The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 Wings of freedom (ft Cam)

Vampire
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Et à l'aube, quand les premières lueurs éveillent la torpeur de l'immortalité, je rêve que je vis au travers d'objets morts.
Wings of freedom
Il serait là qu’il rirait aux éclats. Se moquant de toutes ses failles qui se font gouffres, lézardant la Terre de mes Espoirs que je voulais immortelle. Il y hurlerai pour entendre l’écho de ses moqueries se répercuter contre la roche froide. Il en savourait la résonnance, première tentative qui ne se retrouverait pas étouffé comme les autres. Il s’avancerait dans les plaines, autrefois, libres et verdoyantes des Convictions, régalant sa vision de ce champ de bataille qu’elles sont devenus, où les bombes s’abattent encore. Sur un terrain conquis, en Monarque élu des déchéances, il serait peut être enfin satisfait de lui. N’est ce pas ce qu’il a toujours voulu ? Fouler de ses pieds mes idéaux pour mieux les écraser du talon. Plus aucune résistance à lui opposer. Comment le pourrai-je ? J’en viens à mieux ressentir les spectres qu’il a laissé que la gamme de mes émotions. Ce que je vois dans le miroir, n’est que son reflet. Je suis passé de l’autre côté pour y être piégée. Alice à la chevelure incendiaire, semblable aux flammes chimériques que l’entourent. A présent, je ne vie que dans le miroitement du morceau de verre brisée. Je les prend pour taillader ce mur qui se dresse, mais c’est mon sang qui y coule. Il m’écarte d’un Monde qui n’a, au final,  qu’éviscéré l’Innocence. Charognes des entrailles qui y plantent les crocs de sa cruauté pour en percer les boyaux. Boucherie méthodique. C’est en voyant mon corps dans les ruines, que Jonah perdrait son sourire. Lui plus que quiconque, a toujours crû à l’Eternel magie. Il n’y a que lui, que la Mort à glorifié de son auréole macabre. Je me replie sur moi. Je me serre. Je pleure et me désespère de cette ferveur à voire surgir des larmes et de la poussière, des fleurs nouvelles.

Si mes pensées se perdent dans une neurasthénie coutumières, mes pas m’ont menés sur un sentier bien connu. Comme préservé de la Guerre, les arbres ploient de leurs années et de leurs branches chargés, dissimulant presque le vieux chemin de dalles usées qui mène à ma maison. Celle où Callan m’a arrachée il y a des années pour me plonger dans un enfer que je n’ai pas quitté. L’odeur du soufre suave ne m’a jamais quitté, parfum de ses Vices qu’il a choisi. Je devrai être pressée de la retrouver, premier lieu rejoint si tôt le mensonge de Josias dévoilé. Le refuge où me protéger du Monde. Mais je la fui. Craignant presque l’ombre de ses murs qui abritent les murmures du passée. Une fois encore, je m’en détourne. Je fui encore. Refusant de m’infliger le supplice de réaliser que plus rien ne sera comme avant. Même en regagnant mon foyer, je resterai étrangère à moi-même. Plus que jamais en ce lieu, sanctuaire de ma mortalité volée. En mourant cette nuit-là, l’idée de retourner à ce refuge s’est éteinte avec les autres regrets. Peut être est il écrit quelque part que je ne devais jamais le regagner. Un autre blasphème serait alors perpétué, la nature des choses encore une fois violées. Des excuses sans doute, en attendant d’être prête à souffrir d’une autre Vérité.

Je regagne un autre chez moi. Vide de la présence de Josias. De sa voix, de ses sourires et ses maladresses. Il me manquait déjà quand je suis parti, il me manque toujours alors qu’il n’est pas revenu. Je retire la veste mise à présent par habitude, plus que par nécessité. Je me souviens encore de la fraicheur de l’obscurité Irlandaise, me raccrochant à cette sensation tout en frisson. Je ne veux jamais l’oublier. La faim tiraille mon ventre mais je me refuse à ce qu’il nous reste de sang. M’affamer plutôt que de nourrir mon nouvel instinct. Lui aussi me fait peur. Je m’efforce d’avancer alors qu’elles se font armée contre ma Raison et ses volontés. Qui pour m’en protéger ? Il n’y a que moi pour revêtir l’armure et affronter ses attaques. Je soupire et regagne l’étage, délaissant cette fois ci le jean et les chaussettes sur le plancher. Je me laisse retomber sur le lit de ma chambre que je n’occupe qu’en son absence. Je fixe le plafond fissuré, avant de refermer les yeux. Mes mains se posent sur mon ventre et je force une respiration expiée. Je fais le vide, enchainant une à une ses pensées qui s’envolent. Je capture les questions et les doutes, enferme l’avenir et son incertitude. Je me concentre, cherchant cette voie qui m’était si visible autrefois. Je cherche la lueur de l’obscurité, ce portail entre ce monde et celui où je m’évadais si souvent avant. Je guette, épie, traque, ressent. Je me refuse l’échec, il ne vient même pas assombrir mon acharnement.

Peut-être que le sommeil finit par le faire. Au moment où je me sens enfin m’envoler de ce corps, jamais autre chose que la marionnette de mon âme. Je la libère dans une nébuleuse connu mais découvert sous une lumière nouvelle. Avec d’autres couleurs. L’autre vision à jamais perdue. Au fond, dans les limbes ou dans un rêve, l’essentiel est que je me déleste d’une conscience lourde d’angoisses. Je plane, je nage, je flotte dans des constellations d’âmes que je ne peux plus qu’admirer, de loin et aux travers d’un filtre flou. Que j’ai pu un jour les toucher me semble presque illusion, mais m’importe peu sur l’instant. Seule compte l’errance. Elle dure un temps inquantifiable qui se moque des règles du notre. Viens les chimères, montures de l’onirisme. La sensation d’un corps étrange, que je m’approprie en étirant les bras, sans voir le décor. D’abord l’un, plus l’autre. Les jambes ensuite. C’est pareil qu’allumer les lumières dans chaque pièce, pour ensuite admirer l’architecture dévoilée. L’engourdissement de l’éveil est différent. La manière de bouger aussi. Presque plus fluide, plus souple. D’une agilité animale. La démarche, elle, est maladroite, dodelinant. Elle ne parait ni naturel, ni nécessaire. Les ongles griffent le sol. J’ouvre les yeux. Plusieurs fois pour s’approprier la vue trouble qui finit par s’éclaircir. Puis pour chasser le doute de ce qu’elle rapporte. La tête se secoue même. Mais l’œil est vif et sûr. Précis.

C’est le monde qui est déformé. Titanesque. A hauteur des Géants dévoreur d’Homme et d’enfant, dont le rire tonitruant, déracine les arbres. Pas de peur pourtant, pas même lorsque le vide s’annonce sous les pas sautillant. La détermination. La certitude. L’ivresse proche puis la chute. Le sol, impact imminent. Les bras s’agitent. Hérésie pour la Raison. Mais elle n’est plus là, de même que les os et la chair, que le sang et les muscles. Bois et plumes sculptées avec une telle finesse qu’elles s’animent sans peine du vivant qui s’infiltre dans chaque nervure. L’air s’engouffre dans ses ailes qui minent le réel offrant alors l’euphorie de voler. Rêve inédit où les sensations frôlent l’extase du vrai.
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Son départ était à présent officiel. Il avait récupéré tous ses cartons, avait libéré la chambre d’ami. Que la maison faisait vide sans lui ! Il avait son caractère, ça je le savais avant même qu’il ne me demande de squatter chez moi. Mais sa présence presque fantomatique parfois me manquait. Oui, je le reconnaissais sans honte. Son amitié avait été un plus. Je ne comprenais pas toujours ses allusions. Je ne comprenais pas non plus toujours la signification de ses regards. Mais ça n’avait pas d’importance. On se comprenait. On était parvenu à se dompter et à trouver un équilibre dans notre quotidien souvent précaire. Toutefois je m’étais résigné. J’avais du faire un choix. Un choix qui maintenant me paraissait plus difficile que le jour où j’avais du le faire. Il m’avait fallu décider qui primait dans ma vie : ma meute ou mon ami. Oui, peut-être naïvement, je considérais Callan comme un ami. Il lui était certes interdit de revenir ici mais rien ne m’interdisait moi de le trouver à l’extérieur.

Tout ça pour vous dire que je déambulais dans les couloirs de ma grande maison qui me semblait si vide. Pourtant, mon propre bazar continuait de prendre énormément de place. Il y avait toujours l’ancienne chambre de mes parents remplis d’oeuvres diverses et variées. Des toiles vierges, énormément, entassées dans un coin en attendant d’être recouvertes de mon talent et de mon inspiration. D’autres, déjà remplies de couleur. J’avais pris soin de les séparer, les regardant avec nostalgie suivant l’humeur dans laquelle je me trouvais. D’un côté se trouvait toutes celles qui avaient les couleurs les plus chaudes. Celles qui avaient été témoins d’années de bonheur et d’insouciance, classées de la plus récente à la plus ancienne. Je m’y attardais un instant, commençant par la dernière, celle qui reposait contre le mur et remontais ainsi le temps. Par moment, les coups de pinceaux avaient été hésitants. Il manquait de la peinture, de l’harmonie, une certaine logique qui cassait un peu l’ambiance générale de la toile. Puis au fur et à mesure, on voyait qu’enfin l’artiste avait acquis la maitrise des techniques, de son inspiration, de lui-même. Le temps et l’expérience avait fait son oeuvre et l’on voyait enfin se profiler ce que j’avais en moi. Ce potentiel si peu exploité. J’avais su plus facilement reproduire ce que je voyais. Les émotions étaient presque palpables. Bien que j’utilisais différentes techniques afin de trouver enfin la mienne, on reconnaissait malgré tout ma signature. Ce qui faisait que ces toiles étaient les miennes et à personne d’autres. A côté, disposées exactement de la même façon, étaient rangées les toiles plus sombres. Celles qui avait précédé et surtout suivi Evy. Celles qui avaient traduit toute la douleur et la peine que j’avais ressenti à sa disparition. Mon coeur sembla se serrer et décidai de ne pas tarder d’avantage dessus. Enroulant mes doigts autour du pendentif qui ne me quittait jamais, je reposais les toiles les plus élégiaques de ma collection et terminais ma promenade sur mes quelques statuettes et autres sculptures de différents métaux. Le marbre, le plâtre, le bois. Rien de plus de 30 centimètres, ne me sentant pas le courage de me lancer dans un morceau plus colossal. Certaines étaient moins achevées que d’autres. C’était sur ces dernières que je m’arrêtais, m’extasiant presque sur celle qui était pour moi, le bijou des bibelots qui ornaient l’étagère aménagée. Un aigle taillé dans le bois, à main levée. J’avais passé plus d’une journée et demi, sans m’arrêter, pour la terminer. Haute d’une vingtaine de centimètres, les détails étaient saisissants. Je m’émerveillais tout seul de ce travail de professionnel. Je l’avais même oublié. Le seul trésor que j’avais pu faire de mes mains dans cet art. Je décidai alors de la déplacer et de la mettre sur le comptoir qui séparait la cuisine du salon.

Un verre se remplit rapidement à ses côtés. Puis un autre. Suivi encore d’un autre. Finalement, je ne les comptais plus. Je finis par m’avachir sur le canapé, à la place que j’occupais toujours lorsque Callan se trouvait en face. J’avais presque l’impression que ses prunelles azurées me fixaient. Je secouais la tête et me levais pour prendre la bouteille. Au train où j’allais, je n’avais plus besoin de verre.

Pfff… Je commence à devenir dingue… soupirais-je avant de descendre une longue lampée de whisky.

Un visage s’imposait à moi. Des yeux en larmes, suppliant de mettre un terme à leur supplice. Un soupir à peine audible mais mon prénom distinctif sur les lèvres. Une femme dont je ne parvenais plus à discerner les traits se tenait au bord d’une falaise. D’un trou noir. Tout était sombre autour d’elle et elle serait bientôt happer par les ténèbres. Je tentais de crier, de courir pour la rattraper, l'empêcher d'être capturée dans l'inconnu le plus total. Impossible. J’étais cloué sur place. Je pouvais mouvoir les membres supérieurs mais ne pouvais l’attraper et l’empêcher de choir. Je semblais même reculer. Mon coeur se déchirait à peu plus à chaque pas qui m’éloigner d’elle. Finalement, elle disparut. Son visage s’évanouit dans l’obscurité et me parvint alors un torrent d’un liquide sombre et épais. Englouti, je me réveillais brusquement, en sueur.

Haletant, le palpitant douloureux, la tête comme un ballon de baudruche. Un grognement m’échappait, presque un hurlement de douleur. Du coin de l’oeil, je jetais un regard à la place que le vampire occupait autrefois, regrettant amèrement son absence. Je frottais mes paupières closes, sentant que mes prunelles avaient pris une teinte dorée. Je serrais les dents et lorgnais la bouteille presque vide sur la table.

Le meilleur remède à la gueule de bois, soupirais-je.

Je grimaçais alors qu’un bruit me parvenait en direction de la cuisine. Comme si un oiseau avait pénétré dans la maison, j’avais l’impression d’entendre des ailes s’agiter. Pourtant le son était amoindri. Un petit volatile peut-être. Je soupirais, prêt à me battre pour tenter de le faire sortir, sentant le combat long à n'en plus finir et un Cameron qui finirait par abandonner, épuisé et saoul. Claquant mes cuisses de la paume des mains, essayant de trouver un semblant de courage au milieu de la brume qui avait envahi mon esprit, je me tournais face à la cuisine. Peu à peu, j’écarquillais les yeux, ne comprenant pas ce qui se trouvait devant moi. Je secouais la tête doucement et fermais les paupières un instant.

Je suis vraiment devenu dingue, ça y est !

Je passais à côté du canapé, gardant mes distances du rapace de bois. Toujours bien ancré sur son socle, il semblait vouloir s’en séparer, prendre son envol et regagner sa liberté. Je restais acculé contre le dossier du canapé, le tâtant à pleines mains pour être sûr de garder contact avec la réalité. Je fixais l’oiseau, craignant que si je m’en détachais, il finirait par m’attaquer.

Je ne te veux aucun mal tu sais… je secouais de nouveau la tête, dépité. Ou alors, j’étais dingue avant Callan et c’est lui qui bloquait mes visions….

Je secouais encore plus fort la tête. Ce n’était pas le moment de penser au vampire. Vraisemblablement j’avais d’autres problèmes pour le moment. Il finit par prendre son envol, prenant de la hauteur bien que limité par le plafond. Je levais les mains devant moi, prévenant une probable attaque. Peut-être était-ce un sorcier ? Voilà une raison logique. Je n’avais pas encore eu l’occasion de côtoyer de sorciers et n’en avais aucunement l'envie. C’était certainement les plus pacifiques de cette île, mais l’on était jamais à l’abri des mauvaises surprises. Surtout qu'impulsif comme je l'étais, je pouvais me retrouver dans une position des plus délicates voire dangereuses.

Toi là, tu veux bien sortir de ma sculpture. J’y tiens énormément !

Je gueulais comme un putois dans ma propre maison. Heureux d’être seul et donc sans personne pour me juger, j’usais de toutes les ruses pour calmer l’animal et convaincre la personne - si c’était le cas - possédant l’objet de laisser tomber cette idée folle. Je devais certainement ressembler à un vieux fou alcoolisé. Je secouais un doigt menaçant devant moi. Je bégayais. Je bombais le torse. Je larmoyais presque. Et pendant ce temps, mon coeur se cognait contre la paroi de ma boite crânienne.

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Le Nom qui brise le rêve. L’écho qui déchire l’imaginaire d’horreur. Quelques lettres vermeilles qui suintent sur la beauté de l’instant. Gouttes acides sur la langue qui s’avalent en brûlant la gorge. Le goût des larmes, les coups de l’arme. L’espoir d’une quelconque réalité disparait dans l’ombre du mot. Je suis dans l’onirisme et si je ne me reprend pas, c’est dans ses eaux cauchemardesque que j’irai me noyer. Callan me suit jusque dans ce monde qui ne devrait pourtant que m’appartenir. A-t-il finit par se saisir de mon âme pour être jusque dans mon sommeil ? Après tout ce temps, ses doigts ont-ils finit par saisir l’insaisissable ? Le bec claque sous l’aberration. Impossible. Je ne veux, je ne peux cesser de croire. C’est tout ce qu’il reste de ma vie passée. Je n’ai plus que mes convictions et mes idéaux et Josias s’en ai fait le gardien. Il n’a jamais cherché à les détruire, lui. Il veut les préserver et ne pêche que par sa maladresse pour y parvenir. Les griffes sur le socle. C’est l’abandon des pensées que je cherche, alors pourquoi m’y accrocher ? Une solution pour y couper, la chute dans laquelle je me jette. Par instinct. Peut être celui de survie tant je suffoque de mes incertitudes. C’est de moi-même que je dois me sauver.

Il n’y a qu’une vérité qui parvient à s’imposer au milieu des mensonges, une seule évidence qui rend les autres sans importance: Le monde n’est pas assez grand pour accueillir cette liberté que fait naitre le vide dompté. Si aucune respiration ne soulève le buste, chaque brise qui s’échappe des battements d’aile se fait souffle de vie. Rythme endiable d’un cœur figé. Je ne veux ni mur ni barreau. Ni fenêtre, ni prison. Je veux le ciel pour toit et les nuages pour plancher. Je veux m’envoler si haut, que les Hommes deviendront fourmi puis poussières, insignifiantes. Quelles différences alors entre l’humanité et les créatures ? Entre les anges et les démons ? Egaux dans l’anonymat de leurs existences. Hélas, le plafond limite mes évasions et l’homme ne devient pas atome. Mon regard se fond au sien alors que je choisis de l’ignorer, juste le temps de profiter… Quelques secondes à peine. Sa détresse est comme une flèche qui perce les plumes. Il vise juste et atteint sa cible, je reviens sur ce bord quitter encore titubante dans ce corps chimérique. La tête se pense et les yeux observent. Je scrute et détaille celui que je rêve, sans parvenir à reconnaitre ses traits, juste ses émotions. Que vient-il faire ici ? Quel message a-t-il à délivrer pour qu’il se matérialise ? Ne pouvais je m’éloigner des autres dans le sommeil ? J’aurai aimé voler au-dessus de mes landes, avec pour seule compagne, la solitude. Elles et moi, comme avant. Sans Jonah pour peindre ses sombres couleurs dans le paysage.

« Je ne l’emprunte que le temps d’un songe. N’es tu pas moi si je te rêve ? N’est-elle pas mienne si tu l’a créé ? »
J’ai engendrée de l’imaginaire cet homme titubant au cœur battant d’ivresse. Marionnette qui coupe ses fils pour s’animer d’une vie qui n’a rien de fantasmée. Je lui accorde le bénéfice d’une existence au-delà de mes songes. Peut être qu’un autre rêve et que nos inconsciences se heurtent. Le regard se fait rieur, remplaçant le sourire. La voix est pensée. « T’es-tu endormi, toi aussi ? » Que mon jumeau se libère de ses chaînes m’a une fois encore prouvé que rien n’est impossible. Et si le pire n’a pas de limite, le mieux non plus, soucis d’équilibre que l’on a toujours personnifié. La curiosité se fait moteur et de nouveau, les ailes se déploient avec délicatesse et lenteur. Mouvement mesuré pour ne pas l’effrayer outre mesure. Je me rapproche, aérienne, avant de regagner le sol, y sautillant ensuite. Oiseau maladroit qui n’est pas fait pour y rester. N’est-il pas rassuré de dominer de toute sa taille, le petit animal ?Lui est déformé de sa grandeur. Faudrait il que je disparaisse pour que ses tourments suivent ? Les iris le quittent, cherchant une échappatoire. Une porte entrouverte sur le dehors, une vitre cassée, n’importe quoi… L’aigle veut voler et puisque je le suis, je veux aussi. Je ne suis pas venu dans les limbes de Morphée pour effrayé qui que ce soit. Je voulais m’évader et je me retrouve à questionner. A me questionner. Rhétorique des limbes qui suit ses propres lois anarchiques.

« Penses-tu réellement qu’il puisse apaiser la folie ? »
Callan en est-il capable alors qu’il se le refuse, préférant se flageller de toutes ses souffrances. J’aimerai qu’il me réponde que oui. J’aimerai une preuve plus tangible de ce que je sais confiner au tréfond de l’âme damné et que l’immortel se borne à ignorer pour mieux pouvoir le réfuter. Pourquoi ? Parce que ma folie a toujours été de croire. Croire au monde. Croire en l’humanité. Croire en cet enfant qui ne meurt jamais et flamboie d’innocence même dans les plus sombres désillusions d’Adultes.  

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Je commençais à croire que le doute n’était plus permis. Je devenais fou. Voilà que j’entamais une conversation avec une sculpture de bois. Plusieurs possibilités s’offraient à moi. Premièrement, je dormais profondément sur le canapé, à poings fermés, peut-être même avec un léger filet de bave au coin des lèvres. Mon cerveau plus imaginatif que je ne le pensais me jouait un tour. Ni bon ni mauvais si tout cela se passait en effet dans ma tête. L’alcool y était certainement pour quelque chose. Deuxièmement, j’étais en effet bien réveillé et je perdais totalement la raison. Des années à boire comme un trou et à me prendre des coups à force de participer à quelques bagarres avaient déplacé quelques neurones, les avaient même fait disparaitre. Troisièmement, une personne extérieure me jouait un mauvais tour. Qu’il le fasse pour s’amuser ou pour me torturer, mon état était le même. Perplexe, perdu, peut-être même un peu effrayé par ce qu’il se passait. Les acidités du whisky me remontaient dans la gorge, ce qui n’aidait pas le moins du monde à me sentir mieux. Je secouais doucement la tête alors que je ne pouvais vraisemblablement pas quitté l’oiseau des yeux. Je craignais bien trop que celui-ci ne me saute à la gorge.

Mais je comprenais rapidement qu’il ne cherchait qu’à trouver une sorte d’échappatoire. Physique et morale. L’idée du sorcier me devenait de plus en plus logique. Alors que je questionnais l’animal fait en chêne, je demeurais surpris lorsqu’il me répondit. Une voix féminine. L’espace d’un instant, je me demandais si ce n’était pas Evy qui revenait me hanter. Les jours passés aux côtés du vampire l’avaient peut-être rendue jalouse et elle était revenue d’entre les morts comme elle l’avait pu pour me rappeler à l’ordre. Me rappeler mes voeux et l’amour éternel que je lui devais. Que nenni ! Je ne reconnaissais pas cette voix. Elle n’était donc pas la sienne.

Les mains devant moi, je prévenais un éventuel danger. Pourtant, le volatile demeurait à une distance raisonnable. Toutefois, il était hors de question que je le laisse s’échapper aussi facilement. Cette création était la plus achevée, la plus propre. J’y avais passé des heures interminables et nul ne pourrait me la prendre. Quel que fut l’argent proposé. Une seule chose pourrait me forcer à la céder, mais cet échange sera impossible, il ne serait pas équitable. Je secouais la tête lorsqu’elle me demandait si l’objet ne lui appartenait pas désormais. J’étais à court de mots, à court de souffle.

Cherchant toujours une explication, j’avais évoqué à voix haute l’éventualité que Callan avait été mon catalyseur. Celui capable de me calmer, d’adoucir ma douce folie, mes probables hallucinations. Puis je fronçais les sourcils. La voix me répondit comme si elle connaissait l’homme que j’évoquais. Je baissais alors les bras, fixant toujours la sculpture volante. Les mâchoires serrées, je vins poser des doigts fébriles sur la bague de fiançailles que je portais en pendentif. Je la tripotais du bout des doigts, souhaitant y quérir un certain réconfort. Comment étais-je parvenu à la conclusion que l’immortel pouvait apaiser ma folie ? Ma souffrance même ? Il m’était difficile de l’avouer, mais à ses côtés, je ne pensais plus vraiment à ce que j’avais perdu. Il avait la faculté de me changer les idées par sa simple présence. Je serrais d’avantage l’objet dans la paume de ma main. Je poussais un long soupir. Foutu pour foutu, je pouvais lui répondre.

J’aime à le croire…, soufflais-je. Je sais qu’il est loin d’être parfait, mais toutes les choses qu’il ne me dit pas, tout ce qu’il s’efforce de me cacher le rend vulnérable à mes yeux. Je ne sais pas pourquoi….

Je serrais encore la mâchoire et la bijou, fermant les yeux avec force. Voilà que je mettais des mots étranges sur l’amitié qui me liait au vampire. Je me mordais la lèvre inférieure, posant de nouveau mon regard clair sur l’aigle.

Toi qui semble connaitre Callan, comprends-tu où je veux en venir ou suis-je le seul à penser ainsi ?

Presque avec trop de nonchalance, je viens m’appuyer contre le mur derrière moi. Le dos droit, un pied en appui direct contre la paroi, j’observais le mouvement des ailes. Voilà quelque chose que je n’avais jamais peint. Le mouvement. Un mouvement rapide, furtif, presque incapable à capter mais dont le défi me semblait excitant. Je n’étais pas certain d’être à la hauteur de ce dernier. Un rictus apparut sur mes lèvres, je pouffais doucement. Voilà que je commençais à croire que la présence de l’allemand me manquait. Il m’aurait poussé à le faire, sans aucun doute et m’aurait regarder pendant des heures noircir une toile ou plusieurs. Il n’aurait pas bougé et serait resté là à observer chacun des mouvements de pinceaux, les traits fermés de mon visage sous la réflexion. Mes prunelles s’agitaient pour tenter de suivre les ailes qui se mouvaient devant elles. Ce n’était pas chose aisé mais étrangement, ça avait le pouvoir de calmer mon esprit qui partait dans tous les sens.

Maintenant que le stade de la surprise et de la peur sont passé, je serais curieux de savoir à qui j’ai à faire…

J’avais prononcé cela à voix haute, ne cessant mon analyse silencieuse des tremblements. Je m’imaginais déjà lancer la peinture sur la toile avec frénésie, cherchant à atteindre la perfection et ne parvenant finalement qu’à un vague sentiment de satisfaction. Evidemment, je pensais ce que je venais de dire. Je souhaitais savoir à qui j’avais à faire. Qui était cet être qui prenait ainsi possession des affaires d’autrui ? Qui était cette personne qui connaissait Callan et qui comme par hasard, atterrissait chez son « ami » si l’on pouvait me qualifier comme tel ? Etait-ce volontaire ? Etait-ce un messager à la solde du fils Mcguiness, venu ici pour voir ce que je pensais réellement de lui ? Voilà que je repartais de nouveau dans tous les sens.

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Je m’étais efforcé de ne plus penser à lui. A l’instant même où il était partit, j’avais même essayé de l’oublier. Sa fuite, après la tentative des rebelles de mettre fin au mouroir qu’était River Crow, s’était répandu comme une trainée de poudre dans les couloirs… Moins vide cependant que la colère de mon frère dès qu’il l’avait su hors des murs du manoir. Il l’a senti, sans doute un peu avant moi, de ce que je pense à présent pouvoir qualifier de sorcellerie. Il en avait été blessé, avant de comprendre. De le pardonner, lui qui était si prompte à se venger. Il s’était aussi promis de le retrouver, je l’avais entendu formuler cette promesses, murmure aux allures de prophéties. Je me pose la même question qu’à ce rêveur alcoolisé, connaissant pourtant déjà la réponse. Callan éloigne autant la folie qu’il peut la créer. Et je peux l’assurer parce que je l’ai constatée. Tantôt il canalisait la violente fougue de mon jumeau, tantôt il l’attisait en promesse de vermeille dans une logique instinctive inconnue. Aux côtés de Josias, j’avais voulu effacer tout ça. Il était partit, mon frère aussi, je pouvais me reconstruire dans leur absence et je ne les voulais dans aucune des fondations nouvelles. J’avais tort, je ne peux avancer, en continuant d’enterrer tous les cadavres de mon passée. Je refuse de les voir putrifier mon avenir, pour le luxe d’un présent insouciant.

Dans un jeu enfantin, j’observe de mon œil acéré de rapace, ce qui est démesurant grand. Et en cet instant, c’est l’anneau avec lequel ses doigts insistants malmènent qui attire mon attention. Des questions que je n’ai pas encore l’impétuosité de poser,  même à un être supposé rêvé. Il a le droit à la pudeur, que seul des confessions briseront.

Dans les conversations où il ne joue pas, ses silences cachent ses faillent. Il se tait quand on s’en rapproche, quand notre vérité heurte la sienne.
Callan n’est pas un Monstre, ça arrange juste le Monde de le penser. Ainsi, il peut le détester. Je ne l’ai jamais cru, peut être que moi aussi, ça m’arrangé mais le mensonge n’est jamais une solution. L’immortel est autre chose qu’un démon sans cœur, que les fées ont dédaignées de qualité. Il est un enfant blessé. Il se complait dans sa malédiction, préférant succomber des symptômes que de la combattre. Je l’ai vu capable d’égard insoupçonné pour mon frère. Il vaut plus que ce masque dans lequel il se perd. Le temps est passée cependant, depuis la dernière fois que je l’ai vu. Peut être que les choses ont changées. Qu’il a changé. Il devait avoir ses raisons de partir… sans doute les mêmes qui le pousseront à revenir. Jonah doit le chercher, il n’arrêtera que lorsqu’il le retrouvera. Il a toujours eut cet… acharnement, cette force à essayer, encore et encore. Si seulement, elle n’était pas alimenté par de sombres ambitions. Je claque mon bec, secouant ce cou que des plumes de bois pârent. Les pensées ne devraient pas être un bagage qu’on emporte dans ses rêves.

J’ai laissée qui j’étais en m’endormant. Rêver s’est s’en évader, non ? Je fais quelques pas maladroits, avant de finalement sautiller, battant des ailes pout me poser sur le coin de la table. Alors disons que… Je suis un voyageur. Je pourrai sourire si j’avais des lèvres pour le dessiner, mutine et espiègle, le regard pétillant de malice. Mais toi, qui es-tu ? Est-ce dans ton songe que j’ai atterris ? Pourquoi ? La dernière question est commune. Je me la pose autant qu’à lui. Je connais bien mon imaginaire, pour y avoir souvent voyagé et ce n’est pas sa création. Je ne suis pas dans mon monde, je ne peux être que dans le sien. Est-il un de ces sorciers dont j’ai entendu parler ? Je me sens comme une enfant sur une terre inconnue. A la fois terrorisée des monstres qui la foule que curieuse de la magie qu’elle transpire. Josias s’emploie chaque jour, à couvrir des mois de mensonges, par des vérités volées au court de ses sorties. Je fais de même lorsque je quitte la maison pour rejoindre la ville, y déambulant au grès des rumeurs. Je rattrape ainsi les années d’emprisonnement où j’ai été coupé de la réalité humaine. Je ne sais si je peux encore me qualifier ainsi… Mais je ne me retrouve pas dans les Enfants de Caïn. Mon sire est l’un des rares à me démontrer qu’un cœur mort, peut encore battre d’émotions intenses. Il en anime le mien en tout cas.

Je suis désolée, je ne voulais pas vous effrayez. Ni vous causez le moindre trouble.
Je ne parviens à saisir ce qui continue de m’échapper. Je me suis endormi dans mon lit, il y a que dans celui-ci que je devrai me réveiller. Dans mon corps quand bien même il est mort. Si nous ne sommes dans mon rêve, je suis tout aussi perdue que lui.


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