The Island of the damned est un forum post Apocalyptique rassemblant un grand nombre de créatures surnaturelles.
 

Partagez | 

 Panser les plaies - Zadig x Narfi

♣ Sorcier ♣ Élémentaire
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 45
Points RP : 57
Date d'inscription : 26/06/2018

Panser les plaies
Riverdall - Zadig x Narfi ••• Une soirée moite.  Cigarette au bec, il soupire. Il aimerait être ailleurs. Avec Haki. Quelques cendres tombent sur ses vêtements alors qu’il rêvasse. Petits trous dans son t-shirt avant qu’il ne réalise. Ce n’est pas comme s’il essaie vraiment de faire bonne figure. Ces obligations sont déjà terminées… Le lendemain, il sera déjà sur la route à cette heure. Voir même dans son appartement s’il a de la chance. S’il peut ramener un petit quelque chose à Haki, n’importe quoi, il sera accueilli en héros. Il sourit dans le vague. Peut-être qu’il aurait dû l’emmener avec lui pour ce voyage. Jusque-là, il n’y avait eu aucun accro…

Il ne sait pas trop quoi faire de sa nuit. Il ne sait même pas s’il pourrait fermer l’œil de la nuit. Dormir ailleurs que son lit douillé n’est pas trop son truc. Quelques gens passent sans faire attention à lui. Il les observe par curiosité. Parfois il se demande ce qu’est la vie des autres, s’ils rêvent d’être ailleurs qu’ici, s’ils veulent des enfants, s’ils voient la lueur d’un futur… Peuvent-ils penser à leur vie d’avant sans grimacer ? Sans être nostalgique ? Lui ne le peut pas mais c’est pour d’autres raisons que son emprisonnement sur cette île. Mais cette fois, il contiendrait tout ses remords et regrets… Il les avait déjà fait éclater lors de sa dernière visite à Riverdall et s’en mords toujours les doigts. Il n’arrive toujours pas à croire ce qui était arrivé.

Premières étoiles qui décorent le ciel. Déjà si tard ? Il n’est pourtant pas fatigué. La main dans sa poche, il joue quelque peu avec la boite de médicaments qui y traîne. S’il le recroise, au détour d’une ruelle… il la lui donnera. Cette idée le met mal à l’aise. Le revoir ? Ha ha ha ! Pas sûre que ce soit sa meilleure idée ! Et pourtant, il n’a pas pu faire autrement que voir s’il pouvait mettre la main sur des calmants pour le jeune homme… Le fait que Cork est le seul point d’entrée à l’île peut aider pour trouver des choses rares. Il avait déjà trouvé quelques objets qu’il ne pensait plus revoir un jour grâce à cette spécificité. Il se sent un peu comme un pervers à guetter les silhouettes qui passent. Est-ce qu’il a vraiment envie de le voir surgir au détour d’un bâtiment ? Il n’a pas de réponse à cette question. Partagé. Son esprit penche d’un côté avant de virer de l’autre la seconde d’après. Peser les pours et les contres lui donne mal à la tête. Il ne sait pas si c’était mieux de complétement tirer un trait sur cette histoire et oublier ou s’il faut qu’il répare son erreur comme il pouvait. Il est plutôt de ceux qui opte pour la deuxième solution. Au grand damne de Leonie à l’époque… Elle le lui reprochait toujours. D’après elle, il compliquait plus les choses que les améliorer… Elle avait toujours son pareil pour mettre les gens en valeur… en confiance. Mais c’est le passé.

Le présent, c’est lui, dans une ville qui connaît si peu, à attendre quelqu’un qu’il connaît encore moins pour essayer d’améliorer les choses d’une manière improvisée… Il fait un super exemple pour son fils. Dire qu’en ce moment il tente désespérément de lui apprendre à réfléchir avant d’agir… Regarder qui parle. Heureusement Haki n’est pas assez âgé pour savoir que son père n’a aucune crédibilité. Il allume une nouvelle cigarette sans même y faire attention. Il devrait y faire attention. Il l’a promis à son fils. Il devrait peut-être arrêter les promesses.

L’alcool qu’il a avalé lui fait perdre la notion du temps. Moins que la dernière fois. Il n’est pas prêt pour un sentiment de déjà-vu. Il se rappelle du visage du jeune homme… de l’incompréhension du lendemain matin. Ce n’était pas quelque chose de classique… ce n’était pas une simple expression « j’ai trop bu et fait une connerie »… C’était autre chose. Si cette fois-là il avait bu de manière raisonnable, il aurait peut-être vu que quelque chose clochait… Rien qu’un détail, un tout petit détail lui disant que le jeune homme n’était pas stable aurait pu le dissuader d’aller plus loin… Mais pas lorsqu’on est aveuglé par l’alcool.

L’heure de rentrer à sa chambre pour le soir. Passer le temps. Passer les heures sans sommeil. Il a emmené un livre avec lui s’il se souvient bien… Une vieille copie du Club des relatifs de Nancy Huston… Le titre l’a titillé. Cigarette terminée. Il hésite à en allumer une autre, à ce coin de rue où il attend quelqu’un avec qui il n’a pas rendez-vous. Il pense à Haki. Les cigarettes restent dans sa poche. Petit soupire. Il ne lui reste que le goût amer dans la bouche et des doigts nerveux qui ne savent pas quoi faire. Ses yeux cherchent une dernière fois une silhouette connue. Rien d’autres que quelques chats errants. Son livre l’attend. Sûrement que les puces des draps aussi. Il ne sait même pas si Angel vit dans le coin où s’il était simplement de passage ce jour-là. Il était si naïf de penser qu’il pouvait le croiser par hasard. Depuis quand le hasard lui donne un coup de pouce ? Il a épuisé tout le stock en ayant Lahja sur sa route. Il n’a pas de quoi se plaindre.

Quoi que. Parfois l’étoile qui nous surplombe doit avoir pitié. Silhouette étrangère qui nous rappelle pourtant bien des choses.

©️ 2981 12289 0




You gotta be there for me tooPeut-être qu’on aimerait voir un peu plus de couleurs sur ces joues pour qu’il ait bonne mine, peut-être qu’on espérerait plus de sourires de sa part pour adoucir ses traits, peut-être que…
Revenir en haut Aller en bas
♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
♦ Lycanthrope ♦ Abel's Child
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

Panser les plaies

We are all born crazy. Some of us remain that way.

Je me réveille en sursaut. Mauvais rêve. Je passe la main dans mes cheveux en réprimant un frisson, le souffle court, la nuque humide de sueurs froides. Encore un peu dans le brouillard du sommeil, je pousse quelques jurons inintelligibles. J’ai cette scène qui me revient en tête depuis quelques semaines. Le froissement des draps d’un lit que je ne connais pas. La chaleur d’un corps près du mien. J’ouvre les yeux et je le vois. Cela aurait pu ressembler à une scène classique et presque cliché du type saoul découvrant son coup d’un soir, sauf que ce n’était pas le cas. Je n’avais pas bu, ce soir-là. A peine. En vérité, je ne me souviens de rien. Le trou noir. Comme si on m’avait drogué, ou… Je ne sais quoi. Il y a quelque chose d’assez effrayant dans le fait de se retrouver face à un inconnu sans comprendre ni comment ni pourquoi on en est arrivé là. Pas même le moindre souvenir fugace, pas une seule image floue de la soirée, simplement le néant et la confusion totale. On se pose vite beaucoup de question, dans cette situation. Le sang ne fait qu’un tour. Le cœur bat à toute vitesse. Il me suffit de refermer les yeux pour visualiser la scène. Un bond hors du lit, les vêtements enfilés presque par magie et une course folle dans les escaliers en essayant de ne pas s’étaler le nez en avant. J’ai filé sans demander mon reste, sans interroger l’inconnu, sans vérifier qu’il ne m’avait pas volé de foie. C’était la première fois qu’une chose pareille m’arrivait. J’ai paniqué. J’ai quasiment battu le record du 100 mètres en m’échappant dans les rues de Riverdall, bien secoué par ce réveil singulier. Mes jambes ont agi toutes seules et j’étais hors d’haleine quand je suis arrivé chez moi. Je crois bien être resté cloîtré deux jours entiers, après ça.

Depuis, le visage de cet homme me revient parfois en rêve. Il m’arrive même de songer que j’ai peut-être déliré, que rien de tout cela ne s’est passé. Que rêves et réalité se sont mélangés un instant et que ça m’a retourné la tête. Je ne sais pas. C’est une explication plausible. L’inconnu ne semblait pas méchant, de prime abord. Il n’avait pas la tête du vilain typique. Quand je visualise ses traits, j’ai du mal à l’imaginer droguer la boisson de quelqu’un aux abord d’un bar pour profiter de lui par la suite. La tête me tourne lorsque je pense trop à lui. J’en viens à me demander si je dois faire confiance à ces souvenirs emplis de peur et de panique. Je n’ai pas revu l’homme, même en revenant à l’endroit proche où je l’ai rencontré. Etait-il de passage dans la ville ? Le reverrai-je ailleurs ? Ou bien existait-il réellement ? Toutes les possibilités m’inquiètent, en vérité. Je crains de le recroiser un jour. De me faire agresser. Qu’il abuse de moi, qu’il… Qu’il fasse pire que ça.  Et je crains de devenir fou. Névrosé au point d’imaginer des choses qui n’existent pas. Que ce pays me rende totalement cinglé et bon à enfermer. Si je ne peux même plus croire ma propre tête, comment je m’en sortirais ? Ce monde-là n’est pas fait pour moi. J’ai besoin de stabilité, de calme, de routine. L’existence des monstres, le Mur, Tullamore, tout ça… C’est beaucoup. Je suis venu en Irlande en espérant le renouveau, pas la descente aux enfers. Je n’avais pas signé pour ça, moi. Je voulais juste reprendre une vie normale. Saine. Pourquoi est-ce que j’ai l’impression de devenir encore plus fou que je ne l’étais déjà ? Pourquoi est-ce je me réveille dans le fichu lit d’un fichu inconnu ? Pourquoi est-ce que j’ai tant d’absences, dernièrement ?

Je plonge les mains dans mes poches en descendant la rue, le visage baissé. Toujours l’échine qui ploie, comme si j’avais un poids sur les épaules. Une vieille habitude que j’ai conservée depuis le lycée, pour ne pas voir les regards des autres sur moi. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais vraiment réussi à m’adapter nulle part. Comme si j’étais toujours un peu en décalage par rapport aux autres. Dans un autre monde. Pourtant, celui qui vivait dans son monde, ce n’était pas moi. C’était Nikolaï. Lui, il avait vraiment une existence à part. C’était à la fois effrayant et fascinant, frustrant et agaçant. Je me demandais toujours comment c’était possible. Comment il faisait. J’avais beau m’être renseigné sur le sujet, je ne le comprenais pas. C’était mon frère jumeau, et pourtant un gouffre nous séparait. Ça m’a souvent mis en colère. Je voulais partager plus, avec lui. Tellement plus. Mais en même temps, j’étais privilégié. J’étais le seul à qui il parlait – lorsqu’il lui arrivait de parler. Du coup… Je ne sais pas. Peut-être qu’une petite partie de moi est restée dans ce monde avec lui. C’est peut-être pour ça que je n’arrive jamais à m’adapter complètement. Si ça se trouve, c’est moi qui suis défectueux, en fait. Peut-être que j’aurais dû naître dans le même monde que mon jumeau. En tout cas, j’ai cette pensée parfois un peu morbide. Celle qui dit que peut-être qu’une fois que je passerai l’arme à gauche, je le rejoindrai. Et bizarrement, cette pensée me console toujours lorsque je me sens seul. Comme maintenant, par exemple. Il faut dire que je ne cherche pas activement de nombreux amis, et à rester isolé dans mon petit abri miteux, je ne risque pas de rencontrer du beau monde. Mais ce n’est pas facile. Les bombardements, l’apparition des monstres, le mur, tout ça… Tout ça a tout bousculé. J’ai perdu de l’assurance que j’avais retrouvée. Et en échange, j’ai gagné des troubles anxieux. Jackpot.

Loin de moi l’idée de visiter un bar ou d’aller saluer quelques inconnus. Je préfère rentrer chez moi, à l’abri, d’autant que la nuit tombe et que je n’aime pas l’obscurité. Pas dans ce monde-là. J’imagine les créatures se presser dans les ténèbres pour venir me dévorer et ça me terrorise. Je préfère la clarté rassurante du jour avec ses doux rayons. La journée est passée à une vitesse incroyable. Mauvaise, comme souvent, lorsque mes nuits ont été emplies de cauchemars. Je regrette que ce monde en ruine n’ait pas vraiment de quoi m’aider. Quelques calmants, des somnifères. De quoi m’aider à tenir. La fin du monde n’épargne pas les fous comme moi. Je m’étonne encore de me savoir vivant mais je me demande pour combien de temps encore. J’arrive à troquer un peu deux ou trois bibelots contre des cigarettes, lorsque je n’ai pas la chance de tomber sur une bonne âme généreuse et prête à m’offrir de quoi fumer. Ce vice m’aide à tenir quand les soirées s’allongent et que les pensées s’accumulent. Je me vide la tête en regardant les volutes danser dans les airs. Ce n’est pas très intelligent d’entretenir une addiction dans des temps pareils, mais tout est bon pour s’évader quelques instants. Je sors d’ailleurs le paquet de ma poche avant de me rendre compte de l’absence de briquet dans ma veste. J’espère l’avoir laissé chez moi plutôt que perdu, mais en croisant la route de quelqu’un, j’en profite pour réclamer du feu. Je ne relâche que trop mon attention dans les rues de Tullamore, bizarrement persuadé d’y être à l’abri parmi les miens. Je ne suis pas préparé à la rencontre d’un danger, ici. Pourtant, en voyant le visage de l'homme, ma voix se coince au fond de ma gorge et le sang quitte ma tête pour affluer vers mon cœur. Un flash soudain clignote devant mes yeux et l’inconnu de mon rêve se tient là, juste devant moi.

J’aimerais courir mais je n’y arrive pas. Mes pieds sont ancrés dans le sol et une enclume s’abat sur mon dos. Mon corps se fait lourd et refuse de me répondre. Je me contente d’écarquiller les yeux en aspirant l’air, hébété par cette rencontre impromptue. C’est lui. Je ne l’avais donc pas imaginé. Il existe réellement. Je ne suis pas fou, non. J’entends mon propre cœur battre à mes tempes. Ma gorge s’assèche. Je déglutis. J’aimerais hurler. Je ne sais pas ce qui se passe. Qui il est. Ce qu’il me veut. Ce qu’il s’est passé. J’ai envie de savoir et j’ai peur. J’ai envie de me défendre et j’en suis incapable. Je ne peux pas détacher mon regard de l’éclat azuré de ses yeux. Je sais qu’il m’a reconnu. Je le sens. Je ressens ce sentiment d’impuissance d’un faon pris entre les phares d’une voiture. Une angoisse teintée de résignation. Il faut que je parle avant qu’il ne sente ma peur. Je crains qu’à la manière des animaux, il ne profite de ma faiblesse en la percevant.

« Je… Je ne sais pas ce que vous m’avez fait, mais je ne me laisserai pas avoir, ce coup-là ! » Ma voix tremble. Crédibilité zéro. Je serre les poings en essayant à nouveau de bouger les jambes. Nouvel échec. « Si je crie, des gens viendront ! »


Revenir en haut Aller en bas
♣ Sorcier ♣ Élémentaire
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 45
Points RP : 57
Date d'inscription : 26/06/2018

Panser les plaies
Riverdall - Zadig x Narfi ••• Il ne peut qu’imaginer combien le moment avait dû être terrifiant pour le plus jeune. Être psychologue veut dire savoir se mettre dans la peau de l’autre tout en gardant son recule. Utopie. Malgré son expérience, il est toujours horrifié de découvrir les souffrances induites par des maladies mentales. Et putain – oui, putain ! – maintenant qu’il a les deux pieds dedans avec son syndrome de stress post-traumatique… il voit tout différemment. Son empressement de vouloir aider les autres n’a fait qu’augmenter depuis… Il comprend mieux. Et cela le terrifie. Savoir qu’il est aussi impuissant… que la profondeur des blessures est insondable et qu’il ne peut que tenter de cicatriser ça avec de maigres moyens ! Inutile… pire même, il ne fait qu’empirer la situation avec ses propres maux… Leonie se moquerait bien de lui. Elle lui avait dit une fois qu’elle le pensait trop fragile pour aider qui que ce soit… Qui a raison aujourd’hui ? Les bonnes intentions ne mènent pas toujours aux bonnes choses. Il l’a appris… et appris encore. Et pourtant, il ne cesse de faires les mêmes erreurs. Comme un enfant qui n’écoute pas les recommandations. Piètre psychologue… Il aimerait avoir accès à ses documents, ses livres et le conseil de ses pairs pour le soutenir ici… Mais rien. Il doit arrêter de se perdre son temps sur ce qu’il n’a pas… et apprendre à faire ce qu’il a à disposition. Oui, c’est ça le programme pour le moment.

Angel. C’est sa silhouette qu’il reconnaît. L’alcool de l’autre fois ne lui avait pas laissé voir à quel point il semble jeune… Un poids de plus pour sa culpabilité. Il a vraiment fait une belle connerie… Cela ne lui ressemble pas de se laisser tenter par le coup d’un soir ! Il sait pourquoi que ce genre de chose n’apporte que très rarement des bons résultats… surtout si on y mêle de l’alcool. Il connaît pourtant les bases pour que tout roule : deux adultes consentants et en pleine capacité de discernement… En le voyant, il se demande même si la première consigne a été respectée.  Se mordre la lèvre. Les remords. Cela le hante. Leonie… Haki… Angel… et tant d’autres visages qui peuplent ses souvenirs amers. Il aimerait pouvoir dire qu’il est sans reproche, qu’il peut dormir la nuit sans se préoccuper des cauchemars… Depuis qu’il est sur l’Île, Angel fait parti de ses plus grands remords. C’est dur de se dire qu’on a contribué à avancer quelqu’un encore plus dans sa maladie… encore plus lorsqu’on est, à la base, de ceux qui les soignent.

Il ne sait pas comment l’aborder. Ils ne se sont pas vraiment quittés en donnant des explications l’un l’autre sur la situation… Non, cela s’est fait dans la précipitation et la nervosité. Comment réparer quelque chose qu’on a cassé ? La confiance. Si fragile… si précieux… si dommageable. Il n’est pas sûr d’avoir encore une chance avec Angel. Il… il lui parle ! Il ne s’attendait pas à ce que ce soit le plus jeune qui fasse le premier pas ! L’accueil est froid… Non, paniqué ! Narfi aimerait lui dire qu’il se trompe ! Que ce n’est absolument pas cela ! Mais comment le lui faire comprendre ?! Il ne va pas le croire… Pas un mot qui sortira de sa bouche… Il est dans une impasse. « Oui ! » Trop fort. Sa voix ne fera que l’apeurer s’il parle avec tant d’empressement. « Oui… tu as raison… si tu cries on t’entendra. Je ne veux pas te faire peur… Je suis désolé pour la dernière fois, vraiment. J’ai fait une erreur… et j’aimerai m’excuser… » Il est perdu. En tant que psychothérapeute, on vous apprend à gérer les situations… mais pas forcément lorsque vous êtes de l’intérieur, lorsque cela vous concerne directement… Il n’y avait qu’à avoir ce que cela avait donné avec Leonie…

Comment faire ? Comment organiser ses pensées pour ne pas avoir l’air d’un fou… Angel ne capterait pas un mot s’il lui parle de son trouble. Il n’a pas l’air au courant. Ce n’est pas si rare… Il le sait… Mais cela reste toujours quelque chose d’impression. Comment quelque chose qui vous grignote de l’intérieur, qui devient si énorme que vous en perdez des pans de vie, peut vous échapper ? « Je suis psychologue… je peux essayer de t’aider pour tes… absences… » Il doit savoir de quoi Narfi lui parle. Il doit avoir tout de même remarquer que quelque chose cloche, non ? Forcément. Il le faut. Narfi ne peut pas l’aider sans son consentement… « Je… tu accepterais qu’on s’assoie tous les deux dans un endroit de ton choix, en public ? » Il essaie d’avoir la voix la plus douce possible. Une fraction de seconde et Angel peut lui échapper. Dompter un animal sauvage… Non, juste trouver l’équilibre pour que l’animal blessé ne s’enfuit pas. Sauf que l’équilibre, c’est cela qui lui manque en ce moment… Il ne s’est pas encore déconstruit, malgré les années qui ont passées… Pourquoi Angel l’écouterait, lui ? Entre les deux, c’est à se demander lequel est le plus atteint. Mais il espère. Il espère parce qu’il a besoin de faire ce pas dans la guérison de l’autre pour continuer la sienne. Haki… Haki motive un peu près toutes ses actions. Il veut pouvoir le regarder dans les yeux sans se dégoûter lui-même. Il doit faire son maximum pour Angel…

©️ 2981 12289 0




You gotta be there for me tooPeut-être qu’on aimerait voir un peu plus de couleurs sur ces joues pour qu’il ait bonne mine, peut-être qu’on espérerait plus de sourires de sa part pour adoucir ses traits, peut-être que…
Revenir en haut Aller en bas
♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
♦ Lycanthrope ♦ Abel's Child
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

Panser les plaies

We are all born crazy. Some of us remain that way.

Je sursaute quand il répond. C’est qu’il approuve, en plus ! Il est complètement dingue, ça ne lui fait pas peur, de savoir que quelqu’un pourrait intervenir ? Encore hébété, je l’écoute me parler, les yeux ronds comme des soucoupes. Il s’excuse. Ses mots résonnent en moi un instant, j’ai du mal à y croire. Désolé pour la dernière fois ? Une erreur ? Un tel traumatisme, je n’appellerais pas ça une ‘erreur’… J’en fais des fichus cauchemars. Je ne sais même pas ce qu’il s’est passé ! Et je ne compte pas le lui demander. Je ne fais pas confiance à ces yeux bleus, à ce visage de père de famille. Je ne sais pas, bizarrement, le fait qu’il présente trop bien, justement, je trouve cela suspect. Ce type semble trop gentil pour son propre bien et on dit toujours que les apparences sont trompeuses. C’est probablement comme ça qu’il m’a eu. Je fronce les sourcils en essayant de me souvenir, mais rien, le noir total, le néant absolu. Tout ce dont je me souviens, c’est le réveil, la surprise, la fuite. La drogue avait probablement eu le temps de se dissiper et mon cerveau a bien daigné enregistrer les événements une fois mon corps débarrassé de toute substance illicite. Je n’en sais rien. C’est ma supposition, en tout cas. J’y ai beaucoup pensé. Ça m’a torturé l’esprit, même. Cet homme existait-il vraiment, si oui, comment m’avait-il fait atterrir là-bas, vivait-il ici, le reverrais-je… Je me suis vraiment pris la tête dans des réflexions emmêlées, paniquées et confuses. Et si ? Et si je le revoyais ? Oui, je me la suis posée, cette question. Si je le revoyais, qu’est-ce que je ferais ? Honnêtement, je n’ai pas trouvé la réponse. Et maintenant que ça m’arrive, je n’ai pas plus de solutions à ce problème. Je continue de le fixer bêtement, comme si mon corps avait brusquement décidé de se mettre en grève en laissant mon esprit prisonnier de cette chair.

Il continue et je ne semble incapable de faire quoi que ce soit d’autre hormis l’écouter. Il continue et ses mots me frappent de stupeur. Mon cœur manque un battement. Mes absences. Il me parle de mes absences et j’en reste sous le choc. Muet. Presque prêt à m’écrouler par terre. Comment est-ce qu’il sait ? Comment est-ce possible ? J’ai l’impression de retourner plusieurs années en arrière. Je repense à cet instant où je croyais avoir vu mon frère. Brusquement, je me mets à douter de l’existence de cet homme. Comment pourrait-il savoir ce qu’il se passe dans ma tête, sinon ? Est-ce que je suis en train de l’imaginer ? Être psychologue, ce n’est pas être medium. Ça ne suffit pas pour deviner ce que je vis parfois… Je pince les lèvres, méfiant. Je le fixe, sur mes gardes. Il veut me parler. En public. Il veut me parler, mais je ne suis pas sûr de le vouloir. Je secoue doucement la tête sans le quitter du regard. Est-ce qu’il est vraiment là ? Est-ce que c’est vraiment lui ? Est-ce que je ne suis pas en train de délirer ? La voix de ma mère résonne au fond de mon crâne. Zadig. Ton frère est mort, tu comprends ? Je déglutis en regardant autour de moi. Je me sens perdu. Mon cœur bat tellement fort que j’ai du mal à entendre les bruits alentours. Je dois me calmer mais je n’y arrive pas. Je réfléchis à toute vitesse. Tout se mélange. J’ai du mal à savoir si ce que je vis est réel ou non. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps, de douter de ma propre tête. Mais j’ai vraiment été dans cette chambre, avec lui. Ça, j’en suis persuadé. Il doit donc vraiment exister… La question, c’est de savoir d’où il tient ses renseignements. Je n’ai confié mes soucis mentaux à personne ici.

« Je… Comment vous savez ? » Je demande, sur mes gardes. « Qui vous a dit ça ?! » Personne… Personne ne le sait. Il faudrait pouvoir lire dans les pensées pour le deviner. Je secoue la tête en glissant une main dans mes cheveux. « Sortez de ma tête ! » Je lui ordonne dans un brusque accès de colère.

Je panique sans trop savoir pourquoi. Comme si j’avais peur qu’en fouillant dans mon crâne, il trouve quelque chose que je n’ai pas envie qu’il sache. Quelque chose que je n’ai pas envie de savoir. Se faire percer à jour par un inconnu n’a rien d’agréable. Même lorsque j’étais en thérapie, j’avais du mal à me confier, de peur d’être jugé. Je ne veux pas être dingue. Je veux être normal. Vivre une vie normale. Ça n’aide pas trop quand un… Un violeur psychopathe ou je ne sais quoi débarque en me prouvant qu’il connaît mes failles. D’un coup, une pensée me traverse. Et si je m’étais confié à lui le jour où il m’a drogué ? C’est possible, ça… Certaines substances font tomber les inhibitions. Sous l’effet de quelques médicaments, une personne est tout à fait capable de parler et révéler certains secrets sur elle… J’aurais très bien pu lui avouer ces absences sans même m’en souvenir. Est-ce que c’est ce que j’ai fait ? Est-ce que c’est la raison pour laquelle il veut me parler ? Je me calme un peu après ce bref sursaut de colère et de panique mêlées. Peut-être qu’il est sincère, qu’il n’est pas méchant. Peut-être qu’il veut réellement m’aider. Peut-être qu’il m’a découvert misérable et cinglé, la dernière fois, qu’il a eu des remords. J’ignore encore pourquoi un psychologue droguerait quelqu’un pour profiter de lui avant de lui proposer ses services, mais… J’ai envie de croire en lui. En son soutien. Je suis tellement seul et perdu. Dans tous les cas, je suis condamné, non ? Dans un monde de monstres, qu’est-ce que je perds à faire confiance à mon agresseur ? Je suis désespéré à ce point, on dirait… Je suis taré. Je ne sais pas qui croire, en quoi croire, quoi dire ou quoi faire… Tout part en vrille, dernièrement.

« D’accord pour parler… » Je finis par souffler, comme si de rien n’était, comme si je ne venais pas de crier comme un hystérique. « Ici. » Je croise les bras, sur la défensive. « Mais ne vous approchez pas. » Je redresse le menton pour feindre l’assurance. « Je vous écoute. » Derrière mon sourcil, je sens poindre une légère douleur. J’essaye de l’ignorer en me mordant la lèvre inférieure. « Commencez déjà par me prouver que vous êtes bien psy ! »

Revenir en haut Aller en bas
♣ Sorcier ♣ Élémentaire
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 45
Points RP : 57
Date d'inscription : 26/06/2018

Panser les plaies
Riverdall - Zadig x Narfi ••• Depuis combien de temps Angel souffre en silence ? Depuis combien de temps est-il dans cette incompréhension par rapport à lui-même ? Ne pas comprendre ce qu’il se passe, ne pas comprendre ce qu’il y a dans sa propre tête… Cela rend n’importe qui fou. Perdre contrôle… Même en sachant ce qui lui arrivait, Narfi avait paniqué… alors il n’osait imaginer ce qu’il se passait pour Angel. Ce dernier semble tout ignorer. Est-ce possible ? Théoriquement oui. L’esprit fait l’impasse, sélectionne seulement les éléments qu’il veut et qui s’inscriront dans la réalité d’Angel. Et tout à coup, il se fige. Et si… et si Angel n’est pas la personnalité principale ? C’est le plus probable. Pourquoi n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Maintenant qu’il y réfléchit, Angel est trop… extrême pour être l’original. Cela ne colle pas au schéma classique… Non… La réaction de lendemain matin du jeune homme était beaucoup plus « sincère » et véridique… Merde. Il commence seulement à réaliser l’étendu du problème. Même si Angel se décide à aller dans son sens et accepter de l’aide… Cela ne servirait à rien si la personnalité principale n’est pas partante. Et qui a-t-il en face de lui ? Pas Angel. La principale ? Il ne peut qu’espérer ? Ce dernier n’a aucune raison de lui faire confiance.

Soulagement. Premier pas dans le bon sens. S’il accepte de parler, c’est déjà mieux que rien. Il aurait préféré pouvoir s’asseoir. Il se fait peut-être vieux ? Mais avec sa journée passée, il aurait aimé avoir le luxe de reposer ses jambes. Détail. Il peut faire avec. Juste un petit effort. Le jeu en vaut la chandelle… Il y a plus important. Il doit recommencer à aider les gens. Cela en devient vital… Il doit reprendre sa place en tant que psy dans la société… cela donne un sens à sa vie. Cliché ? Stupide ? Ce n’est pas impossible. Et pourtant, c’est ce qu’il ressent. Ce n’est pas un vulgaire travail pour lui mais une vocation. Cela l’a toujours été. Leonie ne le comprenait pas. C’était la cause de bien des disputes. Avant… avant le jour où tout a basculé.

« Je ne m’approcherai pas. » Faire confiance. Cela demande tellement… Il aimerait qu’Angel puisse le faire. Mais il n’a pas de preuve à lui montrer. Comment prouver qu’il est psychothérapeute ? Des papiers ? Certainement qu’ils ont tous été brûlé par Leonie après son départ. Haki et lui n’avaient rien pris en partant. Il peut réciter la théorie… Mais il n’est pas sûr qu’Angel y comprenne quelque chose et n’importe qui ayant lu un peu de référence sur le sujet peut faire illusion un moment… Il n’est pas sûr de pouvoir retenir Angel assez longtemps pour le convaincre ainsi. « Je ne sais pas comment te le prouver… » La seule qui peut le faire à sa place serait Lahja… A des heures de route d’ici. Sans compter qu’il ne veut pas la mêler une fois de plus à ses problèmes.

« Je suis Narfi Underwood. Je travaillais à l’hôpital de Liverpool à l’hôpital psychiatrique, section ambulatoire. » Il réfléchit tout en parlant. Quoi lui dire ? Quoi ajouter ? Pas question de lui mentir. Encore moins de le manipuler. Il n’est même pas sûr qu’il saurait faire de toute façon… Il sait que certains de ses anciens collègues pouvaient y avoir recours… Mais lui ? Bonne blague. Ce genre de chose le dégoûte. Il ne croit pas en la méthode. S’il doit gagner la confiance d’Angel, cela doit être en sa pleine conscience. « Je suis un élémentaire d’eau… je sers la Coalition en tant qu’ambassadeur pour les sorciers. » Il se met dans une position risquée. Il ne sait pas dans quel camp se trouve l’autre. Cartes sur table. S’il lui montre qu’il n’a rien à cacher, rien à gagner à se conduire ainsi… peut-être que cela le rassurera ? « J’aimerai t’aider. Essayer au moins. Je sais à quel point… ici… l’Île… peut nous changer. Ça nous ronge… ça fait remonter des choses qu’on ne préférait pas. » Même dans des conditions optimales, très peu de patients font confiance lors de la première rencontre. Et ils sont bien loin des conditions optimales. Pas de cadre serein. Pas de remise en question de la part du patient. Pas de proches connus pouvant appuyer la thérapie. Pas de connaissance du passé du patient. En gros… pas grand-chose. Il repense à Haki. Lui n’abandonne pas facilement… Il devrait sûrement emprunter sa ténacité de temps en temps. Ici, les patients n’accourent pas à lui. Ou rarement. Il doit aller sur le terrain, les chercher, proposer son aide… Comme avec Angel. Il faut qu’il perfectionne son approche… Il a l’impression de ne pas être mieux que les témoins de Jéhovah. « Je sais que faire confiance à n’importe qui… est la pire des choses que l’on puisse faire dans des temps troubles comme ceux-ci… Mais je sais aussi que des cas comme le tien peuvent s’améliorer. Si je peux faire quelque chose, je veux essayer. » Dérisoire ? Le cas d’Angel est sûrement une goutte d’eau dans la mer d’horreur qu’est actuellement l’Île… Sauf que cette goutte d’eau, il l’a croisée personnellement. Malgré lui, il a façonné un détour dans sa route. Il se sent responsable. Il est responsable d’un traumatisme chez Angel. Un de plus ? Oui, sûrement que ce n’est pas le premier et que cela ne sera pas le dernier. Cela n’empêche rien. Angel est si… innocent. Il mérite d’être aidé. Si cela était Haki dans son cas… Narfi aimerait que quelqu’un lui tende la main.

©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
♦ Lycanthrope ♦
Abel's Child
avatar
♦ Lycanthrope ♦ Abel's Child
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 133
Points RP : 361
Date d'inscription : 16/02/2018

Panser les plaies

We are all born crazy. Some of us remain that way.

Il semble savoir de quoi il parle. Pas d’hésitation dans sa voix. Soit il est doué pour le mensonge, soit il est sincère. J’aimerais croire à la seconde option. Le fait qu’il accepte mes conditions me pousse à le croire. Narfi – car c’est son nom – semble mettre de la volonté à obtenir ma confiance. Ma méfiance s’estompe légèrement. S’il me voulait vraiment du mal, se donnerait-il toute cette peine ? Je ne suis pas un adversaire coriace, il faut l’avouer. Je n’ai jamais appris à me battre et je suis loin d’être athlétique. Je ne dois ma musculature qu’à la génétique, je pense. Je ne fais presque jamais de sport et pourtant je parviens à garder ce corps mince et sportif, alors à moins de bouger comme un dingue dans mon sommeil, je dois remercier mère Nature de m’avoir doté d’un métabolisme pareil. De toute façon, même si je pouvais me battre, Narfi m’apprendre qu’il est un sorcier. Instinctivement, alors, la méfiance revient aussitôt. Habitué aux frontières rassurantes de Riverdall, je côtoie peu d’être surnaturels. Les humains sont mon peuple. Ma race. Les loups-garou, les vampires, les monstres, les sorciers… Je préfère rester loin d’eux. L’inconnu est effrayant, non ? Imaginer leurs pouvoirs me donne une impression assommante de faiblesse. De vulnérabilité. Je ne crois pas qu’il s’agisse simplement d’une impression, d’ailleurs. Je suis mortel, faible et sans talents, qu’est-ce qu’un homme comme moi pourrait faire face à un buveur de sang ou un élémentaire d’eau ? Rien. Rien du tout. La vanité d’un tel affrontement me déprime. Savoir que je ne sers pas à grand-chose et que ma force est si insignifiante me conforte dans l’idée que je ne suis qu’un moins que rien. La lutte contre Tullamore me dépasse. Pendant que les gens autour s’agitent, s’organisent et se battent, je fais une démonstration épatante de mes névroses à un inconnu dans la rue. Si je n’étais pas aussi dépité, je m’applaudirais.

Narfi n’a pas l’air de trouver ça dérangeant, toutefois. Il n’y a dans son regard ni peur ni mépris, si bien que je fronce les sourcils, curieux de ne pas avoir de réaction plus… Normale, si je puis dire. Du genre me traiter d’hystérique, de cas désespéré, me regarder de haut et passer son chemin. Il veut m’aider. Son côté psy, probablement. Ça ne m’empêche pas de trouver ça étrange. Pas que la solidarité n’a plus sa place dans ce monde, mais elle sert souvent la communauté, pas l’individu. Pas le type qui s’est réveillé dans son lit sans se souvenir de rien. Le fait qu’il semble savoir de quoi il parle me trouble au plus profond de moi. J’ai toujours détesté ces thérapies. Cette impression désagréable de se faire trifouiller le crâne pour en ressortir les sombres secrets. Ne plus être maître de son esprit, se faire percer à jour en quelques mots échangés. Les psychiatres et leur discours stérile, aseptique, fait de vocabulaire pompeux et abscons pour mieux en éliminer toute trace de sentiment. Ressortir de là en ne sachant plus vraiment qui on est. Je sais bien que j’ai des soucis. Que ma santé mentale vacille dans un équilibre dangereux. Mais qui pourrait se vanter d’être parfaitement sain et stable après avoir vu sa famille se faire tuer ? Qui pourrait ne pas flancher dans ce monde en ruines, après avoir difficilement passé le cap d’une douleur sans nom ? Je pense que c’est normal. Mon état. Mes absences. Ma tête. Je pense que c’est logique, d’avoir quelques rechutes, dans une ambiance pareille. J’essaye de m’en convaincre, en tout cas, trop effrayé de découvrir ma propre folie, refusant d’admettre que je suis cinglé. Ce n’est que passager, oui. Ça ira bien. Ça ira mieux. J’ai surmonté la perte de Nikolaï. Je peux surmonter ça. Je peux surmonter n’importe quoi.

« Des cas comme le mien ? » Je demande, suspicieux. Je revois le psychiatre prendre des notes sur son calepin, dans son bureau aux murs trop sombres. Cette fichue sensation d’être pris pour un phénomène de foire. « Comment ça, comme le mien ? Qu’est-ce que vous savez, au juste, de mon cas ? »

Il ne peut pas savoir plus que moi. Personne ne le peut. Je croise les bras en le toisant, menton relevé, attendant de voir de quelle manière il compte m’embobiner et où il veut en venir. Depuis deux ans, depuis les bombardements, la loi de la jungle a pris le contrôle de cette île. La loi du plus fort. Manger ou être mangé. Tuer ou être tué. Malheureusement, mon rang et ma condition font de moi un faible et une proie potentielle. Je ne me fais pas d’illusions, je ne me vois pas monter l’échelle sociale pour m’élever parmi les forts. Ma seule chance de survie, c’est de trouver des forts acceptant de me protéger, ce qui est le cas, ici, à Riverdall. Mais ma santé mentale me met malgré tout en danger. Je le sais. Le corps a ses limites et l’esprit a les siennes également. Malheureusement je crois que je commence à les atteindre et j’ai peur de ce qu’il adviendra de moi une fois que ce sera le cas. La mort ? La fin ? Je pince les lèvres. Pas le suicide, non. J’ai réussi à oublier mes idées noires au prix de plusieurs années de thérapies, mais j’ai peur de ce que cette nouvelle Irlande fait de moi. J’ai l’impression que je m’éloigne de moi-même. Que je me perds. J’ai égaré cette stabilité rassurante qui m’aidait à mener une vie normale. J’ai perdu mes repères. Tout ce que j’avais soigneusement construit pour une nouvelle vie, loin des ténèbres qui m’avaient englouti, en Amérique. Cette vie nouvelle que j’avais espérée belle, solaire, radieuse et sans soucis. Cette vie que j’avais rêvée, presque invoquée, comme un remède à ma propre misère. Je me mordille la lèvre en observant mes mains, me tordant nerveusement les doigts.

« Trouble de stress post-traumatique. C’est ce dont je souffre. » Je lui avoue en soupirant, secouant doucement la tête. En tout cas, c’est ce que m’avait dit mon psy. « Ça allait mieux, jusqu’à… Enfin… Vous savez. » Jusqu’à ce que le monde parte en couilles et que mon traumatisme me revienne au visage avec une violence sourde. « Je prenais des calmants quand ça allait mal, mais ça fait un moment que je ne n’en ai plus. »

Pourquoi je lui dis ça ? Je n’en sais fichtrement rien. Il veut m’aider, non ? Qu’il m’aide ! J’aimerais être libéré. Libéré de cette fichue névrose qui me gâche la vie. De ces angoisses, de ces cauchemars, de ces absences. C’est récurrent. De plus en plus. Comme si je mourais en même temps que ce pays. Mon esprit est en train de pourrir de l’intérieur. Je passe une main sur mon visage en soufflant longuement. Parfois, j’oublie presque cette époque où tout allait bien. Mes souvenirs sont flous. La maison avec maman, avec Kolia, la vie routinière, Hilda, le lycée. C’était le bon temps, ça. J’aimerais retourner en arrière. Changer le cours du temps. Sauver ma mère et mon frère. Vivre dans ce monde parallèle où rien de tout ça ne serait arrivé.

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

Revenir en haut Aller en bas
Panser les plaies - Zadig x Narfi
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le malheur rapproche les gens / ZADIG & ENORA
» Zadig ✝Boite aux lettres.
» Enora et Zadig / Et si la colle était divertissante ?
» « How could this happen to me ? » •• feat Zadig (ROUE DE L'ECRITURE)
» Un, deux, trois, nous irons au bois [PV Kazeigan]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Island Of the Damned ::  :: Les Limbes :: Riverdall-
Sauter vers: