE I'LL BE RIGHT BESIDE YOU DEAR
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« I'm unstoppable. I'm a Porsche with no brakes. I'm invincible. Yeah, I win every single game. I'm so powerful. I don't need batteries to play. I'm so confident, yeah (I'm unstoppable today).Unstoppable today, unstoppable today...»



T'es pas le centre du monde Elijiah…

Et voilà qu'on partait. Toi, appuyant sur l’accélérateur et poussant le levier de vitesses à son maximum. Le tout en prenant soin de d'abord me coller une bière entre les mains. Comme si essayer de me soûler pouvait encore avoir la moindre petite chance d'épurer, puis d'alléger l'atmosphère nauséabonde qui venait de s'installer dans l'habitacle de ton Rover. Plombant littéralement l'ambiance. De sorte que je ramassais autant que possible mon corps contre la portière.

Des questions plein la tête. Les mêmes qu'il y avait deux ans en arrière. Mais auxquelles tu n'apporterais sans doute jamais de réponse. Du genre – ce que tu avais bien pu me trouver. Pourquoi tu étais tombé amoureux de moi, au début de notre relation. Ce qui avait fait qu'en dépit de mes tendances à toujours tout vouloir contrôler, te dominant au dernier degré, tu avais pourtant jugé utile et nécessaire de me protéger. Ou ne serait-ce que ce que tu avais ressenti et pensé la toute première fois que tu avais enfin pu découvrir les traits de mon visage – des traits de caractère si différents de ceux de ton superman. Blanc. La peau trop claire en comparaison des reflets d'ambre courant à la surface de mon épiderme.

Me laissant presque douloureux. Tandis que je découvrais cette autre facette de toi que je ne te connaissais pas. Allant vraiment de déception en désillusion. Nos quatre siècles d'écart continuant de creuser le fossé. Quitte à te regarder faire preuve d'une bassesse sans précédent à mon égard, sans réagir. Puisque tu te sentais obligé de me tacler dès que j'ouvrais la bouche : “T'es pas le centre du monde Elijiah.” alors soit. Mieux valait me taire. Gardant les yeux fixés droit devant, et occupé à suivre le glissement des lumières de la nuit qui rayonnaient sur le pare-brise. Un pied appuyé sur le tableau de bord, m'obligeant à replier ma jambe. Dans une position plus ou moins confortable. Plus vraiment très sûr d'avoir envie de redevenir le centre de tes attentions. Assez méfiant d'ailleurs. Sur mes gardes, un peu perturbé de te voir battre en rythme le bruit que crachait ton autoradio et que tu appelais musique. En prenant un air faussement décontracté. Attristé au fond. De constater que même si aujourd'hui tu ne portais plus tous tes masques et que tu ne te cachais plus sous des tonnes de maquillage, tu n'en jouais pas moins la comédie. Trompeur… manquant d'authenticité.

Pourtant, je ne disais rien. Buvant ma bière et frissonnant lorsque un surplus de courant d'air s'engouffrait dans ta caisse. Mes boucles flottant de droite à gauche et chatouillant mon front. Alors que je me remettais à respirer. Nerveux. Le torse se soulevant mécaniquement et le ventre se creusant péniblement. Comprimé. Ne tirant pas la gueule comme tu semblais tant vouloir m'en accuser, juste tiraillé entre mes émotions. Pris en otage. Et sur ces entrefaites, tu écrasais ta clope dans le cendrier avant de balancer à l'arrière ta bouteille vide. L'odeur du tabac se dissipant aussitôt. Sauf que j'aurais voulu en retrouver le goût sur tes lèvres avant qu'il ne disparaisse. Ce goût si particulier de salive et de tabac froid qui venaient se mélanger. Tes baisers me manquaient. Et je crois que je tuerais pour avoir la chance de t'embrasser une dernière fois. Pour te dire au-revoir, ou te faire mes adieux s'il le fallait. Pas aussi stupide que ça. Bien conscient que désormais, tu menais la danse. Nous guidant toi et moi, dans le sens qui te plaisait. Seulement, tu savais combien il pouvait m'être difficile de me plier à une autre volonté que la mienne. Ce qui expliquait en partie mon geste, quelque peu suicidaire.

Suicidaire, sans l'être. Irréfléchi. Après que tu aies baissé le son, enfin. Et qu'on puisse de nouveau recommencer à parler, et à s'entendre. Dans le but de me dire que non, tu n'avais pas l'intention de me faire une scène. Comme la veille. Parce-que tu dois bien te douter que depuis hier soir, je n'arrêtais plus de me demander par quel esprit tu avais pu être hanté. Un proche… une victime… qui, pour que tu me paraisses tellement effrayé. Ce à quoi tu ajoutais quelques banalités, plus pour te rassurer toi-même à mon avis. Sur les changements que tu avais subi et ce que tu étais devenu. Pour finalement me poser la question de trop. Celle qui n'avait fait faire qu'un seul tour à mon sang.

Pourquoi j'étais là… pourquoi… pourquoi t'es là Elijiah...

C'est donc sur une impulsion que j'avais choppé le volant. Irrationnel. Mes doigts se refermant dessus si brusquement que même si tu l'avais voulu, tu n'aurais pas pu m'empêcher de dévier le Rover de sa trajectoire d'origine. Mes yeux croisant furtivement ton regard. CQFD. Ce qu'il faut démontrer. Nous envoyant valdinguer dans le décor, le caoutchouc des pneus n'adhérant plus au bitume. Mon pied jusqu'ici calé contre le tableau de bord revenant trouver appui au planché. Prudent dans ma connerie, soucieux de ne rien me casser.

Puis je coupais le moteur. Sécurité oblige. La voiture ayant fait une telle embardée que des traces de notre petit dérapage improvisé barraient la route sur une bonne centaine de mètres.

- Tu veux savoir pourquoi ? Vraiment… t'en as pas une petite idée ? Je te dis tout dans mon journal putain ! Tout. Tu le vois pas que je t'aime ? Que si je suis revenu c'est pour essayer de me faire pardonner. Parce-que je supporte plus de vivre sans toi. Parce-que je m'en veux de t'avoir fait souffrir alors qu'on aurait pu être heureux ensemble si j'avais été moins con ! T'es tout pour moi. Ça fait deux ans que je me prépare à t'affronter, parce-que je le sais que je me suis comporté comme le pire des enfoirés avec toi et qu'à chaque fois que t'as voulu me mettre en face de mes erreurs, j'ai toujours trouvé des excuses. Mais j'en ai pas. Je t'aimais, j'ai perdu le contrôle et après… il était trop tard pour nous.

Trop tard Ezechiel, comprends-le. J'avais peur. J'étais perdu, en proie à des pulsions meurtrières. Aussi destructeur, qu'auto-destructeur. Me noyant dans des litres d'alcool. Passant mes nuits à hurler aux grilles du manoir. Incapable de me gérer. Terrorisé, et d'un autre côté totalement désinhibé. Qu'est-ce que j'aurais pu faire pour t'aider ? Pour te rassurer. J'en sais rien. Peut-être que si j'étais resté, que si je nous avais accordé une seconde chance, peut-être que si je t'avais parlé, que si je m'étais livré à toi à cœur ouvert, alors peut-être que tous les deux, on aurait pu se reconstruire. Malgré les larmes, en s'épaulant mutuellement. Au lieu de quoi je m'étais enfoncé, me raccrochant à un autre.

Maintenant, je ne pouvais pas être plus clair. Plus honnête. Et à bout de nerfs, je me jetais sur toi. Violemment. Mais sans penser à te faire du mal. Mes mains encadrant ton visage, front contre front. Te tenant là. Près de moi, dévorant des yeux tes lèvres. Les doigts emmêlés dans des mèches de tes cheveux. Écoute-moi…

- Je veux pas te faire de mal. Je suis pas non plus revenu pour te gâcher la vie. Juste… tout ce que j'ai besoin de savoir, c'est s'il y a encore un avenir pour nous. Parce-que j'ai beau t'aimer, je ne pourrais pas me contenter d'être ton ami…

Un avenir commun. Fait d'amour entier et sans partage. Dis-moi. C'est pour ça que j'étais là. Pour savoir si je devais encore me battre pour toi et si je pouvais espérer. Ou si tout était réellement terminé. Fini. Auquel cas, je voulais garder un dernier souvenir de toi, de nous. Ce qui fait que je posais mes lèvres sur les tiennes. Mes mains devenant plus douces, plus caressantes. Relâchant la pression sur ta tête et te laissant libre de tes mouvements. Sans contrainte.

Though the sorrow and fear they may depart you today. I will fail you, of that I'm sure. I will remind you of the pain forevermore. And when my sins are just a memory. Faith restored. I will fail you to the core...

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ELIJIAH HASSAN JAZEEM
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- Ezechiel Albeirteich & Elijiah Jazeem -




Je ne vivrais jamais plus pour rien. Cette phrase que je me répétais en boucle depuis ce jour où j’avais décidé de bruler mon passé. Mes fringues trop sombres, trop noir, ce maquillage derrière lequel je me planquais, ces cheveux aussi, noir, trop longs, que j’avais décidé de couper, retrouvant leur châtain naturel. Bien plus coloré, bien plus léger. Plus de noir. Adieu le noir. Adieu ces idées bien trop morbides. Bien trop sombre. Tu m’avais offert l’immortalité, et au lieu de te pleurer, j’avais fait le choix d’en profiter. J’avais tourné la page. Oui, je l’avais fait. Parce que j’avais passé mes vingt dernières années à souffrir. Parce que j’en avais marre de ça. De me lever en me demandant si je serais toujours là demain. Si j’avais oui ou non la force d’avancer. Je ne te demandais pas de comprendre. Non. Mais si je regrettais ? Aucunement. Parce que regardes moi bien et dis-moi ce que tu vois. Dis-moi ce que tu penses de ce nouveau moi. Ce type qui se lève en chantonnant, ce type qui débarque dans l’ail des malades avec le sourire et qui tente de leur offrir un dernier moment de réconfort. J’avais changé. Parce que j’avais fait ce choix, celui d’arrêter de me lamenter. Celui d’arrêter de t’être dépendant. J’avais fait ce choix oui, tout comme tu avais fait les tiens. C’était comme ça. Tu étais parti. Tu regrettais. Vraiment ? regrettais-tu tes parties de jambes en l’air avec Amarok ? Dis-moi ? Est-ce que tu l’as aimé autant que tu prétends m’aimer moi ? Parce que si toi tu me reproche de t’avoir oublié en si peu de temps, qu’est-ce que je devrais dire de toi Elijiah ? Moi au moins j’ai eu la décence d’attendre. Douze mois. Certes. Mais toi ? Tu m’as largué parce que tu en voyais déjà un autre.

Alors dis-moi. C’est qui le pire de nous deux dans tout ça ? Ne fais pas aux autres ce que tu refuses que l’on te fasse. Mais ça, ça tu ne sais pas. Ca tu ne connais pas. Parce que t’as jamais pensé aux conséquences de tes actes. Jamais. C’était bien ça le pire. Alors peut-être bien que t’as jamais voulu me savoir mieux. Peut-être bien qu’égoïstement t’avais envie que je te pleure, encore et encore et encore. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. T’as voulu te reconstruire. J’en ai fait de même. Tout simplement. Sans me poser la moindre question. Et crois-moi. J’aime celui que je suis devenu. J’aime être ce nouveaux Zick, qui aime rire, qui aime faire la fête. J’aime être celui que l’on croise dans les couloirs et à qui on demande quand aura lieu la prochaine beuverie. Je suis méconnaissable. Parce que je vis. Enfin. Comment tu peux me le reprocher ? Comment tu peux me reprocher d’avancer ? De t’avoir survécu ? Mon cœur était brisé, toutes mes cicatrices se sont rouvertes d’un coup. Ca en devenait insupportable. Ce n’était plus vivable. J’ai dû trouver une solution. Et je l’ai fait. Ne te déplaise, je l’ai fait. Tu n’étais pas là pour voir les dégâts que tu as fait. Alors ne juges pas, parce que désolé, tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu te trouves des excuses pour ne pas avoir à accepter les faits. Mais tu te voiles la face. Complétement. C’est ce que je pense. Tu n’assumes pas ton côté sombre, tu n’assumes pas ce besoin de te savoir aimer. T’assumes que dalle. Alors oui. Parles. J’en ai rien à foutre de ces mots que t’as couché sur le papier, c’est tellement simple de se planquer. Je sais de quoi je parle. Je l’ai fait durant vingt-ans. Maintenant c’est à ton tour de faire tomber le masque.

Je n’ai pas eu le temps de réagir. Je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Tu as posé tes mains sur le volant, nous faisant sortir de la route sans que je ne puisse réagir. Perdant complétement le control du véhicule. Putain c’était quoi ton putain de problème ! La première chose à laquelle j’ai pensé c’était le matériel médical qui se trouvait à l’arrière. Ce matériel qu’on arrivait à avoir au péril de notre vie merde ! Parce que oui, c’était galère pour en trouver de nos jours. Je crois que ma tête à furtivement heurté le volant. Violement même. Et quand j’ai réalisé qu’on était dans le décor il était trop tard. Venant poser ma main sur mon front, je saignais. Ce n’était rien, je ne risquais plus le traumatisme crânien ou l’hémorragie interne, c’était une évidence. Mais merde, qu’est-ce qui te prenait ? Je n’ai eu le temps de rien dire quand tu as ouvert la bouche. Me balançant tout ce que tu avais sur le cœur, sans te poser de questions. Sans doute sans réfléchir aux conséquences, comme toujours. Tu m’aimais. Tu ne supportais plus de vivre sans moi. Tu voulais me retrouver. Tu me balançais ça comme ça, alors que j’étais sur le point de me marier. Alors que moi, j’avais appris à vivre sans toi. Tu es venu poser tes mains sur mon visage, ton front, collé contre le mien. J’aurais voulu trouver la force de te repousser, mais choqué de tes actes, je n’ai rien fait. Pourquoi maintenant ? Pourquoi là ? Pourquoi comme ça ? Des questions, encore. Et comme toujours, tu faisais ce qui te passais par la tête. En désespoir de cause, j’en sais rien. Franchement, je ne savais plus quoi penser.

T’es venu poser tes lèvres sur les miennes. Machinalement. Comme ça. Si simplement. Je crois que j’étais tellement surpris que je n’ai pas bougé. Je t’ai simplement laissé faire, répondant même à se baisé malgré moi avant de me reculer. Nerveusement, te dévisageant, complétement étourdis, ébahis, surpris même par ce que tu venais de faire. J’étais heureux, pourquoi fallait-il toujours que tu gâches tout putain ! Une vague de souvenir revenant soudainement faire surface. Des souvenirs que j’avais brulé, que j’avais détruit même. Comme ce tatouage que je m’étais retiré à force de lacération. Comme ces photos que l’on avait prises. J’avais tout oublié. Je ne voulais pas me souvenir. Non. Je ne voulais pas me remémorer ce passé, ça faisait trop mal. Furtivement, je me suis rappeler notre rencontre, cette première fois où tu es venu me parler, me tendant un café sucré que j’avais bu par politesse bien que je détestais le sucre. Je me souviens que je me suis demandé ce que tu me voulais. Jusqu’à ce jour dans le parc où je me suis donné à toi. Ca avait été brutal. Irréfléchis. Complétement. Et puis ensuite ? Ensuite il y a eu cette relation bien plus destructrice qu’autre chose. Les trahisons, les coups bas, les tromperies, les promesses en l’air, jusqu’à ce que tu t’accapare littéralement de mon droit de mourir. Oui, on avait un passé toi et moi. Pourquoi le faire remonter à la surface ? Pourquoi ? Ca fait mal putain ! J’aurais pu te répondre, mais je n’ai rien fait. Sortant simplement de la voiture. J’avais besoin de prendre l’air. J’avais besoin de ? De quoi au juste ?

Sans ne rien dire je me suis simplement laissé tomber là, sur les racine d’un arbre. Venant me passer une main dans les cheveux, essayant de retrouver mes esprits. J’aurais dû te frapper, j’aurais dû faire demi-tour. J’aurais dû t’obliger à rester. Ne pas partir avec moi. Mais pourtant je n’avais rien fait. J’allais me marier merde ! J’étais heureux ! Pourquoi prendre le risque de tout gâcher ? Venant jouer nerveusement avec le bracelet que m’avait offert Nicky, il fallait qu’on fasse demi-tour. Il fallait qu’on retourne en arrière, quitte à ce que je parte tout seul. Pourtant je me suis simplement passé une main dans les cheveux, me relevant sans ne rien dire, ouvrant le coffre pour en sortir une chaine et vérifier par la même le matériel médical. Tout semblait en ordre. Je t’ai simplement lancé la chaine, n’osant presque pas te regarder, n’osant pas te parler. Je savais que j’étais en train de merder. Mais cette discussion je l’avais attendu. Depuis trop longtemps. Et il était temps qu’on mette les choses à plat. Non. Je ne ferais pas marche arrière. Non, je ne fuirais pas. Nick comprendra… Putain… Faites que Nick comprenne…

« Répares tes conneries on doit filer. »

Sort la caisse de là et allons-nous-en. On n’avait encore pas mal de route à faire et le temps pressé. Te laissant te démerder, je me suis simplement appuyé contre un arbre, m’allumant une clope. Te lançant un regard en biais sans savoir pourquoi. Tu étais mon sire Elijiah. Mon passé. Toi et moi, ce n’était pas rien et je le savais. Tu ne seras jamais mon ami non, mais pourtant, tu le sais, que toi et moi, on sera lié, pour toujours et à jamais, depuis ce jour où tu as décidé de me transformer. C’était comme ça… Mais gâches pas tout putain… Ca fait trop mal d’apprendre à vivre sans toi, ne m’oblige pas à recommencer t’entends ! M’obliges pas…




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Last chance, nothing more for us ◘ Ezechiel
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