The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

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 It's hard to maintain, any smile on my face (ft. Lahja)

Djinn
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It's hard to maintain, any smile on my face
Lahja Vehviläinen & Henrik Jorgensen

 
« Now tell me: how did all my dreams turn to nightmares? How did I lose it when I was right there? Now I'm so far that it feels like it's all gone to pieces Tell me why the world never fights fair I'm trying to find  »
Cigarette entre les lèvres, qui se consume lentement, sans qu'il n'aspire la fumée pour autant. Bouteille de whisky dans la main, sans qu'il ne la vide pour autant. Regard vide posé sur l'horizon et ce soleil, qui pointe timidement son nez au travers des nuages lourds. Paysage quotidien de cette île de malheur. Qu'il n'a pas encore su apprécier. Probablement parce qu'il n'apprécie plus grand chose. Ni les couleurs châtoyantes, de ce début de journée. Ni l'air frais et marin, qui s'écrase sur son visage buriné. Ni même cet alcool, qui brûle régulièrement sa gorge, lorsqu'il daigne pointer la bouteille à sa bouche. Profond soupir, qui ne fait qu'exprimer la terrible lassitude qui traîne contre sa peau. Dans le fond, il n'a même plus envie de se nourrir. Il n'a même plus ce besoin, de conserver sa vie si longue, qui lui permettrait d'apprendre toujours plus. Il a devant lui, à portée de main, tant de connaissances nouvelles à acquérir. Et pourtant il reste là, planté, droit comme un piquet, à observer le monde, sans avoir l'air d'en faire partie pour autant. Cruelle existence, qui se rappelle à lui sans discontinuer. Dans cette faim, qu'il ressent pourtant au plus profond de ses entrailles. Et puis il se dit, quelque part, là au fond de lui, qu'une chasse lui fera le plus grand bien. Rien de très important. Un simple humain à attaquer. Plus pour le plaisir d'être le prédateur, que par réelle envie de se nourrir. Les lois sont contre lui. Cette coalition des races, est contre lui. Seulement il s'en moque bien, de tous ces gens qui pensent décider pour lui. Dans un geste sec, il jette sa cigarette à moitié consumée sur le sol, il amène la bouteille à ses lippes, pour vider la dernière gorgée et à l'instar du bâton mortel, il en jette la carcasse sur le sol. Et enfin il se décolle de son mur, pour s'éloigner d'une démarche, d'abord incertaine, puis beaucoup plus assurée, à chacun de ses pas.


Son dévolu se porte bientôt, alors qu'il s'éloigne de la ville, sur cet homme, qui s'est aventuré bien trop loin de sa demeure, de son centre adoré. Imprudent bienvenu, qu'il observe d'abord de ce sourire sardonique qui le caractérise tant dernièrement. Traits figés, dans une impression d'indifférence, qu'il quitte rarement. Même s'il s'apprête à réveiller sa nature profonde. Même s'il s'apprête à attaquer cette personne. Même s'il va faire quelque chose, qu'il apprécie finalement. Tout cela n'importe que peu. Il s'approche finalement, dans un bruit calculé, destiné à effrayer. La peur sur les visages. Il s'en délecte inconsciemment. Cela lui ressemble peu. A l'origine. Seulement plus rien ne l'étonne maintenant. Des yeux se lèvent vers lui, l'effet semble réussi. Ce n'est donc pas une créature. Ce n'est pas une de ces choses, sur lesquelles il ne pourrait pas se nourrir. L'humanité est probablement la seule à s'effrayer encore de ces bestioles variées. Ses lèvres s'étirent un peu plus, la proie tente de fuir... pas longtemps. Juste quelques enjambées, il essaye de retourner vers son domaine. Pas assez vite néanmoins. Le Djinn trouve le moyen de le rattraper et d'un coup de pied, le fait trébucher et tomber lourdement sur le sol. Le cri s'échappe. Et lui soupire en réponse. Shhhh! Sa main vient caresser ses lèvres, dans ce mouvement si caractéristique du silence. L'homme veut crier bien sûr. Il est au courant des lois lui aussi. Il sait que le génie n'agit pas comme il le devrait. Alors il laisse ses poumons s'exprimer, lorsque le danois réplique d'un claquement de langue agacé. Il ne prend que quelques secondes, pour prolonger son contact et enfin anéantir toute forme de velléité, en le plongeant dans ce monde de rêve si caractéristique.


Sa peau s'illumine, de ce bleu, de ces tatouages et sa nature se révèle. En plein jour. Il peut le faire maintenant. C'est interdit, certes, d'utiliser les humains non consentants pour se nourir. Seulement personne ne s'étonnera de le voir changer de peau de cette façon. Hey! Vous là! Arrêtez! Concentré sur son acte, il n'a pas entendu les pas derrière lui. Concentré sur son méfait, il n'a pas imaginé une seconde être pris sur le fait. Lui habituellement si prudent, vient de se faire avoir de la pire des façons. Son regard vient se poser, sur celui qui s'est interposé. Noir, presque agressif, il l'observe, comme pour évaluer le danger qu'il court, à rester dans le coin. Délaissant sa victime une seconde, il se redresse, de toute sa hauteur, comme pour impressionner le nouveau venu, avant de lancer d'un ton plus tranquille que son tumulte intérieur. Oh mais je fais rien de mal voyons. Il m'a pris pour le génie d'Aladin. Je n'ai fait que lui offrir un voeu. Ses lippes s'écartent d'autant plus, de ce sourire moqueur si présent parfois. Il se joue de lui, le prend pour un idiot, quand visiblement, il ne l'est pas. La blague n'est pas appréciée à sa juste valeur et l'intrus s'approche de lui, presque menaçant. Une seconde, le plus grand prend peur, face à cet inconnu. Il peut être n'importe quoi. Absolument pas humain. Une créature sur laquelle il ne pourrait avoir le dessus. Le djinn sait qu'elles existent, même s'il ne sait pas encore les distinguer. Alors il recule d'un pas, trébuche sur le pied de sa victime et chute au sol, violemment. Forcément. Il s'éloigne encore, sur le sol, avant de se relever le plus prestement possible. Sa dignité semble enfuie, mais il réussit à relever le menton, pour toiser le perturbateur. Vous êtes hors la loi. Et vous le savez. La main fuse, droit vers sa gorge qu'elle agrippe. Le Djinn se moque bien de blesser quelqu'un d'autre. On va s'calmer monsieur l'agent. J'voudrais pas vous envoyer au pays des rêves à votre tour... Ses dents viennent agripper ses lèvres, en une expression visible de ravissement. Sans aviser le sorcier, qui semble pourtant à deux doigts d'utiliser ses pouvoirs contre lui...
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Henrik Jorgensen | Lahja Vehviläinen

Dublin, plus souvent appelée le Purgatoire. Zone crainte et évitée que Lahja n'avait pas encore foulé, retenue par les appréhensions carnassières de son frère. Lui qui ne pouvait s'empêcher de l'imaginer disparaître au moindre coup de vent. Lui qui tentait de la préserver du pire alors qu'autour d'elle, le danger était devenu omniprésent. Elle entendait ses mises en garde, ses conseils, sans pourtant les appliquer à son quotidien bancal. De plus en plus esseulée par les missions qu'elle se donnait. Comme pour fuir toutes les émotions abîmant son muscle moteur lorsque le silence remplaçait les pleurs des enfants, la douleur des patients et les protestations éternelles des prisonniers. Cela faisait un moment, que brique par brique, elle s'emmurait dans la stérilité d'une vie vouée à ce devoir qu'elle n'avait pas choisi d'endosser. Leader des élémentaires, représentante du peuple sorcier. Tant de mots qui ne voulaient pas dire grand chose au final. Des mots qui, au fil du temps, s'étaient pourtant intégrés aux cellules les plus profondes de son organisme, jusqu'à en altérer son Humanité dans l'espoir d'être suffisamment forte et digne pour sauver les meubles. C'était ce que ses parents auraient voulu qu'elle fasse, après tout. Cependant, le chaos n'en avait pas fini de s'emparer de ses rêves. Il n'en avait pas fini de piétiner ses fragilités, quitte à emplir sa tête de cauchemars désordonnés. Le monstre de ses angoisses ravageant à chaque fois un peu plus les aurores boréales qui constellent ses desseins ainsi que sa compassion. Cela lui donnait la sensation de sentir son âme s'étioler au moindre souffle qu'elle prenait. N'était-ce pas ridicule de porter le monde à bout de bras alors que l'on peinait soi-même à se guérir ? Cette île la changeait et le relent des erreurs qu'elle avait commises lui brûlait la trachée. Il était si dur de se battre contre la noirceur oppressante de la nouvelle vie qu'on lui avait imposé. Il était si dur de rester brave, de sourire et de ne pas céder à ces furies qui ne rugissaient qu'à l'intérieur de son ventre. Il était si dur de rester humaine, tout simplement. Pourtant, il le fallait. Alors, à chacun de ses réveils, elle délaissait ses propres fissures pour mieux colmater celles de ceux qui en avaient le plus besoin. C'était son exutoire : donner pour mieux s'effacer.

Et surtout oublier, qu'elle aussi souffrait. D'autres maux, d'autres histoires. De quelques lambeaux qui  hantaient le creux de ses insomnies pour lui retirer le luxe immatériel de l'inconscience, gardant ses paupières grandes ouvertes sur tout ce qu'elle avait pu rater lorsque le monde était encore paisible et tranquille. Lorsque le monde était encore civilisé. Ce monde-là n'était plus et une part d'elle-même avait été assassinée lorsque ses parents ont été tués. Lahja n'était plus la même depuis l'événement, depuis que la haine était dominante. Cette femme qu'elle croisait au détour d'un miroir lui était totalement étrangère. C'est quelque chose de terrifiant de se faire face sans pour autant se reconnaître. De se chercher au fond d'un reflet sans jamais se trouver. Pour cela, elle n'avait que sa mémoire en sourdine, même si tous ses plus beaux souvenirs avaient un goût amer, prêt à l'étrangler à tout moment si elle prenait le risque de se perdre à l'intérieur. La plupart du temps, elle préférait s'accrocher à la réalité de la guerre qui se préparait, à cette diplomatie avec laquelle elle s'habillait pour mieux éloigner l'ennemi. Maintenir la précarité du traité étant une tâche bien plus difficile qu'elle ne l'aurait cru puisque la survie devenait peu à peu une excuse aux plus terribles des ignominies. Puisque la violence ambiante était si présente qu'elle justifiait les moyens. Pour elle, ce n'était qu'un amas de mensonges au sein duquel certaines créatures tiraient profit. Le seul bémol inévitable à son semblant d'harmonie, le crissement sévère contre le tableau noir de cette faible droiture qui traînait dans l'air. De l'air que les générations futures inspiraient inconsciemment, incrustant déjà dans leurs pores les arts de la guerre et de la discorde.

C'était donc à Dublin qu'elle s'était rendue cette fois. Muselant la frénésie de ses regrets pour mieux laisser parler son implication dans la cause. Pour être plus efficace. Avec quelques uns de ses collègues et surtout Clent puisque c'était le compromis qu'elle avait passé avec son frère pour qu'il la laisse partir. En repérages, dans le but de se familiariser un peu plus avec les progénitures d'Ève. Elle était celle à qui l'on faisait confiance, celle qui savait discuter et apaiser les tensions. Le rôle d'une médiatrice, une patte blanche face à des mains pleines de sang. Du moins, c'était l'image qu'on lui attribuait et quelque chose dont elle usait comme marque de fabrique. Seul Heikki connaissait ses plaies, ses défauts. Le tranchant que pouvait avoir ses mots avec lesquels elle apaisait pourtant les autres. Tous ces autres qui ne la connaissaient pas et qui avaient bien trop à faire pour s'user l'échine à déchiffrer ses attitudes asociales. Mis à part Clent qui commençait à peine à comprendre les subtilités frauduleuses derrière lesquelles elle se protégeait. Elle l'appréciait de ne pas la sous-estimer mais surtout de la manière qu'il avait de la traiter d'égal à égal. Ce n'était que peu de choses. Peu de choses qui pourtant savaient l'apaiser. Ils se soutenaient et Lahja lui vouait presque son entière confiance. Même si parfois Clent partait au quart de tour. Agressif et quelque peu impulsif, même si ce n'était que pavé de bonnes intentions. Il lui arrivait de déborder, de laisser parler sa haine face au crime plutôt que sa raison face à l'individu. Et c'était une de ces situations qui s'offrait à eux, soudainement, comme un cheveu dans la soupe alors que Lahja discutait avec un de leurs collègues à l'intérieur de leur 4x4. Du moins jusqu'à ce que la voix rauque de Clent n'alourdisse l'atmosphère d'hostilités, alarmant ainsi leur sens et leur méfiance. Ils n'ont pas eu le temps de sortir du véhicule que les deux hommes en étaient déjà arrivés aux mains.

Elle ne le reconnaissait absolument pas, de loin. Non, elle ne reconnaissait pas ce corps qu'elle avait pourtant tant aimé autrefois. Cette grandeur qui était si caractéristique à sa personne ne lui disait rien. Puisqu'elle s'était efforcée de l'enterrer, à la force du temps qui passe, sous les miettes des rêves qu'ils avaient partagé. L'élémentaire avait laissé son amour se meurtrir aux caresses de la solitude. Elle l'avait abandonné, dans le flou inébranlable que dégageaient ses longs silences, ne lui laissant que les effluves éphémères de son parfum comme adieux. Il a fallu qu'elle s'avance, avec l'inconscience innocente dont suintait le moindre de ses pas, pour finalement s'attacher à ce visage. Celui-là même qu'elle avait embrassé plusieurs centaines de fois... Avec un désir, une passion, si purs et authentiques, qu'elle n'avait jamais envisagé des les offrir à quelqu'un d'autre. Il a fallu que leurs regards se perforent, que le sien lui fasse l'effet d'un barre de fer frappant son ventre, pour qu'elle comprenne finalement qu'il était là. Face à elle. Sa présence lui faisant revivre la fulgurance de ce qu'il parvenait à lui faire ressentir, en l'espace d'un simple battement de cœur, puisque dans sa poitrine, ce dernier s'acharnait. Jusqu'à lui en faire mal. Son corps refusant de répondre aux ordres que lui donnait son cerveau pour retenir Clent. Pour l'affronter, lui. La honte rongeant toutes les particules composant ses muscles, y compris ses poumons qui s'atrophiaient sous son impression d'être prise au piège alors que son souffle se coupait. Jusqu'à ce qu'elle sente la terre trembler sous ses pieds puisque Clent avait choisi de se défendre, laissant le sol se craqueler progressivement jusqu'à sous le djinn. Djinn qu'elle connaissait et qu'elle découvrait alors que ses prunelles déstabilisées parcouraient des tatouages qu'elle avait trop de fois caresser pour ne pas parvenir à les identifier. Et aussi soudainement qu'elle semblait s'être tendue, elle s'était mise à hurler, s'interposant entre eux pour limiter les dégâts, cherchant à inciter Henrik à relâcher son emprise alors que Clent incitait la Terre à engloutir son assaillant.

« Clent ! Arrête ! Je le connais, arrête. »

Le souffle court, l'esprit entremêlé par des émotions qui lui échappaient, elle fixait son ami sans ciller. Pour qu'il sache qu'elle avait les choses sous contrôle, pour qu'il lui fasse confiance. Ce qu'il fit, cessant les perturbations terrestres qu'il émettait de par sa magie, pour finalement s'éloigner et s'occuper de l'humain, mis en sommeil par celui qui avait été la cause de ce grabuge, ne se privant cependant pas de le toiser avec agressivité. Elle tenta de se reprendre durant quelques secondes, les mains déjà moites et le cœur pris dans un tourbillon d'effervescence, avant de finalement lui faire face. « Henrik... » C'était presque un soupir, une plainte directement venu de ses entrailles, qui rendait le son de sa voix fébrile et usé alors qu'elle passait une main nerveuse dans ses cheveux blonds. Elle s'emparait à nouveau de son regard, bien consciente que de toute évidence, il fallait qu'elle assume. Henrik, six lettres qu'elle n'avait plus prononcé depuis tant d'années que sa douleur n'en fut que plus vive. Henrik, dont elle avait cru pouvoir se défaire mais qui, de par son absence dans sa vie, avait su briser son cœur nordique.


(*) TRADUCTION : I was stuck in love. Captive, as you too. Even though I row to the end of the world, your shadow will follow me there too.





You'll be given love, you'll be taken care of, you'll be given love, you have to trust it. Maybe not from the sources you have poured yours, maybe not from the directions you are staring at. Twist your head around, it's all around you. All is full of love, all around you, all is full of love. All is full of love.

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Sur cette dispute concentré, il n'avise rien autour. Ni ces amis, qui s'avancent vers eux, ni cette magie, qui semble prête à se déclencher contre lui. Seule l'agressivité, émanant de son adversaire du moment, semble lui importer. L'humain endormi, n'est plus que secondaire, dans ce conflit. La fierté s'éloigne, pour faire place à cette violence latente, qui court dans ses veines depuis trop longtemps. Chaque jour le blesse, le pousse à prendre sur lui. Chaque occasion, pour se défaire de ce tumulte intérieur, est bonne. Cet homme sera son exutoire du moment, à défaut de mieux. Les pas se font plus nets, ils détournent son attention au moment où il allait enfin utiliser sa faculté contre lui. Ses yeux s'évadent, quitte son regard noir, pour ancrer le sien. Sa prise sur le sorcier s'affaisse légèrement alors que son coeur s'emballe comme jamais auparavant. Son palpitant perd pied, semble vouloir s'évader de sa cage, en une bruyante course contre lui. Ces azurs perdues, qu'il n'aurait jamais cru revoir, le transpercent, comme un couteau viendrait s'échoir dans sa peau. Les vestiges de leur passé viennent le hanter soudain. Juste quelques secondes. Il ne lui faut que quelques secondes, pour que les souvenirs se mélangent avec la réalité. Cruels, ils viennent se planter dans sa chair, comme autant d'épines. L'exactitude de quelques détails perdus, viennent gratter son âme et l'abîmer allégrement. La douceur de sa peau contre la sienne. La chaleur de son corps contre le sien. La légèreté de ses lèvres sur les siennes. L'amertume, de tous ces moments, passés l'un avec l'autre.


Et le craquement de la terre, sous ses pieds, qui le ramène aussi sec à la dure réalité. Ils ne sont plus en Finlande. Ils ne sont plus dans la douceur de leur cocon oublié. C'est l'Irlande et la sévérité de ce monde qui n'est plus que ruines. A l'image de son coeur, qu'elle a détruit de ses mains, en le quittant sans mot dire. Ses prunelles la quittent, pour revenir sur l'homme, qui l'a agrippé à la gorge à son tour. Egaré dans ce monde perdu, il en a perdu le contrôle sur ses actes et cette bagarre, pourtant dangereuse. Clent! Arrête! Je le connais, arrête! Sa voix s'élève, plus grave que dans son souvenir. Plus autoritaire aussi. Difficilement il déglutit, sentant une bile amère remonter sa trachée. Il ne se sent pas bien. Son estomac se soulève, il a envie de s'enfuir en courant pour ne pas la laisser s'incruster de nouveau dans chaque pore de sa peau. Son regard reste dans celui dans l'homme, pour ne pas se perdre de nouveau dans le bleuté de ces yeux. Etrangement il se rassure, dans l'agressivité authentique de ce Clent, qui semble se défaire de l'emprise avec peu d'entrain. Le génie lui même, desserre ses doigts, peu enclin à se montrer si mauvais, en la présence de l'ange de sa vie. Henrik! Son prénom résonne étrangement entre ses lèvres. Comme un soupir révolu, qu'il n'aurait jamais cru entendre de nouveau.  Chaque battement de son coeur, résonne jusque dans ses tympans et il comprend, à ce moment, qu'il n'en a pas la force. Il ne peut pas affronter cette femme, ce fantôme du passé. Chaque cri poussé, chaque larme versé, chaque verre vidé, revient dans sa face, comme une claque douloureuse. Alors c'est plus fort que lui. Il revient poser ses yeux dans les siens. Une seconde, deux secondes, trois secondes ne passent. Longue agonie, qu'il conclut d'un pincement de lèvres.


Les mots se bousculent, comme une litanie, mais pas un ne réussi à franchir la barrière qu'il impose. Il ne veut pas lui parler. C'est sans dire un mot, qu'il se détourne alors. Raide comme un piquet, il essaye de ne pas s'écrouler sous le poids de ses sentiments à peine admis. Lentement, douloureusement, il lève le pied pour s'éloigner. Chaque parcelle de son corps, lui crie de rester là, pour la prendre dans ses bras au moins une seconde. Chaque cellule de son être le pousse à mettre de côté cette douleur, pour simplement se réjouir du fait qu'elle est encore en vie et se tient, là, devant lui. Seulement il ne parvient pas à s'écouter. C'est son coeur, trop abimé, trop touché, qui prend le pas sur tout le reste et qui le pousse, dans cette course salvatrice. Chaque pas lui coûte, il se sent de plomb et difficilement il s'éloigne, tout en marmonnant entre ses dents. Elle n'est pas morte putain... Elle m'a juste abandonné. Ce doute, qui ne le quittait plus depuis son départ, s'évanouit désormais pour faire place à cette certitude. Dans sa douleur, il retrouve son Danois maternel. De toute façon, il ne fait que se parler à lui même. Il ne veut pas lui parler. Pas à elle. Pas à cette femme qu'il a tant aimé. Chaque sentiment revient, exacerbé par cette absence prolongée. Impossible pour lui de réfléchir, dans cet entrelac que forment ses sentiments et souvenirs. Impossible aussi, de lui faire face, en toute rationalité. La fuite lui semble être le meilleur échappatoire, pour ne pas prononcer ces choses, qu'il viendrait à regretter ensuite. Pourtant il en a, des choses à lui dire, des choses à lui reprocher, des choses à lui demander. Il s'en sent incapable...
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Henrik Jorgensen | Lahja Vehviläinen

Et puis la peur vient remplacer ce qui aurait dû être toute l'affection qu'elle pouvait lui vouer. La peur qu'il ne la rejette. Froidement et brutalement. Avec des mots incisifs et les lames d'une colère qu'elle méritait pourtant de recevoir. La peur qu'il ne l'ait complètement effacé. De sa mémoire tout comme de son cœur. Celle de croiser, au fond de ce regard en lequel elle s'est si souvent perdue, le dégoût et la haine que l'on peut éprouver après avoir été abandonné. Celle qu'ils ne se reconnaissent plus, qu'ils ne soient devenus pour l'un comme pour l'autre de simples étrangers ; dupés par le temps qui passe et qui s'en fout. Eux, qui pourtant, ne s'étaient jamais lassés de s'apprendre par cœur. Parfois même jusqu'à en perdre le fil des heures et de la vie, à l'extérieur. Cette douleur qui s'épanche en sa poitrine emporte la constance de ses souffles et mitraille ce sang-froid derrière lequel elle avait pourtant l'habitude de se cacher. Tout autour d'elle s'embrume. Ses émotions la pulvérisent de l'intérieur, faisant trembler son corps tout entier alors que l'inertie, doucement, la tétanise. Puisque toutes ses armures, face à lui, ne valent rien. Puisqu'il connaît la brillance de ses larmes autant que les couleurs qui pouvaient colorer ses lèvres à ces sourires dont il avait été le plus puissant créateur. Avant qu'elle ne disparaisse, avant qu'elle n'écoute ses peurs et ne devienne l'esclave de ses terreurs. C'est entre ses phalanges que demeurait le squelette de son amour, dans le fond de ses pupilles qu'elle s'autorisait à vivre et à respirer. Réellement. Il était son sanctuaire, la plus addictive de ses évasions. Henrik savait comment tracer le contour de ses rêves sur sa peau, lui avouant des douceurs que personne n'aurait pu s'imaginer lui appartenir. Elle aimait s'inventer gardienne de ses fragilités, amante de ses ambitions. Persuadée qu'ensemble ils pourraient effleurer ces cimes célestes au sein desquelles s'immortalisaient leurs étoiles. Leur histoire était limpide et évidente. Comme les premières lueurs d'un soleil attendu, jusqu'aux derniers précieux éclats de l'astre lunaire. Des instants irréels qui s'harmonisaient étrangement au quotidien qu'était devenue leur vie à deux.

Mais rien ne dure éternellement et irrévocablement, sont apparues les premières fissures. Responsable de la terrible coupure, créatrice de cette intense déchirure qu'a été leur rupture. Lahja porte en elle le fardeau de tout ce qu'ils n'ont pas pu concrétiser, l'amertume sordide d'avoir cédé à la lâcheté. Le regret d'avoir tiré un trait sur ce qu'ils étaient en échange d'heures creuses, où résonne le silence cadavérique de son égoïsme solitaire. Elle s'en maudissait parfois, lorsqu'elle se souvenait de lui. De leurs nuits. De sa voix au réveil, aimante et sincère. Davantage depuis que les murs de cette prison l'empêchaient de se réaliser en tant qu'individu. En tant que femme, en tant qu'humaine. Depuis que les murs de cette prison l'empêchaient de le retrouver, de réparer son erreur. La sensation d'avoir tout foutu en l'air agitant ses cauchemars jusqu'à la frénésie. Ce sont les ombres de ces regrets latents qui revenaient s'évanouir dans l'azur de ses iris alors que peu à peu, les deux hommes s'éloignaient l'un de l'autre. Elle ne parvenait pourtant pas à détailler autre chose que les traits de son visage, s'abreuvant du moindre détail que ce dernier possédait. Comme si cette image était la dernière qu'elle aurait de lui. De peur qu'il ne s'efface pour de bon. Après être apparu, sans qu'elle ne l'attende, dans son champ de vision. Mais il se tourne finalement vers elle. Et si ce n'est pas lui qui l'agresse, c'est bien son silence et toute cette douleur noire qu'elle déchiffre dans le regard qu'il lui porte. C'est la première fois qu'il la regarde de cette manière. La première fois qu'elle se sent condamnée par les déceptions qu'elle lui a laissé en souvenirs, par l'abandon injustifié pour lequel elle s'était détournée de leur relation.

Lahja n'entend plus Clent. Elle n'entend plus ses amis qui s'inquiètent derrière elle. C'est à peine si ce monde, au-delà de celui qu'elle avait façonné avec Henrik, n'existe encore pour elle à cet instant. Monde qu'il repoussait pourtant volontairement en se détournant d'elle, la laissant à ses erreurs et à sa culpabilité alors qu'à l'intérieur de sa poitrine, son cœur de finlandaise s'effondrait. Encore une fois. Peut-être la fois de trop. Son regard se perd l'espace de quelques secondes sans savoir où s'accrocher. Puisqu'il a choisi de s'en aller. De la laisser, comme elle-même l'avait laissé quelques années plus tôt. Bientôt, des larmes viennent remplacer l'horizon qu'elle contemple et elle n'a pas la force de les retenir. Incapable de faire semblant cette fois. Pas assez forte pour prétendre qu'il ne la touche pas. Pas assez solide pour prétendre qu'elle n'avait pas besoin de lui. Déchirée, entre le constat que tout était fini, par sa faute, et l'irrépressible besoin qu'elle avait de le retenir. Elle hésitait, aussi immobile qu'une statue de marbre alors que ses pas à lui agrandissaient la distance qui les séparait. La raison aurait certainement dû l'emporter sur le cœur mais toute la douleur environnante, le chaos dans lequel ils étaient prisonniers, lui interdisaient de ne pas le rattraper. Dans le cas contraire, ça n'aurait été que prendre le risque de le perdre définitivement. Et ils n'avaient plus le temps, plus le luxe de s'oublier à présent. Elle avait perdu sa famille. Elle ne survivrait pas à l'idée de le perdre, lui aussi. Alors elle s'est mise à courir, pour lui faire face à nouveau, posant ses deux mains contre son torse pour l'empêcher d'avancer. Seul. Et sans elle.

« Non... Tu ne peux pas me laisser comme ça. Pas maintenant. »

Pas maintenant alors que le monde se déchire sous leurs yeux. Pas maintenant alors qu'ils peuvent mourir, d'un instant à l'autre. Pas sans qu'ils ne trouvent la force de se dire toutes les choses qu'ils doivent se dire. Elle refusait son indifférence mais plus encore son silence, son absence alors qu'ils étaient si proches, l'un de l'autre. Comment pourrait-elle reprendre le cours de sa vie après être tombée sur lui sans qu'il ne lui ait adressé la parole ? Comment pourrait-elle aider les autres si elle ne parvient pas à apaiser les maux qu'elle lui a causé ? La fuite lui avait permis d'occulter sa souffrance mais maintenant qu'elle l'avait vu, maintenant qu'elle l'avait senti au plus profond de son regard, les choses étaient différentes. Sa présence inopinée, leurs chemins qui se croisent à nouveau, piétinaient le déni dans lequel elle s'était emprisonnée jusqu'ici. Il était réel et elle n'avait plus envie de le fuir, plus envie de faire comme s'il n'avait jamais existé.

« Hurle-moi dessus, si tu veux. Insulte-moi mais ne me laisse pas comme ça. »

Et même ces larmes, qu'elle ne contrôlait plus, ne pourraient pas décrire la douleur que son silence provoquerait en elle s'il l'abandonne à ces retrouvailles écorchées. Lahja connaissait l'horreur de ce nouveau monde. Elle savait à quel point tout était fragile à présent. Fragile et éphémère. Et Henrik lui rappelait qu'il lui restait encore une véritable raison de continuer, une raison pour elle de ne pas se perdre pour de bon. S'il était là, elle n'était plus errante. S'il était là, c'est un morceau de sa famille qu'elle récupérait. Et sa violence, comparé à son absence, n'était au final que peu de choses.  


(*) TRADUCTION : I was stuck in love. Captive, as you too. Even though I row to the end of the world, your shadow will follow me there too.





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It's hard to maintain, any smile on my face
Lahja Vehviläinen & Henrik Jorgensen

 
« Now tell me: how did all my dreams turn to nightmares? How did I lose it when I was right there? Now I'm so far that it feels like it's all gone to pieces Tell me why the world never fights fair I'm trying to find  »
Chaque pas qui l'éloigne, fissure son coeur, son âme, juste un peu plus. Elle est là. A portée, de doigts, de bras, de lèvres. Tout ce qu'il doit faire, c'est se retourner et prendre possession de ce corps, qu'il a tant aimé auparavant. Chaque ligne, chaque courbe, chaque frisson, lui revient en mémoire tandis que la distance s'agrandit, un peu trop lentement à son goût. Il est trop près. Il peut sentir son regard darder son dos, ses épaules s'affaissent face à la tourmente de ses sentiments trop intenses. Quand le passé s'impose, qu'il vient s'insinuer dans ses veines alors qu'il était prêt à faire son dueil, de leur relation enfouie dans un puit d'oubli. Cette tignasse blonde, n'était plus qu'un point dans son esprit. Toujours là, grattant parfois sa carapace trop durement forgée, s'incrustant dans son être jusqu'à lui rappeler pourquoi il n'est plus le même, pourquoi il se sent parfois mal en respirant simplement, pourquoi il a simplement cessé de rechercher l'inconnu. Ce point, parfois plus flou, jusqu'à se fondre parfaitement dans le simulacre de vie qu'il subit depuis. Ce point, qui se fait silhouette, maintenant qu'elle est revenue d'entre les morts, pour lui faire face d'une cruelle façon...


Perdu dans ses pensées, dans cette douleur qui lentement refait surface, il ne l'a pas entendu bouger, se dépêcher pour le doubler et se planter dans sa trajectoire. Son visage s'abaisse, vers la beauté du sien et ses yeux ancrent les siens de nouveau. Incapable de se détourner. Ces iris l'hypnotisent, comme ils ont si bien su le faire dans le passé. Pourtant les siens sont vides. De sens, de douleur, de sensations ou sentiments. La colère s'en est allée, pour faire face à une curieuse lassitude et une cruelle impassabilité. Lui pourtant incapable de conserver un visage neutre, se trouve à cet instant tant dépourvu, qu'il sent un masque lui raidir chaque trait. Comme un mannequin de plastique, sans expression, il la fixe. Sans vraiment la voir, sans vraiment chercher à l'éviter. Sa présence, si près... Il la sent. Sa chaleur l'atteint, sa peau l'attire, son regard le brûle. Il souffre de cette proximité, qu'il aurait voulu éviter. Tout son corps se tend vers elle, il veut entourer de ses bras sa silhouette qu'il a tant adoré. Pourtant il esquisse un mouvement de recul lorsqu'elle vient déposer ses mains sur son torse pour le retenir. Qui se fige du contact, qu'il salue d'un soupir, autant irrité qu'étonné. La surprise n'est pourtant rien, à côté des mots qu'elle lâche. Bombe, qui éclate ses tympans, le pousse à entrouvrir les lèvres, comme pour répliquer. Aucune parole ne s'échappe pourtant. Bloquées, dans sa gorge, il n'arrive pas à émettre le moindre son. Comme choqué. Autant par ses mains, si chaudes contre lui, que par ses mots, qu'elle a osé prononcer.


Sa machoire se crispe lorsqu'il referme finalement la bouche, sans qu'un son ne l'ai quitté. Impossible, de mettre de l'ordre dans le chaos que forment ses pensées, dans le bayou de ses sentiments. Les amalgames se forment, les injustices résonnent et finalement, une voix blanche le quitte, en réponse à sa dernière phrase. Je ne peux pas? Du bout des lippes, les mots sortent, hâchés, presque douloureux. Chaque intonation résonne étrangement à son oreille, il n'a pas l'habitude d'être si laconique, si peu à l'aise. Tout en elle éveille des démons qu'il voudrait oublier. Alors soudain il ferme les yeux. Paupières protectrices, qui lui permettent de se soustraire à l'intensité de ce moment, à la force de ses larmes qui plantent des poignards dans son palpitant effrené. Ce n'est pas juste. De nouveau, les mots s'échappent, cette fois incontrôlable. Il se maudit, d'avoir si peu de contrôle sur lui même, en présence de la jolie blonde qui hantait si souvent ses rêves et qui le berce désormais de ses cauchemars. Ce sentiment... d'injustice intense, se voit être plus touchant que le reste. Ce n'est pas juste. Qu'elle pleure. Qu'elle le force à rester devant elle. Qu'elle le pousse à quitter le silence. Qu'elle l'emporte dans ce désespoir. Ce n'est pas juste... Il n'ose reprendre à voix haute. De peur d'entendre un sanglot quitter ses lèvres.


Amer, il lève lentement le bras, pour attraper les doigts qui le tourmentent de leur toucher pourtant léger. Ce n'est qu'un contact de plus. Juste quelques centimètres de peau qui se touchent, mais c'est une décharge qui parcourt son corps. Frisson qui court le long de sa colonne vertébrale. Comme brûlé, il la lâche aussitôt et recule d'un pas, pour se défaire entièrement de son emprise cruelle. Qu'est ce que tu me veux Lahja? Mordant, il quitte son apparente impassibilité, pour esquisser une moue presque dégoûtée. Jamais, auparavant, il ne l'a regardé de cette façon. Jamais, auparavant, il n'a senti autant de colère envers elle. Jamais auparavant, il n'aurait cru ressentir ce genre de choses pour cette femme, qui animait pourtant son coeur d'un amour pur. Son finnois glisse entre ses lèvres, teinté de son accent danois, mais il le lâche du bout des dents, incapable de ne pas ressentir cette rancoeur, de n'avoir pu le parler dans les dix dernières années...
(c) DΛNDELION
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It's hard to maintain, any smile on my face (ft. Lahja)
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