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 Go ahead, break me | Léandre

Vampire
Caïn's child
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| go ahead, break me |


if i'm not broken, break me down,
so i will never feel alone again.

L'atmosphère était étouffante. À l'image de ce qui les unissait l'un à l'autre. À l'image de toutes les fissures dont leur relation s'était parée dans l'obscurité. De ces affinités virulentes, il ne restait pourtant que des lambeaux insignifiants. D'anciens sentiments égarés dans l'horreur de leur dictature, à présent devenus reliques poussiéreuses, que le temps finirait certainement par enterrer d'ici peu. Plus rien que du vent. Blizzard auquel Callan était pourtant devenu pratiquement indifférent. Du moins, c'est ce qu'il aimait croire et c'est ce dont il était sûr. Jusqu'ici. Jusqu'à ce que la fatalité ne lui laisse aucun autre choix que celui d'affronter la Mort qui guettait Léandre. Pour la première fois, il n'avait aucune solution sous la main. Aucune issue de secours, à ce qui était en train d'arriver à son père, à ce qui le rongeait jusqu'au plus profond de lui-même. Il n'avait pas le moindre plan en tête et suintait donc d'une impuissance corrosive, à laquelle il ne parvenait guère à s'habituer et qui agitait l'océan de colère qui sommeillait en lui. Ainsi, c'était la rage qui l'avait emporté sur le reste. La rage à son état pur. Celle qu'il vouait aux hommes autant qu'à ceux qui avaient pu s'opposer à eux par le passé. Celle qui s'intensifiait lorsqu'il repensait aux pauvres âmes inconscientes qui avaient osé s'immiscer entre lui et la seule personne qu'il avait choisi d'aimer, à ceux qui l'avait séparé de cet homme qu'il avait pourtant secondé tout au long de son immortelle vie. Celui-là même qui l'avait incontestablement trahi, sans l'ombre d'un doute, et qui s'était détourné de lui. De leur histoire et de tout ce qu'ils avaient pu partager ensemble au cours de ces huit derniers siècles. Pour un autre. Pâle inconnu face auquel le pauvre cœur fébrile de son père s'était liquéfié. Pour Sedna.

Fausse note, aussi latente que déconcertante. Récalcitrante, même. Détestable rengaine qui avait fini par le lasser, par abîmer l'implacable dévotion qu'il avait pu éprouver pour lui. Cette promesse, qu'il lui avait faite à Arles, était en train de s'effriter. Callan la contemplait partir un peu plus en morceaux, à chaque battement de paupière supplémentaire qu'il effectuait. Et pourtant quand Wellan était arrivé à la porte de son appartement, avec pour seul but de le ramener à Belfast, au sein de ce fameux château dans lequel était en train de mourir Léandre, il n'a fait preuve d'aucune résistance. Sachant, de toute évidence, que Von Bürgstag était intouchable. Puisque son ancien amant ne supporterait pas qu'il lui arrive quelque chose. Immunité que l'Allemand n'avait obtenu qu'à son bon vouloir puisque des occasions de le tuer, Callan n'en avait pas manqué. Au contraire. C'était par amour qu'il s'était retenu de l'assassiner. Par amour, toujours, qu'il avait décidé d'obtempérer lorsqu'il lui a conseillé de le suivre jusqu'à la cité vampirique. N'était-il donc pas de son devoir d'être auprès de son père alors que la maladie pourrissait ses entrailles à petit feu ? Autrefois, il aurait été le premier à s'agenouiller à son chevet, remuant ciel et terre pour le venger, maintenant leurs rangs à la force de sa volonté d'acier, de sa cruauté impartiale. Il ne l'aurait pas quitté et l'aurait épauler comme le demande son statut de premier infant. Autrefois.  

Mais ce temps-là n'était plus. Son allégeance s'étant envolée à la minute où il comprit que Léandre l'avait remplacé. De la plus odieuse des manières. Huit cent soixante-deux ans, réduits à l'état de cendres. Effacés dans les méandres d'une absence flagrante de reconnaissance. C'était donc amer qu'il avait quitté River Crow, qu'il avait quitté Léandre, s'éloignant de tout ce qu'ils avaient pu construire ensemble. Après l'assaut des rebelles sur le Manoir, tout juste un an avant les premiers bombardements de l'organisation. Il s'était fait la promesse de ne jamais faire demi-tour, de ne jamais revenir sur ses pas et surtout de s'arracher à ce lien dont les racines ont pris naissance dans les flammes de l'Enfer. Qu'importe les fulgurances que pouvait apposer à son Âme l'absence de son Sire au creux de son existence. Ne craignant ni la souffrance ni la solitude, bien trop accoutumé à l'isolation pour la considérer comme une ennemie, il n'avait jamais regretté son départ. Sa véritable douleur ne siégeant que dans la trahison à laquelle Léandre l'avait condamné, avec maladresse et injustice. Aveuglé et surtout affaibli par ce qu'il était capable d'éprouver pour la pauvre victime nuisible qu'a toujours été Sedna. Autant pour lui que pour Callan. Léandre ne faisant que se voiler la face sur la fourberie du monde, perdant ses vains espoirs dans des idéaux impossibles. Éperdument attaché à ces quelques restes d'Humanité dont son cœur, parfois trop naïf, était nécrosé.

Ce fut une des raisons pour lesquelles il ne l'avait jamais quitté. Callan désirait le protéger, de ces gens qui n'avaient pour ambition que les tromperies et les abus, autant qu'il refusait de le partager avec qui que ce soit. Il alimentait ainsi la noirceur goudronneuse de leur amour jusqu'à en épouser les plus terribles crimes. Faisant couler le sang de n'importe quel homme osant se perdre dans les draps de son père, s'octroyant bien plus de droits qu'il n'en possédait réellement puisqu'il ne se pliait à aucune règle, ni même à celles qu'avait pu écrire Léandre lui-même. Callan n'était véritablement soumis qu'à sa liberté, n'était dompté que par les relents inquiétants du Néant et préférait la froideur cadavérique de son insensibilité à toute démonstration d'amour ou de compassion. Ces deux choses n'étaient pour lui qu'une insulte au chemin qu'ils avaient accompli, des compromis avec lesquels ils ne faisaient que perdre leur temps. Les rouages de l'amour n'étaient quant à eux qu'une promesse d'amertumes et de déceptions. Il l'avait appris à ses dépens et cela se confirmait à chaque fois que les mensonges du Français revenaient malmener toutes les certitudes qu'il avait pu avoir à son sujet. Callan s'était mépris et comme chaque âme éprise d'une autre, il s'était heurté à la réalité abrupte qu'aucun idéal conté et prédit n'était envisageable. Cette conscience carnassière éclairait ses routes sauvages, elle le guidait au travers des illusions puériles et sentimentales auxquelles s'enchaînaient les autres. Ils les maudissaient de leur crédulité, se riant des échecs qu'ils accumulaient alors que lui avait toujours vu clair. Ces fragilités stupides, il n'avait accepter de les ressentir que pour Léandre mais ses nombreux affronts, ses tromperies incandescentes et son incapacité à comprendre le pourquoi de sa rage avaient fini de le conforter dans la lassitude qu'il éprouvait depuis 2042.

Kieran était de ces âmes frêles et ignorantes, déguisées de bonté et de chaleur pour mieux cacher les fissures décorant son histoire. Il avançait avec cette lueur ridicule au fond du regard, s'imaginant que la réciprocité de sa bienveillance résonnerait au fond des autres comme elle parvient à briller en lui. Callan n'avait fait que remettre les pendules à l'heure, lui faisant comprendre dans la brutalité de la violence qu'ils étaient voués à se haïr puisque le néo-zélandais ne s'était pas rangé dans le bon clan, quelques années plus tôt. Clan qui n'existait pourtant plus puisque les vampires s'étaient unis pour mieux vaincre alors qu'ils ne faisaient que mourir, en raison de cette passivité mielleuse et candide en laquelle il ne reconnaissait plus le règne impartial qu'avait su imposer son père auparavant. Ce traité bancal ne lui ressemblait pas. Cette absence de représailles envers la menace ne lui ressemblait pas non plus. Et cela ne faisait qu'envelopper Callan dans le brouillard d'une confusion sourde, à laquelle il avait choisi de répondre en totale opposition, brisant les lois d'une coalition en laquelle il peinait à croire et qui finirait sans doute par se retourner contre eux, tôt ou tard. La preuve étant dans la manière qu'avait eu McIntyre de le prendre de haut, braquant son arme sur lui alors qu'il avertissait ses collègues de raid au même instant. Juste avant que l'Alemand ne reprenne le contrôle de la situation. Juste avant qu'il ne lui rappelle qu'il n'était pas le genre d'homme que l'on pouvait menacer.

Il s'est donc servi de lui afin de marquer son désaccord, insultant ouvertement ces alliances factices. Il l'avait violé après l'avoir agressé physiquement. Parfaitement conscient que ce qu'il avait commis remonterait jusqu'au château et que son père finirait par en avoir les échos. Callan savait qu'on allait venir le chercher et que l'heure des explications finirait par sonner. Contre son gré. Peu importe à quel point Léandre pouvait lui manquer. Son absence et son refus de le voir n'étant qu'une conséquence parmi tant d'autres aux infidélités qu'il a pu lui faire endurer par le passé. Callan n'avait pourtant pas de mal à s'enivrer des vagues insolentes des sentiments qu'il éprouvait envers le Français. Mais il ne tolérait pas le mensonge ainsi que l'abandon injustifié et supportait encore moins l'idée de n'être qu'un pion entre ses phalanges délicates. Pas après tout ce qu'il avait pu faire pour lui et avec lui. Ainsi donc il avait passé les portes du château avec désinvolture, le visage crispé par un mépris viscéral. Ses attitudes restant fidèles au monstre qu'il a toujours été ; froides et imperturbables. Hautaines et misanthropes. Puisqu'au-delà de tout ce qu'il avait pu perdre, l'Allemand n'avait rien perdu de sa fierté cruelle, de cette insensibilité si particulière qui le caractérisait. Il restait fidèle à lui-même, se délestant de toutes les fausses apparences dont pouvaient suinter ceux qui vivaient dans ce château. À tel point que la plupart d'entre eux baissaient le regard dès lors que le sien se posait sur eux, sa réputation sulfureuse le précédant inexorablement, lui collant même à l'échine comme une seconde peau. Alors que d'autres, ceux-là même qui le pensaient mort et  qui s'étaient réjouis de sa disparition, s'offusquaient à présent de son retour. Et seigneur, qu'il aimait voir leur visage se décomposer à mesure que ses pas martelaient le sol sous leur nez.

Pourtant rien ne le touchait réellement. Rien ne l'effleurait. Puisque ces visages abstraits, pour lui, n'existaient pas et n'avaient aucune valeur concrète. Il n'était présent en ce lieu que pour une seule et unique personne. C'était une évidence qui n'avait pas besoin de discours pour être confirmée, une infaillibilité antique qui ne vivait qu'à travers les liens du sang qui l'unissaient à celui qu'il désignait comme étant son père, son amour, la raison même pour laquelle il s'acharnait à perdurer au-delà des siècles. Cet homme qui mourrait pourtant et dont l'Âme s'émiettait dans des profondeurs bien plus désastreuses que ce que l'Allemand aurait pu imaginer. Le Roi déchu, dont la superbe avait pratiquement disparu sous les décombres d'un royaume dévasté par les bombes. Les vestiges d'un être cher que Callan avait fui comme d'autres tentaient d'échapper aux nouveaux bourreaux de l'organisation. Celui qui avait su éveiller le volcan de sa haine, où se confondaient pour la première fois le fléau de sa rage et l'authenticité inébranlable de ses sentiments. Il refusait pourtant de faiblir sous le poids de l'attachement, répugnant à la pitié et à la compassion autant qu'il était possible de le faire. Il refusait de faire face aux ravages que Tullamore avait exercé sur celui qui l'avait façonné. Pourtant, entre eux à présent, il n'existait plus que cette porte, gardée par deux gardes. En quarantaine et isolée du reste du monde. Et si ce flegme apathique refusait de quitter les traits usés de son visage, son intérieur s'ébouillantait d'enfin briser ce long silence qui les avait tant éloigné ces trois dernières années.

Lorsqu'il pénétra enfin dans la chambre, l'odeur aseptisée et médicale fut le seul arôme que ses narines reconnurent totalement. Les effluves de celui qu'il avait tant embrassé par le passé s'étant annihilées sous le poids de la stérilité nauséabonde, il le cherchait sans le trouver alors qu'à l'intérieur de sa poitrine, l'illusion d'entendre son muscle moteur se craqueler déstabilisait son attention avec véhémence. Aucun bruit ne venait esquinter le lourd silence de la suite macabre. Callan ne percevait que ses propres pas contre le marbre. Ça et la terrible sensation de rentrer à la maison puisque Léandre était là, quelque part, et qu'entre ses bras demeurait le seul endroit qu'il considérait réellement comme étant son refuge. Il était si proche et pourtant si loin, à des années-lumières de ce qu'ils avaient pu être autrefois.

« Léandre. »

Callan énonce son prénom. Fermement et bien plus froidement qu'il ne l'aurait voulu. Ce prénom qu'il a tant de fois prononcé, celui qui imbibait chaque cellule de sa vitae. Il n'avait pas besoin de s'annoncer pour qu'il le reconnaisse, qu'il sache que c'était bel et bien lui. Ils se connaissaient trop bien pour s'oublier. Ils s'étaient bien trop aimés, bien trop déchirés, pour simplement s'effacer mutuellement de leur existence respective. Car oui, au-delà de toutes les blessures qu'ils s'étaient infligées, au-delà du monde qui semblait s'acharner à les éloigner, ils étaient voués à se retrouver. Même si pour cela, il fallait qu'ils sombrent dans les abîmes infernaux que leur avait promis leur destin. Si l'un d'eux devait chuter, ce n'est qu'ensemble qu'ils s'enfonceraient dans les tréfonds de l'obscurité car c'est tout ce à quoi Callan s'était voué. Depuis qu'il l'avait rencontré. Il avait mesuré l'ampleur des morsures que comporteraient leurs retrouvailles, il était prêt à subir les foudres de sa déception, tout comme celles de ses colères ancestrales. Il les connaissait par cœur et ce n'était un secret pour personne qu'il se nourrissait de cette violence, de cette rage qui animait si fort l'Âme de l'homme qu'il aimait. Alors brise-le, Léandre. Ne te retiens surtout pas. Brise-le pour mieux le reconstruire.

NΞRIOИ



When you speak my name, it don't matter to me. Where you place your blame, it don't matter to me. Where could you be walking to, it don't matter to me. Take my wicked heart, it don't matter to me. Turn my twisted words, it don't matter to me. What are you here waiting for, it don't matter to me. Where do you go to, you don't matter to me.

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