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 Ashes of Eden | Orfeo

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Ashes of Eden

Vincent Granger | Orfeo Spinola




Parmi les meurtrissures qui me tourmentent, celles qui m'affligent le plus resteront certainement l'Inhumanité, la violence et la cruauté. Créatrices des ecchymoses qui colorent mon cœur, elles demeureront pour moi les messagères de toute la haine que je m'empêche d'extérioriser. Puisque mes convictions se trouvaient ailleurs que dans la noirceur de nos émotions primaires, je choisissais d'écouter ma conscience et de nourrir ma compassion plutôt que d'assouvir les désirs coupables qui me hantaient. Ceux qui jugent et qui ne rêvent que d'infamie. Les fruits maudits d'une violence et d'un égoïsme virulent auxquels je refusais vivement de céder pour mieux les contrôler et les dominer. Afin de ne blesser personne. Cette nuit, pourtant, ces émotions négatives me vrillaient l'esprit. Propulsées par la véhémence de mon inquiétude, elles s'intensifiaient au fil des minutes qui passaient. J'en voulais aux hommes d'avoir blessé mes proches, de les avoir enfermé. Je les haïssais d'inciter Léandre à désirer le suicide, utilisant pour ce faire la douleur corporelle comme terrible ultimatum. L'humiliation souveraine et unanime d'une condamnation sans appel, infligée aux innocents au même titre qu'aux criminels, finissait quant à elle de m'écœurer. L'inégalité invraisemblable des hommes m’affligeait autant que les agressions qu'ils avaient asséné à celui que j'aimais et qui, à présent, vacillait entre la mort définitive et la vie qu'on lui avait arraché.  

Prisonnier de la tristesse morose et dangereuse qui m'avait enseveli après qu'on m'ait révélé l'horreur, je ne pouvais pour autant pas cesser d'envisager un plus bel avenir. Pour chaque peuple. C'est du moins ce que je tentais de me convaincre. Au-delà de la peine et de la souffrance que je partageais avec Léandre, je ne rêvais toujours que de lueurs réparatrices. Pourvu qu'il guérisse. Restant à ses côtés jusqu'à ce que ses paupières se ferment, je pris la décision de quitter le château. Pour prendre l'air et m'échouer jusqu'à la porte de celui qui m'avait accompagné durant quelques décennies. Faiblesse nébuleuse que je m'étais autorisé après l'abstinence et la solitude ; ma mémoire ne pouvant se détacher de sa bienveillance et de la joie que j'ai toujours éprouvé à l'idée de partager quelques heures en sa compagnie. Je ressentais la nécessité de savoir s'il avait survécu, s'il s'en était sorti. J'espérais, du plus profond de mon âme, qu'il soit toujours là. Quelque part. La nuit était fraîche et quelques gouttes de pluie décidèrent de m'accompagner. L'anxiété de ne pas le trouver chez lui m’empoisonnait doucereusement. Est-ce que l'organisation s'était emparée de lui ? Souffrait-il, lui aussi, du virus avec lequel ils avaient infecté notre race ?  

L'acerbité de ces questions me tétanisait de l'intérieur, forçant mes pas à s’accélérer alors que je me dirigeais vers cette demeure qui était la sienne depuis plusieurs années. Cette maison que je connaissais et que j'avais appris à aimer, qui m'était familière et au creux de laquelle j'arrivais à me sentir en sécurité. Je me surprenais à prier qu'il ne lui soit rien arrivé, incapable de deviner quelles seraient mes réactions dans le cas opposé. La fraîcheur accentuait le stress carnassier qui me faisait frissonner. J'inspirais inutilement, cherchant à me raccrocher à une humanité qui m'avait pourtant quitté depuis bien longtemps à présent. Arrivant finalement aux faubourgs, je continuais mon chemin sur les quelques mètres qui me séparaient de son adresse. Angoissé, perturbé et totalement déstabilisé par un océan de sensations contraires et étouffantes. L'impuissance dévastant les vains espoirs qui déambulaient en moi fébrilement. J'aurais voulu résoudre l'impossible pour nous libérer et surtout protéger les quelques êtres chers qui berçaient mon bonheur. Êtres chers dans lesquels Orfeo avait une place toute particulière, auréolé d'un amour singulier que je m'étais pourtant condamné d'avoir éprouvé en l'absence de celui que j'avais pris l'habitude de ne pas nommer mais qui s'imposait éternellement entre l'Italien et moi.

Léandre n'avait pas besoin d'être présent pour m'empêcher de reconstruire ma vie avec un autre. Il n'avait pas besoin de s'offusquer de quoi que ce soit. Sa présence perdue au creux de mes veines suffisant largement à me rappeler que je ne serais jamais aussi libre que j'aurais voulu l'être. Ainsi étaient les choses. Désordonnées et pleines de complexités. Cependant aux côtés de l'Italien, il m'était si facile de croire en la simplicité de nos deux âmes qui s'entremêlent. Il était si simple de me convaincre que le bonheur n'était qu'à portée de main. Était-ce pour tout ce que nous avions vécu qu'il me fallait savoir à tout prix s'il avait réussi à survivre ? Des questions sans réponses qui tournaient dans ma boîte crânienne de plus en plus vite et de plus en plus fort. Si mon cœur avait été doté de battements, il serait sans doute en train de me marteler la poitrine à cet instant. Sur le pas de sa porte, j'hésitais. Les lumières avaient beau être allumées, le doute que ce ne soit pas lui à l'intérieur de ces murs me pétrifiait. Pourtant, j'ai frappé à la porte, préférant couper court à cette avalanche de doutes qui me guettait silencieusement. Malgré le temps qui me donnait l'impression de s'arrêter, je patientais, vulnérable aux secousses impétueuses de ce destin bancal qui nous attendait. Vulnérable à l'idée d'avoir perdu cet homme.
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Ashes of Eden
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Insensé. C’était insensé tout ce qu’il s’était passé en compagnie de mon infant. Insensé qu’il ait pu au fil du temps éprouver de l’amour envers moi. Insensé qu’il ait pu nourrir un tel sentiment alors même que je n’avais été qu’une bouée dans l’océan de sa folie. J’avais cru en tout cas que je n’avais été rien d’autre que cela, du fait qu’il avait voulu son indépendance et qu’il ne m’avait jamais recherché. J’observais le verre de sang dans ma main. Je me laissais engloutir dans ses sombres volutes tout en me questionnant sur ce que j’avais mal fait avec Jayden. J’avais toujours cru veiller sur lui, alors même que je n’avais pas vu cette souffrance qu’il m’avait soufflé au visage il y a encore deux nuits. Tout cela ne faisait qu’appuyer sur mon incompétence à être celui que j’étais autrefois. Un être flamboyant qui avait un œil sur tout au point d’être un incontournable dans le monde des soupirs. Mais aujourd’hui, c’était mes soupirs qui remplissaient les nuits. C’était eux qui me malmenaient en cette nuit sans lune.

Je vidais mon verre d’une traite tandis que je me redressais, quittant le salon pour me rendre dans le jardin. J’avais allumé quelques chandelles afin de me tenir compagnie tandis que l’air nocturne me faisait du bien. J’allai m’agenouiller près des rosiers que nous avions planté il y a peu. Garder ce jardin en vie me donnait une raison de vivre, en plus que de me donner la sensation d’avoir le contrôle sur quelque chose en ce monde. Toutefois, depuis la visite de Jayden, je me questionnais également sur mon rôle dans tout ce qu’il se tramait. Pouvais-je me laisser aller ainsi tandis que certains des miens combattaient et risquaient leur vie? J’avais su préserver un certain confort, ayant la chance d’avoir deux mortels sous mon toit. Mais ce confort n’était-il pas une prison quelque part? J’humais l’odeur d’une rose rouge tandis que cette question me taraudait de plus en plus fortement.

En un geste stupide, mu par une colère qui ne m’était pourtant pas habituelle je décidais de couper de mes mains cette rose, faisant couler mon sang, son épine s’ancrant dans ma peau comme une souffrance que je tentais moi-même de percer. En vain. La fleur était splendide entre mes doigts, entachée partiellement de mon sang. Mais qu’en était-il de mon trouble? Était-il aussi beau? Est-ce que l’agonie pouvait posséder un semblant de beauté? C’est là que ton image me revint à l’esprit. Peut-être était-ce en raison de cette rose...Je t’en offrais sans cesse quand nous étions en Italie. Et aujourd’hui? Et bien j’espérais que toi au moins tu étais loin de cet endroit de fous. Que la fondation avait su te préserver...Chose que je n’avais pas su faire pour mon propre infant.

C’était la désolation dans l’âme que j’entendis un frappement. Un murmure contre la porte d’entrée. Je délaissais le jardin, la rose toujours en main, ne prenant même pas la peine d’ajuster le col de ma chemise entrouverte. J’étais encore vêtu d’un large pantalon japonais qui me rappelait cette époque où je n’étais pas cantonné à un pays. J’ouvris enfin la porte, ne sachant trop à qui m’attendre. Était-ce Jayden qui venait prendre une pause auprès de moi? Était-ce une autre connaissance qui avait trouvé le chemin jusqu’à ma demeure? Une fois la porte ouverte, je restais saisi. J’étais mêlé entre la joie de revoir ton visage d’ange, et la déception de te savoir toi aussi prisonnier d’entre ces murs. Mais bien vite, mon cœur avait fait son choix. Je fis un pas afin de te prendre dans mes bras, sentir ton odeur et m’exhalter de ta présence. "Je ne devrais pas être aussi heureux...mais je le suis micio".

Quelques mots prononcés en italien. Je me redressais, mon visage en intimité avec le tien tandis qu’un sourire égayait mon visage. Doucement, ma main se glissa dans la tienne, te tira à l’intérieur et te plaquais doucement contre la porte désormais fermée. Avec une infinie tendresse, je vins alors caresser ton visage avant d’embrasser tes lèvres. J’eu la sensation de replonger dans ce passé qui nous avait autrefois bercé. Ma main tenant la rose se redressa afin de te la tendre. "Pour toi".

Une fois que tu l’eus saisi, je reculais, te contemplant avec une joie non feinte et fébrile à la fois.



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Prière Aveugle moi de tes ténèbres. Je saurai les engloutir, m'y noyer et encore renaître.
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Vincent Granger | Orfeo Spinola




Égaré et confus. Bousculé par des vagues qui me dépassaient pour mieux m'engloutir ensuite. C'est ainsi que je m'échouais à sa porte, le cœur enserré par la peur et le souvenir d'une douleur qui ne m'appartenait pourtant pas. J'espérais, dans la noirceur des pensées qui m'habitaient, qu'il avait survécu. Aux bombes ainsi qu'à la cruauté sordide par laquelle l'organisation était animée. Je me demandais si son âme aurait toujours les mêmes couleurs ou si ces dernières s'étaient assombries face à la terreur qu'imposaient les hommes par crainte et par besoin de vengeance... Les échos de sa faiblesse venant m'étreindre d'un peu plus de douleur. L'instabilité des sentiments qui me traversaient m'aveuglant et me rendant presque paranoïaque, je n'étais plus qu'impuissance et frustration. Colère refoulée et tristesse profane. Tout ceci m'étouffait, plus que de raison. N'était-ce pas honteux de permettre à la douleur de m'envahir alors que d'autres souffraient bien plus que moi ? Comment ne pas culpabiliser de ressentir ces choses alors que de pauvres âmes se faisaient torturer au sein même de cette prison dans laquelle Léandre avait subi les mêmes sévices ? L'idée que l'Italien ait subi le même sort me pétrifiait, tendant le moindre de mes muscles jusqu'à la plante de mes pieds. Faisant de mon corps tout entier un refuge aux mauvaises vibrations. L'air, dont je n'avais pourtant plus besoin, finissant même de m'oppresser, j'attendais que le suspense se meurt pour laisser place à la fatalité de l'avoir perdu ou au tendre bonheur de le retrouver.

Alors que mon cœur se trouvait sur la corde raide, la porte s'est ouverte sur son visage, éclairant perceptiblement l'obscurité dont s'étaient teintées mes prunelles depuis les larmes et le désordre émotionnel qui s'était emparé de ma personne. La singularité de ses traits restant infiniment belle et fidèle à elle-même, sa vision me consolait l'esprit et me donnait une prise solide à laquelle me raccrocher. Il ne fallut que quelques secondes, à peine, pour que je me retrouve contre son corps ; laissant ainsi mes bras l'enlacer dans une étreinte que j'aurais voulu douce et délicate mais qui suintait, en vérité, d'une affliction certaine. Cette odeur qui était la sienne et qui m'était si familière devenait à nouveau mon second souffle, ma bouffée d'air. Celle qui m'avait manqué et celle que j'ai trop souvent regretté. Saine et sauve. Du moins, en apparences. Épris de l'instant, j'en oubliais presque la réalité qui nous surplombait de ces crises devenues trop fréquentes, de cette agitation virulente au creux de laquelle la douceur ne semblait plus avoir sa place. Qu'était-il arrivé à notre vie, à celle que nous avions réussi à bâtir de nos efforts et de nos passions ? Tous ces anciens idéaux étaient à terre, dévastés et inutiles. Je me sentais soudainement défaitiste et incapable de me situer dans la tempête qui avait kidnappé ma vie et celle de ceux qui comptent pour moi.

Je n'avais que la douceur de son parfum pour me rassurer et calmer les miasmes de souffrance qui m'étreignaient le cœur. Comme toujours, il était là ; domptant les marées de doutes qui m'assaillaient sans même s'en rendre compte. Le simple son de sa voix me rappelait que nous n'étions pas seuls et qu'il me fallait me reprendre et continuer à croire en ces convictions qui m'ont toujours préservé. Ce surnom qu'il avait l'habitude de me donner éclaira faiblement mon visage d'un peu de ce bonheur que je n'attendais plus. Et puis sa main se glissa dans la mienne, comme si rien n'était plus naturel que ce geste. À l'intérieur de la maison, mon dos vint se plaquer contre la porte en bois. Ce sont ses lèvres enrobant les miennes tendrement, ses mains encerclant mon visage, qui me plongèrent dans ce que nous avions pu être avant le drame. Avant la folie des hommes et leur besoin de destruction. Tout ceci ne semblait plus exister et pourtant quelque chose en moi ne tournait pas rond, quelque chose en moi restait vicié par la possibilité que Léandre disparaisse pour de bon, que la Coalition s'effondre et que nous restions à jamais prisonniers de l'Irlande. Il m'était impossible de me défaire des ces inquiétudes. Et pourtant la rose dont il me fit cadeau me poussait à voir au-delà de ce que nous subissions depuis deux ans.

Cette rose me ramenait à des temps plus beaux. Tout comme la langue qu'il avait choisi pour s'adresser à moi. Notre attachement semblait intact, indifférent à l'horreur qui nous guettait et solide de toutes les années que nous avons partagé. Je la contemplais en silence alors qu'il se reculait fébrilement pour finalement sentir mon regard s'en désintéresser pour mieux le voir, lui. « Tu m'as manqué, Orfeo. » commençais-je, faiblement. « Je n'aurais pas supporté qu'il te soit arrivé quelque chose à toi aussi. » L'obscurité envahissant mon regard, j'hésitais un bref instant avant de m'installer dans le salon, l'entraînant à ma suite après lui avoir saisi le bras, doucement. J'ai pris place, faisant rouler la tige de la fleur entre mes doigts alors que la nervosité me donnait l'impression de suffoquer. « Est-ce qu'ils-t-on fait du mal ? » Je ressentais ce besoin viscéral de savoir, d'en avoir le cœur net.
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the long neon nights and the eek of the ocean and the fire that was starting to spark. i miss it all, from the love to the lightning and the lack of it snaps me in two. if you were here beside me, in the arms you said you'd never leave, i'd tell you that it's simple and it was only ever thus. there is nowhere else that i belong.

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Il y a des éclats de vie qui restent à jamais contenu dans certains êtres. Comme si la vie choisissait de résider dans une âme plus que dans une autre. Comme si elle était douée de raison, mais aussi de sentiments allant jusqu’à préférer des personnes. J’ai toujours pensé que tu étais l’une de ces personnes. L’une de celles dont la vie s’était épris au point de se cacher en toi, pour l’éternité. Il n’y avait pas eu de moments, depuis que je te connais, où je n’avais été électrisé par cette vie qui transparaissait dans le moindre de tes gestes ou attentions. Même sans te fréquenter pendant de longues années, je savais comme tu jouais de la vie, autant que je jouais du piano. Avec doigté, précision et volupté. Mais tu ne te rendais pas compte. Tu n’as jamais vraiment eu conscience de ce qui se dégageait de toi, préférant te dévaloriser, te mettre en retrait, alors même qu’il n’y aurait qu’un fou pour ne pas voir l’étoile brillante que tu es.

Ce soir ne fait pas exception. Malgré la fébrilité que je sens dans ta voix et ton regard, je n’ai pu que t’exprimer ma joie de te retrouver. Ici, dans une Belfast ruinée, la mort aux aguets, je n’avais pas réussi à faire preuve d’inquiétudes. Après tout tu étais là, tu avais su trouver ton chemin jusqu’à moi, et cela signifiait que le Seigneur veillait encore sur nous tous. Mais à peine les minutes loin de tes lèvres s’égrenaient, que déjà tu me communiquais toutes tes angoisses. Avais-tu eu si peur qu’il ne me soit arrivé quelque chose? Tandis que je m’installe à tes côtés, une ombre passe dans mon regard. Jayden aussi s’était enquis de mon état. Lui aussi m’avait fait part de ses craintes. Mais sans doute avais-je une bonne étoile, ou alors mes prières portaient leur fruit, mais je n’avais rien à déplorer...pas même la perte d’amis chers. Du moins, je n’en avais pas connaissance. “Rassure toi, je vais bien. Je n’ai pas été emprisonné, à peine si on a du remarquer ma présence.” J’observais la tension dans ton être, sans plus oser venir te toucher. Tu avais besoin de m’entendre, plus que de te fondre en moi. C’est ainsi que je passais un bras sur le dessus du canapé, m’installant plus confortablement avant de poursuivre: “Je me terre dans cette maison depuis le commencement.” De tout ça. Mon regard se porte sur le feu, tandis que je me confie, acte très rare pour moi. “Je n’ai rien d’un héros...rien d’un militant. Je n’ai même pas mis les pieds au château, alors que je viens d’apprendre que ma présence pourrait apporter de l’apaisement à ceux qui souffrent.” Mon visage se tourna vers toi, un faible sourire venant éclairer mon visage, comme pour rattraper cette perdition dans laquelle j’avais plongé.

Mon regard se fit ensuite plus insistant quand ce fut mon tour de demander: “Que fais-tu là Vincent? Je te croyais en sécurité à la fondation. Pourquoi es-tu sur cette île? Pour qui as-tu si peur qu’il te fallait savoir par toi-même?” J’avais eu connaissance de part Wellan de ceux de la fondation qui avaient été pris entre ces murs, et ceux qui étaient en sécurité en Angleterre. Je ne comprenais pas ce qui t’avais poussé à te mettre en danger. Je savais qu’il ne s’agissait pas de moi...nous ne possédions pas ce genre d’amour. Nous n’étions pas à l’image d’un sire et de son infant, car Jayden m’a appris que ce lien-là est plus puissant que ce que j’avais pu imaginer jusque là.

Je me perdis un instant dans la contemplation de ton visage. Un instant, j’eu même l’impression de voyager, que nous nous trouvions dans une de ces demeures à travers le monde où le temps perdait toute notion. Où je perdais la raison, enfoui dans les draps auprès de toi avant de philosopher sur la beauté du monde. Étions-nous inconscients? Je ne le crois pas. La fondation et moi-même avions conscience que plusieurs vampires, dont Léandre bien sûr, abusaient de leur pouvoir et nous mettaient tous en danger. Mais comment aurions-nous pu prévoir l’ampleur du drame qui nous attendait? Comment aurions-nous pu imaginer et être assez unis pour contrecarrer le plan des hommes? Une part de moi espérait que cette expérience non voulue nous permette de comprendre nos faiblesses et de les résoudre. J’espérais que nous tirerions des leçons de cette aventure, car j’avais la convictions que nous réussirons à nous échapper. Moi qui restait planqué depuis toutes ces années, j’avais aperçu l’étincelle d’un espoir, rien qu’à la rencontre avec mon second infant dont la passion ne faisait aucun doute.

“Loges-tu au château? As-tu pu retrouver ceux qui te sont chers?” Tu avais toujours été discret sur ton sire, comme je l’avais été envers toi pour mes infants. Mais en ce soir, je ne pouvais que penser que c’était pour lui que tu étais présent. Les temps extrêmes amènent des actes désespérés. C’est pour cela que suite aux guerres il y avait toujours eu de nombreuses naissances. La vie s’accroche quand la mort se présente. À quoi t’accroches-tu Vincent?



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