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 Fantômes d'une vie

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Fantômes d'une vie
Perdus dans les limbes - Keira x Aether ••• Certains jours, les souvenirs remontent. Sans distinction. Dans le désordre. Ce sont souvent les jours où il ne voit personne et ne fait que marcher sans but. Son sac à dos et léger mais sa tête ne l’est pas. L’air humide de l’île se transforme en sécheresse au fond de la gorge. Le paysage qui s’étend à perte de vue n’est plus aussi vert mais au contraire, ocre, rouge,… Il se rappelle de la chaleur. Quelques visages. Des amis d’enfance ? Des fantômes. Ironie. Il n’est même plus capable de reformer le visage de sa propre mère dans sa tête. Son père, à peine quelques traits. Sa sœur ? Son sourire. Mais de nouvelles images s’ajoutent. Un loup joueur. Une louve Boussole. Un loup… un poil paternel malgré son âge. D’autres plus fugaces. Tous ont leur importance. Tous ont leur histoire. Tous ne seront pas impérissable dans sa mémoire. Il le sait d’avance. Le Vioc disait que cela ne servait à rien de se souvenir. Lui n’est pas d’accord. Il sait que parfois cela fait mal. Mais il sait aussi que parfois, c’est ce qui aide à tenir. Ça occupe aussi. Lors de longues heures de pêche.

Aujourd’hui n’est pas un de ses jours. Non. Aujourd’hui son esprit est vide. Cela laisse la place aux ressentis. Fine pluie sur sa peau. La végétation qui caresse ses jambes. Il aime cette odeur de pluie. La solitude… En ce moment, il n’est pas sûr si cela lui plaît. La tranquillité lui plaît. Ou plutôt le silence. Il a horreur des bruits sourds qui lui fendent le crâne. Mais… mais il se dit que ce ne serait pas plus mal d’avoir quelqu’un qui marche à ses côtés. Il ne cherche pas l’amour. Juste la compagnie. En réalité… il ne sait pas trop ce qu’est l’amour. Le Vioc lui disait que c’était un truc de livres… Qu’il n’avait pas besoin de s’en préoccuper. De toute façon, il ne sait pas lire. Si ce n’est son prénom… Il n’est pas bête au point de ne pas savoir ce que veut dire aimer. Il n’a juste jamais expérimenté. Ce n’est pas pour les gens comme nous. La voix du Vioc. Encore. Il se demande ce que cela veut vraiment dire : « pas comme nous ». Des loups ? Des ermites ? Des gens bizarres ? Ou lui qui n’est pas vraiment très intelligent… Il verra. Il aura tout le temps qu’il faut. Pour le moment, il explore ce monde aux barrières trop rigides à son goût.

La nuit s’avance. Bientôt il ne devra sa vue qu’à son origine lycanthrope. Tout se fait plus dense. La végétation. Le silence. Il aperçoit quelques animaux. S’il a besoin de chasser, il sait qu’il pourra trouver ce dont il a besoin. Mais la faim ne le tiraille pas. Pas encore. Il sort une bouteille de son sac. L’eau a un goût de plastique. Il grimace. Il est habitué à mieux. L’eau qui coulait près de la cabane du Vioc était pure et fraîche. Rien à voir avec celle que l’on trouve en ville. Il continue tout droit. Il veut s’éloigner le plus possible de la civilisation pour passer la nuit. Il a toujours du mal à dormir à proximité de gens autres que le Vioc. Il n’arrive pas à se reposer complètement, toujours sur le qui-vive. Une nouvelle chose qu’il faut qu’il apprenne. Cela demande du temps. La fatigue arrive. Heureusement, une fois qu’il a trouvé un endroit tranquille, il n’a pas grand-chose à préparer. Une couverture au sol. Un endroit plat. Une autre couverture. Son sac en mode coussin. Il l’a fait plus d’une fois et ce n’est pas près de s’arrêter.

Ses yeux discernent quelque chose. Une forme se détache de la masse forestière. Un abri. Petit sourire. C’est encore mieux que ce qu’il espérait ! Il ne voit pas de lumière. Pas de feu qu’il s’en échappe. Il y en a une un nombre incalculable sur toutes l’île de ces petits cabanons abandonnés. Ils font son bonheur très souvent. Il trottine jusqu’à là. Une porte, trois petites fenêtres, quatre murs. Pas besoin de plus. Le confort cinq étoiles. Il s’approche d’une vitre pour essayer de guigner à l’intérieur. Si c’est fermé à clé, il n’entrera pas. Pas d’infraction, pas de dommages. Il n’est pas là pour faire du mal à qui que ce soit. Il voit des affaires. Mais la saleté de la vitre ne lui permet pas de dire si c’est des choses qui traînent là depuis un certain temps ou non… Il a la poignée dans la main. L’actionne. Après tout, il n’a vu personne… Il a besoin de voir de plus près avant de prendre sa décision. Ses pupilles s’habituent à l’obscurité plus épaisse de l’intérieur. Il y a quelqu’un. Il voit une silhouette. Il s’apprête à refermer. Tout doucement. Si la personne dort, mieux ne valait pas lui faire peur à une heure si tardive ! Non, non ! Fausse alerte ! Ce n’est rien de plus que les affaires qui forment un corps endormi. Petit soupire suivit d’un rire silencieux. La fatigue donne de drôle de chose. Il jette un dernier coup d’œil. Il ne semble y avoir personne. Il entre. Le sol n’est rien de plus que de la terre battue mais les murs paraissent isoler assez bien de la fraîcheur nocturne. Il est temps. Ses paupières commencent à se fermer toutes seules et son esprit lui joue des tours.

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« There are roads in this life that we all travel There are scars and there are battles where we roam When we are lost or wherever we may go They will always lead you home  »

Elle a du sortir. Abandonner son abri relatif, pour se fondre dans les ombres et s'alimenter en feu de bois. Erreur élémentaire, elle qui s'acharne pourtant à survivre dans cet environnement qui n'a rien d'enviable, elle commet ces atroces idioties, qui pourraient très bien l'amener dans sa tombe. Sa silhouette défie la mort depuis des années maintenant, mais elle pourrait y succomber, simplement parce qu'elle a oublié de ravitailler son bois durant la journée. Les nuits ne sont pas sûres. Elle sait ce qui y traîne impunément. Et ce soir elle foule leurs pas, dans sa stupidité. Le froid pourtant, est suffisamment mordant la nuit, pour qu'elle s'y risque. En plus de cela, le feu sera une arme de plus entre ses doigts démunis. Les bruits de la nuit l'accompagne, lui permettent de rester sur ses gardes en permanence. Le moindre bruissement, se voit accompagné d'une pause, d'une recherche intensive de son origine. Rien ne la menace ce soir. Ni les quelques animaux nocturnes qui se trimbalent dans le coin. Ni les créatures qui semblent absentes. Ce n'est que l'écho de son souffle, qui vient s'écraser contre ses tympans et dans un sens, ça la soulage. Son arme restera bien au chaud au creux de sa paume, sans se délecter d'un sang quelconque.


Imperceptiblement, elle se détend lorsqu'au loin, elle aperçoit les traits grossiers de sa masure, de son refuge. Ses enjambées s'accélèrent. Elle ne veut pas traîner à l'extérieur plus longtemps. Les dangers sont bien trop grands et son être pas encore prêt, à affronter des démons envers lesquels elle n'aurait pas le dernier mot. Ses yeux pourtant, s'attardent autour d'elle. Toujours prudente, malgré les apparences, elle essaye de s'adapter à cette nouvelle vie, pour laquelle elle ne se sent pas taillée. Les affres de sa servitude résistent parfois au temps et elle vient à manquer, ce manoir pourtant honnit, cet homme qui n'en est pas un. Sa liberté, elle l'a tant cherché, des années durant elle ne rêvait que de ça. Maintenant retrouvée, elle a l'impression de le monde a évolué sans elle. Pire, elle ne peut quitter cette île, dont elle est désormais la prisonnière. Elle n'est plus qu'une pièce, si infime, de sa propre vie, qu'elle se demande parfois s'il est bien nécessaire de la mener. Il serait bien plus simple pourtant, de laisser une de ces créatures sombre, prendre possession d'elle jusqu'à la moindre parcelle qui fait de sa personne un être humain. Plus simple, oui. Plus libérateur, probablement. Et pourtant ce n'est pas la voie qu'elle emprunte chaque jour, lorsqu'elle s'évertue de se reconstruire. En solitaire. Depuis presque deux ans désormais.


Au loin, elle entend comme un cri, répercuté par l'obscurité qui l'entoure et amplifié, par ses sens qui se perdent souvent dans une indifférence calculée. Alors elle se fige, elle s'enferme dans une immobilité impassible, jusqu'à être sûre de n'entendre que le silence de nouveau. Ce n'est que son souffle, erratique, qui s'impose à ses tympan alors elle se sent suffisamment en sécurité pour reprendre sa marche, d'un pas encore plus vif. Elle oublie toute prudence, pour s'engouffrer chez elle et refermer du même coup la porte, dont elle verrouille le loquet archaïque d'un geste leste. Enfin elle se retourne, s'adosse à la porte et ferme les yeux, pour les rouvrir aussitôt. Dans le flou de ses paupières qui se fermaient, elle a cru apercevoir cette silhouette, qui désormais se découpe nettement. Le bois s'écrase au sol dans un fracas et elle redresse son arme, prête à fondre sur l'inconnu sans hésitation. Un air déterminé, presque menaçant, déforme ses traits quarantenaires, quand pourtant son coeur s'emballe curieusement. Elle ne le connaît pas. De ça elle pourrait jurer. Pourtant... Une sorte d'aura familière la dérange. Quelque chose dans ses traits, dans son regard, lui rappelle quelque chose... mais elle se trouve incapable de savoir quoi. C'est chez moi ici. Et je t'ai pas invité. Son ton se veut neutre, elle essaye de ne pas laisser transparaître la colère de savoir cet inconnu ici. Cet endroit, qui n'est pourtant rien d'autre qu'un taudis, mais dans lequel elle a l'impression de pouvoir revivre... Et pourtant cette fois souillé, par la présence de cet individu sans gêne. Cet étranger qui n'en est pas un...  Et pourtant elle n'arrive pas à poser un nom sur cette bouille. Sur cet homme. Sur cette boule qui se forme au creux de son estomac. Je te connais. Etranges mots qui lui échappent, alors qu'elle les murmure au creux de ses lèvres...
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Perdus dans les limbes - Keira x Aether ••• Le sentiment d’être chez soi. Il a mis un moment à retrouver un tel sentiment après la mort du Vioc. Leur cabane perdue ne remplissait plus les conditions une fois qu’il s’était retrouvé seul… Et puis un jour, il a réalisé que partout pouvait être son « chez lui ». Il suffit d’un peu d’imagination et de relativisme. Il n’avait pas besoin de grand-chose : être à l’abri du vent, pas trop de bruits, pas de prédateur à l’horizon. Mais ce cabanon a quelque chose de plus. Une odeur. Quelque chose de réconfortant. Cela lui rappelait l’Australie. Pourquoi ? Tout est trop lointain. Le sommeil le prend doucement. Il l’emporte loin. Cela fait longtemps qu’il ne s’est plus endormi aussi vite… Mais en quelques secondes, ses yeux se rouvrent. Instinct de survie. Tous les voyants s’allument brusquement. Il y a quelqu’un. Il a entendu les pas hâtés et le bruit de la porte. D’abord ne pas bouger. Se figer pour disparaître dans le paysage. Juste le temps d’analyser la situation. Ne pas se presser, le Vioc disait toujours que c’était son plus gros défaut… Il ne réfléchissait jamais assez… Ce n’est pas faux. Il n’est pas doué pour cela. Il agit. Il doit fuir. Sortir de cet endroit confiné. Impossible de rester avec quelqu’un dont il n’a pas eu le temps de juger la dangerosité dans un tel lieu.

Il se redresse. Rester à terre est la mort. Se désigner comme victime avant de laisser le jeu se faire. Ses jambes sont lourdes mais il ignore leur réticence. La présence se montre tout à coup menaçante. Il faut qu’il se sorte de là. Il ne veut pas de conflit… La silhouette d’une femme se détache grâce à la lumière de la lune. Elle est à contre-lune, il ne peut voir les traits de son visage. Il les imagine durs. Elle ne vacille pas. Elle pointe quelque chose en sa direction. Il se doute que ce n’est pas une offrande… Une arme. Il pourrait sortir son vieux couteau mais à en croire par la position de l’autre, elle dispose de bien mieux… Tout son corps se tend dans un seul but. La survie. Il faut qu’il soit prêt à agir, réagir. Elle parle. Chez elle ? Elle a raison de vouloir défendre son territoire. C’est humain… et animal. Il comprend. C’est à lui qu’est la faute. Il montre ses mains pour qu’elle voit qu’il n’a aucune intention d’attaquer. Elle semblait calme… elle pourrait comprendre que tout cela n’est qu’une erreur ? Les gens sont gentils au fond… Il a passé toute sa vie à tenter d’en convaincre le Vioc. Des mots se font entendre et ce ne sont pas les siens, il n’a pas encore eu le temps de s’expliquer… Elle le… connaît ? « Je… suis désolé… » La voix le fait frissonner. Oui, il la connaît. Elle a raison ! Et puis un coup de vent lui amène de nouvelles odeurs. La mémoire l’assaillit soudainement. Oh oui, il la connaît… Les larmes lui montent brusquement. Il voit tout. Il l’a retrouvé. Enfin. Elle était bel et bien dans la forêt en fin de compte… Tout se mêle en lui. A nouveau le petit garçon de cinq ans qui cherchait désespérément sa sœur. Le vent fait bouger le feuillage des arbres et la pale lumière éclaire un peu le visage qui lui fait face. Oui, c’est elle. Il a cinq ans tout à coup et la seule chose qu’il veut c’est retrouver ses bras aimants.

Son corps se déplace plus vite qu’il ne pense. Il a besoin de l’avoir contre lui, de la sentir peau contre peau pour y croire. Combien d’années l’avait-il cherché ? Combien d’années cela avait pris au Vioc de le convaincre qu’elle était morte ? … Pas tant que cela à vrai dire. Cela lui laisse un goût amer. Il n’a pas assez cherché. Elle était là, quelque part. Il avait abandonné trop tôt. Les larmes dévalent ses joues. Il n’a rien de l’homme de vingt-huit ans qu’il est censé être. Enfant inconsolable. Il est sûr que c’est elle. Qui cela pourrait être d’autre ? Il court auprès d’elle sans se préoccuper de l’arme. Une faucille… non une faux. Qu’elle s'en serve. Il s’en fout. Il oublie le risque. Il oublie tout ce qui la sépare d’elle. Ses bras encerclent son cou pour la tirer contre lui. Il l’ignore encore. Il la serre. Se convaincre qu’il l’a enfin retrouvé. Pleurer sur son épaule. Réapprendre le bonheur de leurs câlins. « Hugmonster… » Il n’y a plus de fatigue, plus de peur, plus d’angoisse, plus rien. Juste le bonheur de la retrouver. Il ne veut pas croire que tout cela pourrait être qu’un beau rêve. Il saute à pieds joints dans ce rêve si s’en est un. Il la serre si fort qu’il a peur de lui faire mal. Son visage est enfoui dans les cheveux blonds. Il ne la lâchera plus. La séparation… l’a tué. Figé à jamais dans son enfance. Il ne se demande pas où elle a été tout ce temps. Il ne se demande pas pourquoi tout cela s’est passé. Il ne se demande rien… Ce sera pour après. Pour l’instant tout ce qu’il compte est sa présence ici et maintenant. Il n’est plus seul. L’émotion est tellement forte qu’elle lui coupe la respiration. Il veut parler. Il veut dire son prénom et son surnom encore et encore. Mais rien ne sort d’autre que des halètements. « Hug… » Cela ne va pas plus loin. Mais rien qu’avec cette bribe de mot, son accent irlandais transparaît déjà. Il a passé trop de temps sur cette île… bien plus que celle de leur terre natale. Keira. Il l’a enfin trouvée !

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Aether Young & Keira Young

« There are roads in this life that we all travel There are scars and there are battles where we roam When we are lost or wherever we may go They will always lead you home »

Le jeune homme devant ses yeux n'a rien qui lui semble menaçant. La méfiance pourtant, ne la quitte pas. Rien n'est plus dangereux, qu'un visage innocent. Elle en a eu la preuve, maintes fois. Les plus méchants loups, se déguisent derrière des masques d'agneaux. Et le gamin devant lui, pourrait bien être l'un de ceux qui savent si bien torturer les humains et se déguiser derrière les traits harmonieux d'un petit angelot. La suspicion même, vient s'installer alors qu'elle croit reconnaître la personne qui se trouve en face d'elle. Elle ne peut s'empêcher de gamberger, de s'imaginer les pires rencontres du passé. Celles qu'elle a volontairement occultées, après le départ de Callan. Il pourrait être un vampire. Un ancien habitant du manoir. Quelqu'un qu'elle connaît, sans connaître pour autant. Mais l'impression qu'elle fait une erreur ne la quitte pas d'une semelle. C'est autre chose. Cet homme, ce gamin... dégage autre chose. Une aura peut être, qui lui est douloureusement familière. L'espèce de gêne, dans son estomac, semble se propager, prendre de l'ampleur alors qu'elle ne parvient pas à aligner des pensées cohérentes. Ce n'est qu'une naïveté de plus. Une chimère qui la prend à espérer quelque chose d'enfin positif dans sa vie. Comme quelqu'un de son passé. Comme une personne de sa terre australienne, qu'elle n'aurait plus vu depuis plusieurs dizaines d'années. Seulement elle sait que c'est impossible. Que ce n'est qu'une débandade de son imagination qui s'enflamme, nourrie par cette solitude qui la pousse un peu plus dans ses retranchements.


L'inconnu s'excuse, dans une attitude volontairement calme, il ne cherche pas le conflit. Et le constat ne la rassure qu'à moitié finalement. Tout n'est qu'illusion dans ce monde peuplé de créatures du mal. Rien, ni personne, n'est blanc comme neige sur cette île aux mille tourments. Preuve en est de son changement net d'attitude. Il réagit d'une façon si étonnante, qu'elle ne parvient pas à lever son arme assez vite. Elle pourrait se maudire, pour son manque flagrant de prévoyance, mais elle est coupée net par l'étreinte infligée. Il s'impose, referme ses bras autour d'elle, comme si elle n'était qu'une simple poupée de chiffon. Seulement elle ne pense pas à le repousser. Pas alors que sa voix résonne contre son tympan, de ce surnom qui revient d'outre tombe. Hugmonster Elle n'en croit pas ses oreilles. Elle ne parvient pas à se dire qu'elle tient tout contre son coeur, son petit frère. L'homme n'a plus rien du gamin qu'elle a laissé derrière elle. Il n'a plus cinq ans. Il a grandi lui, il a complètement changé. Et pourtant en son coeur, elle l'avait bel et bien reconnu.


Passé la surprise, elle referme enfin ses bras autour de lui, serrant comme si sa vie en dépendait. Son petit frère. Elle en oublie tout. Absolument tout. Les années passées se fondent dans un brouillard, alors qu'elle retourne à la plage. Sa place. Celle aux eaux chaudes et accueillantes. Celle au sable fin et doux. Celle qu'elle regrette tous les jours, quand elle se perd dans les abîmes de la contemplation de ce qui l'entoure. Elle retourne dans le passé. Quand elle n'avait rien qui pesait sur son coeur et moins encore sur son âme. Quand elle n'était que l'aventurière prête à tout pour découvrir le monde. Même à laisser toute sa famille derrière. Et le petit gosse revient lui donner tous ces sentiments qu'elle croyait enfouis au plus profond d'elle même. Ce câlin devient presque nécessaire pour la suite de sa survie, tant elle sent l'émotion la prendre. Ses doigts resserrent l'étoffe de son haut, s'agrippent comme jamais, tandis qu'elle sent l'émotion de son frère s'écouler sur son épaule. Elle ne s'en étonne pas. Ce sont plutôt ses yeux, désespérément secs, qui la perturbent plutôt. Elle est pourtant secouée, face au tsunami de sensations qui s'éveillent doucement. Et pourtant elle ne parvient, qu'à conserver un masque de froideur insensé.


Le temps s'écoule, inconscient de ces retrouvailles qui se font sous son œil imperturbable. Peut être en secondes, en minutes. Peu importe. Il s'égrène, jusqu'à ce qu'il soit trop insupportable pour la blonde de conserver le corps chaud de son frère contre elle. Le plus doucement possible, elle desserre ses bras, jusqu'à ce que ses doigts viennent agripper les siens, le forçant ainsi à rompre l'étreinte. Pourtant elle conserve sa main contre la sienne, lorsqu'elle vient s'accrocher à ses prunelles. Elles n'ont pas changés, elles. Ce sont toujours ces billes sombres, qui pourrait presque lui faire prendre peur... Presque. Au contraire pourtant, elle se force à sourire, sans parvenir à sembler aussi chaleureuse qu'elle le voudrait. C'est son frère. Son putain de frère, perdu depuis des années. Seulement elle est incapable de lui montrer à quel point elle est heureuse de le revoir. Si heureuse que son coeur lui fait mal, à force de cogner ainsi, que son âme s'allège, rien qu'à le voir entre ses murs. Pourtant ce n'est qu'un masque impassible d'indifférence, qui se forme sur son visage. Vite enflammé pourtant, d'une sourde colère, de le voir ici. Mais qu'est ce que tu fous ici Aether? T'es censé être champion du monde de surf. Ou quelque chose comme ça. T'étais pas censé être là. T'as rien à foutre là. Agression latente, face au désespoir qu'elle ressent soudain. lui aussi. Lui aussi est bloqué ici. Et quelque chose lui dit que son sentiment de culpabilité ne fait que poindre, prêt à se développer.
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@Aether Young a écrit:
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Perdus dans les limbes - Keira x Aether ••• Il l’a imaginé ce moment. Plusieurs fois. Tout d’abord lorsqu’il était perdu dans les bois. Il voyait son sourire et ses grands bras qui s’écartaient pour l’inviter dans un gros câlin dont elle avait le secret. Comme toujours lorsqu’il l’imagine, il y avait l’odeur de sel. L’odeur de la mer. Une odeur chaude loin de celle qu’il peut retrouver sur les côtes de l’Île. Une flagrance qui le hante. Elle devait lui montrer comment surfer tout seul. Elle le lui avait promis. Il avait même demandé sa première planche de surf pour lui tout seul pour son anniversaire. Les parents n’étaient pas vraiment pour. C’était Keira qui les avait convaincus. Il n’a pas envie de la lâcher. Il ne veut plus. Le dernier câlin était à l’aéroport. Il n’avait pas pleuré. Même pas une larme ! C’était déjà un grand garçon à l’époque. Il ne sait pas combien d’années ont passé. Il est peut-être même plus vieux que l’âge qu’avait Keira lors de sa disparition ? Quel âge il a actuellement ? Il ne sait même pas vraiment. Vers vingt-quatre ans ? Vingt-sept ? Le temps est informe… Totalement obscur de le mesurer pour Aether.  

Elle le repousse. Il ne comprend pas pourquoi. Il ne veut pas. Hors de question. Il tente de s’accrocher mais il se souvient soudain de sa force. Il ne veut pas lui faire mal. Le Vioc lui disait de faire attention. Il peut blesser sans faire exprès un humain… Et Keira ne sent pas le loup. Elle n’est pas comme lui. Il est content. C’est mieux comme ça. Etre un loup, c’est compliqué. Certaines personnes n’aiment pas ça. Les humains, tout le monde les aime, non ? Il profite des derniers instants de sa chaleur. Le Vioc ne lui donnait pas de câlins. Il n’aimait pas ça. Au bout d’un temps il avait arrêté d’en demander. Il espérait secrètement que Zadig était tactile comme lui… Il lui demandera à l’occasion.

Elle se décale encore un peu. Il ne veut pas lutter contre elle. Avant elle gagnait toujours… Mais maintenant ? Il peut la battre. Mais il n’est pas question de force. Il aurait le temps pour se chamailler, non ? Ils n’allaient plus se quitter ! Il le lui montrerait la tombe du Vioc, la cabane, et lui présenterait Zadig et sa rivière préférée ! Il a pleins de trucs à lui raconter et pleins de questions à lui poser ! Est-ce qu’elle avait retrouvé leurs parents ? Il voit un peu mieux son visage. Elle a vieilli. C’est normal. Le temps a passé. Il ne ressemble sûrement plus beaucoup au petit garçon de ses souvenirs… Mais ses traits rappellent ceux de leur père et de leur mère. Keira, elle, semble avoir gagné en assurance… perdu en légèreté… Pourtant c’est bien elle, n’est-ce pas ? Il a déjà rêvé de la retrouver, ce n’était pas comme ça. Il y avait des fleurs et il faisait grand soleil. Il ne se souvient plus du reste. Mais c’était bien. Ils souriaient tous les deux et il y avait de quoi manger pour au moins trois jours. Là, il n’a aucun biscuit à lui proposer. Pas même un reste de pain… Enfin, peut-être que s’il cherche bien dans son sac, peut-être qu’il trouvera quelque chose à lui proposer… Ses pensées sont interrompues par les paroles de sa sœur. Il ne comprend pas pourquoi elle est si désespérée tout à coup. Elle le presse. Elle aussi a des questions. « Je t’ai suivi… On voulait te trouver ! » Voilà comment tout avait commencé. Il avait presque oublié la raison de sa venue sur l’Île. Il avait presque oublié qu’un jour il vivait dans une maison comme tout le monde. A quoi ressemblait sa chambre ? « J’ai cherché longtemps mais c’était trop grand et je me suis perdu. » Maintenant il est plus doué à la traque qu’à cette époque. Maintenant il pourrait la retrouver s’il est disparu. Sauf qu’elle va rester, non ? « Tu étais où ? On a eu peur ! Mais tu vas rester avec moi, non ? Sinon je peux venir avec toi. J’ai juste un sac à dos, ça prend pas de place. » Il peut aller partout. Il ne laisse rien derrière lui. Il veut juste revoir Zadig de temps en temps. «  Tu m’as pas appris à surfer… je sais plus faire… Ici les vagues sont trop froides… Le Vioc voulait pas que j’aille nager. » Les vagues étaient trop dangereuses d’après lui. Aether est persuadé qu’il ne savait pas nager. Il semblait toujours pétrifié quand il voyait de l’eau profonde. C’est lui qui devait traverser les rivières pour voir s’ils avaient le fond.

«  Tu m’as manqué ! » Enormément. Il a pensé à elle presque tous les jours. Parfois une pensée fugace, parfois en se demandant ce qu’elle ferait à sa place, ce qu’elle dirait. Il lui sourit. Il n’espérait pas la revoir. Elle n’était plus qu’une idée brumeuse dans son esprit. Un mirage. Il n’y croyait plus. Il ne sait toujours pas s’il y croit totalement à vrai dire. Ses yeux commencent même à s’humidifier. Pourtant il est grand maintenant. Il n’est plus le gamin. Il a appris à être fort. Cela n’empêche pas les larmes de couler le long de ses joues et son nez de le démanger grandement. Il n’imaginait pas leurs retrouvailles avec des larmes et de la morve. Il fronça les sourcils pour contrôler ses émotions. Il est grand maintenant.


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