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 Panser les plaies - Zadig x Narfi

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Panser les plaies
Riverdall - Zadig x Narfi ••• Une soirée moite.  Cigarette au bec, il soupire. Il aimerait être ailleurs. Avec Haki. Quelques cendres tombent sur ses vêtements alors qu’il rêvasse. Petits trous dans son t-shirt avant qu’il ne réalise. Ce n’est pas comme s’il essaie vraiment de faire bonne figure. Ces obligations sont déjà terminées… Le lendemain, il sera déjà sur la route à cette heure. Voir même dans son appartement s’il a de la chance. S’il peut ramener un petit quelque chose à Haki, n’importe quoi, il sera accueilli en héros. Il sourit dans le vague. Peut-être qu’il aurait dû l’emmener avec lui pour ce voyage. Jusque-là, il n’y avait eu aucun accro…

Il ne sait pas trop quoi faire de sa nuit. Il ne sait même pas s’il pourrait fermer l’œil de la nuit. Dormir ailleurs que son lit douillé n’est pas trop son truc. Quelques gens passent sans faire attention à lui. Il les observe par curiosité. Parfois il se demande ce qu’est la vie des autres, s’ils rêvent d’être ailleurs qu’ici, s’ils veulent des enfants, s’ils voient la lueur d’un futur… Peuvent-ils penser à leur vie d’avant sans grimacer ? Sans être nostalgique ? Lui ne le peut pas mais c’est pour d’autres raisons que son emprisonnement sur cette île. Mais cette fois, il contiendrait tout ses remords et regrets… Il les avait déjà fait éclater lors de sa dernière visite à Riverdall et s’en mords toujours les doigts. Il n’arrive toujours pas à croire ce qui était arrivé.

Premières étoiles qui décorent le ciel. Déjà si tard ? Il n’est pourtant pas fatigué. La main dans sa poche, il joue quelque peu avec la boite de médicaments qui y traîne. S’il le recroise, au détour d’une ruelle… il la lui donnera. Cette idée le met mal à l’aise. Le revoir ? Ha ha ha ! Pas sûre que ce soit sa meilleure idée ! Et pourtant, il n’a pas pu faire autrement que voir s’il pouvait mettre la main sur des calmants pour le jeune homme… Le fait que Cork est le seul point d’entrée à l’île peut aider pour trouver des choses rares. Il avait déjà trouvé quelques objets qu’il ne pensait plus revoir un jour grâce à cette spécificité. Il se sent un peu comme un pervers à guetter les silhouettes qui passent. Est-ce qu’il a vraiment envie de le voir surgir au détour d’un bâtiment ? Il n’a pas de réponse à cette question. Partagé. Son esprit penche d’un côté avant de virer de l’autre la seconde d’après. Peser les pours et les contres lui donne mal à la tête. Il ne sait pas si c’était mieux de complétement tirer un trait sur cette histoire et oublier ou s’il faut qu’il répare son erreur comme il pouvait. Il est plutôt de ceux qui opte pour la deuxième solution. Au grand damne de Leonie à l’époque… Elle le lui reprochait toujours. D’après elle, il compliquait plus les choses que les améliorer… Elle avait toujours son pareil pour mettre les gens en valeur… en confiance. Mais c’est le passé.

Le présent, c’est lui, dans une ville qui connaît si peu, à attendre quelqu’un qu’il connaît encore moins pour essayer d’améliorer les choses d’une manière improvisée… Il fait un super exemple pour son fils. Dire qu’en ce moment il tente désespérément de lui apprendre à réfléchir avant d’agir… Regarder qui parle. Heureusement Haki n’est pas assez âgé pour savoir que son père n’a aucune crédibilité. Il allume une nouvelle cigarette sans même y faire attention. Il devrait y faire attention. Il l’a promis à son fils. Il devrait peut-être arrêter les promesses.

L’alcool qu’il a avalé lui fait perdre la notion du temps. Moins que la dernière fois. Il n’est pas prêt pour un sentiment de déjà-vu. Il se rappelle du visage du jeune homme… de l’incompréhension du lendemain matin. Ce n’était pas quelque chose de classique… ce n’était pas une simple expression « j’ai trop bu et fait une connerie »… C’était autre chose. Si cette fois-là il avait bu de manière raisonnable, il aurait peut-être vu que quelque chose clochait… Rien qu’un détail, un tout petit détail lui disant que le jeune homme n’était pas stable aurait pu le dissuader d’aller plus loin… Mais pas lorsqu’on est aveuglé par l’alcool.

L’heure de rentrer à sa chambre pour le soir. Passer le temps. Passer les heures sans sommeil. Il a emmené un livre avec lui s’il se souvient bien… Une vieille copie du Club des relatifs de Nancy Huston… Le titre l’a titillé. Cigarette terminée. Il hésite à en allumer une autre, à ce coin de rue où il attend quelqu’un avec qui il n’a pas rendez-vous. Il pense à Haki. Les cigarettes restent dans sa poche. Petit soupire. Il ne lui reste que le goût amer dans la bouche et des doigts nerveux qui ne savent pas quoi faire. Ses yeux cherchent une dernière fois une silhouette connue. Rien d’autres que quelques chats errants. Son livre l’attend. Sûrement que les puces des draps aussi. Il ne sait même pas si Angel vit dans le coin où s’il était simplement de passage ce jour-là. Il était si naïf de penser qu’il pouvait le croiser par hasard. Depuis quand le hasard lui donne un coup de pouce ? Il a épuisé tout le stock en ayant Lahja sur sa route. Il n’a pas de quoi se plaindre.

Quoi que. Parfois l’étoile qui nous surplombe doit avoir pitié. Silhouette étrangère qui nous rappelle pourtant bien des choses.

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You gotta be there for me tooPeut-être qu’on aimerait voir un peu plus de couleurs sur ces joues pour qu’il ait bonne mine, peut-être qu’on espérerait plus de sourires de sa part pour adoucir ses traits, peut-être que…
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Panser les plaies

We are all born crazy. Some of us remain that way.

Je me réveille en sursaut. Mauvais rêve. Je passe la main dans mes cheveux en réprimant un frisson, le souffle court, la nuque humide de sueurs froides. Encore un peu dans le brouillard du sommeil, je pousse quelques jurons inintelligibles. J’ai cette scène qui me revient en tête depuis quelques semaines. Le froissement des draps d’un lit que je ne connais pas. La chaleur d’un corps près du mien. J’ouvre les yeux et je le vois. Cela aurait pu ressembler à une scène classique et presque cliché du type saoul découvrant son coup d’un soir, sauf que ce n’était pas le cas. Je n’avais pas bu, ce soir-là. A peine. En vérité, je ne me souviens de rien. Le trou noir. Comme si on m’avait drogué, ou… Je ne sais quoi. Il y a quelque chose d’assez effrayant dans le fait de se retrouver face à un inconnu sans comprendre ni comment ni pourquoi on en est arrivé là. Pas même le moindre souvenir fugace, pas une seule image floue de la soirée, simplement le néant et la confusion totale. On se pose vite beaucoup de question, dans cette situation. Le sang ne fait qu’un tour. Le cœur bat à toute vitesse. Il me suffit de refermer les yeux pour visualiser la scène. Un bond hors du lit, les vêtements enfilés presque par magie et une course folle dans les escaliers en essayant de ne pas s’étaler le nez en avant. J’ai filé sans demander mon reste, sans interroger l’inconnu, sans vérifier qu’il ne m’avait pas volé de foie. C’était la première fois qu’une chose pareille m’arrivait. J’ai paniqué. J’ai quasiment battu le record du 100 mètres en m’échappant dans les rues de Riverdall, bien secoué par ce réveil singulier. Mes jambes ont agi toutes seules et j’étais hors d’haleine quand je suis arrivé chez moi. Je crois bien être resté cloîtré deux jours entiers, après ça.

Depuis, le visage de cet homme me revient parfois en rêve. Il m’arrive même de songer que j’ai peut-être déliré, que rien de tout cela ne s’est passé. Que rêves et réalité se sont mélangés un instant et que ça m’a retourné la tête. Je ne sais pas. C’est une explication plausible. L’inconnu ne semblait pas méchant, de prime abord. Il n’avait pas la tête du vilain typique. Quand je visualise ses traits, j’ai du mal à l’imaginer droguer la boisson de quelqu’un aux abord d’un bar pour profiter de lui par la suite. La tête me tourne lorsque je pense trop à lui. J’en viens à me demander si je dois faire confiance à ces souvenirs emplis de peur et de panique. Je n’ai pas revu l’homme, même en revenant à l’endroit proche où je l’ai rencontré. Etait-il de passage dans la ville ? Le reverrai-je ailleurs ? Ou bien existait-il réellement ? Toutes les possibilités m’inquiètent, en vérité. Je crains de le recroiser un jour. De me faire agresser. Qu’il abuse de moi, qu’il… Qu’il fasse pire que ça.  Et je crains de devenir fou. Névrosé au point d’imaginer des choses qui n’existent pas. Que ce pays me rende totalement cinglé et bon à enfermer. Si je ne peux même plus croire ma propre tête, comment je m’en sortirais ? Ce monde-là n’est pas fait pour moi. J’ai besoin de stabilité, de calme, de routine. L’existence des monstres, le Mur, Tullamore, tout ça… C’est beaucoup. Je suis venu en Irlande en espérant le renouveau, pas la descente aux enfers. Je n’avais pas signé pour ça, moi. Je voulais juste reprendre une vie normale. Saine. Pourquoi est-ce que j’ai l’impression de devenir encore plus fou que je ne l’étais déjà ? Pourquoi est-ce je me réveille dans le fichu lit d’un fichu inconnu ? Pourquoi est-ce que j’ai tant d’absences, dernièrement ?

Je plonge les mains dans mes poches en descendant la rue, le visage baissé. Toujours l’échine qui ploie, comme si j’avais un poids sur les épaules. Une vieille habitude que j’ai conservée depuis le lycée, pour ne pas voir les regards des autres sur moi. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais vraiment réussi à m’adapter nulle part. Comme si j’étais toujours un peu en décalage par rapport aux autres. Dans un autre monde. Pourtant, celui qui vivait dans son monde, ce n’était pas moi. C’était Nikolaï. Lui, il avait vraiment une existence à part. C’était à la fois effrayant et fascinant, frustrant et agaçant. Je me demandais toujours comment c’était possible. Comment il faisait. J’avais beau m’être renseigné sur le sujet, je ne le comprenais pas. C’était mon frère jumeau, et pourtant un gouffre nous séparait. Ça m’a souvent mis en colère. Je voulais partager plus, avec lui. Tellement plus. Mais en même temps, j’étais privilégié. J’étais le seul à qui il parlait – lorsqu’il lui arrivait de parler. Du coup… Je ne sais pas. Peut-être qu’une petite partie de moi est restée dans ce monde avec lui. C’est peut-être pour ça que je n’arrive jamais à m’adapter complètement. Si ça se trouve, c’est moi qui suis défectueux, en fait. Peut-être que j’aurais dû naître dans le même monde que mon jumeau. En tout cas, j’ai cette pensée parfois un peu morbide. Celle qui dit que peut-être qu’une fois que je passerai l’arme à gauche, je le rejoindrai. Et bizarrement, cette pensée me console toujours lorsque je me sens seul. Comme maintenant, par exemple. Il faut dire que je ne cherche pas activement de nombreux amis, et à rester isolé dans mon petit abri miteux, je ne risque pas de rencontrer du beau monde. Mais ce n’est pas facile. Les bombardements, l’apparition des monstres, le mur, tout ça… Tout ça a tout bousculé. J’ai perdu de l’assurance que j’avais retrouvée. Et en échange, j’ai gagné des troubles anxieux. Jackpot.

Loin de moi l’idée de visiter un bar ou d’aller saluer quelques inconnus. Je préfère rentrer chez moi, à l’abri, d’autant que la nuit tombe et que je n’aime pas l’obscurité. Pas dans ce monde-là. J’imagine les créatures se presser dans les ténèbres pour venir me dévorer et ça me terrorise. Je préfère la clarté rassurante du jour avec ses doux rayons. La journée est passée à une vitesse incroyable. Mauvaise, comme souvent, lorsque mes nuits ont été emplies de cauchemars. Je regrette que ce monde en ruine n’ait pas vraiment de quoi m’aider. Quelques calmants, des somnifères. De quoi m’aider à tenir. La fin du monde n’épargne pas les fous comme moi. Je m’étonne encore de me savoir vivant mais je me demande pour combien de temps encore. J’arrive à troquer un peu deux ou trois bibelots contre des cigarettes, lorsque je n’ai pas la chance de tomber sur une bonne âme généreuse et prête à m’offrir de quoi fumer. Ce vice m’aide à tenir quand les soirées s’allongent et que les pensées s’accumulent. Je me vide la tête en regardant les volutes danser dans les airs. Ce n’est pas très intelligent d’entretenir une addiction dans des temps pareils, mais tout est bon pour s’évader quelques instants. Je sors d’ailleurs le paquet de ma poche avant de me rendre compte de l’absence de briquet dans ma veste. J’espère l’avoir laissé chez moi plutôt que perdu, mais en croisant la route de quelqu’un, j’en profite pour réclamer du feu. Je ne relâche que trop mon attention dans les rues de Tullamore, bizarrement persuadé d’y être à l’abri parmi les miens. Je ne suis pas préparé à la rencontre d’un danger, ici. Pourtant, en voyant le visage de l'homme, ma voix se coince au fond de ma gorge et le sang quitte ma tête pour affluer vers mon cœur. Un flash soudain clignote devant mes yeux et l’inconnu de mon rêve se tient là, juste devant moi.

J’aimerais courir mais je n’y arrive pas. Mes pieds sont ancrés dans le sol et une enclume s’abat sur mon dos. Mon corps se fait lourd et refuse de me répondre. Je me contente d’écarquiller les yeux en aspirant l’air, hébété par cette rencontre impromptue. C’est lui. Je ne l’avais donc pas imaginé. Il existe réellement. Je ne suis pas fou, non. J’entends mon propre cœur battre à mes tempes. Ma gorge s’assèche. Je déglutis. J’aimerais hurler. Je ne sais pas ce qui se passe. Qui il est. Ce qu’il me veut. Ce qu’il s’est passé. J’ai envie de savoir et j’ai peur. J’ai envie de me défendre et j’en suis incapable. Je ne peux pas détacher mon regard de l’éclat azuré de ses yeux. Je sais qu’il m’a reconnu. Je le sens. Je ressens ce sentiment d’impuissance d’un faon pris entre les phares d’une voiture. Une angoisse teintée de résignation. Il faut que je parle avant qu’il ne sente ma peur. Je crains qu’à la manière des animaux, il ne profite de ma faiblesse en la percevant.

« Je… Je ne sais pas ce que vous m’avez fait, mais je ne me laisserai pas avoir, ce coup-là ! » Ma voix tremble. Crédibilité zéro. Je serre les poings en essayant à nouveau de bouger les jambes. Nouvel échec. « Si je crie, des gens viendront ! »


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Riverdall - Zadig x Narfi ••• Il ne peut qu’imaginer combien le moment avait dû être terrifiant pour le plus jeune. Être psychologue veut dire savoir se mettre dans la peau de l’autre tout en gardant son recule. Utopie. Malgré son expérience, il est toujours horrifié de découvrir les souffrances induites par des maladies mentales. Et putain – oui, putain ! – maintenant qu’il a les deux pieds dedans avec son syndrome de stress post-traumatique… il voit tout différemment. Son empressement de vouloir aider les autres n’a fait qu’augmenter depuis… Il comprend mieux. Et cela le terrifie. Savoir qu’il est aussi impuissant… que la profondeur des blessures est insondable et qu’il ne peut que tenter de cicatriser ça avec de maigres moyens ! Inutile… pire même, il ne fait qu’empirer la situation avec ses propres maux… Leonie se moquerait bien de lui. Elle lui avait dit une fois qu’elle le pensait trop fragile pour aider qui que ce soit… Qui a raison aujourd’hui ? Les bonnes intentions ne mènent pas toujours aux bonnes choses. Il l’a appris… et appris encore. Et pourtant, il ne cesse de faires les mêmes erreurs. Comme un enfant qui n’écoute pas les recommandations. Piètre psychologue… Il aimerait avoir accès à ses documents, ses livres et le conseil de ses pairs pour le soutenir ici… Mais rien. Il doit arrêter de se perdre son temps sur ce qu’il n’a pas… et apprendre à faire ce qu’il a à disposition. Oui, c’est ça le programme pour le moment.

Angel. C’est sa silhouette qu’il reconnaît. L’alcool de l’autre fois ne lui avait pas laissé voir à quel point il semble jeune… Un poids de plus pour sa culpabilité. Il a vraiment fait une belle connerie… Cela ne lui ressemble pas de se laisser tenter par le coup d’un soir ! Il sait pourquoi que ce genre de chose n’apporte que très rarement des bons résultats… surtout si on y mêle de l’alcool. Il connaît pourtant les bases pour que tout roule : deux adultes consentants et en pleine capacité de discernement… En le voyant, il se demande même si la première consigne a été respectée.  Se mordre la lèvre. Les remords. Cela le hante. Leonie… Haki… Angel… et tant d’autres visages qui peuplent ses souvenirs amers. Il aimerait pouvoir dire qu’il est sans reproche, qu’il peut dormir la nuit sans se préoccuper des cauchemars… Depuis qu’il est sur l’Île, Angel fait parti de ses plus grands remords. C’est dur de se dire qu’on a contribué à avancer quelqu’un encore plus dans sa maladie… encore plus lorsqu’on est, à la base, de ceux qui les soignent.

Il ne sait pas comment l’aborder. Ils ne se sont pas vraiment quittés en donnant des explications l’un l’autre sur la situation… Non, cela s’est fait dans la précipitation et la nervosité. Comment réparer quelque chose qu’on a cassé ? La confiance. Si fragile… si précieux… si dommageable. Il n’est pas sûr d’avoir encore une chance avec Angel. Il… il lui parle ! Il ne s’attendait pas à ce que ce soit le plus jeune qui fasse le premier pas ! L’accueil est froid… Non, paniqué ! Narfi aimerait lui dire qu’il se trompe ! Que ce n’est absolument pas cela ! Mais comment le lui faire comprendre ?! Il ne va pas le croire… Pas un mot qui sortira de sa bouche… Il est dans une impasse. « Oui ! » Trop fort. Sa voix ne fera que l’apeurer s’il parle avec tant d’empressement. « Oui… tu as raison… si tu cries on t’entendra. Je ne veux pas te faire peur… Je suis désolé pour la dernière fois, vraiment. J’ai fait une erreur… et j’aimerai m’excuser… » Il est perdu. En tant que psychothérapeute, on vous apprend à gérer les situations… mais pas forcément lorsque vous êtes de l’intérieur, lorsque cela vous concerne directement… Il n’y avait qu’à avoir ce que cela avait donné avec Leonie…

Comment faire ? Comment organiser ses pensées pour ne pas avoir l’air d’un fou… Angel ne capterait pas un mot s’il lui parle de son trouble. Il n’a pas l’air au courant. Ce n’est pas si rare… Il le sait… Mais cela reste toujours quelque chose d’impression. Comment quelque chose qui vous grignote de l’intérieur, qui devient si énorme que vous en perdez des pans de vie, peut vous échapper ? « Je suis psychologue… je peux essayer de t’aider pour tes… absences… » Il doit savoir de quoi Narfi lui parle. Il doit avoir tout de même remarquer que quelque chose cloche, non ? Forcément. Il le faut. Narfi ne peut pas l’aider sans son consentement… « Je… tu accepterais qu’on s’assoie tous les deux dans un endroit de ton choix, en public ? » Il essaie d’avoir la voix la plus douce possible. Une fraction de seconde et Angel peut lui échapper. Dompter un animal sauvage… Non, juste trouver l’équilibre pour que l’animal blessé ne s’enfuit pas. Sauf que l’équilibre, c’est cela qui lui manque en ce moment… Il ne s’est pas encore déconstruit, malgré les années qui ont passées… Pourquoi Angel l’écouterait, lui ? Entre les deux, c’est à se demander lequel est le plus atteint. Mais il espère. Il espère parce qu’il a besoin de faire ce pas dans la guérison de l’autre pour continuer la sienne. Haki… Haki motive un peu près toutes ses actions. Il veut pouvoir le regarder dans les yeux sans se dégoûter lui-même. Il doit faire son maximum pour Angel…

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