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 The fall ◘ Djibril

Vampire
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The fall
« When all these words don’t seem to form. What are these words without your soul. Forever lights the stars. Forever haunts the ghost. When all the angels fly far from thee. When demons dance in dream….»

Le chauffe-eau. En panne depuis des mois. Dans l'attente que le voisin réussisse à se procurer la pièce à changer et que ce dernier vienne réparer. Sauf que rien ne bougeait. Et pour cause, lorsqu'on savait que j'avais simplement failli le tuer. Quelques semaines auparavant. En présence de Shannon, parce-qu'elle avait dit m'aimer et que j'avais très mal supporté de voir ce type poser les yeux sur elle. Mais aujourd'hui, Shannon avait disparu. Comme tant d'autres avant elle, tandis que j'avais cru mourir sous les coups des hommes de Tullamore. Si bien que rattrapé par de vieux réflexes que parfois il m'était encore difficile à contenir, j'avais plaqué ce type contre la porte. Pour en revenir à lui. Brutalement. Mes doigts se pressant et se crispant autour de son cou, pendant que mon pouce lui écrasait la trachée. Le tout en ne pouvant pas m'empêcher de penser que je devais être malade. Un véritable danger public. Toujours aux prises avec ces mêmes penchants névrotiques qui me pourrissaient l'existence à n'en plus finir. Par la faute de ce Sire qui m'avait réduit au rang d'esclave. Me dressant à son image.

Une image dont j'avais désespérément essayé de me détacher. Dès lors que je l'avais condamné à une mort certaine, le prenant au piège dans un mausolée. Après qu'il m'ait baisé pour la dernière fois. Physiquement en tout cas. Parce-que durant des décennies, j'avais continué à le sentir bouger et s'agiter entre mes cuisses. Sous forme de réminiscences.

Des réminiscences m'ayant longtemps donné l'impression d'être réelles. Jusqu'à m'en rendre cinglé. Au point que même trois siècles plus tard, le traumatisme restait vivace. Amarok étant bien le seul à avoir su m'inspirer une confiance pleine et aveugle. Totale et irrémédiable. Puisqu'il était bien le seul et l'unique que j'avais laissé me toucher, me dominer. Sans en éprouver de crainte particulière. Naturellement. Grâce à sa force tranquille. Avant que lui aussi ne se mette à sombrer, ne m'en laissant que d'autant plus inquiet. Mais en attendant, je me retrouvais là. Face à ce maudit chauffe-eau. Une clef rouillée à la main, dégueulasse. Le tee-shirt jaune que je portais recouvert de crasse et les cheveux attachés. Dubitatif. Le toussotement dans les tuyaux passant sous le plancher semblant se calmer. En sachant qu'il m'avait fallu couper l'eau et que donc, plus rien n'y circulait. Le fait est que cette baraque tombait littéralement en ruines et que si je ne me bougeais pas le cul pour la retaper, c'est le toit qu'on allait finir par se prendre sur la gueule.

Quand je disais on, je faisais surtout allusion au gamin que j'avais accepté de loger. En souvenir de son Sire. De Saor. Ma pitoyable petite chose. Ce défunt amour que j'avais bafoué et trahi par pur péché d'orgueil. Uniquement dans le but d'atteindre Léandre McGuiness et de le mettre à terre. Restant avant tout autre chose un soldat. Un combattant. Une arme de guerre au service de l'opposition. Aussi, quand Mikkel était apparu, j'avais simplement pris sa présence comme un cadeau du destin. Une chance de me faire pardonner à travers lui. Et dans la mesure où cet invité surprise supportait mal de ne pas pouvoir se doucher à l'eau chaude, j'avais entrepris de poursuivre les travaux entamés avec Shannon.

Bouclant la boucle. Façon de parler, de me rassurer. Dans l'espoir de bientôt la revoir. Bref. En attendant, je me sentais un peu con devant cet amas de pièces détachées. La salle de bain en chantier. Les poings fermés appuyés sur mes hanches, un soupir à ramener les morts à la vie s'échappant de ma gorge. Juste comme on frappait à la porte.

Et naïvement – j'avais cru que peut-être – le voisin aurait tenu sa promesse. Me ramenant donc ma pièce à changer. Du coup, je me précipitais dans la pièce principale, le sourire aux lèvres. Tranquille. Loin de me douter que tu te trouvais de l'autre côté. Juste ici, sur le pas de mon palier. Toi que je haïssais. Te jetant un : « Il était tant ! J'y croyais plus...» presque joyeux. La pince que je tenais entre mes doigts venant se fracasser par terre, dans un bruit sourd. Ton visage s'illuminant à la lueur des deux bougies que j'avais posé sur la table. Le sourire que j'affichais une seconde avant se transformant en grimace. Paupières plissées. Mes traits se décomposant dramatiquement alors que j'articulais péniblement.

- Comment tu m'as retrouvé…

Comment… tu étais mort. Les morts ne revenaient pas. J'avais fait tout ce qu'il fallait pour t’éradiquer de la surface de la terre. De toute manière, tu n'avais dû manquer à personne et face à ton : “Salut chéri, je suis rentré.” je reculais. Puis, les lèvres se pinçant et contournant la table sans te quitter des yeux, j'humidifiais mes doigts pour éteindre les flammes consumant le bâton de cire des bougies. Nous plongeant dans l'obscurité. Des nuages voilant temporairement la lune, alors que le vent faisait battre le battant de la porte. Son gond grinçant sinistrement.

Aucune autre source de lumière ne venant se substituer à cet éclairage là. Mon générateur ne servant qu'à alimenter le chauffe-eau en électricité. Sur quoi, j'allais me réfugier dans un coin de la pièce. Grimpant sur le matelas reposant à même le sol et m'accroupissant après m'être laissé glisser contre le mur. Terrorisé. Incapable de réagir autrement. M'attendant à ce que ta vengeance soit terrible. Préparé à recevoir tes assauts et soumis à cette idée. Parce-que face à toi, je prenais enfin conscience du fait qu'en dépit des mes efforts, je restais toujours cet infant que tu avais abusé, frappé, cet infant que tu prétendais chérir mais que tu t'appliquais à détruire. Cette chose que tu possédais. Trop faible pour te tenir tête ou pour oser te faire face frontalement. Regarde ce que tu me faisais. Pourquoi tu revenais. Pourquoi tu n'étais pas resté mort, tu pouvais pas me foutre la paix putain !! Juste disparaître. M'oublier. Me rendre pour de bon ma liberté !

Mais le pire, le pire de tout, tu sais ce que c'est ? C'est de comprendre que tout ce temps où j'ai cru te voir et t'apercevoir au détour d'un couloir, tout ce temps où j'ai cru sentir ta présence, tu étais là. Planqué dans l'ombre. Occupé à m'épier et quand j'ai eu besoin de toi, vraiment besoin que tu te montres, tu n'as pas bougé.

Alors pourquoi tu m'avais sorti de ces décombres au final ? S'il s'agissait bien de toi. Sans doute pour mieux m'obliger à te payer. À te rembourser mes dettes. Allez... viens Djibril. Viens. Prends ce que tu veux, je te laisserais faire sans résister.

Et ensuite, repars. Va-t'en. Tel le fantôme que tu étais. Rien qu'un revenant, il ne pouvait pas en être autrement...

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The FallElijiah & DjibrilLa situation aurait été presque comique à voir, si la peur du plus jeune n'était pas une réalité évidente. Surtout qu'il semblait plus disposé à recevoir quelqu'un d'autres, vu la rapidité avec laquelle il avait ouvert la porte. Djibril en était plus que sûr, ce n'était certainement pas pour lui qu'Elijiah aurait ouvert le battant de cette façon. Un Sire qui avait été le pire des enfoirés avec un Infant qui n'avait connu que violence et maltraitance de sa part. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être amusé de la situation, même s'il savait que c'était sans doute l'attitude qu'il ne valait mieux pas adopter. Les vieilles habitudes ont la vie dures et sont difficiles à éradiquer.

« Eh bien, quel accueil ! Je ne te pensais pas si pressé de me voir. »

Tout cela alors que le sourire naïf du plus jeune s'était effacé de son beau visage. Celui qu'il continuait de chérir malgré les années, et surtout malgré la tentative de meurtre. Car oui, même s'il avait décidé de pardonner (ça, on le devait à Falballa qui avait expliqué le pourquoi du comment de la tentative), c'était resté quelque part dans un coin de sa tête, comme un douloureux souvenir de son échec d'apprivoisement sur son Infant. Un Infant qui avait simplement voulut se libérer de son emprise, ça, il l'avait bien compris et assimilée à présent. Mais qui, pourtant, semblait encore succomber à un sentiment de terreur rien qu'en le voyant.

Djibril n'avait pas bougé d'un pouce, alors qu'il observait les actions de son Infant. S'il semblait d'abord à peu près calme malgré la peur qui émanait de lui, il n'en avait pas été de même par la suite. Et le vampire, bien qu'il n'en montrait rien, commençait à prendre la mesure de ses anciens actes. Ceux qui faisaient mal, ceux qui faisaient peur, ceux qui marquaient à jamais. Évidemment qu'il ne s'était pas attendu à ce que son Infant lui saute au cou, mais là... Sa terreur était frappante et parlait d'elle-même. Il continuait pourtant de ne pas bouger, alors que le brun reculait toujours plus après les avoir plongés dans le noir. 

« Tu sais, c'est pas parce que tu vas éteindre une pauvre bougie que je vais disparaître comme par enchantement. J'aimerais bien avoir ce pouvoir, mais malheureusement, ce n'est pas celui qu'on m'a donné. »

Ce n'était sûrement pas ce qu'il aurait fallu qu'il dise pour le rassurer, mais bon. Qu'est-ce qu'il pouvait bien avoir de rassurant aux yeux de son Infant de toute façon ? En revanche, pour lui faire prendre conscience que non, il n'était pas qu'un fantôme venu le hanter, qu'il était bel et bien le psychopathe supposé mort qui faisait de nouveau surface dans sa vie, pas de doute qu'il finirait sûrement par y croire pour de vrai avec une introduction pareille. Mais il ne comptait pourtant pas faire les mêmes erreurs qu'avant. Son nouveau but était de prouver à son Infant qu'il avait changé, ou du moins qu'il était prêt à changer. À faire des efforts. Pour lui. Pour le reconquérir, même s'il devait actuellement le haïr atrocement, et quitte à y passer le temps qu'il faudrait. Parce qu'au fond, il n'avait jamais cessé de l'aimer. Ça, il n'avait pas su le montrer correctement, et c'était sans doute son plus grand regret.

Elijiah s'était maintenant terré dans un coin de la pièce, dans l'obscurité la plus totale, presque impossible à discerner dans ce décor à la fois épuré (soit par manque de choix, soit par envie personnelle), mais qui laissait deviner des efforts pour essayer de maintenir le tout de façon aussi solide que possible. Croisant les bras sur son torse, Djibril avait tenté de deviner l'intérieur de la battisse avec le peu de lumière qu'il lui restait, maintenant que le plus jeune avait éteins la seule source de lumière de la pièce.

« C'est toi qui as fait ça ? Tu as l'air de t'en sortir un peu mieux que moi. Du moins du peu que j'en vois. T'es sûr de ne pas vouloir rallumer au moins une bougie ? Il fait tout noir. »

Pour la référence, comprendra qui pourra. Pourquoi vouloir absolument que le plus âgé entre dans l'habitat ? Pour quoi faire Elijiah ? Djibril n'était-il donc pas capable d'un acte charitable à tes yeux ? Question idiote. Bien sûr que non. Il n'en avait jamais fait envers toi, ni même en ta présence. Alors pourquoi croire à une absurdité pareille ? Pour découvrir qu'en fait, c'était possible. Mais ça, tu ne l'accepterais peut-être pas tout de suite. Ça viendrai sans doute avec le temps. Beaucoup de temps. Combien exactement, c'était difficile à dire. Peut-être même jamais en fait. Qui pouvait-il savoir ça ?

Toujours bloqué dans l'encadrement de la porte, sans même avoir avancé d'un pas vers l'intérieur, Djibril avait attrapé le briquet qui traînait dans la poche de sa veste pour l'allumer histoire d'avoir un peu de lumière et y voir plus claire. La chaude lumière de la flamme venait ainsi illuminer son visage, ou tout du moins en éclairer une partie, laissant deviner les contours du reste. Son regard émeraude était ensuite venu se fixer dans le coin de la pièce où il avait vu son Infant se réfugier, s'adressant de nouveau à lui toujours de façon calme et posé. Chose exceptionnelle qui surprendrait peut-être. Mais il n'était pas là pour s'énerver.

« Tu sais, au début, je pensais que tu me claquerais la porte au nez à peine deux secondes après m'avoir vu. Force est de constater que je me suis planté. »

Un soupir avait traversé ses lèvres, avant qu'il reprenne.

« Bon, c'est pas que je m’ennuie sur le palier, mais est ce que mon hôte m'autorise à rentrer ? Je pense que ce serait plus agréable pour discuter. On a des choses à se dire, tu ne penses pas ? »

Djibril demandant la permission de faire quelque chose, ça relevait presque d'une mauvaise blague. Et pourtant.
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Tu n'étais qu'un…

Je t'interdisais de te foutre de ma gueule ! Les morts ne riaient pas. Les démons ne dansaient pas, les petites ordures de ton espèce ne devraient même pas avoir le droit d'exister en fait. Pourtant, tu souriais. Me parlant sur un ton que j'aurais presque pu trouver anodin s'il avait s'agit d'un autre que toi. Tandis que tu t'adressais à moi avec un air amusé : « Eh bien, quel accueil ! Je ne te pensais pas si pressé de me voir.»

Tu n'étais vraiment qu'un...

Est-ce que tu n'avais rien appris de tes erreurs ? Est-ce que tu pensais qu'il te suffisait de me demander la permission de franchir le seuil de ma porte pour tout effacer ! De toute manière, tu n'existais pas. Rien de tout ça ne pouvait être vrai, je devais délirer. Rêver ou cauchemarder. Si je fermais les yeux, alors tu disparaîtrais. Pour sûr. Il me suffisait de compter jusqu'à cinq et tu ne serais plus là. Un. Seulement, en bon menteur que tu étais, comme toujours, voilà que tu essayais de me convaincre qu'éteindre les bougies ne changerait rien à ta présence ici. Que tu aimerais bien avoir le pouvoir de te volatiliser, mais que malheureusement ce n'était pas celui qu'on t'avait donné. Deux. Mais pourtant, tu n'aurais eu qu'à reprendre la porte dans l'autre sens pour exaucer mon souhait. Trois. Faire demi-tour et m'oublier. Quatre. Comme si je ne te connaissais pas suffisamment pour savoir que ce n'était pas vraiment ton style. Cinq.

Battant des cils, je tentais donc de décoller mes paupières. Des larmes de rage me perlant au coin des yeux lorsque je réalisais à quel point je tremblais. Secoué par des spasmes que rien ne me paraissait pouvoir réfréner. Incapable de gérer ou de contenir mes émotions. Trop sensible. Pour ne pas dire souffrant d'hypersensibilité. Mes bras venant à présent se croiser devant mon visage en découvrant que non, tu n'étais pas parti. Je t'en prie…

Tu n'étais vraiment qu'une pourriture. La racine malade de mes fondements, le salopard qui m'avait pris ma vie, qui m'avait volé tous ceux que j'aimais, le monstre qui m'avait rendu mauvais. Le fléau de l'Europe. Tous ces hurlements que j'entendais la nuit. Les litres de sang me recouvrant de la tête aux pieds. Le bruit des jupons que je froissais et déchirais, prenant sans demander ce que je désirais. Suivant ton exemple. Voulant devenir le maître à la place du maître. Tous ces corps que j'avais réduit à l'état de morceaux de viande. Par ta faute Djibril. Par ta faute. Et étouffant un sanglot, c'est à peine si j'osais de nouveau te regarder. Tu m'avais abîmé. Changé. Pourtant, je pleurais devant toi. Sans retenue. Signe que cet autre qui m'avait réparé, avait fait du bon travail. Ne m'en rendant irrémédiablement que plus humain.

Puis, te voyant t'éclairer à l'aide de ton briquet, je sursautais. Me redressant brusquement. Le dos et les mains plaqués contre le mur. Depuis quand est-ce que tu étais en mesure de tenir une conversation ? Pour autre chose que me coucher sur un lit, ou à même le sol. Tu ne pouvais pas être celui que tu prétendais. Tout en moi rejetais cette possibilité.

- D'accord… je vais rallumer une bougie. Comme tu voudras. Tout ce que tu voudras… mais n'approche pas.

Laisse-moi juste le temps de foutre le feu à la baraque avant d'avancer. Reste là où tu es. Pendant que je rejoignais le centre de la pièce. À pas mesurés. Les jambes en coton. Mes larmes se tarissant au fur et à mesure que je reprenais de la consistance dans mes projets incendiaires. On allait mourir. Ici et ce soir. Pourquoi est-ce que je devrais me contenter de te claquer la porte au nez comme tu disais ? Je ne te raterais pas une seconde fois.

- Je voudrais savoir. Comment tu t'en es sorti ? Je t'ai fait exploser Djibril… qu'est-ce que ça t'a fait ? De perdre le contrôle. De comprendre que je t'avais pris au piège alors que tu venais de me sauter ? Est-ce que ça t'a rendu fier… c'est toi qui m'a tout appris. T'as pas idée du temps que ça m'a pris de retourner tes propres amis contre toi. J'ai dû marchander tu sais et écarter les cuisses aussi. Si tu les avais vu… ils t'ont vite oublié.

D'un coup, mon sang froid reprenait le dessus. J'avais quatre siècles. Je n'étais plus un néo que tu pouvais manipuler à ta guise. J'étais un homme affirmé, un combattant. Un putain de survivant ! Mais ça aussi, c'est à toi seul que je le devais. Et plus jamais je ne te donnerais le privilège de me voir dans cet état. La peur n'était rien à côté de l'enfer que tu m'avais fait endurer. Uniquement pour assouvir tes pulsions. Parce-que tu ne pensais qu'à ta gueule et à m'enfoncer ta queue dans le cul. Baiser, anéantir, soumettre et détruire, c'est tout ce à quoi tu prétendais. Dégueulasse et écœurant que tu étais. Rien que de sentir ton odeur d'ailleurs, ça me collait la gerbe. Je voulais que tu crèves.

J'espère au moins que ça te faisait bander que des sillons de sang viennent creuser mes joues. Seulement, tu allais devoir trouver quelqu'un d'autre pour te sucer : « Puis tu t'es souvent planté, mais ça ne t'as jamais arrêté pour autant. Attends, juste une seconde encore.» Attrapant la boite d'allumettes posée sur le manteau de la cheminé, je me dépêchais de te la rallumer ta bougie. La flamme caressant doucement la mèche, avant que de la lumière n'en jaillisse.

- Est-ce que c'est mieux comme ça ?

Lentement, mes doigts se refermaient autour du bâton de cire. Puis, je tendais le bras en direction du fauteuil près de la cheminée. L'espace réduit de la pièce me permettant de prendre la vieille veste en laine qui traînait sur son dossier. Cette veste, j'y tenais. Elle m'avait tenu chaud dans les périodes les plus difficiles.

Alors, elle m'accompagnerait dans ma prochaine vie. Celle où Noora m'attendait. Celle où je retrouverais ma famille. De l'autre côté des flammes de ce feu que j'avais tant de fois regardé brûler dans le foyer de la cheminée.

- Oui. Maintenant je t'autorise à entrer. Chez moi, c'est chez toi non ? On partage tout… à la vie à la mort. Et oui, encore. C'est moi qui ai fait tout ça. Mais ça n'a plus la moindre importance, parce que tu détruis tout. Toujours…

Et moi, je ne voulais plus te ressembler. Si bien que j'enflammais la veste. La tenant à bout de bras, mon torse se soulevant et ma cage thoracique s'écrasant. Me remettant à respirer, mécanisme habituel et témoignant du stress qui m'étreignait. Les mailles de ma veste se tordant sous l'assaut du feu, les flammes progressant trop rapidement. Tire-toi. Casse-toi si tu ne voulais pas cramer vif. Pour pas part, je choisissais de m'immoler plutôt que de me retrouver à ta merci. De redevenir ta chose et ton vide couilles, de morfler pour toi : « Je t'attends. C'est à toi de choisir…»

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The FallElijiah & DjibrilUn quoi exactement ? Il avait des tas et des tas d'insultes possibles et inimaginables sur la terre entière. Dans tout les pays, dans toutes les langues, dans tout les dialectes. Mais une seule était elle à la hauteur pour définir Djibril à lui tout seul ? Peut-être, peut-être pas. Autrefois, c'était le genre de mots qui pouvaient réveiller ses envies de meurtre, se permettant de tuer quiconque pouvait avoir un mot de travers à son égard. Dans ses bons jours, il pouvait se contenter de torturer un peu sa victime, celle qui avait eu le malheur de ne pas s'adresser à lui comme il le fallait. Et encore, ils n'y survivaient généralement pas. Mais il n'y avait eu qu'une personne jusqu'à maintenant à réussir l'exploit de garder la vie sauve pour cet affront. Elijiah, encore et toujours lui. Lui qu'il ne punissait jamais comme les autres, qu'il n'aimait pas comme les autres, ou en d'autres termes avec qui il ne faisait jamais rien comme les autres. Mais aujourd'hui, les temps avaient changé. Tout avait changé. Sauf l'amour qu'il lui portait, à cet être de lumière qu'il avait détruit, brisé, qu'il avait tiré vers le bas pour l'observer de plus près et mieux se l'accaparer. Il ne la voyait pas, mais il la devinait. Cette peur qui envahissait les limbes de son âme brisée. Celle de son Infant. Il la sentait d'ici. Et elle lui faisait mal. Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas avant ? Il avait tant que ça perdu le contrôle de lui-même pour ne plus sentir la douleur que lui provoquait la peur de ceux qu'ils aimaient à son égard ? Tous les pardons du monde ne suffiraient jamais pour excuser ce qu'il avait fait. Et même sans ça, aucune parole ne le pouvait, parce qu'il pouvait très bien les dires en l'air. C'était des actes qu'il fallait. Des vrais, des transcendants. Ceux qui changeaient tout.

Toujours armé de son briquet comme seule source de lumière, Djibril avait attendu les paroles de son Infant. Car oui, Djibril savait parler. Lui qui semblait si souvent l'avoir oublié. Qui s'estimait surtout ne plus avoir besoin de parole pour se faire comprendre. Or, cela avait changé. Du moins, il essayait de faire en sorte de changer. Falballa veillait au grain pour s'assurer de cela, même si elle savait que Djibril partait encore une fois de loin. D'ailleurs, le châtain aux mèches blondes n'avait aucun souvenir d'avoir parlé d'elle à Elijiah. Ni d'elle, ni de Farod. Sa Sire et son propre frère. Sans doute parce qu'il n'avait jamais dû le faire. Eux qui, pourtant, connaissaient son existence à lui. C'était presque dommage, car en y réfléchissant, il était pratiquement sûr qu'ils pourraient s'entendre avec lui. D'ailleurs, ce sont peut-être eux qui auraient dut venir le voir au lieu de lui ? Quoique non, plus tard peut-être, mais ce n'était pas à eux de réparer ses erreurs à sa place. Bien que pour le moment ça relevait surtout d'un début de tentative.

Finalement, la voix d'Elijiah avait résonné à ses oreilles pour lui répondre. Il était d'accord pour rallumer une source de lumière, à condition que Djibril ne bouge pas de sa place. Soit, condition acceptée, s'il n'y avait que ça pour lui faire plaisir. De toute façon, qu'est-ce qu'il craignait à rester à l'extérieur une ou deux minutes de plus ? Normalement, pas grand chose. Il avait laissé son précieux infant avancé dans la pièce, déambulant comme s'il venait tout juste d'apprendre à marcher, alors qu'il l'entendait de nouveau s'adresser à lui. Pour simplement lui demander comment il s'en était tiré, de ce piège qui aurait dû le tuer, que son cher Elijiah avait monté contre lui, tout seul comme un grand. Mais aussi ce que ça lui avait fait. Avoue Elijiah, que ça te satisferait d'entendre que même si tu n'avais pas totalement gagné, tu n'avais pas totalement perdue non plus. Quant à savoir si le plus vieux aurait le courage de mettre sa fierté de côté pour te l'avouer... Mais ne parlons pas trop vite. 

« On va dire que j'ai reçu un coup de main de personnes qui me sont proches. Des personnes que tu n'as pas pu retourner contre moi, puisque tu ne les connais pas, mais qui n'ont jamais vraiment cessé de me suivre. Ils auraient pourtant pu, vu la déception que j'ai été pour eux. Enfin bref. »

Un premier aveu, celui qui contredisait la légende selon laquelle, à l'image de Chuck Norris, Djibril pouvait se sortir de n'importe quelle situation tout seul. C'était totalement faux. Mais est-ce que le fait de savoir qu'il avait des alliés malgré sa façon d'être avait quelque chose de rassurant ? Peut-être moins. À Elijiah d'en juger.

« Pour ce qui est de mon ressentie... À l'époque, j'ai vu ça comme étant un des plus gros échecs de mon existence. Si ce n'était d'ailleurs LE plus gros de mes échecs. J'ai pas compris où j'avais foiré avec toi. Mais aujourd'hui, je suis mitigé sur la question. Ai-je répondu à tes interrogations ? »

On allait espérer que oui. Le plus vieux n'avait même pas relevé la remarque suivante que lui avait adressé le brun. À quoi bon, puisqu'il venait de toute façon de reconnaître lui-même qu'il pouvait se tromper ? Et pardon pour la déception, mais les traces de tes larmes n'avaient pas eu l'effet escompté, Elijiah. Le Djibril d'avant aurait sans doute fonctionné comme ça, mais là... Ca n'avait plus la même signification. Et bien qu'il ne l'avait pas montré, cela perturbait le châtain bien plus que ce qu'il ne l'aurait cru. Il faudrait sans doute qu'il en parle avec Falballa. Il savait qu'elle saurait trouver les mots pour ça. Elle avait toujours su le faire, c'était à lui de savoir écouter maintenant.

Une bougie de nouveau allumée, Djibril avait donc relâché la pression qu'il exerçait sur le bouton de son briquet, le laissant s'éteindre et le rangeant dans la poche de sa veste, alors que la nouvelle source de lumière éclairait faiblement l'endroit.

« J'y vois déjà un peu plus claire, on va dire que c'est un bon début. »

Mais peut être aurait-il mieux valu qu'il ferme sa grande gueule pour une fois, au lieu de demander à ce que le feu soit rallumé. S'il n'était pas maîtrisé, il pouvait être destructeur, et dans les mains d'un Elijiah qui faisait face à celui qui l'avait détruit, Djibril aurait dut se douter que ça revenait à faire une catastrophe. Comme s'il n'avait pas pu se dire que son Infant chercherait à remettre le couvert, après s'être rendu compte que sa première tentative de meurtre avait raté. Sauf que ça, il ne l'avait pas compris tout de suite. Il ne s'en était rendu compte qu'avec les événements qui avaient suivit : l'étrange discours du plus jeune, suivit de l’inflammation de la veste qu'il venait de prendre.

Prit d'un sentiment de panique à cette image, le plus vieux avait réagit au quart de tour, attrapant à la volée un sceau remplis d'eau de pluie qu'il avait repéré à l'extérieur juste à côté de la porte, avant de rentrer et de balancer son contenu sur le pyromane improvisé. De ce fait, il venait aussi bien d'éteindre le vêtement que la bougie (éclaboussant probablement son Infant au même titre), plongeant de nouveau la pièce dans le noir. Quant à savoir ce que ce sceau faisait là, ce n'étaient pas ses oignons. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il tombait bien et avait permis d'éviter le pire. 

« T'es complètement malade ma parole ! Qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ?! Abruti !»

C'était sortit tout seul. D'une voix fort, grave, pleine de colère et d'incompréhension. Djibril était bel et bien en train d'engueuler Elijiah pour la frayeur qu'il venait de lui faire. Son acte venait de le mettre en colère. Et quand il était en colère, ce n'était jamais bon signe. Du moins, à l'époque où Elijiah l'avait connu. S'il s'en souvenait suffisamment, peut-être prendrait - il peur ? Lâchant le sceau comme un vulgaire paquet de chiffons en le laissant s'écraser au sol, Djibril s'était approché presque dangereusement d'Elijiah, l'attrapant par le col avant de poser ses lèvres sur les siennes sans prévenir. Juste les poser, même juste l'histoire d'un bref instant. Et tant pis si Elijiah devait lui envoyer son poing dans la gueule juste après. Djibril avait eu peur, et c'était le seul moyen trouvé pour le lui faire comprendre.

La peur retombée, il avait séparé leurs lèvres et avait lâché le col du plus jeune, avant de s'éloigner de quelques pas en passant une main dans ses cheveux. La colère grondait encore en lui, moins forte, mais toujours là. Se retournant pour faire de nouveau face au brun, Djibril avait une fois de plus croisé les bras sur son torse, contrarié de ce pseudo-incendie qu'Elijiah avait tenter de mettre en place.

« Tu m'expliques ce qui t'es passé par la tête ? »
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Je t'attends, c'est à toi de choisir. Et pour choisir, Djibril avait choisi. De rester. De prendre le risque de brûler vif et ce, afin de m'éviter à moi de cramer tout entier. Alors que je menaçais de nous donner la pire des morts. Aveuglé et n'obéissant plus qu'à mes pulsions. Sous le coup de la colère, et de la violence avec laquelle j'avais senti l'adrénaline monter. Le tout me rendant aussi instable que le néo qu'il avait autrefois infanté. Par abus de faiblesse. Ne m'en laissant aujourd'hui que plus irrationnel et hors de contrôle. De sorte qu'en ayant ce geste désespéré à son encontre, c'est mon indépendance que je cherchais à affirmer. En le défiant. En le provoquant et en faisant juste n'importe quoi.

Uniquement pour qu'il sache à quoi s'en tenir. Pour qu'il comprenne bien que l'homme qu'il avait connu et côtoyé, ne reviendrait plus jamais. Que les choses avaient changé. Que lui et moi, on avait évolué. Et surtout, surtout pour qu'il imprime en gras quelque part dans sa tête que désormais, il n'aurait plus la moindre emprise sur moi.

C'était fini. Terminé. Pour moi, il n'existait plus. Il n'était plus rien d'autre qu'un mauvais souvenir. C'est ça Jazeem. Essaye encore de t'en convaincre. Plus toi que lui. Superbe démonstration pour un gars émancipé. Je devais avoir tellement fière allure là, à littéralement me chier dans les brailles. Comme un gamin que je n'étais pourtant plus. Même si en tout état de cause, je restais jeune face à lui. Beaucoup trop jeune en réalité pour prétendre espérer avoir le dessus, son âge venant le placer d'office au sommet de la chaîne alimentaire. De sorte qu'à l'échelle de la hiérarchie vampirique, ma place se situait tout en bas du caniveau. Une réflexion qui me laissait une drôle d'impression. Me diminuant plus qu'elle ne m'élevait. Un peu inquiet à l'idée de ne pas avoir d'autre choix que celui de devoir le suivre et me tenir à ses côtés sur les routes du mal et de la destruction. Voilà pourquoi je brandissais cette bougie que tu avais voulu que je rallume mon amour. Peut-être dans l'espoir de te découvrir sous un nouveau jour. Parce-que tu sais, je crois sincèrement qu'à un moment donné je t'avais aimé. Dans la douleur, le deuil, les privations, la brutalité et la soumission certes.

Puis toi, avec tes mots. Tes explications foireuses. C'était qui ces personnes ? Pourquoi est-ce que j'ignorais jusqu'à leur existence ! En fait, j'avais affaire à un parfait étranger. Qui étais-tu, avec tes pseudos regrets.

- Un échec ? C'est comme ça que tu me vois… comme un putain d'échec !? Je te hais Djibril. T'ENTENDS !!! Et je veux que tu crèves. Que tu souffres tout ce que j'ai souffert avec toi… Pourquoi tu fous pas le camp, laisse-moi ! Qu'est-ce que tu veux… pourquoi t'es revenu… comment tu m'as retrouvé ? Qu'est-ce que j'ai pu te faire pour mériter tout ça… t'es sérieux quand tu dis que t'as pas compris ce que t'avais foiré avec moi ! T'es qu'un monstre… t'as pas de morale, tu ressens rien, t'éprouves rien, t'es passé à côté de tout. T'as tout gâché et moi, je me suis retrouvé seul. SANS SIRE, SANS TOI !!

Le suite de ton discours me privait définitivement du peu de sang froid qu'il me restait. Je débloquais. Hurlant et enfilant ma veste alors qu'elle était en train de s'embraser. Écartant les bras en croix et relâchant la bougie. Sois maudit. Mes paupières se refermant. Prêt à m'endormir pour le reste de l'éternité, mais d'un coup tout devenait humide autour et sur moi. Moite. Est-ce que tu venais de me balancer un seau d'eau à la gueule pour de vrai ? Alors que je sentais la brûlure des flammes s'attaquer à ma peau. Leur crépitement me rappelant le bruit des draps qui se froissaient lorsque tu me pilonnais de tes coups de reins. Déchirant le tissu comme tu déchirais mes chairs. Mes yeux se rouvrant sur l'obscurité. Incrédule. La peur transperçant  ta voix quand tu t'adressais à moi “T'es complètement malade ma parole ! Qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ?! Abruti !” me forçant à sortir de ma transe. La présence du sceau d'eau étant sûrement due au fait que j'avais eu une fuite dans la toiture et que je l'avais mis dehors sans prendre le temps de le vider. Encore une fois, Dieu était plus grand. Plus grand que nous, plus grand que tout ici bas. Plus grand que toi Djibril Al-Niaimi.

Pour autant, il n'y avait que nous ici. Et t'entendre me crier après évoquait de sales trucs en moi. Autant à cause de l'onde de choc que la déflagration de ta voix dans la nuit venait d'occasionner, autant par la faute de cette inquiétude qu'il me semblait percevoir émaner de toi. Te rendant beau à mes yeux l'espace d'une seconde. Furtive. Inexistante. Tout dans tes attitudes me témoignant cet attachement que tu me vouais. Par-delà les siècles. Pas comme lui qui m'avait oublié au bout d'une pauvre année. Ton petit-fils, Ezechiel. Le seul qu'il te restait. Le premier, Elyas, n'ayant pas survécu aux bombardements. Tu l'aurais apprécié. Mais déjà, ce que je m'imaginais être ta véritable nature reprenait ses droits.

Tu ne changerais jamais. Ton affection, tu pouvais te la garder. Je la vomissais. Fatigué de voir que comme d'habitude, tu te contentais d'agir sans réfléchir aux conséquences. Et lorsque tu m'attrapais par le col, je me débattais. Essayant de te faire lâcher prise assez piteusement. Avec mes mains recouvertes de cloques.

Des sueurs froides dégoulinant entre mes omoplates et la chaleur du feu me rendant fiévreux. Mes maux de crâne me mettant au supplice. Pas bien. Pas bien du tout. Ta bouche se posant sur la mienne me propulsant quatre cent ans plus tôt. Dans un flash assassin et dévastateur. Les murs de ma maison disparaissant pour laisser les contours de la Mosquée se redessiner sous mes paupières closes. Fendues. Abruti, abruti, abruti. Un gémissement franchissant la barrière de mes lèvres. Mes doigts s'enroulant autour de tes poignets. Te revoyant me coucher de force sur les tapis de la salle des prières. À la seule différence que je te mordais la lèvre inférieure. Mes dents s'enfonçant dans sa pulpe jusqu'au sang, le message était assez clair pour toi comme ça ? Je te l'ai dit, c'était fini.

Juste satisfait que tu recules à ton tour. Pas parce-que je t'avais mordu, non. Je ne me faisais plus ce genre d'illusions. Simplement parce-que tu en avais décidé ainsi. Tes doigts se glissant dans ta longue chevelure, moderne. Traversant le temps avec classe et ce charisme qui t'avait toujours différencié du commun des mortels. La finesse de tes muscles me dévoilant toute la pureté des lignes de ton dos. Ça aurait pu être bien nous deux. J'aurais pu te pardonner les viols et les coups à répétition si tu avais seulement su t'arrêter au bon moment. J'aurais pu. Ravaler ma fierté, travailler sur la peur que tu m'inspirais et t'apprendre la douceur. La tendresse et le partage. Mais on avait raté le coche, dans la mesure où tu ne m'avais jamais laissé aucun espace. Aucune marge de manœuvre. Ni dans cette intimité que tu m'imposais ni ailleurs. Ce qui fait que lorsque tu t'es retourné, c'est ma main que tu as pris dans la gueule. Et estime-toi heureux, j'aurais tout aussi bien pu fermer le poing pour te démolir la mâchoire. Alors que là, je m'en suis gentiment tenu à te gifler. La main grande ouverte, ma paume s'écrasant sur ta joue. Le claquement de ta peau faisant écho au bruit qu'avait produit le seau en heurtant le plancher. Juste après que tu m'aies demandé “Tu m'expliques ce qui t'es passé par la tête ?”  

Si je le savais. Tout s'embrouillait. Tu me tournais la tête, et déjà je ne m'appartenais plus. Redevenant tiens. Monstruosité que tu étais. Distillant dans mes veines le plus dangereux des cocktails. Tellement que j'en suffoquais.

- Je sais pas… c'est de ta faute tout ça. Tu me fais faire n'importe quoi… Djibril…

Fais quelque chose. S'il te plaît. Regarde… on n'y voyait rien. Jusqu'à ce qu'une éclaircie ne vienne nous éclairer. Mettant l'état de mes mains en évidence. Des mains qui recommençaient à trembler et que je fixais. Des boucles s'échappant de l'élastique retenant mes cheveux et se collant à mon visage mouillé. Ma veste en laine à moitié cramé me collant au corps telle une seconde peau. Me faisant sûrement ressembler à rien. Incapable de détourner les yeux, fixé et pétrifié. En proie à une crise de panique comme je n'avais plus eu a en souffrir depuis que je t'avais quitté : « D'accord… t'as dit qu'on devait parler, je t'écoute. Mais fais vite. Fais vite…» Magne-toi. Mes jambes me lâchaient. Et là, je n'arriverais pas à aller m’asseoir ou à m'allonger seul. Sauf si tu m'envoyais à l'hôpital pour avoir osé lever la main sur toi.

Auquel cas, ça réglerait tous mes problèmes...

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The FallElijiah & DjibrilPour réagir, Djibril avait réagi oui. Balançant un sceau de flotte à la tronche de son Infant, sans prévenir. Le Sire qu'avait connu Elijiah n'aurait peut-être pas réagi de cette façon, laissant son Infant cramer avant de fuir pour ne pas crever avec lui. Peut-être. Mais là, ça n'avait plus rien à voir. Alors oui, il était resté, pour empêcher son Infant de vouloir se tuer bêtement, répondant sous le coup de l'impulsivité, simplement pour provoquer ce Sire qu'il détestait et qui avait été si cruel avec lui. Djibril ne voulait pas ça, lui maintenant, il voulait apaiser les choses. Le protéger, vraiment. Pas de cette façon particulière qu'il avait de le faire avant, mais de cette façon qu'il aurait dû le faire avant de devenir le monstre que son Infant avait connus.

« Je n'ai jamais dit ça Elijiah, tu ne m'as pas bien compris. Tu as été et es toujours ma plus belle réussite. C'est moi qui ai échoué avec toi. L'échec ne vient pas de toi, mais de moi. Tu l'entends ça ?! Cet événement n'a fait que le souligné. Si je suis revenu, c'est parce que j'accepte d'avoir merdé d'un bout à l'autre et que j'accepte de faire des efforts pour changer ! »

Qu'est-ce qu'il pouvait bien répondre d'autre à un Infant en panique qui cherchait simplement à comprendre ce qu'il se passait ? À comprendre pourquoi un Sire tyrannique et égoïste avec lui revenait subitement dans sa vie, pourquoi un homme qui l'avait détruit revenait presque comme une fleur pour lui faire voir qu'il n'avait pas disparu... Un Sire qui, pourtant, n'avait cessé d'être fier de sa création. Toujours. 

Djibril avait grimacé en sentant la morsure de son Infant sur sa lèvre, avant qu'il s'en détache pour lui tourner le dos quelques secondes. Cela n'avait fait que rajouter à sa colère déjà présente. Son Infant ne se laissait plus faire, et ça il allait falloir qu'il s'y fasse. D'accord, essayons de passer pour cette fois. Le baiser avait peut-être été un peu brusque, certes, même si l'intention de base n'était pas mauvaise. Sans doute pour ça que Djibril n'avait rien dit à ce sujet en se retournant, demandant plutôt à son Infant ce qui lui était passé par la tête pour se mettre le feu de cette façon. Mais au lieu d'une réponse, c'est d'abord une claque qu'il avait reçue. Bien sonore et bien douloureuse par-dessus le marché. Une de celle qui, généralement, avait tendance à vous laisser une jolie marque de main là où vous la receviez. Autant dire que si ça colère était un peu retombé quelques secondes plutôt, elle venait de faire une remontée fulgurante. C'est d'abord un regard noir qu'il avait posé sur le plus jeune, colérique, avec une nette impression d'envie de meurtre. Mais c'étaient ses mauvaises habitudes qui reprenaient le dessus, et déjà, il devait se forcer pour ne pas lever la main sur lui. Comme un animal en cage prêt à sauter sur sa proie, mais qui devait se maîtriser pour apprendre à vivre en harmonie avec elle. Pas encore, pas comme avant. Il n'avait plus le droit à l'erreur, il en avait fait bien trop. Il avait promis qu'il changerait. À son frère, à sa Sire, et à Elijiah qui ne voulait pas encore l'entendre. Pour eux. Puis une baffe, qu'est ce que c'était au final contre ce qu'il avait fait subir à celui qu'il aimait ?

Il l'avait vu faillir, alors qu'il entendait sa réponse. De sa faute... Voyant sa réaction, ou du moins la devinant, il s'était instantanément calmé. Ce n'était pas de la vengeance, c'était de la peur. Un instinct de survie contre la bête qu'il avait tenté de tuer. Attaquer le premier pour mieux se défendre. Une éclaircie était venue mettre un peu plus la scène en lumière. C'était toujours la même panique que Djibril voyait sur les traits de son Infant. Un regard sur ses mains, et le châtain comprenait que les batteries de guérison d'Elijiah étaient à plat. Il devait le nourrir. Le plus jeune semblait près à parler plus calmement avec lui à condition de faire vite.

« Je ne peux pas te promettre ça. Je ne sais pas combien de temps prendra cette conversation. En revanche, je peux faire des efforts. »

Il l'avait alors attrapé par le bras, non pas pour lui faire du mal, mais pour l'aider à se poser sur le fauteuil tout près. Il était peut-être encore un peu bourrin sans le vouloir, il ne savait pas. Il essayait d'agir de la même façon qu'il le faisait naturellement avec Falballa et Farod, même si ce n'était pas aussi convainquant. 

« Mais avant, ne bouges pas, je reviens. »

Puis il était sorti de la maison, l'espace d'une minute ou deux, avant de revenir avec des pochettes de sang à la main. Se rapprochant du fauteuil, il avait déposé les deux pochettes sur les genoux d'Elijiah avant d’attraper la boite d'allumette qui traînait sur la table. Craquant un bâton de bois, il avait allumé les bougies encore sur la table et que l'eau n'avait pas touchée, avant de se déplacer et faire de même pour allumer la cheminé. Ils y verraient plus claire. Reposant la boite sur la table, il avait tiré une chaise pour s’installer de façon à voir et pouvoir parler avec le plus jeune, laissant bien un mètre de distance entre eux si cela pouvait rassurer un peu son interlocuteur.

« C'est pas grand chose, mais ça devrait pouvoir t'aider pour soigner tes blessures, et remettre un peu ton pouvoir de guérison en forme. » 

Il avait désigné les pochettes de sang qu'il lui avait amené, pour qu'il comprenne de façon implicite qu'il souhaitait le voir les boires. Peut-être que le brun refuserait, par simple esprit de contradiction, ou peut-être pas, à lui de voir. Mais Djibril trouverait ça idiot de gâcher de la nourriture vu le conteste actuel. Et pour une fois qu'il lui apportait de la nourriture au lieu de l'en priver en plus...
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Tu me troublais. À un point que tu ne devais même pas soupçonner Djibril. Mais peut-être aussi que je me trompais, tout bêtement. Il faut croire que j'avais perdu l'habitude de te pratiquer. Parce-que si mes yeux s'obstinaient à me montrer les traits d'un visage que je ne connaissais que trop bien, il me semblait pourtant que tu n'étais plus vraiment le même. Pas tellement éloigné de l'homme auprès duquel je m'endormais du temps où on voyageait ensemble. Quoique différent. De sorte qu'il n'en fallait pas plus pour que je prenne l'entière et pleine conscience de me trouver face à quelqu'un d'autre.

Alors dis-moi Djibril, dis-moi. Qui étais-tu ? Pour accepter que ton infant te menace, te frappe et te repousse. Le vert de tes yeux venant contre toute attente éclaircir les ombres agitant mon regard.

Tu devais arrêter maintenant. Faute de quoi, tu risquais de complètement me perdre. Tant tu me donnais l'impression de m'entraîner à ta suite dans les dédales impénétrables d'un labyrinthe sans issue. Qu'est-ce que tu pouvais encore trouver de beau dans ce que j'étais devenu… je t'entendais. Mais les mots rentraient d'un côté pour aussitôt ressortir de l'autre. Regarde la vérité en face. Tes échecs continuaient de se répercuter sur moi et je ne te croyais pas lorsque tu prétendais vouloir changer. Quand tu m'affirmais que ton retour n'avait d'autre but. Seulement je regrette. Tu avais déjà trois siècles de retard. Et contrairement à ce que tu essayais de me faire croire, non. Le temps ne se rattrapait pas. Il défilait juste. Le truc tu vois – c'est que puisque je réclamais une seconde chance à Ezechiel – de quel droit est-ce que je t'en refuserais une à toi… trop de points de suspension. Trop d'inconnues. Je voulais disparaître, me terrer dans un coin et ne plus avoir à t'écouter. Prostré que j'étais. Les yeux toujours fixés sur le dos de mes mains qui cloquaient. Les lèvres entrouvertes, un peu effaré en décelant la pointe de colère noire qui vrillait tes prunelles. Je te le déconseillais Djibril. Ose me toucher, et je te jure que tu le regretterais. Je te le promettais. Qu'importe le moment, peu importe que je doive attendre que tu en aies terminé avec tes saloperies, vraiment. Tout ça n'avait plus d'importance. S'il le fallait, c'est dans ton sommeil que je te surprendrais. Tu payerais le moindre affront. Retiens bien que ton grand ami, tu sais, Léandre McGuiness, ne m'avait pas condamné à mort pour que dalle. Moi aussi je pouvais me montrer dangereux. Moi aussi…

Pourtant, je respirais de plus en plus fort. Presque bruyamment. Mes poumons agonisant sous les remous de mon torse. Ma cage thoracique s'écrasant douloureusement et ma poitrine se soulevant comme s'il fallait absolument que tu vois les répercutions physiques que ta seule présence générait sur mon organisme.

Des efforts… je peux faire des efforts…

Lâche-moi putain !! Pourquoi tu m'attrapais comme ça ? Qu'est-ce que tu me voulais encore… si tu savais comme c'était atroce de sentir tous mes élans de révolte s'effondrer dès lors que tu portais la main sur moi. Devant toi je n'avais plus aucune volonté. Mis-à-part trembler et me décomposer, c'est à peine si j'arrivais à faire autrement que de te laisser me manipuler comme une poupée de chiffon. Donc. Je te suivais. Te dévisageant alors que tu m'accompagnais jusqu'au fauteuil pour m'aider à m'y asseoir. Tu ne pouvais pas être toi Djibril.

Puis tu étais sérieux en me disant de ne pas bouger ? Enfin… tu voulais que j'aille où. Tu le voyais bien que les jambes coupées, je m'enfonçais dans le dossier du fauteuil. Tout en reposant mes bras sur les accoudoirs. Les paupières closes. Les brûlures ravageant ma peau me faisant transpirer. Une rigole de sueur se formant entre mes omoplates, le corps engoncé dans ma veste en laine et s'incrustant dans ma peau. Tandis que des frissons me secouaient. Des gouttes d'eau perlant sur mon visage quand tu sortais fabriquer je ne sais trop quoi. Mes yeux se rouvrant en même temps que je tournais la tête pour suivre de loin tes déplacements. Tu revenais… d'accord. Dans ce cas, je t'attendais.

Dis-moi Djibril. Dis-moi. Explique-moi juste pourquoi je ne me précipitais pas fermer la porte. Pour te chasser. Ou te mettre dehors. Te refuser mon hospitalité. Qu'est-ce qu'il y avait de compliqué à ça ? Tout. Il me semblait. Tout Djibril. Sur quoi tu revenais. Après un temps que je ne saurais pas définir. Avachi dans mon fauteuil, les jambes étendues et me laissant littéralement aller sous ce poids imaginaire que tu faisais peser sur mon corps. À moins qu'il ne s'agisse du poids des deux pochettes de sang que tu venais de déposer sur mes genoux. Tu les avais eu comment ? Par quels moyens ? La banque de sang la plus proche ne se trouvait pas très loin, d'accord. Mais habituellement, il fallait y faire des heures de queue et cette attente n'était pas toujours payante. Et dans un haussement de sourcils, je cherchais à comprendre.

- Tu les as eu comment ? J'espère que tu n'as tué personne dans le voisinage pour te les procurer. Mais merci...

Décidément, tu m'apparaissais plein de surprises. Un homme nouveau et qui du coup, soulevait en moi des espérances de renouveau. Si bien que je plantais mes crocs dans le plastique de la première. Te laissant vivre ta vie et faire comme chez toi. Raviver les cendres dans la cheminée, et rallumer les bougies. Rendant tout de suite un peu de chaleur à ce foyer mort de l'intérieur depuis que tu en avais profané le caractère sacré. Violant mon refuge, exactement comme tu me violais moi. Avilissant mon corps et le soumettant à tes pulsions bestiales.

- Pourquoi tu es là… et à quoi ça t'avancera que je me sente mieux ou pas… on sait bien tous les deux comment ça va se finir. Comme toujours, tu prendras ce que tu veux, que je te dise oui ou non. Alors si on s'épargnait ça ?

Voilà pourquoi je buvais le sang que tu m'avais ramené. Juste pour me donner l'illusion d'avoir encore le choix. De ne pas être totalement à ta merci. Sous ta coupe. Tes faux-airs de repenti ne suffisant pas à me tromper. Tu pouvais bien les garder tes distances. En quoi ça t'empêchait de me sauter à la gorge ? Tu l'avais déjà fait…

- Tu veux vraiment qu'on parle ? Parce-que c'est pas nécessaire pour ce que tu as à faire tu sais…

Enfin.... en fait, le silence m'allait bien. Il avait quelque chose de rassurant. Tu te souviens ? Je m'interdisais d'émettre le moindre son quand tu te balançais entre mes hanches. Et que tu me labourais comme un champ en friches. Sans compter que maintenant que l'adrénaline retombait, il ne restait plus grand-chose de mes ambitions assassines. J'avais envie de croire en toi, mais l'idée me révoltait. Ce serait la déception de trop. Sur ce, je vidais la poche d'une traite. Pour ce que j'avais d'intéressant à dire de toute manière. Déchiquetant le plastique et aspirant le liquide carmin qui la remplissait, tout en évitant de croiser ton regard. Mes tissus se régénérant sous les effets du sang.

Ce qui faisait germer dans mon esprit la plus stupide des idées. Tu voulais réparer ? Tu prétendais vouloir changer ? Alors commence simplement pas me donner la main. Fais ce geste. C'est rien. Rien, et tellement tout en même temps.

Main que je te tendais, après avoir allongé mon bras vers toi…

Entrelace nos doigts. Sois gentil pour une fois, quitte à me coucher sur le lit juste après. Ne me bouscule pas. Prends un peu soin de moi et relevant les yeux, je t'accordais le bénéfice du doute. Pour ne pas te faire mal, pour ne pas te blesser, parce-que j'avais perdu trop de temps à te haïr et que puisque tu ne voulais pas me voir brûler vif, je supposais que je devais te remercier. L'enfer attendrait. Me livrant en pâture à tous les paradoxes qui m'habitaient…

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The FallElijiah & DjibrilIl y avait des choses comme ça, qu'on ne s'expliquait pas toujours. C'était con, mais l'habitude faisait des ravages. Prendre l'habitude de quelque chose faisait beaucoup de ravages. Beaucoup trop, sans doute, quand c'était dans le mauvais sens. Et quand il fallait rattraper tout ça, ce n'était jamais une partie de plaisir. Car c'était long et fastidieux, et qu'il y avait parfois des choses qu'on n'arrivait pas à changer malgré toute la bonne volonté qu'on y mettait. Mais on pouvait essayer, ne serait ce pour se dire que ce n'était pas impossible. Que les efforts pouvaient payer, que ça ne servait pas à rien tout ce temps qu'on passait pour se corriger. Corriger ses défauts, pour faire plaisir aux autres, ou parfois juste pour se faire plaisir à soi-même. Pour évoluer dans la vie. Se dire que tout n'est pas encore perdu. Et abandonner seulement quand un "non" définitif s'impose à nous, mais se dire qu'au moins on a essayé. Et pourquoi pas réessayer plus tard. Dans un meilleur contexte, dans de meilleures circonstances, dans une meilleure façon de voir les choses. Tellement de facteurs à prendre en compte que ça en devenait presque étouffant. Mais si c'était ça, la clé qui permettait d'accéder au bonheur, au réel bonheur, alors pourquoi ne pas essayer ?

Le cul posé sur la chaise, Djibril avait ouvert la bouche pour répondre aux questions de son Infant. La première concernant les pochettes de sang qu'il lui avait amené. Tué des gens pour les avoir ? Non. Ou alors seulement des Tullamore jusqu'à maintenant, mais eux ça ne comptait pas vraiment. Avant, peut-être qu'il l'aurait fait, mais depuis deux ans qu'il fallait conserver le maximum de vie dans l'espoir d'en avoir ne serait ce qu'un peu, il fallait ruser. Peut-être qu'on lui avait soufflé implicitement l'idée, il ne savait plus très bien, mais Djibril avait utilisé son cerveau et avait simplement opté pour une chose à laquelle il restait fort (ou du moins le pensait-il) : le marchandage.

« Je n'ai ni tué, ni voler, ni même violé qui que ce soit pour les avoir. J'ai peut-être chassé un ou deux Tullamore quand ils avaient le malheur de me croiser, mais ça compte pas. J'ai trouvé mieux que ça, et plus rapide que la banque de sang pour me nourrir. Je rends service à quiconque me le demande en échange de sang ou autre. Du moins, quand on peut m'offrir quelque chose. C'est ce qu'on pourrait appeler un paiement pour service rendu, un peu comme un job. Ou un échange de bons procédés, au choix. Quand j'ai de la chance, j'arrive même à m'avancer pour les jours plus difficiles. Pour le moment ça fonctionne, et au pire des cas, je rentre bredouille. Libre à toi d'en penser ce que tu veux. »

Chacun avait sa méthode pour survivre sur cette île gouvernée par des hommes pourrit jusqu'à la moelle. Un peu comme ce qu'il avait été avant soit dit en passant. Certains aimaient se faire chier à attendre plusieurs heures pour parfois rien, ce n'était pas le cas de Djibril. D'autre travaillaient et marchandaient leurs services contre un peu de nourriture ou des vêtements, ce qu'ils avaient besoin ou qu'on pouvait leur offrir. D'autres reprenaient parfois la chasse, notamment quand un Tullamore passaient par là. Bref, chacun sa méthode.

La suite des paroles d'Elijiah concernait encore une fois la présence de Djibril ici. Décidément, le pauvre homme allait avoir besoin de temps pour s'y faire. En même temps, à quoi est ce que le châtain s'attendait réellement ? Il ne changerait pas comme ça la vision que son Infant avait de lui, pas en l'espace de quelques minutes à peine. Le brun l'avait connu violent, arrogant, pourri par le vice et rongé par ses idées de grandeur. Par des idées trop grandes pour lui, trop envieux pour réfléchir correctement à la façon de les atteindre. Toutes ces choses qui l'aveuglaient au point de causer sa perte. Le forçant cette fois-ci à réfléchir et repartir d'en bas. Il avait connu celui-là pendant 100 longues années, un cauchemar qui l'avait poursuivit bien longtemps après. Et là, il se trouvait soudainement face à un Sire qui s'était laisser frapper sans riposter, qui le nourrissait sans arrière-pensées, et qui s'excusait sans qu'on ne lui ait rien demandé. N'importe qui d'à peu près sensé aurait sans doute eu la même réaction. Alors pouvait-il vraiment blâmer Elijiah de craindre le pire ?

« S'épargner quoi au juste ? D'avoir une explication à tout ça ? Après tout ce temps, tu ne veux donc rien savoir ? Tu mérites de savoir Elijiah. Avant de te rencontrer, je n'étais pas comme tu m'as connu. Et c'est cette partie de moi que je veux récupérer et que je veux t'offrir. Je ne veux pas continuer à être ce monstre que tu as connu. Du moins, je ne veux pas continuer à être un monstre envers toi. J'ai beaucoup de choses à amélioré, je le sais, et ça prendra certainement beaucoup de temps. J'ai la volonté de le faire. Pour me retrouver. Mais surtout pour te retrouver toi. Je te demande simplement du temps pour te le prouver. Alors non, on ne sait pas comment ça va se finir. »

Malheureusement, les paroles ne remplaceraient jamais les gestes. Il ne fallait pas être devin pour finir par le comprendre.

« Oui, je veux vraiment qu'on parle. Je n'ai rien d'autre à faire, du moins, je n'ai pas prévu autre chose. Je suis sans doute la dernière personne avec qui tu aurais souhaité avoir une conversation, mais je pense que même si elle ne résoudra pas la plus grande partie du problème, elle a son utilité et reste nécessaire. »

C'était une constatation et un fait. Un besoin peut-être aussi, pour aider à débloquer un peu la situation, même si ce n'était pas grand chose. Après tout, il fallait bien commencer quelque part non ? C'est à ce moment que, au moment où il s'y attendait le moins, que Djibril avait vu la main d'Elijiah se tendre dans sa direction. Volontairement. Il n'avait pas compris, ne s'attendant pas vraiment à cela. Après une morsure, une gifle et tout ce qui allait avec pour lui dire de ne pas l'approcher ou le toucher, c'était bien la dernière chose à laquelle il s'attendait de la part du plus jeune. Sérieusement ?

D'un coup, il avait été pris d'un doute. Devait - il le faire ? Ou au contraire devait - il éviter ? Son doute n'était pas pour lui, mais pour Elijiah. Pouvait - il faire ce geste sans risque de lui faire mal de nouveau ? C'était pourtant tout con de prendre la main de quelqu'un bordel ! Un geste tout simple, qu'on apprenait à faire depuis tout petit. Alors pourquoi est ce qu'il hésitait comme ça, comme un abruti fini à qui on aurait soudain vidé le cerveau ? Par peur de lui faire du mal sans doute. C'était idiot n'est ce pas ? Il l'aimait, de tout son cœur, de tout son être, mais lui avait fait du mal. Et aujourd'hui, il se demandait vraiment pourquoi. Pour une connerie d’ego ou d'on ne savait trop quoi, d'une impatience qui voulait tout de suite et maintenant sans avoir à attendre de savoir si l'autre était d'accord ou non. De la belle connerie. Et maintenant il s'en mordait les doigts, à devoir répondre à un dilemme qui ne devait même pas exister. 

Finalement, après quelques instants à se demander s'il se sentait capable d'un geste aussi simple sans risque, il s'était décidé à tenter le coup. Il ne pourrait pas savoir s'il n'essayait pas au moins une fois, de la même façon qu'il ne saurait jamais comment s'améliorer s'il ne tentait pas. Alors, à son tour, il avait tendu le bras pour attraper la main de son Infant dans la sienne. Entremêlant leurs doigts. Maladroitement peut-être, mais le geste ne se voulait pas violent, au contraire. Cependant, il n'avait pas prévu qu'une vision se déclencherait par ce simple geste. Une vision dans laquelle il apercevait une jeune femme blonde, cette même jeune femme qu'il avait plusieurs fois vu entrer et sortir de chez Elijiah quand il l'avait quelques fois surveillé de loin, avant de se décider à venir le voir pour lui signaler sa présence. Mais également cette même jeune femme qu'il ne voyait plus entrer et sortir de la maison depuis plusieurs jours. Sa vision la lui montrait vivante, mais dans un état bien différent de ce qu'il l'avait vu avant. Sa vision avait été rapide, il n'aurait pas su la placer dans le temps, mais se disait que ça répondait peut-être en partie au fait qu'il ne la voyait plus depuis quelque temps. Il s'était peut-être passé quelque chose et elle était partie. Peut-être.

Comme s'il s'était brûlé ou qu'il avait peur de faire mal à Elijiah, peut-être aussi sous la surprise de sa vision, Djibril avait retiré sa main un peu rapidement pour la ramener vers lui. La curiosité était un vilain défaut à ce qu'il paraissait, mais le plus vieux voulait savoir, comprendre pourquoi il avait eu une vision en rapport avec cette jeune demoiselle. Il se disait que s'il l'avait eu, c'est qu'il y avait forcement une raison. Il y avait toujours une raison à ses visions, qu'elles le concernent directement ou pas d'ailleurs.

« Cette jeune femme blonde, celle qui passait beaucoup de temps chez toi... Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Cela fait quelques jours que je ne la vois plus entrer ni sortir de chez-toi. Et avant que tu ne me demande pourquoi je te pose la question, j'ai eu une vision d'elle. J'ai vu qu'elle était vivante, mais qu'elle avait l'air... Changer, si je peux dire. »

Il n'avait rien ajouté de plus, attendant de voir ce qu'allait lui répondre son Infant. Il n'avait pas assez d'éléments pour porter une interprétation à ce qu'il venait de voir, et seule une réponse pourrait donner une piste. 
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The fall
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Tu n'avais ni tué, ni volé, ni même violé pour obtenir ces poches de sang. C'est ce que tu venais de me dire. Juste avant que je ne te tende la main. Tel un aveu. Touché de voir que toi aussi tu pouvais accepter de te justifier. Rien que pour me rassurer. Merci Djibril. C'était déjà bien plus que tu n'en avais jamais fait pour moi.

Alors je prenais tes explications comme argent comptant. Te croyant sur parole. Et remuant les doigts, je m'impatientais. Prends ma main. Touche-moi. Juste une fois encore. J'étais si fatigué de lutter contre des démons vieux de quatre siècles. Ça devait s'arrêter maintenant. Mais tu parlais. Me faisant même sourire lorsque tu me confessais peut-être avoir chassé un ou deux Tullamore à l'occasion. Uniquement par le fruit du hasard. Coupable, quoique jamais responsable. Du toi tout craché. Pourtant, tu retenais toute mon attention dès lors que tu m'expliquais que c'est en échange de divers services que tu obtenais de quoi te nourrir. Le grand Djibril qui travaillait honnêtement et qui dépendait en parti du bon vouloir d'autrui. Crois le ou non, ça me plaisait. Parce-que subitement, tout ça te rendait plus humain.

D'ailleurs, si j'avais vécu assez longtemps pour ça, mon cœur ce serait sans doute mis à battre à tout rompre. Donc. Sois tranquille. Je n'en pensais que de bonnes choses. Pour ma part, je jeûnais. Souvent. Beaucoup trop, jusqu'à me coller des maux de crâne atroces. Enfin. Un peu moins depuis que j'avais commencé à faire des allers et retours entre le faubourg et le château. Vivant de manière déjà plus confortable là-bas. Même si je n'y trouvais pas de réel intérêt, en sachant que tous ces hommes aux côtés desquels j'avais combattu ne m'inspiraient plus qu'un profond dégoût. Pour une raison pas très claire, pas vraiment définie, une raison que je ne saurais décrire. Pas doué en analyse. Les voir, les entendre, être obligé des les côtoyer m'indisposant et me foutant en rogne d'une force assez effarante.

Oublier. Signer une coalition. Élever des monstres au rang de héro, uniquement parce-qu'il portait le matricule de patient zéro. Ravaler les rancœurs et faire comme si rien ne s'était passé. Pour s'unir. S'épauler. Transformer les ennemis d'hier en amis. Bande d'hypocrites. De lâches. Stupides de croire que tous ces chiens ne finiraient pas par leurs mordre la main. À leurs risques et périls. Personnellement, je ne me rendrais pas complice de ce crime là.

Et naïvement, j'espérais que tu te rangerais de mon côté. Sans concession. Toi qui à présent insistait pour que cette vérité que tu défendais m'éclate en pleine gueule. Tournant néanmoins un peu trop longuement autour du pot à mon goût. Il suffisait. Viens en au faits. Avant nous, tu n'étais pas tel que je t'avais connu. Mais encore ? Tu voulais m'offrir autre chose. Me donner un peu plus de ta personne, faite acte de volonté. Quant à ce qui était de nous retrouver, est-ce qu'au moins, tu avais conscience de n'avoir jamais été avec moi dans le sens que tes paroles sous-entendaient. Tu m'avais soumis. Me brisant, ne m'apportant que souffrances et déceptions. Dis. Tu savais que Noora était condamnée ? Je crois qu'il valait mieux ne pas remuer le passé Djibril. J'aimais autant me focaliser sur le futur. Pourquoi tu m'avais fait tout ça n'était plus l'important. Je vivais avec. Point. Encore une contradiction. Demander pourquoi et ne pas vouloir connaître la réponse. Il n'y avait rien à retrouver au fond, mais il nous restait tout à réinventer. Prends ma main.

Prends-là. Sauf que tu ne te taisais pas. Comme tu voudras, parlons. Peut-être que finalement, tu disais vrai et que c'est seul, sans sentir le poids de ton corps me clouer au sol, que je m'endormirais lorsque l'aube viendrait nous cueillir. Que tu sois la dernière personne avec laquelle j'ai envie de passer du temps ou pas. Aussi…

- Tu voudrais que ça se termine comment toi ?

Comment Djibril. C'était facile de parler, de me dire ce que je voulais entendre. De promettre. Pour mieux te parjurer. De revenir dans ma vie et de tout remettre en cause. Prends ma main putain…

Une main que je m'apprêtais à retirer, te quittant des yeux pour reporter mon regard sur le foyer de la cheminée. Un peu assommé par la chaleur des flammes. Ou plus justement plombé par la chape d'émotions me tombant dessus. Puisque tu n'avais rien d'autre à faire que de raviver cette partie de moi que je croyais morte.

Puis, tandis que je repliais lentement mon bras, tu te décidais enfin à me prendre la main. Me soulageant de l'éventualité d'essuyer un rejet. Un soupire de soulagement allant même jusqu'à s'échapper de mes lèvres, alors que mes doigts se refermaient sur les tiens. Toujours sans te regarder. Bien. Vraiment bien. Enveloppé dans un cocon. Un état que j'aurais voulu voir et sentir me posséder à jamais. Djibril. Alors pourquoi fallait-il que tu gâches tout…

Qu'est-ce que j'avais encore fait pour mériter ça ? Pour que tu retires ta main brusquement de la mienne et que tu me relayes au second plan. Comme d'habitude, je m'effaçais si facilement devant les autres.

- Shannon. Elle s'appelle Shannon. Et c'est mon infante. Mais tu le sais ! C'est bien toi qui a déposé ce que tu pensais être son cadavre à côté de moi après m'avoir sorti de dessous les décombres de River Crow. Non ? C'est pour elle que tu es là… t'es qu'un… je te déteste. Toi et tes foutues visions…

De nouveau, le rouge me montait au yeux. De nouveau, mes joues me donnaient l'impression d'être brûlantes. Je crevais de jalousie. Au point que sur le coup, je ne relevais même pas ton “J'ai vu qu'elle était vivante, mais qu'elle avait l'air… changer, si je peux dire.” Aveuglé par la facilité avec laquelle tu revoyais tes priorités. Le pire, c'est que je me rendais bien compte que ma réaction n'avait aucun sens. J'avais voulu te tuer. Je t'avais entraîné dans un piège et j'avais regardé ce Mausolée exploser avec toi à l'intérieur. Sans remords. Trouvant jouissif d'assister à ton dernier voyage. Alors que là, je prenais ce retournement de veste comme une insulte. Ne percutant plus rien. La mâchoire crispée. Pas loin de te sauter à la gorge, trop proche de te taper un scandale. Me maîtrisant avec peine. Me dominant à peine.

C'était pathétique. Tu l'avais vu en prenant ma main, et après ? Tu t'intéressais à ta lignée. Quoi de plus normal bordel. Je sais pas. Mais ça me tracassait. J'avais envie de te cogner, à la place de quoi, je ramenais mes jambes en tailleur. Bien gentiment. Docilement. Mes doigts venant entourer mes chevilles quand je me redressais. Le dos droit.

- On fait quoi du coup ?

La porte était grande ouverte. Vu que ça faisait des semaines apparemment que tu la surveillais elle. Je me sentais blessé.  Très connement. Shannon avait disparu, et tout ce que j'arrivais à faire, c'était cette merde. Sournoisement, et sûrement dans le but de te faire mal, j'enfonçais le clou en te lâchant tout. T'ouvrant mon esprit et diffusant de partout autour de nous des images et des échos de ces sentiments que tu m'inspirais. Nu. Sans défense.

- T'es encore là Djibril ? Je m'en voudrais de te retenir plus longtemps. Tu es libre de partir, je te retiens pas.

D'aller t'intéresser aux autres. De jouer les chevaliers servants et de me laisser pourrir dans mon coin comme tu savais si bien le faire. Le plus moche dans tout ça, c'est que je réalisais doucement que mon comportement avec mes propres infants ne valait pas mieux que le tien avec moi. Quoi que tu fasses, je le reproduisais.

Inexorablement. Te prenant pour modèle. Me référant à ce que je connaissais, te voulant pour moi seul alors même que je semblais de moins en moins souhaiter ta perte. Juste déphasé. Fragilisé. Juste en demande de je ne savais quoi...

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ELIJIAH HASSAN JAZEEM
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The FallElijiah & DjibrilIl en fallait décidément peu, ces derniers temps, pour rendre quelqu'un un minimum heureux. Finalement, ça n'avait pas été si compliqué que ça, de tendre la main pour prendre celle déjà tendue. Ce n'était même pas compliqué du tout. Absolument pas. Il l'avait déjà fait des milliers de fois ce geste, avec des personnes différentes. Alors, pourquoi autant de craintes cette fois-ci ? Pourquoi... Peut-être parce qu'il avait conscience de sa monstruosité. Pourquoi avec certains et pas avec d'autres dans ce cas ? Falballa, Farod et tant d'autres, il ne leur avait jamais fait de mal à eux. La douceur et la tendresse étaient même d'une évidence et d'un naturel déconcertant pour Djibril envers certaines personnes. Alors pourquoi n'en avait il pas été capable envers son propre Infant ? C'était quoi son problème ? Mais le mal avait déjà été fait, il restait plus qu'à réparer les pots cassés. Du moins essayer, parce que ça ne serait pas facile, il le sentait. Pas facile du tout. Mais il en avait l'envie, ce qui représentait déjà une bonne partie du travail. Être conscient de ses tords et vouloir changer les choses. Au final, il avait simplement à reproduire ce qu'il faisait déjà naturellement avec certains autres. Qu'est ce qu'il y avait de compliqué à ça ? Rien. A priori rien. Alors il apprendrait, jusqu'à ce que ça redevienne complètement naturel.

Il était prêt à répondre à la première question du plus jeune alors qu'il avait retiré sa main, jusqu'à avoir sa réponse concernant sa vision. Et là il n'avait rien compris à la petite scène qui venait de se dérouler devant lui, arquant un sourcil d'incompréhension. Sérieusement ?

« Mais tu me fais quoi là ? Une crise de jalousie ? »

Ou du moins ça y ressemblait. Djibril essayait de comprendre où il avait bien pu merder mais là, il ne voyait pas. Il lui avait simplement raconté sa vision et posé une simple question bordel ! Il trouvait sa réaction complètement disproportionnée et pas vraiment adéquat. Il lui avait simplement demander ce qu'il était arrivé à la jeune femme qui allait souvent le voir, et il lui faisait une crise ? Il sentait en lui une vague de divers sentiments assez désagréable, ce qui avait généralement pour effet de le mettre en rogne rapidement. Pourtant, il essayait de rester calme, même si l'agacement était bien présent.

« Tu m'expliques à quoi tu joue là ? Je t'ai posé une simple question, c'est tout. Ça fait plusieurs jours que je ne vois plus cette personne aller et venir pour te rendre visite, il peut lui être arrivé n'importe quoi, je t'annonce qu'elle est vivante, et tout ce que tu trouves à faire c'est de m'en mettre pleins la tronche. Attend, quelqu'un de ton entourage disparaît et ça ne t'inquiètes pas ne serait ce qu'un peu ? Ton infante en plus ! À la place t'es en train de me piquer une putain de crise de jalousie qui n'a même pas lieu d'être ? »

Il allait continuer sur sa lancée, mais il sentait qu'il ne maîtrisait plus vraiment sa colère, le ton de sa voix ayant monté de volume à mesure qu'il avait parlé. Réponse à quoi il s'était simplement lever de sa chaise pour marcher un peu, faisant les cent pas dans la pièce pour se calmer et éviter un potentiel massacre. Puis il avait repris déjà un peu plus calmement, continuant de tourner en rond pour s'occuper.

« Et pour ta gouverne, je n'avait jamais vu cette jeune femme avant de la voir entrer et sortir de chez toi. Pas même à l'infirmerie, comme tu dis. Je n'ai ramené qu'un seul corps là-bas, le tien. Si elle y était déjà je n'y avait pas fait attention plus que ça. Je ne suis pas là pour elle à la base. Comment tu peux dire ça alors que je viens tout juste d'apprendre qui elle est ? Tu crois vraiment que je t'aurais demander ça si je connaissais le lien que j'ai avec elle ? »

Il avait l'impression de jouer dans un sketch, cette conversation tournait en grosse blague. Décidément non, il ne comprenait pas. Il n'y avait aucune logique dans le comportement d'Elijiah sur ce coup. Absolument aucune. Du moins il n'y en avait pas à ses yeux. Lui piquer une pseudo crise de jalousie alors qu'il pouvait être arrivée n'importe quoi à son Infant... Pas croyable. Ça lui avait traversé l'esprit de partir à sa recherche ou il fallait lui expliquer comment ça fonctionne ?

« Ah, et encore une chose : je ne contrôle pas mes « foutues visions » comme tu dis. Du moins pas toutes. Et il y a toujours une raison pour qu'elles surviennent. Tu sais au moins ce qui lui est arrivé ? Ça t'as effleuré l'esprit de partir à sa recherche, ou même ça il faut t'y faire penser ? »

Pas très malin comme question, et pas dit avec le bon ton ni de la bonne façon. Cela ferait sans doute réagir Elijiah, mais au fond c'était peut-être ce que cherchait Djibril. Sûrement même. Le secouer un peu, pour ne pas qu'il reproduise les erreurs de mec égoïste qui ne pensait qu'à lui de son Sire. Djibril n'avait pas revue ses priorités. Il avait simplement posé une question sur une personne de l'entourage de son Infant qui avait disparu, et s'interrogeait sur ce qui avait pus se passer, des fois qu'il puisse aider à remettre les choses en ordre s'ils s'étaient disputer ou autre. Il était bien là pour Elijiah, pas pour Shanon à la base. Et de toute façon, est ce que c'était vraiment à lui de l'être ? D'être présent pour cette petite fille dont il venait d'apprendre l'existence ? Peut-être un peu oui, mais ce n'est pas lui qui avait le rôle de Sire envers elle à la base. Il n'était quand même pas venu pour se taper tout le boulot ! Il voulait bien aider, faire des efforts. Il voulait bien réparer ses conneries, or ce qu'il avait pu se passer avec Shanon n'en faisait pas parti. Sauf que, bizarrement, il sentait qu'il allait devoir apporter sa contribution, qu'il le veuille ou non. Si son Infant était trop incapable de régler ses problèmes tout seul, ou bien même de faire les choses dans l'ordre et correctement, il allait falloir au moins l'y pousser. Lui faire prendre des décisions auxquelles il devrait se tenir.

Pour lui qui faisait pourtant partit de la catégorie des vampires qui ne respiraient plus que pour fumer, il s'était stopper dans sa ronde, avait fermé les yeux et avait expiré un grand coup, dans le but peut-être illusoire de réussir à garder son calme. Un calme qui risquait d'être temporaire, mais comparé à plusieurs années auparavant, il y avait une certaine marge de progression. Il en venait à se dire qu'à ce rythme, son infant lui ferait un bon entraînement pour ce qui était de garder son self-contrôle. Du moins, si la conversation continuait comme elle avait commencer. Djibril ne savait pas ce qui prenait à Elijiah. Il voulait bien assumer d'avoir une part de responsabilité là dedans, mais des réactions disproportionnés à ce point, il ne pouvait pas accepter d'en être le seul à l'origine. Il devait y avoir autre chose à côté, un ou des événement(s) s'étant produit(s) avant qu'il ne vienne mettre un peu plus le bordel dans la vie du plus jeune. Oui, c'était sûrement ça, Elijiah ne pouvait pas réagir comme ça juste à cause de son retour dans sa vie. Ou alors Djibril devrait remettre en considération ce qu'il connaît d'Elijiah, ou du moins ce qu'il croyait savoir. Car finalement, des centaines d'années étaient passés, et tout deux avaient évolués. Des tas de choses avaient pu changer, et ce qu'ils pensaient connaître l'un de l'autre n'existait peut-être plus aujourd'hui. Du coup, si cela s'avérait vrai, il serait sans doute judicieux de commencer par réapprendre à ce connaître. C'était une bonne idée pour repartir sur de bonnes bases, non ?

Ouvrant de nouveau les yeux, Djibril avait repris le chemin de la chaise, se posant de nouveau dessus alors qu'il entendait la question d'Elijiah. Seigneur, c'est qu'il devait vraiment être paumé pour aller jusqu'à demander la marche à suivre à Djibril. Puis la marche à suivre sur quoi ? Naturellement, au vu de la tournure de la conversation, le plus vieux avait supposé que son interlocuteur lui posait la question vis à vis de Shanon, et avait donc répondu dans ce sens.

« Comme je viens de le suggérer, à ta place je partirais à sa recherche. Je dirais que tu ne pars pas vraiment désavantagé. Il y a 300 ans, quand tu pensais m'avoir tué, mon plus gros soucis n'aurait pas été ma motivation à te chercher si mon champ de recherche ne s'était pas élargis à la planète entière. En comptant que tu pouvais te trouver n'importe où, et qu'en plus tu pouvais te déplacer d'un endroit à un autre. Tu comprendras vite qu'à l'époque ça avait de quoi décourager. Aujourd'hui, dans ton cas, il se trouve que ton champs de recherche se réduit à un pays, ce qui n'est pas si mal pour un début. »

Sauf que, parce que oui il y en avait un, la réplique suivante de son Infant le fit soudain douter qu'il avait voulut tourner sa précédente question dans ce sens. Buguant pendant une dizaine de seconde tout au plus dans l'incompréhension la plus totale, il avait de nouveau sentit cette vague de mauvaises vibrations l'envahir alors qu'il saisissait le sarcasme des dernières phrases.

« Tu te fous de ma gueule j'espère ! »

Brusque, abrupte, la voix grave. Son expression s'était durcit, alors qu'il ne parvenait pas à quitter son Infant du regard. Autant de choses chez lui qui laissait clairement comprendre que ce qu'il venait de se dire ne lui avait pas plût du tout. Il avait beau se contrôler tant bien que mal physiquement pour ne pas faire un massacre, ses pulsions de colère étaient toujours aussi facile à déclencher. C'était sans doute un de ses plus gros défauts, le fait d'être colérique, mais aussi loin qu'il s'en souvenait celui là il l'avait toujours eu. Il fallait croire qu'il lui resterait à vie celui-là.

« Je viens pour essayer d'avoir une conversation constructive avec toi, et pour une fois que j'essaie de faire preuve de bonne volonté, ce dont tu as semblé être reconnaissant l'histoire d'un moment au passage, tu fais quoi toi ? Pour une petite contrariété de merde qui n'a pas lieu d'être, tu te braques et tu envoie chier le monde au lieu d'essayer d'améliorer les choses ? Mais bon sang bouges toi le cul Elijiah ! Tout ne va pas te tomber du ciel déjà résolut ! »

Djibril s'était une nouvelle fois laissé emporter par la colère et le ton était monté. Laissant planer un instant de silence, il avait passé une main sur son visage puis dans ses cheveux, reprenant contenance pour continuer de nouveau plus calmement. A peine retrouvé qu'Elijiah mettait ses nerfs à rudes épreuves, mais Djibril était déterminé à faire les choses bien alors il essayait de se tenir au maximum à sa décision, quitte à ce que ce soit encore maladroit les premiers temps.

« Sérieusement, je veux bien admettre avoir ma part de responsabilités dans ton état actuel, mais là non, je considère que ça ne viens pas que de moi. Je ne sais pas ce qui s'est passé avant que j'arrive, mais visiblement ça te perturbe suffisamment pour te faire avoir ce genre de réactions complètement disproportionnées. Ou alors c'est que je te connais vraiment beaucoup plus mal que je ne le pensais. Je veux bien essayer de t'aider, faire des efforts, tout ça. Mais si tu ne me facilite pas un minimum la tache de ton côté, concrètement, je te le dis tout de suite, ça va pas le faire et on s'en sortira jamais. »

C'était un constat sans appel. Soit Elijiah l'aidait un peu pour que les efforts de Djibril ne soient pas vains, soit la situation resterait telle quelle et ne s'améliorerait pas d'un iota. S'il avait besoin d'être secoué, il était servit.
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Ce n'était pas de la jalousie d'accord ! Certainement pas. Alors ferme-là ! Et écoute. Plutôt que de m'agresser. Ça ne pouvait pas être ça Djibril, même si pourtant ça y ressemblait. Je regrette. De quoi est-ce que je devrais être jaloux selon toi ? De toutes ces petites pétasses que tu devais t'envoyer pendant que ton propre infant se débattait contre des forces et des vents contraires. Avec tes visions de merde. Quand je demandais seulement à ce que tu gardes un peu plus longtemps ma main dans la tienne. Et ça montait. La colère, la déception, tout ce qui faisait que je m'apprêtais à te péter une durite. Pour une connerie. Un pauvre truc de merde contre lequel tu ne pouvais rien.

Juste pour le plaisir de te mettre au défit, rien que pour me prouver une dernière fois que moi aussi j'avais encore une paire de couilles. Que j'étais un homme. Que je ne dépendais de personne et que je pourrais m'en sortir, seul. Sans personne pour me porter à bout de bras. Puis ne me parle pas comme ça, espèce d'enfoiré.

Je n'avais rien à t'expliquer. Putain de question ! Allez tous au diable, toi le premier. Tu aurais dû me laisser brûler vif, c'est tout ce que je méritais. Regarde moi. Tu n'étais pas aveugle que je sache. J'étais violent. Instable. Deux ans de rémission pour en arriver là. Tu ne savais pas combien ça me devenait insupportable de perdre les uns après les autres ceux que j'aimais. Tu voulais que je te dise ce qui était arrivé à Shannon ? Vraiment. Puis ensuite que j'avoue qu'en effet, j'étais malade de jalousie. Parce-que je n'étais qu'un connard égoïste et nombriliste. Soit. Je devais bien pouvoir faire ça et te donner entière satisfaction. Puis si j'éprouvais le besoin de t'en foutre plein la gueule, pour sûr, je m'y prendrais tout autrement. Tu n'allais pas oser me la jouer victime j'espère. Le grand Djibril, repenti. Mon cul. Ne me fais pas la leçon ! Qu'est-ce que tu cherchais ? Quelle réaction est-ce que tu croyais provoquer en essayant de m'entraîner sur ce terrain là ? Tu sais quoi de ce qui peut m'inquiéter ou pas ! T'étais où quand je me soûlais ! Tu faisais quoi lorsque j'allais gueuler à plein poumons aux grilles du manoir ! Ne me juge pas.

Je t'emmerde! Vas-y. Dis-moi ce qui à lieu d'être ! Comme si me hurler dessus allait suffire à arranger les choses. Et menaçant, je me relevais. Sortant de cet état léthargique dans lequel je me complaisais. Puisque tu m'obligeais à me bouger. Me secouant un peu trop fort pour que je reste sans réaction, le bruit de tes pas sur les lattes du plancher ne faisant que me stresser davantage. Arrête ! De marcher, comme si tu te retrouvais face à un problème impossible à résoudre. C'était blessant. Insultant. Abasourdi d'apprendre que tu n'étais pas à l'origine de la mort prématurée de Shannon. Que seul Dieu l'avait mise sur mon chemin il y a deux ans en arrière.

Une pensée en chassant une autre. Tant tu me vrillais les nerfs avec tes insinuations plus que douteuses. Non mais redescends d'un étage mon pauvre ! Il était loin le temps où j'avais besoin que tu me dictes ma conduite. Tu crois peut-être que je t'avais attendu ? Mais qu'est-ce que tu voulais que je fasse, va te faire foutre !

- Ouais ! Ton bon à rien d'infant y a pensé. Il a même approché l'ennemi et repéré les abords de la prison. Tu sais, Tullamore ! Parce-que c'est de ma faute si elle est là-bas… je le sais.

Comme l'autre nuit, en route pour Galway, avec Ezechiel, je glissais mes doigts dans mes cheveux. Frénétique. Aux limites du fanatisme. Leurs jointures blanchissant à vu d'œil. Il fallait que je casse quelque chose, que je balance ce qui me passait sous la main, que je me décharge autrement que sur toi. Toi qui me rendait jaloux d'une femme qui m'avait veillé durant des nuits entières. Qui m'avait écouté. D'une femme que j'avais touché, embrassé. Douce et si forte à la fois. Franche et trop fragile, une femme à laquelle j'envisageais même d'unir mon existence. L'espace d'un instant. Avant que la machine ne recommence à s'emballer et que tout se casse la gueule. Me laissant sans vie sur le carreau. J'avais mal Djibril. Tellement mal. Et je ne savais plus comment gérer cette douleur. Alors je m'étais dit, oui j'avais naïvement pensé que revenir ici pour y terminer les travaux entamés m'aiderait à me vider la tête. Sauf que tu étais là. Me poussant à bout, aux limites de ce qui me paraissait encore être tolérable.

Mais ce n'était pas dirigé contre toi tu sais. Il fallait simplement que sa sorte, que j'expulse. Que je me débarrasse de cette souffrance intolérable que la rudesse de tes mots soulevait en moi. Je n'aimais pas te sentir aussi tendu. Ça me faisait peur. Ça me rendait fébrile et brutalement, je retirais mes doigts de mes boucles pour empoigner les accoudoirs du fauteuil. Le renversant avec une rage que je peinais à contenir. Alors chéri, est-ce que cette nouvelle réalité te plaisait ? Puis me tournant vers toi, je profitais que tu stoppes de tourner en rond comme une espèce de tourniquet pour te choper par le col. Te levant de ta chaise.

- Elle m'aime ! Tu vois, elle n'a rien trouvé de mieux à faire que de tomber amoureuse du type par la faute duquel elle a fini enfermée. Il y a quelques semaines, elle m'a envoyé un texto pour me dire qu'elle avait besoin d'aide, mais je suis pas arrivé assez vite ! Le meilleur, c'est que j'ai failli me faire tuer. Tout ça pourquoi ? Pour que l'homme qui m'a pris Ezechiel me sauve et que ce gamin sans lequel je ne peux plus respirer me plaque.

Si tu n'aimais pas ce que tu voyais, tire-toi ! Et du plat des mains sur ton torse, je te provoquais. Parce-que je ne voulais pas que tu partes. Parce-que tout se mélangeait. Parce-que je voulais redevenir ton seul centre d'intérêt. Parce-que j'avais des tendances bipolaires et borderline Djibril. Dans ma tête, ça défilait. Shannon, Ezechiel, Amarok. Mon petit cercle privé éclatant et se divisant aux quatre coins de l'île, tandis que des images tournaient et repassaient en boucle sous mes paupières closes, jusqu'à ce que je te montre mon dos. Les deux mains venant se plaquer sur ma bouche. Ravalant les sanglots trop bruyants que je laissais s'entréchapper de ma gorge. Je ne m'en sortais plus. Tout ça me dépassait. Qu'importe que tu ne comprennes rien au charabia que je te racontais. La culpabilité l'emportant sur tout le reste. J'attirais le malheur. Sinon, je ne t'aurais jamais plu autrement.

Jamais. Puis mauvais, je te refaisais face. Fais un effort. Je ne te demandais pas d'aller me décrocher la lune. Juste de m'écouter un peu, d'essayer de décrypter ce que je disais, de recevoir mes appels à l'aide et de les prendre pour ce qu'ils étaient. Tu étais un signe du destin. Mon dernier repère, le seul capable de m'empêcher de sombrer.

- Je te parle pas de ça ! Mais maintenant, si tu veux vraiment que j'aille la chercher, c'est faisable. Les Tullamores seront ravis de voir un vampire rentrer volontairement dans leur prison. Est-ce que tu es prêt à me dire adieu toi aussi ? Tu dis beaucoup trop conneries pour un vampire de presque neuf siècles. Et non putain ! Est-ce que j'ai l'air de me foutre de ta gueule là ? Tu vas faire quoi… me cogner dessus peut-être. Te prive pas ! Ce sera toujours mieux que de t'entendre me rabaisser. Je ne suis pas contrarié ! D'accord. Quant à ma présumé jalousie, t'a deviné. J'en ai marre de passer après les autres. J'en ai ma claque de n'être que le second choix ! J'en peux plus de lutter contre des fantômes ! Alors tu peux te l'enfoncer profond ta conversation constructive…

Ne m'en veux pas. Ne te formalise pas, les syllabes de mon prénom résonnant dans ta bouche me faisant un drôle d'effet. Alors que tu passais ta main sur ton visage pour ensuite la glisser dans tes cheveux. L'air exaspéré. Si bien que comme lorsque je t'avais tendu la main, je refaisais un pas vers toi. Les yeux ancrés aux tiens.

- Tu veux m'aider ? Vraiment… alors serre-moi contre toi.

Serre-moi dans tes bras. Enveloppe-moi de ton aura. Calme-toi et garde ton agressivité pour tous ces autres qui ne seront pas moi. Pour tous ces gens extérieurs à nous. Fais moi un peu de bien. Mes mains se posant doucement sur ton visage. Recouvrant tes joues, avant que je ne te rende ton baiser. Chastement. Pour te demander pardon, pour te supplier de bien vouloir m'excuser. Un baiser furtif, léger comme une caresse. Mes doigts frôlant ta mâchoire et effleurant ton cou. Oui. Tu étais coupable de tout Djibril, sauf de mes choix. De toutes ces décisions que j'avais été amené à prendre après toi. Mon état n'étant en rien le résultat de tes caprices.

- Tu t'attendais à ce que j'ai quel genre de réaction ? Alors ne me menace pas… pourquoi je devrais te faciliter les choses alors que tu n'as jamais rien fait pour moi. Est-ce que tu te rends compte que je te connais depuis que je suis gosse. Que la première fois que je t'ai vu, je ne marchais pas encore. Est-ce que tu as conscience que ce matin là en venant te trouver à la Mosquée, je te faisais confiance. Tu représentais le ciel Djibril, ce même ciel qu'aujourd'hui tu me décris comme ne possédant pas le pouvoir d'exaucer mes souhaits. Le grand et si respectable Imam.

De ton cou, mes mains descendaient jusqu'à tes épaules. Mes bras les entourant chaleureusement, pendant que je me collais contre toi. Un peu craintif. Tout en émotions. Mon menton se calant dans le creux de ta clavicule. J'avais besoin que tu sois là. Que tes efforts ne soient pas qu'une énième promesse que tu ne tiendrais pas.

- Puis au cas où tu l'aurais oublié, c'est ton sang qui coule dans mes veines.

Alors arrête de te demander pourquoi je suis comme ça et resserrant un peu plus mon étreinte, je me hissais sur la pointe des pieds. Plus petit. Me soumettant, seul maître de ma volonté.

Te répétant encore la même question…

- Tu voudrais que ça se termine comment toi ?

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ELIJIAH HASSAN JAZEEM
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The FallElijiah & DjibrilPeut – être que c'était son ancien rôle de chef des armées qui lui collait à la peau. Ou peut - être même que ça lui venait depuis bien avant. Cette volonté que les choses filent droit, de se tenir à une décision qui avait été prise et non d'aller à son encontre, de se bouger les fesses pour parvenir à ses désirs. Tout cela sans faire d'exceptions, ni même d'écart. Alors que lui-même en avait certainement déjà fait plus qu'il en était nécessaire. Ce qu'il préférait appeler des erreurs de parcours. Cependant, il se plaisait à penser qu'il gardait tout de même une certaine logique dans les actions qu'il faisait. Du moins, une logique à lui. Et ce qu'il s'était passé sous ses yeux avait été contraire à pas mal de ces choses. Ce qu'il n'avait pas supporté, ce qui l'avait irrité et avait déclenché sa colère. Une colère qu'il n'avait jamais vraiment su contrôler, qui pouvait se déclencher pour un oui ou un non, qu'il laissait sans doute bien trop souvent exploser. Mais surtout, une colère qu'il avait eue un jour le malheur de laisser exploser assez fort pour la voir virer en violence. Et après ça, il n'avait plus rien contrôlé. Parce que c'était facile de faire mal pour obtenir ce qu'on voulait. Il n'aurait jamais dû laisser sa colère faire place à la violence, il le savait. Mais il ne pouvait pas changer le passé. En revanche, il pouvait encore changer le futur.

Il se sentait prit entre plusieurs vents contraires, noyé dans l'incompréhension, secoué par la colère et subjugué par l'attendrissement. Ne comprendre ni les agissements ni le raisonnement de son infant l’agaçait et l'énervait au plus haut point, mais son désespoir ouvrait chez lui une impossibilité de lui en vouloir. Le brun réagissait comme ça parce qu'il allait mal, et Djibril s'en voulait presque de s'emporter trop vite et de lui gueuler dessus avant de réfléchir. Mais il ne supportait pas de voir son infant se transformer en loque au lieu de se battre pour ce en quoi il aspirait. Le plus âgé n'avait pas le bon dosage entre la compréhension et l'envie de redonner la motivation pour aller de l'avant. Tout simplement parce qu'il ne le connaissait pas. Il balançait d'un extrême à l'autre, incapable de doser la passion de ses propres émotions. 

Plus calme, il avait laissé son Infant lui répondre, donner des réponses aux interrogations qu'il avait osé formuler, que ce soit par colère ou incompréhension. 

« Je veux bien essayer ce que tu me proposes de la conversation constructive, mais vu comme c'est partie, je crains que ça ne pique un peu. Habituellement, c'est moi qui inflige ce genre de pratique aux autres. Enfin, du moins, c'étais, avec un peu de patience, je réapprendrais à faire comme tout le monde. Pour ce qui est de te cogner, je ne vais pas te cacher que par moment c'est tentant, alors s'il te plaît ne me provoque pas. Et dernière petite chose : ce n'est pas parce que tu n'es pas le centre du monde des autres que tu n'es pas le centre du mien, Elijiah. »

Une révélation qu'il avait commencé à formuler, avec beaucoup de négation certes, mais peut - être parce qu'il n'avait, à la base, pas prévu de le faire. S'en était plus authentique. 

« Qu'importe que les autres ne s’intéressent pas à toi, oublie les cinq minutes tout ceux que tu me décris là, qui ne s'intéressent pas à toi pour ta vraie valeur. Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je m’intéressais à toi plutôt qu'un autre ? Me connaissant, tu crois vraiment que pendant un siècle et plus je me serais fait chier avec toi s'il n'y avait pas une bonne raison ? C'est bien qu'il y a au moins une personne pour qui tu ne passes pas après les autres. Alors arrête de te morfondre pour des gens qui n'en ont apparemment rien à faire de ta gueule et concentre toi sur les autres. Tu verras que tu te sentiras beaucoup mieux. Enfin après, c'est toi qui vois, de toute façon je ne suis pas non plus un expert des relations sociales, alors libre à toi de faire ce que tu veux de ce que je te raconte. »

Et pendant qu'il déblatérait tout son baragouin, toutes ces "belles paroles" comme dirait sûrement Elijiah par manque d'actes de Djibril pour les prouver, il avait un tantinet baissé sa garde et venait à peine de se rendre compte du rapprochement physique du plus jeune. Surprit de s'en rendre compte, il s'était raidi à cause de l'appréhension qui le parcourait de nouveau. Il était près, très près, et même trop près. Les mains sur ses joues, le baiser auquel il n'avait pas su répondre... Elijiah n'avait donc pas encore comprit ? Pourquoi il faisait ça, pourquoi...

« Franchement, je m'attendais à tout sauf à ce que tu viens de faire là tout de suite. Pourquoi tu fais ça ? T'es inconscient. Je comprends ta demande, mais s'il te plaît ne me demande pas ça maintenant. Je ne peux pas encore t'offrir la tendresse que tu me réclames, tout simplement parce que je ne sais pas faire et que je risque de faire une connerie. Mais surtout, ne réagit pas de cette façon simplement par désespoir après ce qui a pu t'arriver avant mon retour, c'est naze et ça ne t'apportera rien de bon. Ne m'en demande pas trop d'un coup sur ce plan s'il te plaît. Je ne te laisse pas tomber, ne prends pas ce que je vais faire comme un abandon, je te demande juste un peu de temps avant de me sentir capable de t'offrir du réconfort de la façon dont tu me le demandes. »

Sur ces paroles, Djibril s'était simplement écarté, rejoignant l'opposé de la pièce. Loin de son Infant, pas parce qu'il ne l'aimait pas, mais justement pour le protéger d'un Sire encore trop maladroit et sujet à des crises de colère et de violence. Ils n'avaient pas besoin de ça, ni l'un ni l'autre.

«Tu sais, déjà à l'époque, je ne représentais plus rien d'autres que la corruption et le vice. Mon métier n'était qu'une façade pour mieux tromper tout le monde, et aussi parce que cette place me permettait d'accomplir des choses que je pensais être le bien à ce moment de ma vie. Après tout, c'est vrai, qui pouvait mettre en cause les paroles d'un messager du Seigneur ? Toi-même, tu n'as rien vu avant de débarquer ce matin-là. Cela devait faire longtemps que moi-même, je ne croyais plus à tout ce que je pouvais raconter. Enfin, peut-être, j'en sais rien. C'est juste que je me suis servie de mon éducation et de l'importance de la religion pour faire ce que je voulais, il me suffisait juste de le faire avec conviction pour que ça fonctionne. Pour en revenir à ce que tu disais, tu peux croire si tu veux que le ciel exaucera tes souhaits, pour ma part, je pense que rien ne s'améliorera si tu te contentes de prier et non d'agir. Il y a un juste-milieu. Les Européens ont d'ailleurs un très beau proverbe à ce sujet : aide toi et le ciel t'aidera. »

Le plus jeune lui avait reposé sa question, une interrogation à laquelle Djibril n'avait pas répondu précédemment, mais à laquelle son Infant souhaitait apparemment l'entendre répondre. Malheureusement, il n'avait pas de réponse à lui donner.

« J'en sais rien, et je ne suis pas sûr d'avoir envie de le savoir. Pas pour l’instant en tout cas. »
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